Skip to main content

Full text of "Essai sur la Musique ancienne et moderne"

See other formats













Ca^ 



T^*r V V 






^è*»$ 






Wftr 1 . 



v§tt£ 



UlJmM 



z&2fcPiiï- 















lac. 



'TA'AV^ 



■î^ 



;ftÀfcK< 



>*"£ 



Wv^fg> 






lOTSB^H 



>$S!$ 



r***"^' 



- *v (^ '«s 



Vff^' 



*C^ '" 



ftAft 1 






V f^. r 



M ' .aMfeft- 



A, 

in 






r^T 



m^ 



^n^' 



" 




M}- 



ICÙ 






Digitized by the Internet Archive 

in 2012 with funding from 

National Library of Scotland 



http://www.archive.org/details/essaisurlamusiv400labo 



ESSAI 

SUR 

LA MUSIQUE 

ANCIENNE ET MODERNE. 



TOME QUATRIEME. 




A P A R I S, 

De l'Imprimerie de Ph.-D. PIERRES , Imprimeur ordinaire du Roi; 

Et fe vend 
Chez Eugène ONFROY, Libraire , rue du Hurepoix. 



M. D C C. L X X X. 

Avec Approbation 9 & Privilège du Ro>i 9 







E S S A I 

SUR LA MUSIQUE. 



LIVRE SIXIEME. 



POETES LYRIQUES FRANÇAIS. 

Adam Billaut( Maître), Menuifier à Nevers , vivait fur la fin du 
règne de Louis XIII. Il mourut en i66z(a). 



Ça) Il y avait de fon tems un Pâtiflîer Poète qui faifait aufli des pièces de vers. Il difaic 
a que fi Maître Adam travaillait avec plus de bruit , pour lui il travaillait avec plus 
h de feu a 

Tome IV. A 



s. ESSAI 

Le duc de Saint-Aignan a fait pour lui les vers fuivans : 

« Ornement du fiecle où nous fommes , 
» Vous n'aurez rien de moi-, fînon 
» Que , pour les vers Se pour le nom , 
» Vous êtes le premier des hommes. 

Chanfon à boire. 

« Si quelque jour étant ivre 
» La parque arrête mes pas", 
» Je ne veux point pour revivre 
» Quiter un fi doux trépas. 
» Je m'en irai dans l'Averne 
» Faire enivrer Alefton , 
» Et planterai ma taverne 
» Dans la chambre de Pluton. 

» Le plus grand de la terre, 
» Quand je fuis au repas , 
» S'il m'annonçait la guerre, 
» Il n'y gagnerait pas : 
» Jamais je ne m'étonne; 
» Et je crois, quand je boi, 
» Que fi Jupiter tonne, 
» C'eft qu'il a peur de moi. 

» La nuit n'eft point chailée 
» Par l'unique flambeau, 
» Qu'aufli-tôt ma penfée 
» Eft de voir un tonneau ; 
» Et lui tirant la bonde , 
» Je demande au foleil 
» As-tu bu dedans l'onde 
» D'un élément pareil ï 

Voltaire cite ce rondeau de Maître Adam, 

« Pour te guérir de cette feiatique, 
» Qui te retient comme un paralytique 
» Dedans ton lit fans aucun mouvement, 
» Prends- moi deux brocs d'un fin jus de farment 
» Puis lis comment on le met en pratique. 



SUR LA MUSIQUE. 3 

» Prends-en deux doigts , & b'en chaud les applique 
» Deffus l'externe otl la douleur te pique j 
. » Et tu boiras le refte promptement 
» Pour te guérir. 
» Sur cet advis ne fois point hérétique^ 
_ » Car je te fais un ferment autentique , 
» Que fi tu crains ce doux médicament, 
» Ton médecin , pour ton foulagemeut , 
» Fera l'eflai de ce qu'il communique 
» Pour te guérir. 

Abeille ( Gafpard ) , né à Rietz en Provence en 1 648 , embraflà d'abord 
l'état eccléfiaftique. Son humeur agréable & la facilité à faire des vers % 
le firent aimer de M. le Prince de Conty , du Duc de Vendôme , & du 
Maréchal de Luxembourg , qui lui facilitèrent les moyens de faire fortune. 
11 devint Secrétaire général de la Province de Normandie, fut reçu de 
l'Académie Françaife en 1704, & obtint des bénéfices. 

Abeille fit plufieurs tragédies Se poéfies galantes allez agréables. Il mouruc 
à Paris en 17 18. 

Albaret ( d' ) , Cenfcur royal , a fait la tragédie de Glaucus & Sylla > 
Mufique de le Clair. 

Alibray ( Charles Vion d' ) , né à Paris , fils d'un Auditeur des comptes , 
ôc frère de l'illuftre Madame de Saintot, fi célébrée par Voiture, fit plufieurs 
ouvrages de poéfie qui lui donnèrent quelque réputation. 

On connaît cette épigramme contre Montmaur. 

» Montmaur étant à table avec certains pédans 
» Qui criaient & prêchaient trop haut fur la vendange. 
» Lui qui ne fonge alors qu'à ce que font fes dents , 
» Paix là, paix là, dit-il, on ne fait ce qu'on mange. 

Il mourut en 1 6 5 5 . 

C H A N S ON. 

« Tu l'as dit tout publiquement , 
» Que tu m'acceptais pour Amant , 
» Adorable & belle Uranie; 
» Mais je n'y puis ajouter foi : 
» Et tu crois , auffi bien que moi , 
» Que qui le dit ainfi , le nie. 



4 E S S A I 

» Quel qu'innocent que foi: l'Amour, 

» C'eft un enfant qui Lait le jour, 

» Et qui veut toujours qu'on le cache: 

» Il eft timide & honteux; 

» Et ce qu'il communique à deux, 

» Il faut qu'un troifieme le fâche. 

t> Qu'il fafTe pour punition 

» D'une fi fauffe affeftion, 

» Qu'une vraie à- mes feux réponde j 

» Et comme c'eft un Dieu difcret, 

» Que tu m'ofes dire en fecret 

» Ce que tu dis à tout le monde. 

D'Alibray avait faic pour le théâtre Amyntc y la Pompe funèbre 3 le 
Torrlfmond 8c Soliman. 

Amand (Marc-Antoine-Gerard-François de Saint), né à Rouen en i 593 j 
fils d'un chef d'efeadre, fervit quelque tems dans la marine, la quitta pour 
la littérature, Se fut reçu de l'Académie Françaife en 1634. La leéture 
d'un poëme fur la Lune , qu'il fit à Louis XIV, & qui ne plut pas à ce 
Prince, lui caufa la mort. Il mourut de chagrin en i66u 

Amfreville ( Abbé d' ). Ses ancêtres étaient parens du Cardinal du 
Péron , Grand-Aumônier de France fous Charles IX. Il mourut vers le 
milieu de ce fiecle , & a fait des chanfons charmantes. Peu de gens ont 
eu un caractère aulli liant, une converfation plus agréable &c plus de talent 
pour conter. 

CHANSON. 

« Pour écarter l'indifférence , 

» Il eft tant de fecrets charmans ; 

» Faut-il que contre l'inconftance 

» L'Amour n'ait point de Talifmans ». 

On dit que Mademoifelle le Couvreur , -morte en 1730, fut enterrée 
dans le jardin de l'Abbé d'Amfréville , qui l'avait beaucoup aimée. 

Anseaume , né à Paris, a fait de très-jolis opéra comiques, tels que 



SUR LA MUSIQUE. $ 

le "Peintre amoureux de fon modèle _, les Chajfeurs & la Laitière 3 Ma^et ., 
la Clochette Se autres. Ils font trop connus pour en parler 55. 

Arnaud ( François-Thomas-Marie Baculard d' ) , né à Paris , d'une 
famille noble Se ancienne, originaire du comtat Vénaiffin , étudia chez 
les Jéfuites avec fuccès , Se faifait des vers dès l'âge de neuf ans. Ses 
premiers effais en ce genre furent une tragédie de Didon. Il fut de très- 
bonne heure lié avec Voltaire , Crébillon le Père , Piro'n , Sec. De telles 
fociétés ne pouvaient que l'enflammer pour la littérature, excluhVement à 
tout autre objet. Auilî dirigea-t-il toutes fes vues de ce côté. A quinze 
ans, il avait fait la tragédie de Coligny, qui eft imprimée Se qui annonçait 
un talent tragique. Il avait auiîi compofé une Comédie en cinq actes Se 
en vers , intitulée le mauvais Riche , qui n'a point encore paru imprimée , 
Se qui fut jouée en 1750 fur un théâtre particulier : le célèbre Lekain y 
jouait le premier rôle. 

Cette pièce eut plusieurs repréfentations fi brillantes , que la Police 
engagea l'auteur à les fufpendre. Ce fut à l'une de ces repréfentations, 
où afîiftait M. de Voltaire , que ce grand homme découvrit le talent 
fupérieur de Lekain , & pria M. d'Arnaud de le mener chez lui. 

Ce jeune Poëte s'était fait connaître encore par des poélies légères qui 
attirèrent l'attention du Roi de Prufle. Ce monarque lui donna le titre 
de fon correfpondant littéraire , Se deux ans après l'appella auprès de lui 
à Berlin. Il lui donna même le glorieux furnom de fon Ovide , Se lui 
adrelfa des vers, dont tant d'autres à fa place fe feraient glorifiés avec 
raifon : cependant nous ne voyons pas que M. d'Arnaud les ait inférés 
dans aucun de fes ouvrages. 

Jufqu'à ce moment M. d'Arnaud avait éprouvé de la part de M. de 
Voltaire les diftinétions les plus flatteufesj il exifte une lettre de lui, dans 
laquelle il prétend que jamais Poète n'a commencé plus brillamment que 
le jeune d'Arnaud. Peut-être ces vers du Roi de Prulfe , peut-être la 
méchanceté de quelques jaloux de M. d'Arnaud excirerent-ils la divifion 
qui régna depuis entre le maître & l'élevé, & dont celui-ci fut la victime. 
Trop fenlïble pour avoir la faiblelfe d'un courtifan , il demanda & 
obtint fon congé , Se vint à la Cour de Drefde j où il fut élevé à la 
dignité de Confeiller de légation } titre que les premiers gentilshommes. 



6 ESSAI 

Allemands s'honorent de porter. Le defir de- revoir fa patrie , & la tendre 
«mitié du Comte de Frife a neveu du Maréchal de Saxe, le déterminèrent 
à revenir en France. 

Il y vécut quelques années dans la plus brillante fociété; mais bientôt 
il s'en retira pour fe livrer entièrement à l'étude. 

C'eft de cette retraite, où il parte fa vie, que font fortis les ouvrages 
qu'il nous donne depuis quelques années. 

Jean- Jacques Roufteau a dit de M. d'Arnaud. La plupart de nos gens 
de lettres écrivent avec leurs têtes & leurs mains , M. d'Arnaud écrit avec 
/on cœur. 

On va donner une édition de fes pièces légères, celle qui exifte en 
trois volumes étant défavouée par l'Auteur. 

CHANSON. 

« C'eft l'Amour qui me fait écrire, 
» C'eft l'Amour qui me fait parler : 
» Il eft jufte que qui m'inipire, 
» De fes dons aime à me combler. 

» L'autre jour cet aimable enfant, 
» Avec un fourire charmant, 
* » Me dit : je voudrais reconnaître 
» Ton zèle & ton attachement. 

» Choifis , de mon aile volage , 
» Ou de .mon flambeau radieux; 
» Que mon carquois foit ton partage, 
» Ou mets mon bandeau fur tes yeux. 

» Garde , Amour , ton aîle légère : 
» Ah, loin de vouloir voltiger, 
» Qu'un nouveau nœud, à ma Glycere, 
» S'il fe peut vienne m'engager. 

i) Ton flambeau me ferait contraire , 
» Doit- on éclairer le plaifir ? 
» Vu de trop près, il fait moins plaire, 
a Et fatisfait moins le defir. 



SUR LA MUSIQUE. 7 

» De ton carquois ferois-je ufage ! 
» Eh! quels traits aurais-je à lancer? 
» Glycere accepte mon hommage, 
» Je n'ai plus de cœur à Méfier, 

» Mais Ci l'erreur eft nécefiàire, 

» S'il faut écarter le flambeau, 

» Mon choix eft fait, Dieu de Cythere, 

» Daigne me donner ton bandeaut 

Artaud ( Jean-Baptifte ) , né à Montpellier le 16 Décembre 173 z, 
Cenfeur royal , a compofé la comédie de la Centenaire , ainfi que plufieurs 
autres prêtes à voir le jour, & defirées depuis long-temps. Il s'en: chargé 
depuis quelques années de rédiger le courier d'Avignon \ ce qui l'oblige 
à réfidence. Nous connailfons de lui un fort joli opéra comique. 

Assoucv (Charles Coipeau d'}, né à Paris en 1604, était Poëte Se 
Mufîcien. Il voyagea long-tems , fut mis à Rome à l'inquilîtion pour des 
fatyres , & à fon retour penfa être btûlé pour un vice infâme dont on 
l'accufait. Il mourut en 1679. 

Aubert ( L'Abbé Jean-Louis ) , né à Paris en 173 1 , fils du Surintendant 
de la Mufique de M. le Duc. 

Nous avons de lui plufieurs livres de fables, dont plufieurs font jolies , 
& fe font lire avec plaifir. 

Il a mis aufli en vers le joli roman de Pfyché fait par la Fontaine. 

Aulaire ( Jean-François-Jofeph de Beaupoil , Marquis de Saint ). II. 
commença à faire des vers à foixante ans , & à quatre-vingt-quinze il 
compofa ceux fi connus, qu'il adreffa à Madame la Duchefie du Maine, 

« La Divinité qui s'amufe 

» A me demander mon fecret, 
» Si j'étais Apollon ne ferait point ma Mufe , 
» Elle ferait Thétis , Se le jour finirait. 

Il eft mort en 1741. 



8 ESSAI 

CHANSON. 

a. Betgere détachons-nous 

» De Newton , de Defcartes : 
■» Ces deux eipeces de Fous 
» N'onc jamais vu le delïbus 

» Des cartes, des cartes, des cartes 

Autre faite à quatre-vingt-dix ans. 

« Bacchus & Silvie,' 
» Ont partagé ma vie} 
» Bacchus & Silvie 
» M'occupaient tour à tour. 
,» Mais à mon âge , 

» On devient fage, 

» Et fans partage 

» Mon dernier jour 
» Doit fe confacrer à l'Amour. 

Autre au (Jacques), né Philofophe, ou plutôt Mifantrope, faifait peu 
de cas de l'eftime de tout le monde, & ne s'eftimait gueres plus lui-même. 
H a fui le monde par goût , & la médiocrité de fa fortune n'a pas été 
capable de l'en rapprocher. Sa philofophie renfermait plus d'humeur que 
d'amour-propre j mais elle tenait auffi plus du tempérament que de la 
raifon. 

Il était Poète par goût &: fe fit Peintre par néceffité. Son tableau le plus 
eftimé eft celui qui appartenait à M. de la Faye , dans lequel on voyait 
Fontenelle , la Motte & Danchet , difputant fur un ouvrage dont on leur 
faifait la leéture. Son dernier ouvrage en peinture eft peut-être la plus belle 
allégorie qui ait été trouvée. Elle repréfente Diogène près de fon tonneau, 
ayant trouvé l'homme qu'il cherchait depuis fi long-tems , Se cet homme 
eft le Cardinal de Fleury , dont il tient le portrait. • 

Il fit plufieurs pièces au théâtre Italien , qui ont eu beaucoup de fuccès. 
La Magie de l'Amour , & les Amans ignorans , prouvent un grand talent 
pour la comédie. Sa profe eft élégante &c cerre&e, fes vers font agréables 
ëc bien tournés. 



SUR LA MUSIQUE. 9 

Il naquit en 1656, Se ne donna fa première comédie qu'en 1718. 
Sa mort arriva en 1745 à l'hôpital des Incurables. 

C H A N S ON. 

« D'où vient , difait Lucas , qu'on voie entre les Rois 

• Toujours maille à partir, toujours queuque anicroche? 

» Morguiene à Pantin, fans reproche, 
» Je vivons mieux d'accord, nous autres villageois, 
« En voici la raifon , me femble , 
K> Lui répondit Grégoire en efprit fort : 
d Le moyen qu'ils foient d'accord l 
V Us ne buvont jamais enfemble », 

AUTRE. 

« L'époufe la plus belle* 

v Dégoûte & fatigue à la fin; 

» Mais plus on boit de fon vin, 

» Et plus il nous rappelle. 

» Eh! mes amis, croyez- moi, 

» Femme en ville & vin chez foi ». 

AUTRE. 

« Une femme eft un embarras, 
» N'eft-il pas vrai compère Blaifeî 
» Humons le piot tout à notre aife, 
»> Nargue de l'amoureux tracas. 
» Au cabaret lorfque je fis à table, 

• Je ne bois qu'à ma foif, & quand le cœur m'en dit; 

m Mais quand Margot me tient au lit* 
» Tout ci , tout ça., 
» Par-ci , par-là , 
» Mon pauvre Colas 
» Eft-tu déjà las? 
» Aile eft infupportable ». 

A U T R E. 

« Baife-ruoi donc; me difait Blaife; 
t> Nantùn, nannin, je ne fuis pas fi niaifcg 
Tome IF. - B 



io ESSAI 

» Ma mère me le défend bien. 

» Mais voyez ce grand Nicodeme ; 

m La fienne ne lui défend rien : 

» Que ne me baife-t-il lui-même ? » 

PARODIE. 

« Loin des fots & des critiques, 
t> Des fâcheux & des mélancoliques , 
» Cinq ou fix amis , gens pacifiques , 
» En certain lieu , près de Paris , 
» Sous des Lambris ruftiques 
» Trouvent le Paradis, 
» Que Mahom crut jadis, 
» A fon apétit 
» Chacun vit. 
w On rit, on chante, on fait grand chère a 
» On mené fa bergère 
» Sur le lainfoin : 
m Le refte eft un myftere 
» Qu'on ne révèle point. 
u Cabinets, lits de verdure, 
» Omemens de la nature 
» Pure ; 
» Parterres gais , allée obfcure ,. 
» Salon bien frais , 
p Dont les murs font difcrets, 
» Peu chargés de dorure , 
t> Mais la cuifine auprès , 
» Voilà notre palais. 
» Nous vivons en Dieux 
» Dans ces beaux lieux , 
• Tout flatte notre fantaiCe; 
» Tout nous eft ambroifie: 
» Point de fouci ; 
» Puiflîons-nous tous mourir ici ,. 
» Refïufcicer aufli. 

On trouve dans fes ouvrages l'opéra de Platée , augmenté Se changé par 
feu M. Balot , & mis en mu%ue par Rameau. On le donna pour la 
première fois en 1747. 



SUR LA MUSIQUE. n 

Baif (Jean-Antoine de ), originaire d'Anjou, né à Venife en ijji. Il 
était fils naturel de l'Abbé Baïf, Maître des requêtes Se AmbafTadeur à 
Venife. Son père l'ayant fait légitimer , lui fit faire de bonnes études , 
Se mourut avant que fon fils les eut entièrement achevées. Ronfard , fon 
camarade de claffe , l'aimait beaucoup & en faifait grand cas. 

Ce qui le diftingua davantage, fut un académie de Mulique qu'il établit 
dans une petite maifon qu'il avait dans un des fauxbourgs de Paris. Il y 
donnait fouvent des concerts qui lui attiraient les vifites de toute la Cour. 
Châties IX Se Henri III les honorèrent fouvent de leur préfence. 

Baïf était auflî bon Muficien que bon Pocte. On a de lui plufieurs livres 
de chanfons à quatre parties imprimées en 1578. Les paroles & la mufique 
de douze chanfons fpirituelles à quatre parties, en 1562. 

Une inftrudion pour toute Mufique des huit divers tons en tablature 
de luth ; Se une initruction pour apprendre la tablature , Se à jouer de la 
guiterne ( guitare ). 

Il mourut en 1 591. 

CHANSON. 

* Si ce n'eft pas amour, que fent donques mon cœur? 
» Si c'eft amour auflî , pour Dieu quelle choie eft-ccï 
» S'elle e't bonne, comment nous met-elle en détreffe , 
» Si mauvaife , qui fait fi douce fa rigueur ? a 

Bainyille (Charles), Provençal, Se parent de Boileau , était Peintre, 
mus aimait encore mieux faire des vers. Il mourut en 1754. 

CHANSON 

« L'autre jour l'enfant de Cytherej 
» Sous une treille à demi-gris , 
n Difait , en parlant à fa mère , 
s> Je bois à toi, ma cherc Iris, 
a Vénus le regarde en colère : 
» Maman, calmez votre courrouï, 
» Si je vous prends pour ma bergère,' 
J'ai pris cent fois Iris pour voat. 



ia ESSAI 

AUTRE. 

« L'Amour caché dans un buifïbn \ 

» Vit Colin & Nanette; 
» Tout auflï-tôt ce Dieu fripon r 

» Jouant de l'arbalète, 
» Perça la fille & le garçon, 

» Tous les deux fur l'herbette. 

» Fier de ce coup , il s'aprocha 

» Du couple qui le pâme ; 
» Mais ce fpeftacle le toucha, 

» Et par un trait de flâme ,. 
s Qu'avec roideur il décocha, 

» Ce Dieu leur rendit l'âme. 

» Colin le premier s'éveillant , 
« Joyeux de l'aventure, 
» Dit à Nanette , en l'embraitanr,. 
. » Comment va ta bleffure ! 

» Elle répond en rougiflant, 
» Ta fanté me raflure» 

Baloi de Sovot , frère du iieur Balot , Notaire , a raccommodé les paroles 
de l'aéte de Pygmalion , de la Motte , de la manière dont on le donne à 
préfent. 11 a auffi refondu le poëme de Platée _, opéra à'Jutreau_, mis en 
mufique par Rameau. Balot a compofé le poëme XJglaure, tragédiequl 
allait être mife en mufique, lorfqu'il mourut vers 1760. 

Banzi (de) a compofé les paroles du ballet de Villeneuve-Saint-Georges , 
mis en mufique par CollaiTe , exécuté devant Monfeigneur, le 1 Septembre 
169Z } & à l'opéra en 1732. 

Bartas ( Guillaume de Salufte du), fils d'un Tréforier de France, naquit 
à Monfort en Armagnac vers 1544, & fut gentilhomme ordinaire de la 
chambre d'Henri IV, alors Roi de Navarre. 

11 fe diftingua comme Capitaine, comme Négociateur & comme Pocte.' 
H a fait un poème fur la création , intitulé la Semaine , qui eut un grandi 



SUR LA MUSIQUE. 15 

fuccès. On a de lui plufieurs autres ouvrages qui lui donnèrent une grande 
réputation. 

Du Barras mourut en Juillet 1590, âgé de quarante-fix ans, ayant été 
trop exalté pendant fa vie & trop rabailfé après fa mort. On a de lui 
quelque poéfie lyrique, mais allez médiocre. 

Bauge ( Daniel-Paul Chapufeau de ) , né à Lyon , fils d'un miniftre 
Calvinifte, abjura, devint Abbé, puis Financier, & fe maria. Il mourut 
vers 1739. 

Il donna en 1 69 1 , à l'opéra , Coronis en cinq actes , mufique de Théobalde. 

Baurans , né à Touloufe vers 171 1, fut d'abord deftiné au Barreau & 
revêtu d'une charge de fubftitut du Procureur-Général au Parlement de 
cette ville j mais fon peu de forrune l'obligea de quitter cet état, Se de 
fe charger de l'éducation du fils d'un de fes amis. Ce fut dans ce tems 
que Roulfeau de Genève commença à faire connaître fa grande facilité 
pour les paradoxes , dans fa fameufe Lettre fur la Mufique. Baurans , indigné 
des faufTes affertions dont cette Lettre eft remplie, & de l'affurance avec 
laquelle cet écrivain ofait dire aux Français que leur langue ne pouvait fe 
prêter à la Mufique, prétendit prouver que non-feulement notre langue 
était propre à notre Mufique ., mais encore à la Mufique Italienne , & 
choifit la Serva Padrona, le plus fameux intermède des Italiens, pour en 
parodier tous les morceaux: de Mufique , en les traduifant littéralement. 
Son fuccès fut complet, le public y courut en foule, Se cent repréfen tarions 
de fuite ne diminuèrent pas les applaudifTemens. Il réuffit auffi bien dans 
le Maître de Mufique ; & depuis ce tems , une foule d'opéra-comiques 
channans ont prouvé que Roufleau avait tort. Au milieu de ces fuccès , & 
tandis qu'il s'en préparait de nouveaux , Baurans fut frappé d'apoplexie , 
en revint un peu, fe fit porter dans fa patrie, où il languit environ deux 
ans, & mourut au commencement d'Avril 1766, âgé d'environ cinquante- 
quatre ans, eftimé de tous ceux qui l'avaient connu. 

CHANSON, 

a Sous un ombrage é'pais,, 

» Fait exprès , 
» Lifecte dormait en paix j. 
Mais 



j a ESSAI 

■» Le fin Licas, 
» Qui ne dormait pas , 
» La voit , s'approche à petit 
Bruit , 
» Tout doucement 

• Il prend un baifer charmant. 

» Puis fur foa fein , 
» II veut promener fa main; 
t> Quand la Belle à propos s'éveilla, 
o Pour arrêter ce jeu-là, 
Là. 
» Fit-elle bien? 
• Je n'en dirai rien: 
■ Eit-on d'accord fur ce point ! 
» Point. 
b Tout bas le cœur 
» Dément fa rigueur : 
b Celle qui dit autrement 
Ment. 
On fe défend 
b A fi grand peine en veillant. 
» Faut-il aufll 
• Dormir avec ce fouciî 
b Si quelqu'amant 
» Saifit le moment, 

• Peut-on avoir quand on dort 

» Tort ». 

Beaulieu ( Euftache de ). On le croit né^avant 1500; car il était Organifte 
de Lei&oure en 1511. Il était Poète, ainfi que Muficien. Nous avons de 
lui des chanfons à plufieurs parties qui ne valent pas grand chofe. 

11 quitta la Religion Catholique , & devint Miniftre à Genève , après 
avoir été Prêtre en Gafcogne. 

Bellay ( Joachim du ), Seigneur de Lire près de Nantes , fut en 1555 
Chanoine de Notre-Dame, & nommé à l'Archevêché de Bordeaux, fur la 
démiflion du Cardinal du Bellay fon oncle. 

Il mourut d'apoplexie le 1 de Janvier 1560, dans fa trente-feptïeme 
•année. On l'avait furnommé l'Ovide Français. 
I 



SUR LA MUSIQUE. i; 

Paquier nous apprend que ce fut du Bellay qui introduifit l'ufage des 
fonnets en France. 

Il y a dans fes poéfies de la douceur & de la naïveté. 

11 eft enterré à Notre-Dame dans la chapelle Saint-Crefpin. 

A Vénus. 

« Ayant après long defir 
» Pris de ma douce ennemie 
» Quelques aires du plaifîr, 
j» Que fa rigueur me dénie, 
» Je t'offre ces beaux œillets , 
» Vénus , je t'offre ces rolès , 
» Dont le» boutons vermeillets 
» Imitent les lèvres clofes 
» Que j'ai baifé par trois fois , 
y> Marchant tout beau deffous l'ombre 
» De ce buifTon que tu vois. 
» Et n'ai fçeu pafler ce nombre , 
» Pour ce que la mère était 
» Auprès delà , ce me fembje , 
» Laquelle nous aguettait : 
» De peur encore j'en tremble, 
» Or, je te donne des fleurs : 
» Mais fi tu fais ma rebelle 
» Autant piteufe à mes pleurs, 
» Comme à mes yeux elle eft belle , 
» Un myrthe je dédierai 
» Deflus les rives de Loyre , 
» Et fur l'écorce écrirai 
» Ces quatre vers à ta gloire : 

» Mifis fur ce bord ici 
» A Vénus confacre & donne 
» Ce myrthe , & lui donne auffi 
» Ses troupeaux & fa perfonne ». 

Belleau ( Remy ), né à Nogent-le-Rotrou en 1 510 , fuivit en 1557 en 
Italie René de Lorraine , Général des galères 5 & ce Prince fut fi content 
de fon efprit, qu'il l'engagea à fe charger de l'éducation de Charles de 
Lorraine fon fils, qui fut premier Duc d'Elbeuf & Grand-Ecuyer de France, 



i6 ESSAI 

On trouva (îngulier que le plus frugal 8c le plus fobre de tous les Poètes 
eût pris plaifir à traduire Anacréon , le plus voluptueux de tous les Grecs. 
Il mourut le 6 Mars 1577, & fut enterré aux Auguftins , où l'on voit fon 
tombeau & fon épitaphe compofée par Ronfard (a). 

Sainte Marthe a dit de lui : « que quand il fallait exprimer naïvement 
"» les chofes , il le faifait de fi bonne grâce & avec tant d'adrefTe , qu'il 
» femblait être une vivante peinture des chofes qu'il voulait écrire »k 

CHANSON. 

a Avril , l'honneur & des bois 

» Et des mois , 
» Avril, la douce efpérance 
a Des fruits , qui fous le coton 

» Du bouton 
» NourruTent leur jeune enfance. 

p Avril , l'honneur des prés verds , 

» Jaunes pers ; 
» Qui d'une humeur bigarée , 
b Emaillent de mille fleurs 

t» De couleurs , 
» Leur parure diaprée. 

» Avril , l'honneur des foupirs , 

» Des Zéphirs , 
» Qui fous le vent de leur allé , 
» DrefTent encore es forêts 

» De doux rets 
» Pour ravir Flore la belle. 

» Avril, c'eft ta douce main, 

» Qui du fein 
» De la nature deilèrre 
ï> Une moifïbn de fenteurs 

» Et de fleurs, 
» Embaumant l'air & la terre. 



(a) Épitaphe de Belkau. 
a Ne taillés , mains induftrieufes , 
» Des pierres pour couvrir Belleavj. 
» Lui-même a bâti fon tombeau 
ff Dedans fes pierres prûïeufes *> 



m Avril 



Tome IV. 



SUR LA MUSIQUE. 17 

» Avril, l'honneur verdiffanc, 

t» FlorifTant 
» Sur les trèfles blondelettes 
v De ma Dame 8f~de fon feiit; 

» Toujours plein 
» De mille & mille fleurettes; 

» Avec la grâce & les ris 

» De Cypris , 
» Le flair & la douce haleine," 
« Avril , le parfum des Dieux % 

» Qui des cieux 
» Sentent l'odeur de la plaine. 

• C'eft toi , courtois Se gentil ,' 

» Qui d'exil 
» Retire ces paflageres, 
» Ces aron délies qui vont 
» Ec qui font 

• Des beaux jours le& meflagerejj 

» L'aubépine, l'églantin 

» Et le thym, 
» L'œillet , le lys & les rofès ," 
» En cette belle faifon 

» A foifon 
« Montrent leurs robes éclofes 4 

» Le gentil roflignolet 

» Doucelet, 
» Découpe deflbus l'ombrag© 

• Mille frédons gazouillans 

» Et brillans 
» Au doux chant de fon ramagfc» 

» C'eft à toa heureux retour 
» Que l'amour 

• Souffle à doucettes haleines 

• Un feu diferet & couvert 

» Que l'hyver 
» Receioic dedaas nos veines* 



i£> ESSAI 

» Viens , amour , donne ta voix 

» A ce mois, 
» Qui prend le furnom de celle 
o Qui de l'ccumeufe mer 

» Vie former 
» Sa beauté toujours nouvelle ». 

Bellocq ( Pierre ) , ne à Paris en 1645 , était ami intime de Molière Se 
de Racine. Il a fait p'ufieurs poéfies eftimées; entr'autres , la fatyre des 
Petits Maîtres, celle des Nouvelliftes, Se fon poëme fur l'Hôtel-des-Invalides. 
11 mourut le 4 Octobre 1704. 

Bellone ( Etienne), Tourangeau, a fait plufieurs livres de chanfons 
intitulés : Livres des Chanfons folâtres j & Prologues tant fuperlifiques que 
drolatiques 3 &c. en i6"n. Nous n'y avons rien trouvé qui nous aie paru 
digne d'être rapporté-, 

Belloy ( Pierre-Laurent Burette de ) , neveu d'un Avocat de Paris , 

naquit à Saint-Flour le 17 Novembre 1727 , & fit de longs voyages dans 

les Cours du Nord. A fon retour, il voulut s'eliayer dans l'art dramatique , 

Se n'eut pas de fuccès dans fa Clémence de Titus. On fait la plaifanterie 

qui fut faite alors. 

a Titus perdit un jour : un jour perdit Titus ». 

Mais il fut bien dédommagé de cet échec par le fuccès de Zelmire Se 
celui du Siège de Calais , qui n'avait jamais eu d'exemple j Gaflon Se 
Bayard, Se Gabrielle de Vergy ont aufii beaucoup réulfi. La ville de Calais 
lui envoya des lettres de bourgeoifie; Se en 1770, l'Académie Françaife 
le reçut parmi fes membres. Il était dans la plus grande indigence , lorfqu'il 
tomba malade de fa dernière maladie j & le feu Roi , en apprenant fon 
trifte état, chargea M. le Maréchal de Duras de lui donner tous les fecours 
dont il aurait befoin. 11 mourut le 5 Mars 1775 , emportant l'eftime de 
tous fes amis. 

On vient de donner une édition de fes œuvres en fix volumes , dans lef- 
©n trouve quelques morceaux de poéfies lyriques. 

Benserade (Ifaac de), né à Lions en Normandie en 161L, était plutôt 



SUR LA MUSIQUE. 19 

lin Pob'ce de fociété qu'un Auteur académique. Il avait de la facilité , de la 
grâce , & quelquefois des tours heureux. A lage de huit ans , lorfqu'il 
reçut la confirmation , l'Evêque lui demanda s'il ne voulait pas quitter 
fon nom de Juif pour en prendre un Chrétien. Je ne demande pas mieux t 
répondit l'enfant , pourvu que l'on me donne du retour. 

Le Cardinal de Richelieu, à qui il plut, lui donna une penfion de lîx 
cent livres qu'il perdit avec lui , ces vers le prouvent : 

« Ci gît , oui gît , par la morbleu , 
» Le Cardinal de Richelieu ; 
» Et ce qui caufe mon ennui, 
» Ma penfion avec lui. 

Le Cardinal de Mazarin lui en rendit une de deux mille livres, fur un 
bénéfice , & lui fit d'autres grâces. 

Il fit pendant quarante ans les amufemens de la Cour. Ses vers les plus 
fameux font ceux qu'il adreiTa au Roi, repréfentant le foleil dans un de (es 
fpedacles : 

« Je doute qu'on le prenne avec vous fur le ton 

» De Dap'nné ni de Pliaé'tou : 
» Lui trop ambitieux , elle trop inhumaine : 
» Il n'eft point là de piège où vous puiffiez donner ; 

» Le moyen de s'imaginer 
» Qu'une femme vous fuye , Se qu'un homme vous mené. 

Benferade fut protfgé par Madame de la Valiere , qui s'était fervi de 
lui plufieurs fois pour répondre aux lettres de Louis XIV. 

Sa réputation était au comble , lorfqu'il s'avifa de vouloir mettre en 
rondeaux les métamorphofes d'Ovide, & ce fut l'écueil de fa gloire. Quoique 
Poëte , il n'était pas favant ; & fur-tout en Mythologie. Madame lui ayant 
demandé quelle différence il y avait entre une Driade & une Hamadryade , 
Benferade qui l'ignorait, & qui ne voulait pas refter court, lui répondit : 
la même qu'entre un Evêque & un Archevêque. 

Vers la fin de fa vie il fe retira à Gentilly , Se embellit fa retraite de 
plufieurs inferiptions qui méritaient d'être recueillies. Nous en citerons une: 

a Adieu fortune, honneur; adieu vous Se les vôtres, 

» Je viens ici vous oublier, 
s Adieu toi-même , amour , bien plus que tous les autre» 

>> Difficile à congédier ». 

Ci 



20 ESSAI 

II avait été reçu de l'Académie Françaife en 1 674 à la place de Chapelain r 
Se mourut en 169 1 , âgé foixante-dix-neuf ans. 

Fers de Senecé pour mettre au bas du portrait de Benferadc* 

» Ce bel efptit eut trois talents divers 

» Qui trouveront l'avenir peu crédule ; 
» De plaifanter les Grands ne fe fit point fcrupuk, 

» Sans qu'ils le priffent de travers j 
» Il fut vieux & galand, fans être ridicule, 

» Et s'enrichit à compofer des vers ».. 

Bernard ( Mademoifelle Catherine ) , née à Rouen , remporta plufieura 
fois le prix de l'Académie Françaife, & fut reçue de celle de Padoue, 
Elle compofa deux tragédies ( Brutus Se Laodamie ) qui n'eurent point de 
fuccès, quoiqu'on prétende que M. de Fontenelle y eut travaillé. Depuis ,. 
Madame de Ponchartrain , femme du Chancelier , l'engagea à. ne plus 
travailler pour le théâtre. Elle mourut à Paris en 171 z. Ses plus jolis romans 
font le Comte d'Amboïfe Se Inès de Cordoue. 

CHANSON. 

<a Quand le fage Danion dit que, d'un trait morter 

» L'Amour bleffe les cœurs, fans qu'ils ofent fe plaindre;, 

» Que c'eft un Dieu traître & cruel : 

» L'Amour, pour moi , n'efl: point à craindre; 
» Mais quand le jeune Athis me vient dire à fou tour : 
t> Ce Dieu n'eft qu'un enfant, doux, careflant, aimable, 

» Plus beau mille fois que le jour , 

» Que je le trouve redoutable ! » 

Bernard , ne d'une famille honnête du Dâtiphiné , fut toute fa vie 
attaché à la maifon de Coigny , qui lui donna la place de Secrétaire général 
des Dragons , Se celle de Bibliothécaire du Roi à Choify. 

Bernard fut bon parent, bon ami, bon citoyen, & l'homme le plus sûr- 
dans la fociété-. Il ne livra jamais fes ouvrages à l'impremoj>, Se fe contentait 
4e lire fes poé lies dans quelques cercles. 

Bernard eut le malheur de fe furvivre à lui-même, dwis les deux dernières 



"SUR LA MUSIQUE, ai 

années de fa vie. Ses organes fatigués par le travail, & peut-être par l'abus 
des plaifirs , l'avaient lailfé dans une efpece d'enfance. 11 mourut à Paris 
regretté de fes amis , & ce qui eft plus rare , des gens de lettres eux- 
mêmes. 

M. PaliîTot a dit qu'aucun de nos Poètes n'a plus approché que lui 
de la manière d'Ovide , & qu'il en avait les beautés , ainfi que les 
défauts. 

Bernard a donné à l'Opéra en 1737 Cajlor & Pollux , mufique de 
Rameau. 

En 1757, les furprifes de l'Amour t compofées des a&es de l'enlèvement 
d'Adonis, Linus Si Anacreon, mufique de Rameau. 

CHANSON. 

m Tendre fruits des pleurs de l'aurore ; 
» Objet des baifers du Zéphir , 
» Reine de l'empire de Flore , 
» Hâte-toi de t'épanouir. 
» Que dis- je , hélas 1 crains de paraître , 
» Diffère un moment de t'ouvrir ; 
» L'inftant qui doit te faire aaître,. 
» Eft celui qui doit te flétrir. 

v Va , meurs fur le fein de Thémire , 
» Qu'il foit ton thrône & ton tombeau : 
» Jaloux de ton fort, je n'afpire 
» Qu'au bonheur d'un trépas fi beau. 
Si quelque main a l'imprudence 
» De venir troubler ton repos, 
» Emporte avec toi ta défenfè, 
» Garde une épine à mes rivaux. 

» L'amour aura foin de t'inftruire 
» De quel côté tu dois pencher; 
» Eclate à mes yeux fans me nuire , 
» Pare fôn fein fans le cacher. 
» Qu'enfin elle rende les armes 
» Au Dieu qui forma mes liens , 
» Et qu'en voyant périr tes charmes , 
» Elle apprenne à jouir des Cens. »» 



2 t ESSAI 

AUTRE. 

« L'aman: frivole & volage 
» Chante par-tout fes plaifirs j 
» Le berger difcret & fage 
» Cache fufju'i fes defirs. 
» Telle eft mon ardeur extrême : 
» Mon cœur fournis à ta loi, 
»> Te dit fans ceiïe qu'il aime, 
» Pour ne le dire qu'à toi. 

» Sur rne écorce légère , 
» Amans, tracez votre ardeur,' 
p Le beau nom de ma bergère 
» N'eft gravé que dans mon çœur« 
» Je n'ofe occuper ma lyre 
o A chanter un nom fi doux , 
t> Echo pourroirle redire, 
» Et j'aurois trop de jaloux, 

» Vous- qu'un fol amour infpire , 
v Connoiflez mieux le plaifir; 
» Vous n'aimez que pouf le dire , 
» Nous n'aimons que pour jouir. 
» Églé, que notre myftere 
i» Dure autant que nos amours ; 
d L'amant content doit fe taire , 
» Fais moi taire pour toujours. 

Vers de M. de Voltaire à Bernard. 

• Dans ce pays trois Bernard font connus. 

» L'un eft ce faint, ambitieux reclus, 

w Prêcheur adroit, fa-bricateur d'oracles; 

» L'autre Bernard eft l'enfant de Plutus , 

» Bien plus grand faint, failant plus de miracles j 

» Et le troifieme eft l'enfant de Phcebus , 

» Gentil Bernard , dont la mufe féconde 

» Doit faire encor les délices du monde, 

i> Quand des premiers on ne parlera plus. 



SUR LA MUSIQUE. 23 

Billet de M. Voltaire à Bernard 3 pour l'inviter à fôuper che\ Madame 

la Duchejfe de Luxembourg. 

> 

» Genti Bernard eft averti 
» Au nom du Pinde & de Cythere, 
» Que Van d'aimer doit famedi 
v Venir fouper chez l'art de plaire ». 

C H A N S O N. 

« Souffrez les amours fur vos traces j 
» Mufes , louvenez-vous toujours 
» Que l'efprit eft fans les amours 
» Ce qu'eft la beauté fans les grâces, 
» C'eft à l'amour qu'il faut céder ; 
» Quel autre charme nous arrête. 

» L'efprit peut faire une conquête; 

» Mais c'eft au cœur à la garder. 

B. (M. le C. François- Joachim de), né en 171 5 à Saint-Marcel de 
l'Ardeche , réuni: les avantages de tous les efprits. C'eft à regret que nous 
bornons nos éloges à fes talens poétiques. L'épître que l'on va lire, eft un 

des plus beaux morceaux de la Poéfie françaife. 

■ 

Epure à Fontenelle. 

« On vit long-tems quand on eft fage ; 

» C'eft du fein des tranquilles nuits 

» Que naiflent les jours fans nuage ; 
n En moiiïbnnant trop tôt les rofes du bel âge , 

» On n'en recueille point les fruits. 

» Ce foleil brillant dès l'aurore 
» Qui confume les fleurs de la belle faifon , 

» Qu'un aftre bienfaifant qui féconde & colore, 
» Et qui d'un voile d'or embellit l'horifon : 
» Remède pour le fage , il devient un poifon 

» Pour les cœurs que fon feu dévore. 
» Tes jours comblés d'honneurs & tiffus de plaiiirs , 

» Tes beaux jours , fage Fontenelle , 
» Semés d'heureux travaux & de brillans loifirs , 
» Dont au gré de nos vœux le fil fe renouvelle,, 
» Confacrenc à jamais la raifon éternelle 



24 



ESSAI 

» Qui dirigea tes pas & régla tes defirr. 

» On vit un célefte génie 
n T'apporter tour à tour le compas d'Uranie ,' 
» La plume de Clio , la lyre des AmourSt 
» La gloire répandit fes rayons fur ta vie ; 
» Mais la feule raifon en étendit le cours. 
» Les martyrs de l'orgueil prodiguent (ans réferve 

» Leuis jours pour faifir des moipens : 
» La gloire fur fes pas fait périr fes amans, 

» Et la fageffe les conferve, 
>? Sans jouir du préfent vme pour l'avenir, 

» S'immoler aux races futures , 
» D'un travail épineux endurer les tortures ; 
» Laifler , quand on n'eft plus , un foible fouvenir ; 
v O chimère d'orgueil ! 6 méprifable idole ! 
» En s'éclairant foi-même éclairer l'univers , 
» Mériter un grand nom , fentir qu'il eft frivole , 
» Enlever fans effort ces lauriers toujours verds , 
♦> Qu'emporte loin de nous la gloire qui s'envole } 
»> Defirer d'être grand , fans cefler d'être heureux , 
*> Enrichir fon efprit en prolongeant fa vie , 
«) Méprifer la faveur & confoler l'envie, 
t> Défarmer fes rivaux , régner fur fes nevenr , 
r> Tel eft l'objet du fage, & telle eft ton hiftoire^ 

» Il faut , pour être mon héros , 
» S'approcher lentement du temple de mémoire, 
» Travailler fans relâche en faveur du repos ; 
» Excercer, conferver les refforts de fon ame; 
,*> Plus la vie eft tranquille, & plus fa foible trame 

» Echappe au cifeau d'Atropos. 

» Nos partions font nos furies : 
» Elles veillent fans ceffe, & leurs cris renaiffàns 
*> Viennent rompre le cours des douces rêveries , 

» Et l'équilibre de nos fens. 
t> Qui fçait les maîtrifer % eft le Dieu d'Épidaure.' 
» Oui , la fageffe aimable eft feeur de la fanté ; 
Elle feule connaît ce fecret qu'on ignore 

» D'aflurer l'immortalité. 

» Qu'un autre exalte le courage 

» D'Achille mort dans fon printems,' 
»> Il faut plus de vertus pour vivre plus long-tems ', 
» Et le Neftor des Grecs fut cneoj le plus fage »« 



CHANSON. 



SUR LA MUSIQUE. *y 

C H A N S ON. 

« Le connais -tu, ma chère Eléonore, 
» Ce tendre enfant qui te fuit en tout lieu,' 
» Ce faible enfant qui ferait tel encore , 
» Si tes regards n'en avaient fait un Dieu. 



» 



v C'eft par ta voix qu'il étend fon empire : 

Je ne le fens qu'en voyant tes appas j 
» Il eft dans l'air que ta bouche refpirc, 
» Et fur les fleurs qui naiiïènt fous tes pas; 

» Qui te connaît, connaîtra la tendrelïè; 

» Q.ii voit tes yeux, en boira le poifon : 

» Tu donnerais des fens à la fagefle 

» Et des defirs à la froide raifon. 

AUTRE. 

» Iris , Thémire & Danaé 
» Ont envain reçu mon hommage; 
» N'en doutez point, belle Aglaé , 
» Jamais mon cœur ne fut volage. 

» Iris parle fi tendrerent, 
» Mon cœur eft fî faible & fi tendre « 
» Que je croyais, même en l'aimant, 
» Vous voir, vous parler, vous entendre. 

» Un fourire engageant & doux 
» M'enflamma bieniôt pour Thémire : 
» J'ignorais qu'une autre que vous 
» Pût auffi finement fourire. 

» Danaé s'offrit dans le bainj 
» Qu'on eft aveugle quand on aimei 
» Aux lys répandus lur fon fein , 
»> Je ne crus voir qu'Aglaé même. 

» Ainfi dans les plus doux plaifirs, 
n Je cédais à vos feules armes. 
» Mon cœur ne formait de defirs 
» Que pat l'image de yos charmes, 

Tome IF. D 



2 6 ESSAI 

Autre à Madame de Pompadour. 

« Qu'eft-ce qu'amour ? c'eft un enfant mon maître. 
»~i[ l'eft aufli du Berger & du Roi. 
v II eft fait comme vous , il penfe comme moi , 
» Mais il eft plus hardi peut-être ». 

r 

Berquin ( Arnaud ) a donné au Public deux recueils d'Idylles. Deux de 
Romances. Choix de tableaux tirés de diverfes galeries anglaifes. Pygma- 
Uorij fcène lyrique de Rouflèau, mife en vers, «Sec. 

Plaintes d'une femme abandonnée par fon Amant. 

« Dors mon enfant , clos ta paupière , 
» Tes cris me déchirent le cœur : 
■» Dors mon enfant, ta pauvre mère 
» A bien affez de fa douleur. 

» Lorfque , par des douces tendreiïès , 

» Ton père fçut gagner ma foi , 

» Il me femblait dans fes careiTes 

» Naïf, innocent comme toi ; 

» Je le crus. Où font fes promefïès î 

» Il oublie & fon fils & moi. 

» Dors , &c. 

» Qu'à ton réveil , un doux fourire 
» Me foulage dans mon tourment. 
» De ton père, pour me féduire, 
» Tel fut l'aimable enchantement : 
» Qu'il connaiffàit bien fon empire j 
» Et qu'il en ufe méchamment! 
» Dors , &c. 

» Le cruel , hélas ! il me quitte , 
» Il me laide fans nul appui. 
» Je l'aimai tant avant fa fuite ! 
" » Oh ! je l'aime encore aujourd'hui : 
» Dans quelque féjoar qu'il habite , 
» Mon cœur eft toujours avec lui. 
» Dors, &c. 



SUR LA MUSIQUE. 27 

>» Oui , le voilà ! c'eft fon image 

» Que tu retraces à mes yeux ; 

n Ta bouche aura fon doux langage , 

» Ton front , fon air vif & joyeux ; 

» Ne prends point fon humeur volage : 

» Mais garde les traits gracieux. 

» Dors-, &c. 

» Tu ne peux concevoir encore 

» Ce qui m'arrache ces fanglots. 

» Que le chagrin qui me dévore, 

» N'attaque jamais ton repos ! 

is Se plaindre de ceux qu'on adore , 

» 'eft le plus grand de tous les maux, 1 

» Dors , &c. 

» Sur la terre , il n'eft plus perfonne 

» Qui Ce plaife à nou llcourir ; 

r> Lorfque ton père m'abandonne , 

» A qui pourrais-je recourir ? 

ï> Ah! tous les chagrins qu'il me donne j 

» Toi feul , tu peux les adoucir. 

» Dors , &c. 

» Mêlons nos trilles defiinées , 

» Et vivons enfemble toujours : 

» Deux victimes infortunées 

» Se doivent de tendres fecours. 

» J'ai foin de tes jeunes années , 

» Tu prendras foin de mes vieux jours; 

» Dors , &c. » 

Bertatjd ( Jean ) naquit à Caen en 1 5 5 1, & fut Aumônier de Catherine 
de Médicis, Abbé d'Aunay en 1 5 94, évëque de Séez en 1606 & Secrétaire 
du cabinet de Henri III. Henri IV le fit conseiller d'état. Un de-fes ancêtres, 
nommé Jean Bertaud, fut Secrétaire intime de Charles VI. Ses meilleurs 
amis étaient Ronfard Se Defportes j il cultiva avec eux la poéfie , &c ne fut 
jamais jaloux de leurs fuccès. 

Les perfonnes élevées aux plus hautes dignités s'occupaient alors de la 
poéfie. 

Di 



a 8 essai 

On trouvera dans notre quatrième livre cette chanfon charmante de 

Eerthaud. 

« Au bord d'une Fontaine , &c. » 

MM. de Port-Royal, dans leur commentaire fur Job, la citent comme 
une des meilleures qu'on ait faites. 

11 mourut le 8 Juin 1611 , & fut un prélat d'un grand mérite, Se d'une 
rare probité. 

CHANSON. 

« Tous les foucis humains ne font que vanité,' 

» D'ignorance & d'erreur toute la terre abonde r 

» Mais aimer conftamment une rare beauté , 

» C'eft la plus douce erreur des vanités du monde» 

» Non , non , ne tuons point un fi plaifant fouci , 

w Rien n'elt doux fans amour dans cette vie humaine^ 

» Ceux qui ceflent d'aimer, cefîènt de vivre aufîî , 

» Ou vivent fans plaifir comme ils vivent fans peine m 

A U T R E. 

» Hélas ! que me fert-il d'aimer fi l'on ne m'aime \ 
» Et d'aiguifer le fer dont je fuis entamé ? 
» Je reflêmble au flambeau fur la table allumé , 
» Qui pour fervir autrui le confume foi-même. 

» Le feu dont la chimère était jadis à craindre l 
» S'éteignait par la terre, & s'alumait par l'eau j 
» Le mien en eft ainfi : la terre du tombeau 
» Seule éteindre le peut, fi rien le peut éteindre» 
» Hélas ! &c. » 

Birague ( Raminio de ) , Gentilhomme ordinaire du Roi , parent Se 
contemporain du Cardinal de ce nom , qui fut auffi Chancelier , vivait 
en 1580, Se donna vers ce tems-là un Recueil de Poéiîes , où l'on trouve 
des pièces agréables. * 

CHANSON. 



a Vous , qui repus d'une poifon arrière â 
» Courez après le trompeur hameçon 



SUR LA MUSIQUE. ^ 

» D'une beauté qui , d'une aî!e légère 
» S'enfuit de vous fans payer la rançon r 
» Prenez la fuite hors' des féminins lieux : 
» A ce tranlport ne donnez foi aucune : 
» Trois chofes font inconteftables aux yeux^ 
» Le vent, la femme & l'aveugle fortune ». 

Bissy ( Le Comte de Thiard de ) , Lieutenant-Général des armées du 
Roi, & delà Province de Languedoc, l'un des quarante de l'Académie 
Française, a fait l'ingénieufe hiftoire d'Ema, êc plusieurs autres ouvrages 
agréables. 

Parmi plufîeurs morceaux de poéfie qu'on a de lui , on diftingue cette 
chanfon linguliere. 

L'Ombre d'Fgle. 

« Sous les voiles du repos 
» La nuit berçait l'efpérance ,' 
» La douleur fous des pavots 
» Se calmait dans le fîlence , 
» Quand des gouffres du néant ; 
» La mort, cet enfant du crime .g 
r> Au lit d'un parjure amant 
» Guide une faible vifldme, 

» Cibaris ouvre les yeur, 
» Il voit une ombre éplorée; 
» Du fouvenir de fes feux 
» Cette amante eft dévorée ; 
» C'eft Eglé , dans le tombeau 
» Cibaris voit fon amante ; 
» L'amour , armé d'un flambeau J 
» Lui montre Eglé palpitante, 

» Arrête, lui dit Eglé, 

» Ne détourne point la vue , 

» Quoi ! ion efprit eft troublé 

» De mon image imprévue ! 

» Cibaris eft abattu 

» Et craint d'entendre ma plainte j 

» Mais il outragea fans crainte 

>» Et l'amour & la vertu. 



ESSAI 

» Dans l'innocence & la paix 
» Mes jours coulaient fans alarmes } 
» Tu me vantas mes attraits , 
» J'ignorais encor mes charmes : 
» Tu régnas feul fur mon cœur , 
» Et ma jeuneffe imprudente , 
» A la foi de fon vainqueur , 
» Confia fa fleur naiffantei 

» Je t'aimai , tu me trahis , 
» Je fouffris ton inconitance ,' 
» Et préférai tes mépris 
» A l'horreur de ton abfence ; 
» Je me nourriffais de pleurs , 
» Et n'avais pas le courage 
» De fuir un amant volage 
» Pour foulager mes douleurs. 

» Enfin de mon trifte fort 
» La parque rompit la trame j 
» Trop heureufe fi la mort 
» Eût anéanti mon ame .... 
» Mais dans l'éternelle nuit 
» Toujours tendre , je fuccombe. 
n L'amour , l'amour me pourfuit 
» Jufques au fond de ma tombe. 

» N'es tu pas épouvanté 

» De cette affreufe exiftence , 

» De la trifte éternité 

sî Que hâta ton inconftance î 

» Confidere ce linceuil , 

» Vois la longue folitude 

» Qui régne autour du cercueil 

m Qu'ouvrit ton ingratitude. 

» Mais le jour bleflë mes yeux t 
s> J'entends la mort qui m'appelle , 
» Je vais rentrer dans ces lieux 
» Couverts d'une ombre éternelle .• 
» Reçois mes triftes adieux , 
p Et fcmvkns-toi , cœur barbare, 



S U R L A M U'S I Q U E. ' 3ï 

» Que l'iriftant qui nous fépare , 
33 Eft pour moi le plus affreux ». 

Cette chanfon a donné lieu à la chanfon fuivante. 

L'Ombre i'Hylas. 

« La nuit pourfuivant la lumière \ 

03 A peine obfcurcilTait les airs ; 

33 Déjà fon voile funéraire 

3j Rendait le calme à l'univers : 

3> Eglé , par Morphée aflbupie,' 

3j Allait céder à fes pavois , 

33 Ft de la nature cngourd e 

33 Partager le profond repos. 

33 Un fpectre fanglant & livide 
33 D.ms ce moment s'offre à fes yeux ; 
33 Ecoute-moi , dit-il, perfide, 
33 Je te dois ces rriftes adieux : 
33 C'elt du plus profond des abîmes 
=3 Que je m'élance dans les airs , 
33 Pour te reprocher tous tes crimes 
33 Et te dévouer aux enfers» 

» Je .t'adorai , je feus te plaire 8 ' 

33 Tu te rendis à mes ferrnens ; 

3> Et le voile épais du myftere 

3j Couvrit bientôt d'heureux momens." , 

33 Même en jouiiïant de tes charmes , 

33 Je brûlais d'un nouveau defir j 

33 Et fi mes yeux s'ouvraisnt aux larmes, 

33 C'était à celles du plaifir. 

33 Plaifir trompeur & peu durable 1 
33 Eclat pafTager d'un beau jour ! 
33 Ton cœur , hélas ! bientôt coupable,' 
33 Trahit ton amant & l'amour. 
»3 Infenfé , je crus que l'abfence 
» Pourrait éteindre enfin mes feux} 
33 Mais j'éprouvai que la confiance 
» Efl la vertu des malheureux. 






3 5 ESSAI 

à> A ta barbare tyrannie , 

ai La mort feule a pu m'arracher; 

33 Sans frémir j'ai quitté la vie , 

» Frémis de te le reprocher. 

» Tu trembles , tu pâlis , cruelle ,' 

33 Rougirais-tu de tes forfaits î 

33 C'elt envain ... la nuit éternelle 

33 Nous a féparés pour jamais. 

S3 Souffre, gémis, verfe des larmes,' 
03 Meurs chaque jour de mille morts , 
33 De regret en perdant tes charmes , 
33 Et de douleur par tes remords, 
ai Que tes jours foienc des jours funèbres^ 
33 Que l'effroi glace ton fommeil : 
33 Entends ma voix dans les ténèbres, 
33 Et tremble encore à ton réyeil. 

si Pour détourner ces vœux funeftes 
33 Et te fouftraire à tant de maux , 
33 Viens découvrir mes trilles relies,' 
33 Suis-moi dans la nuit des tombeaux; 
33 Prends le poignard qui de ma vie 
33 A feul pu terminer l'horreur , 
os Ingrate , imite ma furie , 
3j Frappe, plonge -le dans ton cœur. 

*> Mais dans mon cercueil je retombe. 

93 La mort , l'impitoyable mort 

x Me retire au fond de ma tombe j 

as II faut céder à fon effort. 

»3 Tu gémis . . . ferais-tu fenfible 

as A ton parjure , à mon tourment ? 

33 Ah ! que ma mort ferait horrible „ 

» Si tu regtettais ton amaut 1 

Blik de Sainmoré ( Adrien-Michel-Hyacinthe ) , né à Paris , a donné 
au Public les ouvrages fuivans : 

Héroïdes; Biblis à Caunus 3 fonfrere;Sapho à Pkaon; Gabrielle d'EJlrées 
à Henri IF; Jean Calas à fa femme & à fes en/ans ; la Duchejfe de la 
raliere à Louis XIV; une É pitre à Racine & d'autres pièces fugitives 

dans 



SUR L'A MUSIQUE* 55 

dans le même volume; Orphanis , tragédie; Joachïm 3 drame; Requête 
des filles de Salency à la Reine , &c. 

Dans toutes ces pièces on trouve des vers agréables Se du fentiment» 
elles ne peuvent que faire le plus grand honneur à M. Bliri de Sainmore, 

C H A N S ON, 

ec Belle Rofîne , & vous , belle Cécile ," 
3> Egalement vous favez nous charmer : 
» Entre vous deux, le choix eft difficile; 
s> Eu vous voyant , il faut pourtant aimer. 

n Je ne fais pas qui de vous doit mieux plaire J 

•> Ou pai l'efprit, ou bien par le minois : 

m Amis peut-on mieux décider l'affaire 

» Qu'en les aimant toutes deux à la fois J 

« Je demandais jadis aux Dieux propices, 
» Après ma mort, d'aller aux lieux charmans 4 
» Où la beauté , d'un torrent de délices , 
» Doit ennyvrer les heureux Mufulmans. 

3> Mais , près de vous , je ne defire guère 
» Le paradis qu'inventa Mahomet, 
»> Je refte ici , puifque j'ai fur la terre 
?» Tous les plailîrs qu'au ciel il nous promet^ 

AUTRE, 

*> Lutin dit à.Cloiis un jour : 

m Qu'on fourfre quand on aime ! 
\ ti Je crains dès qu'on vous fait la cour t " 

33 Votre inconftance extrême : 
!» Je fais , reprit-elle , à tes maux 

m Un remède fuprême , 
?> Veux-tu n'avoir point de rivaux? 

?> Il faut t'aimer toi-même. 

Autre à Madame la P. de F***. 

«c Le Dieu du Pinde & le Dieu de Cithere 
33 Sur vos attraits fe difputaient un jour ; 
=> C'eft fa beauté qu'on aime , dit l'Amour. 
33 C'eft fon efpiit, dit l'autre, qui fait plaire, 
Jçine IF. g 



34 ESSAI 

» Hélas ! comme eux , dans un débat femblable a 
» Qui ne ferait embarraffé du choix ? 
» Ea vous voyant, on adore à la fois 
» La beauté fage & la fageiïe aimable, 

» Belle F on ne peut fe fbuftraire 

» Au fentiment par vous-même infpiré. 

» On n'en dit rien ; mais au moins fâchez gré 

» Des longs efforts qu'on fe fait pour le taire. 

» A le dompter on ne faurait prétendre , 
» Il nous faudrait , foit dit fans vous fâcher i 
» Votre vertu pour pouvoir le cacher, 
» Ou vos accens , pour vous le faire entendrez 

Boderie ( Guy Lefevre de la), né en balle Normandie en Août 1 541 ; 
fut un favant diftingué , chargé de coopérer à la fameufe Bible Royale , 
appellée la Polyglote du Roi d'Efpagne. 

Le Pape Pie IV lui fit propofer de venir à Rome , 8c lui promit ( dit- on ) 
de l'élever au cardinalat ; mais la Boderie ne voulut jamais y confentir. 
11 fe contenta du titre de Secrétaire du Duc d'Alençon , ôc mourut le 1 o 
Juin 1584. 

Il nous refte de lui plufieurs poëmes couronnes qui ne valent pas grand 
chofe. Ses poéfîes chrétiennes lyriques ne valent pas la peine d'être lues. 

Boileau ( Nicolas Defpreaux ) (a), naquit à Crofne, à quatre lieues 
de Paris, en 163 6, dans la maifon de campagne de fon père. Greffier du 
Parlement. 

Quoique né avec u.i efprit cauftique Se naturellement porté à la fatyre 3 
il était humain, doux ôc généreux ; 8c Madame de Sévigné, difait qu'il 
n'était cruel qu'en vers. On prétend que fes fatyres ont plus de fel que 
d'enjouement, & de vivacité que de délicatefle. Un Pocte célèbre a dit : 

*s Jamais un vers n'eft parti de Ion cœur ». 

Son père ne prévit guères ce qu'il deviendrait un jour; car il difait alTez 
fouvent , pour Colin j ce fera un ion diable qui ne dira mal de perfonne. 

(a) N'eft compris dans cette notice qu* parcequ'il a fait quelques chanfons ; car k 
lyrique n'était pas fon genre, 



SUR LA MUSIQUE; 5î 

Il efîaya du Barreau & de la Sorbonne , mais il fe dégoûta bien vîce de 
tous les deux , & fe livra tour entier à la fatyre. Louis XIV lui témoigna 
toujours beaucoup d'eftime, & lui dit un jour : « Souvenez-vous, Boileau > 
j> que j'ai toujours une heure par femaine à vous donner, quand vous 
•> voudrez venir ». 

Comme fes Œuvres font dans les mains de tout le monde , on fe 
difpenfera d'en parler ici. Nous nous contenterons de rapporter un traie 
de fa vie qui lui fait le plus grand honneur. 

Patru , célèbre Avocat , étant allez pauvre pour être obligé de vendre fa. 
bibliothèque à bas prix ; Boileau qui le fut , alla lui en offrir un tiers d» 
plus que ce qu'on lui en donnait, & mit pour condition qu'il la garderait 
pendant toute fa vie. 

Louis XIV lui ayant" demandé quel était le génie qui avait le plus 
illuftré fou règne. « C'eft Molière, dit-il, fans balancer.: » Modeftie rare 
dans un Poëte. 

Il fut reçu à l'Académie Françaife en 1684, &: mourut à Patis le ni 
Mars 1 7 1 1 . 

Dans fa dernière maladie , un de fes amis lui demandant comment il 
fe trouvait , il répondit par ce vers de Malherbe : 

« Je fuis vaincu du tems , je cède à fes outrages , 

Et un moment après lui ferrant la main : Bonjour 3 dit-il, & adieu ; 
l'adieu fera bien Long. 11 mourut d'une hydropifie de poitrine , & laiifa 
prefque tout fon bien aux pauvres. 

Jamais Poëte n'a plus refpecté que lui les mœurs , dans fa conduite & 

dans fes écrits. 

CHANSON. 

« Voici les lieux charmans où mon ame tarie 

» Parlait à contempler Silvie , 
» Ces tranquilles momens fi doucement perdus ; 
;> Que je l'aimais alors ! que je la trouvais belle ! 
» Mon cœur vous foupirez au nom de l'infidelle , 
» Avez-vous oublié que vous ne l'aimez plus? 

o C'eft ici que fouvent errant dans les prairies, 
» Ma main des fleurs les plus chéries, 



ys ESSAI 

a Lui faifait des préTens fi tendrement reçus ,' 

» Que je l'aimais alors ! que je la trouvais belle ! 

» Mon cœur, &c. » 

l 

Bolsrobert ( François Metel de ), né à Rouen, fut Chanoine de cetse 
ville, Abbé de Châtillon -fur- Seine , Confeiller d'Etat, de l'Académie 
Françaife, 6c favori du Cardinal de Richelieu. 

On lui doit l'établiffement de l'Académie , & les gens de lettres lui 
furent redevables d'une foule de grâces qu'ils obtinrent par fon crédit. 

Sa converfation était fi agréable , que le premier médecin du Cardinal 
lui dit un jour : « Monfeigneur, toutes nos drosues feront inutiles pour 
* vous guérir, fi vous ne mêlez une drachme de Boisrobert ». Il mourut en 
j66i, regretté de tous ceux qui l'avaient connu. Furetiere l'appellait le 
premier chanfonnier de France ; ce qui pouvait être alors. 

CHANSON. 

« Eh quoi ! dans un âge fi tendre 

» On ne peut déjà vous entendre , 

» Ni voir vos beaux yeux fans mourir ! 
» Ah ! vous êtes pour nous ou trop jeune ou trop belle ; 

» Attendez petite cruelle , 
*> Attendez à blelTer que vous puillîez guérir ». 

Malleville fit contre lui ce rondeau fatyrique : 

« Coèffé d'un froc bien rafiné , 
» Et revêtu d'un Doyenné 
» Qui lui rapporte de quoi frire ,' 
» Frère René devient Médire , 
' » Et vit comme un déterminé. 
» Un Prélat riche & fortuné , 
» Sous un bonnet enluminé 
»> En eft, s'il le faut ainfi dire. 

» Coëffé. 
» Ce n'eft pas que frère René 
» D'aucun mérite foit orné , 
» Qu'il foit docte, qu'il fâche écrire g 
» Ni qu'il dife le mot pour rire ; 
m Mais c'eft feulement qu'il eft né 
? Coeffé w, 



r S U R LA MUSIQUE. %f 

Vers de Bolfrobert à Bal\ac 3 fur ï Académie Françaife. 

a Pour dire tour enfin dans cette épître , 

» L'Académie eft comme un vrai chapitre ,' 

n Chacun à part promet d'y faire bien , 

t> Mais tous enfemble ils ne tiennent plus rien : 

» Mais tous enfemble ils ne font rien qui vaille» 

» Depuis fix ans defïus l'F on travaille , 

» Et le deftin m'aurait fort obligé, 

» S'il m'avait dit : tu vivras jufqu'au G. 

Boissy ( Louis de), né à Vie en Auvergne en 1694, a fait un grand 
nombre de pièces pour les Comédiens Français & Italiens , dont pluheurs 
font eftimées. Il a fait aulîî plufîeurs opéra-comiques dont on ne parle 
plus. Il fut reçu à l'Académie Françaife en 1754, eut le privilège du 
Mercure en 175 5 } & mourut en 1758. 

Bombarde ( M. de ) , né vers la fin du dernier fiecle , d'un père fore 
riche qui lui avait donné l'éducation la plus foignée. Répandu dans les 
meilleures fociétés, particulièrement dans celles de Mefdames d 'Aiguillon _, 
de Surgeresj &c. & tenant une excellente maifon , où il raffemblait les 
artifles du premier ordre, il n'eut d'autre foin que celui de palfer dou- 
cement fa vie en éprouvant fans celle les charmes de l'amitié, des arts 
& des talens. 

Ainfi que le Comte de Caylus > fon ami, il aida les gens de lettres 
de fes confeils tk de fa bourfe , & nous pourrions en citer plufîeurs qui 
lui furent redevables de leur fortune. 

La Mufique fut fon goût le plus décidé, la poéfie, la littérature ancienne , 
les romans l'occupèrent enfuite; enfin la peinture, l'hiftoire narurelle & 
la botanique leur fuccéderent, & il s'y livrait entièrement, lorfque M. 
de la Place ( de qui nous tenons cette anecdote ) lui témoignant de l'in- 
quiétude fur ce qu'il pourrait devenir quand ce dernier genre d'occupation 

& d'amufement n'aurait plus rien de piquant pour lui " Oh! mon 

» ami, lui répondit-il, tranquillifez-vous là-delfus : j'ai bientôt foixante 
« ans , il me refte , grâce au ciel , encore cinq à fix goûts en réferve ; Se 
.7 c'eft plus qu'il n'en faut pour achever agréablement ma carrière ». 

Cer homme aimable Se refpedable mourut vers -760, regretté de tous 



* 



ESSAI 

fes amis, & fur-tout de Mefdames de Montefquiou Se de Voijenon 3 fes 
nièces. M. de Bombarde de Beaulieu, Ccmfeiller au grand confe il, était 
fon frère. 

On aflure que la Mufique du cinquième acte de Pyrame & Thisbé eft 
en partie de M. de Bombarde. Il' a fait auffi des chanfons charmantes. 
Nous en citerons deux : 

R O M A N C E. 

« Ce n'eft plus un myftere, 

n J'ai fait voir ma douleur j 

» Tu fais qu'une bergère 

» Ne connaît qu'un malheur,' 

» L'ingrat que je préfère, 

» Tircis que j'aime tant, 

» A qui je fus fi chère, 

» Tircis eft inconftani. 

» J'avais fu me défendre 
» Pendant près de deux ans. 
» On croit pouvoir fe rendre 
n Après mille fermens. 
» Son art fut de féduire , 
» De plaire & d'enflammer ; 
» Il feint ce qu'il infpire, 
D Mon art fut de l'aimer. 

» Un jour , c'était ma fête ,' 
» Il vint de grand matin ; 
» De fleui'6 ornant ma tête , 
» Il plaignit fon deftin : 
, » Difant : veux-tu , cruelle , 
t» Jouir de mes tourmens t 
» Je dis , fois-moi fidèle , 
» Et laiiTe faire au terns. 

» Tircis charmé m'embrafïè , 
» J'en montrai du dépit. 
» Mais il demanda grâce , 
» Et mon cœur la lui fit. 



SUR LA MUSIQUE. 34 

» Bientôt plus téméraire , 

» Ce fut nouveau tranfport , 

» J'en fus toute en colère 

» Et m'appaifai d'abord. 

» De peur de lui déplaire^, 
» Je n'ofai le gronder ; 
»> Un charme involontaire 
» Me força de céder : 
» Je crus fon feu lîncere,' 
» Il courut au plaifîr j 
» Hélas, qu'avais- je à faire; 
» Me taire & puis rougir, 

C H A N S ON 

ï> Iris , dans un bois folitaire , 
» Dormait un jour tranquillement; 
» Un fonge éveilla la Bergère , 
b Ce fonge lui parut charmant, 
» Filles 
» Gentilles, 

» Un fonge flatteur 

» Souvent vous réveille, 

» La puce à l'oreille, 

» L'amour au cœur. 

» De cet agréable menfonge , 

» Son cœur eft furpris & flatté , 

» Mais fon amour n'était qu'un fonge, 

» Son plaifîr une vérité, v 

» Filles , &c. » 

Bonne val (Michel de), Intendant des menus, homme de beaucoup 
'efprit, eft mort en ij66. 

CHANSON. 

» Je n'entends plus deiïbus l'ormeau < 

» Le Berger que j'adore ; 
1» Il n'enfle plus fon chalumeau 

» Au lever de l'aurore. 



jp ESSAI 

ù Je le préférais à tes rivaux; 
» Il ne ceffait de me faire 
» Pour me plaire 
» De petits airs nouveaux*' 

* C'eft le Berger le plus parfait 

» Qui foit dans le village ,' 
Tout ce qu'il dit , tout ce qu'il fait J 

» Sans qu'on y penfe , engage : 
» Je le préférais , &c. 

» Que j'ai de regret à fon cœur J 

» Un autre objet l'engage. 
» Il était fait à mon humeur , 

» J'aimais fon badinage j 
» Je le préférais, &c P 
"> 

ft Mon jardinet il arrofait 

■>■> Trois fois la matinée 5 

» Trois fois le foir recommençait 

» Pour finir la journée : 
• Je le préférais , &c. » 

ïl a donné à l'Opéra, en 1736', Les Romans, mufique de Niel, femU 
pn mufique en 1776 par M. Cambini j en 1737, Les Amours du Printems 4 
mufique de Blamont; en 17455 Jupiter, vainqueur de Titans > mufique, 
de Blamont & de M. de Bury, 

Boufïlers ( Chevalier de ). Quoique fes charmantes pièces de vers 
foient connues de tout le monde , nous ne pouvons nous difpenfer d en 
rapporter ici quelques-unes. 

On connaît auiîi de lui Les Cœurs , poëme erotique , & une Lettre a 
-Madame fa mère fur fon voyage en SuifTe. Son Conte de la Reine dfi 
Golconde a donné lieu à l'opéra de M. Sedaine. 

Vers à Madame *** , en lui envoyant les Fables de la Fontaine, 

« Voilà le bon-homme qui fit 
» Cent prodiges qui nous enchantent , 
» Des fables qui jamais ne mentent , 
a Et des bêtes pleines d'efprîr, 



SUR LA MUSIQUE. 41 

a Ln morale a befoin , pour être bien reçue , 
i) Du mafque , de la fable & du charme des vers : 
»> La vérité plaît moins quand elle eft toute nue ; 
n Et c'eft la feule vierge en ce vafte univers, 

» Qu'on aime à voir un peu vêtue. 

» Si Minerve même , ici bas , 

» Venait enfeigner la fagefTe , 

» Il faudrait bien que la Déeflè 
o A fon profond favoir joignît quelques appas." 
o Le genre humain eft fourd , quand on ne lui plaît pas; 
» Pour nous éclairer tous , fans offenfer perfonne , 
» La (avance Minerve a pris vos traits charraansj 

» En vous voyant, 'je le foupçonnej 

1» J'en fuis sûr quand je vous entends ». 

Chanfon à une Femme qui le menaçait de le rendre heureux » 

« O ciel ! je fuis perdu ! quoi ! déjà des faveurs ! 

» Quand j'ai promis d'être fidèle , 
» Quand je vous ai juré les plus tendres ardeurs ; 
» Je m'étais attendu que vous feriez cruelle ; 
»> Je m'étais arrangé pour trouver des rigueurs. 
»> Ah ! fi je vous fuis cher , foyez plus inhumaine j 
t> LaifTez à mon amour le charme des defïrs ; 
*> Pour le faire durer , faites durer fa peine : 
» Je ne vous réponds pas qu'il furvive aux plaifirs »,j 

Son Epitaphe par lui-même. 

» Ci gît un Chevalier qui fans ccfle courut ; 

■u Qui fur les grands chemins naquit, vécut, mourut* 

» Four prouver ce qu'a dit le fage , 

» Que notre vie eft un voyage », 

A M. le Prince de B. 

« Venez ici pafTer des jours fereins ; 
» Ne dédaignez pas un afyzle 
o Que l'amitié para de fes modeftes mains; 
» L'intrigue de la cour , le fracas de la ville 
» Font pour vous -enchaîner des efforts furperflus : 
» Des goûts plus innocens , un bonheur plus tranquille,' 
y Conviennent mieux à vos vertus. 
Tome IV. . F 



42 ESSAI 

o Les fleurs & les moutons qu'on trouve en nos retraite* 
» Valent vos Dames , vos Seigneurs : 
» Bien de ces Meilleurs font des bêtes ; 
V Peu de ,ces Dames font des fleurs v. 

CHANSON. 

« Le premier jour que je la vis , 
» J'apperçus fa beauté : mais je n'apperçus qu'elle J 

» Et le jour que je l'entendis , 

» Je la trouvai bien plus que belle. 
» J'admirai fon efprit, je louai fes attraits , 
o Sans penfer que mon ame en ferait enflammai 
» Si j'avais fu d'abord combien je l'aimerais , 

n Je ne l'aurais jamais aimée ». 

Boulay (Michel du), Secrétaire de M. de Vendôme, né à Paris, &c 
mort au commencement du fiecle,a fait en i6$8 les paroles de Zéphire 
& Flore, ballet mis en mufique par Louis & Jean Lully , fils du grand Lully f 
en 165)0, Orphée j mufique de Louis Lully. 

Boursault (Edme), né à MiuTy-i'Evêque en Bourgogne en 1638, a 
été un Poëte agréable , mais peu favant. Ses deux comédies à'Efope à la 
Cour & du Mercure galant feront long-rems eftimées. On a de lui de jolies 
pièces fugitives, madrigaux, chanfons > &c. 11 mourut en 1701. 

Boutelier. Il a donné à l'Opéra, en 1776, Eutl.yme 6c Lycoris , en 
un a&e , mufique de Deformery ; en 1777 , Alain & Ko/eue > en un adte , 
mufique de Poutau. 

Boyer (Claude), né en \6\ 8, fit un grand nombre de pièces qui 
n'eurent qu'un médiocre fuccès. Furetiere fit à ce fujet l'épigramme 

fuivante : 

« Quand les pièces reprefentées 
» De Boyer , font peu fréquentées , 
» Chagrin qu'il eft d'y voir peu d'afliftans } 
» Voici comme il tourne la chofe ; 
» Vendredi la pluie en eft caufe , : 

» Et le Dimanche le beau tems. 



SUR LA MUSIQUE. 44 

Pour éprouver fi la chute de fes ouvrages ne devait pas être imputée à 
la mauvaife humeur du Public, il fit afficher fous le nom de P ader d' AJferan t 
jeune Gafcon, fa tragédie à'Agamemnon. Elle fut généralement applaudie. 
Racine lui-même, le fléau de Boyer, fe déclara ouvertement le protecteur 
de Pader. Eoyer , enchanté de fon fuccès , ne put feindre davantage , & 
cria en plein parterre : « Elle eft pourtant de Boyer en dépit de Racine ». 
Ce mot lui coûta cher ; car fa pièce fut fifflée le lendemain. 

Il fit en 1697 les paroles de Médufe, mufique de Gervais , & mourut 
le 21 Juillet 1698. 

Brach (Pierre de ), de Bordeaux, né vers le milieu du feizieme fiecle; 
vivait encore en 1600 , était ami de du Bartas , & comme lui, a fait 
un Recueil de poéfies, où l'on trouve des fonnets, des chanfons j &c. Il 
a aufli traduit X Aminte Se une partie de la Jérufalem délivrée. Il difait de 
fes vers , qu'ils n'offraient que la même note d'une chanfon fouvent rechantée. 

Chanfon à l'Amour. 

u Cher enfant , qui dans les deux 

» Fis fous ton obéiflance 

» D'une invincible puiffance 

» Courber le plus grand des Dieux ; 

» Changeant fa forme divine 

» Pour abufer nos beautés 

»> Sous les mafques empruntés 

» De taureau , d'or , & de cigne ! 

» Toi duquel le Dieu boueux. 
» Plus chaude a trouvé la braife , 
» Que celle qu'en fa fournaife 
» Soufflent fes foufflets venteux ; 
» Qui aux hommes fur la terré , 
» Qui parmi l'air aux oifeaux , 
» Qui aux poiflbns fur les eaux , 
» Maître de tout, fais la guerre. 

» Reçois , enfant immortel , 
» Les offrandes amoureufes 
» Que nos mains dévotieufes 
w Appendent fur ton autel. 

F* 



±4 ESSAI 

» T'offraot pour fléchir nos Dames ; 
» Sous un amour contre-aimë , 
» Au lieu d'un cierge allumé , 
» Nos cœurs brûlant de tes flâme.r* 

» Nos vœux font petits & bas , 
» Indignes de ton mérite ; 
» Mais à l'offrande petite 
» Les Dieux ne regardent pas. 
» Cérès fur les bleds commande j 
» Bacchus eft le Dieu des vins ; 
» Mais deux épis , deux raifins 
» Ils reçoivent pour offrande ». 

Brébeuf 5 d'une bonne maifon de Roue» , eut une fîevre maligne qui 
lui dura vingt ans , & pendant laquelle il traduilit en vers la Pharfale de 
Lucain , Se fit une infinité d'autres ouvrages j c'eft dans ce poëme que Pou 
trouve ces quatre vers fi connus : 

« C'eft de là que nous vient cet art ingénieux 
» De peindre la parole & de parler aux yeux ,' 
» Et par des traits divers de figures tracées , 
» Donner de la couleur & du corps aux penfées vu 

11 naquit en 1611 Se mourut en 166$. 

CHANSON. 

« Vous demandez pourquoi je vous vois rarement; 
» Vous que de mille appas la nature a pourvue ? 
» Et moi je vous demande un peu plus juftement, 

» Hélas ! pourquoi vous ai-je vue ? 
« Pourquoi donc avez-vous une ame forte & faine ,' 
» Dont tous les mouvemens font fi bien coropofiLf, 

» Que la peine que vous caufez , 
' » Ne vous caufe jamais de peine?. 

Son Lucain travefti eft fon meilleur ouvrage. 

Bret ( Antoine ) , né à Dijon en 1 7 1 7 , homme de beaucoup d'efpria 
(&: de goût, eft d«u très-petit nombre de gens de mérite qui ont eu le 



SUR LA MUSIQUE. gg 

bonheur de ne jamais avoir d'ennemis. La pureté de fes mœurs Se la 
douceur de fon caraétere , lui ont procuré cet avantage. Il a donné au 
Théâtre Français plulîeurs pièces, dont quelques-unes font reliées: La double 
extravagance fera toujours jouée avec le même fuccès. Depuis quelques 
années , il eft chargé de la gazette de France , ouvrage ingrat , mais plus 
difficile à faire qu'on ne le croit, par toutes les conlidérations qu'il faut 
allier à la vérité qui doit être la bafe de cette gazette. 

M. Bret a donné une fuperbe édition de Molière avec des commentaires 
eftimés. On a auilî de lui un poëme des Saifons, 

Chanfon fur la Santé. 

« Mettez tous les biens en un tas t 

» Perles , rubis , terres , contrats , 

» Maifon fuperbe & bonne table ; 

» Honneurs à foifon , dignité , 

» Si je n'y vois point la (an té , 

» Je donneiais le tas au diable. 

» La fanté ! pauvre miférable , 
» Il m'en fouvient , hélas ! il fut un jour 
» Où j'euflè dit : fi je n'y vois l'amour »,' 

AUTRE. 

« D'un ruifleau qui coupait la plairle , 
» Mes pas fuivaient chaque détour , 
» Et bientôt fa courfe m'entraîne 
» Près d'un bois où dormait l'amour. 

» Ses traits , fur un tapis de moufle 
» Sont répandus à fes côtés ; 
» Qu'un autre que moi les émoufle ; 
» J'aime jufqu'à leurs cruautés. 

» Mais voyant leur plume légère, 
» Différer en tout à mes yeux , 
» Je m'occupe de ce myftere 
» Dont mon efprit eft curieux. 

» L'amour s'éveille , je friflbnne ; 
» Ami , dit-il avec bonté , 
» De ce prodige qui t'étonne^ 
» Tu vas percer l'obfcurké. 



46 ESSAI 

s Ai-je à frapper l'ame inquiète , 

» De quelqu'Amant fombre & jaloux i 

» Je choifis alors la fagette 

» Où font les plumes de hiboux, 

» Pour le difciple d'Epicure ,' 
» Le fentiment eft fans attraits : 
» Quand je lui fais une bleflure , 
» Les moineaux ont paré nies traits; 

» L'aiglon eft pour le téméraire : 
» Le ferin pour les beaux conteurs ; 
» Pour le fat, toujours sûr de plaire, 
» Du paon j'emprunte les couleurs^ 

» Veux-je bleffèr un cœur fidèle , 
» Fait ponr aimer bien conftamment :, 
» La plume de la tourterelle 
b A ma flèche fert d'ornement. 

» Regarde-la , vois qu'elle eft belle ; 
» Sur toos mes traits elle a le prix... 
« Ah ! m'écriai-je , Amour , c'eft celle 
» Dont tu m'as bleffé pour Iris ». 

AUTRE. 

» Plus enfant que fa poupée, 
» Iris au bord d'un ruiiïèau , 
» Difpofait pour fa pipée 
» Ses lacets & fon réfeau ; 
» De furprife , elle eft frappée, 
» Dieux : dit-elle , quel oifeau ! 

» C'eft la beauté, la jeuneiTe ; 

» Mais il vole , il fend les airs. 

» Ah ! dit-elle avec ivrefle , 

» S'il fe prenait dans mes fers , 

» Je le baiferais fans cefle : 

» Que fes jours me feraient chers .' 

» Elle fuit l'enfant qui vole 
» Et qui rit de fes defirs ; 
» La jeune Iris fe défoie 



SUR LA MUSIQUE. 4.7 

» Et croit voit fuir fes plaifirs. 
» Un vieillard qui la confole, 
» Arrête ainfî fes foupirs. 

» Belle, tremblez de l'atteindre," 
» C'eft un dangereux vautour ; 
» Vous, en avez tout à craindre 5 
» Apprenez que c'eft l'amour : 
» Helas ! il faudra vous plaindre, 
» S'il fe laifTe prendre un jour. 

Bruire ( Charles le Clerc delà), né à Crépi-en-Valois en 1714, &' 
Secrétaire d'ambafiade de M. le Duc de Nivernois à Rome, eut le privilège 
du Mercure depuis 1744 jufqu'en 1754, qu'il mourut âgé de trente- 
neuf ans. 

Il raiTembla un jour plusieurs de fes amis , pour leur lire fon opéra de 
Dardanus qu'il deftinait au grand Rameau. Peut-être la manière dont il 
fit cette lecture , ne prévint-elle pas en faveur de. l'ouvrage ; peut-être auflî 
avait-on bu un peu plus qu'il ne fallait au dîné qui avait précédé la féance. 
L'ouvrage fut jugé fi mauvais , qu'il fut condamné au feu , & la fenrence 
exécutée fur le champ. Heureufement pour nous que Crébillon le fils , 
l'un des convives plus de fang froid que les autres ^ fauva des flammes 
ce beau pocme qui tient le premier rang après ceux de Quinault. 

Il donna au théâtre : 

En 1734, Les Mécontents , comédie en un a&e ; en 1731?, les Voyages 
de l'Amour 3 mufique de Boifmortier; en 1739, Dardanus t mufique de 
Rameau j en 1748 , Erigone, en un aûe , mufique de Mondonville j en 
1760, le Prince de Noify } donné dix ans avant fur le théâtre des petits 
appartemens , mufique de Rebel ôc Francœur. 

Il avait fait aufli un opéra de Linus qui a été mis en mufique par Trial 
le Berton Se d'Auvergne. 

CHANSON. 

« Je l'aimais d'un amour fi tendre , 
» Celle qui caufe mes tourmens ! 
» Elle a condamné , fans l'entendre } 
» Le plus fidèle des amans. 



tf ESSAI 

» Grands Dieux ! que je la trouvais belle , 
» Quand fes regards m'ouvraient les cieux ! 
» Qui l'eût cru, que de fi beaux yeux 
» Deviendraient ceux d'une cruelle? 

» Loin de fà préfence chérie , 
» Je ne vis que pour mon amour } 
» Ma raifon , mon ame , ma vie , 
» Tout eft au lieu de fon féjour. 
» Mon feul plailir , ma feule affaire j 
» Eft d'y fonger à tout moment ; 
» Prononce-t-on ce nom charmant ,' 
» Tout étranger devient mon frère, 

» Sans efpoir que ma voix l'attire , 
» Ma voix l'appelle triftement. 
» Je regarde , Se mon cœur foupire 
v D'avoir appelle vainement. 
» Son nom dans ce féjour fauvage 
» Eft gravé fur tous les ormeaux : 
» Il va croître avec leurs rameaux : 
» Mon amour croîtra davantage n, 

Brunet (Pierre-Nicolas ) , né en 173 3 , fe fit connaître pour la première 
fois en 1756, par un pob'me intitulé Minorque conquife. 11 fit enfuite 
quelques pièces pour les Comédiens Français & Italiens , & mourut le 4 
Novembre 1771. 

11 a donné à l'Opéra: Le Rival favorable, ajouté aux Fêtes d'Euterpe > 
mufique de Dauvergne j Hypomèm & Athalante } mufique de Vachon j 
Apollon & Daphnéj en un acte , mufique de .... , 

Bussy-d'Amboise , né vers 1 540. Ce célèbre gentilhomme du Duc d'Alen- 
çoli était le pius brave homme de fon fiecle. La Reine Marguerite, première 
femme de Henri IV, l'aimait beaucoup,& dit de lui dans fes mémoires : « Il 
»? eft la terreur de fes ennemis , la gloire de fon maître & l'efpérance de 
»> fes amis. C'était l'homme le plus galant de la cour , le plus modefte 
dans fes habits & le plus faftueux dans ceux de fa livrée. On lui fit un 
frime d'avoir été trop aimé de Marguerite. Il aima auffi la Dame de 
Mcnforeau j & fon mari l'ayant forcée de donner un rendez-vous au brave 

BuiTy 



SUR LA MUSIQUE. 4P 

BufTy dans fa maifon de campagne, l'aflailina lâchement , n'ofant fe battre 
avec lui. il mourut en 1 5 79. 

CHANSON. 

« Oh ! qu'heureufe eft ma fortune ! 

» Oh ! combien eft .grand mon heur t 

» D'être feul retenu d'une : a), 

» Pour fidèle lerviteur , 

» Par fus toutes elle eft vue 

» Pleine de grâce Se beauté , 

» Et lu's sûr qu'elle eft pouivuc 

t> Beaucoup plus de loyauté. 

ï> O vous qui ne l'avez vue , 
» Voyez- la pour votre bien; 
» Puis jugez, l'ayant connue 
«> L'heur que ce m'eft d'être fient 
» Mais la voyant fi parfaite, j» 
» Gardez-vous bien un chacun ; 
» Car pour blelTcr elle eft faite , 
» Et de tous n'en guérir qu'un. 

Bussi Rabutin ( Roger, Comte), Meftre-de-camp de la cavalerie légère 
de Fiance , Lieutenant-Général & Confeiller d'Etat , naquit à Epiry en 
Nivernois, le 3 Avril 161 8 , d'une de plus anciennes maifons de Bourgogne. 

En 1665 , il fut reçu de l'Académie Françaife , & fit paraître enfuite fon 
Hiftoire amoureufe des Gaules, dans laquelle il couvre de honte Mefdames 
d'Olonne &: de Châtillon. Le Roi l'envoya à la Baftille, & enfuite l'exila 
dans fes terres, où il relia feize ans, n'étant revenu à la cour qu'en 1681. 
Jamais il ne put regagner les bontés du Roi , & le chagrin le fit encore 
retourner dans fes terres. 11 mourut à Autun le 9 Avril 1695. Nous avons 
de lui plusieurs ouvrages de poéfie. 

Cahusac ( Louis de ) , né d'une famille noble de Montauban, Secrétaire 
des commandemens de Monfeigneur le Comte de Clermont, né au com- 
mencement de cefiecle, mourut à Paris en 1759 , d'une maladie qui l'avait 
d'abord conduit à Charenton. 

(a) On prétend que cette chanfon fut fsite fur la Reine Marguerite; cependant elle ea 
guérifTait plusieurs, 

Tome IK G 



5 o ESSAI 

Il eft auteur de Grigri, joli roman; de l'hiftoire de la Danfe ancienne 
& moderne , ouvrage eftimé ; des tragédies de Pharatnoni ëc du Comte 
de Warwick ; de la comédie de l'Algérien, tin Journalifte ayant loué 
fon opéra de Zoroaflre 3 Cahufac lui dit en l'embraiïant : « Vous êtes le 
j> féal homme en France qui ait eu le courage de dire du bien de moi ». 

Il donna à l'opéra : En 1747 , les Fèces de Polymnie en trois actes &c 
prologue, mufique de Rameau; en 1747, les Fèces de l'Hymen & de 
l'Amour j mufique de Rameau; en 1748, Zais, en quatre actes , mufique 
de Rameau ; en 1749 ,Nais , en trois actes, mufique de Rameau ; idem , 
Zoroafire , en cinq actes, mufique de Rameau; en 1750, la Naijfance 
d'Ofiris 3 & Anacréon , mufique de Rameau; en 17 54, -la Fèce de Pamilie, 
en un acte, mufique de Rameau; en 17551 les Amours de Tempe, en 
quatre actes, mufique de Dauvergne. 

Cailhava ( Jean-François ) , né à Touloufe , l'un des meilleurs Poètes 
Comiques de ce fiecle , a donné d'excellentes comédies , & a traduit & 
parodié la bonne Fille, charmant opéra comique de M. Piccini. 

Son livre fur Y Arc de la Comédie eft eftimé , «Se mérite de l'être par 
les excellens principes dont il eft rempli. 

Cailly ( Le Chevalier Jacques de ) , né à Orléans , prit le nom 
id'Accilly, qui eft l'anagrame de fon nom, fit beaucoup d'épigrammes , 
âc mourut Chevalier de Saint-Michel en 1674. 

Son ftyle eft fimple ôc naïf, & fes penfées fines 8c délicates. 

Epicaphe du Sieur Ecienne. 

a II eft au bout de fes travaux , 

» Il eft para- le Sieur Ecienne : 

» En ce monde 1 eut tant de maux , 

» Qu'on ue croit pas qu'il y revienne »; 

C H A N S O N. 

« Battre ta femme de la forte , 

» Sous tes pieds la laiffer pour morte , 
s Et d'un bruit fcandaleux les voifins alarmer , 

» Tu vas pafTer pour un infàuie. 
» Compère, l'on fait bien cju'il faut battre fa femme s 

» lyiais il ne faut pas rafTorumer, 






SUR LA MUSIQUE. 51 

Prière. 

« O mort ! quand tu feras ta ronde , 

» Epargne le Sieur de Torci : 

» Chez lui tout rit & tout abonde j 

» Il n'a ni peine ni fouci : 

» Qu'a-t-il à faire en l'autre monde ? 

» Il eft fi bien dans celui-ci ! » 

On connaît de lui ce quatrain fur l'ethnologie du mot Alphana. 

a Alphana vient à'Equs fir.s douce ; 

n Mais il faut avouer aullî 

» Qu'en venant de- là jufqu'ici, 

» 11 a bien changé fur la route ». 

Campistron ( Jeau Galbert de), ne à Touloufe en 1656, fut élevé 
de Racine. 11 fut- Secrétaire du Duc de Vendôme, qui lit fa fortune, & 
il dut au Comédien Baron la plus grande partie de fa réputation. 

Campiftron était bon gentilhomme 8c le meilleur homme du monde. 
Ses pièces font afTez touchantes. 11 travaillait facilement & peut-être avec 
trop de facilité ; mais il avouait aifément fes fautes. 

A la bataille de Steinkerke , où le Duc de Vendôme faifait des prodige» 
de valeur, Campiftron ne quitta pas fes côtés. Le Duc lui demandant 
ce qu'il faifait là: « Monfeigneur, lui répondit-ii froidement, j'attends 
« que vous veuilliez vous en aller ». " 

11 fut reçu de l'Académie en 1701 , & mourut d'apoplexie à Touloufe 
le 11 Mai 1723. 11 avait époufé Mademoifelle de Maniban , fecur de 
l'Archevêque de Bordeaux. 11 donna en io'So', la paftorale d'Acls & de 
Calatée , mufique de Lully ; en 1 66S , (a) Achille & Polixene , mulique 

(a) Cet opéra tomba & donna lieu à l'épigramme fuivante. 

« Entre Campiftron & Colaiïê , 

» Grand débat au Parnaflê, 
» Sur ce que l'opéra n'a pas un fort heureur. 
» De fon mauvais fuccès nul ne fe croit coupable.' 
» L'un dit que la Mufiq'ie eft plate & miférable , 
» L'autre , : que la conduite & les vers font affreux : 
m Mais le grand Apollon , toujours juge équitable , 

» Trouve qu'ils ont raifon- tous deux », 

G* 



< S ï ESSAI 

de Colafle; en i <Sç> 5 , Alcidc (a) , tragédie , mufique de Louis Lully Se 
de Marais. 

Dégoûté du théâtre lyrique , il fit quelques tragédies qui eurent du 
fuccès , Se une comédie intitulée y le Jaloux défabufé. 

Cassagne ( L'Abbé), né à Nifmes en 1633, fut reçu de l'Académie 
Françaife en \66o , fur une ode qu'il avait faite à fa louange. 

Il prêcha, fit des vers & devint garde de la bibliothèque du Roi. Boileau 
ne l'a pas bien traité. Sa tête fe dérangea , Se il fut mis à Saint-Lazare > 
où il mourut le 19 Mai 1679. 

CHANSON, 

a Que chantez-vous , petits oifeaux ? 
» Je vous regarde & vous écoute : 
» C'eft Dieu qui vous a faits fî beaux , 
» Vous le chantez fans doute. 

» Son nom vous anime en ce bois , 
» Vous n'en célébrez jamais d'autre î 
» Faut-il que mon ingrate voix 
» N'imite pas la vôtre. 

» Vos airs fi tendres & fî doux 
s> Lui rendent tous les jours hommage T . 
» Je le bénis bien moins que vous , 
» Et lui dois davantage ». 

ChAbAnon ( M. de ) , Américain, né en 1719, Se de l'Académie 
'des infetiptions & belles-lettres depuis près de vingt ans , eft né avec des 
difpofitions pour prefque tous les talens. Excellent Muficien , il joue parfaite- 
ment du violon , Se a compofé les paroles & la mufique de Semelé, qui ayant 
été reçue à l'opéra, n'a pas été repréfentée, nous ne favons pourquoi. Il 

(<i) Cette pièce n'eut pas un plus heureux fuccès , à en juger par cette épigrammCs 

« A force de forger , on devient forgeron : 
v II ji'en eft pas ainfî du pauvre Campiftron» 
» Au lieu d'avancer , il recule. 
a Voyez Hercule, 



SUR LA MUSIQUE. S3 

a fait enfuîte plufieurs tragédies auffi reçues , & dont une a été repréfentée ; 
a donné en I773 l'opéra de Sabinus , mufique de Goffec , & a fait paraître 
une traduction des odes pythiques de Pindare ', Se une des Idiles de 
Théocrite , dont plufieurs font en vers bien faits Se harmonieux. Ces 
différens ouvrages lui font le plus grand honneur, Se le mettent au rang 
des premiers Littérateurs Français. . 

Vers à M. de Voltaire. 

» J'ai volé pour vous voir , des rives de la Seine j 
» Et l'eftime & le goût de vous m'ont rapproché ; 
» Faible & timide Aiglon , fous vos ailes caché , 
» J'attends que votre vol me dirige & m'entraîne ; 
1 » Redevenez vous-même , & prenez votre efïbr ; 

» Faut il que je vous voie encor, 

» Pour des fonges mécaphifîques , 
» Quitter l'illufion de nos jeux poétiques ? 
»> Tous vos doutes heureux valent-ils un tranfporr ? 
•> L'homme eft un livre obfcur & difficile à lire; 
: » On n'en connaît que la moitié. 

c Qu'eft-ce que notre efprit ? nul ne peut me le dire : 

» Mais tel qu'il eft , il fait pitié j 

» Il eft petit , faible & pnfillanime , 

d Chez tant de fots dignes de nos mépris» 
» J'aime à l'étudier dans vos charmans écrits ; 
» II s'y peint éclatant , immortel & fubljme ». 

A M. de Lorry , fur fon traité de la mélancolie. 

« C'en eft trop peu pour votre zèle 

» De ces innombrables travaux , 

» De cette fatigue éternelle 

» Qui confument votre repos j 

» C'eft peu que vous alliez fans ceffe 

» Courir la ville & les fauxbourgs ,] 

» Porter à l'humaine faiblefle 

» Votre affiftance & vos fecours j 

» Et dans l'alcove folitaire 

» De plus d'un malade attrifté , 

» Répandre la douce lumière 

» De l'eipoir & de la fîuné» 



fi ESSAI 

» En 'vérité , je vous admire: 

» En vous feul vous réunifiez 

» Tous les dons du Dieu de la lyre , 

» Comme Apollon vous guéririez : 

» Comme lui vous favez écrire ; 

» Avec tant d'efprit & tant d'art," 

« Je vous plains d'être né trop tard* 

» Jadis la Grèce dans fes temples , 

» Parmi fes Dieux vous eût placé î 

» Hélas 1 ce beau fiecle eft pafTé : 

» On ne voit plus de tels exemples £ 

» Le Français , né vif & brillant , 

» Livre fon goût aux bagatelles ; 

» Il aime à fourire au talent : 

r> Mais l'encens n'efl que pour les belles; 

» Ce peuple aimable cependant 

s Sert à l'Europe de modèle , 

» Et vous-même vous lui devez 

» Cet air d'aifance naturelle , 

» Ce ton charmant que vous avez, 

i> Ailleurs un fage n'eft qu'un fage : 

» Ici fous un dehors plus doux , 

» Il a les grâces en partage ; 

» Alors il eft femblable à vous, 

» Vous donc du beau monde l'idole 

» Et la lumière des Do&eurs , 

» Vous qui des bancs de votre école 

» Sortez le front pavé de fleurs , 

» Contre le mal mélancolique, * 

» Dont vous avez fi bien traité , 

» Votre aimable fociété 

» Sera mon antidote unique; 

» Ce mal qu'on ne peut définir ,' 

» Naît de l'ennui qui vous pofïede ; 

» Le plaifir en eft le remède : 

o Qui vous voit, eft sûr d'en guérir; 

ChabAnon de Maugrys , frère cadet du précédent, né en 1735, fut 
d'abord bon Géomètre s mais, un féjour forcé de plufieurs années à Saint- 
Domingue, ne lui lailfa pas le tems de cultiver une fcience qui oblige 
à des travaux fuiyis. Son goût pour la poéfie l'en dédommage eu partie 4 



SUR LA MUSIQUE. ;$> 

il a entrepris de traduire en vers les odes d'Horace , celui de tous les 
Poctes qui exige le plus d'être traduit de cette manière. M. de Mauorys 
a donné au Public fa traduction du troifîeme livre des odes , & annonce 
modeftement dans fa préface, que ce n'eft qu'un eflai qui doit lui faire 
connaître s'il eft digne de traduire Horace. Nous croyons pouvoir l'inviter 
à achever cet ouvrage intéreffant , & à fe moins défier de fes forces. 
11 eft difficile de mieux traduire la belle ode Jujlum & tenacem, &c> 

« Le fage eft immuable en fes juftes projets , 
» Un peuple mutiné lui prefcrit des forfaits , 
» D'un tyra.i furieux l'œil ardent le menace ; 
» Il réTifte à la force , il réprime l'audace. 
» Que les vents conjurés touleverfeut les mers, 1 
» Que la foudre fillonne & déchire les airs , 
» Le choc des élémens n'aura rien qui l'étonné : 
» Tranquille fous le bras de Jupiter qui tonne, 
» Il verrait l'univers s'écrouler fous fes pas , 
» Frappé de fes débris , il ne tremblerait pas, 

M. de Maugrys a donné à l'opéra : En 1775 , Alexis & Daphné , Se 
Baucis Se Philémon, muiique de Golfe.;. , 

C H A N S ON. 

» Jamais à mon cœur innocent 
» L'Amour n'avait donné de maître s 
» Par toi pour être plus puiflant, 
» Cher Iphis , il fe fit connaître ; 
» En toi feul de tous les objets 
» 11 découvrit fa refîèmblance , 
» Fallait-il , ayant tous fes traits ,' 
» Avoir aufti fon inconftance ! 

» Ingrat , hélas ! le même jour 
t> Qui vit dans ton coeur infidèle 
» S'allumer le feu de l'amour , 
w En vit la dernière étincelle: 
» Ce jour , Iphis , que ton ardeur 
y> Rendait le plus beau de ma vie," 
» Devint témoin de mon malheuî 
» Par ton extrême perfidie. 



ys ESSAI 

» Mais je fatigue les Zéphirs 
» Du trifte fujet de ma peine; 
» Le vain tribut de mes foupirs 
s Eft diflïpé par leur haleine. 
» C'en eft fait : je n'ai plus d'amant, 
» Pour qui faut-il que je m'engage? 
» Au coeur hélas! le plus confiant, 
a Le mien préfère Iphis volage. 

» Mais , quoi ! ne puis-je ranimer 

» Et finir ton indifférence? 

t> De tout ce qui fut te charmer, 

» Je n'ai de moins que l'innocence; 

» Si feule elle eût pu t'arréter 

» Et fixer ton âme légère, 

» Cher Ingrat , devais-tu m'a ter 

» Le moyen de toujours te plaire! 

AUTRE. 

9 Depuis que le cruel amour 

» M'a captivé fous fon empire , 

» Ifmene me fuit chaque jour, 

» Et moi chaque jour je foupire. 

» Bientôt , pour plaindre mes malheurs , 

» Je n'aurai plus affez de larmes , 

» De mon fang au défaut de pleurs, 

» Amour, j arroferai tes armes. 

» C'en eft fait, fi mon trifte fort 

» Ne peut toucher mon inhumaine, 

v Je vais terminer , par la mort , 

» Mon amour , ma vie & ma peine : 
» Hélas ! de ma fîdéli;é 

s» Un cyprès , gage déplorable 

sî De fon injufte cruauté , 

o Sera le monument durable 

» Sur le tombeau qui de mon corps 
» A jamais contiendra les reftes , 
u Que du tems malgré les efforts , 
P On puifTe voir ces mots funeftes : 



» DçS 



SUR LA MUSIQUE: m 

Des rigueurs d'Ifmène & d'amour 
» Hylas mourut à Ion aurore; 
» Hylas, s'il revoyait le jour , 
» adorerait If mène encore ». 

Chamfort j né en Auvergne , Secrétaire des commandemens de S. A. S: 
Monfeigneur le Prince de Condé , s'elt fait connaître en remportant le 
prix de poéfie à F Académie Françaife en 1765. Son éloge de Molière a 
eu aulfi le prix , & eft un des meilleurs ouvrages qui aient été faits en 
ce genre. Celui de la Fontaine a été coutonné à Marfeille. Ses deux 
comédies de la Jeune Indienne & du Marchand de Smyrne font reliées au 
théâtre , Se le méritaient. Sa tragédie de Mujiapha & Zéangïr a eu le 
plus grand fuccès à la cour, même à Paris , malgré la violence & Fin- 
juftice des cabales. Peu de pièces font remplies d'auffi beaux vers Se font 
écrites aufîï purement. 

Nous ne rapporterons de lui que trois odes , il en exifte peu d'aufli 
belles. Deux de ces odes ont été couronnées à l'Académie des Jeux floraux. 

ODE. 

La grandeur de l'homme. 

« Quand Dieu du haut du ciel a promené fa vue' 
» Sur ces mondes divers femés dans l'étendue , 
» Sur ces nombreux foleils brillans de fa fpiendeur , 
11 arrête fes yeux fur le globe où nous fommes , 

» Il contemple les hommes, 
» Et dans notre ame enfin, va chercher fa grandeur. 

•> Apprends de lui, Mortel, à refpeûer ton être; 
» Cet orgueil généreux n'offenfe point ton maître, 
*> Sentir ta dignité , c'eft bénir fes faveurs , 
» Tu dois ce jufte hommage à fa bonté fuprême. 

*> C'eft l'oubli de toi-même , « 

» Qui , du fein des forfaits , fit naître les malheurs. 

■> Mon ame fe tranfporte aux premiers jours du monde, 
» Eft-ce là cette terre aujourdTîui fi féconde ? 
» Qu'ai-je vu f des déferts, des rochers, des forêts: 
u Ta faim demande au chêne une vile pâture: 

» Une caverne obfcure , 
s Du Roi de l'univers , eft le premier palais. 

Tome IF. H 



;« 



E S S A I 

» Tout naît, tout s'embellit fous ta main fortunée t 
» Ces déferts ne font plus , & la terre étonnée , 
» Voit fon fertile fein ombragé de nioifîbns. 
» Dans ces vaftes cités , quel pouvoir invincible , 

» Dans un calme paifîble , 
» Des humains réunis endort les paillons ? 

» Le commerce t'appelle au bout de l'hémifphere : 
» L'Océan , fous tes pas , abaiffe fa barrière. 
» L'aiman , fidèle au nord , te conduit fur fes eaux ; 
» Tu fais l'art d'enchaîner l'aquilon dans tes voiles ; 

» Tu lis fur les étoiles 
» Les routes que le ciel prefcrit à tes vaiiïeaux. 

» Séparés par les mers , deux continens s'urJTent ; 
v L'un de l'autre étonnés , l'un de l'autre ils jouiffène 
» Tu forces la nature à trahir fes fecrets : 
» De la terre au foleil tu marques la diftance, 

» Et des feux qu'il te lance , 
» Le prifme audacieux a divifé les traits. 

» Tes yeux ont mefuré ce ciel qui te couronne. 

» Ta main pefe les airs qu'un long tube emprifonne : 

» La foudre menaçante obéit à tes loix ; 

v Un charme impérieux (<z), une force inconnue 

» Arrache de la nue 
» Le tonnerre indigné de defeendre à ta voix. 

» O prodige plus grand ! ô vertu que j'adore ! 
» C'eft par toi que nos cœurs s'ennobliiïent encore. 
» Quoi! ma voix chante l'homme, Se j'ai pu t'oublier ! 
» Je célèbre avant toi. ... pardonne beauté pure, 

» Pardonne cette injure ; 
» Infpire-moi des fons dignes de l'expier. 

>» Mes vœux font entendus : ta main m'ouvre ton temple , 
» Je tombe à vos genoux , Héros que je contemple > 
» Pères, époux, amis, citoyens vertueux: 
» Votre exemple, vos nonn 1 , ornemens de l'hiftoire, 

» Confacrés par la gloire , 
» Elèvent jufqu'à vous les mortels généreux. 



(zî) L'éle&rkité. 



SUR LA MUSIQUE. s$ 

» Là, tranquille au milieu d'une foule abattue, 

» Tu me fais, ô Socrate, envier ta ciguë. 

» Là , c'eft ce fier Romain , plus grand que fon vainqueur , 

d C'eft Caton fans courroux déchirant fa bleiïure : 

» Son ame libre & pure 
» S'enfuit , loin des tyrans , au fein de fon auteur. 

• Quelle femme defcend fous cette voûte obfcure ? 
» Son père , dans les fers , languit fans nourriture. 
» Elle approche : ô tendreiTe ! amour ingénieux ! 
» De fon lait .... fe peut-il ? oui de fon propre père 

» Elle devient la mère : 
» La nature trompée applaudit à tous deux. 

» Une autre femme, hélas ! près d'un lit de trifteflê, 
» Pleure un fils expirant , foutien de fa vieillefie, 
» Il lègue à fon ami le droit de la nourrir : 
» L'ami tombe à fes pieds : Se, fier de fon partage, 

» Bénit fon héritage, 
s» Et rend grâce à la main qui vient de l'enrichir. 

» Et fi je célébrais d'une voix éloquente 

v La vertu couronnée & la vertu mourante , 

» Et du monde attendri les bienfaiteurs fameux , 

» Et Titus , qu'à genoux tout un peuple environne , 

» Pleurant aux pieds du trône 
» Le jour qu'il a perdu , fans faire des heureux I 

» Oui , j'ofe le penfer , ces mortels magnanimes 

» Sont honorés, grand Dieu, de tes regards fublimes. 

o Tu ne négliges pas leurs illuftres deftins : 

» Tu daignes t'applaudir d'avoir formé leur être , 

» Et ta bonté, peut-être, 
i> Pardonne , en leur faveur , au refte des humains. 

AUTRE. 

Les Volcans. 

m, Eclaire , échauffe mon génie , 
p Mufe de la terre & des cieux. 
» Conduis-moi , fublime Uranie , 
■ Vers ces abîmes pleins de feux, 

Ha 



Co ESSAI 

» De l'enfer foupiraux horribles , 
» Arfénaux profonds & terribles, 
» Où dans un cahos éternel , 
» Des élémens la fourdc guerre 
» Forme , alume , lance un tonnere 
» Plus affreux que celui du ciel. 

» Quels tonens épais de fumée ? 

» La terre, ouverte fous mes pas, 

» Vomit une cendre enflâmée ; 

» L'antre mugit. . . Dieux ! quels éclats î 

» Des roches dans l'air élancées 

»> Retombent, roulent djfperfées. 

» Je m'arrête glacé d'effroi : 

» Un fleuve de feux , de bitume , 

» Couvre d'une bouillante écume 

■» Leurs débris poufTés jufqu'i moi. 

» Monts altiers, voiGns des orages, 

» Qui recelez dans votre fein 

» Les fleuves enfans des nuages , 

» Et les rendez au genre humain ; 

» C'eft dans vos cavernes profondes , 

» Que du feu , de l'air , & des ondes 

» Fermente la fédition. 

Il> Au fond de cet abîme immenfe , 

» Je vois la nature en filence 

» Méditer fa defhu&ion. 

n L'efclave qui brife la pierre 
» Et qui cherche l'or dans vos flancs , 
.» Sent les fondemens de la terre 
» S'ébranler fous fes pas tremblans. 
» Il palpite, écoute, fnffonne : 
■» Mais le- trépas en vain l'étonné , 
» La rage ranime fes fens. 
» Il pardonne au fléau terrible 
» Qui va , fous un débris horrible , 
» Ecrafer fes cruels tyrans. 

» Dieu ! quel avarice intrépide ! 
» L'antre pouffe un refte de feux j 
» Une foule imprudente , avide, 
m Accourt d'an pas impétueux. 



SUR LA MUSIQUE, Si 



» Voyez-les d'une main tremblante , 
» Sous une lave encor fumante , 
» Chercher ces métaux déteftés , 
» Et fur le falpêtre & le fouffre, 
» Des ruines mêmes du gouffre, 
» Bâtir de fuperbes cités. 

» Mortel qui du fort en colère 

» Gémis d'épuifer tous les coups, 

» Sans doute le ciel moins févere 

» Pouvait te voir d'un œil plus doux; 

» Mais de la nature en furie 

» Tu furpafiès la barbarie; 

» De tes maux déplorable auteur ," 

» C'eft ta rage qui les confomme , 

» Et l'homme eft à jamais pour l'homme 

» Le fléau le plus deftruûeur. 

» Quand ce globe a craint fa ruine , 
» Quand des feux voifîns des enfers , 
» Grondaient de Lisbonne à la Chine , 
as Et foulevaient le fein des mers , 
» Les afiaffinats de la guerre 
» Défolaieut, faccageaieut la terre; 
» Vous enfanglantiez des volcans 
» Et vous égorgiez vos victimes 
» Sur les bords fumans des abîmes 
» Qui vous engloutiffaient vivans, 

» Eh , quoi ! tandis que je friffonne 
» Vous allumez pour les combats 
» Ces volcans effroi de Bellone , 
» Ces foudres cachés fous fes pas. 
» Contre la terre confternée , 
» Quand la nature eft déchaînée , 
» Vous l'imitez dans fes horreurs ; 
» Et le plus affreux phénomène , 
» Dont frémilïè la race humaine , 
» Sert de modè'e à vos fureurs. - 

» Que ne puis-je, arbitre des ombres, 
» Forçant les portes du trépas , 
» Evoquer des Royaumes fombres 
• Teus les morts de tous les climats ? 



<^ ESSAI 

» A chacun d'eux lî j'ofars dire : 
» Un Dieu t'ordonne de m'mftruire 
» Qui t'a conduit au noir féjour ; 
w Prefque tous , homme impitoyable ! 
» Ils répondraient , c'eft mon femblablc , 
» Dont la main m'a privé du jour. 

» Ah ! j'ettez ces coupables armes ; 
» De vous-même prenez pitié ; 
» ConnaifTez , éprouvez les charmes 
» De l'amour & de l'amitié. 
» Que la force , que la puiffance , 
» Nobles foutiens de l'innocence , 
» Ne fervent plus à l'opprimer j 
» Ecartez la guerre inhumaine , 
» Et ne vouez plus à la, haine 
m Le moment de vivre & d'aimer, 

AUTRE, 

A la Vérité. 

«■ Defcens de ta fphere éternelle , 
» O vérité , foutiens ma voix ! 
» Defcens ; viens venger ta querelle ; 
» Reclame tes auguftes droits. 

Le pervers t'outrage & t'abhorre , 
» Le fage trop fouvent t'ignore; 

Et l'obfcur amas des mortels , 
» Même en t'implorant par faiblefle, 
» Craint d'envifager la DéefTe 
» Dont il embraffe les autels. 

» Faut-il que loin de notre vue 

» Ton trône éclatant foit placé f 

» Ah 1 que du moins , perçant la nue , 

» Un rayon vers nous foit lance. 

» Vois le foleil dans fa carrière: 

» Son intariflable lumière 

» Dans nos yeux entre avec douceur, 

» Que ne peut ta vive influence , 

» En imitant fa bienfaifance , 

s Pénétrer ainfi notre cœur ! 



» 



v 



SUR LA MUSIQUE, 6$ 

» L'univers à jamais paifible 

» Ne connaîtrait aucun fléau , 

» Thémis , pour être incorruptible , 

■» N'aurait plus befoin de bandeau ; 

» Et le fanatifme barbare , 

» Odieux enfant du Tenare 

» Qui fe dit le vengeur des deux, 

» Enchaîné par ta main puiffante , 

» Au fond de fa prifon brûlante 

» Etoufferait fes cris affreux. 

» Le menfonge , la perfidie , 

» Loin des Cours eût fui pour jamais,' 

» Du Sage la voix plus hardie 

» Eût dit aux Rois dans leurs palais : 

» Oui , je vous dois l'obéiffanee , 

» Je m'arme pour votre défenfe. 

» Mais , quand je combats pour mes Rois ^ 

» On me doit des jours fans alarmes , 

» Et le droit d'efïïiyer nos larmes 

» Elt le plus noble de vos droits, 

» RougifTez de votre génie ; 

» Vous , politiques impofteurs , 

» Complices de la tyrannie 

» Dont vous confacrez les fureurs. 

» J'entends leur troupe mercenaire 

» Crier aux maîtres de la terre , 

» Vos peuples font formés pour vous, 

» Aucun devoir ne vous engage , 

» Ramper , gémir eft leur partage , 

» Heureux de vivre à vos genoux. 

« Qu'un Courtifau noirci de crimes 
v> Habile dans l'art de ramper , 
» Empoifonne de ces maximes 
» Le Monarque qu'il veut tromper ; 
» Il entrevoit fa récompenfe , 
» Il va dérober la fubftance 
» De tout un peuple gémiilant. 
» Je hais un flatteur exécrable , 
» Je plains un tyran méprifable, 
» Et je me tais en frémiffant, 



6^ ESSAI 

» Mais vous dont la voix libre & fage 

» Aux mortels doit la vérité , 

» Avez-vous cru lui rendre hommage 

» En dégradant l'humanité î 

» Ne pefez plus ma deftinée , 

» Pourquoi u'une main forcenée 

» Me jetter fous un joug d'airain? 

» Et pourquoi d'un feeptre paifible 

» Faites-vous un glaive terrible 

>•> Prêt à fe plonger dans mon fein ? 

•d Fuis loin de moi mortel profane , 

» Qui par le menfonge infpiré , 

» As, de Clio qui te condamne , 

» Avili le. burin facré. 

n Je te l'arrache avec colère , 

» Je veux que fur l'airain fevère ,' 

»> Il grave ta honte à jamais, 

» Tu brifes la digue impuiffante , 

» Que d'un Dieu lamain bienfaifanta 

» Oppofait aux heureux forfaits, 

» O douleur ! un tyran féroce 
» Dans le fang fe fera plongé , 
» Il rend en paix fon ame atroce , 
» Et l'univers n'eft point vengé ! 
» Si dans nos cœurs il pouvait lire 
» Le mépris , l'horreur qu'il infpire..,. 
» Mais d'encens il meurt ennivré. 
» Ah ! que l'hiftoire inexorable 
» FlétrifTe au moins ce nom coupable , 
» Immortel pour être abhorré. 

n Vérité confons l'artifice , 

» Punis les fourbes, les flatteurs. 

» Et toi , profpérité propice , 

» Difpenfe avec choix tes faveurs. 

w N'offre aux refpe&s de tous les âges 

» Que les vrais héros , les vrais fages ; 

» Et que ta prudente équité 

» N'ouvre le temple de mémoire 

» Q :'à ceux qui marchent vers la gloire 

» Sur. les pas de la vérité ». 



Chapelain 



SUR LA MUSIQUE. <?; 

Chapelain (Jean), né en 1595 à Paris, eut beaucoup de réputation 
fous le Cardinal de Richelieu, & fut de l'Académie Françaife. On attendit 
vingt ans fon poé'me de la Pucelle ; & dès qu'il parut, fa réputation devine 
à rien. Le Maître des requêtes Montmor fît contre ce pocme une épi- 
gramme latine , dont voici la traduction par Liniere, 

a Nous attendions de Chapelain 

» Une Pucelle, 

» Jeune Se belle ; 
Vingt ans à la former, il perdit fon latin, 

» Et de fa main 

n II fort enfin 
» Une vieille fempiternelle ». 

Chapelain mourut à Paris, le iz Février 1674. 

Chapelle ( Claude-Emanuel Luillier ), ainfi nommé, parcequ'il écaîc 
né au village de la Chapelle fur le bord du chemin de Saint-Denis en 
1611, était fils de François Luillier, Maître des comptes. Le célèbre 
Gaflendl lui enfeigna la philofophie , ainfi qu'à Molière ; & delà vint la 
tendre amitié que les deux élevés eurent l'un pour l'autre. Le voyage en 
Provence qu'il fit avec Bachaumont , eut le plus grand fuccès , & plaira 
toujours. Son père voulut lui donner une charge \ mais Chapelle aima 
mieux fa liberté , & fut toujours recherché par les gens les plus aimables 
& de la meilleure compagnie. 

Voltaire dit qu'il était plus débauché que délicat, ôc plus naturel que 
poli. 

Chapelle était de ce fameux fouper chez Molière à Auteuil , où le 
viri ayant jette tous les convives dans la morale la plus férieufe , ils 
convinrent que le premier bonheur eft de ne point naître , & le fécond , 
de mourir promptement. Auffi-tôt ils prirent la réfolution d'aller fe 
jetter dans la rivière. Molière qui avait confervé plus de fang froid, leur 
repréfenta qu'une fi belle action ne devait pas être enfevelie dans les 
ténèbres de la nuit , & qu'elle méritait d'être exécutée en plein jour. 
Us en convinrent , Se attendirent au lendemain j mais le lendemain ils 
ttouverent à propos de fupporter encore les miferes de la vie. Boileau 
était de cette partie 3 & avait la bonne fpi d'en convenir. 

Tome IV. I 



66 ESSAI 

Chapelle mourut à Paris, eu Septembre 1686, âgé de foixante-cinq ans. 
Il a été un de ceux qui ont fu le mieux faire ufage de cette efpece de 
poéfîe, que l'on a depuis appellée rimes redoublées. 

C H A N S ON. 

i> Sous ce berceau, qu'Amour exprès 
» Fit pour toucher quelqu'inhumaine; 
» L'un de nous deux un jour au frais , 
» AlTis près de cette fontaine , 
» Le cœur percé de reille traits , 
» D'une main qu'il portait â peine, 
» Grava ces vers fur un cyprès : 
» Hélas i que l'on ferait heureux 
» Dans ce -beau lieu digne d'envie, 
» Si toujours aimé de Sylvie , 
» L'on pouvait , toujours amoureux , 
» Avec elle paffer la vie. 

Charles IX, Roi de France, naquit à Saint-Germain-en-Laye Ie_ 27 
Juin 1550. Sans le confidérer ici comme monarque, nous dirons que 
Charles aimait les lettres & fe plaifait dans la compagnie des favans. Il 
ne donnait aux Poètes que des récompenfes modiques , difant « les Poètes 
?» reffemblent aux chevaux : ils deviennent lâches , Se perdent leur vivacité 
» dans la trop grande abondance : il faut les nourrir , mais il ne faut pas 
♦5 Les engraifler ». 

Charles mourut au milieu des douleurs les plus aiguës & baigné «lans 
fon fan g, en 1 574. 

Dans cet affreux état la Saint-Barthelemi était fans celfe préfente à fa 
*n;moire. Il marqua par fes cris & par fes larmes le regret qu'il. en 
reffentait. 

Amlot } fon grand Aumônier , cherchant à le diftraire des images noires 
& chagrinantes qui le confumaient , lui demanda un jour pourquoi il 
s'abandonnait ainfi à la trifteife. Hélas 3 mon maître } [a) lui répondit-il , 
n'en ai-je pas raifon ? 



WP E < ■ 'T*^**^P?1" 



(4) Aniîot avait i\i fon Préceptedr. 



SUR LA MUSIQUE, 6 7 

Arnaud de Sorbin qui le confelïà , rapporte que le 30 Mai, jour de 
la Pentecôte, étant entré avec Amiot , à huit heures du matin, dans 
la chambre du Roi , ils le trouvèrent dans fou lit , baigné de larmes. 
Gonfolé par leur préfence & par leurs difcours , il dit à Sorbin de s'af- 
feoir au chevet de fon lit , & ayant fait ligne qu'on fortit , il fe con- 
felïà j & reçut le viatique quelques momens après. Amiot le trouvant 
extrêmement abattu, lui demanda s'il ne délirait pas de recevoir l'ex- 
trème-onction. Ouï , répondit le Prince ; mais hâte^-vous , mon maure. La 
mort prévint la diligence du Prélat : Charles était expiré quand il re- 
vint j (es dernières paroles qu'on entendit à peine, furent; mon Dieu , 
mettez-moi au nombre de vos élus. 

Nous voyons dans les Mémoires de la Reine Marguerite , que Châties 
IX eut beaucoup de peine à.confentir au majfacre de la S. Barthelemi j 
& fi on ne lui avait fait entendre qu'il y allait de fa vie & de fon Etat , 
il ne l'eût jamais fait. 

C'eft-à-dire , ( comme le penfe M. l'Abbé Oroux , dans fon Hiftoire 
Eccléfiaftique de la cour de France) qu'on abufa de fa jeunefle, Se qu'où 
fe fervit des moyens les plus capables d'enflammer fon tempérament na- 
turellement colère , pour le déterminer à une aébion , dont on favait bien 
qu'il aurait horreur de fang-froid. 

Une preuve prefque convaincante que ce Prince n'était pas aufli cruel 
qu'on nous le peint, c'eft qu'il aimait les lettres, & les cultivait avec 
fuccès. Nous avons encore de fes vers aflez bien faits , de fes lettres in- 
térelfantes &c bien écrites , & un ouvrage de recherches touchant la na- 
ture des cerfs, qui a été rendu public à Paris, en 1615, fous le titre 
de Chaffe Royale. De plus, il était pallionné pour la Muiique , & pro- 
tégeait ouvertement ceux qui faifaient proferfion de cet art , entr'autres le 
célèbre Orlande Laffus. La cruauté ne trouve point de place dans un cœur 
occupé par tant de goûts innocens. Les cruels qui l'entouraient, furent 
profiter de fa vivacité & de fa faibleffe ; nous croyons que voilà les feuls 
reproches à faire à l'infortuné Charles IX, ôc qu'on doit plus Je plaindre 
que détefter fa mémoire. Les remords dont il fut dévoré pendant les deux 
dernières années de fa vie , prouvent alfez l'horreur qu'il avait de foi» 
crime. 

I x 



58 ESSAI 

CHANSON. 

« Toucher , aimer (a) : c'eft rfia devife. 

» De celle-là que plus, je prife , 

» Rien qu'un regard d'elle à mon cœur 

» Daide plus de traies & de flâme , 

» Que de tous l'archerot vainqueur 

» N'en faurait onque appointer dans mon âme »« 

Charleval ( Jean-Louis Faucon de Ris, Seigneur de), neveu, frère 
Se oncle de premiers Préfidens du Parlement de Rouen , naquit en 
Normandie en i<ïiz. Sa famille, originaire d'Italie, était venue s'érablir 
en France dès le règne de Charles VIII. Le village dont Jean-Louis porta 
le nom, s'appelait autrefois Noyon-fur-A<udelle. En 1571, Charles IX y 
fît bâtir un château : cet endroit lui parailïànt à portée de la forêt de 
Lions, où il chalfait fouvent, & lui donna le nom de Charleval. 

Meifieurs de Ris en firent l'acquifition peu de tems après. 

Charleval était d'une complexion fi faible qu'on ne croyait pas qu'il 
put vivre \ cependant , à force de régime , il vécut plus de quatre- 
vingt ans. 

Il était galant, fans être tendre. La douceur de fon caradere , la folidité 
de fon efprit , & la sûreté de fon commerce le rendoient extrêmement 
cher à rous fes amis. 

Quoique peu riche, il fut fort généreux, Se- fouvent obligea les gens 
de lettres. On fait que M. & Madame Dacier n'étant pas en état de 
demeurer à Paris, Charleval les força d'accepter dix mille livres. Il mourut 
en 169 } • Voici quelques pièces de hù. 

Épigramme contre une Coquette. 

« Bien qu'Iris m'ait promis une amitié parfaite , 
» A mille autres amans elle fait les doux yeux. 

(a) Aimer loucher , Marie Toucher : Charles IX avait choifi cette anagramme de Cotx 
nom; mais la véritable était, je charnu tout. Elle était née à Orléans, fille du Lieu- 
tenant particulier du Bailliage, & avait autant de douceur que de charmes. Elle mourut 
le 18 Mars KÎ3 8 , âgée de quatre-vingt-neuf ans, après avoir vu les règnes de fix rois, 
Se fut enterrée aux Minimes de la place royale. Elle eut de Charles IX un fils , qui 
fut Comte d'Auvergne & Duc d'Angoulême, 



SUR LA MUSIQUE. tf> 

» Ali ! c'eft être haï des Dieux , 
v Que d'être aimé d'une Coquette ! ». 

J A L O U S I E. 

h Olimpe , je n'ai point de paix , 

y> Abfent de vos beautés parfaites} 

» Et je ne fais ce que je fais , 

» Quand je ne fais ce que vous faites »; 

MADRIGAL. 

c Au doux bruit des ruiflèaux , dans les bois je refpirej 
» C'eft-là que fur les fleurs je viens me repofer. 
» Je ne quitterais pas ces lieux pour un empire, 
» Mais je les quitterais , Iris , pour un baifer ». 

CHANSON. 

« Modérons nos propres vœux, 
» Tâchons à nous mieux connaître» 
» De(îie-tu d'être heureux .' 
» Defire un peu moins de l'être. 

v Voici comment j'ai compté , 

» Dès ma plus tendre jeuneffe } » 

» La vertu, puis la fanté , 

» Puis la gloire & la ricriefTe »» 



AUTRE. 

a Life a beau faire la mignarde ; 
» Chaque jour elle s'enlaidit: 
» Ce n'eft pas que je la regarde 
» Mais tout le monde me le di" »* 

AUTRE. 

« Quoi! fans vous fouvenir de moi ni de rfifiS peîneSj 

» Vous pouvez paffer tout un jour} 

' » HaïfTez-moi plutôt , Climène^ 

» L'indifférence eft en amour 

» Plus dangereufe que la haine c» 



1 



jo ESSAI 

AUTRE. 

« Vous n'êtes pas beureufe 
» Dar.s ce charmant fëjour; 
» Etes-vous arr.ourcule ? 
» Vous rêvez tout le jour , 
» Ali ! l'on n'eft pas rêveufe , 
» Quand on n'a point d'amour ». 

A UT R E. 

» Que Céfar autrefois ait fubjugué la France 
» Par fa fage conduite & fa rare vaillance, 

» Je le crois bien ; 
n Mais qu'il eût entrepris d'en faire la conquête * 
» S'il eût trouvé Louis en tête y 
» Je n'en crois rien ». 

Chastellux (Le Chevalier de Beauvoir de) , Brigadier des armées du 
Roi, né en 1754, & reçu à l'Académie Françaife en 1775, eft de la 
noble maifon de Beauvoir, l'une des plus anciennes de Bourgogne, donc 
eft forci Claude de Beauvoir de Chajlellux , Maréchal de France fous 
Charles VI Se fous Charles VII, Se qui mourut en 1453. 

Son goût pour la poéfie, pour les arts & pour les feiences s'eft manifefté 
dès fa plus grande jeunefTe. Les occupations de ton état ne l'ont pas 
empêché de les culciver avec fuccès^ Se l'ouvrage qu'il nous a donné fur 
la Félicité publique , faic honneur à fon efprit , ainfi. qu'à fon cœur. 
Plufîeurs comédies charmantes , applaudies avec rranfporc fur un rhéâcre 
de fociété, ont prouvé que M. le Chevalier de Chaftellux aurait eu des 
fuccès fur la feene comique , s'il eût eu la confiance de s'y préfenter. Mais 
fatisfait des applaudiflemens de fes amis, il a eu le bon efprit de n'en 
jamais defirer d'autres , &- s'eft concerné de les méricer. 

Son eflai fur l'union de la Poéfie & de la Mufique , eft le fruic d'un 
voyage qu'il fie en Italie. Cet ouvrage eft l'époque des réflexions que l'on 
a commencé à faire fur cet art , alors abandonné à des Profefleurs peu 
en état de le raifonner , Se qui ne fuivaienc que les élans de leur ima- 
gination , fournis à une vieille roucine donc ils ne s'écarraienc guères. 

M. Le Chevalier de Chaftellux remarque avec raifon que les Muficiens 



SUR LA MUSIQUE. 71 

ne connaiflent pas alfez la Poéfie , que les Poé'tes ne favent pas allez 
la Mulîque , et que les uns & les autres ne font pas affez verfés dans la 
langue italienne. Il a entrepris de le leur prouver, &: il y a réulîi tellement , 
que c'eft depuis fon ouvrage qu'on a commencé à tirer la Mufique de 
l'efpece de barbarie où elle était j ce que le génie de Rameau efiTayait 
envain depuis près de trente, ans ; car il n'avaic encore pu parvenir qu'à 
créer le véritable genre des chœurs & des ballets ; la plupart de fes ïcenes 
étaient languiiïantes, fes monologues froids, & on ne trouvait dans aucun 
de fes ouvrages ce que les Italiens appellent aria 3 ni ces beaux récitatifs 
obligés qui expriment fi bien les pallions & les fcntimens. 

Nous n'entreprendrons point de faire l'analyfe de fon ouvrage , qui eft 
entre les mains de tout le monde , nous ajouterons feulement que c'eft à 
l'Eflai fur l'union de la Mufique Se de la Poéfie que nous devons le 
traité du Melo-Drame , ouvrage rempli d'excellentes chofes , quoique 
nous en ayons trouvé quelquefois que nous n'adoptons point. 

C H A N S ON. 

« Après une longue abfence , 

» Que le retour eft flatteur ! 

» L'amour enfin récompenfe 

» Les tourmens d'un tendre coeur ; 

» Ce n'eft' plus à l'elpérance 

» Qu'il devra tout fon bonheur. 

» Ouvre les yeux , mon amante , 
» Ouvre ton ame au plaifîr ! 
» Que ta triltefle eft touchante ! 
» E; qu'il eft doux de jouir 
» De cette langueur charmante, 
» Au moment de la finir ! 

» O toi , qui prêtes des charmes 
» A l'ardeur de nos defirs ; 
» Toi, qui, fans caufer d'alarmes, 
» Obtiens de nous des foupirs j 
» Volupté , reçois nos larmes r 
» Ec change-les en plaiiirs. 



T% 



ESSAI 

c Mais déjà je vois éclore 
» Le prix de ma vive ardeur t 
n Sur ces lèvres que j'adore , 
ii Par un fourire enchanteur 
» L'amour fait briller l'aurore 
» Du jour de notre bonheur. 

n C'eft ainfi qu'après l'orage 
» Le jour a plus de beauté , 
» Le ioleil fur fon paiïage 
v Répand la féréuité , 
» Et le plus affreux nuage 
» S'embellit de fa clarté. 

A U T R Ç. 

Le Rend^-vous. 
La Bergère. 

a Que mon ame eft interdite ! 

» Je n'ofe faire un pas. 
B A chaque inflant mon cœur palpite, 

» Que deviendrai- je, hélas! 
b Quoi ! Silvandre dans tes bras , 

• Dès ce foir tu me verras 1 

n De mon ardeur indifcrette ' 

« Garde-toi d'abufer , 
» Tu fais trop bien que ta Colette 

» Ne peut te refufer. 

Le Berger» 

i> Non , je ne dois plus attendre j 
» Voici l'heureux inftant , 
$> Où ma Colette va fe rendre 

« Aux vœux' d'un tendre amant. 
» Si c'eft un crime à fes yeux 
» D'ofer fe rendre heureux, 
» L'obfcurité favorable 

» Saura le déguifer , 
i: Et je me rendrai fi coupable , 
» Qu'il faudra m'excufer. 



La 



SUR LA MUSIQUE. 7$; 

La Bergère. 

» Mais quels fôns viens-je d'entendre 5 
» C'eft lui , c'eft mon berger. 

• Ah ! que veut-il doue entreprendre ? 

i> Dieux quel eft mon danger î 
» Hélas , je cède à tes vœux. 
v Mon cœur furpris de tes feux 
o N'a le tems de s'en défendre ^ 

» Ni de les condamner. 

• Tu ne m'en laifîes plus , Silvandre $ 

» Que pour te pardonner ». 

Autre imitée d'Anacréon. 

m Les Dieux , en peuplant la terre ; 
■> Ont partagé leurs préfens , 
t> Nous voyons tous la lumière , 
» Mais nos foins font différens : 
» L'aigle , dans fon vol rapide , 
» S'élance au plus haut des airs ,' 
» Tandis qu'un peuple timide 
i> Fuit au fein des vaftes mers. 

» Le tigre eut pour appanage 

• La force & la cruauté , 

» Le cerf eut moins de courage l 

» Et plus de légèreté. 

» L'homme feul , quelle injuitice ! 

» Eft fans armes , fans fecours ; 

» Mais la nature propice 

o Lui permit d'aimer toujours; 

• Ce bienfait le dédommage 

» Des biens qu'il n'a pas reçus ; 
» Un cœur tendre eft fon partage , 
» Que peut.il vouloir de plus» 
» Une injufte deftinée 
l) Prétend enfin l'accabler. 
» En aimant toute l'année, 
» Il faura le confoler, 
Tome IF. K 



;4 ESSAI 

» L'oifeau qui chante fa flâme , 

» Par Zéphir eft ranimé. 

» Un nouvel objec l'enflamme ; 

» Il foupire , il eft aimé. 

m Pour moi , celle que j'adore 

» En tout tems eut mes defirsj 

» C'eft le même amour encore, 

» Ce font de nouveaux plaifirs ». 

A U T R E. 

» Printems , reviens orner nos bois 

» De la plus riante verdure. 

» L'Amour te conduit ; à fa voix 

»» On voit s'éveiller la nature. 

u Pour chanter de nouveaux plaifirs ; 

» Les oifeaux préviennent l'aurore , 

» Et c'eft au foufTle des zéphirs 

t» Qu'on doit la fleur qui vient d'éclore. 

i> Le rofllgnol cherche en ces lieux 
» Les jours que le printems ramené , 
» Lorfque l'amour offre à fes yeux 
» L'objet qui pour jamais l'enchaîne. 
» La, nature alors n'a pour lui 
» D'appas que ceux de fon amante. 
» Loin d'elle , il ne trouve qu'ennui 
» Sous la verdure renaiflante. 

f> Amour 1 à de nouvelles loix 

» Tout paraît inviter nos âmes , 

» Et le plaifir de faire un choix 

» Semble encor redoubler tes fiâmes ; 

» Mais Daphnis n'eft pas moins heureux 

» Par la douceur d'être fidèle ; 

3> Il ferait bien moins amoureux , 

» S'il brûlait d'une aideur nouvelle ». 

AUTRE. 
Le Soir. 

i> Du fommet de ces montagnes 
», J'apperçois dans nos campagnes 



SUR LA MUSIQUE. 7; 

» Life , parmi fes compagnes , 
» Qui s'approche du hameau. 
» J'entends fa voix qui m'appelle : 
» Je voulois voler près d'elle , 
» Mais mon devoir me r'appelle 
» Et m'attache à mon troupeau. 
» Du fommet , &c. 

» Agneaux que ma main careflë," 
» D'où vous vient cette pareflè ? 
» Vainement mon chien vous preflê, 
n Que vous marchez à pas lents l 
» Dans cette fombre retraite , 
» Quand vous jouez fur l'herbecte 
t> Du loup cruel qui vous guette, 
r> C'eft moi feul qui vous défend. 
1» Agneaux, &c. 

» Life eft l'objet qui m'enflâme, 

» Life partage ma flâme , 

» Life eft l'objet qui m'enflâme , 

» Et je la quitte pour vous. 

» Mais dès que la nuit obfcure 

» Vous chaire de la pâture , 

» Mon cœur des maux qu'il endure, 

» Reçoit le prix le plus doux t 

>» Life , Sec. 

*> Retournez d'un pas agile , 

» Retournez à votre afyle , 

» Vous qui d'un fommeil tranquille 

» Goûtez fi bien la douceur. 

» Nuit charmante, je t'implore. 

» Jufqu'au lever de l'aurore , 

» Que ton voile couvre encore 

» Et mes feux & mon bonheur, 

» Retournez , &c, 

Chateaubrun ( Jean-Baptifte Vivien de ) , né à Angoulême en 1686 , 
& Maître-d'hôtel de M. le Duc d'Orléans, a été reçu de l'Académie Fran- 
çaife à foixame-douze ans en 1758, Se eft more en 1775. 

K. * 



fS ESSAI 

Mahomet feccnd fut fa première pièce. Il la donna en 1714, Se elle. 
eue un fuccès qui fit naître l'efpérance de voir en lui un bon Poëte tra- 
gique j mais fon attachement pour un Prince religieux l'engagea à renoncer 
au théâtre ; & ce ne fut qu'après la mort de ce Prince , arrivée environ 
quarante ans après , qu'il reparut fur la feene. Les Troyennes eurent le 
plus grand fuccès en 1754, Se Philoctete en 1755. Il donna l'année fuivante 
AJlianax 3 dont les deux derniers aétes ne réuffirent pas. Loin de chercher 
à raccommoder fa pièce, Chateaubrun la retira dès la première fois, Se 
jugeant apparemment que fon talent était épuifé, ne fit plus rien paraître 
depuis ce jour , & acheva paifiblement fa longue carrière , qu'il pouffa' 
jufqu'à quatre-vingt-neuf ans. 11 mourut eftimé Se honoré de tous ceux 
qui le connaiffaient. 

Chaulicu ( Guillaume Anfrie de ) , Abbé d'Aumale &c Prieur de 
Saint-George dans l'îie d'Oleron , naquit au château de Fontenai dans le 
Vexin Normand en 1636,. d'une ancienne Se noble famille connue avanc 

.1400. 

Le Duc de Vendôme Se le Grand-Prieur fon frère , l'honorèrent de 
l'amitié la plus particulière. Il fut recherché des gens d'efprit Se des gens 
aimables de la cour & de la ville , & fut fur-tout l'ami du Marquis de 
la Fare , fi connu par fes vers , & de la fameufe Ninon , célèbre par fon 
efprit , fes grâces Se fes galanteries.- 

L'Abbé de Chaulieu conferva l'agrément de fon efprit Se la mémoire 
la plus heureufe jufqu'à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. 

Il avait perdu la vue quatre ans avant fa mort , qui arriva le xj Juin 
'1720. Le Grand-Prieur allait fouper prefque tous les jours chez lui. 

Il était élevé de Chapelle, Se fes poéfies repréfenteut fidèlement le génie 
Se le caractère de fon maître. Voltaire l'appelle le premier des Poctes 
négligés. .Chaulieu en effet fe permettait beaucoup d'incorrection - y mais 
l'abondance de fes images , la grâce de fes expreffions , la facilité de fes 
tours , Se la philofophie douce & confolante qui régnent dans tous fes 
ouvrages , le rendront toujours un Pocte très diftingué. Nous croyons 
pouvoir avancer qu'aucun des nos Auteurs n'a eu autant que lui ce goût 
de philofophie qu'on n'avait point revu depuis Horace. 



S V R L A MUSIQUE, 

CHANSON. 

« Mon Iris m'eft toujours fidellc , 
c Nous fommes l'un de l'aucie également contents ', 

» Je n'ai lieu de me plaindre d'elle 

» Que de l'aimer depuis fix ans. 
v Cependant cela feul fait toutes nos querelles. 

» Hélas ! faut-il donc voir ainfi 
c S'échapper , malgré nous , nos ardeurs mutuelles ,' 
55 N'était-ce point afTez que le tems eût des aîles 1 
» Pourquoi, volage amour, en avez-vous auffi ï m 

AUTRE. 

« Un aveugle au matin vous remit en mémoire , 
» Qu'aujourd'hui de mon faint on célèbre la gloire J 
» Et vous fait m'envoyer les préfens les plus doux j 

» Ah ! mon bonheur ferait extrême , 

» Si cet aveugle était le même 
» Qui jour Se nuit me fait penfer à vous >>, 

Autre à M. de la F are 3 pouf le prier à fouper avec une Dame', 

» Ce foir, lorfqué la nuit aux amans favorable, 
j> Sur les yeux des mortels" répand l'aveuglement , 

» 'Dans mon petit appartement 
» Les grâces & l'amour conduiront ma maîtreiïè ; 

» A cet objet de ma tendreflè , 
» De mon cœur partagé, rejoins l'autre moitié, 
» Et donne-moi ce foir le plaifîr d'être à table 

9 Entre l'amour & l'amitié ». 

AUTRE. 

» Théone, tu voulais à la {impie amitié 

» Réduire les ardeurs de ma naiflante flame ,• 

n Et tu croyais avoir trop fait de la moitié , 

» D'écouter, fous ce nom, les tranfports de mon aroej 

» Enfin tu rends juftice à mon amour extrême, 

» Et le nom d'amant m\ft permis. 

» Ah ! combien je fens que je t'aime 
* Depuis que j'ai cefle d'être de tes amis 33, 



7* 



ESSAI 

A U T R E. 

a Que de chagrins , tic tournions & d'alarmes ; 

» Inarstife Iris , tes rigueurs m'ont coûté! 

m F.iut-il encor que je verfe des larmes 

» Pour déplorer ton infidélité f 

» Tu me jurais une ardeur étemelle , 

» Et cependant tu me manques de foi : 

» Crois- tu trouver un amant plus fidèle ? 

» Il n'en cft point qui t'aime autant que moi. 

» Ce beau berger, à qui tu voudrais plaire, 
» Sent pour Pliilis & pour toi même ardeur : 
» Quand tu m'aimais, la Reine de Cythcrc 
» N'eût pas trouvé de place dans mon cœur. 

i 

i 
» Tes fau* fermons & tes trompeurs larmes 

•i N'ont DU ternir l'éclat de ta beauté : 

n Revient, Iiis; en' faveur de tes charmes, 

» Je ferai grâce à ta légèreté ». 

t , . A U T R E. 

.. Le (llence & fa paix régnent dans ce bocage ; 

» J'en trouble le repos par mes trilles foupirs , 

»> Et j'y répands des pleurs , tandis que le raniago 

*> Des oifeaux amoureux annonce leurs piailles. 

si Uniques eonlidcns de l'ardeur qui me prelfc, 

« Je ne puis , comme vous , exprimer par mes chants 

j> L'excès de ma tendrcfïè , 
»> Mais j'ai feul plus d'amour que vous n'en avez tous ». 

ODE 

Sur la Comte. 

l <c Le deftruétcur impitoyable 
» Et des marbres & de l'ajrain, 
ai Le tems , ce tyran fouverain 
m De U choie la plus durable, 



SUR LA MUSIQUE. 79 

« Sappc fans brujt le fondement 
si De notre fragile machine, 
X Et je ne vis plus un moment 
« Sans fentir quelque changement 
»■ Qui m'avertit de ù ruine. 

» Je touche aux derniers inflans 
3i De mes plus belles années j 
*> Et déjà de mon printems 
a» Toutes les fleurs font fanées, 
s» Je ne vois & n'envifage 
=• Pour mon arrierc-faifon 
d. Que le malheur d'ttre fage , 
=d Et l'inutile avantage 
» De connaître la. raifon. 

» Autrefois mou ignorance 

» Me fourniiïait des plaifirs ; 

» Les erreurs de l'efpérance 

» Faifaient naître mes defrrs. 

3) A préfent l'expérience 

33 M'apprend que la jouifTance 
3> De nos biens les plus parfaits 
>> Ne vaut pas l'impatience 

» Ni l'ardeur de nos fouhaits. 

os La fortune à ma jeunette 
»> Oflrit l'éclat des grandeurs : 
»> Comme un autre avec fouplefle 
»> J'aurais brigué fes faveurs ,- 
s> Mais fur le peu de mérite 
33 De ceux qu'elle a bien traités, 
33 J'eus honte de la pourfuite 
»3 De fes aveugles bontés , 
s» Et paiïai , quoiqu'elle donne 
33 Et la pourpre & la couronne j 
=> Du mépris de la perfonne 
33 Au mépris des dignités. 

•3 'Aux ardeurs de mon bel Age 
33 L'amour joignit fon flambeau j 
33 Le ans de ce Dieu volage 
3j M'ont arraché le bandeau, 



So : ESSAI 

53 J'ai vu toutes mes faible/Tes, 
»> Ec connu qu'entre les bras 
» Des plus fidèles maîtrefTes , 
33 Ennivré de leurs careffes, 
o> Je ne les poffédais pas. 

» Mais quoi ! ma goutte eft paiïëe j 

s) Mes chagrins font écartés. 

3> Pourquoi noircir ma penfée 

»> De ces trilles vérités ? 

33 Laiiïons revenir en foule 

sa Menfonges , erreurs , parlions ; 

33 Sur ce peu de tems qui coule ^ 

33 Faut-il des réflexions ? 

33 Que fage eft qui s'en défie! ^ 

33 J'en connais la vanité : 

33 Bonne ou mauvaife fanté 

»3 Fait notre philofophie », 

A M. le Marquis de la Fare. 

« Plus j'approche du terme , & moins je le redoute i 

» Sur des principes sûrs mon efprit affermi , 

» Content, perfuadé , ne connaît plus le doute: 

» Je ne fuis libertin , ni dévot à demi. 

» Exempt des préjugés, j'affronte l'impofturç 

» Des vaines fuperftitions , 

» Et me fis des préventions 
» De ces faibles efprits , dont la trifte cenfure 

» Fait un crime à la créature 
» De l'ufage des biens que lui fait fon auteur , 

» Et dont la c pieufe fureur 

» Ofe traiter de chofe impure 

» Le remède que la nature 

» Offre à l'ardeur des pallions , 

» Quand d'une amoureufe piqûre 

» Nous fentons les émotions, 
v 

w D'un Dieu maître de tout j'adore la puiffance , 

v La foudre eft en fes mains , la terre eft à fes pieds, 

» Les élémens humiliés 
» M'annoncent fa grandeur & fa magnificence, 
» Mers vaftes vous fuyez } 



- SUR LA MUSIQUE. 

» Et toi , Jourdain , dans tes grottes profondes , 
» Retournant fur tes pas , tu vas cacher tes ondes j 
» Tu frémis à l'afpeft , tu fuis devant les yeux 
» D'un Dieu qui devant lui fait abatfTer les cieur. 
» Mais s'il cil aux Mortels un maître redoutable , 
» Eft-il pour fes er.fans de père plus aimable f 
» C'eft lui qui fe cachant fous cent noms différeni , 
» S'infinuant par-tout , anime la nature , 

» Et dont la bonté fans mefurc 
» Fait un cercle de biens de la courfe des ans» 

» Lui, de qui la féconde haleine, 
» Sous le nom de zéphirs , rappelle le printems, 
» Reiïufcite nos rieurs , 6c dans nos bois ramène 
» Le ramage Se l'amour de cent oifeaux divers , 
» Qui de chantres nouveaux repeuplent l'univers* 
o De Mercure tantôt empruntant le fymbole, 

» Il diète en fes inftruftions 

» L'art d'entraîner les nations 

» Par le charme de la parole. 
n Sous le nom d'Apollon il enfeigne les arts : 
» Pour conferver nos biens & défendre nos villes , 
» Il emprunte celui de Bellone & de Mars ; 

» Et pour rerdre nos champs fertiles 

» E t faire jaunir nos guérets , 
» Il le fert des préfens & du nom de Cerès. 
» Après tant de bienfaits, quoi 1 j'aurai l'infolence, 
» Dans une mer d'erreurs plongé dès mon enfance , 
u Par l'imbécille amas des femmes , des dévots , 
» A cet Etre parfait d'imputer mes défauts ; 
» D'en faire un Dieu cruel, vindicatif, colère, 
» Capable de fureur & même fanguinaire; 
» Changeant de volonté , réprouvant aujourd'hui 
» Ce peuple qui jadis par lui fut feul chéri ! 
» Je forme de cet Etre une plus noble idée ; 
» Sur le front du foleil lui-même l'a gravée ; 
» Immenfe , tout puiflant , équitable , éternel , 
» Maître de tout, a-t-il befoin de mon autel? 
» S'il eft jufte , faut-il , pour le rendre propice , 

» Que j'aille teindre les ruiffeaux 

» Dans l'offrande d'un facrificc 

» Du fang innocent des taureaux? 
» Dans le fond de mon cœur je lui bâtis un temple ; 

Tome IV. 



Î2 ESSAI 

9 » Profterné devant lui , j'adore fa bonté , 

» Et ne vas point fuivre l'exemple 
» Des Mortels infenfés , de qui la vanité 
» Croit rendre aiïez d'hanneur à la Divinité , 
» Dans les grands monumens de fa magnificence,. 

» Témoins de leur extravagance , 

» Bien plus que de leur piété, 

» Un efprit confiant d'équité , 

» Bannit loin de moi l'injuftice , 

» Et jamais ma noire malice 

» N'a fait pâlir la vérité, 

» Ni par quelqu'indigne artifice 
» Rompu les doux liens de la fociété. 
» Ainfi, je ne crains point qu'nn Dieu dans fa colère 
» Me demande les biens ou le rang de mon frère ; 
» Me reproche la veuve & l'orphelin pillé, 
» Le pauvre, par ma main, de fon champ dépouillé , 
» Le viol du dépôt , ou Kamitié trahie , 
» Ou par quelques forfaits la fortune envahie, 
» Ainfi dans ce moment qui fvirira mes jours , 
» Qu'il faudra te quitter , la Fare &: mes amours , 
» Mon ame n'ira point, flottante , épouvantée ; 

» Peu sûre de fa deftinée , 
» D'Arnaud ou d'Efcobar implorer le (êcours ; 
» Mais plein d'une douce efpérance , 

» Je mourrai dans la confiante 
» De trouver , au fortir de ce funefte lieu , 
» Un afyle afTuré dans le fein de mon Dieu ». 

Chaussée ( Pierre-Claude Nivelle de la.), ne à Paris en i6ç)i, Se fut 
reçu de l'Académie Françaife en 1736. 

Il nous a laide plufieurs pièces charmantes, &c a été chez nous le reftau- 
rateur du genre appelle le Larmoyant ^ qui était connu des Romains, & 
fort en vogue chez eux. 

La Chauffée mourut en 1754, âge de foixante-deux ans, & a lailfé 
quelques poéfies lyriques. 

Chenevieres ( M. de ) , premier Commis du Bureau de la guerre , 
feomme de beaucoup d'efprit , a donné en 1756 Celïme 3 opéra en un 
a&e , mufique du. Chevalier d'Herbain. 



SUR LA MUSIQUE. ?j 

CHANSON. 

« Pour mon trop long retardement, 

» Je vous demande grâce ; 
n Je ne fais pas facilement ■* 

3> Des péchés au Parnaflè : 
*> Si vous me demandiez de ceux 

m Qu'on permet à Cythcre , 
m Vous me verriez moins parefTeur, 

» Belle Iris, à les faire ». 

Clos de Chauderlo ( M. delà ), né à Amiens vers 1740, Officief 
dans le corps royal d'artillerie. 

Nous connaiiïbns de lui une épîtrs fur la mort , remplie de beatii 
vers Se de belles images, Il a fait aulli piuûeurs chaulons fort jolies. 

CEANS ON. 

» Lifon revenait au village , 

» C'était le foir ; 
b Elle crut voir fur fon pafiàge , 

» Il fallait noir , 
» Accourir le jeune Silvandre ; 

» Lifon eut peur ; 
» Elle ne voulait pas l'attendre , 

» C'eft un malheur. 

» Que pouvait faire cette belle , 
* » C'était le foir ; 

» Silvandre court plus vite qu'elle j 

» Il faifait noir ; 
» Bientôt il la joint Se l'arrête , 

» Lifon eut peur ; 
» La peur la fit choir fur l'herbette s 

» C'eft un malheur* 

» Quand elle fut ainfî tombée , 

» C'était le foir , 
b Le Berger à la dérobée , 

■ Il faifaic noir, 

L 2 



*f ESSAI 

» Voulut ravir certaine Rofe ; 

» Lifon eut peur ; 
» La peur ne fert pas à grand chofe , 

» C'eft un malheur. 

» Perfonne n'était fur la route , 

» C'était le foir j 
» Bientôt Lifon ne vit plus goutte > 

» Il faifait noir. 
» Sa taille devint moins légère ; 

>\ Lifon eut peur ; 
» Neuf mois après elle fut mère, 
» C'eft un malheur », 

Colardeau (Charles-Pierre), né à Yenville, ou Janville près d'Or- 
léans , le 1 1 Octobre 1731, du receveur du grenier à fel de cette ville. 

Privé à l'âge de 13 ans de ion père & de fa mère, fon oncle maternel, 
Curé de Pithiviers , eut la générofité de ne rien épargner pour fon édu- 
cation. Il l'envoya au collège de Meun -fur- Loire ; Se ce fut dans 
cette patrie du célèbre Clopinel , qu'il fe fentit le defir de fuivre fa 
carrière. 

11 vint s'établir tout-à-fait à Paris en 175 \> préfenta fa tragédie 
d'Aftarbé , qui fut reçue avec acclamations , Se publia fa charmante tra- 
duction de l'Abailard & Héloïfe de Pope, qui a eu des imitateurs, mais 
n'a jamais été égalée. 

Il donna depuis la tragédie de Calïjle , Se plufieurs autres ouvrages 
remplis de ces vers charmans qui le font toujours reconnaître. Ce Poët£ 
aiuTi aimable qu'intéreffant, ne connaiffant ni l'ambition, ni l'intrigue, 
ni la jaloulîe , fouvent perfécuté par des douleurs aiguës qui le minaient 
fourdement, palTa les plus belles années de fa vie prefqu'ignoré , Se ignorant 
prefque tout ce qu'il valait. 11 fut cependant nommé à l'Académie Fran- 
çaife à la place de M. le Duc de Saint-Aignan » Se cette élection ne fut 
due ni au manège ni à la brigue ; mais il ne jouit pas des honneurs de 
la réception , Se mourut quelques jours avant l'époque fixée pour {on 
triomphe. Peu de perfonnes ont été autant regrettées & ont mérité de 
l'être autant que lui. M. Dorât, fon ami, a célébré fa mort par des vers, 
xemplis de fentimenc 






SUR LA MUSIQUE. 8; 



CHANSON. 

« Life , entends-tu l'orage ? 

» II gronde , l'ait gémit ! 

» Sauvons-nous au bocage : 

» Life doute & frémit. 

» Qu'un cœur faible eft à plaindre ! 

» Dans ce double danger , 

» C'eft trop d'avoir à craindre 

» L'orage & le berger. 

» Mais cependant la foudre 
» Redouble fes éclats : 
» Que faire & que réfoudre ? 
» Faut-il donc fuivre Hylas ? 
» De frayeur Life atteinte , 
t> Va, vient, fuit cour-à-tour; 
» On fait un pas par crainte , 
» Un autre par amour. 

» Life au bqfquet s'arrête , 

» Et n'oie y pénétrer :- . 

» Un coup de la tempête 

» Enfin l'y fait entrer. 

» La foudre au loin s'égare , 

» On évite fes traits , 

» Mais, ceux qu'amour prépare , 

» Ne nous manqnent jamais, 

» Ce Dieu pendant l'orage 

» Profite des momens 3 

» Caché dans le nuage , 

» Son œil fuit les amans ; 

» Life de fon afyle 

» Sortit d'un air confus ; 

» Le ciel devint tranquille „ ' 

» Son cœur ne l'était plus »» 

CHANSON. 

« Tu plains mes jours troublés par tant d'orages , 
k Mes jours affreux , d'ombres environnés : 
» Va , les douleurs m'ont mis au rang des fages , 
o Et la. raifon fuit les infortunés, 



85 ESSAI 

» A tous les goûts d'une folle jeuneiïc 

» J'abandonnai l'efTot de mes defirs : 

»_ A peine , hélas ! j'en ai fenti l'ivreflë , 

» Qu'un prompt réveil a détruit mes plaifirs. 

» Brûlant d'amour & des feux du bel âge , 
» J'idolâtrai de trompeufes beautés. 
» J'aimais les fers d'un fi doux efclavage ; 
» En les brifant, je les ai rejettes. 

» J'offris alors aux filles de mémoire 

» Un fugitif de (a chaîne échappé : 

» Mais je ne pus arracher à la gloire 

» Qu'un vain laurier que la foudre a frappé. 

» Enfin , j'ai vu de mes jeunes années 
» L'aftre pâlir au midi de fan cours. 
» Depuis long-tems la main des, deftinées 
» Tourne à regret le fufeau de mes jouis» 

» Gloire , plaifîrs , cet éclat de la vie , 

» Bientôt pour moi tout s'eft évanoui. 

» Ce fonge heureux , dont l'erreur m'eft ravie ; 

» Fur trop rapide, & j'en ai peu joui, 

» Mais l'amitié fait , par fon éloquence , 
» Calmer des maux qu'elle aime à partager, 
» Et chaque jour ma pénible exiftence 
•> Devient près d'elle' un fardeau plus léger. 

» Jufqu'au tombeau, fi fon appui me refte, 
/ » Il eft encor des plaifirs pour mon cœur , 
» Et ce débris du naufrage funefte 
» Pourra lui feul me conduire au bonheur. 

» Quand l'infortune ôte le droit de plaire, 
» Intéreflèr eft le bien le plu* doux , 
» Et l'amitié -nous eft encor plus chère , 
» Lorfque l'amour s'envole loin de nous »« 

Collé ( Charles), né à Paris, Secrétaire ordinaire & Lecteur de M. 
le Duc d'Orléans , eft un des plus aimables auceujrs &c des premiers chan- 
sonniers de tous les fiecles. Son théâtre de fociété eft rempli de feenes 



SUR LA MUSIQUE. g 7 

du meilleur comique , Se fes charmantes pièces dé Henri IV, & de 
Dupuis & Defronais auront toujours un grand iuccès. M. Palilîbt a remarqué 
ingénieufemenr que M. Collé concilie dans fon caractère deux chofes 
qu'on voit rarement enfemble , la grande gaité & une fenfibilité exquife. 
M. Collé a donné à l'opéra, en 17 53 , le Jaloux corrigé , mufique de 
Blavetj en 1758 , Vénus & Adonis a été ajouté aux fêtes de Paphos , 
mufique de Mondonville ; Daphnîs & Églé, repréfenté à Fontainebleau 
en 175 3 ; à la Comédie Italienne, en 1763 , l' JJle fonnante > en trois aéles j 
mufique de M. de Monfigny. 

CEANS O N S. 

a Chnnfonniers, mes confrères, 
Le cœur , l'amour , ce font des chimères j 
» Dans vos chanfor.s légères, 
j> Traitez de vieux abus, 
» De phœbus , 
» De rebut 
» Ces vertus 
» Qu'on n'a plus. 
b Tâchez d'hiftorier 
» Quelque conte ordurier j 
» Mais avec bienféance , 
• Des mots trop gros l'oreille s'offenfe ï 
» Tirez votre indécence 
» Du fond de vos fujets , 
» Et de faits 
» Faux ou vrais , 
» Scandaleux , 
» Mais joyeux, 
s Les Madrigaux font fade*-; 
» L'apprêr 
» Qu'on met 
» A ces vers mauiïades , 
» Ne vaut pas les boutades 
s D'un chanfonnier fans art 
a Et fans fard , 
n Mais Gaillard. 
» Indécent , 
ï» Mais plaifantq 



88 ESSAI 

• Ec puis tous ces nigaux 
» Qui font des madrigaux, 
» Suppofent à nos Dames 
» Des cœurs , 
n Des mœurs, 
» Des vertus , des âmes , 
» Et rempliflent de fiâmes 
» Et de beaux fentimeas , 
» Nos amans 
» Prefqu'éteints , 
» Ces pantins 
» Libertins. 
» L'amour eft mort en France , 
» C'eft un 
» Défunt, 
» Mort de trop d'aifancc , 
» Et c'eft la jouiflance 
» Qui fuccede en ce lieu 
» A ce Dieu 
■>■> Des Bourgeois , 
» Des Gaulois 
» D'autresfois : 
» Chanfonniers de bon fens 
» Ne parlez donc qu'aux feus, 
» Peignez-nous fans fcrupule, 
» Chantez , 
» Vantez 
» Les talens d'Hercule ; 
» Tournez en ridicule 
» Ceux qui n'avancent pas 
» Plus d'un pas, 
» Ou qui font 
» Un affront 
» Au fécond ». 

AUTRE. 

» J'ai la marotte 
t » D'aimer Marotte; 

» Je la préfère à 
p Nos fœurs de l'Opéra. ; 
j> C'eft une infaute 
i» Moins triomphante, 



Que 



SUR LA MUSIQUE. S* 

« Que ces belles Demoifelles-li. 
» C'eft qu'elle eft jolie , 
» C'eft qu'elle eft polie ; 
» C'eft qu'elle eft d'une folie. . . . 
» Elle fe rit toujours de quelqu'un . , , 
» De l'eiprit fans fuite, 
» Sa conduite 
» N'a pas le fens commun. 
» J'ai la marotte 
» D'aimer Marotte : 
» Quoique trop ouverts, 
» Je préfère fes airs 
» Aux graves mines 
» De nos Robines, 
» Dont l'orgueil eft le moindre travers. 
» Cet hiver par accident , 
» La veuve d ? un Préfident 
» M'avait pris en attendant , 
» Et ce printems , 
» J'eus quelque tems 
» La femme d'un Intendant, 
» Mais à mon corps défendant. 
» Combien je fouffris ! 
» Si c'eft , mes amis , 
» Un malheur d'être pris 
» Par des Préfîdentes, 
» C'eft encor pis 
»> D'avoir des Intendantes. 
» J'ai la marotte 
» D'aimer Marotte; 
» Habile en amour , s 
» Elle y fait plus d'un tour. 
>■> C'eft une aifance , 
» Une indécence : 
» On croit voir une femme de cour, 
» De ces fortunes-là , 
» J'en ai jnfques-là : 
» Ces fortunes-là 
» Ne font pas de grandes trouvailles, 
» Et l'on en aura 
» Tant qu'on en voudra , 
» D'amant qu'à Verfailles , 
Tome IF. jyj 



?<s ESSAI 

ft C'eft à qui s'en défera. 
» Mais ici déjà , 
» L'on en veut à 
» Ma pauvre Marotte; 
» Déjà l'on complotte 
» De me l'accrocher. 
» On veut chercher 
» A s'aboucher j 
» On offre cher 
» En viager : 
» Je l'ai fait déloger. 
» Un des meilleurs 
» EnchériiTeurs , 
» O tems '. 6 mœurs ! 
» C'eft .... il faut que je nomme 
L'homme ; 
» C'eft un riche Abbé , titré , 
» Mîtré , 
» Taré; 
» Son nom , c'eft . . . Non , 
» Ne difons pas tout haut fon nom ; 
» Mais fi je ne le nomme pas , 

» Autre embarras. 
» Le Clergé qu'on vient d'affembler, 
» Me fait trembler ; 
» Tous nos Prélats, 
» Gens délicats 
» Qui jeûneront, 
» D'abord prendront 
» Ce qu'ils pourront ; 
» Puis chercheront, 
» Déterreront 
» Marotte, & me l'enlèveront. 
» Marotte eft faite exprès pour eux : 
» Elle a des yeux 
» Tendres Se bleus , 
» Bien fcandaleux ; 
>; Quand elle lorgne , il eft douteux 
» Si Marotte ne fait pas mieux." 
» Sur nos Pontifes indécens , 
» Ces charmes-là font bien puiffans , 
» Et d'ailleurs Marotte à des fens 



SUR LA MUSIQUE. pi 

» Récorapenfans 
» Les infolens 
» Qui montrent des talens, 
» J'ai la marotte 
» D'aimer Marot e , 
» Tant que je pourrai , 
» Je la conserverai. 
» Mais s'il arrive 
» Que l'on m'en piive, 
a Je m'en .... ma foi , je m'en pafTerau 

Colletet (Guillaume), né à Paris le 12. Mars 1598, fut Avocat au 
Confeil , & l'un des quarante de l'Académie França fe. Le Cardinal de 
Richelieu lui donna un jour fix cens livres pour lîx vers qu'il lui avait 
adrelles. Colletet lui donna aurn-tôt ce diftique : 

a Armand , qui pour fîx vers me donne fix cens livres , 
» Que ne puis-je à ce prix te vendre tous mes livres ? » 

Il mourut le 10 Janvier 1659. On dit qu'il était un des cinq Auteurs 
qui travaillaient aux pièces du Cardinal. Les quatre autres étaient l'Etoile 
qui nous a lailfé des mémoires, Boisrobert, Rotrou &c le grand Corneille. 

Condamine ( Charles-Marie de la), né à Paris en 1701, de l'Aca- 
démie Françaife en 1760, & de celle des Sciences en 1730, fut d'abord 
militaire , mais il quitta bientôt cet état pour fe livrer entièrement aux 
fciences les plus abftraites. Il fut nommé en 173 5 _, pour aller avec plufieurs 
Académiciens de fes confrères , déterminer la figure de la rerre. Son 
voyage dans l'Amérique méridionale dura dix ans , & il revint dans fa 
patrie achever fa carrière auprès de fes amis qui le chériflaient malgré 
fon extrême furdité qui le rendait à charge à la fociété. Il époufa fa nièce 
quelques années avant fa mort, qui arriva le 4 Février 1774. Dans les 
dernières années de fa vie , il s'amufait à faire des petites pièces de vers 
qui toutes font agréables , Se dont nous n'ayons pu recueillir que quel- 
ques-unes. 

Chanfon à fa femme le lendemain de fes noces. 



« D'Aurore & de Titon , vous connaiiïèz l'hiftoire , 
» Notre hymen en rappelle aujourd'hui la mémoire ; 



Mz 



$)2 



ESSAI 

» Mais de mon fort Titon ferait jaloux : 
» Que fes liens font difterens des nôtres 1 
» L'Aurore entre fcs bras vit vieillir fon épouï . 
» Et je rajeunis dans les vôtres ». 

AUTRE. 

« J'ai lu que Daphné devint arbre , 
» Et que par un plus trifte fort , 
» Niobé fut changée en marbre : 
» Je ne fuis l'un ni l'autre encor. 

» Mais un pareil fort me menace : 
» Apollon , je crois , ni fa fœur , 
» N'ont eu de part à ma difgrace r 
» L'amour en ferait-il l'auteur l 

» Déjà mes membres fe roidifTent : 
» Je fens que mes pieds & mes mains 
n Infenfiblement s'engourdiiïent 
» En dépit de l'art des Tronchins. 

» D'un corps fain jadis & robufte r 
» Qui bravait faifons & climats „ 
» Les vents briîlans & les frimats , 
» ÏL ne me refte que le bulle» 

- » Malgré mes nerfs demi perclus \. 
» ( Deftin auquel je me rélîgne ) 
» De la fanté que je n'ai plus , 
» Je conferve encore le ligne. 

» Mais las ! je le conferve envain : 
» On me défend d'en faire ufage , 
» Ma moitié vertueufe & fage , 
» Au lieu de s'en plaindre, me plaint. 

» Ma fœur la Platonicienne 
» Dit : quel eft donc votre regret ?• 
» N'avez-vous. pas la tête faine? 
» Qu'e.i-ce que le refte vous fait J 

v Madame , à cette trifte épreuve , 
» Si-tôt je ne m'attendais pas, 
» Ni que ma femme entre mes bras,. 
» De *non vivant fe trouvât veuve ».. 



SUR LA MUSIQUE. n 

CONTE. 

« Alain difaït : ma femme , écoute moi » 
»• Je t'avoîuai qu'avant que d'être à toi , 
» Bien jeune encor , je fis une folie j 
t> J'eus une fille ; elle eft ma foi jolie ; 
» Prends-la chez nous , faute de nourriçon j 
» Je veux de toi qu'elle prenne leçon ; 
» Tu l'aimeras ; car elle te reffemble. 
» Et moi j'ai fait, dit-elle, un beau garçon; 
u II nous faudra les marier enfemble ». 

Corneille ( Pierre), naquit à Rouen le 6 Juin 1606. Son père, 
Maître des Eaux & Forêts fut anobli par Louis XIV. 

Il compofa par circonftance fa première pièce, nommée Melite , qui eut 
an grand fuccès , '8c l'engagea de fe livrer au théâtre , où il effaça bientôt 
tous fes prédécelleurs. 

11 fut reçu de l'Académie Françaife en 1 647 , 8c mourut Doyen de 
cette compagnie en 1684. Il n'eft pas aifé de trouver un Poète qui ait 
poffédé, comme lui, tant de grands talens , la force, le- jugement, 
l'efprit , &c. Sa place était marquée au fpe&acle ; & toutes les 1 fois qu'il 
y arrivait, fi la comédie était commencée, on interrompait la pièce, &c 
on l'accablait d'applaudiffemens pendant tout le tems qu'il employait a 
fe placer. Le grand Turenne s'étant trouvé à une repréfentation de Sertorius, 
s'écria : « Où donc Corneille a-t-il appris l'art de la guerre » ? 

En 1678, il fit, avec fon frère, les paroles de la tragédie de Pfyché, 
dont Lully fit la mufique. 

En 1679, Bellerophon, tragédie, idem en fociété avec fon frère. 

Corneille ( Thomas ) ,,né a Rouen le 10 Août io'ij , frère du célèbre 
Pierre, époufa la fœur de la femme de fon frère, 8c Hs ne firent qu'une 
même maifon. Jamais -il ne fut jaloux de la gloire de fon frère , & 
trouva le moyen de cueillir quelques lauriers dans un champ où fon aîné 
avait fi abondament moùTonné. Il lui fùccéda à l'Académie Françaife en 
1701, étant déjà de celle des Belles-lettres. Ou a de lui quatorze comédies, 
dix-huit tragédies & trois opéra : 



P4 ESSAI 

l fiché j mufiqite de Lully, en 1678 ; Bellerophon _, i^e/rc ^ en 1679 j 
Alédée , mufique de Charpentier, en 1693. 

Thomas mourut à Andely le 8 Décembre 1709. 

» ■ 

Cotin (L'Abbé Charles), Aumônier du Roi, l'un des quarante de 
TAcadémie Françaife , n'était pas fans mérite , quoiqu'il ait été fi maltraité 
par Boileau. Ses parens, pour le faire interdire, l'accuferent de démence; 
pour toute réponfe , Cotin invita fes Juges à venir l'entendre prêcher. 
Us y vinrent, & fes parens furent condamnés aux dépens & à une amende. 

Il était né à Paris, avait été fait Chanoine de Bayeux, & mourut en 
1682. La chanfon fuivante eft: de lui. 

CHANSON. 

« Iris s'eft rendue à ma foi : 
» Qu'eûc-elle fait pour fa défenfe ? 
b Nous n'étions que nous crois, elle, l'amour & moi, 
» Ec l'amour fut d'intelligence ». 

Autre fur un Portrait. 

k Ce grand Peintre, dont l'art furpafle la nature j 
b A fait pour Silvanie un portrait fi charmant , 

» Qu'il faut fouhaiter feulemenc 

» Qu'elle reflemble à fa peinture ». 

Coulanges ( Philippe-Emmanuel de ) , Confeiller au Parlement , puis 
Maître des requêtes, né en 1631 , fe diftingua par un grand nombre de 
chanfons, dont le naturel eft; admirable. 11 fit les plaifirs de fa fociécé &C 
mourut à Paris en 1716^ âgé de quatre-vingt-cinq ans. 

C H A N S ON. 

w D'Adam nous fommes tous enfans , 

» La preuve en eft connue , 
» Et que tous nos premiers parens 

» Ont mené la charrue. 
» Mais las de cultiver enfin 

» Sa terre labourée , 
» L'un a dételé le matin , 

» Et l'autre , l'après-dine'e ». 



SUR LA MUSIQUE. 9S 

CrÉbillon ( Profper Joliot de ), né «à Dijon, le 1 5 Février 1674, d'un 
Greffier en chef de la Chambre des Comptes , dont la famille fut anoblie 
en 1442. Créateur d'un genre tragique, qui lui obtint de grands fuccès, 
même après Corneille & Racine. 

L'Académie Françaife le reçut en 173 1 , &c il fut le premier Acadé- 
micien qui fît fon remercîment en vers. 

Malgré le fombre qui régne dans fes ouvrages , il était gai 8c badin avec 
fes amis , mais il haïlTait l'épigramme , 8c ne fe la permettait jamais. 

Crébillon donna Idoménée 3 fa première pièce, en 1705, 8c le Trium~ 
virât, qui fut fa dernière, en 1754. Il mourut en 176% , 8c ne laifla 
qu'un fils , connu par de charmans ouvrages , & par les agrémens qu'il 
répandait dans fes fociétés. 

CHANSON. 

« Ta beauté toujours nouvelle 
» Rend mon feu toujours nouveau, 
» J'aimerai jufqu'au tombeau 
» Mon aimable tourterelle ; 
» Et fi l'ame eft immortelle y < 

» Nos amours 
» Dureront toujours ». 

Crébillon ( Claude-Profper Joliot ), fils , né à Paris, le 14 Février 
1707, était fils du célèbre Crébillon. Dès qu'il fut forti du collège, fon 
o-oût dominant fut celui de la comédie; & s'étant afïbcié avec Romagncfi , 
Dominique 8c Ricoboni le fils , ils travaillèrent aux parodies des opéra 
nouveaux. 

Il abandonna bientôt ce genre pour celui des romans. Tançai eut un 
grand fuccès , les Egaremens du cœur & de l'efprit 8c le Sopha augmen- 
tèrent fa réputation : la Nuit & le moment y mit le comble. 

L'efprit de Crébillon était naturellement porté à la gaité & à la fatyre 
plaifante. C'était le ton d'une fociété de gens de lettres , dont il était l'un 
des membres , & que l'on connaît encore fous le nom àç fociété du Caveau(a). 

(à) On peut voir dans la vie de Piron , par M. Rigoley de Juvigny , des détails 
intérefTans fur cette aimable fociété. 



$6 



ESSAI 



Cette fociété jugeait en dernier reflort toutes les nouveautés, ôc fouvent 
fes arrêts fe rendaient en bons mots. La gaité n'était pas le feul avantage 
de cette atïbciation , les gens de lettres qui travaillaient pour le théâtre , 
y trouvaient les relTources d'une critique franche , judicieufe& motivée. 
La Noue y refit entièrement le cinquième acte de fon Mahomet II. Bernard 
y refondit Cajlor & Pollux. Ce fut auflî dans une de ces afïemblées que 
le poëme d& Dardanus fut condamné au feu par un jugement porté à la 
fin d'un grand dîné, mais fauve des flammes par Crébillon, qui, heureu- 
jfement pour nous , ce jour-là , n'avait bu que de l'eau. 

Son dernier ouvrage eft le rpman des Lettres Athéniennes. L'Auteur du 
Nécrologe allure que Crébillon « n'a jamais penfé plus profondément que 
» dans cet ouvrage, mais qu'on n'y reconnaît plus le chaume de fon ftyle ». 

11 mourut le n Avril 1777, entre les bras de M. Collé fon ami, 
qu'il nomma fon exécuteur testamentaire. 

C H A N S ON. 



« En palTant fur le pont-neuf, 
» L'an fix cent quatre-ving-neufj 
» Je rencontiis une femme 
» Qui me faifant les yeux doux , 
» Crut me déclarer là flame , 
» En me difant , ejl-ce vous î 

» Je lui répondis, non, non,' 

» Efi-ce vous , n'eft pas mon nom j 

» Je m'appelle la Rame'e , 

» Soldat du régiment du Roi , 

» J'ons des guinches à l'armée 

» Qui valont bien mieux que toi ». 

» Elle répond à l'inftant, 
» Ce fot eft bien infolent ; 
» Pour me faire un tel outrage, 
» Il faut être un malotru : 
» S'il n'aime pas mon vifage 5 
» Je lui montrerai mon eu» 

» A l'inftaut je plantj-là 
» Cette fille d'opéra. 



Pour 



SUR LA MUSIQUE. ?7 

» Pour en perdre la mémoire , 
» Dans un cabaret voilîn 
» Je m'enFoncis pour y boire 
» A la famé de Catin. 

» Après avoir bu mon îaoul , 
» Ne pofTédanr pas le fol , 
» L'hôte m'apportit la carte, 
» Dilànt : il eft minuit fonné ; 
» Je lui flanquis fa pancarte 
» Tout au beau milieu du né. 

» L'hôtefTe criant au guet, 
» Je fus pris au trébuchet. 
» La pouffe & le Commiffaire 
» S'en vinrent pour me happer : 
» Moi qui ne favais que faire, 
u Je me mis à les frapper. 

» Mais n'étant pas le plus fort ,' 
» Nous fûmes bientôt d'accord. 
» On me mit au Fort-V Evéque , 
» J'en demandai la raifon : 
» Ils me répondirent : cejl que 
» Vous méritez la prifon ». 

AUTRE. 

s Madame, je vois bien que 
i» Vous êtes encor fraîche ; 
p Quant à moi , pour avoir de 
» Ma race , il faut que je me 
» Dépêche, dépêche, dépêche ».' 

Cubieres de Palmeseau (Le Chevalier de), Ecuyer de Madame la 
ComtefTe d'Artois , & frère de M. le Marquis de Cubieres , Ecuyer , 
Cavalcadour du Roi , a prouvé depuis plufieurs années fa facilicé à faire de 
jolis vers. Il eft né le ij Septembre 1752, à Roquemaure près d'Avignon. 

On a de lui plufieurs pièces de vers, ôc le Dramomane , comédie en 
trois a£tes , jouée à la Cour en 1776. 

Tome IF. H 



5>3 ESSAI 

CHANSON. 

« L'autre jour j'allai dans les champs 

» Avec la belle Léonore ; 

» Déjà les airs éraieut brillans 

» Des premiers rayons de l'aurore. 

» Je ne vis point fon char vermeil 

» De perles femant fa carrière , 

» Et ne pris pas garde au foleil , 

» Déjà montant fur l'hémifphere. 

» Les bergères à leurs agneaux 

» Ouvraient déjà les bergeries j 

» Je n'a perçus point les troupeaux 3 

» Erraiis dans les plaines fleuries. 

» Savez-vous pourquoi ce jour-la , 
» Par un charme qui dure encore, 
n Je ne vis rien de tout cela ? 
» C'eit que je voyais Léonore». 

A Madame la Comtejfe de B**K 

« Maltraité par un Dieu vainqueur , 
» Et las des rigueurs de Rofîne , 
» Un matin , penfif Se rêveur , 
» J'errais fur la double colline. 

v Un temple s'offre à mes regards; 
» Des mufes c'eft l'juguite enceinte j, 
» Je pénéae , rempli de crainte , 
» Dans le palais du Dieu des Arts. 

» Je vois les Arts qui fe careflënt 
» Aux pieds du vainqueur de Pithonj 
» Virgile, Horace, Anacréon , 
» Près de fon trône m'apparaiflënt.. 

» Non loin, de ces enfans du jour,. 
» Sapho , Deshouliere & Corine 
» Tiraient de leur lyre argentine 
» Des airs que répétait l'amour.. 



SUR LA MUSIQUE, pp 

» Mas près du bufte de Julie , 
» Dont l'art a confervé les traits 
» Sous la couronne du génie, 
» Je vois l'aimable Beauharnais. 

» A fes genoux , un autre Ovide 

■si Modefte , quoique fans rivaux , 

» Parcourait d'une main rapide „ ' 

» Un luth qu'il vola dans Paphos. 

» Cette jeune & brillante Fée 

» S'embrâfait à fes doux tranfports, 

» Et par d'ingénieux accords , 

p Surpaflait le nouvel Orphée. 

» J'écoutai long-tems leurs chanfons : 
» Plein d'une illufion divine , 
» Je croyais entendre les fons 
» Des neuf filles de Mnémofine. 

» Mais voilà foudain qu'un enfant 
» Trouble le concert agréable ! 
» Il lance un trait en fouii nt , 
» Et bleffe le chanteur aimable. 

» J'ai recueilli les derniers mots 

» Qu'exhala ce mortel trop tendrez 

» Amis , pour éviter mes maux , 

» 11 ne faut la voir , ni l'entendre ». 

Curis (de), Intendant des Menus, né en 171 1, avait beaucoup cTefprit 
6c de gaité. 11 donna en 1749 , fur le théâtre des petits appartenons, l'acte 
de Zelïc j mis en mufique par M. Ferrand , alors Fermier-Général ; & qui 
eut beaucoup de fuccès. 

Depuis il a retouché le poëme de Canente > remis en mufique par 
M. Dauvergne. 

Danchet (Antoine), né en 1671, à Riom en Auvergne, était un homme 
doux, fans fiel, & incapable de vengeance; ce qui fit qu'il ne répondit 
jamais aux traits fatyriques qu'on lançait fur lui. Lifant un jour une 
tragédie aux Comédiens , L'un d'eux trouvant qu'il était impolîible de 

Ni 



■ico ESSAI 

mieux déclamer , l'interrompit , en lui difant : « Ah ! Monfieur , que ne 
35 vous faites-vous Comédien ». Danchct le regardant avec dédain , lui 
répondit par ces deux vers de Nie o.nede : 

« Le maître qui prit foin d'inftruire ma JeunefTe p 
■d Ne m'a jamais appris â faire une bafTefle ».- 

A Tâge de dix-ne^f ans il fut Proftiîeur de Rhétorique, & vint quatre 

ans apr< Rétablir à Paris, au collège du Pleffis. Il fut de F Académie 

Franc •. en 171X5 étant déjà de celle des inferiptions depuis 1706. Il 

Paris le 20 Février 1748 , eftimé de tous ceux qui le connanTaient. 

Ou l'a inhumé à. faint Jofeph.. 

11 donna à l'opéra : en 1700, Héjlone , muiîque de Campa ; en 1701; 
Aréthufc , idem ; en 1702, Tancrede 3 idem ; en 1 703 , le Bal/et des Mu/es > 
idem ; en 1704, Télemaque , idem; en 1705 , Akine j idem; en 1710, 
les Fines Vénitiennes } idem ; en 1711, ïioménée 3 idem; Les Amours de. 
Mars & de Vénus, idem; en 1713-, Télephe 3 idem; en 1717, Camille 3> 
idem; en 1735 ,. Achille & Deidamie^ idem; en 1750, M. Dauvergne a 
remis en mufique Aréthufe. 

Nous avons de lui une tragédie à mettre en muiîque, intitulée Hypomene 
& Atalante, qui n'eft point connue. 

On a oublié fes tragédies. 

Darinel de Tirel , Poëte du feizieme fiecle , a donné en 1 55 5 urt 
ouvrage en profe & en vers, intitulé, la Sphère des deux Mondes x corwn 
pofée en France- par Darinel j Pajteur des Amadis.- 

PASTOURELLE. 

« Adieu, ville, vous commamî {a): 
•n II n'eft plaifir que des champs. 

» L'autre hier trouvai Silvette , 
» Son petit troupeau gardant ; 
» Quand je l'apperçus feulette,. 
» L'amour allait demandant. 
» Adieu , &c. 

» — - . ii 1 ■— 

(a) Ville , je vous dis adieu 9 . 



S U R L A M U S I Q U E< \QH 

» A quoi penfez-vous, Bergère, 
»' En cette fleur de quinze ans } 
» La beauté pafle légère , 
• Comme la fleur au princems, 
» Adieu , &c. 

n Fille qui ne fait ami 
» De tout fon defïr content, 
» On ne fait cas ne demi 
» De fon teint, de fon corps gent» 
» Adieu , &c. 

» II vous donnera ceinture, 
v Demi-ceint ferré d'argenr , 
» Rouge cotte, & la doublure 
» Plus que l'herbe verdoyant. 
» Adieu, &c. 

p Répond qu'elle eft (i jennetce , 
» Que n'entend mon prêchement j 
» Mais qu'on die qu'en amourette 
p N'y a que peine & tourment» 
» Adieu , &c. 

Depuis- l'épiai à pafTàge 
» Tant que IV trouvai filant 
» A l'orée (a) du bocage , 
i> Près de fon troupeau bélanCj- 
» Adieu , &e. 

n Dieu garde la filandiere 
» Et celui qui la furprend. 
p Elle regarde derrière , 
P Et un doux falut me rend, 
» Adieu, &c. 

d Belle, dis- je, à ce folàge (i),'. 
» Vous hâlés votre teint blanc i- 
» Vous fériés mieux à l'ombrage $• 
» De ce petit coudre (t?) franc. 
» Adieu , <5cc. 



(a) Au bord» 

(b) Soleil. 
(<;) Coudrier,} 



.xo-2 ESSAI 

» Voici un chapeau de paille, 
» Un couvre-chef tavolanc (à). 
» Combien que ce don peu vaille , 
» Le cœur- eft franc & vaillant. 
» Adieu , Sic. 

» Je l'affuble &: lui déclaire 
» Que de foif allois mourant : 
» Me mené à la fource claire, 
» Où lui dis le demourant (£). 
» Adieu , &c. 

Daucourt (Godart), Fermier-Général, né à Langres, a donné plufieurs 
opéra comiques fort agréables, des comédies 8c un poëme eftimé. 

Desboulmiers. Comme il ne porta jamais le nom de fon père, on a 
toujours ignoré qui il était , ainfi que le lieu de fa naillance. 

Ayant d'abord fervi dans les troupes légères , & ne pouvant y efpérer 
une fortune fuffifante , il fe livra tout entier à la littérature. Plufieurs 
Romans intéreflans le firent connaître avantacreufement. 11 donna enfuite 
deux opéta comiques , dont l'un , Toïnon & Toinette , eut allez de fuccès. 
Ce qu'il a fait de mieux eft une hiftoire du Théâtre Italien & de la Foire " 
en 9 volumes. 

Il mourut en 1770, d'un abfcès à la poitrine , pour n'avoir pas voulu 
fe faire faigner par un chirurgien de campagne. 

Desforges Maillard ( Paul ), né au Croific en Bretagne, le 25 Avril 
1699. Fâché de n'avoir pas été couronné à l'Académie, il fit des vers 
contre les Académiciens , Se ne put parvenir à les faire inférer dans le 
Mercure. Il était alors à une petite maifon qu'il avait à Brederac près du 
Croific , de laquelle dépend une vigne qu'on nomme Malcrais ; voulant 
fe venger de la Roque, Auteur du Mercure, en fe moquant de lui , & 
l'induifant en erreur, il prit le nom de Mademoifelle Malcrais de la Vigne, 
5c remplit le Mercure de fes vers , qui furent admirés , non-feulemenc 

(<z) De toile. 
(J>) Le refte. 



SUR LA MUSIQUE. *o 5 

par la Roque , inais par prefque tous les Pcctes de ce rems , qui , tous, 
même Voltaire , célébrèrent fes louanges j on l'appelia dixième Mufe j 
Sapho } &c. 

Quel fut 1 etonnement de fes adorateurs , lorfque Desforges Maillard 
vint à Paris fe dematcraifer ! Voltaire a écrit à Madame la Marquife 
d'Antremont : 

« Vous n'êtes point la Desforges Maillard : 

» De 1 hélicon ce trifte hermaphrodite , 

» Paiïa pour femme, & ce fut (on feul art; 

» Dès qu'il fut homme, il perdit fon mérite », 

On trouve quelques bonnes pièces dans fes œuvres qui ont été imprimées, 
Se ne méritaient pas de l'être. 11 mourut aimé & eftimé de fes compatriotes. 

Malgré fa médiocrité , on lui aura toujours obligation d'avoir donné 
lieu ,- par fon aventure , à la charmante comédie de la Métromanie. 

Deshoulieres (Antoinette du Ligier de la Garde ) , née à Paris en 1638, 
a éré de toutes les Dames Françaifes qui ont cultivé la poéfie , celle qui 
a le plus réuffi. Elle unilfait les talens de l'efprit aux grâces de la figure 
Se un enjouement plein de vivacité à une douce mélancolie qui porte à 
la réflexion. Le genre paftoral était le fien, Se elle aurait dû s'y renfermer. 
Ses tragédies de Genferic Se de Jules Antoine ne font pas dignes d'elle ; 
mais rendent finon plus excufable , du- moins plus vraifemblable, le motif 
qui lui diéta le fonnet fatyrique qu'elle fit contre l'admirable Phèdre de 
Racine. Plufieurs de fes pièces fugitives méritent d'être confervées. Les 
Œuvres de Mademoiselle Deshoulieres fa fille, morte en 171 8, n'ap- 
prochent pas de celles de fa mère. Cependanr fes premiers vers rempor- 
tèrent le prix de l'Académie Françaife , quoiqu'elle eût Fontenelle pour 
concurrenr. 

Madame Deshoulieres mourut en 1 694. 

« Il n'ell pas (î facile qu'on penie 
» D'être fort honnête homme & de jouer gros jeu. 
» Le defir de gagner , qui nuit & jour occupe , 

» Eft un dangereux aiguillon : 
» Souvent quoique l'efprit, quoique le cœur foit bon r 

o> On commence par être dupe , 

» On finit par eue fripon. » 



i©4 ESSAI 

CHANSON. 

« Que je fouffre un cruel martyre *, 
■ » Quand jufqu'au fond des bois Tircis vient me chercher 3 
» Il a cent chofes à me dire , 
» Et j'en ai cent à lui cacher ». 

Desmahis ( Jofeph-François-Edouard de CofTembleu), né à Sully-fur- 
Loire en 1711, donna, dès fa plus tendre jeuneiTe , des preuves de la 
délicateife de fou efprit & de fon goût. 

Il donna au théâtre français : L'Impertinent, pièce en un a&e , remplie 
de vers charmans & de portraits du meilleur ton. 

Il mourut le 15 Février 1761. Son recueil de poéfies n'a paru qu'erç 

1775- 

Vers de M. de Voltaire _, en réponfe à une épure de Defmahis, 

a Vos jeunes mains cueillent de fleurs 
» Dont je n'ai plus que les épines ; 
» Vous dormez deflbus les courtines 
p Et des grâces & des neuf foeurs : 
w Je leur fais encore quelques mines, 
*> Mais vous poflëdez leurs faveurs, 
v Tout s'éteint, tout s'ufe , tout pafle{ 
» Je m'affaiblis, & vous croiflèzj 
» Mais je defeeadrai du parnaflè 
» Content , fi vous m'y remplacez. 
» Je jouis peu , mais j'aime encore : 
g» Je verrai du moins vos amours j 
» Le crépufcule de mes jours 
» S'embellira de votre aurore. 
o Je dirai , je fus comme vous : 
C'eft beaucoup me vanter peut-être j 
» Mais je n'en ferai point jaloux , 
» Le plaifir permet-il 4e l'être ï 



» 



Desmaïuts de Saint-Sorlin (Jean), né â Paris en 155)5 , fut Con- 
trôleur-général de l'Extraordinaire des guerres , Secrétaire général de la 
Marine , Se de l'Académie Françaife dès fpn inftitution : il travailla aux 

pieceè 



SUR LA MUSIQUE. 107 

pièces que le Cardinal de Richelieu donnait fous fon nom ; fa comédie 
des Vifionnaircs , partait pour chef-d'œuvre avant que Ton connue Mouere. 
îl mourut le 25 Octobre 1676. 

Chanfon à Mademoifelle de Rambouillet* 

C'eft la Violette qui parle. 

« Franche d'ambition , je ine cache fous l'herbe ,' 
»> Modefte en ma couleur, modefte en mon féjourj 
» Mais fi fur votre front je puis me voir un jour, 
» La plus humble des fleurs fera la plus fuperbe »,» 

On a oublié fon poème de Clovis. 

Desportes (Philippe), né à Chartres en 1546", fut Chanoine de la 
fainte Chapelle , Abbé de Tyron , de Bonport, de Jofaphat, des Vaux de 
Cernay & d'Aurillac. La poéfie lui fit faire une fortune peu commune 
dans cette carrière. Charles IX qui l'aimait beaucoup, lui donna huit cent 
écus d'or pour fon poëme (a) de Rodomont , qui n'a pas huit cent vers j & 
Henri III, dix mille écus pour l'engager à mettre au jour un très petit 
nombre de fonnets. 11 accompagna ce Prince en Pologne. 11 était né avec 
beaucoup de jugement & de goût, &c contribua beaucoup aux progrès &c 
à la pureté de la langue françaife. 

Defportes était oncle du Poè'te Garnier. Après avoir vécu foixante ans 
fort agréablement , il mourut en 1 606. Son épitaphe fe lit dans la place 
de faint Etienne-du-Mont à Paris. On voit ce Poè'te repréfenté dans la 
barque de Caron ; des Anges aident aux manœuvres du vieux Nocher. 
L'épitaphe eft un mélange de la fable <k de citations de l'écriture. 

CHANSON. 

a Le mal qui me rend miférable 

» Et qui me conduit au trépas , 
' / 

(a) , « Et toutes fois Defportes 

» De Charles de Valois , étant bien jeune encore , 
» Eut pour fon Rodomont huit cent couronp.es d'or », 

Claude Garnkr, 
Tome IF. O 



i'ctf 



ESSAI 

» Eft fi grand , qu'il eft incroyable}, 
» Auifi vous ne le croyez pas. 

» Amour qui des yeux prend naifTance ,, 
» Court aufti tôt vers le defîr ; 
» Se conferve avec i'efperance 
» Et trouve repos au plaifir, 

» Mon amour eft d'une autre forte,. 
» Le Jéfefpoir la rend plus forte j 
n Elle re.iaît de fon trépas , 
» Perdant, elle acquiert la viftoirej 
» C'eft une chofe forte à croire , 
» Aulii vous ne la croyez pas. 

v Tout ce que l'univers enferre , 
» Tend au bien , le cherche & le fuit , 
» Le feu , l'air , les eaux & la terre , 
» Et tout ce qui d'eux eft produit. 

» Moi feul, de moi-même adverfaire , 

» Je cours à ce qui m'eft contraire , 

» Et ne fuis rien tant que mou bien : 

» Je rends ma douleur incurable ; 

» Mais pour ce qu'il n'eft pas croyable, 

» Madame vous n'en croyez rien, 

» Le mal , &c. » 

AUTRE. 

a. Que vous m'allez tourmentant 

33 De m'eftimer infidèle ! 

sj Non, vous n'êtes point plus belle , 

35 Que je fuis ferme & confiant. 

»j Pour bien voir quelle eft ma foi,. 
35 Regardez-moi dans votre ame , 
3j C'eft comme je fais Madame : 
n Dans la mienne je vous vois,,. 

» Si vous penfez me changer , 

as Ce miroir me le rapporte ; 

3j Voyez donc de même forte s 

ea En vous fi je fuis léger 4 . 



SUR LA MUSIQUE. 107 

» Pour vous fans plus je fus né , 
» Mon cœur n'en peut aimer d'autre. 
a> Las ! fi je ne fuis plus vôtre , 
s» A qui m'avez-vous donné ? » 

AUTRE. 

■et Rofette , pour un peu d'abfence. 
» Votre cœur eft déjà changé ! 
» J'ai reconnu votre inconftance t 
» Perfide, & je me fuis vengé. 
» Non jamais beauté fi légère 
» Dans fes liens ne me tiendra. 
» Nous verrons , volage bergère , 
» Qui des deux s'en repentira. 

» Tandis qu'en pleurs je me confume ; 

» MaudifTant cet éloignement , 

» Vous qui n'aimez que par coutume > 

» Careffez un nouvel amant. 

» Jamais girouette légère 

» Au vent fitôt ne fe tourna. 

b Nous verrons , &c. 

» Où font ces promettes fi faintes » 
» Tant de pleurs verfés en partant ! 
» Se peut-il que ces triftes plaintes 
v SortifTent d'un cœur inconftant ? 
» Ah ! beauté fourbe & menfongere , 
1» Maudit foit qui plus vous croira \ 
» Nous verrons , &c. 

» Celui qui pofTede ma place , 

» Ne peut vous aimer tant que moi j 

s> Et celle que j'aime vous paiïe 

» De beauté, d'amour & de foi. 

» Confervez cette amour nouvelle , 

» Jamais mon cœur ne changera. 

» Nous verrons , &c. » 

AUTRE. 



a Que de plaifir de voir deux colombellcs 
» Bec contre bec en trémouffant des ailes , 



Oi 



itig £ S S A I 

»■ Mille baifers fe donner tour à tour; 

» Puis tout ravi de leur grâce naïve , 

» Dormir au frais d'une fource d'eau vive, 

d Dont le doux bruù femble parler d'amour ! » 

Desbarreaux a p:is de Defportes l'idée de fon fameux fonnet , 8c on 
Voit qu'il l'a entièrement imité ; car les mêmes rimes s'y trouvent dans 
pLifuurs endroits : on fait que celui de Desbarreaux rmilfait ainfi :. 

« Mais defïus quel endroit tombera ton tonnerre , 

» Qu'il ne foit tout couvert du fang de Jefus-Chrift J 

Voici la fin de celui de Defportes : 

« Ne tournes pas les yeux fur mes aiftes pervers, 
» Ou , fi tu les veux voir , vois les teints & couverts 
» Du beau fang de ton fils, ma grâce & ma juftice ». 

Destouches (Philippe Néricault ) , né à Tours en i6"8o, d'une bonn«r 
famille, prit d'abord le parti des armes, & penfa périr par l'effet d'une 
mine au fiege de Barcelonne. Il fut enfuite Comédien, puis s'étant appliqué 
aux négociations , il fut fait Secrétaire d'ambaffade en Suiffe. Ce fut à 
Soleure qu'il fit fa première pièce, le Curieux impertinent. En 1717, M. 
le Régent l'envoya à Londres , où il fut chargé des affaires de France 
jufqu'en 172.4, & il s'y maria avec une Anglaife. Depuis fon retour, il 
fe fixa dans une terre qu'il achera près de Melun ; & ce fut-là qu'il com- 
pofa prefque toutes fes pièces. Auffi-tôt qu'il en avait fait une , il l'apportait 
aux Comédiens , la leur faifait répéter , & repartait pour fa terre la veille 
de la première repréfentation. Il avait été reçu de l'Académie Françaife , 
à fon retour d'Angleterre; & il mourut en 1774» bon citoyen, bon mari , 
bon père & bon ami. Le Philofophe marié 3 le Glorieux & plufieurs autres 
pièces alfurent à jamais fa réputation. On lui donne le poème de Ragonde,. 
mis en Mufique par Mouret^ d'autres veulent qu'il foit de Malezieux . 
Chef du confeil de M. le Duc du Maine. 

Dorât ( Claude- Jofeph ) , né à Paris , fut d'abord Moufquetaire de 
îa première compagnie de la garde du Roi, mais il quitta le fervice pour 
fe livrer entièrement aux lettres. Il ferait difficile d'avoir plus d'efprit que 



S U R 1 A M U S I Q U E. iop 

lui , Se fes ouvrages font Ci connus , que nous nous contenterons de citer 
quelques-unes de fes jolies chanfons. 

C H A N S O N.. 

« Dans l'île de Cythere, 
» Vénus à Ton prefloir , 
» Que , jaloux de lui plair» , 
• Les amours font mouvoir ; 
» On y puifê fans ceffe 
v Un neftar précieux 
» Que verfe la jeunefîe 
» A la table des Dieux. 

» Cuve o\l l'on eft à I'aife , 

» Plaît le mieux à Bacchus ; 

» Ce goût, ne lui déplaifè , 

» Irait mal à Vénus : 

» Le plus petit efpace 

» Renferme mille appas ;' 

» Le vin tient de la place, 

» Le plaifit n'en tient pas. 

« Tout rempli d'alégrefTe , 
» Comme on voit le glanesi 
» Grapiller ce que laiffe 
ï> Le fer du vendangeur , 
» Armé d'une faucille, 
» Dans Cythere à fon tour , 
v Le pauvre hymen grapille 
» Les relies de l'amour. 

» Ennemi du myftere , 
» Bacchus aime un féjour 
» Que le foleil éclaire 
» Et vendange le jour, 
» Vénus aime le iombre 
j> Du plus fecret réduit , 
» Elle fe plaît à l'ombre,, 
» Et vendange la nuit »». 



no ESSAI 

A V T R E. 

m Amour, commence le tableau! 

» Qu'il fera beau , s'il eft fidèle. 

» Voilà les couleurs , le pinceau 

» E; cUns mon cœur eft le modèle» 

» L'ouvrage eft digne de ta main , 

» C'elt à l'Amour à peindre Ilmene. 

» Sur l'albàd e d'un front ferein 

» Trace deux jolis arcs d'ébene. 

» Plus bas defllne un œil charmant; 
» Cet œil trop rigoureux peut-être, 
» Qui tour-à tour fier & touchant, 
» Défend le deftr qu'il fait naître» 

» Peins le plus amoureux zéphir , 
» Semant de fleurs fes lèvres clofes ; 
s Mais viennent-elles à s'ouvrir , 
» Peins des perles parmi les rofes. 

» Avec art fufpends Ces cheveux 
» Et trefiès-Ies en diadème ; 
» Laifïës-Ies flotter, fi tu veux; 
» Ce défordre lui fied de même» 

» Pour m'ofrrir les brillans contours 

» De fa taille fvelte & légère , 

• Peins la plus agile bergère 

b Qui cherche ou qui fuit les amours* 

■ De fon doux & tendre fourirc 
» Exprime le charme fecret ï 
» Peins ce qu'il dit, ce qu'il promet g 
» Moi , je peindrai ce qu'il infpire. 

s Achevé, arrondis ce beau fein, 

B Où tu celTes d'être volage.,.. 

» Le pinceau tombe de ta main : 

» Arrête & baife ton ouvrage ». 



SUR LA MUSIQUE. nf 

AUTRE. 

« J'ai vn Théruire dans nos champs ; 
» Comme à la ville elle y fait plaire, 
» Thémire écoutait mes accens , 
» Amour, Thémire était bergère! 
» Elle était belle fans apprêts ; 
» Les lieux où brillent fes attraits , 
» Sont toujours ceux que je préfère. 

» Sous un bofquet , fous des lambris j 
» De triompher elle eft bien siîre , 
» Les cheveux chargés de rubis , 
» Le front couronné de verdure. 
» Près d'elle tout paraît charmant j- 
» De tout elle fait l'ornement , 
i» Et rien ne lui fert de parure. 

» Si l'art quelquefois l'a féduit 

» Dans le féjour de l'impofture i 

» Bientôt le fentiment l'infirme 

» Et la ramené à la nature ; 

» Oui , c'eft une onde que les vents 

» Troublent pendant quelques momens ,' 

» Mais dont la fource eft toujours pure »j 

AUTRE. 

« Serin je voudrais être 

» Pour fêter dans mes étants 

» Les beaux jours que font naîtra 

» Thémire & le Printems , 

» Pour la fuivre au bocage , 

» Voler fur fon chemin , 

i> Ou , de peur de la cage , 

» Aie fàuver dans fon fein. 

» Là je lui fais deux rofes 
» Que j'irais béqueter , 
» Pour fes lèvres mi-cloiès ■, 
» Il faudrait les quitte* :, 



ni ESSAI 

» Ne fâchant auprès d'elle 

» Ou fixer mon defir , 

» Chaque vol infidèle 

» Me vaudrait un plaifir, 

» Dans ces doux exercices 
» Je païïerais le tems , 
» Encoure de délices 
» Sans prévoir les tourmens j 
» Puis le foir avec l'ombre , 
» J'irais: ivre d'amour, 
» Conter à la nuit fombre 
» Tous les plaifirs du jour ». 

AUTRE,. 

oc L'autre jour j'apperçus Lifette 

» Tiifte & déjà loin du hameau , 

» Avec panetière & houlette, 

» Mais fans fon chien &c fon troupeau. 

» Je lui dis oit vas-tu , la belle , 

» Avec l'air de te défoler? 

» Je fuis l'amour, me répond-elle j 

» Et II loin qu'il n'y puiffe aller. 

» Ton erreur, lui dis-je , eft extrême : 

» Un vain dépit te fait la loi : 

» Ton cœur te fuit ; fi ton cœur aime i 

• » L'ennemi voyage avec toi. 

» Reviens parmi nos paftourelles , 

-» Si tu n'as pas d'autres fecours : 

» Le Dieu que tu fuis a des ailes , 

» 11 te ratraperait toujours ». 

Dreuillet ( Élifabeth ) , femme d'un Préfident aux enquêtes du Par- 
lement de Touloufe , où elle était née , était de la cour de Madame la 
Duchefle du Maine j & par la vivacité de fon efprit , elle en faifait mi 
âss principaux agrémens. Elle mourut eu 1730. 

CHANSON. 

a. Impitoyable loi d'un fexe malheureux , 
j» Devoir cruel qui m'oblige au ûjerjçe, 

» Que 



SUR LA MUSIQUE. n$ 

» Que ru me fais fouffrir de tourmens rigoureux! 

» Tircis fe plaint de mou indifférence. 
» Hélas que ce berger a peu d'expérience ! 

» S'il favait lire dans mes yeux , 

» Il verrait bien qu'il eft plus heureux 
» Qu'il ne penlè ». 

Vers de la Comteffe de Murât à Me Dreuillet, en lui envoyant du papier. 

« Sur ce papier qu'on fabrique à Cythere , 
» Amour le veut , tracés-y quelques traits 
» De cet elprit qui fait briller Se plaire , 
» Qui nous furprend & ne tarit jamais. 
» Le même Dieu m'ordonne aufll d'écrire j 

» Mais il me l'ordonne autrement ; 
n II ne permet qu'à mon cœur feulement 
» De dicter ce qu'il faut vous dire ». 

Réponfe. 

« L'amour ordonne mal ( foit dit fans le fâcher): 
» Je ne me flatte point , & je fais me connaître : 
» Mon efprit, devant vous, ne fe peut trop cacher ; 
» Et ce que mon cœur fent , ne faurait trop paraître »• 

Duché de Vancy ( Jofeph-François ) , naquit' à Paris le 29 Odobie 
166%. Son père était Gentilhomme ordinaire & Secrétaire des Galères, <5c 
devint Valet-de-chambre de Louis XIV. 11 fut reçu à l'Académie des Belles-, 
Lettres, & mourut le 14 Décembre j 704. On l'inhuma dans le cimetière 
des Innocens. 

On a de lui trois tragédies qu'on ne joue plus. 

Il donna à l'Opéra: en 1 694, Céphale & Procris, mufîque de Àlademoifelle 
Laguerre; en 1695 , Théagene & Caridée , mufîque de Defmarets ; Les 
Amours de Momus _, idem ; en 165)8, les FCtes galantes j idem; en 1701 , 
Scylla, rnuilque de Théobaldej en 1704, Iphigénie en Tauride 3 achevée 
par Danchet , mufîque de Defmarets , achevée par Campra. 

Ducis (Jean-François), Secrétaire ordinaire de Monsivur , l'un des 
Quarante de l'Académie Françaife , eft né à Verfailles dans le mois 
Tome IV. P 



ii4 ESSAI 

d'Août 175 3 j de parens honnêtes ôc connus par une probité irrépro- 
chable. Pierre Ducis , fon pcre , était né en Savoye ; & toute fa fa- 
mille, du côté maternel , efl également originaire de ce Duché. Il ht 
fes humanités à. Verfailles , ôc fa Philofophie à Paris, où il étudia 
auffi pour être Avocat. Après avoir été Secrétaire de M. le Maréchal de 
Belle-Ifle , Miniûre de la guerre , il accompagna en Allemagne , pen- 
dant toute la dernière Guerre, avec un traitement de Sa Majeflé , M. 
le Comte de Montazet, Lieutenant général des armées du Roi , ôc fon 
Miniftre à l'armée de l'Impératrice - Reine. Il eut l'honneur d'avoir la 
confiance ôc l'amitié de cet Officier général , homme vraiment rare 
par fon génie éminent pour la guerre & les négociations , plein de 
mœurs & de vertus , mort Grand'croix de l'ordre de S. Louis , Che- 
valier de l'ordre de l'Aigle-blanc de Pologne , & Gouverneur de Saint 
Malo. Après avoir perdu cet ami illuftre , il en retrouva un autre 
dans Monfieur le Comte d'Angiviller , Directeur général des bâti- 
mens du Roi , qui obtint de Mons-ieur de le décorer du titre de fon 
Secrétaire. C'eft à fes bienfaits qu'il doit tout ce qu'il polTéde , c'eft 
dans fon ame profondément vertueufe & fenfible qu'il puifa les con- 
folations &: les encouragemens. Il eut auffi le bonheur de s'acquérir 
l'amitié folide de Monfieur l'Evêque de Senlis , qui lui en a donné 
dans toutes les occafions les preuves les plus fortes ôc les plus tou- 
chantes , fous la condition expreffie de n'en point parler. 

Il ne céda que tard au penchant qui l'entraînait vers la carrière 
dramatique. Ses tragédies font Amélyfe } Hamlet 3 Roméo & Juliette 5 
Œdipe che\ Admete. On a de lui , dans un autre genre , le Bouquet 
de l'Amitié , en vers & en quatre chants \ un pocme au Roi de Sar- 
daigne , fur le mariage de Madame Clotilde •, différentes épîtres adref- 
fées à fa mère fur fa convalefcence , & à MM. de Leyre & Thomas 
fes amis ; quelques pièces fugitives , ôc fon difcours de réception à 
l'Académie Françaife. 

Ducxos (Charles Peneau ) , Hiftoriographe de France , Cenfeur royal, 
Secrétaire perpétuel de l'Académie Françaife , membre de celle des 
Infcriptions ôc Belles-Lettres , de l'Académie de Berlin , Se de la Société 
royale de Londres , naquit en 1705 à Dinant en Bretagne, Ôc mourut à 



SUR LA MUSIQUE, i,y 

Paris le z6 Mars 1772. Il eft auteur de l'Hiftoire de Madame de Luz , 
des Confeilions du Comte de * **', d'Acajou,des Confidérations fur les mœurs, 
de la Grammaire de Port-Royal , de l'Hiftoire de Louis XI , Sec. 

L'Auteur de fon éloge , dans le Nécrologe , le peint en peu de mots : 
« Sans être précisément dans la clafle des Ecrivains de génie, il a mérité 
» l'eftime de fon fiecie •& de la poftérité par des talens diftingués , dont 
»> il a fait ufage en bon citoyen ». 

Il adonné à l'Opéra 3 en 1745 * \es Caractères de la Folie 3 mufique 
de M. de Bury , Surintendant de la Mufique du Roi. 

Dumourier ( Antoine-François du Perrier), né en 1707, fut Commif- 
faire des guerres en 1732 j Se chargé de l'intendance de l'armée par M. le 
Maréchal de Broglio en 1759, il ne put fe livrer au goût qu'il avait 
pour les Arts , Se fur-tout pour la Poéfie. 

Ce ne fut qu'à la paix , quoiqu'alors il fut tourmenté des douleurs 
de la pierre , qu'il travailla au poëme de Richardet , qu'il traduifit de 
l'Italien de Fortiguerra. Ce Poëce voulut prouver qu'il était facile de 
compofer dans le genre de l'Ariofte , & paria , dit-on , de faire en 
trente jours un poëme en trente chants. Il gagna fon pari , en nous 
donnant le Ricciardeto \ mais cette hiftoire a bien l'air d'une fable. 
M. Dumourier a réduit cet ouvrage à douze chants , Se l'a plutôt imité 
que traduit. 

Cet Auteur eftimable mourut en 1769 , Se a laiiîé un fils digne 
de lui. 

Durant ( Gilles ) , fieur de la Bergerie 3 Avocat 5c Poëte célèbre du 
feizieme fiecie. C'eft à tort que le Dictionnaire hijlorique dit qu'il fut 
puni de mort le 23 Août 1590 , pour avoir fait fa pièce du Trépas de 
l'Ane Ligueur. On voit fon nom fur la lifte des Avocats , faite par 
l'Oifel en 1599 ; Se certainement le badinage de l'Ane Ligueur ne 
méritait pas la mort. 

Les œuvres de Gilles Durant contiennent deux livres d'amours , deux 
d'odes , plufieurs imitations de poéfies latines de Bonnefons , «Se des mé- 
langes poétiques. Les éloges de fes contemporains prouvent qu'il a joui de 
la plus haute réputation. 

Pi 



né ESSAI 

C H A N S ON. 

» L'amour vous joue un méchant tour , 
» Il entre en mafque en vo;re ame inhumaine y 

» Vous croyez voir chez vous la haine , 
» Vous vous trompez , Lucrèce , c'eft l'amour; ». 

AUTRE. 

« Quand on fe défend, c'eft en vain ,. 

» On ne faurait trop tôt fe rendre ; 
» Qui fe rend aujourd'hui, fauve le lendemain , 
» Et met à b'en le tems qu'on perd à fe défendre £ 

i) Sachez, Lucrèce, qu'en amour 

» On perd trop quand on perd un jour »v 

AUTRE. 

« Sapho votre aînée , à votre âge } 
a Pouvait fe contenter des faveurs d'Apollon; 
» Mais celles du jeune Phaon 
» L'auraient contenté davantage. 

» Que ne l'imitez-vous , ma Felle ? 
» Pour être mûre vierge, a-t-on le chant plus douy ? 
» Sapho fit des vers comme vous, 
» Faites l'amour comme elle ». 

Evremont ( Charles de S. Denys , Seigneur de S. ) , né à S. Denis- 
le-G ualt , près de Coutances , d'une famille noble &; ancienne , le pre- 
mier Avril 16x3, fut d'abord Capitaine d'Infanterie, & s'attacha à 
M. le Prince. 11 fervit .en Catalogue , & fut fait Maréchal de camp. Une 
plaifanterie qu'il fe permit fur le Cardinal Mazarin , le fit mettre pendant 
trois mois à la Baftille. Cette leçon ne le rendit pas plus fage ; & une 
lettre qu'il écrivit à M. le Maréchal de Crequy fur la paix des Pyrénées., 
l'obligea de fe retirer en Angleterre. Il follicita vainement pluiieurs fois 
fon rappel : le Roi fut inflexible. 

Il fit les plaifirs de la cour de Charles II , & fut l'ami intime de la 
fameufe Ducheûe de Mazarin & dit Prince d'Orange. Il demeura à 



SUR LA MUSIQUE. 117 

Londres depuis \66$ jufqu'à fa mort arrivée le zo Septembre 1703, à 
quatre-vingt-dix ans ; on l'enterra à Weftminfter. 

S. Evremont nous a laifTé plufieurs ouvrages eftimés , Se des vers fort 
agréables. 

CHANSON. 

« Qu'avez-vous fait de mon amour, 

» Bonheur fatal , funefte jouiflance ? 
» Etait-ce pour le perdre ! ô trop malheureux jour, 
» Que je vous attendais avec impatience ? 
» Rendez , trompeur , rendez-moi mes defirs , 

» Et je voas rendrai yos plaifirs ». 

Fare ( Charles-Augufte , Marquis de la ) , né au château de Valgorge 
dans le Vivarais , en 1644., Capitaine des Gardes de Moniteur & enfuite 
du Régent , fut célèbre par fes talens pour la poélie , qui ne fe déve- 
loppèrent qu'à ptès de foixante ans. C'était un des hommes les plus 
aimables du fiecle de Louis XIV , & l'ami intime de l'Abbé de Chau- 
lieu & de Ninon Lenclos. Il mourut deux ans avant fon ami , en 171&» 

CHANSON. 

a Envain je bois pour calmer mes alarmes 
» Et pour chafTer l'amour qui m'a furpris : 

n Ce font des armes 

» Pour mon Iris. 
» Le vin ine fait oublier fes mépris 
» Et m'entretient feulement de fes charmes »* 

AUTRE. 

« Quand je regarde ces prairies- 

» Et ces bocages renaiffans , 

» J'y mêle aux plaifirs de mes fèos 

» Le charme de mes rêveries ; 

» J'y laifTe couler mon eipric 

» Comme cette onde gazouillante , 

» Qui fuit le chemin de fa pente ,, 

» Qu'aucune loi ne lui preferit,. 



n8 ESSAI 

» Je vois fur des coteaux fertiles 
» Des troupeaux riches & nombreux j 
» Ceux qui les gardent, font heureux, 
» Et ceux qui les ont , font tranquilles*] 
» S'ils ont à redouter les loups , 
» Et fi l'hiver vient les contraindre, 
» Ce font là tous les maux à craindre : 
n II en eft d'autres parmi nous. 

» Heureux habitans de ces plaines , 

» Qui vous bornez dans vos defirs , 

» Si vous ignorez nos plaifirs , 

» Vous ne connaiflèz pas nos peines, t 

» Vous goûtez un repos fi doux , 

» Qu'il rappelle le temps d'Aftrée. 

» Enchanté de cette contrée , 

» Je reviendrai vivre avec vous ». 

Ce fur pour la belle Mad. de Caylus qu'il fit fes premiers vers. 

« M'abandonnant un jour à la triftene , 
j> Sans efpérance & même fans defirs , 
» Je regrettais les fenfibles plaifirs 
» Dont la douceur enchanta ma jeunefTe. 
» Sont-ils perdus, difais-je , fans retour? 

» Et n'es-tu pas cruel , Amour ! 

» Toi que j'ai fait, dès mon enfance, 

» Le maître de mes plus beaux jours , 

» D'en laifler terminer le cours 

» A l'ennuyeufe indifférence? 

» Alors j'apperçus dans les airs 

» L'enfant Maître de l'univers , 

» Qui , plein d'une joie inhumaine , 
a Me dit en fouriant : Tircis , ne te plains plus ; 

» Et pour mettre fin à ta peine , 
» Je te promets un regard de Caylus ». 

AUTRE. 

« Je porte un cœur fidèle & tendre ; 
» Mais à qui veut le pofTéder , 
» Il faut des charmes pour le prendre 
n Et des faveurs pour le garder ». 



SUR LA MUSIQUE* np 

Favart ( Charles-Simon ) , naquit à Paris le i j Septembre I710. 11 
fit fes études au collège des Jéfuites , Se y annonça dès fes premières 
claffes de grandes difpofitions pour la verfificarion françaife. A lage de 
vingt ans il fit un poe'me pour l'académie des Jeux Floraux , & fut cou- 
ronné. Plufieurs jolis couplets de lui s'étaient déjà répandus dans la fo- 
ciété. Sur fa réputation naifiante le fieur Ponteau , Directeur de l'opéra- 
comique , chercha à fe l'attacher pour fon fpeftacle. La Chercheufe 
d'efprit , qui avait été précédée de plufieurs autres opéra-comiques accueil- 
lis avanrageufement , décida fa réputation , Si fat regardée comme un 
chef-d'œuvre dans ce genre. L'Académie Royale de Mufique réclama fes 
ralens , & il y donna avec fuccès le ballet de Don Quichotte , mufique 
de Boismortier. En 1744 , il époufa la fille d'un Muficien de la cha- 
pelle du Roi de Pologne, Marie-Benoire-Juftine du Roncerai , qui, par 
fes fuccès foutenus au théâtre , fes talens en différens genres & fes quali- 
tés eftimables , a juftifié le choix d'un Auteur aufll connu par la déh- 
catefTe de fon goût que par l'honnêteté de fes mœurs. 11 fignala fon zèle 
dans toutes les époques intéreifàntes pour la patrie , & fut chargé par la 
Cour de différentes fêtes , Se .honoré du titre de Compofiteur des Spec- 
tacles de la Cour , avec une penfion de mille livres. A la paix de ij6i ,. 
il compofa par ordre du Gouvernement une pièce en un acte , pour la 
Comédie Française ; & la célèbre Mlle. d'Angeville qui avait quitté le 
théâtre , y rentra pour jouer le rôle principal. Le fuccès de cet ouvrage 
fut couronné par l'honneur qu'il eut d'être préfenté au Roi , qui le gra- 
tifia encore d'une penfion. Les gens de lettres reconnurent dans {'Anglais 
à Bordeaux l'agréable Auteur de Ninette , des trois Sultanes , Se regret- 
tèrent que des raifons de convenance l'euffent forcé de confacrer au 
fpectacle italien des talens faits pour briller fur la feene françaife. Ja- 
mais les vrais connaiffeurs ne lui ont fait l'injuftice d'attribuer fes ou- 
vrages à un autre , & avec d'autant plus de raifon qu'il a toujours eu la 
délicateiïe la plus fcrupuleufe pour avertir le public de la part que pou- 
vaient avoir à quelques-uns de fes ouvrages des amis de fa fociété in- 
time. Ce fut lui qui , le premier , enrreprit de faire connaître le charme 
de la mufique italienne , en y adaptant des paroles françaifes , Se il y réuflît.. 

La pureté , l'élégance du ftyle , la gaieté & le fentiment font le ca- 
ractère principal des productions de cet aimable Auteur. 



120 ESSAI 

Nous ne rapporterons ici que quelques-unes de fes chanfons. 

C H A N S ON. 

Sur l'air du menuet d'Exaudec. 

« Mars un jour 
» Et l'Amour 
» A Cithere , 
Prirent querelle tous deux,' 
» L'Amour lui dit , je veux 
» Te déclarer la guerre. 
» Le Dieu Mars 
» Prend fes dards, 
» Sa cuiraiïe , 
n Et l'enfant tout défarmé, 
» Sans en être alarmé , 

» Menace. 
» Mars au combat l'appelle , 
» Cupidon d'un coup d'aîlc 
» Rend fes traits 
» Sans effets , 
• Et balance 
» Sa puiifance ! 
» Dans le cœur du Dieu guerrier 
». L'Amour d'un vol altier , 
» Lui-même tout entier 
» S'élance. 
» Mars en feu 
» Sent ce Dieu 
» Dans fon ame. 
» Si l'enfant audacieux 
» A laiffé dans fes yeux 
» Et Ion charme Se fa name : 
» Mars fournis 
» En a pris 
» Pius d'empire , 
» A préfent tout cède à Mars , 
» Qui foutient fes regards , 
» Soupire ». 



AUTRE. 



SUR LA MUSIQUE; 12T 

AUTRE. 

Majeur. 

« Un jour le fils de Vénus 
o Vendangeait avec Bacchusj 
» Le petit Dieu de Cithere 
v Voltigeait fur le raifin, 
» En faifait jaillir le vin , 
» Et de fon aîle légère , 
» CarefTait ce jus divin. 

Mineur. 

» De ce nediar enchanteur, 
» Il refpire la vapeur. 
» Le parfum qui l'environne 
» Bientôt lui monte au cerveau : 
» Il chancelle , & dans la tonne 
» LaifTe tomber fon flambeau. 

Majeur. 

» Le vin bouillonne à l'inftant; 

» Et s'élève en pétillant. 

» La gaité qui fe réveille , 

» Chante & rit, danfe à l'emourj 

» Et depuis cet heureux jour, 

» Avec le jus de la treille, 

» On boit la flame d'amour » a 

AUTRE. 

Air : Sous un ormeau. 

« Dans un détour, 
n Me promenant au bois un jour , 
» J'apperçus l'Amour 
» Dormant aux pieds»d'un tilleul ,' 
» Seul. 

» A l'alpeft du trompeur 
• Je recule en tremblant de frayeur; 

» Mais il a l'air fi doux , 
» Qu'ai-je à craindre : approchons. . , fauvons-ndus. 
Tome IF. Q 



\zz ESSAI 

» O fort heureux ! 
» Le traître dort , tout fert nos vœux ; 
» Ses yeux dangereux 
» Sont couverts d'un voile épais. 
. » Paix. 

» Pour lui prendre fes traits ,' 
» Dans ces lieux tenons-nous aux aguets. 

« Eiïàyons fi par là 
» Je pourrai.. . Doucement. .. les voilà» 
» Ne tardons pas v 
» Pour l'enchaîner formons des las ; 
» Mais que fais- je hélas ! 
» Non , il dort 
» Fort. 

» RafTurons nos efprits , 
» Serrons-le dans ces nœuds , il eft pris» 

» Le cruel auffi-tôt 
» Fait un cri , fe réveille en furfaut. 
» Tyran des coeurs-, 
» Reçois le prix de tes rigueurs. 
» Je ris de tes pleurs , 
» Dans mes liens 
» Je te tiens , 
» Viens. 

» Il répond à ces mots J 
» Ecoutez mes foupirs , mes fanglots. 

» Je fuivrai votre loi ; 
» Je vous jure un refpeft. .. croyez-moi. 
» Tu me promets 
» De ne troubler jamais , jamais 
» La tranquille paix 
«c Donc jufju'ici j'ai joui. 
» Oui. 

» Pourquoi faire captif 
» Un enfant qui paraît fi naïf, 

» Je le fais trop fouffrir. 
» Délions... Je me laifle attendrir. 

n Tu m'as lâché , 
» Me dit l'Amour d'un, air touché ,. 



SUR LA MUSIQUE. i*$ 

» Et d'un trait caché , 
» L'ingrat , hélas ! me perça , 
» Ah! 

» Tout mon fang fe troubla, 
» Le perfide en riant s'envola : 

» Je me lens pénétré 
m D'une ardeur. ... Je ne puis refpirer. 
m Voilà comment 
» L'Amour content tient fon ferment. 
» Depuis ce moment , 
» Ainfi que lui , tout amant 
» Ment ». 

Faye ( Jean-François de Leriget de la ) i né en Dauphiné en 1 674 ," 
& reçu à l'Académie Françaife en 1730, nous a laifTé un recueil de Poé- 
fies fort agréables. Son frère était Capitaine aux Gardes , & fe diftingua 
aux batailles de Ramillies & d'Oudenarde. Ses talens pour les Mathéma- 
tiques le firent recevoir de l'Académie des Sciences en \7\6\ il mourut 
en 171 8, âgé de quarante-fept ans. La Faye mourut en 173 1. 

« Il a réuni le mérite 
» Et d'Horace & de Pollion : 
» Tantôt protégeant Apollon , 
» Et tantôt chantant à fa fuite. ■ 
» Il reçut deux préfens des deux , 
» Les plus charmans qu'ils puiffent faire : 
» L'un était le talent de plaire , 
» L'autre le fecret d'être heureux ». 

Volt. Temple du goût, 

C H A N S ON. 

» Etes- vous de Pfyché l'amant 

» Ou bien la DéefTe fa mère î 

» Sous cet équivoque ornement 

» Vous raflemblez tout l'art de plaire , 

» Et je m'engage également , 

» Ou pour Florence ou pour Cythere ». 

Epitaphe de la Faye par Piton. 

« Sur les bords ténébreux , la Faye eft defeendu : 
» Le goût, l'urbanité, la raifon délicate, 

Q 1 



tz^ ESSAI 

i> Tout ce qui diftingua le Romain du Sarmate) 

» Contre le trait fatal, rien ne l'a défendu : 

» Mufes qu'il chéri liait, & qui l'avez perdu, 

» Du culte qu'on vous rend, fi la douceur vous flatte,' 

V Qu'en éloges plaintifs tout le Parnaffe éclate, 

» A qui vous en comblait ce tribut eit bien dû. 

» Mais ne l'exigez point de ma douleur trop tendre ; 

» Que ne ferais-je pas pour honorer fa cendre ! 

» Sur fon tombeau fouvent je veux jetter des fleurs!] 

» Pour ma trifte amitié, flatteufe & vaine amorce! 

» De les cueillir , hélas ! elle n'a pas la force , 

» Et mon pouvoir ne va qu'à lui donner des pleurs »» 

VERS. 

« Le petit peuple important 
» Paraît avoir peur de rire ; 
» S'il méritait moins la fatyre ,'. 
» II ne la craindrait pas tant ». 

C H A N S ON. 

o Projet flatteur de féduire une Belle , 

» Soins concertés de lui faire la cour , 

» Tendres écrits , fermens d'être fidèle , 

» Airs empreffés , vous n'êtes point l'amonr. 

» Mais fe donner , (ans efpoir de retour ; 

» Par fon défordre annoncer que l'on aime» 

» Refpedt timide avec ardeur extrême ; 

» Perfévérance au comble du malheur ; 

» Dans fa Philis , n'aimer que Philis même : 

» Voilà l'amour, il n'eft que dans mon cœur»,' 

Pension ( François de la Motte. Salignac de. ) , Précepteur des Enfans 
de France, & Archevêque de Cambray , né à Fénelon en Querci le 6 Août 
165 1 , compofa le roman de Télémaque , chef-d'œuvre de ftyle , de fagefTe , 
d'éloquence & de raifon. Il fut exilé en 1 697 pour des tracafleries de religion. 

On agitait devant la Reine de Pologne , époufe du Roi Staniflas, qui 
-de Boiïuet ou de Fénelon avait rendu de plus grands fervices. à la reli- 
gion. « L'un la prouve , dit cette PrincefTe , mais l'autre la fait aimer ».. 



SUR LA MUSIQUE. i_j 

Cet aimable Prélat ne dédaigna pas de faire quelques clunfons , dont 
nous n'avons pu recueillir que deux. 

C H A N S O N. 

« Jeune , j'étais trop fage , 
» Et voulais trop favoir ; 
» Je ne veux en partage 

» Que badinage , 
n Et touche au dernier âge 

a 

» Sans rien prévoir ». 

AUTRE. 

« Iris, vous connaîtrez un jour 
» Quel eft le danger où vous êtes ; 
» Le mépris fuit de près l'amour , 
» Que favent donner les coquettes. 
» Cherchez à vous faire eftimer , 
» Bien plus qu'à vous montrer aimable. 
» Le faux honneur de tout charmer 
» Détruit (buvenr le véritable. 

» Mille trompeurs, par leurs difcours 

Y> Remplis d'une perfide adrefTe, 

» Chez vous s'efforcent tous les jours 

» De prouver leur feinte tendreffe» 

» Fuyez leur charme fédu&eur, 

» Tôt ou tard il d-evient funefte j. 

» L'oreille eft le chemin du cœur, 
» Et toujours le cœur l'eft du refte. 

» (a) RefTentez donc pour votre Amant 
» Ce qu'il refTent pour fon Amante ,• 
» Comme il fera toujours confiant , 
» Soyez auflî toujours confiante. 
» Mais pour cefTer de m'allarmer , 
» Jurons de l'ardeur la plus vive , 
» Moi , de vivre pour vous aimer , 
» Vous de m'aimer pour que je vive v. 

m — _____ _ — 'i t » 

(rt) Ce dernier couplet n'efl pas de Féneloa» 



i2<f ESSAI 

Fenouillot de Falbaire , de Franche-Comté , a donné avec M. Gré- 
try , les deux Avares } opéra-comique qui a eu un grand fuccès , & Mé- 
lide avec M. Philidor. 11 eft auffi auteur de l'honnête Criminel, au Fa- 
briquant de Londres , & de plulieurs autres pièces, où l'on trouve toujours 
de l'efprit & du fentiment. 

Fermelhuis ( de ) , fils d'un Médecin de Paris, donna en 1730, les 
paroles de Pyrrhus , mufique de Royer. Son père avait donné en 1 7 1 2 l'e- 
loge funèbre de Mlle. Cheron ,, femme de M. de la Haye , de l'Aca- 
démie Royale de Peinture. 

Ferrand ( Antoine ), né à Paris en 1677, & Confeiller de la cour 
des Aydes , fit des chanfons charmantes <Sc pleines de grâces. Il mourut 
en 1 7 1 9 , âgé de quarante-deux ans. 

CHANSON. 

« D'amour & de mélancolie 
» Celemnus enfin confirmé , 
» En fontaine fut transformé j 
» Et qui boit de fes eaux oublie 
» Jufqu'au nom de l'objet aimé. 
» Pour mieux oublier Égérie , 
» J'y courus hier vainement ; 
» A force de changer d'Amant 
» L'infidèle l'avait tarie ». 

AUTRE. 

« Il n'en eft plus , Thémire , de ces cœurs 

» Tendres, conftans , incapables de feindre , 

» Qui d'une ingrate éprouvant les rigueurs , 

» Vivaient contens & mouraient fans fe plaindre. 

» Les feux d'amour étaient alors à craindre : 

» Mais aujourd'hui les feux les plus conftans 

» Sont ceux qu'un jour voit naître & voit éteindre ; 

» Helas ! pourquoi fuis-je encor du vieux tems » I 

AUTRE. 

« Le jeune Colin l'autre jour , 
» Alîis auprès de Lifette, 



S V R L A MUSIQUE. 127 



» L'entretenait de fbn amour 
» Au doux fon de fa mufette ; 
» Ec l'Amour malin qui les voyait, 
» De leur innocence riait. 

» Le berger fentait des plailîrs 

» Dont il ignorait l'ufage ; 
» Liiette formait des defirs , 

» N'en fâchant pas davantage. 
» Et, &c. 

» Quelquefois un rouge ingénu 
» Couvrait le teint de la belle j 

» Sailî d'un tranfport inconnu , 
» Colin rougiffait comme elle ; 
» Et l'^mbUr malin qui les voyait, 

i> De ce trouble innocent riait. 

» L'amant plus hardi , fur fon fein 

» Porta fa main téméraire , 
» Lifette prévit fon deffein , 

» Sourit & le Jaiffà faire , 
» Et l'Amour malin qui les voyait, 
» De ce badinage riait. 

n Bientôt de fes tranlports fecrcts 

» Colin connut le myltere, 
» Et déjà fes yeux indifcrets 

» En parlaient à fa bergère : 
» Et l'Amour malin qui les voyait , 
» De leurs prochains plaifïrs riait »» 

AUTRE. 

« Etre l'Amour, quelquefois je defire , 

» Non pour régner fur la terre & les cieux , 

» Mais pour régner fur le cœur de Thémire y. 

» Seule elle vaut les mortels & les Dieux : 

» Non pour avoir fon bandeau fur les yeux „ 

» Car de tous points Thémire m'eft fidelle ;. 

» Non pour jouir d'une gloire immortelle , 



128 ESSAI 

» Car à fes jours furvivre je ne veux; 
» Mais feulement pour épuifer fur elle 
» Du Dieu d'Amour & les traits & les feux ». 

AUTRE. 

» Il eft un Dieu maître de l'univers ; 

» Dont tous les Dieux reconnaiiïbnt l'empire } 

» C'eft un enfant : mais chargé de fes fers , 

» Quand il lui plaît, le plus fage foupire. 

« Il change tout ; le Prince qu'il infpire 

» Devient Berger , le Berger devient Roi : 

» Ce Dieu pourtant ne peut rien fur Thémire ; 

» Et ne pourrait, fans elle, rien fur moi » t 

Lefevre de S. Marc ( Charles Hugues ) , né a Paris en 1698 , parti 
de l'état militaire à l'état eccléfiaftique , &c finit par reprendre l'habit de 
laïc : il a commenté les œuvres de plufieurs Poètes , dont il a donne des 
éditions. En 1743 , il donna à l'opéra le Pouvoir de l'Amour, ballet 
héroïque, mufique de Royer , ôc mourut à Paris le 21 Novembre 1769- 

Fleury ( Jacques ) , Avocat au Parlement , a fait plufieurs opéra- 
comiques , entr'autres le RoffignoJ \ & a donné à l'Opéra, en 1732, 5i- 
blis , mufique de la Cofte ; & en 1736 , les Génies , mufique de Mlle. 
Duval. 

Foix ( Germain Poullain de S. ) , né à Rennes le 25 Février 1703 , 
a fait plufieurs pièces charmantes , &c d'autres ouvrages qui lui ont acquis 
de la réputation. Ses ElTais fur Paris , ainfi que fon Hiftoire de l'Ordre du 
S. Efprit , raflemblent des anecdotes très-curieufes. Il mourut le 2.6 Août 
1776, & donna à l'Opéra, en 1755 , Deucalion & Pyrrha , en un acle 5 
mufique de Berton &: Giraud. 

Font ( Jofeph delà"), né à Paris en i6"S<î, fit plufieurs comédies; 
dont une feule ( les trois Frères rivaux ) eut du fuccès. Son amour pour 
le jeu nuifit à fon talent , à fa fortune , à fa réputation & à fa fanté. Il 
mourut à Pafly le 2© Mars 1725. 

Lafont 



SUR LA MUSIQUE. 129 

Lafonr donna à l'opéra , en 1 7 1 4 , les Fêtes de 1 halle , mufique de 
Mouret; en 171 6, Hypermnejlre , mufique de Gervais, & , dit-on, de M. 
le Régent ; en 1710 , les Amours di Protée , mufique de Gervais. 

Un autre Lafont mort vers 169Z , était un agréable débauché qui 
avait le talent de parodier les airs les plus en vogue. Voici une de fes 

chanfons : 

a Quand Iris prend plaifîr à boire , 

» Bachus croie que c'eft pour fa gloire ,' 

» Mais l'Amour en a tout l'honneur ; 

» Car , en buvant \ Je vin la rend fi belle a 

» Que le plus altéré buveur 

n S'ennivre moins de fa liqueur 

» Que de l'amour qu'il prend pour elle »; 

Fontaine ( Jean de la ) , fils d'un Maître des eaux & forêts , 8c né 
à Château-Thierry en i6zi , fut le pins fimple , quoique le plus admi- 
rable des hommes dans fon genre. Malgré fon mérite , il n'eut aucune 
part aux bienfaits de Louis XIV, & mourut chez M. d'Ervard , le 13 
Mars 1695. 

Dans fa dernière maladie , comme on l'exhortait à fe repentir de fes- 
fautes , « Ah ! s'il en a fait , s'écria fa Garde , c'eft par bêtife , plutôt que 
» par malice j car il eft fimple comme un enfant ». 

Un jour qu'il foupait chez Molière avec Racine & Defpréaux , ce* 
deux fameux Poètes le voyant plus rêveur qu'à l'ordinaire , tentèrent de 
le réveiller par des traits vifs &. piquans. Molière tirant à part Defco- 
teaux , -fameux Joueur de flûte , qui était aulîi du fouper 3 lui dit d'a- 
bondance de cœur : « nos beaux efprits ont beau faire , ils n'effaceront 
u pas le bon homme ». 

11 avait été reçu de l'Académie Françaife en 1^34 , & à l'âge de dix- 
neuf ans était entré dans la maifon de l'Oratoire où il refta dix-huit 
mois. Le goût de la Poéfie lui vint pendant ce tems-là en lifant les œuvres 
de Malherbe. 11 donna en 1691 , l'Opéra d'Aftrée , dont Colafîe fit la 
Mufique. 11 fit aulii Acis âc Galathée, non joué. Nous avons de lui fepe 
comédies , dont le Florentin & la Coupe enchantée font reftées au 
théâtre. 

La Fontaine avait époufe Marie Herlcart , fille d'un Lieutenant aiî 
Tome IF. R 



i 3 o ESSAI 

Bailliage Royal de la Ferté-Milon. Il en eut un fils dont la poftérité fub- 
fifte encore aujourd'hui. 

C H A N S ON. 

« Paule, vous faites joliment 

» Lettres & chanfonnettes , 
» Quelque grain d'amour feulement " t 

» Elles feraient parfaites. 
» Quand fes foins au cœur font connus, 

» Une Mufe fait plaire ? 
» Jeune Paule, trois ans de plus 

» Font beaucoup à l'affaire» 

» Vous parlez quelquefois d'amour , 

» Paule , fans le connaître : 
» Mais j'efpere vous voir un jour 

» Ce petit Dieu pour maître. 
» Le doux langage des foupirs 

» Eft pour vous lettre clofê i 
m Paule , trois retours de zéphirs 

Font beaucoup à la chofè.: 

B Si cet enfant , dans vos chanfons j, 

» A des grâces naïves , 
» Que fera-ce quand fes leçons 
. *> r> Seront un peu plus vives i 

» Pour aider l'efprit en ces vêts , 

» Le cœur eft néceflaiie : 
» Trois printems fur autant d'hivers 

» Font beaucoup à l'affaire». 

A U T R E. 

L'Amour captif. 

m L'autre jour deux belles 

» Tout haut fe vantaient r 

» Que malgré mes aîies , 

» Elles me reprendraient : 
» Gageant que non , je perdis 5 
m Car l'une m'eut bientôt pris* 



SUR LA MUSIQUE: \ 3 i 

» Silvie a la gloire 

» De m'avoir dompté , 

» Et cette viftoire 

» A fort peu coûté. 
» La belle n'eut feulement 
» Qu'à fe montrer un moment. 

» Autour de fes charmes 

» Me voyant voler , 

» Vénus tout en larmes 

» Eut beau m'appeller ; 
o Celui qui brûle les Dieux , 
>' Se brûle à de Ci beaux yeux, 

» Leur éclat fuprême 

*> A fu m'enflammer ; 

» Le fort veut que j'aime i 

» Moi qui fais aimer : 
» On m'entend plaindre à mon tourj 
» Et l'Amour a de l'amour 33. 

AUTRE. 

'« Homme qui femme prend , fe met en un état 

i> Que de tous , à bon droit , on doit nommer le pù'crf 

d Fol était le fécond qui fit un tel contrat ; 

» A l'égard du premier , je n'ai rien à lui dire ». 

Fontaines ( des ) , né à Caen , Secrétaire ordinaire de Monsieur j s 
donné aux Français le Philofophe prétendu Se la Bergère des Alpes 5 aux 
Italiens 3 l'Aveugle de Palmlre 3 la Réduction de Paris , drame en trois 
actes Se en profe j reçu Se non joué encore : la ChaJJe , opéra-comique 
en trois actes &; en profe , &c. 

On a de lui aufli les lettres de Sophie j Se d'autres ouvrages remplis 
d'efprit Se de facilité. Il eft un des Auteurs de lhiftoire générale des 
théâtres. 

Il a donné à l'opéra, en 1771 , la Cinquantaine , en trois actes ; en 
I773 , Ifmenor , tragédie donnée à Verfaillesj pour le mariage de M. le 
Comte d'Artois, mufique de Rodolphe^ en 1778, la Fête de village » 
«en un acte , mufique de Cojfec. 

R 1 



j 52 ESSAI 

Fontenelle ( Bernard le Bovier de ) j né à Rouen , le x i Février 
1657 j d'un Avocat au Parlement de cette ville, & de la fœur du grand 
Corneille. Sa poitrine fut toujours fi délicate, qu'il vécut prefque tou- 
jours avec le plus grand régime. Il vint à Paris à dix-fept ans , & 
n'en avait que vingt quand il travailla aux opéra de. Pfyché & de Belléro- 
phon , qui furenr donnés fous le nom de Pierre ôc Thomas Corneille , 
fes oncles. 11 fit enfuite des comédies Se la tragédie d'Afpar, qui tomba 
en 1680. 

L'Académie Françaife l'admit le cinq Mai 1691 ; il fut Secrétaire per- 
pétuel de l'Académie des Sciences en 1699 , Se aflbcié à l'Académie des 
Infcriptions en 1701. Quoique né fans biens j il mourut riche par les 
bienfaits de M. le Régent & par fa fage économie. 

Fontenelle doit pafTer pour un de nos plus ingénieux 8c de nos plus 
agréables Ecrivains j mais il parle rarement au cœur. Il mourut à Paris le 
neuf Janvier 1757, à cent ans moins un mois &z deux jours. Nulle mala- 
die ne précéda fa mort: quelques jours auparavant il 1 fentit diminuer fes 
forces , & dit à fes Médecins qui l'interrogeaient fur ce qu'il fentait ; 
,« Je ne fens autre chofe qu'une difficulté d'être ». 

A la reprife de fon opéra de Thétis & Pelée } le vingt-neuf Novembre 
1750, il fe trouva dans la loge où il avait été foixante ans auparavant 
quand on le donna pour la première fois (a) , & il dîna avec deux amis 
qui avaient dîné avec lui le jour de cette première, repréfentarion. 

Il donna à l'opéra, en 1689, Theùs & Pelée, dont CoIafTe fit la Mu- 
fique j en 1691 , Enée & Lavinie, idem 5 en 173 1, Endymion , Mufique 
de Colin, de El amont. 

C H A N s o m 

« C'eft ici Madame du Tord ; 

» Qui la voit fans l'aimer a tort v 

» Qui l'entend & qui ne l'adore , 

y> A mille fois plus tort encore : 

» Pour celui qui fit ces vers-ci, 

» Il n'eût aucun tort, Dieu merci». 



(a) Le 11 Janvier JéS^ 



SUR LA MUSIQUE. 133 

AUTRE. 

« Si l'or prolongeait la vie , 
*> Je n'aurais point d'autre envie 
» Que d'amafler bien de l'or, 
» La mort me rendant vilïte, 
» Je la renverrais bien vîte , 
» En lui donnant mon tréfor» 
» Mais fi la Parque févere 
» Ne le permet pas ainfî , 
» L'or ne m'eft plus nécefiâire s 
» L'amour & la bonne cherc 
» Partageront mon fouci ». 

Sur un Portrait. 

« Abfent de la beauté que j'aime, 
» Seul il peut calmer mon ennui : 
s> 11 eft plus beau que l'amour même ^ 
» Mais elle eft plus belle que lui ». 

C H A N S ON. 

<a Je veux chanter en vers la beauté qui m'engage } 
» J'y penfe, j'y repenfe , & le tout fans effet. 

» Mon cœur s'occupe du fujet j 

» Et l'efprit laifTe là l'ouvrage ». 

Framery ( Nicolas - Etienne ) , né à Rouen, en 1745, a donné a»' 
théâtre Italien plufieurs opéra-comiques qui ont eu du fuccès. Nous lui de- 
vons la Colonie , un des plus jolis ouvrages en ce genre , & qui attire 
toujours l'affluence des fpe&ateurs , quoiqu'il ait été repréfenté peut-être 
deux cent fois. MM. Favart , Baurans , Framery & Cailhava ., ont enrichi 
notre théâtre de cinq chefs-d'œuvre que nous connaîtrions à peine fans 
eux (a). 



(a) La Bohémienne; la Servante Maîtrefle; le Maître deMufiquej la Colonie ; 1» 
Bonne FiHe. 



l3 î ESSAI 

CHANSON. 

« Toute la nuit en fommeillant , 

» J'ai ma bergère en tête j 
n Tous les matins en m'éveillatu ,' 

» Je me dis , c'eft fa fête , 
» C'était hier, c'eft ajourd'hui, 

» C'eft demain tout de même , 
h Chaque jour eft pour moi celui 

» De fêter ce ^ue j'aime. 

o Je lui deftine pour bouquet 
» Celui qu'elle demande. 

» Mon coeur eft tout ce qui lui plaît J 
» Mon cœur eft mon offrande, 

i> En fcellant l'amour éternel 

ri 

» Qui pour elle me touche , 
» Je prends deux baifers fur l'autel t 
' » E,t l'autel eft fa bouche. 

» Elle eft l'objet de mes chanfons ,' 

» L'objet de ma penfée. 
» Ma mufette à former des fons i 

» Pour elle, eft empreffée. 
» Si j'accordais mon flageolet 

» Pour une autre bergère , 
!) Sans y fonger , il chanterait 

» Celle qui fait me plaire »# 

AUTRE. 

m. Colin faifait fon bonheur 

n De pofTéder fa Colette. 

v Le méchant trahit l'ardeur 

» D'une flamme Ci parfaite , 

» Hélas ! ce n'eft pas mon cœur } 

n C'eft le fien que je regrette. 

» Menant paître fon troupeau , 
» Son agneau dans l'eau fe jette j 
i> Je lui donnai mon plus beau 



''SUR LA MUSIQUE. 135- 

» Qui portait une clochette. 

» Ah ! ce n'eft pas mon agneau , 

» C'eft fon cœux que je regrette, 

» L'autre jour en folâtrant , 

» J'avais perdu fur l'herbette 

» Le beau nceud que j'aimais tant, 

» Colin Je prit en cachette, 

» Ah ! ce n'eft pas ce ruban , 

w C'eft fon cœur que je regrette, 

m Pour calmer mon tendre feu , 
» Me dit-il , chère Colette , 
53 Promets de m'aimer un peu . • « 
» Son ardeur fut fatisfaite , 
» Ah! ce n'eft pas cet aveu, 
» C'eft fon cœur que je regrettée 

» Je voulais lui refufer 
» Ma corbeille & ma houlette. 
» Ma bouche prête à l'ofer , 
» Sous la fienne fut muette. 
» Ah ! ce n'eft pas mon bailêr , 
m C'eft fon cœur que je regrette, 

» Je ne m'attendais à rien , 
«5 II me prit fous la coudrette , 
» Mon anneau .... défend-on bien 
» Ce qu'un tendre amant fouhaiteî 
» Ah ! qu'il prenne tout mon bien j 
» C'eft fôn cœur que je regrette » r 

François I. Perfonne n'ignore les événemens de fa vie. Nous ne par- 
lerons que du goût qu'il avait pour les lettres. 

11 en fut le reftaurateur , & les tira de la barbarie où elles étaient 
retombées. 

Charlemagne avait commencé ce grand ouvrage ; mais les règnes des 
Rois fainéans les avaient replongées dans les ténèbres. Philippe-Augufte 
fit un nouvel efTai. 

Les Lettres fe foutinrent alors pendant quelque tems : les Trouba- 
dours y contribuèrent par leurs ouvrages j mais les guerres civiles dont 
la France fut déchirée pendant plufieurs fiecles , ramenèrent ceux de 



i*« ESSAI 

l'ignorance. Enfin François I les fixa pour jamais dans fes Etats , &: com- 
mença ce que le beau fiecle de Louis XIV a fi complètement achevé. 

François aimait beaucoup la poéfie , & nous a laifle plufieurs ouvrages ,' 
dont les bons Poètes même s'honoreraient. 

Il était né à Cognac le douze Septembre 1494 » Se mourut au châteaa 
de Rambouillet , le trente & un Mars 1 547.. 

CHANSON. 

* Eft-il bien vrai, ou fi je l'ai longé,' 

* Qu'il m'eft beibin m'efloigner ou diftraire 
» De votre amour & en prendre congé ? 

» Las ! je le veux , & je ne le puis faire. 

» Que dis-je , veux ? non , c'eit tout le contraire; 

« Faire le pois, & ne puis le vouloir, 

» Car vous avez là rangé mon vouloir , 

» Que plus tafehés à liberté me rendre ; 

» Plus empêchés que ne la puifTe avoir , 

» Et commandez ce que voulez défendre ». 

AUTRE. 

« Celle qui fut de beauté fi louable , 
k> Que pour fa garde elle avait une armée ; 
» A autre plus qu'à vous ne fut femblable, 
i> Ni de , ; jris, fon ami mieux aimée; 
» Que de chafeun vous êtes eltimée. 
» Mais il y a différence d'un point ; 
» Car à bon droit , elle a efté blafmée 
» De trop aimer , & vous de n'aimer point »J 

A U T R E. 

« Si ung œuvre parfait doit chacun contenter , 

» Il ne faut qu'un feul jour voir ma mie , j'hante*. 

» Car qui la verrait moins , perdrait un trop grand bien j 

» Et qui la verrait plus , mourrait pour être fien. 

» Donc comme vivre puis voulant toujours la veoir , 
» Mon cueur où gift la vie , a tel mal (çuft pourveoir ; 
» Car délaiflant mon corps en tel lieu faift demeure, 
» Que le gardant pour lui , gardera qu'il ne nieurre. 

»> Au/fi 



SUR LA MUSIQUE. 137 

» Auflï mourant à moi & à aultruy vivant , 
» Mon cueur eft mieu logé qu'en moi n'eftait d'avant ; 
» Car pour vivre en tel lieu plus doulx eft le mourir , 
» Que de pouvoir fans elle Se vie & foi nourrir ». 

AUTRE. 

« Ores que l'ai fous ma loi, 

» Plus je règne aymant que Roy. 

1» C'eft foitune qui guerdonne 

» De feeptre, empire ou couronne : 

1» Mais le cueur d'elle eft le trône 

» Od veult s'aiïêoir mon amour. 

» Adieu , vifages de cour , 

d Pour cueurs faux font les faux biens , 

» En elle font tous les miens. 

» Ores que l'ai fous ma loy , 

» Plus je règne aymant que Roy ». 

François I étant au château de Chambors , dans un moment de mélan- 
colie , écrivit fur un des carreaux de vitre avec fon diamant : 

« Souvent femme varie , 

» Bien fol eft qui s'y fie ». 

Epitaphe d'Agnès Sorcl. 

« Ici deffous , des belles gift l'eflite ; 
» Car de louanges fa beauté plus mérite. 
» La caufe étant de Fiance recouvrer , 
» Que tout cela qu'en cloiftre peut ouvrer 
» Clofe nonain , ni en défert liennite ». 

Epitaphe de Laure, 

« En petit lieu compris , vous pouvez voir 
» Ce qui comprend beaucoup par renommée , 
» Plume , labeur , la langue & le favoir 
» Furent vaincus de l'amant de l'aimée ; 
» O gentille aine ! étant tant eftimée , 
» Qui te pourra loner qu'en Ce taifant ? 
» Car la parole eft toujours réprimée , 
» Quand le fujet furmonte le difant ». 
Tome IV. S 



, 5 8 ESSAI 

François de Neufchateau , né à Neufchâteau en LoCraine,en 1751 , 
a développé dès l'enfance fes talens pour la poéfie. Les Journaux ont fou- 
vent célébré fes prémices. Nous ne citerons de lui que quelques chanfons. 



CHANSON. 

« L'efprit & les talens font bien , 
» Mais fans les grâces ce n'eft rien. 

» Sous le beau nom d'Anaximandre , 
» Chez les Grecs un fàge vivait. 
y> Chacun accourait pour l'entendre , 
» Athènes en foule le fûivait, 
» La profondeur & la juftefle 
» Se rencontraient dans fes difcours ; 
» Mais pour plaire aux yeux des amours, 
» Il faut de la délicatefTe. 
» L'efprit , &c. 

» Le Philofophe Anaximandre 
» Aux belles offrit fon encens : 
Car les Savans ont le cœur tendre ;, 
» Ft tout Philofophe a des fens. 
» Mais les Athéniens volages 
m Rejettèrent fes tendres vœuxj 
» Et de frivoles amoureux 
» Virent préférer leurs hommages,. 
» L'efprit, &c. 

• Piqué de les trouver rebelles , 
» Il fut s'en plaindre chez Platon». 
» Platon était l'ami des belles , 
v Et même des Rois , nous dit-on ; 
» Il humanifait fon génie, 
» Il brillait à fouper le foir; 
» Et malgré fon profond favoir, 
s> Il était bonne compagnie. 
» L'efprit , &c. 

» Apprenez-moi, mon cher confrère r 

y> Dit le fage difgracié , 

» Comment chez vous à l'art de plaire 



SUR LA MUSIQUE. îtf 

» Le génie eft aflôcié. 
» Je veux me former fur vos traces. 
» Votre confeil fera ma loi ; 
» Eli bien .' dit Platon , croyez-moi , 
» Mon cher, facrifiez aux grâces : 
» L'efprit, &c. 

» Dans une chapelle voifîne 
» Anaximandre s'en alla ; 
» Aglaé , Thalie , Euphrofine 
» Sourirent en le voyant là. 
p II fut initié par elles 
» Dans leurs myireres enchanteurs : 
» Il revint couronné de fleurs , 
s Et ne trouva plus de cruelles. 
» L'eip:it, &c. 

• La métamorphof.- foudaine 
» Du fage fit l'homme du jour î 
o Les bonnes fortunes d'Athènes 
» Vinrent l'accueillir tour à- tour. 
» Et quand il trouvait fur fes traces 
» Quelque pédant de mauvais ton , 
» Il lui difait , croyez Platon , 
» Mon cher , facrifiez aux grâces. 
» L'efprit, &c. » 

Couplée à une Dame qui voulait qu'il fit un couplet fur fes genoux. 

« Sur vos genoux , ô ma belle Eugénie ! 
» A des couplets je fongerais envain : 
» Le fentiment vient troubler le génie , 
» Et le pupitre égare l'écrivain ». 

AUTRE. 

Les Souvenirs. 

* O Dieu d'amour ! ô que cette retraite , 
» Que ces jardins ont de charmes pour moiî 
» Ma chère Eglé , ma tendre bergerette , 
» Eft peinte ici dans tout ce que je vois. 
» O Dieu, &c, 



ï4o ESSAI 

f> Voilà les bords de la claire fontaine 
» Où je la vis , où je lui dis mes feux ; 
» C'était ici qu'à l'ombre d'un vieux chêne 
» Elle fourit à mes premiers aveux, 
» O Dieu d'amour , &c. 

» Sousc berceau de fleurs ,&: de verdure , 
» Elle me dit : je t'adore à mon tour ; 
» Dans les détours de cette grotte obfcure, 
» Je ['égarai fous les pas de l'amour. 
» O Dieu d'amour, &c. 

» Je dépouillai tous ces rofiers pour elle, 
» Et fur fon front, j'inclinai ces rameaux 
» Au clair de lune , avec moi cette belle 
» D'un pas léger danfait fous ces ormeaux, 

» Ici fouvent, à. l'heure convenue, 
» Je m'élançais au-devant de fes pas, 
» Quand à travers cette fombre avenue: 
» Elle accourait en me tendant les bras. 
» O Dieu d'amour , &c. 

» Là, j'entendis fa voix douce & chérie 
» Qui Ce mêlait au concert des oifeaux ; 
» Pour l'écouter , la Naïade attendrie 
» Levait fon front couronné dé îofeauxv. 
» O Dieu d'amour, &c» 

» C'était ainfi qu'occupé de ma fTamme> 
» Je m'enniVraîs d'un tendre fouvenir ; 
» Ces doux pénfers avaient remplis mon ame , 
» Ceiefte Eglé , quand je vous vis venir. 

» O Dieu d'amour ! ô que cette retraite , 
» Criai- je alors , a de charmes pour moi! 
» Mes fouvenirs n'ont rien que je regrette, 
» Mon Eglé feule eft l'objet que je voi :». 

Fresny ( Charles Rivière çlu ) j né à Paris , en 1 648 , paiïàit pour être 
un petit-fils d'Henri IV ' & ' d'une Jardinière d'Anet : il lui reiïemblait 
beaucoup. Son père avait été valet de garde-robbe de Louis XIII : il fut 



SUR LA MUSIQUE. i 4 t 

valet-de-chambre de Louis XIV . & Contrôleur de fes bâtimens. Ce Mo- 
narque le combla de biens } fans pouvoir l'empêcher de mourir pauvre ; auffi 
difait-il que c'était le feul homme de fon royaume qu'il ne pouvait enrichir. 
Il avait des talens naturels pour la mufique , le defTein , la peinture , la 
fculpture , l'architeiture & tous les beaux-arts. Il eut le privilège du 
Mercure galant depuis 1710 jufqu'en 171 3 } mais II le vendit , ainfi que 
toutes les grâces qu'il avait obtenues , même une penfion viagère. 

Plufieurs de fes pièces font fort jolies : on trouveta dans notre quatrième 
livre fa charmante chanfon : Ph'dis plus avare , &c. 

C H A N S ON. 

« Réveillez-vous, belle dormeule, 
» Si ce baifer vous fait plaifir j 
» Ou fi vous êtes fcrupuleufe , 
» Dormez , ou feignez de dormir. 

» Craignez que je ne vous éveille ; 

» Favorifez ma rrahifon. 

» Vous foupirez : votre cœur veille, 

n Laiffêz dormir votre raifbn. 

» Souvent quand la raifon fommeille , 
» On aime fans y confentir ; 
» Pourvu qu'amour ne nous éveille • 
» Qu'autant qu'il faut pour le fentir. 

» Si je vous apparais en fonge , 

» JouifTez d'une douce erreur» 

» Goûtez les plaints du menfonge , 

» Si la vérité vous fait peur p. 

.AUTRE. 

» A mille foins jaloux Tircis abandonné , 

» Rend moi, difait-il à Lifette , 

» Le ruban que je t'ai donné. 

» Rend-moi mon chien & ma houlette. 

» La bergère, pour l'appaifer, 
• Tu m'a donné, dit-elle d'un air tendre , 

» Sur ce gazon plu d'un baifer» 

» Viens , Berger , je te vais tout rendre ». 



14» ESSAI 

AUTRE. 

» Pauvre Hermite , je veux t'en croire , 
» C'eft un grand bien 
» De n'avoir rien , de ne délirer rien ; 
• Mais délirer du vin , d'en avoir & d'en boire , 

» C'eft , ce me femble , un plus grand bien ». 

Fuzeuek. ( Louis ) , né à Paris , "en 1672 , travailla de bonne heure 
pour les Comédiens Français ôc Italiens <Sc pour l'Opéra. En 1744, il oh-* 
tint le privilège du Mercure , conjointement avec la Bruere, & mourut 
le dix-neuf Septembre 1752 > après avoir pafle fa vie dans les fociétés les 
plus agréables. 

Il donna à l'opéra , en 1713, les Amours déguifés , mufique de Bour- 
geois - y en 1714J drion, mufique de Matho ; en 17.18 , h Ballet des 
Ages y mufique de Campra \ en 1713 3 les Fêtes Greques & Romaines , 
mufique de Blamont ; ert 1725 j la Reine des Péris, mufique à'Aubert ; 
en 1727, les Amours des Dieux, mufique de Mouret j en 1729 > les 
Amours des Déejfes , mufique de Quinaut ; en 1 7 3 5 , les Indes galantes , 
mufique de Rameau; en 1744 , l'Ecole -des Amans , mufique de Niel j 
en 1749 , le Carnaval du Parnaffe 3 mufique de Mondonvilh \ en 1759 » 
Phaétufe , en un a£te 3 mufique d' I/o. En 1773 , M. Cardonne a remis 
en Mufique l'ade d'Ovide Se de Julie. 

C H A N S ON. 

« Demain eft un jour qui fuit 
» Lorfque vous croyez qu'il s'avance} 

» Au milieu de chaque nuit , 
» Il perd fon nom dans fa naiflance. 
» Lorfqu'on croit fe faifir de lui , 
» On trouve que c'eft aujourd'hui : 
» Jufqu'à ce jour aucun humain 
» N'a pu voir arriver demJn »« 

Vers à Madame la Princejfe de Talmont. 

« Sur les bords oi\ Vous prîtes naiiïànce, 
» Les jours du tendre Ovide étaient enfevelis , 



SUR LA MUSIQUE. i 4J 

» Dans les langueurs , dans les maux de l'abfence , 
» Ces lieux n'étaient pas embellis 
» Du charme de votre préfence : 
» Ah ! pour lui quelle différence ! 
• S'il les eût vus parés d'un attrait fi charmant, 

» Augufte eût manqué fa vengeance j 
» Et l'aimable Julie eût perdu fou amant ». 

Gallet , né à Paris , était marchand Epicier, avait fait de bonnes 
études , & était né avec beaucoup de talent pour la poéfie. On a de lui de 
très jolis vaudevilles , un peu trop libres. 

Perfonne n'a parodié mieux que lui , & n'a plus fait de couplets. 

Etant au moment de mourir d'une hydropilie pour laquelle il avait 
déjà fouffert fept ou huit fois la ponction, il fit ce couplet qui peut lut 
fervir d'épitaphe. 

« Rimeur couple'tant coupletier , 
» De couplets j'ai fait mon métier. 
» Quoique la mort foit à ma porte , 
» Je rime, je couplete encor. 
» Si le Diable à la fin m'emporte , 
» Il faut que ce foit Couplegor ». 

II a donné plusieurs opéra-comiques j il avait de la gaité j de l'enjouement, 
& faiiait les délices des fociétés qu'il fréquentait : il mourut en 1757. 

CHANSON. 

c Dans un bois , je vis l'autre jour 

» Villageoife jolie , 
» Et qui me parut en amour 

» N'être pas aguerrie. 

» En l'abordant , fur fa beauté 

» Je vantai fort la jouvencelle : 

» Ah.' me dit-elle, Moniteur, en vérité, 

» Vous avez bien de la bonté. 

» Tes yeux , lui dis-je , mon enfant , 

» Ont pénétré mon ame ; 
£ Je mourrai , fi dans cet inftant 

» Tu n'appaifes ma flamme, 



I£4 



ESSAI 

'» De l'un & de l'autre côté 
» J'applique un baifer à la belle. 
» Ah , me dit-elle , &c. 

» A ces mots, la reconnaiffant 

» Simple autant que charmante , 

• Je devins plus entreprenant , 

» Elle plus complaifante. 
» Certes , m'écriai- je enchanté , 
» Cette gorge eft d'une pucelle. 
» Ah! me dit-elle, &c. 

s Ma main, au gré de mes defîrs, 
» Et confiante & volage, 

• Sur un fein fait pour les plaifirs, 

» Termine fon voyage : 
» Que d'appas , dis-je , transporté , 
» Ton joli cotillon recelle ! 

» Ah ! me dit-elle , &c. 

» Afféyons-nous fur ce gazon , 
» Lui dis-je , mon aimable. 

o Fort bien , prends à préfent leçon 
d D'un jeu tout agréable. 

» Pouffant à bout la liberté , 

» Je ne la trouvai point rebelle. 
» Ah ! me dit-elle , &c. 

» Tous les deux dans l'étroit féjout 

i> Qu'habite le délice , 
» Nous préparions au Dieu d'amour 

» Un ardent facrifice , 
» Quand fon petit cœur agité , 
» Fit tourner fa vive prunelle. 

» Ah ! me dit-elle , &c. 

» Contens trois fois, nous nous quittons; 

» La belle s'en afflige. 
i> Souvent je viens en ces cantons j 

» Confole-toi , lui dis-je ; 
j> Demain, dans ce bois écarté, 
» Je te promets leçon nouvelle. 

» Ah! me dit-elle, &c. » 



AUTRE 



Terne IF. 



SUR LA MUSIQUE. itf 

AUTRE. 

te La trop innocente Colette, 

»» Et le trop fimple Colinet , 

n Sans penfer à mal , fur l'herbette 

a> Folâtraient dans un verd bofquet. 

s» Appercevant de la brunette 

si Par hazard le fein rondelet : 

« Eh! qu'eft ce que ceci, Colette? 

s> Dit bien étonné Colinet ; 

a> Comm'v'là qu'eft fait, comm'v'là qu'eft fait! 

» Voulant fe défendre, Colette 

sj Fit découvrir à Colinet 

» D'une cuiffe ferme & doucette 

» L'échantillon blanc comme laid 

» Portant une main indiferete 

» Plus haut que ce nouvel objet, • '. ; 

s» Eh! qu'eft-ce que ceci, Colette ï 

» Dit émerveillé Colinet ; 

s> Comm'v'là qu'eft fait ! ( bis ). 

» Effet d'une vertu fecrete ! 
s> Il s'arrête , tout ftupéfait j 
3} Au lieu , d'où l'amour en cachette 
a» Contre lui lance un malin trait ; 
» Ce trait pénétrant fa pochette , 
m En fait forcir fon flageolet : 
o> Eh ! dit bien furprife Colette, 
s) Qu'eft-ce que ceci, Colinet? 
s» Comm'v'là qu'eft fait ! ( bis )« 

» Nature ne fut pas muette , 
s> Et mit Colin d'abord au fait; 
m Trois fois la belle fatisfaite , 
33 Le rend , plus qu'elle , fatisfaic. 
» Touchant d'une main inquiette 
3> Le charme qu'elle méconnaît, 
33 Eh ! dit en foupirant Colette , 
» Qu'eft-ce que cela Colinet ? 
» Comm'v'là qu'eft fait ! ( bit ) *« 



il* ESSAI 

AUTRE. 

« Autrefois fur mon flageolet 

» Joyeux faifeur de chanfonnettes , 

» De Colin & de Colinet 

» J'ai célébré les amourettes : 

» Chantons encor ces amours-là; 

» Pour voir un peu comment ça f'ra. 

» Il était favant en amour , 

» Elle était afTez aguerrie ; 

» Son berger la rencontre un jour 

» Sous une aubépine endormie : 

» Parbleu , dit-il , embrafïbns-la , 

» Pour voir un peu comment ça f'ra» 

» Il la baife cinq ou fix fois ; 

» Sans que la belle fe réveille ; 

» Voyant qu'un linge dilcourtois 

» Lui cache une double merveille : 

» Otons , dit-il , Ce fichu-là , 

» Pour voir un peu comment ça f'ra. 

» Sans fuccès il y met la main. 

» Faifons , lui dit-il , autre chofe : 

» Ufons pour l'éveiller enfin , 

» D'un moyen qu'amour nous propofc; 

j» De cette épine piquons-la , 

» Pour voir un peu comment ça fra» 

» Comme elle dort ! qui le croirait '. 
» Rien ne l'éveille , eft-il poflible î 
o Mais je connais certain endroit , 
» Par où la bergère eft fenfîble. 
» Il faut toucher cet endcoit là , 
» Pour voir un peu comment ça f'ra. 

» Encor qu'elle ronflât bien haut , 
» La finette riait fous cape. 
» Il croit fans doute , le nigaud , 
» Se difait-elle, qu'il m'attrappe : 
» Dormons toujours fur ce ton là , 
t> Pour voir un peu comment il f'ra* 



SUR LA MUSIQUE. 1*7 

» Pud^ir chez les belles fouvem 

m Sait recourir au fhatagême , 

» Et fous un fommeil apparent , 

» Veut qu'on les attrape de même. 

» Amans, brufquez ces momens-lâ. 

» Pour voir un peu comment ça fia ». 

Garde ( Philippe Bridart de la ) t né a Paris en 1710, était fils d'un 
homme attaché au Grand-Prieur de Vendôme. Il fut élevé au Temple 
avec l'Abbé Mangenot _, fi connu par fes charmantes idilles \ 8c cet 
aimable Poète lui infpira le goût de la poéfie , qu'il conferva toute 
fa vie. 

C'eft à lui que l'on doit l'établiflement des coftumes fur nos théâtres ; 
il les propofa en 1754 pour celui de la cour , & depuis ce tems ils ont 
été adoptés par les autres. 

Il avait d'abord commencé par être Abbé ; mais fes liaifons avec la 
célèbre Mlle, le Maure ., le firent bientôt renoncer à cet état , Se on lui 
dut le retour de cette inimitable actrice , qui j à fes follicitations , re- 
monta fur le théâtre. 

La Garde ayant trouvé le moyen d'être préfenté à Mad. de Pompa- 
dour, fut chargé du détail des fêtes que l'on donnait aux petits appar- 
temens ., fous les ordres de M. le Duc de la Valiere. Il fut nommé en- 
fuite Bibliothécaire de Mad. de Pompadour , qui le combla de biens. La 
mort de fa bienfaitrice } arrivée le 15 Avril 1764 j le jetta dans une 
langueur qu'il ne put vaincre , & qui termina fa vie le j Octobre 
1767 , fans qu'il témoignât ni crainte ni foiblelTe. Il a fait les lettres de 
Thérèfe , roman eitimé , la Rofe > opéra-comique , a travaillé en fociétc 
avec M. Favart au bal de Strasbourg, aux Amours grivois &c aux fêtes 
de Paris. 

Il a fait encore plusieurs autres ouvrages , & a rédigé pendant longtems 
l'article des fpectacles dans le Mercure. 

La fameufe chanfon , Maigre la bataille, eft en partie de lui, Se le 
refte eft de l'Abbé Mangenot j d'autres difent de fon frère: elle a été 
longtems attribuée à M. de Voltaire. 

Tz 



ESSAI 

CHANSON. 

« Qu'importe à aies tendres delîrs , 

» Qu'Iris foie coquette ou fîneere ? 

» Tout ee qui m'offre des plaiiïrs , 

» N'eft-il pas en droit de me plaire» 

» Pourquoi dans nos amufemens 

» Chercher tant délicaceffe ? 

» L'erreur nourrit nos fentimens j 

» Souvent la vérité les bleffe. 

» L'amour n'eft qu'une fiction , 

» Une fable aimable Se légère. 

» Heureux qui , fans réflexion , 

» Peut fe prêter à fa chimère ! 

» Une belle eft comme une fleur 

» Dont on chérit la découverte : 

» Si-tôt qu'elle ouvre trop fon cœur j 

» Elle nous annonce fa perte. 

» De l'art féduifant de charmer, 
» On ne m'entendra pas me plaindre» 
» Qu'importe qu'on fâche m'aimer ; 
» Pourvu que Ton fâche bien feindre ». 

AUTRE. 

• A peine ai-je quitté l'enfance, 

» Que nos bergers me font la cour} 

» Maman envain me fait défenfe 

» D'écouter un feul mot d'amour : 

» Souvent fur cela je fripponne , 

» Si quelqu'un s'y prend galamment ; 

»> Je gronde d'abord hautement , 

s Mais tout bas mon cœur lui pardonne. 

» Tous les matins dans nos prairies , 

» L'amour fait moifïbnner des fleurs j 

» Aux bergères les plus jolies 

i» On en fait des marques d'honneur.*. 



SUR LA MUSIQUE. x& 

» Toutes les fois que l'on m'en donne , 

» Par un air froid & nonchalant 

» Je déconcerte le galant , 

» Mais tout bas mon coeur lui pardonne. 

» Il pouffe fi loin l'aventure , 

» Qu'il m'oblige , par fes efforts , 

» A facrifier ma parure 

» Pour me fouftraire à fes tranfporrs, 

» A grands cris j'appelle ma bonne , 

» Ce chiffonnage me fait peiir ; 

» Colin pouffe à bout ma pudeur , 

» Mais tout bas mon cœur lui pardonne» 

» Dans l'ardeur d'un feu téméraire, 

» Par lui mon lacet eft coupé , 

» Je m'efforce d'être en colère , 

» Et de mon bufe il eft frappé : 

» Mais, malgré les coups que je donne 

» Il n'en devient pas plus diferet; 

» Je crois qu'un démon en fecret , 

» Lui dit que mon cœur lui pardonne». 

Gaultier Garguille , Auteur d'un volume de chaulons plaifantes ^ 
mais dont la plupart parferaient aujourd'hui pour très indécentes , fe nom- 
mait Hugues Gueru-y il prit le nom de Fléchettes, lorfqu'il fe fit Comé- 
dien. Il débuta en 1598 , ou 3 fuivant d'autres, en 1584 , dans la troupe 
du Marais _, fur le théâtre de laquelle il chantait lui-même fes chanfons 
dans un coftume bifarre & comique. 11 portait dans la farce le nom de 
Gaultier Garguille , qui lui eft refté , & auquel fon originalité a imprimé 
une efpece de célébrité. Il avait pour camarades & amis deux autres 
farceurs , dont le nom a été dans leur tems auffi célèbre que le fien : ils 
fe nommaient Gros-Guillaume Se Turjupln. Ayant quitté la troupe du Ma- 
rais, Gaultier Garguille entra dans celle de l'hôtel de Bourgogne, où fa 
léputation ne fit que s'accroître. Son talent ne fe bornait pas à la farce 8c 
aux chanfons poliffonnes j il repréfentait dans les drames réguliers. C'était 
un excellent comique } quoique né en Normandie , il contrefaisait cepen- 
dant fort bien le Gafcon ; il jouait même dans l'occafion les Rois dans 
le tragique , & alors il ae s'appellait plus Gaultier Garguille , mais Fie-, 



i yo ESSAI 

chelles. Indépendamment du volume de chanfons dont nous venons de par- 
ler , Gaultier Garguille a fait imprimer des prologues dans le goût de ceux 
de Brufcambille. Nous en connailïons un fur le menfonge > rapporté pac. 
M. Parfait dans fon Hiftoire du Théâtre Français qui eft alTez plaifant. Il 
avait époufé la fille de Tabarin , ancien farceur , de qui les œuvres po- 
liflonnes font imprimées. Gaultier Garguille eft mort âgé de foixante ans , 
Se a été enterre à S. Sauveur ; fa veuve époufa , dit-on , en fécondes noces 
un Gentilhomme de Normandie. Ses chanfons ont été imprimées trois fois ; 
la première en idji , & la dernière en \6$6 : c'eft la meilleure édition. 
On lit dans le privilège qui eft à la tète > qu'il n'a été accordé que dans 
la crainte qu'on ne contrefît la première édition , £c qu'on n'y ajoutât 
quelques chanfons plus ditfolues que celles de Gaultier Garguille ; mais il 
était difficile qu'un tel accident pût arriver. 

Voici quatre de ces chanfons qui nous ont paru les plus agréables du 
recueil. M. le M. de P. qui a eu la bonté de nous les communiquer, n'y 
a changé que quelques vieux mots , qu'on aurait de la peine à entendre 
aujourd'hui , 6c quelques expreflîons qui pourraient choquer ou déplaire. 

Chanfons de Gaultier Garguille. 

« (a) Vous pouvez faire la belle , 

» Mais de paiïèr pour pucelle , 

» Cela vous eft interdit; 

» Car vous n'êtes pas plus neuve 

» Qu'une femme ou qu'une veuve ; 

» Mon petit doigt me l'a dit. 

» J'ai vu votre main blanchette 
» Toucher gaîment l'épinette 
» Dont le fon nous réjouit ; 
» Mais votre cœur vous propoie 
» De toucher quelqu'autre chofe; 
» Mon petit doigt me l'a dit. 

(a) Il y a toute apparence que les grimaces & les geftes du farceur chanfonnier 
ajoutaient beaucoup au mérite du fond de la chanfon & de la poéfie , qui de nos 
jours, & peut-être dès-lors, peuvent être allez plates, étant dénuées de ces agrément. 



SUR LA MUSIQUE. ip 

» L'autre jour dans un bocage , 
» Un garçon du voifinage 
n Sur l'heibette vous étendit j 
» Il était vif, téméraire , 
» Et vous le laifsâtes faire ; 
v Mon petit doigt me l'a dit. 

» Alix, cette chatte Dame, 

» A quelque chofe dans l'aine 

» Qui la tourmente un petit; 

» Mais qu'elle n'ait point de honte, 

» Je fais bien que c'eft un conte j 

» Mon petit doigt me l'a dit ». 

AUTRE. 

« Que l'amour eft rigoureux ! 
» Qu'il affortit mal fes fiâmes ! 
» Quand j'étais jeune , amoureux , 
» Il me fit haïr des Dames ; 
» Ore il m'offre des fillettes 
» Quand j'ai paiTé foixante ans ; 
» Mais c'eft donner des noifettes 
» A ceux qui n'ont plus de dents. 

» Quand j'étais vaillant foldat , 
» Chacun fuyait ma rencontre j 
» Ore on me livre combat , 
» Mais je fais mauvaifc montre ; 
» Car de parler d'amourettes 
» A qui pafle foixante ans , 
» C'eft préfenter des noifettes 
» A ceux qui n'ont plus de dents. 

» Etant garçon à louer , 

» Je brûlais auprès des filles , 

» Qui ne voulaient point jouer 

» Aux boules non plus qu'aux quilles ; 

» Et maintenant les fillettes 

» M'offrent des baifers charmans , 

» Mais c'eft donner des noifettes 

» A ceux qui n'ont plus de dents. 



•IJ* 



ESSAI 

» Si l'on m'eût fait autrefois 

» Travailler à la journée , 

» J'eufTe bien fendu du bois 

» Sans émouffer la coiguée ; 

» Mais de parler d'amourettes 

» A qui païïe fojxante ans , 

>» C'eft préfenter des noifettes 

o A ceux qui n'ont plus de dents» 

» Elles détournaient leur feau 
• Quand ma fource était remplie, 
» Et toutes viennent à l'eau, 
» Quand la fontaine eft tarie ; 
» Retournez-vous-en fillettes , 
» Vous prenez mal votre tems ; 
» C'eft préfenter des noifettes 
» A ceux qui n'ont plus de dents »: 

AUTRE. 

t( Quelqu'un 'm'a dit en fecref , 

»> Que ma femme eft par trop gaillarde ; 

w Et que fi je n'y prends garde , 

» Un jour j'en aurai regret ; 

» Mais je penfe qu'il eft plus doux 

» D'être cocu que jaloux. 

» Je fais bien que chaque jour 
» Elle fait cent coquetteries , 
» Que le cours & les tuileries 
» Sont fes écoles d'amour ; 
n Mais je penfe qu'il eft plus dous 
» D'être cocu que jaloux. 

» Je fais bien que tous les jours , 

» Feignant d'aller voir fa coufine , 

» Ou vifiter fa voifine , 

» Elle va voir fes amours; 

» Mais je penfe qu'il eft plus doux 

» D'être cocu que jaloux. 

» Tout le plus grand reconfort; 
» Qu'en ce mal je me promette , 



» Eft 



SUR LA MUSIQUE. 155 

» Eft de rendre ce qu'on me prête , 
m Sans m'en affliger fi fort , 
» Et de croire qu'il eft plus doux 
» D'être cocu que jaloux ». 

AUTRE. 

(a) « Tout eft perdu , ma voifine , 
» Je me brûle à petit feu , 
» Mon époux a bonne mine; 
» Mais le, traître a mauvais jeu , 
» Et puis , il faut vous le dire , 
» Il n'a pas le mot pour rire. 

» Ah ! j'étais bien endormie , 
» Quand je fis ce faux marché; 
» Oui, ma commère, ma mie, 
» J'ai commis un grand péché ; 
» Car , puifqu'il faut vous le dire, 
» Il n'a pas le mot pour rire. 

» Je le pince & je le pique, 
» Pour l'amener à mon point ; 
» Mais il eft fi pacifique, 
» Qu'il ne fe revanche point ; 
«r J'ai beau lui faire & lui dire , 
» Il n'a pas le mot pour rire. 

» Ah ! tout ce qui me confole , 
» C'eft que, fans lui rien dire, 
1 » Je ferai bientôt la folle , 

» S'il fait plus long-tems le fot; 
» J'en fais un qui pourra dire 
» Avec moi le mot pour rire ». 

On prétend qu'en 1634 fon camarade Guérin s dit la Fleur 3 sécant 
avifé de contrefaire un homme de robe qui avait une grimace d'habitude 
■ . - 

(a) Selon toute apparence Gaultier Garguille chantait cette chanfon habillé en femmo, 
déguifement qu'il adoptait fouvent à la farce , & fur lequel fa figure devait répandre un 
grand vernis de bouffonnerie. Peut-être portait-il le nom de Gaultier étant vêtu en 
homme, Se celui de Garguille en femme : on peut le fuppofer, ce dernier nom étant 
féminin , & le premier mafculin. 

Tome IF. V 



i; 4 ESSAI 

fort ridicule , le Magiftrat le fit mertre au cachot ; que Guénn mourut de 
faififiement 3 8c que huit jours après fes camarades Turlupin &c Gautier- 
Garguille en moururenr de chagrin. 

Genest ( Charles-Claude ) , Abbé de Vilmer , Aumônier de Mad. la 
Dauphinej né à Paris, en 1635 > était fils d'une Sage-femme , & eflaya 
dans fa grande jeunefle d'aller faire fortune aux Indes \ mais ayanr été 
pris par les Anglais , il fe fit Maître de langue françaife à Londres. De 
retour en France, il devint Précepteur de Mlle, de Blois 3 depuis Du- 
cheife d'Orléans , Secrétaire des commarademens de M. le Duc du Maine 
& de l'Académie Françaife. 11 mourut à Paris le 19 Novembre 171 9. 

Sa Tragédie de Pénélope eft fort eftimée , & eut un grand fuccès. Ge- 
neft fit plufieurs divertiflemens qui furent mis en mufique pour les fêtes 
de Sceaux. Son Epître à M. de la Baftide pour l'engager à abjurer le cal- 
vinifme j. mérite d'être confervée. 

Gilbert ( Gabriel ) , né à Paris , fur Secrétaire des commandemens de 
la Reine Chriftine , & eut quelque réputation. 

Il fit plufieurs opéra : les Amours d'Ovide , en cinq a&es ; Endymïon , 
idem ; Us Peines & les Plaifirs de l'Amour , mis en mufique par Lam- 
bert , &c repréfentés en 1671. 

Il devint fi pauvre que M. d'Hervard , Amateur des lettres & des arts » 
le retira dans fon hôtel , & il y mourut en 16S0. La Fontaine que M. 
d'Hervard avait auffi retiré chez lui, y mourut en 1695. 

L'hôtel d'Hervard devint depuis l'hôtel d'Armenonville j & eft aujoiur-: 
d'hui celui des Poftes. 

CHANSON 

Sur fart d' aimer d'Ovide. 

« Cette le&ure eft (ans égale , 

» Ce livre eft un petit dédale 

» Où l'efprit prend plaifir d'errer^ 

» PJiilis , furvez les pas d'Ovide , 

» C'eft le plus agréable guide 

s Qu'on peut choifir pour s'égai-ei >h 



SUR LA MUSIQUE. ter 

AUTRE. 

Sur Apollon. 

« Durant mes jeunes ans, mes ardeurs infenfées 
» Ont chanté les amours de Vénus & de Mars: 
» Mais je veux déformais occuper mes penfées 
b A célébrer le Dieu des faifons & des arts. 

» C'eft le père des belles chofes 
» Qui fait naître le jour, les femmes & les rafes» 
» Sa voix qui retentit dans le facré vallon , 
» Aux fucceiîèurs d'Orphée enlèigne l'harmonie, 

» Et le plus excellent génie , 
» N'eft qu'un luth bien d'accord dans les mains d'Apollon ». 

Godeau (Antoine), Pocte j Orateur & Hiftorien. On fait que pour 
le Benediche mis en vers, le Cardinal- de Richelieu lui donna l'Evêché 
de Gratte. Il naquit à Dreux en 1605 , vint de bonne heure à Paris, où il 
logeait chez Conrart , fon parent; &: ce fur pour entendre la lecture de {es 
poéiies que Conrart ralTembla , pour la première fois , ces gens de lettres , 
dont les conférences , bientôt après , donnèrent naiifance à l'Académie 
Françaife , dont Godeau fur un des premiers membres. Sa mufe s'occupa 
pendant quelque rems de poéfies galantes Se lyriques ; mais il la confacra 
bientôt tout à fait à la religion , & fut l'exemple & l'ornement du 
Clergé. Il tomba en apoplexie le jour de Pâques 16 ji , &c mourut quatre 
jours après , le deux d'Avril. 

Gohorry ( Jacques ) , né à Paris •, Philofophe , Mathématicien , Pocte 
& grand Chymiftej mourut à Paris , le Jeudi 15 Mars 1576. Il était ori- 
ginaire de Florence. 

CHANSON [a). 

a La jeune Vierge eft femblable à la rofe, 
» Au beau jardin, fur l'épine naive, 
» Tandis que sûre & feulette repofe , 

(a) Cette chanfon eft une traduftion d'une flrophe du premier livre de l'Ariofie : La 
VirgineUa è fimlle à la rofa , &c, 

V 1 



ir< ? E S S A I 

» Sans que troupeau ni berger n'y arrive; 
» L'air doux l'échauffé , & l'aurore l'arrofe , 
» La terre, l'eau, par fa faveur l'avive; 
v Mais, jeunes gens & daines amoureules, 
» De la cueillir ont les mains envieufes. 
» La terre & l'air, qui la foulaient nourrir, 
& La quittent lors , & la laiffent flétrir ». 

AUTRE. 

et O combien eft heureux 
» Celui qui fe contente 
» Des biens fi planteureux 
» Que nature préfente : 
» Autres biens que ceux-ci . 
» Sont mêlés de foucis. 

s J'ai toute fufEfance 
» Que la vie requiert : 
» Qui abonde en chevance , 
» Pour autrui en acquiert : 
» Tréfors des plus qu'affez, 
» En vain font amaffés. 

» Qui fe fonde en 1 honneur- 

» A foi tune fe joue , 

» Qui, du haut du bonheur , 

» Jeçte au bas de fa roue, 

» La foudre va toujours 

» Frapper les hautes tours ». 



Gombaud ( Jean Ogier de ) , Gentilhomme Calvinifte , naquît en Sain- 
jronge , à S. Juft de Luflac, près de Brouages , & fut un des premiers de 
l'Académie Françaife. On fait peu de détails de fa vie , mais feulement 
qu'il mourut en 1 666 _, âgé d'environ cent ans. 



CHANSON. 

• Vous avez dît, belle indiferete, 
» La faveur que vous m'avez faite , 
» Qui n'était qu'un doux entretien j 
» Mais je renonce à votre empire r 
» Où vous m'accorderez un bien 
» Que vous n'oferez jamais dire », 



SUR LA MUSIQUE. i S1 

AUTRE. 

« Pour fujet de mes rers, en la fleur de mon âge , 
» J'ai cherché quelque nymphe, illuftre, belle & fage, 
» Et qui put m'infpirer cent ouvrages divers, 
» Telle & plus mervcilleure , Olympe eft arrivée ; 
» Mais le ciel m'a trop tard fes tréfors découverts , 
» Je ne cherchais plus rien , lorfque je l'ai trouvée ». 

Goudouli ou GoudouliNj célèbre Pocte Gafcon , né à Touloufe , en 
1579, écait fils d'un Chirurgien. 11 fit des chanfons qui lui acquirent 
beaucoup de réputation. Il était fi pauvre que fes concitoyens lui firent 
une penfion viagère. Il mourut à Touloufe , le 10 Septembre 1 549. 

Son poème fur la mort d'Henri IV eft fort eftimé. 

CHANSON. 

Jantis Paftourelets , que deflbus les ombrettes 
Sentes abafîma tout calimas del jour, 
Entre que tous aufels per faluda l'Amour, 
Enflors le gargaillot de mille canfonnettes. 

• ■ ■ 

Traduction. 

o Bergers aimables , qui fous les ombrages 
» Sentez appaifer la chaleur du jour , 
» Tandis que les oifeaux , pour faluer l'Amour , 
» Enflent leur gofîer par mille chanfonnettes ». 

Grange Chancel ( Jofeph de la ) > Gentilhomme , né au château d'An- 
toniac en Perigord , le premier Janvier 1676, avec un penchant invin- 
cible pour la fatyre , était, cependant bon mari , bon père , bon ami ôc 
bon citoyen. 

11 ofa faire paraître fes Philippiques contre le Duc d'Orléans, Régent 
qui fe contenta de le faire enfermer aux îles Ste. Marguerite , d'où il fe 
fauva. Après la mort de ce Prince , il revint finir tranquillement fes jours 
dans le fein de fa famille. On a de lui huit Tragédies. 

Il donna à l'Opéra, en 1702 , Médus ^ mufiquede Bouvarf y en 1706» 



t;« ESSAI 

CaJJ'andre , idem ; en 17 17 , en fociété avec Roy, Ariane > mufique de 

Mouret. 

Grécourt ( Jean-Baptifte-Jofeph j Abbé de ) j né à Tours, en 168$ , 
8c Chanoine de S. Martin , fit le fameux poeme de Philotanus , des 
fables, des contes, des épîtres , des épigrammes Se dejolieschanfons.il 
mourut à Tours le deux Avril 1743. 

M. Paliflot dit qu'il eft à la Fontaine , ce qu'un Satyre eft à une Grâce. 

CHANSON. 

«J Près d'un bal, un fiacre habile 
u S'alla placer à propos, 
» L'Amour trouvant cet afyle , 
» Propre à cacher fes travaux, 
» Ouvrit fa bourfe, 
» Et lui paya fon repos 
» Plus que fa courfe »■ 

Gresset ( Jean-Baptifte-Louis ) , né à Amiens , en 1709 , d'un Eche-' 
vin de cette ville } fe fit Jéfuite à feize ans ; mais encouragé par les fuc- 
cès mérités du Vert-Vert , il quitta bientôt cet état , pour fe livrer en- 
tièrement à la poéfie j il fit enfuite les Ombres 8c la Chartreufe , rem- 
plis de détails intéreflans, malgré la igeherefle. du fond. 

L'Epître au père Bougeant eft peut-être le morceau le plus parfait d'une 
morale faine 8c pure ; &c la Lettre fur la convaiefeenee de fa fœur eft un 
chef-d'œuvre de fentiment. Greflet ne fut pas fi heureux dans le genre tra- 
gique : aufli fe rendit-il juftice ; & après avoir donné la tragédie d'E- 
douard , il renonça à ce genre. Sidney qui parut peu de tems après , n'eut 
qu'un fuccès médiocre , qnoiqne plein de vers charmans. 

En 1747 j il donna le Méchant , qui eut un fuccès prodigieux , 8c il fut 
reçu peu de tems après à l'Académie Françaife à la place de Danchet. 

Il fe retira bientôt à Amiens , 8c y établit une fociété littéraire , dont 
le Roi le nomma Président perpétuel j mais il n'en fit qu'une feule fois 
les fonctions ,-fic fi; borna au titre d'Académicien honoraire. 

On lui donna le cordon de S. Michel j il fut Hiftoriographe de l'ordre 
de S. Lazare en 1777 , £c mourut le feize Juin de la même année. 



SUR LA MUSIQUE. t} 9 

Guichard ( Henri), Contrôleur des bâtimens du Roi, en 1703 , 
donna la tragédie cVUIyJfej mufique de Rebel le père, Il eut un procès 
célèbre contre Lully 3 cjui l'accufa d avoir voulu l'èmpoifonner dans du 
tabac. Il y eut plufîeurs facxums répandus des deux côtés. Le Roi afïbupit 
cette affaire , & leur ordonna de palier une crahfa&ion pour la terminer 
entièrement. 

Guichard alla quelque tems après établir un fpe&acle en Efpagne. 

Guichard ( Mlle. Louife-Adélaïde-Eléonore ) , née à Evreux le 28 
Février 17 19 y morte à Paris le 23 Juillet 175 1 _, fans avoir été mariée. 

Elle était fille de Jacques Guichard 3 Ecuyer , intérelfé dans les fermes 
du Roi , & de Marie-Françoife de la Biche , fa femme. 

Elle eft auteur de plufîeurs chanfons & de diverfes poéfîes lyriques , 
dont le recueil n'a point été imprimé. On fait aulîî que le roman inti- 
tulé : Mémoires de Cécile , eft d'elle. M. de la Place en a été l'éditeur. Ils 
ont été imprimés en 17 5 1. 

On a d'elle une grande quantité de lettres charmantes , qui prouvent de 
l'efprit j de la facilité , 8c fur-tout beaucoup de fentiment. 

CHANSON. 

« D'Apollon l'aimable artifice 
» M'effraye, quand je veux rimer j 
» Dans l'arr des vers je fuis novice, 
» Cher Mifis , je ne fais qu'aimer. _ . 

» Souvent en faveur de la rime. 

» Que devient la fincérité î 

» En t'offrant une tendre eftime, 

» Mes vers difent la vérité. 

» Berger , pour me dire je t'aime , 
» Tu n'invoques point d'Apollon ; 
» Ton cœur s'exprime de lui-même > 
» Et vaut pour moi tout l'hélicon. 

i> D'un amour vertueux , fincere , 
i> Je te dois le timide aveu : 
» Ah ! pourquoi voudrais-je le taire l 
» Puis- je rougir d'un fi beau feu l 



it?e> ESSAI 

» De tous les amans de norie âgc a 
» Toi feul as mérité mon cœur ; 
» Non tu ne feras point volage , 
» J'en crois ton innocente ardeur. 

» On dit que l'amour eft un crime ; 
m Ce Dieu , fans doute eft peu connu : 

» Quant il eft le fils de l'eftime, 
» Il n'infpire que la vertu ». 

AUTRE. 

• Vous m'aimez , dites-vous ? ah ! votre cceur volage 
» N'eft point fenfible à mes foins emprefles , 
» Vous pouvez m'aimer davantage , 
» Vous ne m'aimez donc pas allez ». 

Vers au Docteur Boyer qui lui avait envoyé du papier. 

ce Mon cher Dodteur, i quel ufage 
n Deftine-tu le don que tu me fais ? 
» Si c'eft pour l'employer en galant badinage ; 

» En billets doux, tendres poulets, 
» Ce fera bien perdu, franchement c'eft dommage: 

» Mais ce n'eft pas non pins , je gage , 

» Pour enregiftrer tes bienfaits j 

» Car il en fallait davantage. 



» Toi , qui des jours à' Adélaïde , 
» Par ton art tout divin , as confervé le cours , 

» Le deftin ordonne & décide 
» Que , docile à ta voix , fenfible à tes fecours , 

» Son jeune cœur qui prit toujours 

» La reconnaiflance pour guide 
» D'un fentiraent fi pur , marquera tous fes jours ». 

Guichard ( Jean-François ), a fait beaucoup de petites pièces fugitives 
& des chanfons fort agréables. 

Il a donné à la Comédie Italienne le Bûcheron j muiique de M. Phi- 
lidor. Cette pièce a eu beaucoup de fuccès j & le méritait. 

Haber 



SUR LA MUSIQUE. ïfft 

Habert ( Philippe ) , né à Paris , en 1605 , & frère de l'Abbé Ha- 
bert de Cerify , qui fit les yeux d'Iris changés en qflres , & qui , ayant 
été l'un des premiers Académiciens Français, mourut en 1655 _, était 
Commiflaire d'artillerie, lorfqu'il fut tuéj en 1537, au fiege d'Emery , 
entre Mons & Valenciennes. Un baril de poudre qui fauta, fît tomber 
une muraille qui l'accabla fous fes ruines. Sa meilleure pièce eft le 
Temple de la Mort, qu'il avait faite pour le trépas de Mlle. d'Effiat , pre- 
mière femme de M. de Meilleraie. 

En voici le début : 

s Sous ces climats glacés, où le flambeau du monde 

» Epand avec regret fa lumière féconde , 

»> Dans une iile déferte , eft un vallon affreux 

» Qui n'eut jamais du ciel un regard amoureux^ 

» Là , fur de vieux cyprès dépouillés de verdure , 

» Nichent tous les oifeaux de malheureux augure. 

1» La terre n'eft que cendre , & l'herbe que poifons ; 

m Et l'hiver y tient lieu de toutes les faifons. 

» Tous les champs d'alentour ne font que cimetières; 

» Mille fources de fàng y font mille rivières , 

» Qui traînant des corps morts & de vieux offemens x 

» Au lieu de murmurer, font des gémiflemens } ». 

il fut auffi de l'Académie Françaife. 

CRANS ON 

« Enfin , adorable Silvie , 

» J'ai triomphé de mes malheurs : 

» Le [fommeil a féché mes pleurs : 
» Le frère de la mort m'a redonné la vie ; 
» J'ai vu dans un moment un cœur impérieux 
» Quitter avec plaifir cette humeur fi farouche , 

» Et j'ai vengé fur votre bouche 

» Le mal que m'avaient fait vos yeux »; 

Haguenier ( Jean ) 3 né en Bourgogne, en 1678 , a fait des chanfons 
charmantes , & qui ont eu beaucoup de réputation : les meilleures font 
trop libres. Il mourut en 1738. 

Tome IF. X 



itf* 



ESSAI 

C H A N S ON. 

« Je n'ai pour toute maifon 

» Qu'une pauvre & îîmple chaumière ^ 

» Que dans le pays gafcon 

» On nommerait gentilhommière : 

» Là , loin du bruit & du fracas , 

» Sans chagrin & fans embarras, 

» Dans une heureufe obfcurité 

» Je jouis de la liberté. 

» J'ai dans le même canton 
» Une vigne pour héritage ; 
» Je prens foin de la façon , 
» Les Dieux béniffent mon ouvrage; 
» De ce bien j'ufe de mon mieux , 
» Je ne garde point de vin vieux , 
» La fin de mon dernier tonneau 
» M'annonce toujours le nouveau, 

» Que la fortune à fon gré 

» En impofe à ceux qu'elle joue : , 

» Affis au dernier degré, 

» Je vois de loin tourner fa roue. 

» La DéefTe, d'un vain éclat 

» Souvent revêtit un pied-plat : 

» Je ris de toutes fes erreurs , 

» Et je renonce à fes faveurs, 

» Trop penfer eft un abus : i 

» Qui veut prévoir eft miférable ; 
» Le pafTé ne revient plus , 
» L'avenir eft impénétrable , 
» Le préfent feul eft le vrai bien : 
» Ceft à lui que je dois le mienj 
» Que du plaifir qui va pafTant , 
» Un autre renaifle à l'inftant ». 

Autre attribuée à M. le Régent, 

m L'auftere philofophie , 

» En contraignant nos defirs> 



SUR LA MUSIQUE. \6 3 

» Prétend que dans cette vie, 
» Il n'elt point de vrais plaifîrs. 
» Je renonce à ce fyltême : 
>» Dieux! n'en foyez point jaloux! 
•» Dans les bras de ce que j'aime, 
» Suis-je moins heureux que vous } 

» Eh quoi ! m'avez-vous fait naître 
>» Avec des fens fuperflus? 
» Pour avoir le plailîr d'être, 
» Faut-il que je ne fois plus î 
» Je renonce à ce fyitême : 
» Dieux ! n'en foyez point jaloux ! 
» Dans les bras de ce que j'aime , 
» Suis-je moins heureux que vous i 

» D'un bonheur imaginaire 
» Je ne repais point mon cœur , 
» Lorfque le préfent peut faire 
» Mon unique & vrai bonheur. 
» Voilà quel eft mon fyltême, 
» Dieux ! devenez-en jaloux ! 
» Dans les bras de ce que j'aime," 
» Je fuis plus heureux que vous »« 

Hamilton ( Antoine Comte d' ) > né à Caen » en 1646 > & de l'il- 
luftre maifon d'Hamilton en EcolTe , fit quelques jolies poéfies & des ro- 
mans charmans , mêlés de profe ôc de vers. Le Comte de Gramont avait 
«poufé fa feeur. Il mourut le vingt 5c un Avril 1710. 

C H A N S ON. 

« Pourquoi vous offrir à nos yeux 

» Si brillante & fi belle? 
» L'éclat qui vous fuit en tous lieux 
» N'eft pas d'une mortelle : 

* L'amour emprunte vos attraits , 

» Pour faire des conquêtes ; 

• Et laiffè repofer fes traits 

» Dans les lieux où vous êtes ». 



&4 ESSAI 

A U T R E. 

« C'eft cet objet pour qui Phébus m'infpire ; 
» Ceft elle enfin pour qui mon cœur foupire. 
» Mais 

» Amour , c'eft à vous à dire 

» Le refte de mes fecrets. 

t. Chantez oifeaux dès la naiffànte aurore J 
» Chantez fon nom toute la nuit encore \ 
» Mais 

» Dites-lui que je l'adore , 

» Où bien ne chantez jamais, 

» Doux roffignols , hôtes de ce bocage , 
» Dans vos concerts rendez-lui votre hommage J 
» Mais 

» Mêlez à votre ramage , 

n Mêlez ces nouveaux couplets ». 

Harpe ( Jean-François de la ) , né à Paris le vingt Novembre 1739. II 
donna le Comte de Varwick , en 1763 : Mélarùe parut en 1770. En dernier: 
lieu, il vient d'imprimer Barnevelt 3 drame en cinq actes 8c en vers ? 
imité de l'Anglais , & de donner au Théâtre français la tragédie des Bar-, 
mécïdes _, qui a eu onze repréfentations. Ses autres pièces de théâtre n'ont 
pas été imprimées , foir que fauteur les air rondamnrp»; , fn\t qu'il veu il ?f 
les retoucher. 

Parmi fes tragédies reçues , portées fur le répertoire des Comédiens , on 
compte celle de Menzicof, jouée en 1775 j furie théâtre de Fontainebleau. 

M. de la Harpe a remporté huit prix à l'Académie Françaife , quatre 
d'éloquence 8c quatre de poéfie. Nul homme de lettres n'en a obtenu au- 
tant j 8c ce qui n'efl: auffi arrivé qu'à lui , c'eft d'avoir été couronné à la- 
fois en profe & en vers., en 1771 8c en 1775. 

Les ouvrages de profe qui ont été honorés de la palme académique ï 
font: ['Eloge de Charles V, celui de Fénelon , celui, de Catinat , & un 
difeours fur les Malheurs de la guerre. Ceux de poélie font : l'Ode fur la 
Navigation , le Poète 3 les Talens , & les Confeils à un jeune Poète. On 
trouve dans l'édition en ûx. volumes des œuvres de M. de la Harpe , qui 






SUR LA MUSIQUE. ir% 

fe vend chez Pijfot , d'autres ouvrages en profe Se en vers , qu'il ferait 
fuperflu de détailler ici , entr'autres deux chants d'une traduction en vers 
de la Pharfale de Lucain , que l'Auteur promet d'achever. Il a donné la 
traduction en profe de Suétone & du Camoëns , qui ne font point dans 
le recueil de fes œuvres , & qui fe vendent féparément. 

M. de la Harpe a été reçu à l'Académie Françaife en Juin 1776. Quel- 
que tems auparavant , Sa Majefté lui avait accordé une penfion fur les 
Menus-plailirs , vacante par la mort de M. de Belloi. Son Altefle Impé- 
riale le Grand-Duc de Ruflie &c Sa Majefté le Roi de Suéde lui ont fait 
l'honneur de le choifir pour leur correfpondant littéraire. 

ROMANCE. 

« D'une amante abandonnée; 

» Pourquoi crains-tu la fureur î 

» Maître de ma deftinée , 

» Tu prononces mon malheur $ 

» A cette nouvelle affreuie , 

» Je fus prête d'expirer : 

» Mais je fuis moins malheureufe ; 

» A préfent je puis pleurer. 

r> Je t'ai fait trop voir , peut-être J 
» Ton pouvoir & mon ardeur. 
» En me laiffant moins connaître; 
» J'aurais mieux fixé ton cœur. 
» Mais j'ai cru, loin de rien taire J 
» N'en pas aiïèz exprimer ; 
» D'autres ont l'orgueil de plaire- ,' 
» Je n'ai que celui d'aimer, 

» En bien ! ce monde volage 
» T'offre-t-il de vrais plaifirs ? 
b Et l'objet de ton hommage 
» Va-t-il fixer tes defirs ? 
» Que ta maîtrefTe nouvelle 
» Doit être chère à tes vœux ! 
» Serais-tu donc infidèle 
» Sans devenir plus heureux ? 



\è6 ESSAI 

» Tu t'es mal connu toi-même, 
» Tu fcntiras ton erreur. 
» Tu mets ta gloire fuprême 
» A conquérir plus d'un cœur, 
» Mais la nature invincible 
» Te prefcrit une autre loi. 
» Elle t'a formé fenfible ; 
» Elle t'a formé pour moi. 

» Lorfqu'à des beautés trompeufeS 
» Tu feras las d'obéir , 
» De tes victoires honteufes 
» Lorfque tu fauras rougir, 
» Viens retrouver ton Amante, 
» Viens lui confier ton fort ; 
» Tu la reverras confiante , 
» Elle n'attend qu'un remord. 

» Ne crains point que ma vengeance 

» Abufe d'un tel moment. 

» Je mettrai ma jouiffance 

» A conferver mon amantt 

» Va , ma tendreffe eft fi pure ; 

» Que je croirai , malgré toi , 

» En oubliant ton parjure , 

» Ne rien faire que pour moi », 

AUTRE. 

» O ma tendre mufette! 
s> Mufette des amours ! 
» Toi qui chantais Lifette; 
» Lifette & les beaux jours! 
» D'une vaine efpérance 
» Tu m'avais trop flatté j 
» Chantes fbn inconftance 
» Et ma fidélité, 

» C'eft l'amour , c'efl fa flame 
» Qui brille dans fes yeux ; 
» Je croyais que fon ame 
» Brûlait des mêmes feur. 
» Lifette à fon aurore 



SUR LA MUSIQUE. it 7 

» Respirait le plai/îr ; 
» Hélas ! fi jeune encore, 
» Sait-on déjà trahir î 

» Sa voix pour me féduire," 

» Avait plus de douceur ; 

h Jufques à fon fourire , 

r> Tout en elle eft trompeur ; 

» Tout en elle intérefTe , 

• Et je voudrais , hélas i 

» Qu'elle eût plus de tendrefle , 

» Ou qu'elle eut moins d'appas. 

» O ma chère Mufette , 

» Conlble ma douleur ! 

» Parles-moi de Lifette , 

» Ce nom fait mon bonheur, 

» Je la revois plus belle , 

» Plus belle tous les jours ; 

» Je me plains toujours d'elle ', 

» Et je l'aime toujours ». 

Couplets à Madame *** qui danfaït au bal. 

» Oui , la Mule pleine d'appas 

» Qui préfide à la danfe , 
» A dû former les premiers pas 

» Qu'eflaya ton enfance. 
» Oui , la Déeffe du Printems 

» Te donnant fa parure , 
» T'apprit à courir dans nos champs 

» Sans fouler la verdure. 

s Telle Flore au foir d'un beau jour 

» Fuit devant le Zéphire , 
» S'arrête , & d'un œil plein d'amour 

» Vient encor lui fourire. 
» Mais , fi de tes regards charmans- 

» Flore avait le langage , 
» Zéphir, des volages amans 

» Ne ferait plus l'image. 

» Ah ! Dieu ! que de légèreté , 
» De grâce & de foupleffe ? 



ï<?S ESSAI 

» C'eft l'abandon , c'eft la gaité 

» De l'amour qui careiïè. 
« Amis , répandons fur fes pas 

» Les fleurs de nos prairies ; 
» Les fleurs fous fes pieds délicats ' 

>» Ne feront point flétries. 

» Le cœnr le moins fait pour aime* 

» Te ferait-il rebelle ? 
o De tant d'attrairs faits pour charmer , 

» Le moins eft d'être belle. 
y> Ta fille feule avec le teins 

» Peut être ton égale ; 
u Jufqu'au jour qu'elle aura quinze ans 

» Ne crains point de rivale ». 

Hele (M. d' ) né en Angleterre , a donné aux Italiens , en 1778 , le 
Jugement de Midas , mufique de M. Crétry. Cette pièce a eu un grand 
fuccès .& le méritait. Il a donné en 177?} l'dmant Jaloux , mufique de 
M. Grétry , qui a eu le même fuccès. 

Helvetius ( Claude-Adrien ) , Maître-d'hôtel ordinaire de la Reine, Se 
Fermier général, né à Paris , en 17 iG ', abandonna une place, d'un revenu 
immenfe dans ce tems-là , pour fe livrer entièrement aux Mufes. 

Il prouva que la véritable philofophie fait borner fes defîrs , ôc n'ufa 
de fa fortune que pour le bonheur de fa famille &c de fes amis , qu'il re- 
gardait comme en faifant partie. Les fervices qu'il a rendus , font innom- 
brables , & ont le double mérite de n'avoir été connus dans le tems que 
de ceux à qui il les rendait. 

On connaît le fort de fon fameux livre de l'Efprït. M. Helvetius n'eut 
de chagrins dans fa vie que ceux qu'il dut à la célébrité de cet ouvrage. 
Epoux fortuné, excellent père, bon ami, que lui reftait-il à délirer? Le 
repos , qu'il perdit au moment où fon livre parut , qu'il s'efforça de re- 
trouver par le fecours de la philofophie , mais qu'il ne put entièrement re- 
couvrer , &? dont la perte le conduifît infenfiblement au tombeau dans 
l'année 1771. Il avait époufé Mlle, de Ligniville , d'une des plus an- 
ciennes maifons de Lorraine , femme aulli eftimable par le courage de 
fon efprit que par la fenfibilité de fon cœur. 

Depuis 



SUR LA MUSIQUE. i6 9 

Depuis la mort de M. Helvetius , on a donné plulïeurs de fes ouvrages 
en vers, &: j entr'autres, un poëme fur le Bonheur. 

Son Epitaphe 3 par M. Dorât. 

a Bienfaiteur délicat, riche fans étalage, 
» Père tendre, ami généreux, 
» Au fein de l'opulence, il eut les mœurs d'un fage, 
» Et fon or lui fervit à faire des heureux. 

» Mais vers le déclin de fon âge , 
a Des vices de fon tems , la défolante image 
» Vint le bleiïer d'un trait fi douloureux , 

a Qu'au-delà des rivages . fomb.es , 
» Entre Platon & Lucrèce attendu, / 
s» Doucement il eft defeendu 
» Chercher des vertus chez les ombres, a. 

Hénaut ( Charles- Jean-François ) , .né à Paris , en .i6"S 5 , fut Préfident 
honoraire au Parlement de Paris, &: Surintendant de la maifon de Madame 
la Dauphine. . . 

Son abrégé chronologique de l'Hiftoire de France qui parut en 1744, a 
fait fa réputation. Il fut reçu de l'Académie Franç'aile en 1713 , ôc a fait 
quelques pièces de théâtre imprimées & non jouées. 

Marié en 1714 avec Mlle, le Bas de Montargis 3 il n'a point laine d'en- 
fans , ôc mourut le vingt-quatre Novembre 1770. 






Vers en envoyant à une Ddmc un cachet antique* 

t Sous ce cachet ,' 
» Tu peux m'écrire fans fcrupule , 

» Sous ce cachet , 
» L'Amour le fit. pour le feçret,; 
» Il le grava du terns de Jule ; 
» Lesbie écrivait à Catulle 
. * Sous ce cachet ». 

C HA N S O rf. 



1 ■ 



« Il faut, quand on aime une fois, 

» Aimer toute fa vie : 
» Le bonheur dépend, d'un bon choix, 
» Et j'ai choifi Silvie s 

Tome IF. X 



l7 o ESSAI 

» Vénus , fléchiffez fa rigueur , 
» Son empire eft le vôtre ; 

» Ses regaids font plus fur un cœur 
» Que les faveurs d'une autre. 

» Un cœur qui s'en laifiê charmer, 
» Goûte un bonheur fuprême j 

» Le plaifir qu'on fen* à l'aimer , 
» Ajoute à l'amour même. 

» Tout ce qu'on voit en ces beaux lieu* j 
» Nous vante fa confiance ; 

» Les amours même les pi us vieux 
» Ont l'air de l'efpérauce. 

» Le même rameau tous les ans 
» Revoit lès tourterelles : 

m Le bonheur de vivre confiais 
» N'elt-il fait que pour elles ? 

» Pour Céphale, on a vu couler 
» Les larmes de l'Aurore j 

» Le tems n'a pu la confoler , 
» Elle en répand encore»» 

AUTRE. 

m Quoi ! vous partez , fans que rien tous arrête^ 
» Vous allez plaire en de nouveaux climats» 
m Pourquoi voler de conquête en conquête î 
» Nos cœurs fournis ne fufEfaient-ils pas î 
» Quoi ! &c. 

» Père du jour , éclairez fon voyage ; 
» Parez les cieux des plus vives couleurs» 
» Ne la voyez qu'à travers un nuage , 
» Sur fon chemin faites naître des fleurs» 
» Père du jour, &c. 

» Peuples heureux qui verrez tant de charmes ,. 
» Vous ignorez le fort qui vous attend ; 
» Le Dieu qui caufe aujourd'hui nos alarmes , 
» Vous vendra cher le plaiûr d'un infant j 
K Peuples heureux, &s, 



SUR LA MUSIQUE. '171 

Autre fur la maladie de l'Abbé de Çhaulieu. 

« J'ai couru chez le pauvre Abbé f 

» Il eft fur la litière , 
» Martyr du fils de Semelé 

» Et du Dieu de Cythere, 

• Les Amours auprès étendus , 

» Qu'avec lui l'on vit naître , 
■ DiCent : nous ne fervirons plus , 
» C'eft notre dernier maître. 

» L'un lit, pour charmer Ion repos g 

» Les annales facrées , 
» Ou les myfteres de Paphos 

» Et les loix font gravées» 

m Ils chantent cet art fédut"teai 
» Si cher à fa mémoire , 

• A qui Chaulku doit fon bonheur; 

» Et qui lui doit fa gloire ». 

AUTRE. 

«* N'était-ce pas aflèz qu'Ifmene fut volage • 
•• Pour me mieux accabler , elle me rend fon coeur j 
•• Mais la mort à mes yeux cauferait moins d'horrem 
» Qu'un cœur capable de partage. 
» Amour , quelle eft la rigueur de tes loix » 
«• Je meurs de mes regrets Se de ma réfiftance. 

» Faut-il que je foudre à la fois 
>• Par fon retour fie par fon iuconftance ! » 

Henri IV. Ce grand Roi adoré de fes fujets j Se qui vit encore dans le 
cœur des Français , ne dédaignait pas de faire quelques chanfons. 

CHANSON. 

m Charmante Gabrielle, - 
»» Percé de mille dards , 
h Quand la gloire m'appelle 
t Sous les drapeaux de Mare, 



17* 'ESSAI 

» Cruelle départie ! 

» Malheureux jour f 
» Que ne fuis-je fans vic- 

» Ou fans amour ! 

» Bel a/tre que je quitte ,- 
» Ah ! cruel fouvenir 1 
» Ma douleur s'en irrite. 
» Vous revoir ou mourir,. 
» Cruelle, &c. 

» Partagez nia couronne^. 
» Le prix de ma valeur. 
» Je la tiens de Bellone , 
m Tenez-la de mon cœur :. 
» Cruelle , &c. 

» Je veux que mes trompettes, 
» Mes filtres , les échos 
» A tous momens répètent 
» Ces doux' & trifles mots ; 
» Cruelle, &c » 

AUTRE. 

« Viens Aurore , 

t> Je t'implore; 
» Je fuis gai quand je te voi j. 

» La bergère ■ , . 

». Qui m'eft chère , . 
» Efi vermeille comme toi» 

» THe rofée 

» Arrofée, 
» La rofè a moins de fraîcheur,. 

» Une hermine 
1 » Eft moins fine , 

»> Le lait a moins de. blancheur. 

» Pour entendre 
» Sa voix tendre, 

» On déferte le hameau, 
» Et Tytire 
» Qui foupire , 

» Fait taire fon chaiumeaB, 



SUR LA MUSIQUE, i 73 

» Elle eft blonde 

» Sans féconde, 
» Elle a la taille à la main j 

» Sa prunelle 

» Etincelle 
» Comme l'aftre du matin, 

» D'Ambroifie 

» Bien choilîe , 
• Hébé la nourrit à part : 

» Et fa bouche , 

» Quand j'y touche , 
« Me parfume de nectar ».. 

Heroet ( Antoine ) , né à Paris , fut parent du Chancelier Olivier ,. 8c' 
Evêque de Digne. 

On ne fait rien de fa naifïance j mais il donnait fous François I 8c- 
mourut à la fin de Décembre 156S. 

Il eft auteur d'un poëme intitulé : la parfaite Amie ( ou la Vertu ) 
& de quelques autres ouvrages. 

Pourtrait de l'Amour. 

a J'ai vu l'Amour pourtrait en divers lieux £ 

» L'un le peint vieil , cruel & furieux ; 

» L'autre , plus doux , enfant , aveugle , nu. 

» Chacun le tient pour tel qu'il l'a connu 

» Par fes bienfaits ou par fa forfaiture. 

» Pour mieux au vrai définir fa nature, 

» C'eft que chacun varie en fon cerveau 

» Un Dieu d'amour, pour lui propre & nouveau^ 

» Et qu'il y a , fi le dire eft permis , 

» D'aimer autant de fortes que d'amis », 

Jean (Saint), fit en 165)6' les paroles dAriadne Se Bacchus , tragédie* 
toufique de Marais. 

Jodelle ( Etienne ) 3 né à Paris , en 1 5 3 2 j d'une famille noble , était-- 
S'eigneur de Lymodin, 8c fort aimé de Henri II 8c de Charles IX. Il 



174 ESSAI 

vécut cependant dans la pauvrecé , Se fut un de nos premiers Poctes 
tragiques. 

Ce fut dans Arcueil qu'on lui facrifia un bouc fuivant l'ufage des An- 
ciens. Cette plaifanterie prit mal , & penfa lui être funefte ainfi qu'à 
Ronfard. Il mourut au mois de Juillet 1573. 

Joliveau (M.), ancien Directeur de l'Opéra, a donné en 1763 , fur 
ce rhéître , la tragédie de Polixene 3 mife en mufique par M. d' Auvergne y 
Surintendant de la Mufique du Roi... En 1771 , le Prix de la Valeur a 
manque du même Auteur. 

La Tour enchantée , ballet en un acte , repréfenté fur le théâtre de Ver- 
failles en 1770. 

Planeurs autres ouvrages qui n'ont pas paru , Se toutes les coupures Se 
les changemens néceffaires aux anciens opéra , à mefure qu'on les donnait , 
pendait dix-huit ans qu'il a été attaché à l'Cpéra. 

Jolly ( François-Antoine ) , Cenfeur Royal , né à Paris en 1672 , s'eft 
fait connaître par piufieurs éditions qu'il a données de Racine , de Mo- 
lière , de IviontMeury, Sec. Il a laine à la bibliothèque du Roi les maté- 
riaux d'un cérémonial français. 

On a de lui piufieurs pièces de théâtre. 

11 donna en 1709 Méléagre , mufique de Jean Stuck dit Baùftïn. 

11 mourut en 1753. 

Ju vigny ( Jean-Antoine Rigoley de ) , Confeiller honoraire du Parle- 
ment de Metz , de l'Académie des Sciences Se Belles-Lettres de Dijon , 
né à Paris , commença par fuivre le Barreau 3 Se s'y diftingua par piu- 
fieurs mémoires écrits purement Se d'un ftyle agréable j dans des affaires 
fingulieres Se piquantes. Il était alors fort difficile de fe faire une répu- 
tation dans ce genre de mémoires , M. de Gênes réunifiant tous les fuf- 
frages 3 par la légèreté Se l'agrément de fon ftyle. 

M. de Juvigny étant devenu honoraire , fuivait le goût qui l'entraînait 
rers les lettres , & fe confacra tout entier à cette douce étude. 

Il nous a donné une édition des œuvres de M. delà Monnoye, pré- 
cédées d'une vie de cet homme illuftre, qui fait le plus grand honneur 



SUR LA MUSIQUE. tjç 

à tous les deux. Son édition de la Croix du Maine & de du Verdicr eft 
remplie de notes favantes & d'heureufes corrections. Enfin l'amitié qu'il 
avait pour le célèbre Piron , a engagé M. de Juvigny à nous donner une 
édition complette de fes oeuvres, qu'il a ornées d'une vie très bien faite 
& fort intérefïànte de ce Poëte fi eftimé. Les recueils de pièces fugitives 
renferment prefque tous des vers très agréables de M. de Juvigny. Il fe- 
rait à defirer qu'il les raflemblât un jour , & qu'il y joignît ceux que fa 
négligence & fa modeftie condamnent depuis longtems à refter dans fon 
porte-feuille , & qu'il fît pour fes œuvres ce qu'il a fu fi bien faire pour 
celles des autres* 

Nous donnerons ici quelques-unes de fes chanfons. 

Chanfon tirée de l'élégie de Catulle , Lugcte , ô vénères, 

n Pleurez , Grâces , pleurez Amours j 

• Le Moineau chéri de Lesbie 

m Vient de finir fes heureux jours : 
y Les Dieux lui portaient trop d'envie 

» Elle l'aimait plus que fes yeux : 

» Il était fi beau , fi fidèle ! 

i» Mille baifers délicieux 

L'enchaînaient toujours auprès d'elle, 

» Si quelquefois il voltigeait , 
» Un figne, la moindre carefiê, 
» Tout aufli-tôt le ramenait 
» Sur le beau fein de fa maîtreffe. 

» Mais hélas ï cet aimable oifeau 
» Defcend fur le fombre rivage : 

a 

» Parque inhumaine , ton cilèau 
» De l'amour a détruit l'ouvrage. 

» Inflexible divinité , 

» Rien n'amollit ton cœur barbare j. 

• Sous tes coups tombe la beauté 
» Dans l'affreufe nuit du Tarrare* 
p Q toi qui faifais les plaiiù» 



% 7 'S ESSAI 

» De ma chère Se tendre Lesbie, 

» Quoi ! tu meurs ! fes pleurs , fes foupirî 

» Ne peuvent te rendre à la vie '. 

» Oifeau digne d'un meilleur fort , 
» Objet de l'amour le plus tendre , 
» Vois quels regrets caufe ta mort 
» Par les pleurs que tu lais répandre ■>■>* 

Dialogue unité de l'Ode d'Horace _, Donec gratus eram. 

Horace. 

« Tant que tu m'as aimé, lorfq'ie j'avais ta foi, 
V Que je pofledais feul & ton cœur & tes charmes j 

» Mes jours s'tcoul.iient fans alarmes , 

» Le bonheur était fait pour moi, 

L'ï D II.. 

9 Tant que je fus fidèle à ta chère Lydie,' 
» Que Chloé n'avait point encor fournis ton cœur » 
» J'étais au comble du bonheur , 
» Et les Dieux me portaient envie, 

H O R A C E. 

t> Par fon luth , par fa voix , Chloé fait m'attendrir \ 
» Elle feule à préfent tient mon ame afTervie ; 

» Pour elle , s'il fallait ma vie , 

s Je ne craindrais pas de mourir, 

Lydie. 

Il J'adore Calais , & Calais m'adore j 
g) Je mourrais mille fois pour mon cher Calais j « 
» Si les Dieux voulaient à ce prix 
w Joindre à fes jours les miens encorç, 

Horace. 

• Mais fi des plus beaux feux , le fincere retour , 
» De la tendre Lydie allait finir les peines 1 

» Si de Chloé brifant les chaînes , 

g Je te rendais tour mon amour ? 



Lydie. 



SUR LA MUSIQUE, 177 

Lydie. 

» Le charmant Calais envain a fu me plaire :' 

» Malgré ton inconftance , il eft plus doux pour moi 

» De vivre & mourir avec toi , 

» Et c'eft le fort que je préfère w. 

Imitation de l'Ode de Catulle : Paiïêr, delicia:. 

« Fortuné PafFereau , ton fort eft trop heureux ! 
» Tu fais tous les plaifirs de ma jeune maîtreflè; 
» Elle-même t'excite à becqueter fans cefle 
» Ou fes doigts délicats , ou fon fein amoureux. 

» Ce jeu devient pour elle une douce habitude j 
» Du feu qui la confume , il appaife l'ardeur j 
» Il ramené à propos le calme dans fon cœur , 
» Et bannit pour un tons fa tendre inquiétude. 

» Ah! s'il m'était permis, dans mes ennuis prefTans, 

» De jouer avec toi comme fait cette belle ; 

» Ou bien fi , comme toi , folâtrant avec elle , 

» Je pouvais foulager les maux que je refTens i 

» Que j'oublirais bientôt le tourment que j'endure ! 
» J'aurais plus de plaifir qu'Achalante autrefois 
» N'en eut au doux moment où , réduite aux abois, 
» Pour fon heureux vainqueur , elle ôta fa ceinture a*. 

L aines ( Alexandre ), néà Chimay dans leHainaut , en 1^50 , a fait 
quelques jolies chanfons. 11 voyagea dans la Grèce , dans l'Archipel , l'E- 
gypte , la Paleftine , la Sicile , Sec. Se revint enfuite dans fon pays où 
l'Abbé Faultrier , Intendant de Hainaut , le connut , le logea chez lui 5e 
lui donna fa confiance. 

Bientôt Laines le quitta pour voyager encore , Se il alla en Angleterre & en 
Hollande. Jamais on ne put favoir où il demeurait à Paris , pareeque , 
de quelqu'endroit qu'on le ramenât, il fe faifait toujours defeendre au 
Pont-Neuf. 11 mourut à Paris le 18 Avril 1710,0V; fut enterré à S. Roch. 
11 nous refte de lui quelques jolies chanfons. 

Tome IF. Z 



i 7 * 



ESSAI 
CHANSON. 

A Madame de Martel. 

« Le tendre Apelle , un jour, dans les jeux fi vantés, 
a» Qu'Athènes fur fes bords confierait à Neptune , 
u Vit au fortir de l'onde éclater cent beautés ; 

3> En prenant un trait de chacune 
m II fit de fa Vénus le portrait immortel. 
m S'il avait vu l'adorable Martel , 

» Il n'en aurait employé qu'une sj. 

A U T R E. 

« La fable, entre mille plaifirs 
p Et mille flots badins conduits par des zéphirs, 
» Fit naître une Vénus de l'écume de l'onde : 
9 Que la Grèce murmure ou que la fable gronde y 

» La Champagne le verre en main , 
» A l'afpeét des preflbirs que fa liqueur inonde, 
» L'a fait naître aujourd'hui de la mouffe du vin », 

AUTRE. 

« L'aurore à peine ouvrait les cieux, 
» Qu'à la faveur d'un fonge officieux , 
» J'ai cru vous voir moins inhumaine. 
» Quels plaifirs ! quels ardens tranfports t 
» Que je ferais heureux , Climene , 
» Si je veillais comme je dors », 

AUTRE. 

« Un ruiffeau m'endormait, en tombant dans la Seine \ 
» Mille oifeaux m'éveillaient & ranimaient ma veine ; 
» Une aurore naiffante éclairait un chemin , 
» D'où le Zéphir & Flore, avec leur douce haleine, 
» Faifaient neiger fur moi la rofe & le jafmin. 
» J'appercus tout-à-coup la beauté que j'adore. 
» J'oubliai les ruiflèaux , 
a Je ne vis plus d'oifeaux , 
» Je ne vis plus de Flore , 
» De rofes , de jafmins ,. de zéphirs , ni d'aurore », 



SUR LA MUSIQUE. i 7j > 

La Lane ( Pierre de ) , fils d'un Garde des rôles du Confeil privé , 
tirait fon origine de Bordeaux , où fa famille occupait un rang diftingué 
dans le Parlement. Il était proche parent de l'Abbé de la Lane , Cha- 
noine de Notre-Dame , qui fut envoyé à Rome dans le dernier fiecle pour 
y défendre la doctrine de S. Auguftin. On croit qu'il fut attaché au Duc de 
Retz, & on fait qu'il alla avec lui en Bretagne en 1639. 

Il fe maria cette même année avec Marie Gafielle des Roches , fille de 
condition , qu'il aimait paflionnément , &c dont il était aimé, de même ; 
mais il eut le malheur de la perdre la cinquième année de fon mariage : 
elle mourut en 1 644 , lui lailfant un fils. 

La douleur de la Lane fut égale à fon amour , & lui fit produire les 
meilleures de fes pièces. Cette douleur fut caufe de fon voyage en Italie j 
où il demeura longtems j mais depuis cette époque , la feule chofe que 
l'on fâche de lui, c'eft qu'il mourut en 15 61. 

Fontenelle aflure que fes poéfies marquent un bel efprit 3 un bon naturel 
8c un cœur tendre \ il ne compofa guères de vers , que pour célébrer les 
perfections de fa femme , le bonheur qu'il eut de la polîéder , & fa dou- 
leur de l'avoir perdue. 

Il ne fit jamais imprimer que trois de fes pièces j on en a ralTemblé huit 
©u neuf autres depuis fa mort. 

Sonnet à fes Amis fur la mort de fa Femme. 

« Ceffez de rappeller mon ime fugitive; 

» La mort, que vous croyez le plus grand des malheurs j 

» Se dépouille aujourd'hui de feS noires couleurs , 

» Et paraît à mon cœur trop lente Se trop tardive. 

» Ëtes-vous envieux du bonheur qui m'arrive , 

» Jufqu'à me délirer au (éjour des douleurs ? 

» N'êtes-vous point rafles dé voir couler mes pleun , 

» Et d'entendre ma voix gémiffante & plaintive. 

» Quoi ! ne lavez-vous pas , vous qui plaignez mon fort , 

*> Qu'Amarante a fubi le pouvoir de la mort , 

» Et que l'amour devait m'obliger à la fuivre ? 

» Tous vos confeils en vain me veulent fecourir ; 

» S'ils n'ont pas le pouvoir de la faire revivre, 

» Ils ne peuvent auffi m'empêcher de mourir». 

Z 2 



i8o ESSAI 

Lambert ( M. de S.), né à Nancy, en 17 17, a fervi longtems dans 
l'Infanterie , puis dans les Etats-Majors de différentes armées. Il devine 
enfuite Grand-Maître de la garde-robbe du Roi de Pologne Staniflas , 
qui , jufqu'a fa mort , le traita comme fon ami. 

Tous ceux qui aiment les lettres , connaifTent fes charmantes pièces 
fugitives & fon poëme des Saifons. Nous ne rapporterons ici que 
quelques-unes de fes chanfons pnfes au hazard : il en eft peu de 
plus jolies. 

CHANSON. 

« Sans dépit, fans légèreté, 
» Je quitte unelmatite volage, 
» Et je reprens ma liberté v 
» Sans regretter mon efclavage. 

» Ce matin j'ai cueilli des fleurs , 
v Sans faire un bouquet pour Lifette, 
. » J'ai déjà quitté fes couleurs , 

» Je vais lui rendre fa houlette. 

» Sans rougir j'ai vu fous l'ormeaa 
» Silvandre aux pieds de l'infidellej 
» J'ai joué fur mon chalumeau 
» L'air que Silvandre a fait pour elle. 

» Je ne fais plus dans nos vallons 
» Retentir le nom de Lifette , 
» Je veux lui dire les «chanfons y 
» Que je ferai pour Timarette. 

» Si quelquefois dans le fommeil 
» Ses faveurs me font retracées , 
» Elle n'eft plus à mon réveil 
a> La première de mes penlëcs. 

» Je ne viendrai plus en ces lieux 

» Refpirer l'air qu'elle refpire , 

» Je ne cherche plus dans fes yeux 

» Ce que je dois penfer & dite. 



SUR LA MUSIQUE. 181 

» Lifette a perdu plus que moi , 
» J'étais tendre , elle était coquette : 
» Lifette a perdu plus que moi ; 
• Non , non , je n'aime • plus Lifette >u 

A U T R E. 

a Elle a d'Hébé la fraîcheur immortelle, 
» Le fouris fin , les grâces de l'Amour , 

» Ce Dieu près d'elle 

» Fixe fa cour ; 
r Et mille cœurs , enchaînés chaque jour , 
» La font jouir du plailir d'être belle. 

t> Deviens, Amour, ion vainqueur & fon maître; 
» D'un cœur fournis qu'elle accepte les vœux. 

» Mais qui doit être 

» L'amant heureux ? 
» Charmant Amour, c'eft le plus amoureux j 
» Tu le connais , ah ! fais-le lui connaître ». 

A U T R E. 

« Dans le fein des faveurs de la beauté que j'airne, 
*> Je dételle le trait dont l'Amour m'a fiappé; . 
» Mon rival plus heureux goûte un bonheur fuprême: 
» On nous trompe tous deux ; mais il eft mieux trompé ». 

AUTRE. 

La Caprïcïeufe. 

« Mon deftin auprès de Clime'ne, 
» Varie à chaque inftant du jour ; 
» Un caprice infpire fa haine , 
d Un autre lui rend fon amour. 

» Elle m'a dit : Lindor, je t'aime; 
r> Ton cœur a mérité ma foi; 
» Elle m'a dit à l'inftant même, 
19 Lindor, je me moquais de toi. 



182 ESSAI 

vt Au moment ou fa voix m'appelle 
» Climène fonge à «n'éviter. 
» Je ne vais chercher auprès d'elle 
» Que le regret de la quitter. 

» Elle eft trifte dans mon abieuce, 

» Et rnéprifè alors mes rivaux : 

» Elle les vante en ma préfence , 

» Et leur parle de mes défauts. 

» Mes tourmeus pour elle ont des charmes; 

>» Elle cherche à les irriter , 

» Et je la vois verfèr des larmes, 

• Lorfque je viens les lui conter. 

» Je lui portais les fleurs qu'elle aime ; 
» Elle les prit avec dédain.; 
» Elle me donna le loir même, 
b La rôle qui paraît Ton lèin. 

» Un jour Climene moins cruelle 
y Avait pris foin de me calmer , 
to Et je m'ennivrais auprès d'elle 
» Du bonheur de plaire & d'aimer. 

» Dans la plus profonde trifteiïè, 
s Je la vis bientôt fe plonger ; 
» Je l'offenfais par mon ivrefTe : 
» Mes plaiûrs femblaient l'affliger. 

» Elle eft fimple, fans artifices; 

» Nul amant n'a tenté fa foi , 

» Et fidelle dans fes caprices, 

v Elle n'aime & ne hait que moi. 

b Beauté ft douce & fi terrible, 

» Souvent aimé , jamais heureux , 

» Que tu fois cruelle ou fenfible, 

a Je n'en fuis pas moins amoureux. 



SUR LA MUSIQUE. 183 

» Par tes rigueurs ou ton abfence 
» Cefie de déchirer mon coeur. 
• » Je t'aimerais fans inconftance , 

» Quand tu m'aimerais fans humeur ». 

Lattaignant ( Gabriel-Charles de ) , Chanoine de Reims , né à Pa- 
ris vers 1701 , Se mort dans cette ville le dix Janvier 1779. De fon re- 
cueil en quatre volumes remplis de jolies chanfons , nous ne rapporterons 
que les fuivantes. 

CHANSON 

Sur M. le Maréchal de Richelieu & Mai. de la Martellitre* 

« Lifette eft faite pour Colin, 

» Et Colin pour Lifette. 
» Il eft volage, il eft badin, 

« Elle eft vive & coquette» 
» Colin tolère fes rivaux , 

» Lifette fes rivales. 
» Il prime parmi fes égaux, 

» Elle, entre fes égale* 

» Lifette amufè mille Amans, 

» Colin toutes les Belles, 
» Tous deux en amour font conftans, 

» Et tous deux infidèles. 
» Il eft le plus beau du haraean, 

» Comme elle eft la plus belle. 
• Colin refleroble au franc moineau > 

» Lifette à l'hirondelle. 

» Sans foupirer & fans languir, 

« Ils amufent l'abfence 
» Par les plaifirs du fouvenir 
y » Et ceux de l'efpérance. 

» Où s'ils diflipent leur chagrin 

» Par quelqu'autre amourette, 
» Lifette revient à Colin, 

» Et Colin à Lifette. 

» S'il naît quelque difpute entr'eux, 
» C'eft an léger orage , 






18* 



ESSAI 

» Qui bien loin de brifer leurs nœuds, 

» Les ferre davantage. 
» Quels torts pourraient-ils £e donner, 

» Egalement coupables? 
o Ah! pour ne pas fe pardonner» 

» Tous deux font trop aimables. 

» Les foupçons jaloux , les foupirs 

» Ne troublent point leurs chaînes ; 
» D'Amour ils goûtent les plaifirs , 

» Sans en fèntir les peines. 
r> Amans, qui voulez vivre heureux, 

» Prenez-les pour modèle ; 
r> Et n'imitez plus dans vos feus 

» La fotte tourterelle ». 

AUTRE. 

« Je ne forme point de defirs 

n Qu'autant qu'exigent les plaifirs , 

i> Et pour gojîter la vie , 
o De ce que j'ai , je fais jouir , 
» Ce que je ne puis obtenir 

» Me caufe peu d'envie. 

• Tous les jours je rends grâce aux Dieux 
» Des bienfaits que j'ai reçus d'eux , 

» Et ne fais nulle plainte : 
» Soumis aux ordres du deftin , 
n Tranquillement j'attends ma fin, 

» Sans defir & fans crainte. 

» Le pafTé ne peut revenir , 
» On ne peut prévoir l'avenir, 
» Du préfeut on eft maître $ 

• J'en jouis fans l'aprofondir. 

» Les Dieux m'ont formé pour jouir, 
» Et non pas pour connaître. 

» Je m'amufe fans m'occuper : 
x L'étude a fu me détromper 
» Du profit qu'on en tire. 



» Que 



SUR LA MUSIQUE. 18; 

» Que fett de lire & méditer! 
» Hélas ! l'on n'apprend qu'à douter 
» En cherchant à s'inftruire. 

» Raifon, que fert ton vain flambeau, 
» Qui doit, dit-on, jufqu'au tombeau 

» Eclairer l'homme fage î 
• Dans notre enfance à peine il luit, 
» Dans la jeunefle il éblouit; 

» Il s'éteint avec l'âge. 

» Que l'homme ert grand ! qu'il eft petit! 
» Qu'il eft borné! qu'il a d'efprit : 

» Prodigieux emblème! 
» Des aftres il connaît le cours, 
» Celui des faifons & des jours, 

» Et s'ignore lui-même ». 

AUTRE. 

« Comme un chien dans un jeu de quille 

» On reçoit une pauvre fille, 

» A l'inftant qu'elle vient au jour : 

» A quinze ans, quand elle eft gentille, 

» Elle nous reçoit, à fon tour, 

Comme un chien dans un jeu de quille t. 



» 



Tome IF. 



AUTRE. 

o Jeune Iris , fouffrez fans courroux 

» De palier pour coquette : 
» Pourquoi vous oftenferiez-vous 

» D'une telle épithete? 
» Quelque grain de légèreté 

» Et de coquetterie 
» Ajoute encore à la beauté, 

» Le titre de jolie. 

» Pourquoi vouloir mal-à-propos 
» Vous piquer de confiance? 

» Cette trifte vertu des fots 

» N'eft plus de mode en France. 



i8tf ESSAI 

» LaifTez aux belles du commun 

» L'honneur d'être confiante. 
v Vaut-il mieux n'en rendre heureux qu'un,' 

» Que d'en amufer trente. 

» Les belles dont l'antiquité 

» Confacre la mémoire 
» Avec plus de fidélité , 

» Auraient eu moins de gloire i 
» Et fans le nombre des Amans 

» Qui les ont adorées, 
» Que -de Déefles de ce. tems 

» Qui feraient ignorées 1 

» Imitez toujours nos guerriers y 

» Si jaloux de la gloire ; 
» Us ne veulent que des lauriers 

» Pour prix de leur viûoire. 
» A peine un cœur eft-il dompté , 

» Attaquez-en un autre. 
» Triomphez de leur liberté , 

» Jouiiïez de la vôtre >v 

Laujon (Pierre de), Pocte agréable, ingénieux 8c délicat , né a Paris, 
en 17x8, de l'Académie des Sciences & Arts de Châlons, Commilfaire 
des guerres , & Secrétaire des commandemens de M. le Duc de Bourbon , 
commença fa carrière littéraire en forçant des Jéfuites , par quelques paro- 
dies qu'il fit en fociété avec M. Favart , 8c qui furent données à la Co- 
médie Italienne 8c à l'Opéra-comique. Encouragé par quelque fuccès , il 
feflaya de voler de fes propres aîles } 8c donna en 1747 l'opéra de Daphnis 
8c Chloé ', dont Boifmortier avait fait la mufique. Cet ouvrage rempli 
de jolis vers 8c de jolis chants , eut beaucoup de fuccès. 

Fufelier 8c la Bruere qui faifaient alors le Mercure, appliquèrent à 
M. de Laujon ce vers de Virgile : 

Pajlores 3 hederâ crefccntem ornate Poe tant. 

Il eft vrai que le ftyle de ce ballet eft plein de fentiment & de naï- 
veté , & la poéfie facile 8c pleine de grâces. Pour -deux fàifeurs à'cpéra , 
ce n'était pas mal traiter leur jeune confrère.. Vers ce tems-là , M. le 



SUR LA MUSIQUE, 187 

Comte de Clermont confia à M. de Laujon la place de Secrétaire de fes 
commandemens 3 quoiqu'il eût à peine dix-neuf ans , 8c il a confervé pour 
lui , jufqu'à fa mort , les mêmes bontés 8c la même confiance. 

Dans l'efpace de cinq ou fix ans , M. de Laujon fit pour les petits 
appartemens les opéra de Léandre. 8c de Hero ; la Toilette de Vénus ; 
Eglé 3 dont le fuccès eft fi connu ; Silvie , d'abord mis en mufique par M. 
de la Garde , enfuite par MM. Berton 8c Trial ; Ifmène 8c Ifmenias , 
repréfenté fur le théâtre de Choify le treize Juin 1763 , puis fur celui de 
Paris en 1770: opéra dans lequel on a vu le ballet de Médèe 8c de 
Jafon , le premier de ce genre qu'on ait vu en France , 8c dont l'idée 
appartient entièrement à M. de Laujon 3 puifqne le programme en était 
fait ainfi que la mufique, lorfque ce ballet parut fur les théâtres de Stu- 
gard & de Vienne. 

Le tems que M. de Laujon employait à travailler pour les théâtres > ne 
l'empêcha pas de trouver des momens à confacrer à l'amufement des (o- 
ciétés brillantes où il était defiré 8c admis. Les fêtes de ce genre qu'il a 
compofées , font innombrables , 8c remplies d'efprit 8c de gaieté ; mais 
fans qu'il fe foit jamais permis de s'égayer aux dépens des autres : 011 
ne connaît pas de lui une feule épigramme , & jamais on ne l'a entendu 
mal parler des ouvrages de ceux qui l'avaient le moins ménagé. 

On peut juger de la quantité de vers agréables qu'il a faits pour la fo- 
ciété , par fon recueil en trois volumes intitulé : les A-propos defocieté, 
imprimé avec foin chez Barbou , 8c orné d'eftampes , vignettes , 8cc. par 
Moreau le jeune. On les trouve à Paris , chez la veuve Duchefne , rue S. 
Jacques. 

Pour mettre le Lecteur à portée d'en juger , nous en extrairons quel- 
ques chanfons dans différens genres. 

M. de Laujon a donné aux Français V Inconfequent ou les Soubrettes. 

Aux Italiens , avec MM. Favart & Parvy 3 la parodie des Fêtes de 
Thalie ; avec M. Favart , la parodie de Zélindor; & feul , la parodie d'Jr- 
mide , en 1761; Y Amoureux de quinze ans, en 1771; le Fermier cru 
fourd ou les Méfiances; Matroco , drame burlefque en 1777. 

A l'Opéra - comique , avec MM. Favart 8c Parvy, la parodie de 
Théfée. 

Aa z 



iS8 ESSAI 

CHANSON 

Pour une jeune Dame qui avait exigé de l'Auteur une épigramme 

fur fes boutons. 

o Pour un rien , pour quelque rougeur , 

» Dans votre inquiétude , 
» Vous taxez le ciel de rigueur : 

» Ah ! quelle ingratitude ! 
» Un don de moins vous déplaît fortj 

» Tant d'autres le remplacent, 
w Qu'il fied mal de fentir un tort 

» Que les bienfaits remplacent. 

s Le grand Peintre du genre humain , 

» L'auteur de la nature , 
» Selon moi , ne fit rien en vain 

» Pour chaque créature. 
» S'il prouve que chaque tableau 

» Veut des clairs & des fombres , 
» Voyons en vous fi fon pinceau 

» A trop chargé les ombres. 

» Vos yeux, où tout, à votre gré, 

n Et Ce peint & s'exprime , 
» Empruntent leur vivacité 

» Du feu qui les anime ; 
» Bouton ( qui fans doute rougit 

» D'affliger ce qu'on aime ) 
s Vous vaut encor le bon elprit 

» D'en plaifanter vous-même. 

» Sur ces riens confulter Tiffbt ! (a) 

» Quelle erreur eft la vôtre ! 
» Contentez-vous de votre lot , 

» Il en vaut bien un autre j 
» A la nature abandonnons 

» Les effets & les caufès : 
» Elle fit naître les boutons 

» Pour nous donner les rofes ». 

■ ■ ■ ' ■ l I l l WMW. 

(a) Fameux Médecin de Laufane. 



SUR LA MUSIQUE. 189 

La petite Difeufe de bonne aventure. 

9 Mon oeil n'entrevit jamais 

» De fîniltre augure ; 
» Je veux que fur mes fecrets , 

Ma gai té raffine ; 
» Je ne fus jamais blefferj 
» Mon plaifir eft d'annoncer 

» La bonne aventure 
» Au gai, 

» La bonne aventure* 

9 Trop jeune encor pour natter, 

Je fuis l'impofturej 
» Je me borne à préfenter 

• La vérité pure ; 
» Et je vois, fans trop chercher, 

• Les yeux où va fe nicher 

» La bonne aventure, 

» Au gai, 
» La bonne aventur 

• L'horofcope eft quelquefois 

» Peint fur la figure j 
» Avec lui joli minois 

» Porte fon augure ; 
m Je ne fais que l'annoncer ; 
» C'efl à l'amour à fixer 

» La bonne aventure, 
» Au gai, 

» La bonne aventure. 

» Beautés (a) que de fes bienfaits 

» Combla la nature , 
» Cherchez-vous quelque fuccès , 

» Que l'amour n'affure ! 
» Et des cœurs faits pour jouir , 
» Fondent-ils fur l'avenir 

» La bonne aventure , 
» Au gai , 

» La bonne aventure. 

1 »■' 1 1 ■ 1 1 1 1 i« ■ 1 m ■ 1 -1» 

(a) Aux Dames. 



ipo 



ESSAI 

• Jadis chez nos bons Gaulois , 

» ( Gens pleins de droiture ) 
o L'amour exerçait fes droits 

» Sans méfaventure ; 
a Leur prêchant l'art d'oublier , 
» Plutôt que de publier 

» La bonne aventure, 

» Au gai , l 

n La bonne aventure» 

» Nos Meilleurs à fentiment, 

» Par qui tout s'épure » 
» Bien mieux, de ce Dieu charmant 

» Tracent la peinture , 
b Car ils ont l'air d'afficher , 
o Qu'on ne fait plus qu'ébaucher 

» La bonne aventure , 
» Au gai , 

» La bonne aventure ». 

La Naijfance de l'Amour (a). 

a L'homme ignorait le bonheur d'être (h) 

» Avant le jour 
» Ou la bienfaifance fie naître 

» Le .tendre Amour : 
♦> Les Dieux étaient dans leur partage 

» Privés d'autels 
» Et de leurs plus doux avantages 

» Sur les mortels. 

» Le cœur que tenait l'ignorance 

» Dans le cahos , 
» Ne connaiflait que l'innocence 

» Et le repos (c) ; 
» L'Amour naît , & par fa préfence 



(a) Cette chanfon fut faite pour une fête dans laquelle M. C. ■ , 
àe Bacchus. 

{b) Etat <lu monde avant la naiiïknce de l'Amour, 
(c) NaiiTauce de l'Amour. 



chanta la naiïïànce 



SUR LA MUSIQUE. ipi 

» Un jour nouveau 
p Luit au cœur , qui de fon enfance 
» Eft le berceau. 

» Cœurs animés, bornez à plaire 

» Tous vos defirs , 
d Leur dit l'enfant qui les éclaire 

» Sur les plaifirs j 
b La beauté , des Dieux eft l'image ; 

» Tient fes biens d'eux ; 
v En l'adorant, trouvez l'hommage (a) 

» Qu'on doit aux Dieux. 

» Le feu que cet enfant fait naître T 

» Charme le cœur , 
» Aux Dieux même (b) apprend à connaître 

» Tout leur bonheur. 
» S'il eft des inftans où nocre ame 

» S'approche d'eux, 
» Mortels ! ce font ceux où fa flame 

« Brille à nos yeux. 

» Déjà Zéphir carrefle l'onde 

» Soir & matin j 
» (c) La terre, au Dieu qui la féconde, 

» Ouvre fon fein ; 
» Le ruiffeau prefTe la verdure 

» Plus tendrement. 
» Le ciel embrafle la nature, 

» Tout eft amant. 

» Quels chants nouveaux l'oifeau fredonne 

» Sur ce rofier (d) , 
» A fa moitié qui lui pardonne 

» De l'éveiller ; 
» Les arts font nés (e) , chacun veut plaire, 

» Chacun s'inftruic 5 
» Le feu qui luit au cœur , éclaire 

» Bientôt l'efprit. 

fa) Origine des hommages offer-ts à la Divinité. 

(b) Le pouvoir de l'Amour fur les Dieux Se les hommes.. 

(c) Sur les élémens. 

(d) Le rofier eft confacré à l'Amour.. 
le) Origine des ans. 



ip 2 ESSAI 

» Voyez bondir dans la campagne 

» Moutons (a) , chevreaux j 
» Le cerf, pour chercher fa compagne, 

» Franchit les eaux. . .. 
» Et fur les merveilles qu'opère 

» L'amour naifTant , 
s Jugez de tout ce qu'il peut faire 

d En grandiflant. 

» Vous en connaiflez la puiflancc 

» Et les progrès } 
■ Dans ces lieux je peins fa nahTance, 

» (e) Vous , fes fuccès j 
» Et fi ma mufe renouvelle 

» Ce jour fi doux , 
» C'eft que chaque inftant le rappelle 

» Auprès de vous ». 

Bouquet à Madeleine. 

» Elle fut plaire à tous les yeux, 

» Votre aimable Patrone j 
n A Paphos , comme dans les deux ," 

» Elle obtint la couronne ; 
• Aulfi dans l'une & dans l'autre cour , 

» Pour chanter fes louanges, 
» On vit diiputer tour-à-tour 

» Les Amours Se les Anges. 

» Sa morale eut trop de rigueur ! 

» Eh ! peut-elle être utile , 
p Quand , pour vouloir fauver un cœur , 

» On en fait damner mille ! 
J> L'Amour offrait à fes defirs 

» Tout ce qu'il offre aux vôtres ; 
p Laiffez-la pleurer lès plaifirs j 

» Riez toujours aux nôtres. 

» Que de cœurs fouffriraient à voir 
» La beauté dans les larmes ! 
i 1 ' 

(a) Pouvoir de l'Amour fur les animaux, 
(i) Aux Dames, 



„ Eh ! 



SUR LA MUSIQUE. 153 

» Eh ! peut-on fe faire un devoir 

» De l'oubli de fes charmes '. 
n Fixez toujours , comme en ces Jieux , 

» Les heureux que vous faites ; 
• Et croyez qu'on trouve les cieux 

» Au féjour où vous êtes ». 

Bijloire morale des Amours _, de M. Pierre & de Mlle, du Rofier , la fille 
d'un Marchand de plumes, ouc l'on verra la morale que la fortune va & 
vient fans qu'on s'en doute j & qu'elle efl ben près quand on la croit 
ben loin (a). 

« J'aimais Man'fell' du Rofier, 

1» La fille d'un Plumalfier ; 

i> Mon per' qu'eft un p'tit Fermier , 

» S'en vint le prier de nous marier j 

» La d'mand plut , on m'agréa : 

» Via qui va ben jufques-là ; 

» Via qui va ben jufques-là : 

( Comme quoi la fortune change le monde (b). ) 

» Sur fa porte était écrit 

» A l'enfeig 1 du gagn'petit, 

» Je l'vallions ben dans c'tems-làj 

» A deux mois d'ilà , 

» Ce n'eft plus cela ; 
n Plus riche, il tourne à tout vent, 
» Comme les plumes qu'il vend. ( bis ). 

[Triflejfe & doléance de M. Pierre, en apprenant que fes efpérances étaient 
fans efpoir). 

» Qui m'avait dit oui , m'dit non ; 
» Vlà mon amour beau garçon \ 
» Sa fille & moi , tout le jour 
» J pleurions; quand l'amour 

(a) L'Auteur , dans cette chanfon , a eu pour but d'imiter le genre des hiftoires qui 
fe trouvent dans ces fortes de recueils. Auffi faut-il y rendre le caractère de chacun des 
interlocuteuts qui y font en aûion & en récit. 

(t>) Tous les titres de chaque couplet fe parlent, & l'on montre avec la baguette da 
chanfonnier le tableau qui a rapport au couplet. 

Tome IF. B b 



tc<t ESSAI 

t> M'avilit d'un tour; 
» Car un cœur ben amoureux , 
» A toujours de 1'efprit pour deux (bis). 

( Comme il eft bon quelquefois de pleurer devant fin cher père.) 

» J'vas cheux nous ; tout en entrant , 
» J'parle à mon ch'pere en pleurant ; 
p Ça l'afflige, & j'dis fus ça : 

» Quand i'vous plaira, ( en pleurant ) 

» Ça s'arrangera. 
» I m'dit : Parle , & dans l'moment 

» Tu verras qu't'es mon enfant (bis) { En pleurant plus fort, en 

imitant l'attendrijfemeru du/exe)» 

( Tare âge m de Al. Pierre ). 

» I m' permet d' faire de fon bien 

» Tout comm' je ferois du mien. ( Avec joie ). 

» Cheux les Fermiers de nos cantons , 

» J' mené fes moutons , 

» Ses veaux , fes dindons , 
» Je les troque & je les vends 
» Pour des coqs & pour des paons, {bis}, 

( Comme l' ef prit i fait ouvrir les yeux à tout le monde ). 

» Quand la fille au per' l'apprit, 

» F fut fin-pris d' mon efprit; 

» Ça 1' fit r'venir tout d'un coup ; 

» L' dit : Vlà du goût ! ( Avec le ton important). 

» C'eft toujours beaucoup , 
» Qu'à fon âge on ait l'bon fens 

w De s'accommoder au tems {bis). (C'e'uùt dans le moment oà les 
bonnets en plumes étaient le plus à la mode. ) 

( Dénoâment agriable des amours des deux Amoureux à la fatisfaclion des 
deux chers pères ). 

p Vite i' m'rappelle ; & tant y a, 

u Qu' tous deux i'nous maria ; ( Avec joie ), 

» Quand la fill' a m' vit choifix!... 



» 



SUR LA MUSIQUE. 19 f 

» Jugez du plaifir ! ( Comme fila joie lui coupait la refpiration.) 
» Ça vint nous faifir. 
Ça prouve que P plaifir dépend 
» Des pleura' de coq & de paon ». 

L'OISELEUSE. 

Parodie. 

« Point de bruit ! 
» Ce réduit 
» Solitaire 
» Eft propre à tendre mes rets , 
» Guettons dans ces forêts 
» Les oifeaux de Cithere ! 
» J'en aurai , 
» Je faurai 
» Leur cachette.... 
» Mes filets font fous des fleurs.,.* 
« Un des 'oifeaux voleurs 

» S'y jette, 
» Je faute fur ma prifè ; 
t> En cage elle eft bientôt mife;.;; 
»> Quel oifeau ! 
» Qu'il eft beau! 
» Quel ramage ! 
» Quel plumage ! 
» Je le finie , il vient chanter , 
» Je l'entends répéter 
» Qu'il ne veut plus quitter 
» Sa cage. 
» Il me dit , 
» Qu'il chérit 
» L'efclavage ; 
t» Mon prifonuier nie fait peur ; 
» C'eft l'Amour! le trompeur 
» Me dit en fon langage : 
» Oui , Lifon , 
» Qu'en prifon 
L'on me tienne ! — 
» Je ne veux ma liberté 
» Qu'après t'avoir ôté 
» La tienne ». 

Bb z 



i5><* ESSAI 

Laurès (Antoine Chevalier de), né à Gignac près de Montpellier, Se 
fils du Doyen des Confeillers de la Cour des Aydes de cette ville , a rem- 
porté plufieurs prix (a) académiques , 8c les méritait. 

Sa traduction en vers du poëme de la Pharfale n'elt pas auflî connue 
qu'elle devrait l'être. La modeftie de l'Auteur l'a empêché de faire les 
démarches qui procurent fouvent des fuccès momentanés j mais cet ou- 
vrage fera toujours eftimé , ainfi que fon auteur. 

Nous ne connailTons de M. le Chevalier de Laurès que Thomïris, tra- 
gédie non repréfentée 5 la faujfe Statue , comédie en un aéte , jouée aux 
Italiens ; la Fête de Cythere 3 opéra-comique en un acte, mufique de 
Blavet , repréfentée à Bernis chez Mgr le Comte de Clermont j & 
Zénide , opéra en un aéte , mis en mufique par I/o, Se donné en 1759. 
On dit qu'il a fait un aéte intitulé : Narcijje , que M. Defaugiers vient 
de mettre en mufique. M. le Chevalier de Laurès elt mort cette année 

1779- 

ODE. 

« Tel qu'un cygne aux tords du Méandre 
» Quand la mou va fermer Ces yeux , 
» Des derniers criants qu'il fair entendre 
» Charme les hommes & les Dieux ; 
» Tel, prêt à quitter la lumière, 
» Dieu du Pinde , dans ta carrière J 
» Je vais étonner mes rivaux ; 
» A tes fons j'accorde ma lyre r 
» Et nouveau Sophocle , j'afpire 
» A tes triomphes les plus beaux. 

» O mortel , dont le cœur avide 
» Vole après un bien qui te fuit , 
» Ma voix de l'erreur qui te guide , 
» Vient difîiper l'épaiflë nuit ; 
» Abandonne un efpoir frivole , 
» Et contre le tems qui s'envole , 

(a) Il avait été couronne quatre fois aux Jeux floraux, & quatre fois à l'Académie 
Françaife. 



SUR LA MUSIQUE. 1^7 

» Ingrat , rougis de murmurer : 
» Libre du joug de la jeunefle , 
» C'eft dans les bras de la vieillefle 
» Que tu vas bientôt refpirer. 

» Tu difparais , obfcur nuage , 

» Fantôme qui m'a trop féduit ; 

» Le calme fuccede à l'orage , 

» Le jour le plus ferein me luit ; 

» Ma vie à cet inftant commence ; 

» La raifon & l'expérience 

» Eclairent, rafliirent mes pas : 

» Je cueille , même après l'automne , 

i> Des fruits mûrs que la vertu donne, 

» Et que le tems ne détruit pas. 

» Lance tes traits , amour perfide , 

» Fais briller tes charmes trompeurs; 

» La vieilleffè me fert d'égide , 

» Je ris de tes vaines fureurs ; 

» Jadis aux Bacchantes fidèle , 

» Sur leurs traces , fils de Semele , 

» J'honorais ta divinité : 

» Mon culte eft enfin raifonnable 

» Et ton neétar coule à ma table 

» Des mains de la fobriété, 

» Le règne paiïager de Flore 

» N'offrent que de vaines couleurs ; 

» Telle eft , ô beauté ! votre aurore , 

» Celiez d'idolâtrer fes fleurs ; 

» Si les r des font fuir les Grâces , 

» Le tems amené fur leurs traces 

» Des biens plus vrais & plus conftans : 

» Ifaure à fon dixième luftre 

» Brillait déjà d'un plus beau luftre 

» Qu'aux premiers jours de fon printems. 

» Arrête, téméraire Icare, 
» Suis ton père au milieu des airs ; 
» Mais que vois-je ? hélas ! il s'égare „ 
» Dédale feul franchit les mers ; 



fp» ESSAI 

» Ainfî périra la jeunefTe , 
» Qui fur la voix de la vieillefïë 
» Ne réglera point fon effor ; 
» Jamais le jeune Télémaque 
» N'aurai: revu les murs d'Itaque , 
S'il n'eût eu pour guide Mentor. 



» 



» Dieux ! fous mes pas la terre s'ouvre ! 
» Quels objets ! quel abîme affreux '. 
» Mon œil effrayé vous découvre , 
» Noir Tartare , terribles feux : 
» Que de Paris , que de Narciffes , 
» En proie aux plus cruels fupplices, 
» Gémiffent fur ces triftes bords 1 
» Mais dans les champs de l'Elifée , 
» Si j'y vois un fils de Théfée. 
» Que j'y puis compter de Neftors ! 

» Le fang , la flame , le ravage 

» Annoncent de jeunes héros : 

» Infatiables de carnage , 

» Tls lafTent la main d'Atropos. 

» Octave au printems de fa vie , 

» Eft un tigre , dont la furie 

» Immole Rome à fes projets ; 

» Mais mûri par l'âge , il eft homme : 

» Octave enfin ,' l'amour de Rome , 

» Eft le père de fes fujets. 

» Que les limites d'un empire 

» Changent au gré d'un conquérant ; 

» Le vieillard, que Minerve infpire, 

» Par les loix qu'il dicte , eft plus grand. 

» Accourez des demeures fombres , 

» Venez l'attefter , fieres ombres , 

» Et de Lycurgue Se de Minos ; 

» Où vais-je chercher des exemples ? 

» France , dans Fleury tu contemples 

» Un fage qui fait les héros. 

» O tems , que ta fuite eft utile ? 
» Mon ame en fent l'heureux effet 5 



S U R L A M U S I Q U E. %& 

» Hâtes-toi , foumets cette argile 
» Qu'anima le fils de Japhet ; 
» En afïaibliffaiit nos entraves, 
» Tes coups foulaient des efclaves 
» Couibés vers les terreflres lieux ; 
» Plus ta maîn frappe la matière , 
» Plus mon efprit rompt la barrière 
» Qui fépare l'homme des Dieux », 

L'autel (de ) , Auteur de plufieurs opéra-comiques &c de parodies qui 
on: eu du fuccès. 

Le Blanc ( Jean-Bernard Abbé ) , Hiftoriographe des bâtimens du Roi , 
des Académies délia Crufca , des Arcades de Rome , de Ylnjiitut de Bo- 
logne 3 «Sec. né à Dijon 3 Décembre 1707, a fait plufieurs ouvrages 
qui lui ont acquis de la réputation. On a de lui un pocme fur l'hiftoire 
des gens de lettres de Bourgogne , des élégies 3 la tragédie d'Abenfaïd , 
repréfentée en 1736 , &c. Voici une chanfon de M. l'Abbé le Blanc. 

ci Je rencontrai l'autre jour 
» Cupidon , ce petit traître ; 
» D'abord pour le Dieu d'amour , 
v J'eus peine à le reconnaître. 

» Il n'avait arc , ni carquois, 

i> Ni traits pour lancer aux belles, 

r> Et pour la première fois 

» S'était fair couper les aîles. 

t> Ses yeux étaient fans bandeau , 

» La tête de fleurs ornée ; 

» Il n'avait que le flambeau 

» Qui fert au Dieu d'Hymenée. 

» Amour ainfi déguifé , 
» Avait tout l'air de (on frère : 
» Le fourbe ! qu'il eft rufé ! 
» Il ne fait rien fans myftere. 

» Belles , il veut vous tromper ; 
» Telle a toujours été fage , 
» Qui fe laiffe enfin duper 
» Par l'efpoir du mariage »» 






200 ESSAI 

Legier. a donné aux Italiens, en 176$» le Rendez-vous } mufique 
de Duny. Il a fait aufli les Mariages Samnites, qui n'ont pas été repré- 
fentés , ôc une Tragédie à mettre en mufique, intitulée Edouard lV y 
où il y a de très belles chofes. On a de lui un recueil de jolis vers. 

Léonard (M.) Nous connaiflbns de lui une Epître à un j eune homme : 
la Religion établie fur les ruines de l'idolâtrie; la nouvelle Clémentine & le 
Temple de Gnide imité de Montefquieu , ainû* que plufieurs pièces de poé- 
fies légères remplies.de jolis vers. 

C H A N S ON. 

« Un beau berger fur fa muiètte 

» Chantait toujours : 
» Il n'eft point de douceur parfaite 

» Sans les amours ; 
s De vos amans , jeunes bergères , 

» N'ayez point peur ; 
v Us ont, quoiqu'en difent vos mères; 

» Us ont un cœur. 

» Souvent Ifinene allait fe rendre 

» Près du berger , 
a> Et prenait plaifir à l'entendre 

» Sans y longer. 
» Elle apprit bientôt , la pauvrette , 

» Pour fon malheur , 
» Qn'on peut , pour une chanfonnette, 

» Donner fon cœur. 

m Aujourd'hui la plaintive Ifmenc 

» N'a plus d'amant , 
» Et tout le long de la femaine , 

» Va répétant : 
o Défiez-vous de la voix tendre 

» D'un féduûeur, 
» Hclas ! fans celle de Silvandre , 

» J'aurais mon cœur ». 

AUTRE. 



S U R L A M U S 1 Q U E. *oi 

AUTRE. 

a Je dis un jour à mon amie : 
» Avant que Doris fut à moi , 
» Avant le bonheur de ma vie, 
» Quelqu'autre avait-il eu fa foi ? 

» Je vois ma bergère qui compte 

» Gravement avec fes dix doigts : 

» Le rouge au vifage me monte ; 

» Je frifonnais à chaque fois. 

» Ton calcul a de quoi confondre, 
» As-tu fermé tant de liens? ■ 
>» Paix , dit-elle , avant de répondre , 
» Je m'amufe à compter les tiens »• 

Lèvre (M. de), eft né vers 1715 clans la Guyenne, au village de 
Portes , à un quarc de lieue du château de la Bnede , que le nom de 
Montefquieu a rendu li célèbre. 

Son père qui était d'une famille très honnête , le fit élever au collège 
des Jéluites à Bordeaux. Son goût pour les lettres & fes fuccès dans les 
premières études, le firent entrer dans cet ordre: il en fortit longtems 
avant la deftruclion. 

Le premier ouvrage par lequel il s'eft fait connaître dans la littéra- 
rirre , eft l'analyfe de la philofophie du Chancelier Bacon. Pour donner 
une idée du mérite de cet ouvrage , il fufrit peut-être de rappeller que 
les ennemis de la philofophie l'attribuèrent dans le tems aux deux Edi- 
teurs du Dictionnaire Encyclopédique ; on vient d'en faire une nouvelle- 
édition. 

A peu-près dans le meme-tems , il donna deux articles à l'Encyclopé- 
die : les articles Faitatifme & Epingle. On y remarqua deux mérites bien 
diftérens. Le premier eft plein de mouvemeus, de verve & de chaleur: il 
attaqua le fanatifme avec renthouiiafme qu'il infpire ; dans le fécond, il 
détaille & décrit avec l'attention la plus tranquille & la plus laborieufe les 
innombrables procédés d'un art qui pourrait impatienter par la petirefle 
même de fou objet. 

Tome IV. Q c 



aoi ■ E S S A 1 

M. de Leyre fit imprimer enfuite l'Efprit de S. Evremont 3c le Génie 
de Montefquieu. Il réunie dans un très petit volume tout ce qu'on a inté- 
rêt de connaître dans la nombreufe collection des œuvres de S. Evremont j 
& le génie de Montefquieu raflemble auffi dans un volume les vues les 
plus neuves 3c les plus importantes de ce grand homme. 

M. de Leyre commença à travailler au Journal Etranger vers la fin de 
l'année 1756, & le fit toute l'année fuivante. 

Il alla enfuite à Parme , où il concourut avec M. l'Abbé de Condillac 
à l'éducation de l'Infant Duc de Parme. Pendant fon féjour dans cette 
ville, il envoya à la Galette de Littérature quelques articles qui furent 
diftinçués.. 

A fon retour de l'Italie , il fut charge de la continuation de I'hilloire 
générale des Voyages. Il en a donné un volume i/t-4 , qui contient les 
voyages chez les peuples du Nord. Tous ceux qui ont lu cette immenfe 
collection, conviennent que ce volume eil le meilleur de tous. Cette juf- 
tice lui a été rendue par un Journaliûe même qui avait fait le volume 
précédent. 

M. de Leyre n'a fait paraître depuis qu'un éloge de M. Roux, Méde- 
cin célèbre , fon compatriote 3c fon ami , 3c une lettre à M. Ducis fur 
Roméo 3c Juliette , .qui a été imprimée à la tête d'une nouvelle édition 
de cette tragédie. Dans ces deux hommages qu'il a rendus aux talens & à 
l'amitié , on reconnaît un homme éclairé & femîble qui fait apprécier & 
honorer également la raifon d'un philofophe , Se le génie d'un auteur 
tragique. 

Le célèbre Jean-Jacques Roullèau , dans les dernières années de fa vie , 
fe plaifait à faire de la mufique fur des paroles de M* de Leyre. Le 
public a déjà quelques romances qu'ils ont faites enfemb'e , 3c il y en a 
un bien plus grand nombre dans les ouvrages de mufique de RoiuTeau 
pour lefquels on a ouvert une foufeription. 

M. de Leyre travaille depuis longrems à une traduction en vers fran- 
çais du poëme de Lucrèce , & il a dans fon porte-feuille des ouvrages 
en profe qui ajouteraient fans doute beaucoup à fa réputation comme 
Ecrivain & comme Philofophe. Il eft connu, chéri êc' eftimé des hommes 
de lettres , dont la nation s'honore [e plus aujourd huu 



SUR LA MUSIQUE. 203 

C H A N S ON. 

« Je l'ai planté, je l'ai vu naîrre 
» Ce beau rofer , où les oifeaux, 
» Tous les matins fous ma fenêtre , 
» Viennent chanter fur fes rameaux. 

» Petits oifeaux , troupe amoureufe , 

» Ah par pitié , ne chantez pas : 

» L'amant qui me rendait heureufe , i : 

» Eft parti pour d'autres climats. 

» Pour les créfôrs du nouveau-monde , 

» Il fait l'amour , brave la mort ; 

» Hélas ! pourquoi chercher fur l'onde 

» Le bonheur qu'il trouvait au port î 

» Vous , paflageres hirondelles-, 
» Qui ramenez chaque printems 
» Oifeaux voyageurs , mais fidelles , 
» Ramenez-le moi tous les ans ". 

Lille ( l'Abbé Jacques de ) , reçu à l'Académie Françaife en 1774 , 
connu par fon excellence traduction des Georgicpies de Virgile , a fait 
plulieurs charmantes pièces de versj & doit être mis au rang des meil- 
leurs Poctes de notre liecle. 

A Mademoifelle de B*** j âgée de huit jours. 

« Toi , dont j'ai vu couler les premiers pleurs 

» Et naî;re le premier fourire , 
» Je vais fur ton berceau répandre quelques fleurs. 

» Pour prix du zèle qui m'infpire , 
n Que dans ces vers un jour Papa t'apprenne à lire , 

» Et c'eft trop m'en récompenfer ; 

» Je fais qu'en un âge auffi tendre 

» Tu ne peux encor les comprendre : 
» Mais moi j'ai du plaifir à te les adreiïèr; 
» Même avant de fentir , tu (ais intéreffer. 

» Mes vers au moins n'ont rien dont je iougiffe , 
» Que d'autres , célébrant des mortels corrompus , 

Ce i 



20$ 



ESSAI 

v Encenfent dans de vieux Créfus 
v La décrépitude du vice : 
t> Je célèbre dans toi l'enfance des vertus , 
» L'enfance eft fi touchante ! eh ! quelle ame fi dure 
» N'éprouve en fa faveur le plus tendre intérêt ? 
» Tous les êtres naiffans ont un charme fecret : 

» Telle eft la loi de la nature. 

» Ces ormeaux orgueilleux, leur verte chevelure, 

» M'intéreffent bien moins que ces jeunes boutons, 

» Dont je vois peindre la verdure , 

» Ou que les tendres remettons 

» Qui doivent du bocage être un jour la parure. 

» Le doux éclat de ce foleil naiflant 
» Flatte bien plus mes yeux que ces flots de lumière, 
» Qu'au plus haut point de fa carrière 
» Verfe fon char éblouiflanr. 
» L'été fi fier de fes richenes , 
» L'automne qui nous fait de fi riches préièns y 
» Me plaifeut moins q*je le printems, 
» Qui ne nous fait que des promefles. 
» Ciel , retranche aux jours nébuleux 

» De la lente vieillerie j 
» Abrège les jours orageux 
» De l'impétueufe jeuneflc : 
» Mais prolonge les jours heureux 
» Et des ris innocens & des folâtres jeux ! 

» Le vrai plaifir femble fait pour cet âge ; 
» L'cpanouifTeinent d'un cœur encor nouveau , 

» Du fentiment le doux apprentiffage , 
» L'univers , par degrés déployant fon tableau, 
» Ce fang fi pur qui coule dans les veines, 
» Des plaifirs vifs Se de légères peines , 
» L'efprit fans préjugés , le cœur fans pallions , 
» De l'avenir l'heureufe infouciance , 
» Pour tous palais des châteaux de cartons 
» Et pour richeflès des bonbons , 
» Voilà .le deftin de l'enfance : 
» Ah ! la faifon de l'innocence 
» Eft la plus belle des faifoos »„ 



SUR LA MUSIQUE. so; 

ODE 

A la Blcifaifance. 

« Déeffe , idole du vulgaire , 
» Toi, qui, reine de l'univers, 
» Toujours redoutable & légère , 
» Donnes des fceptres ou des fers ; 
» Le peuple ébloui des ricbefTes , 
» Envie à ceux que tu carences 
» Des biens trop fouvent dangereux ; 
» A tous ces grands le cœur du fage 
» Envie un plus noble avantagé, 
i» Ils peuvent faire des heureux. 

» Bienfaifance , ô vertu fâcrée ! 

» Noble attribut des immortels ; 

» Pour toi l'homme aux beaux jours d'Aftrée, 

» Eleva les premiers autels : 

» Dans ce foleil , dont l'influence , 

r> De nos fruits mûrit la (cmence , 

» C'eft toi que l'homme révérait ; 

» Dans tous ces globes de lumière, 

>■> Qui fuivent pour nous leur carrière , 

» C'eft toi feule qu'il adorait. 

» De ce Dieu , dont la main puiffante 

» Soutient notre fragilité , 

» La voix ineffable & touchante 

» M'annonce la divinité. 

» "S'il ne fe montrait à la terre 

» Qu'au bruit affreux de fon tonnerre , 

» Armé de (es flèches de feu , 

>i A ces traits , je pourrais connaître 

» L'arbitre du monde & mon maître ; 

» Je chercherais encor un Dieu. 

ji La nature prudente & lage, 
i> Unit tous les hommes entr'eux ; 
» Ta main, confirmant fon ouvrage, 
». RcScrre ces miles nœuds ; 



20$ ESSAI 

y> C'eft toi dont le charme nous lie 
» A nos maîtres , à la patrie , 
» Aux auteurs mêmes de nos jours j 
» C'eft toi dont la vertu féconde 
» Réunit l'un & l'autre inonde 
» Par un commerce de fecours. 

» Des fortunes , à ta préfenoe 

» Difparaît l'inégalité; 

» Par toi , les biens de l'opulence 

» Sont les biens de la pauvreté ; 

« Sans toi , la puiflance fuprême , 

» Et la pourpre & le diadème 

n Brillent d'un éclat odieux ; 

» Sans toi , fur ce globe où nous {animes , 

» Les Rois font les tyrans des hommes , 

» Ils font pour toi rivaux des Dieux. 

» A ce Monarque, ton image, 

» Qui nous diète tes fages loix , 

» Sur nos refpeéh & nos hommages 

» Tu donnes d'invincibles droits : 

» C'eft toi, divine Bienfaifance, 

» Qui règles la jufte puiflance 

» Que le ciel remit dans fes mains. 

» Il fait qu'un pouvoir légitime 

» Eft le privilège fublime 

» D'être bienfaiteur des humains. 

» Que pour des âmes généreufes , 

» Un droit fi noble eft précieux ! 

» O vous , familles malheureufrs , 

» Que la honte cache à nos yeux , 

» Mortels , mes femblables , mes frères , 

» Dans quels afyles folitaiies 

» Allez- vous cacher vos douleurs; 

» Heureux qui finit vos alarmes ! 

» La gloire d'efîiiyer vos larmes 

» Vaut tous les lauriers des vainqueurs. 

v Ah ! malgré vous , mon cœur avide 
» Va trouver votre affreux réduit ; 



S U R L A M U S' 1 Q U E. 207 

» J'y vole , la pitié me guide , 

» Son flambeau facré me conduit, 

» Je perce ces triftes ténèbres , 

» Je découvre ces lieux funèbres. . . . 

» O Grands ! brillez dans vos palais , 

» AfFervifTez la terre entière 

» Sur le pauvre, dans fa chaumière 

» Je vais régner par mes bienfaits. 

» Viens je t'offre un bras fecourable ; 
» Viens , malgré tes deftins jaloux , 
» Revis , famille déplorable .... 
» Quoi ! tu tombes à mes genoux. 
» Tes yeux éteints par la tri/tefïè 
» Verfent des larmes de tendrefle 
» Sur la main qui finit tes maux : 
» Tu crois voir un Dieu tutélaire ; 
» Non , je fuis homme ; à leur mifere 
j> Je viens arracher mes égaux. 

» Ne crains pas que mou ame altiere , 
» S'armant d'un farte impérieux , 
» Offenfe ta pauvreté fiere , 
» Et fouille mes dons à tes yeux. 
» Malheur au Bienfaiteur fauvage 
» Qui veut forcer le libre hommage 
» Des cœurs que fes dons ont fournis ; 
» Dont les bienfaits font des entraves , 
» Qui veut acheter des efcJai'es 
» Et non s'attacher àes amis. 

» O-ti , je hais la pitié farouche 

» D'un Grand luperbe & dédaigneux; 

» Oui , le blafpheme elt dans ma bouche , 

» Lorfque l'orgueil efr dans fes yeux. 

» Enflé d'une vaine arrogance , 

» Même en exerçant fa clémence , 

» Il aime à me faire trembler. 

» Et lorfqu'il foutient ma faibleiïè , 

» Son orgueil veut que je connaiiïe 

« Que fon bras pouvait m'accabler. 



208 



ESSAI 

o Ainfi nous voyons fur nos têtes 

» Ces nuages noirs & brûlans , 

» Qui portent les feux , les tempêtes 

» Et les orages dans leurs flancs : 

» Tandis que fur nos champs arides , 

» Ils verfent ces torrens rapides 

» Qui vont au loin les arrofer ; 

» Armés des éclairs, du tonnerre, 

» Même en fenilifant la terre , 

» Ils menacent de l'embrâfer». 



Linant ( de ) , né à Rouen., en i7.0i.-j fut Gouverneur des fils de M. 
Hébert , Introducteur des AmbaiFadeurs , remporta trois fois le prix de 
l'Académie Françaife , &c fit deux tragédies qui ont eu peu de fuccès. On 
trouve quelques jolies odes dans fes pièces fugitives. 11 mourut le onze 
Décembre 1749. 

Lingendes ( Jean de ) } né à Moulins , proche parent de l'Evcque de 
Mâcon & du Père Lingendes , Jéfuite , célèbre Prédicateur. On le fait In- 
venteur des fiances. Il mourut en 1616. 

CHANSON. 

« Si c'eft un crime de l'aimer, 
n On n'en doit juftement blâmer 
» Que les beautés qui font en elle. 

» La faute en eft aux Dieux, 

» Qui la firent fi belle , 

» Et non pas à mes yeux ». 

Liniere ( François Pajot de), Pocte ingénieux, né à Senlis en 1628 , 
& appelle l'Athée de Senlis , a lailFé quelques pièces charmantes. 11 mou- 
rut en 1704. 

On dit qu'il reçut des coups de bâton d'un Confeiller à la Cour des 
Aydes , nommé S. Michel , & à cette occafion on fit ce couplet : 

« Liniere , homme exécrable , 

» EH déjà réprouvé du Ciel : 

» La preuve en eft, que Saint Michel 

» L'a battu comme un Diable ». 

LOUVENCOURT 



SUR LA MUSIQUE. 205 

Louvencourt ( Mlle de ) j née à Paris, en io3o, jolie, aimable & 
fpirituelle; elle était amie de Mlle de Scudery, & mourut en 171 2. M, 
Titon du Tillet en parle dans fon Parnaffe Français. Elle a fait les paroles 
de plufieurs des cantates de Clérambaut. 

Lussan ( Mlle de ). On croit qu'elle était fille d'une courtifanne & du 
Prince Thomas de Savoy e, Comte de Soifions , frère du fameux Prince 
Eugène. Ce Prince , dit-on , la fit élever avec foin , le tendre attachement 
qu'il avait pour fa mère , la lui rendant extrêmement chère. 

Son goût pour les romans fe manifefta des fa grande jeunette. Elle n'a-. 
vait pas vingt-cinq ans lorfqu'elle donna le premier qu'elle fit , ÏHiftoïre 
de la Comtcjfe de Gondès , dans lequel elle peignit fon ami La/erre , Au- 
teur de Pïrame &c Thïsbé , & de plufieurs autres opéra. On y retrouve 
fous le nom de Calemane j le portrait fidèle de cet Auteur , né avec 
vingt-cinq mille livres de rentes , mais qui avait tout perdu au jeu. 
Laferre rut fon ami toute fa vie , Se ne lui fut pas inutile pour rédiger 
les plans de fes ouvrages. Les bontés dont les Princes de Savoye la com- 
blèrent , jointes à fon mérite perfonnel , ouvrit à Mlle de Lulîàn l'en- 
trée des plus grandes maifons. Sa figure ne lui était pas d'un grand fe- 
cours j car elle était louche & brune à l'excès. Quiconque l'eût entendue 
fans la voir , l'eût prife pour un homme j & quiconque l'eût vue fans 
qu'elle parlât , l'eût encore prife pour un homme. Cependant elle était 
feniible , compatifiante , pleine d'humanité , généreufe , fujetee à la co- 
lère, mais jamais à la haine. Sa gourmandife caufa fa mort , un Chirur- 
gien l'ayant faignée dans une -indigeftion qu'elle eut le 3 1 Mai 175S , 
jour de fa mort. Elle était âgé de foixante-quinze ans & quelques mois. 
Mad. de Pompadour l'aima beaucoup j & la mit en état , par fes bien- 
faits , de paffer une vieillefle heureufe. 

Nous avons de Mlle de Lunan , i°. fes Romans : la Comtcjfe de 
Gondès ; les Veillées de Thejfalie j l'HiJloire de Marie d'Angleterre ; les 
Anecdotes de la cour de Philippe Augujle \ les Anecdotes de la cour de 
François I ; les Annales galantes de la cour d'Henri II ; Mourat & Tur- 
quio ; 2 . fes ouvrages hiitoriques : l'Hifioire de Charles VI j celle de Louis 
XI ; la dernière Révolution de Naples j ôc la Vie du brave Crillon. 

Elle a aufli compofé plufieurs petites pièces lyriques & des vers aifez 

Tome IV. D d 



2io F S S A I 

agréables. Son divertiiTcment de la Nympht de la Seine , fait à l'occafîon. 
du recour de la première campagne de Louis XV t fut exécuté fur le 
théâtre de Verfailles. 

Maillhol ( Gabriel de ) , né à Carcaflbne , a donné plufieurs pièce* 
agréables , & il aurait pu fe difpenfer de mettre en vêts \ Avare de 
Moliete. 

Mainard ( François ) , Président d'Aurillar y né à Toulouse en 1578 % 
fut un de ceux qui annoncèrent le beau liede de Louis XIV. 

Il était fort jeune quand il vint à la cour; ce qui n'empêcha pas la. 
Reine Marguerite de le choifir pour fon Secrétaire. Il alla à Rome avec 
M. de Noailles , alors AmbalFadeur en cette cour, & fe fit aimer d'Ur- 
bain VIII Se du Cardinal Bentivoglio. 

Il fut reçu de l'Académie Françaife , mais n'obtint jamais aucune grâce 
du Cardinal de Richelieu ; & lorfqu'il lui adrelFa ces beaux vers: 

a Armand l'âge affaiblit mes yeux, 

» Et toute nia chaleur me quitte s 

» Je verrai bientôt mes aïeux 

» Sur le rivage du Cocyte, 

» C'eft où je ferai des fuivans, 

» De ce bon monarque de France , 

» Qui fut le père des favans 

» En un fiecle d'ignorance. 

v Dès que j'approcherai de lui , 

» Il voudra que je lui raconte , 

» Tout ce que tu fais aujourd'hui , 

» Pour combler l'Efpagne de honte». 

» Je contenterai fon defir 

» Par le beau récit de ta vie ; 

» Et charmerai le déplaifîr 

» Qui lui fait maudir fa vie. 

» Mais s'il demande à quel emploi r 

» Tu m'as occupé dans le monde, 

» Et quels biens j'ai reçu de toi , 

» Que veux-tu que je lui réponde ? » 

Le Cardinal eut la cruauté d'écrire au bas : Rien, 



S U R L A MUSIQUE. 211 

Mainard , pour fe ' venger de cette réponfe , fit le fameux fonnet qu'on 
a appliqué depuis à d'autres Miniftres. 

« Par vos humeurs le momie eft gouverné ; 

» Vos volontés font le calme & l'orage j 

» Et vous ries de me voir confiné , 

» Loin de la cour , daas mon petit village. 

» Cléomedon , mes defirs font contens , 

» Je trouve beau le défert oii j'habite, 

» Et connais bien qu'il faut céder au tems , 

» Fuir l'éclat , & devenir hermite ; 

» Je fuis heureux de vieillir fans emploi , 

» De me cacher , de vivre tout à moi , 

» D'avoir dompté la crainte & l'efpérancc ; 

« Et fi le ciel qui me traite fi bien , 

» Avait pitié de vous & de la France , 

» Votre bonheur ferait égal au mien ». 

Après la mort du Cardinal , il fit un yoyage à la cour , mais ne fut pas 
plus heureux, & fe retira chez lui , ou il mourut âgé de 68 ans, le 
vingt-huit Décembre 1646. 

Il avait écrit cette infeription fur la porte de fon cabinet : 



« Las d'efpérer Se de me plaindre 
» Des mufes , des grands Se du tort , 
» C'eft ici que j'attends la mort , 
» Sans la defirer ni la craindre ». 



: 



Les deux derniers vers font une' traduction de ce vers latin. 
Summum ntc metitas dïem ntc optes. 

Homme d'honneur & bon ami , il était bon convive & prefque tou- 
jours gai , quoique rien ne lui réufsît. 

11 fit des vers jufqu'à fa mort , comme il paraît par ceux-ci qu'il cornx 
pofa , lorfqu'on le reçut à l'Acadéime. 

« En cheveux blancs , il me faut donc aller 
sj Comme un enfant tous les jours à l'école ; 
» Que je fuis fou d'apprendre à bien parler,.. 
» Lorfque la mort va m'ôter la parole ! »• 

Dd z 



aia ESSAI 

VERS. 

Sur la mon de fa Fille* 

« Je fuis frappé d'un malheur (ans remède, 

» La Parque avare a volé tout mon bien , 

» Ma fille eit morte , & l'Elife poflede 

» L'aimable efprit qui pofledait le mien. 

» Celle qui fut tout l'efpoir de ma vie 

» Eft à cette heure à la merci des vers \ 

» Le fort, rempli de malice & d'envie, 

» L'a fealemerit montrée à l'univers. 

» Que l'éloquence avecque tous fes charmes, 

» A mon fecours n: vienne pas s'offrir j 

n Je n'aime rien que mes cris Se mes larmes j 

» Et fi je vis . ce n'eft que pour fouffrir. 

» Pourquoi faut-if que la parque diffère 

» A m'affranchir de ce mortel lien? 

» Sur mon tombeau ma fille devrait faire 

» Ce que je fais aujourd'hui fur le fien ». 

CHANSON. 

« Dès que la nuit reprend fan courjj, 
» Je me glifle dans la taverne , 
» Et n'en fors jamais que le jour 
s> Ne faffe pâlir ma lanterne ' % 
» C'eft le feul parti que j'ai pris 
a» Pour me venger de mon Iris *» 

Malesieu ( Nicolas de ) , né à Paris, en 16^0 , Chef du confèil de 
M. le Duc du Maine & Chancelier de Dombes , habile Géomètre , fur 
reçu de l'Académie Françaife en 1701 , & l'avait déjà été de l'Académie 
des Sciences en 1699. Il était l'ame des fêtes qui fe donnaient à Sceaux, 
chez Mad. la Ducheffedu Maine. Il mourut en 1727. 

On prétend que les amours de Ragonde font de lui. 

C H A N S ON. 

«. Grand Prieur vuidons tes celliers, 
» J'en veux donner l'exemple : 



SUR LA MUSIQUE. 2I j 

» Buvons comme des Templiers , 

» Nous voici dans le temple. 
» De fes antiques fondateurs 

» Rappelions la mémoire , 
» Non par le défordre des moeurs 

» Mais à force de boire ». 

AUTRE. 

ta Trêve aux chanfons , ne vous déplaifè t 
n Je ne faurais boire à mon aife , 
» Quand il faut arranger des mots. 
» Gardons, fuivant l'antique ufage ,. 
» Parmi les verres & les pots , 
» La liberté jufqu'au langage. 

* Evitons toute fervitude, 
» Et fuyons la pénible étude 
» De rimailler hors de faifon. 
» C'eft une plaifante maxime , 
» Quand il faut perdre la raifon , 
» De vouloir conferver la rime ». 

Malfilatre , né à Caen , en 1733 , eut à lutter toute fi vie contre 
l'indigence , la plus cruelle ennemie des talens. On peut juger par ces vers 
de fa manière de les faire. 

« Je te falue, ame Ju monde, 

» Sacré foleif, afrre de feu , 

s» De tous les biens fource féconde , 

» Soleil , image de mon Dieu ! 

» Aux globes qui , dans leur carrière r 

» Rendent nommage à ta lumière , 

» Annonce Dieu, par ta fplendeur j. 

» Règne à jamais fur fes ouvrages ; 

» Triomphe > entretiens tous les âge» 

» De fon éternelle grandeur ». 

II était occupé à terminer plufieurs poëmes. qu'il avait entrepris , ât 
dont nous avons beaucoup d'escellens fragmens , lorfque la mort le furprit 
en 1768. 11 a été auili regretté pour fes mœurs que pour fes talens» 



ai* ESSAI 

Il a dû la tranquillité de fe$ dernières années à la bienfaifance de M. 
le Comte de Lauraguais qui a le double mérite d'avoir rendu une foule de 
fervices , à condition qu'ils ne feraient connus que de ceux qui les; 
éprouvaient. 

Malherbe ( François) j furnommé le Père de la Poéfie Françoife > na- 
quit à (£aen vers l'an 1555- Il était de la maifon de Malherbe de S. Agnan , 
qui a poiré les armes d'Angleterre, &: fe difait defeendre de ceux qui fui- 
virent Guillaume le conquérant. 11 époufa en 1586 Mlle de Coriolis , 
fille d'un Préfident à mortier du Parlement d'Aix. 

Le Cardinal du Perron le loua tellement en préfence de Henri IV , 
qu'il voulut le connaître , & l'aima bientôt - } mais ne lui fit aucun bien. 

Apres fa mort , la Régente lui donna 1500 livres de penfion. 

A l'âge de foixante-douze ans ayant perdu un fils qu'il aimait extrême- 
ment & qui fut tué en duel , il voulut fe battre contre le meurtrier de 
fou fils ) Se comme on lui représentait qu'il y avait de la difproportion j 
« C'eft à caufe de cela 3 dit-il , que je veux me battre , je ne rifquc 
»> qu'un denier contre une piftole ». Il mourut l'année fuivante en i6ii5 , 
d'une maladie qu'il rapporta du fiege de la Rochelle , où il était allé 
faire fa cour à la Régente Se au jeune Roi. 

CHANSON. 

« Le teras d'un infcnfible cours 
» Nous porte .î la fin de nos jours \ 
» C'eft à notre fage conduite, 
» Sans murmurer de ce défaut , 
» De nous confoler de fa fuite , 
» En le ménageant comme il faut ». 

ODE 

A M. du Perler, Gentilhomme Provençal , fur la more de fa Fille. 

« Ta douleur , du Pcrier , fera donc éternelle , 

» Et les triftes difeoms , 
» Que te met en l'elprit l'amitié paternelle , 

» L'augmenteront toujours. 



SUR LA MUSIQUE. It; 

» Le malheur de ta fille au tombeau dtfcendue , 

•» Par un commun tfépas , 
V Eft-ce quelque Dédale , ou ta raifon perdue 

» Ne fe retrouve pas ? 

» Elle était de ce monde , où le» plus belles chofes 

» Ont le pire deftin , 
v Et lofe , elle a vécu ce que vivent les rofes 

» L'efpace d'un matin. 

» Pour moi , déjà Jeux fois d'une pareille foudi* 

» Je me fuis vu perclus > 
» Et deux fois la raifon m'a fi bien fait réfoudre, 

» Qu'il ne m'en fouvieut plus. 

» Non , qu'il me foit grief que la terre poiïede 

» Ce qui me fut fi cher : 
» Mais dans un accident qui n'a point de remède , 

» Il n'en faut point chercher. 

» La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles 1 

» On a beau la prier , 
» La cruelle qu'elle cft , fe bouche les oreille» 

» Et nous laifle crier. 

» Le pauvre en fa cabane , dû le chaume le couvre „ 

» Eft iujft à fes loix : 
» Et la garde qui veille lux barrières du louvre , 

» N'en défend point nos Rois ». 

Malleville ( Claude de ) , né à Paris,, en 1 597, fut l'un des premiers 
Académiciens Français , après avoir remporté le prix fur Voiture , & fur 
les beaux efprits de fou tems , par fon fonnet de la belle Matinenfe. Il 
était Secrétaire de M. de Balîompierre , à qui il rendit de grands fervices 
pendant fon féjour à la Eaftille. Dès qu'il en fut dehors , il lui acheta une 
charge de Secrétaire du Roi , pour lui prouver fa reconnaillance. Mallo 
ville devint auili Secrétaire perpétuel de l'Académie j & mourureu (647» 

Sur une belle Statue d'Ariane. 

« Ce que m'ôta jadis la fortune cruelle , 

» Ne le peut comparer à ce qui m'clt rendu ; 

» Une favante main aujourdhui me fait telle 

» Que j'acquiers mille amans pour un que j'ai perflu ». 



2i£ ESSAI 

Ephaphe d'un Chien. 

« Rude aux voleurs, doux à l'amant, 

» J'aboyais & faifais carefle ; 

» Ainfî j'ai fu diverfement 

» Servir mon maître Se ma maîtrefTe ». 

Sonnet de la belle Matineufe. 

« Le filence régnait fur la terre & fur l'onde , 
» L'air devenait ferein, & l'olympe vermeil ; 
» Et l'amoureux Zéphir , affranchi du fommeil , 
t> Reiïufcitait les fleurs d'une haleine féconde. 

h L'Aurore déployait l'or de fa treiïè blonde , 
» Et femait de rubis le chemin du Soleil ; 
» Enfin ce Dieu venait au plus grand appareil 
» Qu'il foit jamais venu pour éclairer le monde. 

» Quand la jeune Philis au vifage riant , 

» Sortant de foa palais , plus clair que l'orient , 

» Fit voir une lumière & plus vire Se plus belle. 

» Sacre flambeau du jour , n'en foyez point jaloux , 

» Vous parûtes alors auffi peu devant elle , 

» Que les feux de la nuit avaient fait devant vous ». 

Mangenot ( l'Abbé ) , Chanoine du Temple , né à Paris en 1694 , était 
neveu de Palaprat , & l'un des hommes de fon tems le plus aimable & le 
plus fenlîble , quoique fort vif & quelquefois emporté. 11 n'a compofé que 
des pièces détachées , dont quelques-unes font parfaites. Telle eft fon 
Egîogue du Rendez-vous j qui ga^na le prix aux Jeux Floraux à Touloufe. 
Son oncle l'avait fait concourir fans qu'il le fut; & ce fut le grand Rouf- 
feau qui lui préfenta l'Eglantine en lui apprenant fon triomphe. 

Il mourut le neuf Octobre 1768 , & s'était fait ces deux épkaphes. 

» Sous ce marbre gît enterré 

» Un Prébendier fexagénairc 

■a Qui ne lut jamais fon bréviaire , 

» Et qui ne connut fon Curé 

» Qu'en relifant fon baptiftaire ». 

» Ci 



SUR LA MUSIQUE. zij 

fct Ci gît qui crut long-tems affronter le trépas 
» Et prévoir fans terreur le terme de la vie : 

» Vain efpoir ! penfait-il , hélas ! 
» Que nécefTairement fa mort ferait fuivie 
» Des pleurs & de l'oubli de fa chère Silvie ». 

Fers fur la Mort. 

« LaMIôns au vulgaire des hommes 
» Redouter de la mort les pièges imprévus ; 

» Elle n'eft point tanc que nous fommes, 
» Quand elle eft , nous ne fommes plus », 

C H A N S ON. 

« Si l'on peut compter fur un cœur, 

» C'eft fur le cœur d'une Bergère : 

» Par fon air naïf & trompeur , 

» Ma Corine avait fii me plaire ; 

» Je la trouvais belle fans fard , 

» Je chérifTais fon cœur fans art : 

» Mais, comme une autre, elle eft légère* 

t> Amour , venge un fidèle amant 
» Des trahifons d'une infidelle : 
n Fais lui perdre quelqu'agrément 
» A chaque inconftance nouvelle ; 
» Hélas ! tu ne in'écoutes pas ! 
» Loin d'ôter rien à fes appas , 
» Chaque forfait la rend plus belle » t 

AUTRE. 

« Dans un bofquct près du hameau 
» Colin carefTait Ifabeau ; 

» La jeune Bergère , 

» D'une main légère 

» Le repouflait , 

» Le nommant téméraire j 

» Et lui jurait 

» Qu'elle appellerait. 

Tome IF. E e 



2iS ESSAI 

» Sa chienne qui voyait cela , 
» Croyant l'obliger , aboya ; 
» La belle inquiette , 
» Saifit fa houlette 
» Et l'en frappa , 
» Maudiflânt l'indifcrette ; 
» Jugez par-là , 
o Comme elle appella ». 

AUTRE. 

« Délicat, confiant & fidèle, 

» Mon cœur eft fait pour les amours î 

» S'il pouvait fixer une belle , 

» Je fens qu'il aimerait toujours. 

» Envain la reine de Cythere 

» Entreprendrait de le charmer : 

» Grands Dieux ! que n'ai-je l'art de plaire ! 

» J'aurais fi bien celui d'aimer. 

» Si , couronnant mon efpérance , 
» Ma maîtreiïe comblait mes vœux , 
» Ce ferait dans la joui/Tance 
» Que je rallumerais mes feux. 
» Jeunes beautés, laifTez-moi faire, 
» Le plaifir fait me ranimer, 
» Grands Dieux 1 &'c. 

» Je ne découvrirais les craintes, 
il Dont un rival fait nous g'acer , 
» Que par de délicates plaintes 
» Et par le foin de l'effacer. 
» Quand on eftime une Bergère , 
» Doit on autrement s'exprimer ï 

» Grands Dieux ! &c. 

j 

» Des biens qu'obtiendrait ma confiance, 
n Je ne ferais point vanité , 
» Et je faurais avec prudenee 
» Jouir de ma félicité : 
» A l'ombre d'un fecret myfiere , 
» Un amant doit fe renfermer. 
» Grands Dieux ! &c. » 



SUR LA MUSIQUE. 219 

Autre faite en-ij-j^. 

c< Malgré la bataille 
» Qu'on donne demaia , 
» Ça faifons ripaille, 
» Charmante Catin , 
» Attendant la gloire, 
« Prenons le plailïr , 
» Sans lire au grimoire 
» Du (ombre avenir. 

« Si la hallebarde 
» Je peux mériter , 
t> Près du corps de garde, 
» Je te fais planter ; 
» Ayant la dentelle , 
» Le foulier brodé , 
» La blouque à l'oreille , 
» Le chignon cardé. 

r> Narguant tes compagnes, 
» Méprifant kurs vœux, 
» J'ai fait deux campagnes 
» Rôti de tes feux. 
» Digne de la pomme , 
» Tu reçus ma foi , 
m Et jamais rogome 
» Ne fut bu fans toi. 

» Tiens , ferre ma pipe , 
» Garde mon briquet; 
» Et fi la Tulipe 
» Fait le noir trajet , 
» Que tu fois la feule 
»» Dans le régiment 
» Qu'ait le brûle- gueule 
» De fon cher amant. 

» Ah ! retien tes larmes , 

» Calme ton chagrin ; 

» Au nom de tes charmes , 

Ee 1 



22û ESSAI 

« Achevé ton vin. 
» Mais quoi 1 de nos bandes 
» J'entends les tambours î 
» Gloire, tu commandes-: 
» Adieu mes amours ». 

Marchand ( Jean-Henri), né vers 1700 , Avocat & Cenfeur Royal, 
convive aimable & Pocte agréable 3 a fouvenc employé fes raomens de 
repos à fe délalTer par de charmans badinages , de fes occupations férieufes. 
Il a fait beaucoup de chanfons qui méritent d'être confervées. La requête 
du Curé de Fontenoy , qui a eu tant de fuccès 3 eft de lui. 

Agé de plus de foixante-dix ans , il a fupporté l'opération de la pierre 
avec autant de force que de courage } & même de gaieté. Il mettait Ces bul- 
letins en vers , & badinait fur fon état , que tant d'autres n'auraient pas 
trouvé plaifant. Cette bonne humeur 8c fa tranquillité d'ame ont autant 
contribué qne les remèdes , à fon rétabliflement ; & cette opération dou- 
loureufe aura été un nouveau bail avec la vie. 

CHANSON. 

« Je méprife la fervitude 

» Où vivent les gens de la cour, 

5> Le plaifir fait ma feule étude , 

» Et je n'encenfe que l'amour. 

s» Dans une heureufa indépendance j 

» J'ai choifi Chloé pour mon roi , 

» Et je partage fa puifTance : 

y> Son premier miniftre , c'eft moi. 

» Je fuis content fous fon empire : 

» Ses beaux yeux feuls dictent mes loix ,. 

» Et gaiment l'on me voit fouferire 

» Au devoir d'acquicter fes droits,. 

» Elle les perçoit elle-même , 

» Je lui paie de bonne foi , 

» L'entrée & même le dixième , 

» Et fon feul tréforier , c'eft moi; 

» L'on voit régner dans notre empire- 
». La gaké, l'aifante & la paix-j 



SUR LA MUSIQUE. 521 

» Nous favons tous deux nous fuffiic , 
» Sans vouloir de nouveaux fnjets. 
n Un même defir nous raflèinble , 
»> Et faus prévoir aucun revers , 
» Pour nous le plaifir d'être enfemblc 
» Vaut tous les biens de l'univers. 

r> Jamais la chaleur des querelles 

» N'altère notre intimité. 

» A l'exemple des tourterelles 5 

» Nous carefTbns la volupté; 

3> L'amour ne nous prête fes ailes 

» Que pour aider à nous chercher j 

» Et les moineaux font nos modèles 

» Dans l'ardeur de nous rapprocher ». 

Marcou ville ( Lefevre de ) , né à Paris , a donné en 1771 , plufietirs 
petites pièces qui ont eu du fuccès. 

Marguerite de Valois, Reine de Navarre j née à Angoulême le onze 
Avril 1491, était fille du Duc d'Aiigoulême Se de Louife de Savoye, 
Se fœur de François I , moins âgé qu'elle de deux ans. Elle fut mariée le 
neuf Oftobre 1509 , au Duc d'Alençon, qui mourut à Lyon en- 15Z5 , 
de regret d'avoir fui à la bataille de Pavie. 

On connaît la malheureufe paflion du Connétable de Bourbon pour 
elle , qui liti fit malheureufement refufer d'époufer Louife de Savoye j 
ce mariage eût évité fes malheurs Se ceux de la France. 

Marguerite alla en Efpagne pour y traiter de la rançon du Roi fon 
frère , & , par fon habileté , ayant échappée à toutes les embûches qu'on 
lui drefla , elle le ramena dans fes états , Se peu de tems après , en 
1517, époufa Henri d'Albret, Roi de Navarre, qui ne la rendit pas 
heureufe. 

Elle s'en confola avec les Lettres , Se protégea les Poètes , Se fur-tout 
Clément Marot , fon valet-de-chambre , qu'on la foupçonna même d'a- 
voir trop aimé. Elle pafia le refte de fa vie auprès du Roi fon frère , ou 
dans fa retraite d'Ortez qu'elle ne quitta plus , après avoir perdu ce 
frère chéri en 1 5 47. Elle mourut deux ans après lui au château d'Odos 
en Bigorre , le deux Décembre 1 549 , âgée de cinquante-fept ans Se 



222 E • O b A 1 

demi , & fat inhumée à Pau. Un de fes valets-de-chambre publia fes 
œuvres en 1547, fous ce titre: les Marguerites de la Marguerite des 
Princejfes * très illuftre Reine de Navarre. Ce livre eft rempli de chofes 
charmantes , & qui prouvent qu'elle était auflî inftruite que fpirituelle. 

Chanfon à un Amant qui ne s'exprimait que par fes yeux. 

a De ton œil le regard je voi , 

» Du mien auflî je te regarde ; 

» Mais au cœur que l'on voit par foi , 

»■> Je ne prends point autrement garde : 

» De s'expliquer tant qu'on retarde : 

» Mon jugement eft fufpendu ; 

ti II faut premier qu'amour hazarde 

» Le parler pour être entendu. 



» Mon œil juge ce qu'il veut voir , 
» Et non la penfée couverte ; 
35 Car l'œil de mentir fait devoir 
» Autant que la parole ouverte , 
» Moi qui n'y cherche gain ni perte j 
r> Ne veux rien croire & rien fentir : 
» L'amour, par le regard offerte, 
i) Peut, comme le parler mentir. 

t) Je ne dois croire à la douleur 
» Qui ne m'eft montrée ni dite ; 
» L'œil piteux, la pâle couleur 
» A nul jugement ne m'incite ! 
» L'amitié femble bien petite 
» Qui ne chafle crainte dehors : 
» Tout parler réponfe mérite ; 
» Parle , je répondrai pour lors. 

» Si , en me fervant , tu n'as rien 

» De ce que ton defir pourchafTe , 

,» Cherche un autre cœur que le mien , 

« Puifqu'amour ne te fert d'audace. 

» Mais , afin que plus tu ne faffe 

» Pourfuite d'un inconnu bien , 

» Autre que toi a pris la place 

» Du cœur qui ne peut être tien. 



SUR LA MUSIQUE. 225 

» La vertu, qui eft fondement 
» De cet amour ferme & honnête , 
» Me la fait montrer clairement , 
» Sans rougir ni baifTer la tête : 
» AfTez fe font mis en la quelle 
» Pour trouver en mon cœur pitié : 
» Mais je réponds à leur requefte , 
» Je n'ai qu'en un feul amitié ». 

C A N T I Q U E. 

« Pour être un digne & bon chrétien , 
» Il faut à Chrift être fcmblable ; 
» Il faut renoncer à tout bien , 
» A tout honneur qui eft damnable , 
» A la Dame belle & jolie, 
» A plaifir qui la chair émeut : 
» Laiffer biens , honneurs & amies ; 
» Ne fait pas ce tour-là qui veut. 

» Ses biens aux pauvres faut donner 
» D'un cœur joyeux & volontaire ; 
» Faut les injures pardonner , 
» Et à fes ennemis bien faire ; 
» Séjouir en mélancolie 
» Et tourment dont la chair s'émeut ; 
» Aimer la mort comme la vie ; 
» Ne fait pas ce tour-là qui veut ». 

Marie Stuart , Reine de France Se d'Ecofle , née en 1545 , Se fille 
de Jacques V, Roi d'EcolTe , & de la fille du Duc de Guife, devint 
Reine n'ayant que huit jours , Se époufa François II , alors Dauphin , le 
vingt-quatre Février 1 5 5 S. Après fa mort , elle «époufa Henri Stuart fon 
f coufin , qui , la furprenant un jour foupant avec un Muficien , nommé 
Ri%{0 j Se une de fes favorites , fit tuer le Muficien prefque fous fes 
yeux. Peu de tems après il fut alFaffiné , Se elle fe maria pour la troifieme 
fois au Comte de Bothwel , foupçonné d'avoir empoifonné le Roi. 

Le Comte voulant s'emparer du jeune Jacques , fils de Marie ( qui 
fut depuis Roi d'Angleterre Se d'Ecoffe , fous le nom de Jacques I , ) 
la Nobleffe s'y oppofa , chaifa le Comte , & mit la Reine en prifon. 



224 ESSAI 

Elle trouva le moyen de fe fauver , & fe réfugia auprès de la Reiue 
Elifabeth , qui lui avait promis du fecours ; mais elle ne fut pas plutôt 
à Londres , qu'elle fut mife en prifon fur de faufTes accufations , y refta 
dix-huit ans , & n'en fortit que pour avoir la tête tranchée. Elle mourut 
avec une confiance admirable, le dix-huit Février 1587, au château de 
Fondringaye. 

Les Hiftoriens parlent avantageufement de fon efprit , de fes talens & 
fa beauté. Elle favait fix langues , & écrivait auffi bien en vers qu'en 
profe. Lorfqu'elle fe fut embarquée pour retourner en EcofTe , & qu'elle 
eut commencé à perdre de vue les côtes de France , elle fit la chanfon 
fuivante qui nous a été confervée. 

« Adieu plaifant pays de France , 

n O ma patrie la plus chérie 

» Que a norrit ma jeune enfance. 

» Adieu France , adieu nos beaux jours : 

» La nef qui déjoint nos amours, 

» N'a cy de moy que la moitié ; 

» Une part te refte , elle eft tienne l 

» Je la fie à ton amitié , 

» Pour que de l'autre il te fouvienne »; 

Autre en Provençal. 

s 

Viei repupiaire , es tem de defarma , 
Ké deiïèin as de t'enflamma ? 
Laifïbu la tendreffe à ou bel adge % 
La keu kadré de <ï Iaifla reharma , 
Eftez feloun , toun dire une foulie d'eïma ,' 
Per ké vos eftré foueu quand deves eftre fàdge» 

Traduction. 

« Vieux fou , il eft tems de mettre bas les armes j 
» Quel eft donc ton deflèin en t'enflammant ï 

» LaifTe la tendrefTe au bel âge ; 
» Celui qui a droit de fe laifTer charmer , 
» C'eft à ton dire un fou de vouloir aimer , 
» Pourquoi donc être fou quand tu dois être fage ». 

Marigny 



'SUR LA MUSIQUE. ia; 

Maricny ( Jacques Charpentier de ) , né à Nevers vers la En du fei- 
zieme fiecle , fut fort aimé des Cardinaux de Richelieu & de Retz. On 
trouve dans fes poéfies des pièces charmantes. Nous ne citerons que la 
chanfon fuivante. 11 mourut en i6jo ; & le recueil de fes poéfies parut en 
1674. 

CHANSON. 

« Si l'amour eft un doux fervage , 
» Si l'on ne peut trop eftimer 
» Les plaifirs 011 l'amour engage ; 
» Qu'on eft fot de ne pas aimer 1 
» Mais C\ l'on fe fent enflamer 
» D'un feu dont l'ardeur eft extrême ^ 
» Et qu'on n'ofe pas l'exprimer 
» Qu'on eft fot alors que l'on aime ! 

» Si dans la fleur de fon bel âge; 
» Fille, qui pourrait tout charmer, 
» Vous donne fon cœur en partage , 
» Qu'on eft iot de ne pas aimer ! 
» Mais s'il faut toujours s'alarmer, 
» Craindre , rougir , devenir blême ; 
» Au(ïi-tôc qu'on s'entend nommer, 
» Qu'on eft fot alors que l'on aime i 

» Pour complaire au plus doux vifage 
r> Qu'amour puiffe jamais former ; 
» S'il ne faut rien qu'un doux langage, 
» Qu'on eft fot de ne pas aimer ! 
» Mais quand on fe voit confumer , 
» Si la belle eft toujours de même , 
)> Sans que rien la puifîè animer , 
i> Qu'on eft fot alors que l'on aime î 

ENVOI. 

» En amour fi rien n'eft amer , 
» Qu'on eft fot de ne pas aimer ! 
» Si tout l'eft au degré fuprême , 
» Qu'on eft fot alors que l'on aime! rç 
Tome IV. $ 



V 



»2i ESSAI 

AUTRE. 

» Vous me l'accorderez , Silvie ; 
» Qu'il n'eft rien de fi doux qu'un baifer ; 

» Ce charmant plaifir de la vie , 

» Vous me l'accorderez , Silvie. 

» Que fi , contentant mon envie ,' 

» Nos feux le peuvent appaifer ; 

» Vous me l'accorderez , Silvie , 
n Qu'il n'eft rien de fi doux qu'un baifer. 

» Qu'aimer eft un fâcheux martyre ,' 
Et que c'eft un tyran bien cruel que l'amour* 

» Vous riez de m'entendre dire , 

» Qu'aimer eft un fâcheux martyre : 
* Mais fi jamais l'amour vous tient tous fon empire, 

» Vous direz, belle, à votre tour, 

» Qu'aimer eft un fâcheux martyre, 
» Et que c'eft un tyran bien cruel que l'amour », 

Marin ( Loui's- François-Claude ) , Cenfeur Royal, né à la Ciotat en 
Provence, a donné &c fait imprimer plufîeurs pièces agréables. 

Marmontel ( Jean-François ) > né en 1725 , reçu à l'Acaiémie Fran- 
caife en 1763 , nommé Hiftoriographe de France en 1772. Comme il eft 
celui des hommes de lettres qui paraît s'être le plus occupé des moyens 
de rendre la pôéfie françaife fufceptible des divers caractères de la 
Mufique j en donnant aux paroles la coupe , le tour Se le rhythme les 
plus favorables au chant , on croit devoir donner plus d'étendue à fon 
article. 

Quoique , dans fes premiers elTais , il fût aûujetti aux formes de l'an- 
cienne Mufique Françaife , on voit cependant que , dès-lors , il tâchait 
d'en rompre la monotonie & d'en varier les effets. Cette intention eft 
marquée dans l'acte de la Guirlande 8c dans celui des Slbaraes ; elle 
l'eft encore plus dans l'Hercule mourant. Mais fon fyftême n'était encore 
ni affez mûrement réfléchi j ni affez complettement formé , ni affez ana- 
logue au génie«&: au ftvle des Muficiens de ce tems-là. Il l'a conçu depuis 



SUR LA MUSIQUE. 227 

avec plus d'étendue , de précifion Se de clarté. Le voici tel qu'il l'a expofé 
dans différens articles, de l'Encyclopédie. 

« Le principe de tous les arts qui fe propofent d'imiter la nature , eft 
que l'imitation foit quelque chofe de reifemblant , 6c non pas de fem- 
blable ». 

« L'imitation eft donc un menfonge, foit dans le moyen, foit dans la 
manière dont elle fait illufion ; & ce qu'il y a de fingulier , c'eft que le 
témoignage confus que nous nous rendons à nous-mêmes, que l'art nous 
trompe , eft la caufe du plaifir fenfible & délicat que nous éprouvons à 
être trompés. Il doit donc y avoir dans l'imitation une relfemblance , 
afin que lame y foit trompée ; mais il doit y avoir en même-tems une 
différence fenfible , afin que famé s'apperçoive & jouiffe confufément de 
fon erreur ». 

« Alternativement favoir 6c oublier que l'imitation eft un artifice ; 
fentir à chaque inftant le mérite de l'art , en le prenant pour la nature j 
jouir, par fentiment , des apparences de la vérité, 6c, par réflexion , des 
charmes du menfonge , voilà le compofé réel , quoiqu'ineffable du plailir 
que nous font les arts d'imitation ». 

« Tous ces arts font une efpece de pacte avec l'ame 6c avec les fens 
qu'ils affectent ; ce pacte confifte à demander des licences , &c à promettre 
des plaifirs qu'ils ne donneraient pas fans ces licences heureufes ». 

" S'il eft donc vrai que le chant, comme les vers, embelliffe l'imita- 
tion de la parole , fans détruire l'illufion , on aurait tort de fe refufer au 
nouveau plaifir qu'il nous caufe : ce ne fera jamais un peuple doué d'une 
oreille fenfible qui fe plaindra qu'on parle en chantant ». 

« La fcciie déclamée eft ce qu'il y a de plus reffemblant au ton natu- 
rel de la parole ; la fcène chantée fans accompagnement & fans mefure , 
eft ce qui approche le plus de la déclamation j le récit obligé s'en éloigne 
davantage j enfin l'air eft encore une imitation plus altérée , plus éloignée 
de la vérité ; car la rondeur , la fymmétrie 6c l'unité du chant ne 
reffemblent que de très loin aux modulations libres 6c naturelles de h 
voix ». 

<« Si donc on ne cherchait dans l'expreflion muficale que la vérité de 
l'imitation , 6c fi , pour produire l'illufion , il fallait que l'imitation fût 
ridelle 3 il n'y aurait aucun doute que la Mufique la plus parfaite ferait le 

Ff z 



228 E S S A 1 

fimple récicajtif/j & ce récitatif lui-même, moins naturel que la déclama- 
tion j n'en eût pas dû prendre la place ». 

« Mais dans l'imitation on ne cherche pas feulement la vérité ; on y 
defire la vérité embellie, c'eft-à-dire 3 une imprefiîon plus agréable que 
celle de la vérité même ou de fon exa&e reffemblance ; il s'agit donc ici 
d'un calcul de plailir ». 

« Ne demandez- vous qu'à être émus par le tableau le plus frappant 
d'une action pathétique j fuyez loin du théâtre où l'on chante , & allez 
à celui, où des Acteurs habiles donnent aux paillons leur accent naturel. 
Une voix étouffée , une voix déchirante , les gémiftemens , les cris , les 
fanglots de la douleur bien imitée, vous feront plus d'illufion 8c une 
impreffion plus profonde que la Mufique la plus touchante ; & à l'avan- 
tage de l'expreffion fe joindra celui d'un poëme où le génie , n'étant 
gcné fur rien , n'a eu rien à facrifier. Mais voulez-vous joindre au plai- 
lir d'être ému d'étonnement , de crainte & de pitié , celui d'avoir l'o- 
reille agréablement affectée par une fucceffion ou par un enfemble de 
fons mélodieux , d'accords harmonieux ? allez au théâtre où l'on chante , 
8c demandez au théâtre que l'art du chant y foit porté au plus haut degré 
d'expreffion &c de charme ». 

« La Mufique vocale a trois procédés difFérens : le récitatif fimple , le 
récitatif obligé 3 &c l'air ou le chant périodique & fuivi. Le premier s'em- 
ploie à tout ce que la fcène a de tranquille 8c de rapide ; le fécond a 
lieu dans des fituaticns plus vives Se plus fortes j il exprime le choc des 
pallions , les mouvemens interrompus de l'ame , l'égarement de la raifon , 
les irréfolutions de la penfée , & tout ce qui fe paffe de tumultueux 8c 
d'entre-coupé fur la fcène \ le troifieme eft placé toutes les fois que le 
fentiment eft fufceptible d'une exprelïion développée 8c circonferite dans 
un efpace régulier ». 

« Le récitatif j quel qu'il foit , réduit à fa {implicite monotone, fati- 
guera toujours l'oreille j le récitatif obligé , quelqu'expreifion qu'on donne 
à l'harmonie qui l'accompagne , quelqu'énergie qu'elle ajoute aux accens 
dont il eft formé , ne répandra jamais dans la fcène affez de variété , 
(d'agrémens & de charmes , pour cômpenfer l'altération de l'accent naturel ». 

« Je quitterai mes motifs , nous dit l'Auteur du Mélodrame : je les 
jnultiplierai , je Us tronquerai t je mêlerai l'air 6" le récit , je changerai 



SUR LA MUSIQUE. 229 

les rhythmcs , je mutilerai les phrafes t mais je [aurai bien vous en dé- 
dommager ». 

« Et nous dédommagerez-vous de la vérité fimple , énergique & ini- 
mitable d'une déclamation naturelle ? noterez-vous les accens de la voix de 
Mérope , les fanglots > les cris déchirans de la voix d'une Dumefnil ? dé- 
dommagerez-vous la tragédie de l'efpece de mutilation 3 à laquelle elle 
eu: condamnée , pour épargner à la Mufique les gradations , les dévelop- 
pemens dont celle-ci eft ennemie ? Nous dédommagerez-vous des penfées 
approfondies que le Pocte s'eft interdites , par la raifon que leur carac- 
tère tranquille Se grave de majefté 3 de force Se d'élévation , fans aucun 
mouvement rapide Se varié , n'était pas favorable au chant ? Où fera la 
compenfation de toutes les beautés qu'on aura facrifiées à la Mufique ? Une 
déclamation rompue, où le rhythme & la période feront tronqués à chaque 
inflant - y une déclamation entre-mêlée de traits de chant brifés j mutilés , 
avortés j une déclamation qui n'aura ni la vérité de la nature, ni aucun 
des agrémens de l'art , vaut-elle bien ces îacrifices ? L'exprellîon en fera 
pathétique dans les momens de force j mais dans les intervalles où la 
chaleur de la paffion vous abandonnera , quelle monotonie Se quelle infî- 
pide langueur! » 

« A l'Opéra , un feul moyen de plaire , toujours varié , toujours fen- 
fible , toujours inépuifable dans fes relïources , c'eft le chant, pareequ'il 
prend toutes les formes du fentiment Se de la penfée j qu'en même- 
rems qu'il flatte l'oreille , il touche l'ame j qu'il parle à l'efprit comme 
au fens ». 

« Concluons que la partie effentielle de la Mufique , c'eft le chant ; 
que le récitatif obligé , qui , dans les mouvemens rompus & tumultueux 
des pallions , peut emprunter de l'harmonie tant d'énergie Se de puif- 
fance , n'eft pourtant pas ce qu'on defire le plus vivement , & dont on 
fe lafle le moins j que c'eft de la beauté du chant périodique Se mélo- 
dieux que l'ame Se l'oreille font infatiables , Se que par conféquent le 
Pocte , qui écrit pour le Muficien , doit regarder la partie du récitatif 
fimple comme celle qui exige le ftyle le plus concis , le plus léger , le 
plus rapide , afin que l'oreille impatiente d'arriver au chant , ne fe 
plaigne jamais qu'on l'arrête au palTage ; la partie du récitatif obligé , 
comme celle qui demande à être employée ayee le plus de fobriété, afin 






2) o ESSAI 

que le fentiment de l'harmonie ne foie point émoiuTé par la fatigue de 
n'entendre que des accords fans deflïn , & la partie du chant mélodieux 
Se fini , comme celle dont la diftribution doit être fon premier objet , 
afin que le charme de la mélodie , le vrai plaifir de ce fpeétacle , fe 
reproduife fous mille formes, & que s'il altère la vérité de l'expreiÏÏon 
naturelle , ce ne foit que pour l'embellir ». 

« L'air eft à la Mufique ce que la période ( a ) eft à l'éloq'uence , 
c'eft-à-dire , ce qu'il y a de plus régulier , de plus fini , de plus fatisfai- 
fant pour l'oreille j &: l'interdire au chant théâtral , ce ferait retrancher 
du théâtre lyrique le plus fenfible de fes plaifirs. Mais quelle eft la place 
de l'air ? » 

« 11 eft des momens où la fituation de l'ame eft déterminée , & fon 
mouvement décidé 3 ou par une paillon fimple , ou par deux paffions qui 
fe fuccédent , Se qui l'emportent tour-à-tour. Si l'affection de l'ame eft 
fimple, l'air doit être fimple comme elle ; Se ne revenir fur fes modula- 
tions que pour les varier , Se pour les rendre plus fenfibles , il eft alors 
l'expreiïïon d'un mouvement de l'ame plus lent ou plus rapide , plus 
violent ou plus doux , mais qui n'eft point contraire ; Se l'air en prend le 
caractère. Si l'affection de l'ame eft implexe , Se qu'elle fe trouve agitée 
par deux mouvemens oppofés , l'air exprimera l'un Se l'autre ; mais tantôt 
il n'y aura qu'une fuccelÏÏon directe , un paffage , comme de l'abattement 
au ttanfport, de la douleur au défefpoirj Se alors le premier fentiment 
doit être en contraire avec le fécond , Se celui-ci former fa période par- 



ta«~ 



(a) M. le Chevalier de Chajlellux nous dit , d'après Demetrlus de Pkalere , que les 
membres des périodes reiïèmblent aux voûtes qui foutiennem les toits des édifices, taudis 
que les phrafes des difeours négligés , refTemblent à des pierres éparfes çà & là. 
( Effai fur V union de la Poéfie & de la Jilufique ). 

Il paraît certain que les Anciens n'ont point connu le chant périodique & motivé,' 
que nous appelons air. (ld. pag. 10 ). 

Les critiques de la Période mujicale , & qui ne veulent pas admettre ce nom pouf 
exprimer certaines phrafes qui reviennent plufieurs fois dans certains morceaux de mufique, 
devraient cependant fonger qu'un de leurs oracles, RoufTeau , dans fon Dictionnaire, 
( pag. 201 , in-4 ) fe fert de ce terme , & dit : « En général , plus le ftyle , les périodes -, 
» les phrafes , la mélodie & l'harmonie ont de caractère , plus l'enfemble eft facile à, 
» faifir , &e. » Au fmplus , il faut bien que ce retour périodique de quelques phrafes, 
^t un nom. Yaut autant celui là qu'un autre. 



S U R L A M U S I Q U E. 251 

ticuliere : c'eft-là ce qu'on appelle un air à deux motifs , mais fans retour 
de l'un à l'autre. Tantôt il y aura un retour de l'ame fur elle-même Se 
comme une efpece de révolution du fécond mouvement au premier : l'air , 
par exemple , commencera par la colère , à laquelle fuccédera un mouve- 
ment de pitié , qu'un nouveau mouvement de dépit fera dilparaître , Ba 
ramenant avec plus de violence le premier de ces fentimens. Ainfi l'on 
voit que l'air peut commencer par le fentiment le plus vif, dont la fé- 
conde partie foit le relâche , & qui fe réveille à la fin avec plus de 
chaleur & de rapidité. C'eft quelquefois l'amour que le devoir retient , 
mais qui lui échappe & s'abandonne à toute l'ardeur de fes delns ; c'eft 
la joie que la crainte modère, & qu'un nouveau rayon d'efpérance ra- 
nime j c'eft la colère que ralentit un mouvement de généralité , mais que 
le reflentiment de l'injure vient ranimer encore avec plus de fureur ». 

« Il peut arriver cependant que la première partie de l'air, quoique la 
plus douce , ait un caractère fi fenfible , fi gracieux ou fi touchant , qu'elle 
fe fafie defirer à l'oreille j & alors c'eft au Pocte à prendre foin que le 
mouvement de l'âme l'y ramené : l'oreille qui demande & qui attend ce 
retour _, ferait désagréablement trompée , fi on lui en dérobait le plaifir ». 

« Enfin les révolutions de l'ame ou fes ofcillations d'un mouvement à 
l'autre peuvent être naturellement redoublées j & par conféquent le retour 
de la première partie de l'air peut avoir lieu plus d'une fois ». 

« La marche & la coupe de l'air eft donc prife dans la nature, foit 
qu'il exprima un fimple mouvement de l'ame , une feule afïeétion déve- 
loppée & variée par fes nuances, foit qu'il exprime le balancement & l'a» 
gitation.de l'ame entre deux ou pluiieurs fentimens oppofés , foit qu'il 
exprime le pafTage unique d'un fentiment plus modéré , à un fentiment 
plus rapide , & vice versa y car tout cela eft conforme aux loix des mou- 
mens du cœur humain ; & demander alors que la déclamation muficale ne 
foit pas un air , mais un fimple récitatif rompu dans fes modulations , 
fans deiTein & fans unité , c'eft non-feulement vouloir que l'art foit dé- 
pouillé d'un de fes ornemens , mais que la nature elle : mètne foit contrariée 
dans l'expreflion qu'elle indique ». 

« Mais pour que l'air foit naturellement placé , il faut faifir avec juf- 
teflV le moment où la vérité de l'expreflion le follicite. L'air , dans un 
moment vuide ou froid , fera toujours un ornement poftiche. C'eft le mo- 



232 ESSAI 

ment le plus vif de la fcène qu'il faut choifir pour y attacher l'expreffion 
la plus raillante j & cette exprefïion doit être prife elle-même dans la na- 
ture. Ce n'eft , ni une image tirée de loin , ni une comparaifon forcée , 
ni un madrigal artificiellement éguifé, ni une antithèfe curieufement 
arrangée , qui doit être le fujet de l'air ; l'expreffion la plus fimple de ce 
qui affecte famé eft ce qui lui convient le mieux , parce que c'eft-là ce 
qui donne lieu aux accens les plus fenfibles de la parole , & par imita- 
tion , aux accens les plus touchans de la Mufique ». 

« Le duo , tel que Métaftafe nous en a donné des modèles , eft un dia- 
logue concis , rapide , fymmétriquement compofé , & fufceptible , comme 
l'air j d'un deffein régulier & fimple. Dans ce dialogue les voix fe font 
d'abord entendre féparément , & chacun dit ce qu'il doit dire ; les âmes 
fe répondent , les divers fentimens fe contrarient & fe combattent ; juf- 
ques-là tout fe paife comme dans la nature. Mais vient un moment où 
le dialogue eft fi preffé , qu'il n'y a plus d'alternative , & que des deux 
côtés les mouvemens de l'ame s'échappent à la fois j alors les deux voix 
fe rencontrent , & leur accord n'eft pas moins un plailir pour l'ame que 
pour l'oreille , parcequ'il exprime ou la réunion de deux fentimens una- 
nimes j ou le combat vif 6c rapide de deux fentimens oppofés. Ici l'arc 
prend quelque licence ». 

« Une des plus grandes beautés du chœur , c'eft le deffein. Ce deffein 
demande quelqu'étendue pour fe développer , & quelque fuite pour avoir 
de la rondeur & de l'enfemble : le moyen de décrire un cercle harmo- 
nieux en imitant des cris , des mots entre-coupés ? Voilà fans doute la 
difficulté , mais auffi le fecret de l'art } Se ce fecret fe réduit, du côté 
du Poëce , à dialoguer le chœur, ainfi que le duo. Que les différentes par- 
ties fe féparent & fe rejoignent j que tantôt elles fe contrarient & que 
tantôt elles s'accordent ; que deux , trois voix , une voix feule de tems en 
rems fe faffe entendre ., qu'une partie lui réponde , qu'une autre partie 
la foutienne , & qu'enfin toutes fe ramènent à un fentiment unanime , ou 
fe choquent dans un combat de deux fentimens oppofés ; voilà le chœur 
qui devient une fcène étendue & dévolopée, & qui, dans fon imitation 
a toute la vérité de la nature, avec cette feule différence 3 que d'un tumulte 
populaire , on aura fait un chant & un concert harmonieux ». 

Tel eft le fiftêmg que M ? Marmontel s'eft propofé depuis long-temps. 



SUR LA MUSIQUE. 255 

Il avait cru s'appercevoir qu'au théâtre de l'Opéra 3 rien encore n'y étoit 
favorable , au lieu qu'à l'Opéra-Comique tout y paroifloit difpofi. 11 fit 
d'abord avec un amateur , une tentative qui réuflir , mais fur des théâtres 
particuliers. On feit pourquoi ce petit Opéra &Annette & Lubln ne parut 
pas fur la fcene publique. M. Marmontel y mit le conte de la Bergère des 
Alpes. Le dénouement n'en étoit pas heureux, Se la Mufique en étoit 
foible ; il n'eut point de fuccès. 

Mais un compoftreur plein d'efprit Se de goût, M. Gréti, arriva d'Italie, 
& il eut recours à M. Marmontel. Ce fut alors que celui-ci pût mettre 
en œuvre fes principes , Se fucceflîvement eifayer à quel point notre langue 
étoit fufceptible des divers caractères de la Mufique Italienne dans tous 
les degrés d'expreflion. Le Huron , Lucile , Silvain , l'Ami de la Maifon , 
Zémire & A\or , Se la FauJJe Magie » lui ferment d'études pour exercer 
fon ftyle & pour s'habituer à donner à fes vers la coupe , le rithme , le 
tour périodique les plus analogues au fentiment que le chant devoit exprimer. 
Dans la plupart de ces fujets, il a trouvé moyen de placer des morceaux 
qui approchent du genre héroïque : le duo de Silvain feroit beau dans le 
plus bel Opéra ; prefque tout Zémire Se Azor eft digne d'un théâtre 
noble. 

Mais ce n'étoit là que la route , & non le terme où il vouloit arriver. 

« Son but, en rapprochant l'Opéra-Comique de l'Opéra férieux 3 avoir 
été de faciliter à la Mufique Italienne le partage de l'un à l'autre ; pour 
y parvenir , il vit qu'il ferait plus fage de ne pas rifquer un ouvrage nou- 
veau j mais de chercher à tirer parti d'ouvrages déjà faits , & deftinés à 
U nation , tels que les Opéra de Quinault ». Projet louable , &: par fon 
motif, & par le courage qu'il fallait pour en vaincre les difficultés &: les 
défagréments. 

« L'air phrafé à l'Italienne , avait-il dit dans un article de l'Encyclo- 
pédie , manque à la fcène de l'opéra Français , pour l'animer Se l'embellir ; 
Se lorfqu'on faura l'y employer avec intelligence Se avec avantage , ainfi 
que le duo & le récitatif obligé , il en réfultera , pour l'opéra Français 
fur l'opéra Italien , une fupériorité que nous ne craignons pas de prédire ; 
mais on aura toujours à regretter que les chefs-d 'œuvres de Quinault 
foient privés de cet ornemenr j Se celui qui réunirait à les en rendre 
fufceptibles , en confervant à ces poé'mes leurs inimitables beautés , ferait 
Tome IF. G g 






234 ESSAI 

plus qu'on ne faurait croire pour les progrès de la Mufique en France , 
& pour la gloire d'un théâtre où Quinault doit toujours régner. Quelque 
mérite que l'on fuppofe à Lully , la facilité , la noblelTe , le naturel de 
fon récitatif peuvent ctte inutiles , & dans tout le refte il n'eft pas difficile 
d'être fupérieur à lui ; mais rien peut-être ne remplacera jamais les poèmes 
de Tkéfce , de Roland & à'Armide \ & toute nouveauté qui les bannira 
du théâtre , nous laiffera de longs regrets ». 

Ce fut donc pour conferver au théâtre les pocmes anciens , que M. 
Marmontel, en effaçant tout ce qui pouvait les déparer , & en les réduifant 
à leurs beautés pures , entreprit d'y mêler lui - même des morceaux de 
poéfie deftinés au chant j mais tellement liés avec le dialogue , qu'ils ne 
fulîent que l'expreflion plus vive & plus Taillantes du fentiment qui naît 
de la fituation. Encouragé dans ce travail par les gens de lettres les plus 
éclairés , les plus verfés dans l'art d'écrire , à l'examen defqueis il l'avait 
fournis , il était parvenu à difpofer pour une Mufique nouvelle les pocmes 
â'Amadis , de Roland, de Perfée , de Proferpine , dAtys , de Phaëton , 
à'IJls , de Théfée & à'Armide. Lorfque l'un des plus célèbres Compoiîceurs 
d'Italie, M. Piccini , fut appelle en France, on demanda pour lui, à M. 
Marmontel , un des poëmes de Quinault , &: l'on choifit Roland. M. 
Piccini ne favait point la langue : il fallait donc , en lui expliquant le 
pocme , fuivre pas à pas fon travail. M. Marmontel y mit le même foin 
qu'y aurait mis Quinault lui-même. 

Le Compofiteur Italien apprit de lui en peu de tems , 6c notre langue 
poétique , «Se l'accentuation de nos vers , enforte que , dans fa Mulîque , 
les Cenfeurs même les plus féveres n'ont pu relever une faute comte la 
profodie & l'accent de la langue. L'on fait quel a été le fuccès de cet 
ouvrage ; il a rempli le vœu de M. Marmontel j il a réfolu le problême : 

Si notre langue était fufceptible de la Mufiaue Italienne. 

Il l'a établie fur notre théâtre lyrique , avec l'applaudiifement le plus 
folemnel \ enfin il a ouvert aux Compofiteurs Italiens une nouvelle carrière , 
& à la nation Françaife une nouvelle fource de plaifirs. 

Ce qu'on remarque iïnguliérement dans le travail de M. Marmontel 
fur les poëmes de Quinault , c'eft l'attention la plus févere à ne porter 
atteinte à aucune de leurs beautés , & à n'en pas retrancher un vers que 
l'on regrette y c'efl; auffi le foin qu'il a pris, de donner aux traits qu'il 



SUR LA MUSIQUE. 23; 

ajoure , la couleur même du rableau , de manière qu'on ne s'apperçut 
pas que le rableau fur rerouché ; Se cer éloge , il l'a reçu des gens de letrres 
les plus diftingués par leur talenr pour la poéfie , Se les plus fenfibles à 
l'harmonie , à l'élégance, & au narurel du ftyle de Quinault. 

M. Marmonrel a donné à l'Opéra, en 175 1 , Acante & Céphife en 
trois actes , mufique de Rameau : la Guirlande , en un acte , idem ; en 
1757, les Sibarites , en un acte , idem; en 1761 , Hercule mourant , 
mufique de M. d'Auvergne ; en 1775 , Céphale & Procris, mufique de 
M. Grétry ; en 1778 , Roland, de Quinaulr , remis en trois actes , 
mufique de M. Piccini. 

Il a donné à la Comédie Italienne, en 1766, la Bergère des Alpes , 
mufique de Kohaut; en 1768 3 le Huron , mufique de M. Grétry; en 
1769, Lucile , idem ; en 1770, Sylvain _, idem: Ze'mïre & A\or 3 idem; 
en 177^, l'Ami de la Maifon , idem ; en 1775 , l a f au (f c Magie , idem, 
à Fonrainebleau ; en 1743 j Myfis & Délie , à Choifyj en 1761, Annette 
& Lubin. 

C H A N S ON. 

» Adélaïde 
» Semble faite exprès pour charmer ; 
» Et mieux que le galant Ovide , 
» Ses yeux enfeignent l'art d'aimer 

» Adélaïde. 

» D'Adélaïde, 
» AU 1 que l'empire femble doux ! 
» Qu'on me donne un nouvel Alcide : 
» Je gage qu'il file aux genoux 

» D'Adélaïde. 

» D'Adélaïde , 
» Fuyez le dangereux accueil ; 
u Tous les enchantemens d'Armidc 
» Sont moins à craindre qu'un coup d'oeil 

» D'Adélaïde. 

» D'Adélaïde , 
» Quand amour eut formé les traits, 
» Ma foi, dit il, la cour de Guide 
» N'a rien de pareil aux attraits 

» D'Adélaïde. 



236 



ESSAI 

» Adélaïde , 
» Lui dit-il , ne nous quittons pas ; 
» Je fuis aveugle , fois mon guide : 
» Je fuivtai par-tout pas-à-pas 

» Adélaïde. 

ROMANCE. 

» L'amour ma fait la peinture 
» De Daphné, de fes malheurs; 
» J'en vais tracer l'aventure, 
» Puiffe la race future 
» L'entendre & verfer des pleurs. 

» Daphné fut fenfible & belle, 

» Apollon fenfible & beau ; 

» Sur eux l'amour d'un coup d'aîte 

1) Fit voler une étincelle 

» De fon dangereux flambeau. 

v Daphné d'abord interdite , 
r> Rougit, voyant Apollon; 
» Il s'approche , elle l'évite ; 
» Mais fuyait-elle bien vite l 
» L'amour affure que non. 

» Le Dieu qni vole à fa- fuite 
» De fa lenteur s'applaudit ; 
» Elle balance , elle héûte , 
» La pudeur hâte fa fuite , 
» Le defir la relentii. 

» Il la pourfuit à la trace , 

» Il eft prêt à la faifir ; 

» Il va demander grâce : 

» Une nymphe eft bientôt laiïè , 

» Quand elle fuit le plaifir. 

» Elle defire , elle n'ofe , 
» Son père voit fes combats ; 
» Et par fa métamorphofe 
» A fa défaite , il s'oppofe ; 
» Daphné ne l'eu priait pas. 



S U R L A M U S I Q V E. s 37 

» C'eft Apollon qu'elle implore , 
» Sa vue adoucit Ces maux , 
» Et vers l'amant qu'elle adore , 
» Ses bras s'étendent encore, 
>» En fe chargeant en rameanx. 

«» Qnel objet pour la tendreffe 

» De ce malheureux vainqueur ! 

» C'eft un arbre qu'il carefle ; 

» Mais fous l'écorce qu'il prefFe s 

» Il fent palpiter un cœur. 

» Ce cœur ne fut point févere , 
» Et ion dernier mouvement 
» Fut , fi l'amour efl fincere , 
» Un reproche pour fon père-, 
» Un regret pour fon amant >r. 



AUTRE. 

« Comment Colin fait-il donc que je l'aime? 

=> J'ai fi bien l'air de le haïr ! 
» Eft-ce mon cœur qui s'eft trahi lui-même ? 
» Eft-ce l'amour qui m'a voulu trahir ? 

» Avec lui timide & farouche , 
» J'ai du plaifir, mais je fais le cacher, 
« Je rougis fitôc qu'il me touche , 
s» Je lui défends de me toucher, 
m Comment , &c. 

» Dans mes yeux il aurait pu lire ; 
» Mais devant lui j'ai foin de les baiffer j 
:» Je retiens jufqu'à mon fourire , 
m Et je lui dis de me laifler. 
» Comment, &c. 

» Un baifer qu'il croit me furprendre , 
» M'irrite au point qu'il ne peut m'appaifer 
» Je lui dis , tu peux le reprendre } 
m Je ne veux point de ton baifer. 
» Comment , &c. » 



238 E S S A I 

Marot ( Jean ) , père de Clément , naquit à Mathieu 3 village aux 
environs de Caen , l'an 146 j , & aurait eu plus de réputation, fi fon 
fils en avait eu moins ; il eut une conduite Se des mœurs irréprochables , 
& mourut âgé d'environ foixante - trois ans , quelque tems avant la. 
bataille de Pavie. 

CHANSON. 

«c Qui en amours veut être heureux, 
» Faut tenir train de feigneurie , 
i> Eftre prompt & adventureux , 
» Quand à monfher l'armarie ; 
»> Porter drap d'or , orphévrerie j 
» Car cela les Dames efmeut 
» Tout fert : mais , par fainte Marie j 
» Il ne fait pas ce tour qui veut. 

» Je fus na guerres amoureux 
» De Dame en beauté affbuvie , 
» Qui me dift , en mots favoureux f 
» Mon amour eft en vous ravie ; 
» Mais il faut qu'el foit deffervie 
» Par cinqante ccus d'or ; s'on peut : 
» Cinquante efcus ! bon gré ma vie , 
» Il ne fait pas ce toux qui veut. 

» Alors lui donnai, fur les lieux 

» Où elle faifait l'endormie 

» Quatre venues de cœur joyeux ». 

Marot ( Clément ) naquit à Cahors en 1495, de Jean Marot , qui 
l'emmena à Paris pour faire fes études. 11 entra enfuite chez Moniteur de 
Villeroy , en qualité de Page , Se devint valet-de-chambre de Marguerite 
de Valois > fœur de François I ; ce qui ne l'empêcha pas de fervir. Il 
fuivit le Roi à Ardres Se dans le Hainault , Se fe trouva à la bataille de 
Pavie , 011 il fut bleffé Se fait prifonnier. 

On prétend qu'il fut aimé de Diane de Poitiers , depuis DuchelTe de 
Valentinois , Se maîtrefïe de Henri II _, Se on lui fait même l'honneur 
d'avoir trop plu à la Reine de Navarre \ ce qui eft d'autant moins 



SUR LA MUSIQUE. 23j > 

croyable ., que cette Princeffe ayant eu deux maris , qui n'étaient ni 
aimables ni aimés d'elle , n'a jamais été accufée que de cette faibleffe. 

Les perfécutions qu'il efïiiya pour caufe de religion } le forcèrent de 
quitter la France. Il fe retira auprès de Madame Renée , fille de Louis 
XII , Se Duchefle de Ferrare , qui protégeait les Luthériens \ il revint en 
France , & fut encore forcé d'en fortir , pour avoir traduit les pfeaumes 
en vers français. Il fe retira à Genève , & de-là a Turin , où il mourut 
âgé de cinquante ans environ , en 1545, 

« Sa vie eft un mélange de gloire & d'infortunes ; il fut cher à plufieurs 
» Rois , & abandonné par eux ; honoré par-tout , & par-tout perfécutéj il 
o vécut dans le chemin des honneurs cV de la fortune , «Se il mourut pauvre 
n &c délaiffé ». {a) 

CHANSON 

« Plus ne fuis ce que j'ai été, 
» E: plus ne faurais jamais l'être ; 
» Mon beau prihtems &? mon été : " 
» Ont fait le faut par la fenêtre : 
» Amour tu as été mon maître , 
» Je t'ai férvi fur tous les Dieux ? 
» Ah ! (î je pouvais deux fois naître j 
» Combien je te fervirais mieux ». 

Autre pour la Reine de Navarre, . 

« Amour me voyant fans trîteflè , 

v Et de le fervir dégoufié, 

» M'a dit que fifle une maîtrefTe , 

» Et qu'il ferait de mon cofté. 

» Après l'avoir bien écouté , 

>» J'en ai fais une à ma plaifanee, 

» Et ne me fuis point mefeompte ; ' 

» C'eft bien la plus belle de France» 

» Elle a un œil riant, qui b'Ieffê 

» Mon cœur tout plein de loyauté j 

» Et parmi fa haute -nobleflê , 

» Méfie' une' douce privante; ' I « " 

{a) Annales poétique» 



24° -E S S A ï 

» Grand mal ferait, fi cruauté 
» Faifait en elle demeurance : 
» Car quant à parler de beauté , 
» C'eft bien la plus belle de France. 

» De fuir, s'amour qai m'opprefTe , 
» Je n'ai pouvoir ni volonté ; 
* Arrefté, fuis en cette prefle 
» Comme l'arbre en terre planté. 
» S'ébahit-on, fi j'ai planté 
» De peine, tourment & fouffrance ? 
» Pour moins , on eft bien tourmenté , 
» C'eft bien la plus belle de France » t 

C H A N S ON. 

« Récompenfe vous donnerai , 
n Mon ami , & fi mènerai , 
» A bonne fin votre efpérance ; 
» Vivante ne vous leflerai , 
» Encore quand morte ferai , 
» L'elprit en aura fouvenance. 

» Si pour moi avés du fouci , 

» Non pour vous n'en ai moins aufli ; 

» Amour le vous doit faire entendre : 

n Mais s'il vous fâche d'être ainfî, 

» Appaifés votre cœur tranfi; 

» Tout vient à point qui peut attendre »• 

AUTRE. 

« Amour trouva celle qui m'eft amere, 

« Et j'y étais , j'en fais bien mieux le conte ; 

» Bon jour, dit-il, bon jour, Vénus ma mère , 

» Puis tout-à-coup il voit qu'il fe mécompte, 

» Dont la couleur au vifage lui monte , 

» D'avoir failli honteux , Dieu fait combien } 

» Non , non , Amour , ce dis-je , n'ayez honte j, 

» Plus clairvoyans que vous s'y trompent bien ». • 

Marre ( l'Abbé de la ) était de Bretagne , & mourut en 1 747. 

CHANSON 



S U R LA MUSIQUE. ï±ï 

CHANSON. 

A une Princejfe à la fin du bal de l'Opéra. 

« Quoi! j'aurais pu vous amufer, 
» Adorable Princefle ! 

• Que ne puis-je me déguifèr 

» Pour vous parler fans cefle ! 
i» Tout mon efprit eft dans vos yeux. 
» Le defir de vous plaire 

• A mis deux fois au rang des Dieux 

» Un mortel ordinaire. 

» Si j'ai pu vaus inquiéter , 

» Pardonnez mon audace ; 
e Je me flatte de mériter 

» Que vous me faffiez grâce : 
d Mon crime fut-il des plus grands ,' 

» Mon repentir l'efface ; 
p Et l'hommage que je vous rends , 

» Me remet à ma place. 

m Cette prompte nuit va finir 

» Ma brillante aventure ; 
9 De mon bonheur le fouvenir 

» Deviendra ma torture. 
o Je vous verrai , fille des Dieux , 

» Au féjour du tonnerre : 
» Vous allez rentrer dans les cieux , 

» Je refte fur la terre ». 

11 donna à l'Opéra, en 1739 3 Zaïde , mufique de Roy et \ en 175 3 3 
Titon & l'Aurore , en crois a&es & prologue , mufique de Mondonville. 

Massip donna en 1734 les Fêtes nouvelles, mufique de PlcJJis cadet. 

Menilglaise ( le Chevalier de ) 3 Officier au régiment des Gardes- 

Vrançaifes , d'une ancienne maifon de Normandie , 6c neveu de M. 

l'Abbé de Canay , fi aimé & fi confidéré de tous les gens de lettres j a 

lionne à la poéfie quelques momens de fes Loifirs. Nous connaiflons de 

Tome IF. H h . 






242 ESSAI 

lui plufieurs pièces charmantes Jouées en fociété , & une infinité de 
chanfons agréables , dont nous rapporterons quelques-unes, ■ 

C H A N S O N. 

v «Colin fur im verd gazon 

i» S'écriait a/fis près d'Alizon , 

» Non , non . . . 
» Tu ne refTens point l'ardeur 
» Qui remplit mon cœur» 
» Mes yeux 
» Amoureux 
» Ne peuvent furprendre 
» Un regard tendre ; 
» Ah! dit-elle, Colin, 
» Je te l'accorde envain. 
» C'eft le fort des amours y 
» De Ce plaindre toujours* 

» Si je demande un baifer , 
» Je te vois prête à le refufer. . , . i 
» Non , non , 
» Mon coeur t'accorde ce don ; 
» Alais que fais-tu donc î 
» Déjà 
» Pour cela, 
» Tu fembles attendre 
» Un don plus tendre î 
» Je favais bien, Colin, 
» Que ce ferait envain ; 
» C'efr le fort des amours 
» De fe plaindre toujours» 

» La belle écoute fes vœux , 
. » L'inftant. arrive , il devient heureux , 
/ » Ses feux 

» Sont d'abord vifs & preflans ; 
» Bientôt languiffans , 
» Comment , 
» Cher amant, 
» Ton ardeur chancelle , 
» S'écria-t-elle j 



SUR LA MUSIQUE. a« 

» Hélas ! repric Colin , 

i» Mon coeur t'adore envahi , 

» C'eft le fort cLs amours 

» De le plaindre tou/ours ». 

AUTRE. 

« Colinet au pied d'un ormeau, 

» Difait un jour à fa bergère j 

» Si tu m'es toujours fi lévere 

» Je vais me pendre à ce rameau. 

» Un peu furprife à ce langage, 

» La belle lui dit alte-là. 

» Colinet , fi tu fais cela , 

» Que dira- ton dans le village ? 

» LaifTe-moi donc prendre un baifèr , 

» Lui dit le berger plein de flame ; 

» La bergère au fond de fon amc 

» Eût voulut ne point refufer : 

» Il le ravit avec courage ; 

» La belle lui dit, alte-là. 

» Colinet, fi l'on fait cela , 

» Que dira-t-on dans le village ? 

» Le berger devient plus prefTant 

» Et la bergère moins farouche , 

» Un baifer qu'il prend fur fa bouche, 

» L'irrite , Se puis elle y confent. 

» Bientôt il oie davantage ; 

» Pour le coup, dit-elle, alte-là. 

» Bon, reprit- il, que fait cela» 

m Le faura-t-on dans le village f 

» D'abord la belle à ce dilcourS 

i» Demeure un infranc interdite ; 

» L'amour déjà la follicite , 

v Colinet la prefle toujours. 

» Ah! dit elle, tu n'es pas iage; 

» Elle voulut dire alte là. 

» Mais tous les deux, après cela , 

» Ne fon gèrent plus au village »« 

Hh 2 



«44 



ESSAI 



AUTRE. 

k Au pied d'un ormeau , 
» Un jour le beau Silvandre , 

« Sur fou chalumeau 
e» Répétait un air tendre j 
3> Dans un bofquet Ifabeau 

ai S'en vint pour l'entendre .- 
» Bientôt fa voix la toucha , 

33 Et comment s'en défendre 1 
m Bientôt fon cœur palpita } 
33 L'amour l'attendait là. 

m Un foupir trahir 
33 La beile qui s'agite; 
=3 Le berger la vit , 
3> Mais elle prit la fuite : 
sa Plein d'amour , il la pourfuît , 

»j Et l'atteint bien vite, 
» Hélas! crueî, te voilà, 

m Cria-t-elle interdite : 
>» Bientôt fon cœur palpita ; 
33 L'amour l'attendait là» 

33 Le berger ardent , 
n Plein du feu qui l'inipire . 

33 Sur un ton prefTant 
33 Exprime fon martyre. 
»3 II prend fa main tendrement» 

33 Kàbeau ibupire , 
=» Son air touchant exprima , 
3j Ce qu'elle n'ofait dire ; 
33 Bientôt fon cœur palpita , 
33 L'amour l'attendait là 3>~ 

AUTRE. 



« Mon Dieu, qu'on a de peine 
33 A conferver fon cœur ! 
3> Une amoureufe chaîne 
»» Promet tant de douceur i 



SUR LA MUSIQUE. 24; 

» Eh ! pourquoi fe défendre 

» De fuivre fon defir ï 

» Souvent à trop attendre, 

» On perd bien du plaifir, 

» Corine, fur mon ame, 
» Doit régner à jamais; 
» Déjà ma tendre flarne 
» Egale fes attraits. 
» Mon amour, à l'aurore 
» M'annonce un jour ferein ; 
» PuifTe-le foir encore 
» Refîèmbler au matin. 

» Nuit & jour je foupire,' 
» Je voudrais exprimer 
» Ce que mon cœur defîre; 
» Mais je ne fais qu'aimer. 
« Hélas ! puiffe Corine 
» Le deviner un jour! 
» Tenez, quand on devine," 
» C'eft permettre l'amour », 

A U T R E. 

« Pierrot dit à Madeleine, 
f> Le coeur gros de foucis , 
» Tu ris à pert d'haleine 
» Au récit de mes ennuis : 
» Tu me caufes tant de peines, 
« Que je ne fais où j'en fuis. 

» Madeleine, fans mot dire, 
» Doucement le regarda : 
» Pierrot s'agite & foupire, 
» Puis il refte planté-làj 
» La belle fe prit à rire, 
» Bientôt elle foupira. 

» Son bouquet tombe par terre, 
» Pierrot court le ramafTer. 
» Déjà fa main téméraire 



2J.6 ESSAI 

7> Brûlait de le replacer ; 
v> Mais la crainte de déplaire 
» L'empêche encore d'avancer, 

»> Pourtant il reprend courage, 
» Puis il demande un baifer ; 
» Madeleine , à ce langage , 
» Sourit fans le refufer. 
n Joyeux de cet avantage, 
a II eft prêt à tout ofer. 

» Madeleine fent l'atteinte 
» D'un trait que lance l'amour. 
» Un cri qu'excite la crainte 
» Aux plaifirs donne le jour, 
» L'ame infenfible à fi plainte, 
» Piertot en rit à foa tour ». 

AUTRE. 

« Vois-tu, difait Liiette 
» A fon jeune Berger , 
» Auprès d'un fauvette 
» Ce moineau voltiger ? 
» A l'inftant de fa flame 
o Un autre était l'objet ; 
» Des tranfports de ton ame 
» Je crains le même effet. 

» Non, non, dit-il, cruelle j 
» Juge mieux de tes feux , 
» Quelle chaîne plus belle , 
» Pourrait fixer mes vœux. 
» La confiance eft le gage 
» D'un deflin plein d'appas t 
» Le plaifir eft volage, 
» Le bonheur ne l'eft pas. 

» Vois cette tourterelle 
» Soupirer ardemment; 
» Ne v is-tu pas près d'elle j 
» Voltiger fon amant ! 



SUR LA MUSIQUE. * 47 

» Ce baifer ( quel modèle 
» Pour les cœurs amoureux V) 
» Va le rendre fidèle., 
» En le rendant heureux. 

» Au difcours de Silvandre , 

» Lifette , malgré foi , 

» Sent un penchant plus tendre 

» Diflîper fon effroi ; 

» Du doute qui l'offenfe, 

» Aifémeot le defir 

» Fait pencher la balance 

» En faveur du plaifîr». 

Mennesson donna en 171 1, l'opéra de Manto la Fee , mufique de 
Batiflin; en 1715, les Plaijirs de la Paix , mufique de Bourgeois; en 
17 16 y Ajax , mufique de Bénin. 

Il mourut à Paris , en 1 742 , à près de quatre-vingt ans. 

Merville ( Michel Guyotde ), naquit à Verfailles le 1 Février 1696",* 
ôc fe deftina de bonne heure au théâtre, Il préfenta à la fois trois Tra- 
gédies , qui furent rejettées avec dédain. Dégoûté de ce genre , il eftàya 
le comique , & y fut plus heureux, fon Confentement. forcé ayant eu avec 
raifon beaucoup de fuccès. 

Cependant dégoûté du théâtre , il fe livra à fon goût pour les voyages ? 
mais ne put s'empêcher de compofer en route un volume de comédies 
qui n'ont point été jouées. 

Son peu de fortune , & le chagrin qu'il avait de voir prefque dans la 
mifere une époufe Se une fille qu'il chériflait , lui firent prendre le parti 
de fe retirer dans le pays de Vaux , où il efpérait de vivre à moins de' 
frais ; mais, voyant le peu qu'il avait diminuer tous les jours , n'ayant plus 
d'efpoir de l'augmenter , il fit un état de fes effets , s'afiTura que le prix 
de leur vente fuffirait pour acquitter fes dettes , drelïa un bilan qu'il mie 
fur fa table , écrivit plufieurs lettres , chargea de fes dernières volontés 
un Magiftrat de fes amis , laifla fes habits , fon épée > & le peu qu'il 
poffédait ; & ne prenant qu'une mauvaife capote , fortit de la maifon 
qu'il habitait à Genève, le 13 Mai 1765 , en difant qu'on ne l'attendît 



248 ESSAI 

pas ce jour-là. Quelque tems après , on trouva fur les bords du lac un 
cadavre que les flots y avaient jette. On n'a pas douté que ce ne fût fon 
corps , quoiqu'on ait fait courir le bruit qu'il s'était retiré dans un couvent 
du pays de Gex. 

On trouve quelquefois des chofes agréables dans le recueil de fes 
poéfîes. 

Miere ( Antoine Marin le ) , né à Paris , a débuté dans la carrière des 
lettres , par remporter le prix de poéfie à l'Académie Françaife , en 
1753. Le fujet de fon poème était la Tendrejfe de Louis XI y pour fa 
famille. Il a gagné depuis plusieurs prix à la même Académie , &: a donné 
à la Comédie Françaife , Hypermneftrc , Terée , ldomenée , Arcaxerce , 
Barneveldt _, Guillaume Tell , la Veuve du Malabar. Ces ouvrages rem- 
plis de beaux vers , & fon pocme fur la Peinture , ainfi que celui des 
Fajles y lui ont donné des droits inconteftables au fauteuil académique. 
Le public le nomme le premier à toutes les places vacantes ; il eft à pré- 
fumer qu'enfin fes futurs confrères feront de l'avis du public. 

C H A N S ON. 

« Adorable Climene , 

» Qui m'avez fu charmer, 

n Trop aimable inhumaine , 

» LaifTez-vous défarmer. 

» L'amour reçoit mes vœux ; 

» Que n'eft-il dans votre ame 

» Comme il eft dans vos yeux, 

» Votre tendre jeunefle 

» Vous dit qu'il faut céder, 

» Entr'elle & la fagefle , 

» L'amour doit décider : 

» L'on fuccombe avec gloire 

a En fuivant fes defirs : 

n La défaite eft vi&oire 

» Dans le champ des plaifîrs, 

» Aimer fans être aimable , 
» C'eft outrager l'amour : 
» Il faut être adorable 

» Pour 



SUR LA MUSIQUE. 2^ 

» Pour trouver du retour : 
» Sans beauté , la tendreiTe 
» Ne nous toucherait pas ; 
» La beauté fans rudefle 
n N'en a que plus d'appas. 

»» A devenir fenfible, 
» Inftruilèz votre cœur j 
» Nul n'eft inacceilîble 
» A ce charme vainqueur. 
» D'une douceur extrême 
\ Nous ferons pénétrés , 
■» Si vous fentez vous-même 
» Ce que vous infpirez ». 

Couplet en Vhonneur de Monfeigneur le Prince de CovM. 

a Voici l'heureux anniverfaire 

» Des fuçcès d'un jeune héros ; 

» Meflleurs , vous l'avez tous vu faire ; 

» Chantez avec moi fes travaux ; 

» La majorité pour la gloire 

n Ne s'acquérait qu'avec le tems : 

» Emancipé par la vidloire , 

» Il eft héros à vingt-cinq ans. 

» De Ces éclatantes proueltës , 
» Quels plus illuftres monument 
» Que ces beaux drapeaux tout en picccs 
» Qu'il fut ravir aux Allemands ! 
» Ses exploits , dignes de mémoire ,' 
» Sont, fur ces lambeaux de fatin , 
» Mieux gravés des mains de la gloire 
» Qu'ils ne le feraient fur l'airain. 

» Parmi le belliqueux vacarme , 
» Le fang , la poufliere & les feux , 
» Que les périls avaient de, charme 
» Sur fes traces & fous fes yeux. 
•» Non , à peine l'expérience 
» Aux cheveux blancs , au front ridé , 
» Eût donné plus de confiance 
vi Que l'ardeur du jeune Conde'. 
Tome IV. I i 



25"© ESSAI 

r> Mois fécond, qui mûrrit la vigne, 

» Tu feras cher à nos neveux j 

p Conde vint au jour fous ton figne : 

> Sous ton figne , il fe rend fameux } 

o De fleurs formons-lui des couronnes , 

» Honorons-le par la gaîcé , 

• Et le bon vin que tu nous donnes , 

» Buvons-le tout à fa fanté ». 

Romance du Jïege de Calais. 
Sur l'air de la Romance d'Enguerrand. 

» Par Edouard, Roi d'Angleterre, 
» Calais bloqué 
» Se voyait confifqué, 
» La faim , coufine de ra guerre , 
» Met aux abois 
» Les plus riches bourgeois ; 
» Pour tout feftin , 
» Même pour pain , 
» Dans ce coin de la terre, 
» Les ofTemens pétris, 

» Les fouris 
» Par- tout étaient fèrvis. 

» Indigné de leur réfiftance , 
» Le Prince Anglais 
» Leur envoie un exprès j 
» Livrez, dit-il, en diligence 
» A votre choix 
» Trois paires de Bourgeois , 
» Ou bien mon Roi , 
» Semant l'effroi , 

• S'en va dans fa vengeance 
» A grands coups de canon , 

» Patapon , 

• Mettre tout en charbon. 

* Euftache , pour fauver la place , 
» Avec tranfport 
» Se dévoue à la mort. 



SUR LA MUSIQUE. 2Sl 

» Les deux Wiiïàns fuivent fa trace, 
» Puis avec eux , 
» Trois autres généreux j 
» Ils partent tous, 
» Portant aux cous 
» Un collier Je filafTe ; 
» Mais de ce noeud d'horreur, 

» Leur grand cœur 
» Fait un cordon d'honneur. 

» Hé, qui pourrait compter les larinej 
» Tombant de l'ail 
» Des habitans en deuil / 
» L'Anglais lui même en ces alarmes, 
» Le cœur navré 
» Se fent tout pénétré : 
» Tant , ô vertu ! 
» L'on eft vaincu 
» Maigri foi par tes charmes: 
» Edouard obitiné , 
Roi mal né , 
» Seul n'en eft point gagné, 

» Ils allaient périr, quand la Reiae 
» Vole aux genoux 
» De fon barbare époux, 
» Quoi ! dit-elle, tout hors d'haleine, 
» Des gens de bien , 
» Mourir comme vaurien ? 
» Se lamentant , 
» Elle fît tant , 
» Que touché de fa peine, 
» Le Roi vit tout fou toit, 

» Le remord 
» Contremanda la mort. 

» Depuis qu'une Reine fi bonne 
» Sut enfeigner 
» Comment il faut régner, 
» Peut-on priver de la couronne 
» Les jolis fronts 
» Qui portent des pompons. 



Jii 



aj2 ESSAI 

»' Âh ? la bonté , 

» L'humanité , 
»' Sous les devoirs du trône 
» Plus fenfibles que nous , 

» Seie doux , 
» Ma voix fera pour vous ». 

Mimeures ( le Marquis de ) , Menin de Monfeigneur , eut beaucoup 
de talent pour la poéfie. On a de lui quelques chanfons &c plufieurs odes a . 
«ntr 'autres celle à Vénus imitée d'Horace , Se qui commence airùi ; 

Cruelle mère des Amours > &c. 
CHANSON'. 

« De fes traits le Dieu de Cythere 

» Vous a fait don, jeune Bergère, 

>\ Tout cède à vos charmes vainqueurs^ 
» Ne gardez pas un préfent fi funefte , 
» Un trait fuffit pour unir nos deux cœurs ,. 

» Rendez à l'amour tout le relie »» 

Molière ( Jean-Baptiste Pocquelin de ), né "à Paris en 1620 , était fils 
d'un valet-de-chambre Tapiffier du Roi , &c obtint la charge de ion père. 
11 avait trente-quatre ans lorfqu'il donna fes premières pièces , où il jouait 
lui-même. Sa troupe fut arrêtée au fervice du Roi, en 1665 , & ce fut 
l'époque du vrai goût de la comédie. 11 devait avoir la première place 
vacante à l'Académie Francaife , & allait commencer une traduction en 
vers de Lucrèce , lorfqu'il mourut, après avoir joué le rôle du Malade 
imaginaire , qu'on donnait alors pour la quatrième fois j il fe rompit une 
veine , & mourut le même jour 17 Février 1673. 

L'Archevêque de Paris (a) faifait beaucoup de difficultés pour permettre 
qu'on l'enterrât , lorfque le Roi en donna l'ordre , & on le porta dans le 
cimetière de S. Jofeph, rue Montmartre, dans le même endroit, où l'on 
mit vingt-deux ans après le célèbre la Fontaine. Vers l'année 1750 , en 



(a) U s'appellait de Harlai , Se était fore décrié pour fes oiœur&j 



SUR LA MUSIQUE. ^ 3 

cfeufant une foire dans ce cimetière, on trouva leurs cercueils, & on les 
tranfporta dans l'églife , où ils font maintenant. 

Molière compofa plufieurs petits ballets & autres fêtes pour le Roi , 
dont Lully Se d'autres Muficiens de ce tems firent la mufique. 

Epitaphe de Molière , par Lafontaint. ■ 

« En ce tombeau gifent Plante & Térence , 
m Et cependant le feul Molière y gît ; 
• Leurs trois talens ne formaient qu'un eipritj 
» Dont le bel art réjouifïait la France, 
» Ils font partis ; & j'ai peu d'efpérance 
» De les revoir malgré tous nos efforts. 
» Pour un longtems , félon toute apparence, 
m Térence & Plaute & Molière font morts »» 

Moline ( Pierre-Louis ) , né à Avignon , a fait plufieurs ouvrages ea 
vers & en profe. Les plus connus font Orphée , donné à l'Opéra en 1774. 
Le poëme eft traduit de l'Italien, de Calçabigi : Iamufique eft de Gluck; 
l'Inconnue perfécutée , traduite de l'Italien fur la muficjue & A nfojji, donnée 
à la cour en 1777 \ Roger Bon-tems & J avoue , parodie d'Orphée , en 
ibeiété avec d'Qrvigny • le Duel comique , opéra bouffon ; ôcc'. 

' ' i 

Moncrif ( François-Auguftin Paradis de ) , né à Paris en 1 6S7 , fut 

d'abord Maître en fait d'armes j ce qui le lia avec prefque toute la jeune 

noblelfe de fon tems. 

L'amour de la poéfie lui fit bientôt abandonner fa première prefeffion 5, 
êc fes premiers effais en ce genre furent une ode fur la mort de Louis 
XIV , où dans prefque toutes les ftrophes il ne louait que M. le Régent. 

Il eut au fuprême degré le talent de la louange , & heureufement il 
trouvait moyen de louer fans adulation , feulement quelquefois avec 
fadeur. Cette fi.cilité lui fit des amis de toutes fes connaifiances ; car qui 
ne fe laitfe prendre aux éloges ? Peu redouté de fes rivaifx , accueilli par 
tout le monde , aimé de beaucoup de gens , indifférent aux autres , il 
n'eut jamais la force de fe faire un ennemi , &r c'eft ainfi qu'il fut heureux,. 
jàuHi dic-il dans un de fes ouvrages : « Un des fruits qu'on doit naturel- 



a 74 ESSAI 

» lement fe promettre des avantages de l'efprit, c'eft de fe procurer une 
» vie agréable >». 

Moncrif a fait quelques comédies , mais a fur-tout travaillé pour 
l'Opéra , où il s'eft emparé du genre des enchanteurs galans. Plufieurs de 
fes opéra ont eu beaucoup de fuccès & le méritaient \ mais ce qui lui 
donne droit aux véritables éloges , c'eft fa charmante épître du Raj eunijjè- 
ment inutile que Voltaire n'aurait point défavouée , & fa romance d'Alix 
&: d'Ale-xis , ainfi que plufieurs de fes chanfons. 

Le plus bel éloge que Ton puifle faire de lui , c'eft qu'ayant eu l'honneur 
d'être nommé Lecteur de la feue Reine , il lui parut digne de fa confiance 
& même de fon amitié. 

Un beau trait de fa vie eft d'avoir demandé la permifiion de fuivre 
M. le Comte d-'Argenfon dans fon exil , quoiqu'alors comblé des bontés 
de la Reine , il eût pu mener à la cour la vie la plus agréable. La recon- 
naifTance qu'il avait des fervices que ce Miniftre lui avait rendus , l'em- 
porta fur toute autre confidération. Au bonheur de plaire à tout le monde, 
Moncrif ajouta celui da mener la vie la plus heureufe , & de pouffer fa 
carrière jufqu'à l'âge de quatre-vingt-trois ans , fans avoir jamais éprouve 
d'incommodités , & en vivant toujours comme s'il n'en avait eu que 
cinquante. Il s'éteignit en 1770 , fans douleur , fans crainte Se fans remords, 
a'ayant jamais offenfé perfonne. 

Epitaphe de Moncrif par M. de la Place. 

« Des moeurs dignes de l'âge d'sr, 

b Ami sûr, Auteur agréable , 

» Ci gît qui vieux comme Neftor , 

• Fut moins bavard & plus aimable a» 

Il a donné à l'Opéra , en 1741, Linus, en un acte , mufique du Cheva- 
lier de Brajffac ) en 1 744 , les jjugujlales , prologue , mufique de Rebel 
Se Francaur\ en 1745 , Zélïndor , en un a£te , mufique de Rebel 8c 
Francxur j en 1747 ■» -Almafis _, en un actej mufique de Roy : Ifmène , 
en un acte , mufique de Rebel Se F rancoeur j en 175 1 , les Génies 
tutélaires , idem. 






SUR LA MUSIQUE. a;y 

C H A N S ON. 

« Songez bien que l'amour fait feindre, 
» Redoutez un fage Berger : 
» On n'eft que plus près du danger , 
s Quand on croie n'avoir rien à craindre, 

» Je voyais , (ans être inquiète , 

■ Daphnis m'aborder quelquefois j 

■ Il me trouvait feulette au bois , 
» Sans jamais me conter fleurette. 

» D'aimer on doit bien le défendre, 
» Me diiait-il dans fes chanfons ; 
m Mais il formait de fi beaux fous, 
» Qu'on s'attendrifTait à l'entendre» 

» Je me croyais fi raifonnable 

» En l'écoutant fur le gazon : 

» Quel ouvrage de la raifon 

» D'écouter un berger aimable ! 

» Sans deflxin , fans inquiétude , 

» Chaque jour j'aimais à le voir j 

» Bientôt fans m'en appercevoir , 

» Je perdis toute autre habitude. 

» L'enchanteur : quelle adreffe extrême , 
» Il employait pour me charmer ! 

• Croirait-on qu'on fe fit aimer 

• Sans jamais dire : je vous aime 1 

s Si je chantais dans le bocage , 
» Pour m'écouter il s'arrêtait : 
» Une autre bergère chantait , 
» Il s'en retournait au village. 

» Des amans me peignant l'ivreflè, 

» Il m'entretenait tout un jour ; 

s C'était pour condamner l'amour, 

» Mais c'était en parler fans eeffe. 



>**, ESSAI 

9 Qu'amour féduit avec adrefle ! 

» Comme il fait déguifer fon feu ! 

» Jufqu'au mal qu'on dit de ce Dieu ' t 

m Tout eft un piège qu'il nous dreiïè. 

• Daphnis enfin fut me contraindre 

» A partager fa tendre ardeur ; 

» Je fentis qu'il avait mon cœur , 

» Quand je commençai de le craindre « . 

AUTRE. 

« Plus inconftant que l'onde & le nuage,' 
1% Le tems s'enfuit; pourquoi le regretter! 
» Malgré la pente volage 
u Qui le force à nous quitter , 
» En faire ufage , 
» C'eft l'arrêter. 
» Goûtons mille douceurs ; 
i» Et fi la vie eft un pafTage , 
O Sur ce pafTage au moins femont des fleurs 3*4 

AUTRE, 

» Qui par fortune trouvera 

» Nymphes dans la prairie , 
Celle qui tant plus lui plaira, 

» Tenez, c'eft bien ma mie f 
» Si quelqu'une vient à danfer , 

» Et d'une grâce telle 
» Qu'elle ne fait les fleurs verfêr j 

» Hé bien, c'eft encore elle. 

Si quelqu'un dit avec ferment , 

» Je donnerais ma vie , 
p fou» être aimé rien qu'un moment f 

» Tenez , c'eft de ma mie. 
o Si quelqu'autre fuit fans cfpoir 

» La nymphe qu'il adore , 
» Content du charme 4e la voir ; 

» Hé bien , c'eft elle encore. 



Eglc 



SUR LA MUSIQUE. a; 7 

» Eglé vint aux jeux de Cérès , 

» E: fuc d'abord fuivie ; 
» Eglé revint le jour d'après , 

» On ne vit que ma mie. 
l> Si quelque nymphe a le crédit 

» D'être toujours nouvelle 

• A vos yeux comme à votre efprit j 

» Tenez , c'eft toujours elle. 

» L'autre matin fous ces buiflbns , 

» Une nymphe jolie 
» Me dit, j'aime tant vos chanfons : 

» Je dis , c'eft pour ma mie. 

• Pour célébrer fes doux attraits , 

» Fait-on chanfon nouvelle ? 
» En y longeant , l'inftant d'après 
» On chante encor pour elle, 

• Je lui fais maint adorateur, 

» Et n'en ai jalouhe ; 
• « Amour 3 a mis tout mon bonheur t 

» Dans celui de ma mie. 
» Que fervirait de m'alarmer ? 

» La chofe eft naturelle ; 
o Amour la faite pour charmer , 

» Et nous pour n'aimer qu'elle *.' 

Mondonville. (Voyez fon article parmi les Compofiteurs ). En 1754 ï 
il donna à l'Opéra les paroles & la mufîque de Daphnis & Alcimadure. Les 
paroles étaient d'abord en Languedocien , 6c enfuite il les parodia en 
Français fur les mêmes mefures. 

Mondorge ( Antoine Gauthier de ) , né à Lyon en 1717, devint Maître 
de la chambre aux deniers du Roi j 6c compofa plufieurs pièces de vers 
charmantes. 

Il avait une maifon de campagne à Yeres , village aux environs de 
Paris j qu'il orna d'infcriptions ingénieufes. On a confervé celle-ci pour 
une fontaine : 

« Toujours tranquille , toujours pure , 
33 Rien ne trouble jamais mon cours : 
» PuifTe l'ami de la nature 
3> Voir couler ainfi tous fes jours m. 
Tome IF. K k 



*fS ESSAI 

II n'avait que vingt ans Jorfqu'il fit les paroles des Talens lyriques , 
opéra charmant mis en mufique par Rameau. M. de Mondorge ofa le 
premier s'écarter de ces lieux communs de morale voluptueufej dont les 
opéra étaient remplis. La harangue de Tyrtée eft vraiment une harangue 
militaire , mais il n'avait pas allez de force pour porter ce genre où il 
pouvait aller. C'eft toujours, beaucoup d'avoir entrevu que celui qui 
régnait ne valait rien. 

On donne à M. de Mondorge plufieurs ouvrages agréables, entr'autres , 
les Lettres d'une jeune Veuve à un Chevalier de Malte , où l'on trouve 
infiniment d'efprit & fur-tout de fentiment. 11 mourut à -Paris le 24 
Octobre 1768 , & avait donné à l'Opéra, en 17393 les Fêtes d'Hébé 
ou les Talens lyriques , mufique de Rameau j en 1761 , l'Opéra de fociété 
en un a&e , mufique de Giraud. 

Monnier ( Pierre-René le ) , CommifTaire ordinaire des guerres , eft 
auteur du Maître en Droit , du Cadi dupé , du Mariage clandejîin , de 
Renaud d'Aft , de la Meunière de Gentilly , & de la Matrone Chinoife , 
aux Italiens. 

En 1773 , il donna à l'Opéra l'Union de l'Amour & des Arts , mufique 
de Floquct. On fait le fuccès prodigieux de cet opéra. 

En 1 774 , les mêmes Auteurs donnèrent A^olan , opéra tiré d'un 
conte de M. de Voltaire. Il eut auffi beaucoup de fuccès j cependant M. 
le Monnier la refait en entier. Nous avons recueilli quelques-unes de fss 
chanfons. 

CHANSON, 

Les Adieux. 

« Adieu donc ma chère Lifette , 
» Adieu l'objet de mes amours ; 
» Puifque tu quittes la retraite , 
» Je vais te perdre pour toujours. 
» En vain pour calmer ma triftefTe , 
» Tu promets de m'aimer fans ceffe; 
» Ah! qui fait fi, loin de moi, 
» Tu me ga-deras ta foi ? 

» Permets à mon amc bleifée 
» De s'occuper de tes appas , 



SUR lA MUSIQUE. è>p 

o E: laifiè-moi par la penfée 
» Suivre la trace de tes pas; 
» Je ferai ton guide fidèle 
i» Jufqu'aux lieux 011 l'on te rappelle ; 
» Mais qui fait , &c. 

» Je verrai fouvent ce bocage 
» Témoin de nos premiers fermens , 
» Où près de l'objet qui m'engage, 
» Jai parte de fi doux momens. 
» Voilà, dirai- je, où 1 ma maîtrefiè 
» Me fit l'aveu de fa tendreiïè ; 
» Mais qui fait, &c. 

» Si tu veux conferver fans ceflè 
» Le fouvenir de notre ardeur, 
» Songe, ma charmante maîtrefiè, 
» Au trait dont tu bleflas mon coeur, 
» Rappelle-toi cet adieu tendre 
• Qu'en partant je te fais entendre ; 

» Mais qui fait fi , loin de moi , 

» Tu me garderas ta foi ? » 

RONDE. 

« N'allez point au bois feulette , 
» Belle qui craignez l'Amour, 
» C'eft là que ce Dieu vous guette 
» Pour vous jouer quelque tour. 

» Bonjour, gentille fillette, 
» Vous dit un Berger galant , 
» Votre coeur à la fleurette 
» Serait-il indifférent ; 
» N'allez point, &c. 

» Laiffèz-là votre houlette ; 
» Laiffiz-là votre troupeau , 
» Aux doux fons de ma mufette^ 
» Venez danfer fous l'ormeau, 
» N'allez point, &c, 

Kki 



*6*o ESSAI 

» Par degrés il devient tendre ; 
» Il vous prefTe , on fe défend , 
» Puis il vous force à l'entendre ; 
»„".e malheur n'eft pas bien grand. 

» N'allez point, &c. » 

Monnoye ( Bernard de la } , l'un des plus habiles & des plus judi- 
cieux critiques de fon rems , naquit à Dijon le 15 Juin 1641, &c devine 
Correcteur des Comptes. 

En 1 6-j 1 , lorfque l'Académie Françaife établit un prix de poéfie j 
à l'imitation de celui d'éloquence , fondé par Balfac > qu'elle a continué 
depuis chaque année } la Monnoye remporta le premier qui fut donné. Il 
en remporta depuis plufiéurs autres, &c fut reçu de l'Académie en 171 3 , 
à la place de l'Abbé Régnier Defmarais. Ce fut à fa réception que le 
Roi ordonna que déformais il y aurait aux aifemblées des fauteuils 
pour tous les Académiciens. Jufqu'alors il n'y avait que le Directeur , le 
Chancelier &: le Secrétaire perpétuel qui en euffent ; Se comme les Car- 
dinaux n'en avaient que lorsqu'ils étaient revêtus de l'une de ces trois 
charges , ils fe difpenfaient d'affilier aux féances publiques 3 lorfqu'ils 
n'étaient qu'Académiciens. M. le Cardinal d'Eftrées qui aimait beaucoup 
la Monnoye , & qui voulait affilier à fa réception j mais non pas fur une 
fimple chaife , obtint cette décifion du Roi par le moyen du Cardinal de 
Polignac qui la lui demanda. La Monnoye fut reçu le 23 Décembre au 
bruit des applaudhTemens unanimes d'une nombreufe affemblée. 11 paiTait 
à Paris une vie auffi tranquille qu'agréable , & dans l'union la plus étroite , 
avec une époufe qu'il aimait autant qu'il la refpeftait } lorfque le fyftême 
lui emportant tout fon bien 3 le réduifit à la plus étroite mifere : il avait 
alors quatre-vingt ans , & fa femme foixante-neuf. M. le Duc de Villeroy 
lui fit une penfion , qui l'aida à fubfifter jufqu'à fa mort. 11 perdit fon 
époufe en 1716 j & quoiqu'alors âgé de 85 ans , il fit ces fiances fi pleines, 
de fentiment. 

« Chère époufe , tu n'es donc plus ! 
» Je te rappelle en vain , mes cris font fuperfius. 
» Rien ne peut adoucir le chagrin qui me ronge j 

» Je hais la clarté du foleil ; 

» Et Ci je cherche le fommeil , 

» C'eû pour te retrouver eu fongCv- 



SUR LA MUSIQUE. 2 <r, 

» Je ne te verrai plus ici , 

» Claude (a) mon unique fouci j 
» Nom pour moi préférable aux noms les plus illuftres. 

» Nous fûmes moins époux qu'amans, 
i» Dix luftres avec toi m'ont paru dix momens , 
» Et dix momens , fans toi , me paraiflent dix luftres. 

» Je me fouviens de tes fecours , 
» De tes attentions , de tes foins , de tes veilles. 

» Malgré toi (b) , fourde à mes difcours , 

» Tes yeux remplaçaient tes oreilles. 

» Au moindre figne ils m'entendaient ; 
» Et de mes volontés , interprètes habiles , 

» Toujours prêts , jamais inutiles , . 
» Au langage des miens d'abord ils répondaient. 

» Que deviendrai-je , hélas ! tu pars , & je demeure. 
» Ton ame, loin de moi, fans doute dans les deux ? 

» Goûte un repos délicieux : 
» Moi , fur terre inquiet , je foupire , je pleure, 
» Unis par une tendre & fincere amitié , 

» Qui devait être inféparable , 

» Nous formi ns un tout agréable % 
» Et je ne ferai plus qu'une trifte moitié. 

» Devant te précéder , bientôt je te vais fuivre» 

» Agé de quatre-vingt-cinq ans , 

» Déformais , chère ombre , il eft rems 

» Que la parque à la mort me livre. 

» Et fi l'heure de mon trépas 

» Dans cet inftant ne lonne pas , 
» C'eft que ( le nommerai-je ! ) un héros me fait vivre : 

» Un héros (c) que ne puis-je autrement m'exprimerî 

« Je le loûrais bien mieux , fi j'ofais le nommer ». 

II ne furvéquit pas longtems à fa compagne chérie , 8c mourut le 1 5 
Octobre 1718 , âgé de quatre-vingt-fep. ans , laiiîant quatre enfâns, deux 



(a) C'eft ainfi qu'il nommait fa femme. 
(J>) Elle était fourde depuis dix ans. 
fc) M. le Duc de YiUeroy. 



à€2 ESSAI 

garçons & deux filles; l'aîné, Pierre -de la Monnoye, fe maria, Se fut 
père de feu M. de la Monnoye , aulîî honnête qu'habile Avocat, & 
Ccmfeiller des finances de M. le Duc d'Orléans. 

CHANSON. 

« Je me faifais un grand plaifir , 
» Phylis , de vous fuivre au village , 
» Je croyais y rire à loilîr ; 
» Mon amour fut de ce voyage j 
» Mais ce qui caufe mon fouci , 
» Votre rigueur en fut auifi ». 

La fanieufe chanfon de la Palice eft de la Monnoye. 

AUTRE. 

« Si je ne gagne mon procès , 
» Vous ne gagnerez pas le vôtre j 
» Vous n'aurez pas un bon fuccès , 
» Si je ne gagne mon procès, 
i» V°us avez chez moi libre accès , 
» J'en demande chez vous un autre ( 
i) Si je ne gagne mon procès , 
» Vous ne gagnerez pas le vôtre ». 

Montpiaisir ( N. de Bruc , Marquis de ) , d'une ancienne rhaifon de 
Bretagne, naquit vers l'an i6"io, Se mourut vers i6yi. Il fut l'ami 
patticulier de Lalane , & fit avec lui le voyage de Picardie en i6}6 ,8c 
celui de Bretagne enio'38. On fait qu'en 1659, il était Lieutenant de 
Roi d'Arras. 11 jouilïait de la réputation d'un excellent Officier , & les 
agrémens de fon efprit le firent eftimer de la cour Se de la ville. Il était 
frère de Madame du Plelfis-Belliere 3 Se par conféquent oncle de la 
Maréchale de Créquy. 

Vert à Mademoifelle de Lenclos , jouant du luth. 

« Quand vous touchez le luth , j ( y trouve tant de charmes , 
» Qu'amour avec ces doucca armes 
t> Ne peut manquer d'être vainqueur. 



SUR LA MUSIQUE. %s ? 

• Votre main , belle Iris , n'eut jamais de pareille j 

» Et quand on vous prête l'oreille , 
» On vous donne bientôt le cœur, 

» Vous entendant jouer avccque tant d'adreiTe 
» Si l'on éprouve une tendreiïè 
» Pour des appas fi précieux , 

• Ce n'cft pas , belle Iris , une grande merveille. 

» L'amour peut entrer par l'oreille, 
» Comme il fe gliflè par les yeux », 

Sur une horloge de verre remplie de cendre. 

« Cette pouflîere que tu vois, 

» Qui tes heures compalTe, 
» Et va recourant tant de fois 

» Par un petit efpace ; 
» Jadis Damon je m'appellais, 

» Que la divine grâce 
» De Pliilis, pour qui je brûlais, 

» A mis en cette place. 
» Le feu feeret qui me rongea , 
» Eu cette poudre me changea, 

» Qui jamais ne repole. 
» Apprends, amant, que, par le fort, 

» L'efpérance t'eft clofe, 
» De repofer même en ta mort ». 

Montesquieu ( Charles Secondât , Baron de ) , né au château de h 
Brede près Bordeaux, le 18 Janvier 1689 , fut recule 13 Juillet 1716, 
Préfident à mortier au Parlement de cette ville. 

Ses Lettres Perfannes qu'il donna en 1721 , commencèrent fa réputa- 
tion , & , avec le Temple de Gnide , lui ouvrirent les portes de l'Aca- 
démie Françaife en 1728 , à la place de M. de Sacy. 

Son ouvrage fur la caufe de la grandeur & de la décadence des Romains 
parut en 1734, & lui fit beaucoup d'honneur } mais ce qui le rendit à 
jamais célèbre , fut fon Efprit des Loix , qui parut en 1750. Cet ouvrage 
eft trop connu pour que nous en parlions. Le Préfident de Montefquieu. 
mourut à Paris le 10 Février 1755, âgé de foixante-fu ans, en prononçant 
ces paroles : 



2^4 



ESSAI 



« J'ai toujours refpeété la Religion j la morale de l'Evangile eft une 
» excellente chofe , & le plus beau préfent que Dieu pût faire aux 
» hommes ». 

Il avait entrepris une hiftoire de Louis XI ; Se à mefure qu'il y tra- 
vaillait , il jettait au feu les mémoires qui lui avaient fervi j irais un 
jour fon Secrétaire ayant mal compris ce qu'il lui difait j brûla la copie ; 
& M. de Montefquieu , en fe levant , ayant trouvé le brouillon fur fa 
table , crut que le Secrétaire avait oublié de le brûler j & le jetta au 
feu. C'eft ainfî que nous avons été privés de l'hiftoire d'un règne des 
plus intéreflans de la Monarchie, écrire par la plume la plus capable de 
le faire connaître. 

Nous avons recueilli de lui ces deux chanfons. 

CHANSON. 



« Amour, après mainte victoire, 

» Croyant régner feul dans les deux ,' 

» Allait bravant les autres Dieux , 

»> Vantant fon triomphe & fa gloiid 

o Eux , à la fin qui fe laflèrenc 
» De voir l'infolente façon 
» De cet orgueilleux enfançon ," 
» Du ciel par dépit le chaiTereut. 

» Banni du ciel , il vole en terre , 

» Bien réfolu de fe venger , 

» Dans vos yeux il vint fe loger , 

» Pour , de-là , faire aux Dieux la guerre* 

» Mais ces yeux d'étrange nature 

» L'ont fi doucement retenu , 

» Qu'il ne s'elt depuis fouvemi 

» Du ciel , des Dieux , ni de l'injure » # 

AUTRE. 

* Boufflers, vous avez la ceinture 
» Que la DéeiTe de Paphos 
n Reçut des mains de la Nature 



Au 



SUR LA MUSIQUE. *6% 

» Au débrouilleraient du cahos. 

» Si quelquefois votre parure 

i> A des irrégularités , 

» Une grâce qui les corrige, 

» Fait voir à nos yeux enchantés, « 

» Que la beauté qui fe néglige, 

» Eft la première des beautés ». 

Montreuil (Matthieu de ) , né à Paris en i6"n , eut le défaut de 
faire inférer fes vers dans tous les recueils qui paraiflaient : il aima 
beaucoup les voyages , &c dépenfa follement prefque tout fon bien. II 
devint Secrétaire de Cofnac , Evêque de Valence 3 & le fuivit à Aix 
'orfqu'il en fut fait Archevêque. 11 y mourut en 169Z. Ses madrigaux 
font eftimés. 

CHANSON. 

« Quoi ! fans vous fouvenir de moi ni de ma peine > 
»> Vous pouvez pafTer tout un jour l 
» HaiÏÏëz-moi plutôt, Climene : 
» L'indifférence eft , en amour , 
• Plus dangereufe que la haine ». 

AUTRE 

A une Dame qui jouait à Colin Maillart. 

« De toutes les façons vous avez droit de plaire ; 
u Mais fur-tout vous favez nous charmer en ce jour, 
» Voyant vos yeux bandés, on vous prend pour l'Amour ; 
u Les voyant découverts , on vous prend pour fa mère ». 

Monvelj Comédien ordinaire du Roi, a donné au Théâtre Italien, 
en 1771 , Julie , mutïque de M. De/aides; en 1773 ■> ^ f u i te ^ e J"fo > 
idem : le Stratagème découvert , idem j en 1777 t les trois Fermiers , idem. 

Moreau ( Jacob-Nicolas ) , Hiftoriographe de France , Confeiller au 
Parlement de Provence , & Bibliothécaire de Madame la Dauphine , né 
avec un cara&ere très gai ^ a eu cependant de bonne heure un goût 
Tome IF. L 1 



*66 ESSAI 

décidé pour les études férieufes , Se s'eft principalement occupé du droit 
public. 

Le Miniftere inftruit des connaifTances de M. Moreau dans ce genre, 
le chargea , an commencement de la dernière guerre , de défendre la 
caiife du Royaume contre les Anglais ; car on peut regarder comme 
autant de faclums les quarante-lîx lettres de l'Obfervateur Hollandais , 
auxquelles l'Angleterre ne put répondre. Cet ouvrage fit alors la plus 
grande fenfation \ Se ce qui honora le plus l'Auteur , c'eft que tout le 
monde le devina , quoiqu'il gardât l'anonyme le plus exaâr. 

Ce fut alors (a) que feu M. le Dauphin qui favait apprécier les 
talens , les encourager Se les récompenfer 3 chargea M. Moreau d'exécuter 
un plan qu'il avait conçu lui-même pour l'éducation des Princes , & qui 
confiftait à attacher à notre hiftoire toutes les vérités de morale j de 
politiqne Se de droit public. 

On imprime maintenant les différens ouvrages de M. Moreau fur ces 
matières : le plus précieux .eft celui qui a pour titre , Leçons de morale , 
de politique & de droit public } tirées de V Hiftoire de France , Sec. 

Ce petit volume renferme les idées même de M. le Dauphin , Se a 
été relu & approuvé par lui. Les autres qui n'ont été compofés que 
depuis fa mort 3 font, i°. un volume intitulé: les Devoirs du Prince 
réduits au même principe j ou Difcours fur la juftice \ i°. une fuite de 
Difcours fur l'hiftoire de France , qui font l'exécution du plan indiqué 
dans les Leçons de morale. Nous en avons déjà fix volumes , Se le 
feptieme eft fous prefTe. 

Cet auteur qui a pafle la plus grande partie de fa vie dans les recherches 
les plus laborieufes Se les plus utiles , n'a pas dédaigné de fe délafler (è) 
quelquefois , en faifant des chanfons charmantes , qui mériteraient qu'on 
en fît un recueil à part. 

Nous en citerons de lui quelques-unes , Se nous ne fommes embarraflTés 
que fur le choix. 

i « ii 

(a) En 1764. 
ty) Tout le monde connaît fà charmante hiftoire des Cacouacs* 



SURLA MUSIQUE. *6 7 

CHANSON 

Sur la vente mai/on de l'Abbé de Chamillard , où étaient 
Mtfdames les ComteQes de Tal . . . & de Cha 

« L'amour avec la folie, 

a Ici logeaient autrefois ; 

» La dernière en eft bannie j 

» L'amour y revient par fois. 

» Mais plus tendre & moins volage, 

» Dans Cà petice maifon , 

» Prés du plaifir il eft fage , 

» Et foupe avec la raifon. 

» Dans ce charmant hermitage, 
» Il a pris pour précepteur 
» Un Abbé qui du ménage 
» Eft encor le direûeur ; 
» C'eft la blanche chevelure 
» Que portait Anacrcon , 
» C'eft le regard d'Epicure , 
» Mais c'eft famé de Caton »; 

AUTRE 

Pour Ifmène. 

« Amitié, c'eft toi que je peins; • 

» Je vais chanter le cœur d'Ifmène. 

» Trop long-tems tu caufas fa peine , 

» Viens 1 i rendre des jours fereins. 

» Que ton pouvoir doit et e extrême 

t> Dans ce coeur où brillent tes feux ! 

» Car quand tu brilles dans fes yeur ,' 

m On te prendrait pour l'Amour même. 

» Sans fe montrer , fans fe cacher , 
» Comme une fleur qui , dans la plaine ; 
» Souffre fans plaifir & fans peine 
9 Que nos yeux aillent l'y chercher, 

Ll 1 



2<5$ 



ESSAI 

?» lïmene ne fent point l'envie 

» De mettre un amant fous fes loii , 

« Jamais elle ne fit un choix ; 

» Mais tous nos bergers l'ont choifîe. 

a Qui la voit , croit n'être enchanté 

» Que par fes regards pleins de flâme j 

» Mais qui peut lire dans fon ame , 

» Ne penfe plus à fa beauté : 

» Et quand , fur fes lèvres de rofe y 

» La douce raifon vint s'aiïèoir , 

» L'Amour fournis à fon pouvoir , 

» Chérit jufqu'aux loix qu'elle impofe. 

» Je l'aimerai dans mes beaux jours , 

» Je l'aimerai quand ma vieillefïe 

» Viendra fous le nom de fageflè t 

» Glacer tous mes autres amours. 

» Les feux dont je brûle pour elle , 

» Survivront à tous mes defîrs , 

» Et le dernier de mes foupirs 

» Sera leur dernière étincelle »» 

AUTRE. 

L'heureux Miniftre. 

« Que Dieu m'accorde donc la grâce 

» D'entrer au confeil à mon tour , 

» Pourvu que fa bonté m'en chafiè 

» Après l'an, le mois & le jour. 

» S'il foupe , s'il dort , s'il digère , 

» Si l'âge ne l'a point glacé, 

» L'être le plus heureux fur terre 

» Eft un Miniftre déplacé. 



» Rentré dans la route commune 
s De la fageffe & du bonheur f 
» Pour lui , la plus belle fortune 
* Eft d'avoir perdu fa grandeur t 
» Afïuré de fa deftinée ,. 



SUR LA MUSIQUE. stfp 

» Il peut donner, loin des ennuis 

» A l'amitié toute l'anode , 

» A l'amour encor quelques nuits. 

» Après un inftant de murmure 
» Contre l'intrigue & (a fureur , 
» Aux fimples vœux de la nature , 
» Il eft forcé d'ouvrir fon cœur ; 
» Pour lui , la douce jouilTance 
» N'eft plus un obfcur avenir ; 
■a Et s'il a perdu l'efpérance , 
» A fa place il met le plaifîr. 

» Il aime les fleurs & l'ombrage , 

» Il goûte les chants des bergers ; 

» Il connaît le prix d'un bocage 

» Et le doux produit des vergers. 

» L'aftre qui rend le jour au monde , 

» Ne lui promet que des bienfaits , 

» Et lorfqu'il fe plonge dans l'onde t 

» Il ne lui laifle aucuns regrets, 

» Ma mufe légère & riante 
» Fit ces couplets en vous quittant , 
» Ne croyez pas que je les criante 
» Chez les Minières d'à préfent. 
d Je ne veux point leur faire envie 
» D'un bien aujourd'hui fi commun} 
» Mais s'il leur en prend fantaifïe , 
• Je n'en veux dégoûter aucun »» 

AUTRE 

A Me/dames la DucheJJe du Çhâtelet & la Comtejfe de Damas, 

a S'il fallait à la plus belle 

» De ces deux charmantes fœurs 

» Offrir le portrait fidèle 

» De fes attraits enchanteurs, 

» Ma peine ferait extrême , 

» Et les voyant toutes les deux , 

m Je dirais à l'amour même , 

» Ofe choifîr fi tu peux. 



27* ESSAI 

D La beauté peur nous furprendre 

» Un hommage paflager , 

n Mais celui que je veux rendre, 

» Ne pourrait fe partager. 

» Viens amour , tu peux m'apprendre 

» A qui s'adrefTent mes fons ; 

» Dis-moi quelle eft la plus tendre , 

» Et porte lui mes chantons ». 

AUTRE. 
Le Bal des Mères, à Madame la Comtejfe de Périgord. 

« A moi , charmant Anacréon , 

» J'invoque aujourd'hui ton génie ; 

» Des jeux prolonger la faifon , 

» C'eft ajouter à notre vie. 

» Appelions ici la gaité, 

» L'innocence & la liberté, 

» Enfans de qdnze ans , 

» LaifTez danfèr vos mamans. 

» Conviens , Amour , qu'ici des ans 
» Tu méconnaîtrais l'intervalle. 
» La moins jeune de ces mamans 
» Peut de fa fille être rivale. 
» Il eft plus d'un mois pour les fleurs , 
» Et toutes les rofes font fceurs. 
» Enfans , &c. 

» Belles qui formez des projets , 
» Trente ans eft pour vous le bel âge ; 
» Vous n'en avez pas moins d'attraits, 
» Vous en connaiflèz mieux l'ufage. 
» C'eft le vrai moment d'être heureux ; 
» On plaît autant , on aime mieux , 
» Enfans , &c. 

» Croyez-vous que ce Dieu malin , 
» Dont je chéris & crains la flâme, 
» Allume aux rayons du matin 
» Le flambeau qui brûle notre ame î 
n Son feu , fi je l'ai bien fenti , 
p RefTemble aux ardeurs du midi» 
n Enfans , &c. 



SUR LA MUSIQUE. 271 

AUTRE. 

La Vieïllejfe. 

« Quand la Vieilleflè commence , 

» La douceur de foupirer 

» Eft l'unique jouiiïknce 

m Qu'il foit permis d'efpérer. 

» L'Amour fuit , l'amitié tendre 

» Ofe alors lui reiïèmbler, 

» Mais trop peu pour rieu prétendre, 

» Aiïèz pour nous confoler. 

» Adieu folle & douce ivrefTe , 
» Que je pris pour le bonheur. 
» J'eus des fens dans ma jeunefTe : 
» Il me refte encore un cœur. 
» Que celle à qui je le donne 
» Daigne en approuver l'ardeur ; 
» Je dirai : mes jours d'automne 
» Ont encor quelque chaleur. 

» Pour l'amour tout eft martyre, 
» Enthoufîafme ou fureur ; 
» Pour l'amitié qui foupire , 
» Tout eft plaifîr & faveur. 
» Eglé règne fur mon ame , 
» Sans en troubler le repos , 
» Et mes defirs & ma fîame 
» N'allarment point mes rivaux. 

» Je la verrai pourfujvie 
»> Par la foule des amours, 
» Et le déclin de ma vie 
» Jouira de fes beaux jours. 
» Tel , fur fa tige inclinée , 
» Un vieux chêne de cem ans 
» Croit renaître , chaque année , 
» Avec les fleurs du printems. 

MorïontAine, Gentilhomme de Brie, efr auteur d'une grande partie 
des chaulons de Duboutfetj il avoit fait un opéra de Pirame & Thisbé, 



*7* ESSAI 

mis en partie en muflque par le fameux organifte Marchand. 11 efl mort 
vers 17 }i. 

CHANSON. 

« Je ne changerais pas pour la coupe des rois 

» Ce petit verre que tu vois, 
» Ami ; c'eft qu'il eft Fait de la même fougère, 

» Sur laquelle cent fois 

» J'amufai ma Bergère ». 

Motin , ne à Bourges , vivait du tems de Malherbe ic de Régnier. 
11 était ami de Théophile ôc grand buveur, il fut l'inventeur des chanfons 
à boire. Voici la première qui fut faite en ce genre. 

CHANSON. 

« Que j'aime en tout tems la taverne î 
» Que librement je m'y gouverne! 
» Mie n'a rien d'égal à foi; 
» J'y vois tout ce que je demande, 
» Et les torchons y font pour moi 
» De fine toile de Hollande. 

» Pendant que le chaud nous outrage,' 
» On ne trouve point de bocage 
» Agréable & frais comme elle l'eft j 
» Et quand la froidure m'y ruene , 
o Un malheureux fagot m'y plaît 
a» Plus que tout le bois de Vincenne» 

» J'y trouve à fouhait toutes chofes , 

» Les chardons m'y femblent des rolês » 

» Et les tripes des ortolans : 

» L'on n'y combat jamais qu'au verre ; 

» Les cabarets & les brelans 

* Sont les paradis de la terre. 

» C'cft Bacchus que nous devons fuivre j 

m Le nectar dont il nous ennivre , 

» A je ne fais quoi de divin : 

n Et quiconque a cette louange 

» D'être homme fans boire du via j 

V S'il en buvait, ferait un ange. 

»»Le 



SUR LA MUSIQUE. *1Y 

i> Le vin me rit , je le careflè ; 
i> C'elt lui qui bannie ma triftefTc 
» Ec réveille tous mes efprits ; 
» Nous nous aimons de même forte : 
r> Je le prends , après j'en fuis pris ; 
a Je le porte, & puis il m'emporte. 

» Quand j'ai mis quarte defïus pinte ; 
3i Je fuis gai , l'oreille me tinte , 
n Je recule au lieu d'avancer : 
» Avec le premier je me frotte , 
» Et je fais , fins favoir danfer , 
• De beaux entrechats dans la crotte. 

» Pour moi , jufqu'à ce que je meure , 
» Je veux que le vin blanc demeure 
» Avec le clairet dans mon corps , 
>» Pourvu que la paix les afTemble : 
» Car je les jetterai dehors , 
» S'ils ne s'accordent bien enfemble ». 

f Cette chanfon a été imprimée en 1691, dans un recueil des plus belles 
pièces des Poètes Français , en cinq volumes , fous le nom de Lefloille , 
Auteur du Journal de Henri 111 j mais nous croyons être sûr qu'elle effc 
de Motln. 

Motte (Antoine Houdard de la), né à Paris le 17 Janvier 1671; 
d'un Chapelier , donna fa première pièce en 1 693 , fur le Théâtre Italien , 
& n'ayant pas eu de fuccès , fe retira à la Trappe où il vécut plufieurs 
mois dans les plus grandes auftérités. 

Sa ferveur ne dura pas , & il reprit bientôt pour le théâtre , le goût 
qu'il conferva toute fa vie. Il fut reçu à l'Académie Françaife en 17 10, 
Se mourut le 25 Décembre 173 1, âgé de cinquante-neuf ans, aimé ôc 
eftimé même de fes rivaux. Il avait perdu la vue plufieurs années avant 
fa mort. De fes tragédies , Inès de Cajlro eft la feule reliée au théâtre. 
Ses mœurs étaient fi douces Se fi honnêtes, qu'il eft atroce que Boindin 
mourant en 1751, ait laide un mémoire três-circonftancié , dans lequel 
il déclare que la Motte ejl l'auteur des fameux couplets qui ont fait exiler 
Tome IF. Mm 



274 ESSAI 

le grand Rouffeau ; & qu'il a eu pour camarade Jofeph Saurïn , de fAca\ 
demie des Sciences , auffî incapable que la Motte , d'avoir fait de pareilles, 
horreurs. 

La Motte eft, fans contredit, l'un des hommes qui a eu le plus d'efprit» 
S'il n'a pas été un excellent poëte , fi la chaleur 8c l'imagination feules 
peuvent mériter d'obtenir ce titre , au moins a-t-il été un des plus ingé- 
nieux, 8c a-t-il eu le premier le mérite de fentir & de prouver que le 
langage de la Poéfie n'était pas incompatible avec fe.ftrit de morale 8c 
de philofophie : fous ce point de vue, la Motte a rendu un vrai fervice 
à la Poéfie. 

Il eft d'ailleurs, après Quinaut , le plus lyrique 6c le plus galant des 
Poctes qui ont travaillé pour l'Opéra. 

Il a donné à ce théâtre en 1697, l'Europe galante, mufique de Cam- 
pra } IJfé , mufique de Deftouches ; en 1 699 , Amadis de Grèce , idem j. 
Marthcjie , idem} en 1700, le Triomphe des Arts , mufique de la 
Barre ; l'adle de Pygmalion a été remis en mufique par Rameau en 
1748 - y idem, Canente , mufique de Colafte ; en 1701 , Omphale 3 mufique 
de Deftouches , remife en mufique en 1769 par M. Cardonne j Officier de 
la chambre de Madame \ en 1704, le Carnaval & la Folie , mufique de 
Deftouches j en 1705 , la Vénitienne , mufique de la Barre, remife en 
mufique par M. d'Auvergne 3 en 1768 ; en \-jo6 , Alcione , mufique de 
Marin Marais j en 1709 3 Semelé. En 1735 , on donna Popéra de Scan- 
derberg trouvé dans fes papiers , & achevé par la Serre j mis en mufique 
par Rebel & Francceur.. 

C II A N S ON. 

« Dans un lieu folitaire & fombre 
» Je me promenais l'autre jour : 
» Un enfant y donnait à l'ombre y 
» C'était le redoutable Amour. 

v J'approche , fa beauté me flatte j 
» Mais j'aurais dû m'en défier. 
» J'y vis tous les traits d'une ingrate , 
9 Que j'avais juré d'oublier. 



SUR LA MUSIQUE. 27* 

» II avait la bouche vermeille , 

» Le teint auffi beau que le fien. 

■ Un foupir m'échappe , il s'éveille : 

» L'Amour fe réveille de rien. 

» AufTi-tôt déployant fes aîles , 
» Et faififfant fon arc vengeur , 
» D'une de fes flèches cruelles, 
» En panant , il me bleffe au cœur. 

» Va, dit- il, aux pieds de Silvie, 
b De nouveau languir & brûler : 
» Tu l'aimeras toute ta vie 
» Po.s avoir ofé m'éveiller », 

AUTRE. 

« La raifon n'eft pas raifonnable, 

» Bien fou qui s'en laiffe charmer : 

» Elle me dit que vous êtes aimable, 

» Et me défend , Iiis , de vous aimer. 
> J'aime Iris, dit l'Amour, puifqu'elle a fu te plaire, 
» Profite des inftans de ta belle faifon : 

» Ma foi l'amour , fur cette affaire , 

» Raifonne mieux que la raifon ». 

A U T R E. 

« Je vous nomme fans que j'y penfe , 
» Votre entretien me charme , & je crains votre abfence ; 

» J'aime à caufer tous vos defirs ; 

» Et votre rencontre imprévue 

» Me caufe de certains plaifirs 

» Que je ne fens qu'à votre vue ; 

» Je fonge à vous malgré moi-même," 
» Je crois vous voir la nuit, je vous cherche le jourj 

» Si ce n'eft pas là comme on aime , 
1» Apprenez-moi ce que c'eft que l'amour ». 

A U .T R E. 

a Jeune Lucile , aimez qui vous adore , 

» Ne craignez point de vous laifTer charmer; 

Mm 2 



V 



ayS ESSAI 

m Que de plaîfîr ua inlenfïble ignore ! 

» C'eft l'amour feul qui peut nous animer. 

» Avant d'aimer , on ne vit pas encore , 

» Ou ne vit plus dès qu'on ceiïè d'aimer ». 

Murât (Henriette- Julie de Caftelnau , ComtefTe de) , née en i6ji , 
Se fille du Marquis de Caftelnau , Gouverneur de Breft Se Meftre-de- 
camp , qui mourut d'une bleiTure reçue près d'Utrecht , réunit les avan- 
tages de l'efprit à ceux de la figure. Elle époufa le Comte de Murât , 
Brigadier des armées du Roi j Se 3 après la mort de fon mari , fut exilée 
à Loches, vers 1709, on ne fait trop pourquoi. Le Duc d'Orléans Régent 
lui rendit la liberté ; mais elle en profita peiij étant morte Tannée fuîvante 
( 1 7 1 6 ) j âgée de quarante-cinq ans. 

Nous avons d'elle les Lutins de Kernofi, des chanfons Se des contes qui 
ont eu un fuccès prodigieux , fur-tout celui intitulé : le Palais de la 
Vengeance. 

On a d'elle auflî l'hiftoire de la Courtifanne Rhodope , qu'elle donna en 
1708 , Se quelques autres ouvrages. Dans un manuferit qui en renferme 
plufieurs non encore imprimés j Se qui 3 peut-être , verra bientôt le jour, 
on trouve d'elle plufieurs chanfons charmantes : nous en tranferirons deux. 

Chanfon faite pendant le grand hiver de 1709. 

« Le tendre amour foupirant , 

» Hier difait à fa mère , 
s» Je ne fais quel accident 

» A fait geler ma terre ; 
» Mais il fait bien mauvais tems 

» Dans l'île de Cythere, 

» Les amoureux font tranfîs 

» Auprès de leurs bergères ; 
» Dans fes doigts on voit Tircis 

» Souffler & ne rien faire ; 
» Ah ! que de cœurs engourdis 

» Dans l'île de Cythereî 

» Il nous faudrait des amans 
» Difcrets, mais téméraires, 



SUR LA MUSIQUE. 277 

» Qu'ils ne fuffent pas tremblans , 
» Mais ardens & finceres : 

• Tels ne font pas ceux du tems 
» Qui régne dans Cythere. 

» Après le froid , c'eft la faim 

» Qui nous livre la guerre; 
» On appauvrie le terrein 
, » D'Amour & de fa mère ; 
» On n'a plus que mauvais grain 

1» Au marché de Cythere. » 

» Jadis on allait limant 

» Le grain en bonne terre; 
» On fallait facilement 

» Une récolte entière ; 
» Que de déchet à préfent 

» Aux greniers de Cythere J 

• L'on apportait à foifon 

» Farine aux boulangères ; 
» Dans cette morte faifon , 

» A peine les meunières 
» Retirent-elles du fon 
» Des moulins de Cythere». 

Cette chanfon fut faite à Loches 3 où Madame de Murât avait été 
exilée j pour une fête donnée par Madame Dangé , mère du Fermier 
général de ce nom, mort depuis quelques années. Cette femme aimable & 
de beaucoup d'efprit tenait une bonne maifon à Loches , Se était amie 
intime de Madame la Comteife de Murât. 

CHANSON. 

m Faut-il être tant volage , 
m Ai-je dit au doux plaifir ? 

• Tu nous fuis , las ! quel domage , 
» Dès qu'on a pu te faifir. 

» Ce plaifir tant regrettable 
» Me répond , rends grâce aux Dieux ; 
» S'ils m'avaient fait plus durable , 
» Ils m'auraient gardé pour eux ». 



a 7 & ESSAI 

Epure à Lifette. 

a Mutes de tous nos jeux, objet de nos hommages; 

» Songez que le dépit fe mêle à nos fuffrages , 

» Lorfque vous empruntez des traveftiflèmens , 

» Trop peu dignes de vous , malgré leurs agrémens. 

» D'un naturel heureux l'afcendant elt extrême ; 

» Pour nous plaire toujours , foyez toujours vous-même 

» Sous des myrtes fleuris, dans des palais charmans, 

» Devenez-vous princeffe ou compagne de Flore , 

» Vous caufez dans les cœurs de doux raviiïèmens : 

i» Un murmure s'élève , éclate , augmente encore ; 

o Vous entendez par-tout des applaudiflemens : 

i) Quels triomphes flatteurs : c'eft un peuple d'amans 

n Qui couronne ce qu'il adore. 
» Hc bien , croyez-les donc ces cœurs que vous troublez , 
o Sous les vrais ornemens que votre art vous préfente : 

» Vous n'êtes jamais plus charmante 

» Que lorfque vous vous relTemblez ». 

On connaît de Mad. de Murât YHiJloire de la Comtejfe de Châteaubriant 
Ou les Effets de la Jaloujîe, le Comte de Danois, le Sylphe amoureux , &c. 

N * * * ( M. le Duc de ). C'eft avec regret que nous citerons feulement 
ces deux pièces lyriques d'un des plus aimables Poètes de notre necle. Sa 
tranquille indifférence pour les palmes poétiques , le rend auiîî foigneux 
de cacher fes heureufes productions , que tant d'autres le font de publier 
par toute leur mauvaife profe en rimes. Ils croiraient Voler le public , s'ils lui 
dérobaient un feul petit quatrain ; mais le vol réel eft celui que fait un 
Auteur charmant , en tenant renfermé dans fon porte-feuille des écrits 
diétés par le goût 3 le fentiment , l'efprit & la délicatelfe , tandis qu'ils 
devraient être entre les mains de tout le monde. 

Ode d'Horace : Donec eratus eram tibi. 

HORACE ET LYDIE. 

Horace. 

v Plus heureux qu'un Monarque au faîte des grandeurs > 
» J'ai vu mes jours dignes d'envie 5 



SUR LA MUSIQUE, *?g 

t> Tranquiles , ils coulaient au gré de nos ardeurs i 
» Vous m'aimiez charmante Lydie. 

Lydie, 

» Que nies jours étaient beaux, quand des foins les. -plus doux 

» Vous payiez ma flame fincere ! 
» Vénus me regardait avec des yeux jaloux , 

» Chloé n'avait pas fu vous plaire. 

Horace. 

i> Par fon luth , par fa voix organe des amours p 

» Chloé feule me paraît belle : 
o Si le delrin jaloux veut épargner fes jours , 

» Je donnerai les miens pour elle» 

Lydie. 

» Le jeune Calais, plus beau que les amour* , 

» Plaît feul à mon ame ravie. 
» Si le deitin jaloux veut épargner fes jours , 

» Je donnerai deux fois ma vie. 

Horace. 

» Quoi , (I mes premiers feux ranimant leur ardeur , 

» Etouffaient un amour fatale ; 
» Si perdant pour jamais tous fes droits fur mon cœur 9 

» Chloé vous laifTait fans rivale. ■ . • . 

Lydie. 

» Calais eft charmant : mais je n'aime que vous , 

» Ingrat , mon cœur vous juftirie ; 
» Heureufe également en des liens fi doux , 

9 De perdre ou de pafTer la vie ». 

CHANSON. 

u Que l'on goûte ici de plaifirs? 

» Où pourrions-nous mieux être ^ 
» Tout y fatisfait nos defirs , 

» Et tout les fait renaître. 

» N'eft-ce pas ici le jardin 
• Où notre premier père 



280 



** 



ESSAI 

p Trouvait fans cefTe (bus (à main 
» De quoi fe fatisfaire ! 

» Ne fbmmes-nous pas encor mieux 
» Qu'Adam dans fon bocage? 

» Il n'y voyait que deux beaux yeux, 
» J'en vois bien davantage. 

s Dans ce jardin délicieux, 

» On voit auflî des pommes 

» Faites pour charmer tous les Dieuz 
» Et damner tous les hommes. 

» Amis , en voyant tant d'appas , 
» Quels plaifîrs font les nôtres? 

• Sans le péché d'Adam , hélas ! 

» Nous en verrions bien d'autres. 

» II n'eut qu'une femme avec lui, 
» Encore c'était la (îenne. 

» Je vois ici celle d'autrui , 

» Et n'y vois pas la mienne. 

n II buvait de l'eau triftement 
» Auprès de fa compagne : 

• Nous autres nous chantons gaiment, 

» En fablant le Champagne. 

v Si l'on eut fait dans un repas 
» Cette chère au bonhomme , 

» Le gourmand ne nous auiait pas 
» Damné pour une pomme ». 



Non ( M. de ) , de Châlons-fur-Saône en Bourgogne, & Gentilhomme 
ordinaire du Roi , eft né avec le goût de tous les arts & refprit de tous 
les genres dont il veut s'occuper. Dès fa plus grande jeunelTe il donna à 
la Comédie Françaife une pièce intitulée Julie , qui eut du fuccès. 1/envie 
de s'inftruire & le goût des voyages l'emportèrent fur celui des théâtres , 
quoique {on premier fuccès eût dû l'encourager. 11 parcourut prefque toute 
l'Europe, non pas comme la plupart des jeunes Français, qui ordinaire- 
ment voyagent moins pour s'inftruire que pour fe moquer des ufages 

contraires 



SUR LA MUSIQUE. m 

Contraires à ceux de leur pays , mais en hiftorien exacï, en juge impartial 
& en obfervateur habile. 

Son amitié pour nous l'a déterminé à entreprendre le voyage auffi 
difficile que dangereux de la Calabre & de la Sicile , non pas feulement 
en parcourant les côtes , ainfi que Tout fait MM. le Baron de Riedezel 
Se Bridonne j mais en pénétrant dans l'intérieur de ces pays fi peu 
connus , quoique fi intéreflans , par les peuples fameux qui les habitaient 
autrefois , & par les monumens de la plus haute antiquité qu'ils renferment. 

M. de Non, accompagné de pluiieurs Artiftes du premier mérite , vient 
d'achever heureufement cette pénible entreprife où il a couru les plus 
grands dangers de plufieurs genres , & a rapporté de ces pays fi curieux 
une foule de deffins précieux, dont quelques-uns ont déjà paru dans les 
livraifons de notre voyage de l'Italie. Artifte lui-même , & amateur de la 
première force, il a~deiïiné tous les coftumes & des vues charmantes, 
qui ne déparent point les ouvrages de fes habiles compagnons de voyage. 
M. de Non a fait plufieurs chanfons , dont nous donnerons celle-ci. 

CHANSON. 

■a Alexine à Coridon 

» Tenait ce langage : » 

c Bien que ce fur en chanfon l 
» C'était une leçon. 
» Un pigeon quitta fon ménage^ 
v Sa tendre moitié , lès petits „ 
» Pour une alouette volaee , 
*> Dont le caquet l'avait épris. 

» Il voulut en même temt 
» Prendre le ramage 
» De ces étourdis amans ,* 
» Que l'on trouve charmans. 
t> Toujours pigeon, quoique volage^ 
« Notre pauvre a;n nt roucoulait j 
» Croyant imiter le langage 
»> De celle qui le perfirflak. 

v. » Moqué , confus , éconduit , 

u Objet de rifée , 
Tome IV. N ri 



zîz ESSAI 

v II revint bientôt fans bruit 
» Retrouver ton réduit. 
'» Sa tendre moitié dcfolée 
b Lui parut belle en ce moment ; 
» Quand de dépit l'ame e(t troublée , 
» On vante alors Je fentiment, 

» L'époux qu'elle revoyait , 

» L'avait délaifTée , 
» Souvent elle s'en plaignait 
d Et fouvent l'ennuyait. 
» Soupir d'une belle offenfée , 
a Effraie & charme un tendre amant \ 
» Mais quand la tendreffe eft paffée t 
» Soupir fatigue l'inconftant. 

» L'humeur & l'air emprunté 
» Que l'ennui fait naître , 
» Fit qu'ils vécurent fans gaité 

» Chacun de leur côté. 
» Pour un bien qu'on cherche à connaître j. 
» On abandonne un doux lien ; 
» Puis l'erreur vient à difparaître , 
» Et fouvent il ne refte rien ». 

Nooe ( Jean Sauvé de la ) ,né à Meaux , en 1701 , fameux Comédien » 
plus connu encore par fa probité que par fes talens , a donné la tragédie 
de Mahomet fécond & la Coquette corrigée qui aflurent fa réputation 
comme Poëte dramatique. 11 a donné pour les fêtes de mariage de M. le 
Dauphin , Zelifca , mis en mufique par le célèbre Jéliotte. 

Il mourut le 15 Novembre 1761 , emportant les regrets du tous ceux 
qui l'avaient connu. 

Orléans ( Jean-Philippe d' , ou le Chevalier d'Orléans ) , Grand- 
Prieur -de France, mort .en 1748 , avait beaucoup d'efprit , &: faifait des 
chaulons charmantes , dont nous n'avons pu découvrir que celle-ci 1 

C H A N S ON. 

a Qui connaît bien le fort des grands , 
» Du tout ne leur porte d'envie , 






SUR LA MUSIQUE, 283 

» Leur faut trop de biens dirférens 
» Pour pafler un jour de la vie* 

» J'habite un champêtre féjour , 
» Et j'ai pris ma mie au village ; 
» Je la vois comme au premier jour j 
n Qu'amour forma notre ménage. 

» Le faite a bien un grand attrait ; 

» Mais atttait qu'emporte l'ufage ; 

» La (implicite qui nous plaît , 

» Nous plaira toujours davau;age ». 

Palissot ( Charles ) 3 né à Nancy, le 3 Janvier 1730. C'eft de nos- 
Ecrivains modernes un de ceux qui s'eft le plus attaché à l'étude des 
excellens Auteurs du fiecle de Louis XIV , & particulièrement de Molière 
& de Boileau. Ses ouvrages prouvent qu'il était appelle au genre de lx 
bonne comédie. S'il n'a point égalé Molière , qui n'a légué fon fecret à 
perfonne , il eft un de ceux qui s'en eft le plus approché par des vers 
pleins de fens & de précifion , de ces vers nés proverbes , comme les 
appellait Boileau , & fur-tout par la rapidité & la vivacité du dialogue 
On trouve dans fes pièces des icènes que fon modèle n'eût pas défavouées ; 
& n'eût-il fait que la comédie des Philofophes & des Courtifannes , il 
fera toujours mis au rang de nos meilleurs Poctes comiques. La hardiefie 
de ces fujets , les difficultés qu'ils offraient à vaincre , & le mérite qu'il 
a eu de faifir dans notre fiecle les plus grands traits de ridicule qui 
s'offraient à fon pinceau , feront pour lui , aux yeux de la poftcrité , des 
titres de recommandation qui ne s'effaceront jamais. 

La réputation de fon pocme de la Dunciade ne fera que s'accroître à 
mefure que s'éteindra la génération des Ecrivains médiocres , intéreffés à 
en contefter le mérite. Mais de tous les ouvrages de M. Paliifot , celui , 
peut-être , qui lui allure les plus grands droits à la reccnnaifTance publique , 
ce font fes mémoires ' littéraires , production d'un goût exquis, & à 
laquelle on fouhaiterait feulement qu'il eût donné plus derendue. 
L'éloge de M. de Voltaire , qu'il vient de publier- eti -dernier lieu , nous 
a paru digne de fon fujet - , & en général,- fes jtigemens pleins d'impartialité 
fur nos Ecrivains les plus célèbres , feraient délirer que la littérature n'eût 
pas eu d'autre Hiftorien. 

Nn z 



aS 4 % S $ A I 

Nous achèverons de le caractérifer par ces vers peu. connus , cV qui 
•étaient deftinés à être mis fous fon portrait. 

« Des fophifres <3u tems , il confondit l'audace ,. . ' 

• Démafqua les fripons , les catins & les fots , 

» Et réunit , dans fes- bons mots , 
» Le fel d'Ariftophane à l'cnjoûment d'Horace »..' 

On a recueilli en 1776 prefque tous (es ouvrages _, dans une magnifique; 
édition , enrichie de très belles gravures , faite à Liège , en fept volumes . 
in-8°; & on fait en même-tems une petite édition en fept volumes in- 12 „ 
qui fera très élégante & très correfte , en faveur des perfonnes à qui ta 
précédente aurait pu paraître trop difpendieufe. 

CHANSON 

A Madame la Princejfe de Robecq _, qui avait joué le raie. d'Eglc'- 
dans le petit opéra de ce nom, 

a Egle , du célefte féjour 

» J'ai vu les Dieux deièendre; 
m Vous chantiez : venez, dit l'Amour, 

» Accourez tous l'entendre. 
» Mufes , dans votre art enchanteur 3 

» Mon Eglé vous éeale. 
o Grâces vous avez une foeur , 

» Vénus une rivale ».- 

AUTRE. 

« L'enfant malin , dangereux, mais charmant* 
» Qui dans vos yeux commande à la nature , 
» Le tendte Amour dok vous faire un prêtent ï; 

* J'ignore le deflein de cet aimable enfant ; 

a> Mais on dit que Vénus a perdu fa ceinture »« 

AUTRE. 

« Ah ! fi les feux que Vénus fit éclorc 
» Pour embellir le matin de mes jours , 
» Se ranimaient au flam eau des amours, 
» Nouveau Titon , vous feriez mon Aurore a 



SUR LA MUSIQUE. 2 3j 

Panard ( Charles-François ) , né en 1690 , à Nogent-le-Roi , fur le 
plus gai , le plus iîmple Se le meilleur des hommes. Né fans biens , il 
commença par être 'Commis pour pouvoir fublifter , Se fe conlolaic 
quelquefois de fon ennui", par les charmes d<; la poclïe , qu'il cultivai: dès 
fon enfance. 

Le Comédien le Grand le découvrir dans la poulîiere de fon bureau ,. 
& le décermina à fe confacier entièrement aux lettres. Quelques amis 
généreux l'aidèrent à fublifter , & bientôt fes premiers ouvrages commen- 
cèrent fa réputation qui s'eft foutenue jufqu'à fa mort. 

Panard Se M. Favart portèrent à fa perfection le genre de l'opéra-- 
comique , créé par le Sage y Se li tombé de nos jours. 

Mais ce qui exiftera toujours, ce font les charmantes chanfons Se vau- 
devilles que nous avons de lui ; perfonne ne peut efo:rer d'en faire de 
meilleures que Panard , & M. Collé peut feul lui être comparé. Ces deux 
célèbres Ecrivains fe fonr fervis du vaudeville pour critiquer les mœurs 
en général , Se tourner en ridicule les défauts de chaque âge Se de chaque 
état. Ils parvinrent ainiî à lui affigner un caractère qui lui eft propre. 

Panard fe trouvant trùp âgé , lorfque le nouveau genre d'opëra-comique 
commença à prendre faveur, ne jugea pas à propos de s'y exercer. Ce 
Poëte aimable eft celui qui a le plus approché de la Fontaine par fa 
naïveté & fon enjouement. Il eut la même modeftie , la même timidité & 
la même diftraétion. Tous deux ne dirent jamais de mal de perfonne ; & 
peur-être Panard y eûr-il plus de mérite par la facilité avec laquelle il 
maniait l'épigramme & le coupler , non plus que l'inimitable la Fontaine. 
L'ambition ne le tourmenta jamais ; Se quelque peu qu'il eurj il eut toujours 
afTez. 

Il faut lire dans fes œuvres la pièce de vers où il trace fon portrait j, 
teux qui l'ont connu l'y reconnaîtront trait pour trair. 

M. Favart , fon rival & fon meilleur ami , a dit de lui avec vériré i- 

11 chanfonna le vice & chanta la vertu. 

Cet homme aimable & (1 aimé de tous fes amis., mourut à Paris 
en 1765 , âgé de foixante -quatorze ans,, à la fuite d'une attaque d'a- 
poplexie» 



z%6 ESSAI 

CHANSON. 

« Que vos yeux font touchans ! que leur regard eft tendre ! 

■a Si je les crois , Tircis , vous m'aimez tendrement. 
» Mais parlez-moi fincérement ; 

p Votre cœur fent-il tout ce qu'ils me font entendre? 
» Si vous ne m'aimez point , hélas i 
» Ne cherchez point à me féduire ; 
» Ec que vos yeux ne parlent pas , 
» Si votre cœur n'a rien à dire », 

A U T R -E. 

« Ah! que vos yeux ont de pouvoir I 

» Qui s'expofe à les voir , 

>> Ne peut fuir l'efclavage j 
D Ils font l'ouvrage de l'amour, 
» Et chaque jour 

m L'amour eft leur ouvrage », 

AUTRE. 

« Dans Paris , l'autre jour , Vénus porta fes pas. 

o Même jour , dans Paphos , vit arriver Hortenfei 
» Perfonne, dans ces deux climats, 
»» Ne s'apperçut de leur abfence ». 

Le Ruijfeau de Champigny. 
A M e de V.... 

« Ruiffeau qui baignez cette plaine , 
» Je te reflemble en bien des traits : 
» Toujours même penchant t'entraîne , 
» Le mien ne changera jamais. 
» Ton murmure flatteur & tendre 
» Ne caufe ni bruit ni fracas ; 
» Plein du fouci qu'amour fait prendre , 
» Si j'en murmure , c'eft tout bas, 

» Rien n'eft dans l'empire liquide, 
» Si pur que l'argent de tes flots ; 
n L'ardeur qui dans mon fein réiîde , 
» N'eft pas moins pure que tes eaux. 



SUR LA MUSIQUE. 287 

r> Je refTens pour ma tendre amie 
» Cet amoureux empreffemenc 
» Qui te porte vers la prairie 
f> Que tu chéris fi conftamment. 

m Quand Thémire eft fur ton rivage , 
» Dans tes eaux on voit fon portrait ; 
» Je corferve aullî fon image ; 
» Dans mon cœur, elle eft trait pour trait: 
» Tu n'as point d'embûche profonde , 
p Je n'ai point de piège trompeur : 
» On voit jufqu'au fond de ton onde , 
t> On lit jufqu'au fond de mon cœur, 

» Au but prefcrit par la nature , 
» Tu vas toujours d'un pas égal 
» Jufqu'au tems où , par fa froidure , 
» L'hiver vient glacer ton cryftal. 
» Sans Thémire , je ne puis vivre , 
» Mon but à fon cœur eft fixé ; 
» Je ne cefïèrai de la fuivre 
» Que quand mon fang fera glacé »» 

Danfe de Vieillards. 

Un Voulais, 

« Dans ma jeunefTe 
»> On fe divertiflait , 
» Chacun fe trémouiTait, 
» Avec grâce on danfait , 
» Dans un bal on faifait 
» Admirer fon adreffe. 
S Aujourd'hui ce n'eft plus cela : 
» Ce n'eft qu'indolence , 
» Langueur , négligence , 
» Les grâces , la danfe 
» Sont eu décadence, 
» Et le bal va 
v Cahin , caha. 

Une Vieille. 

» Dans ma jeuneffe 
• La vérité régnait, 



zn ESSAI 

» La vertu dominait , 
» La conftance brillait , 
» La bonne foi réglai: 
» L'amant Se la maîtrefle. 
u Aujourd'hui ce n'eft plus cela : 
» Ce n'eft qu'injuftice , 
■» Trahifon , malice , 
» Changemens , caprice , 
» Détours , artifice , 
» Et l'amour va, 
» Cahin , caha. 

Le Vieillard* 

» Dans ma jeunefle , 
i) Les veuves , les mineurs 
n Avaient des défenfeurs , 
» Avocats , Procureurs , 
» Juges & Rapporteurs 
» Soutenaient leur faiblefiè. 
» Aujourd'hui ce n'eft plus cela : 
» L'on gruge , l'on pille , 
»> La veuve , la fille , 
» Majeur Se pupille ; 
%> Sur tout on grapille > 
» Et Thémis va 
n Cahin , caha. 

L\ Vieille. 

» Dans ma jeunefle , 
» Quand deux cœurs amoureux 
» S'unifiaient tous les deux , 
» Ils Tentaient mêmes feux ; 
» De l'hymen les doux nœuds 
» Augmentaient leur tendreffe. 
S Aujourd'hui ce n'eft plus cela : 

» Quand l'hymen s'en mêle , 
» L'ardeur la plus belle 
» N'eft qu'une étincelle , 
» L'amour bat de l'aîle, 
p Et l'Epoux va 
» Cahin , caha, 



SUR LA MUSIQUE. *8p 

Le Vieillard, 

» Dans ma jeuneflè , 
m On voyait des auteurs , 
» Fertiles producteurs , 
» Enchanter les lecteurs, 
» Charmer les fpe&ateurs 
» Par leur délicatefTe. 
» Aujourd'hui ce n'eft plus cela: 
» Les vers afîbupifTent , 
» Les fcènes languiflênt , 
» Les mufes gémiflent , 
» Succombent, périffen; , 
» Pegafe va 
» Cahin , caha. 

La Vieille. 

» Dans ma jeunefTe , 
» Les papas , les mamans 
» Sévères , vigilans , 
» En dépit des amans, 
» De leurs tendrons charmant 
» Confèrvaieut la fàgeflc , 
a Aujourd'hui ce n'eft plus cela : 
» L'amant eft habile , 
i» La fille docile, 
» La mère facile , 
» Le père imbécille, 
» Et l'honneur va 
» Cahin , caha. 

Le Vieillard. 

» Dans ma jeuneflè, 
» L'homme fombre & prudenCj 
» Au plaifir moins ardent , 
» Se bornait lagementj 
» Et ce ménagement 
» Retardait fà vieillefle. 
* Aujourd'hui ce n'eft plus cela : 
» Honteux d'être fage t 
9 Le libertinage 
Tome IF. Oo 



35>0 



ESSAI 

» Dès quinze ans l'engage t 
A vingt il fait rage ; 

» A trente il va 

» Cahin , caha. 

La Vieille. 

» Dans ma jeunefle, 
' » Les femmes , dès vingt ans 
» Renonçaient aux amans ; 
» De leurs engagemens 
» Les devoirs importans 
» Les occupaient fans cefTe. 
» Aujourd'hui ce n'eft plus cela : 
» Plus d'une grand'mere 
» S'efforce de plaire, 
v Et veut encor faire 
» Un tour à Cythere ; 
» La bonne y va 
>» Cahin , cahin. 

Le Vieillard» 

» Dans ma jeunefle, 
» Des riches partifans 
i» Les tréfors féduifans , 
9 Les fêtes, les préfens 
v N'étaient pas fuffifans 
w Pour vaincre une maîtreïïè. 
» Aujourd'hui ce n'eft plus cela: 
» Un commis , fans peine 
» Gagne une Climeue ; 
» Et dès qu'à Vincenne , 
» En fiacre' il la mené, 
» La vertu va 
» Cahin , caha. 

La V i e i LL e au Parterre^ 

» Dans ma jeunefle, 
» Le fpe&acle chéri 
» Se voyait applaudi ; 
» Le théâtre garni, 
» Le parterre rempli 



SUR LA MUSIQUE, * 9 i 

» Nous comblaient d'alégrefTe. 
» Faiies-noos voir encor cela : 
» Qu'une ardeur nouvelle 
» Chez nous vous rappelle ; 
» Pour vous notre zèle 
^ » Confiant & fidèle 

» Jamais n'ira 
» Cahin , caha ». 

Pasquier ( Etienne ) , Avocat fameux , plus célèbre par fes recherches 
que par fes poé/ies, naquit en 1519, & devint fous Henri III Avocat 
général de la Chambre des Comptes. Les défordres de la ligue détruifirenc 
fa fortune ; mais il fupporta cette difgrace avec courage & gaité , Se 
mourut le 30 Août 161 5 , fans avoir jamais été malade. 

CHANSON. 

« Ma'heureux amour, d'où procède 
» Que plus je me livre au déduit 
» Où ta folie nous réduit, 
» Et moins ma Dame je poffede ? 
» Qui fuit l'amour, l'amour le fuit, 
u Qui fuit l'amour, l'amour le fuit. 

» D'où vient que d'une feinte honte 
» Cette dédaigneufe nie fuit , 
» Et qu'au contraire , elle pourfuit 
» Celui qui d'elle ne fait conte ! 
» Qui fuit l'amour, &c. 

» Il faut bannir de fa penfée 
» Que l'aimer à aimer induit; 
» Tel en fut autrefois le fruit , 
» Mais la faifon en eft paffée. 
» Qui fuit l'amour , &c. 

» Aie d'amour l'ame enflamée , 
» Cela , pauvre fot , te détruit , 
» Un autre en rapporte le fruit, 
» Et toi feulement la fumée. 
» Qui fuit l'amour, &c. 

Oo Z 



3.$% ESSAI 

f> Veux-tu favoir d'amour la gloire? 
» C'eft d'obfcurcir ce qui reluit, 
» De changer en clarté la nuit, 
» Par un efprit contradictoire. 
» Qui fuit l'amour, &c„ 

» Dame , en qui le mépris habite , 
» Afin d'éviter tout circuit , 
» Puifque ton amour tant me nuit , 
» Demeurons tous deux quitte-à-quitte. 
» Qui fuit l'amour, &c. » 

A U T R E. 

a Les jours s'en vont & revont , 

» Et d'une éternelle fuite , 

» Chaque chofe prend fa fuite r 

» Des foleils les nuits fe font , 

» Et du même mouvement , 

» Des nuits , les journées gliïïént f 

» Ni les hommes ne jouiiïent 

» De rien que du feul moment », 

Passerat ( Jean) , né à Troyes en Champagne , en 1 519 , fuccéda au 
célèbre Ramus dans la place de ProrelTeur Royal en Eloquence 3 & fut 
fort ami de Ronfard , Belleau , Baïf & Defportes. Il vécut trente ans chez 
M. de Mefmesj & y mourut de paralyfie l'an 1602. Il pafla dans fon lit 
les cinq dernières années de fa vie ; & quoiqu'il fouffrît beaucoup & fût 
devenu aveugle , fa gaité ne l'abandonna pas. Il compofa en latin fon 
épitaphe que l'on peut voir aux Jacobins de la rue S. Jacques , & dont 
voici à peu-près le fens. (a). 



(a) « Hic fitus in parva Jurais Paffertius urna ,. 

» Aufonïi Docior regius eloquii 
a> Difcipuli memores tumulo date ferta magiflri t 

» Ut vario floTum munere verrtet humus 
s» Hoc culta officio mea molliter ojfa quiefcent , 

» Sint modo carminibus non- oneraca malis »» 



SURLAMUS1QVB. 29 $ 

« Jean PafTerat ici fommeille , 

» Attendant que l'Auge l'éveille , 

» Et croit qu'il fe réveillera 

» Quand la trompette fonnera. 
» S'il faut que maintenant en la fofle je tombe ; 
» Qui ai toujours aimé la paix & le repos , 
» Afin que rien ne péfe à ma cendre , à mes os ; 
» Amis , de mauvais vers ne chargez point ma tombe ^ 

C H A N S ON. 

« Belle , ta beauté s'enfuit ; 

» Cueillons enfêmble le fruit 

» De la jeunefTe gaillarde. 

» Pendant qu'en avons le tems , 

» Rendons nos defus contens. 

» Beauté n'eft un fruit de garde »," 

AUTRE. 

Pour le premier de Mai. 

n Laiiïôns le lit & le fommeil 

» Cette journée. 
» Pour nous l'aurore au front vermeil 

» Eft déjà née. 
» Or que le ciel eft le plus gai 
» En ce gracieux mois de Mai, 

» Aimons mignone; 
» Contentons notre ardent defïr. 
» En ce monde n'a du plaifîr 

» Qui ne s'en donne. 
» Viens, belle, viens te promener 

» Dans ce bocage , 
» Entendsl es oifeaux jargonner 

» De leur ramage. 
» Mais écoute comme fur tous 
» Le roffignol eft le plus doux , 

» Sans qu'il fe laffé. 
» Oublions tout deuil , tout ennui , 
» Pour nous réjouir comme lui. 

» Le tems fe pafle, 



» Ce vieillard contraire aux amans, 

» Des aîles porte ; 
» Et, en fuyant, nos meilleurs ans 

» Bien loing emporte. 
» Quand ridée un jour tu feras , 
» Mélancolique , tu diras ; 

» J'eftoy peu fage , 
« Qui n'ufoy point de la beauté 
» Que fitofl le tems a ôté 

» De mon vifage. - 
» Laiiïbns ce regret & ce pleur 

» A la vieillefle ; 
» Jeunes , il faut cueillir la fleur 

» De la jeunelîê. 
» Or que le ciel efl le plus gai 
» En ce gracieux mois de mai ; 

» Aimons , mignone ; 
» Contentons notre ardent defir. 
y En ce monde n'a du plaifir 

» Qui ne s'en donne ». 

Vers à M. de Soucy 3 Tréforier de l'Epargne. 

« Mes vers , Monfieur , c'eft peu de chofe , 
» Et Dieu merci , je le fçai bien. 
» Mais vous ferez beaucoup de rien , 
» Si les changez en voftre profe », 

Patin ( Guy ) , fils du célèbre Profeueur en Médecine ., a fait quelques 
chanfons , don: nous citerons la plus eftimée. 

CHANSON. 

« Je fens pour la jeune Lifette 
» Tout ce que jamais dans un cœur 
» L'amour & la beauté parfaite 
» Ont pu faire renaître d'ardeur : 
u Je n'ai qu'une vaine efpérance 

» D'être heureux ; 
» Mais rien n'altère la confiance 

» De mes feux. 



SUR LA MUSIQUE. z 9 f 

» Des charmes qui brillent en elle , 

» La nature a fait tous les frais , 

» Peut-être on la peindrait moins belle, 

» De Vénus lui prêtant les traits. 

» Mais l'ingrate ternit fans cefle 

» Tant d'appas , 
» Par un défaut que la DéefTe 
» N'avait pas ». 

Patrix , Gentilhomme Normand, né à Caen , en 1 5 S 5 _, fils d'un 
Confeiller au Parlement de Rouen , avait une charge chez Monsieur , qui 
le fit Gouverneur de Limours. 

Il était fort aimable & rempli de gaité. Jamais il ne voulut fe marier; 
Se mourut à quatre-vingt-huit ans, en 1671. Ce madrigal eft fameux, 

« Je fongeais cette nuit, que de mal confumé 
» Cofte à cofte d'un pauvre on m'avait inhumé , 
» Et que n'en pouvant pas fouffrir le voifinage , 
» En mort de qualité je lui tins ce langage: 
» Retire-toi , coquin , va pourrir loin d'ici , 
» Il ne t'appartient pas de m'approcher ainfî. 
» Coquin, me répond-il d'une arrogance extrême, 
» Va chercher tes coquins ailleurs , coquin toi-même. 
, » Ici tous font égaux , je ne te dois plus rien , 

» Je fuis fur mon fumier comme toi fur le tien »>, 

CHANSON. 

« Soupirs , regards , petits foins , 
» En amour tout eft langage : 
■n Et fouvent qui parle le moins 
» En témoigne davantage. 
» Servir & perfévérer • 
» C'eft aflèz fe déclarer ». 

AUTRE, 

« Reprenez, dès ce jour 
» Votre amitié fans amour. 
» Fuffiez-vous cent fois plus belle, 
» Sans lui je ne veux point d'elle »» 



/ 



% 9 6 ESSAI 

P ( M. le Marquis de). Cet homme illuftre à beaucoup d'égards^ 

& d'ailleurs connu par fon amour pour les arts Se les belles-lettres 3 par 
fon érudition , par fa bibliothèque , qui } quoiqu'immenfe Se formée avec 
choix & goîu , eft prefque toute entière annotée de fa main , & par des 
ouvrages charmans qui ont fervi de délaflemcnt à fes importantes occu- 
pations , dont quelques-uns ont paru fans fon aveu ; il a fait , entr'autres , 
un grand nombre de chanfons , pleines d'efprit Se de fentiment. (a) 

Nous faifiifons avec joie cette occaûon de le remercier des excellens avis 
qu'il n'a pas dédaigné de nous donner , Se des reffources fans nombre qu'il 
nous a permis de tirer des tréfors que renferme fa fuperbe collection. 

Pavillon ( Etienne ) , né à Paris , en i6}i y fe diftingua d'abord dans 
la charge d'Avocat général au Parlement de Metz, qu'il exerça pendant 
dix ans. Mais la faibleffe de fa fanté le fit renoncer à toute autre occu- 
pation qu'à celle de la poéïie. Il fut nommé de l'Académie Françaife en 
1691 , à la place de Benferade, Se fort peu de tems après fut attaqué d'une 
goutte qui ne le quitta guères jufqu'à la fin de fa vie. 

Il fut cependant nommé depuis à l'Académie des Infcriptions , Se mourut 
à Paris le 10 Janvier 1705 , âgé de foixante-treize ans. 

Le Roi lui accorda la penlion de deux mille livres que Racine biffa 
vacante. 

CHANSON. 

« ïris a vingt amans qui l'obfedent fans ceiTe , 

» Dont elle fait vingt malheureux ; 

» Je fuis le feul parmi la prefTe 
» De qui fa cruauté daigne écouter les vœux : 

» Mais d'une aventure fi belle , 
1» Rivaux infortunés , ne foyez point jaloux : 

» Je fuis plus à plaindre que vous , 
» Puifque vous m'empêchez d'être feul avec elle ». 

AUTRE. 

« C'eft envain que la jeune Iris, 
«> Pour m'obliger d'être plus fage , 



£#) On en a vu plufieurs dans notre quatrième livre. 



Me 



SUR LA MUSIQUE. 297 

» Me fait fouvenir de mon âge , 

» Et me montre mes cheveux gris : 

» Suivant l'avis de cette belle, 

» Je pourrais bien me contenir , 

» Si j'e voyais dans l'avenir 

» Autant de tems à perdre qu'elle 0. 

AUTRE. 

a L'honneur de pafTer pour conftaat 

» Ne vaut pas la peine de- l'être. 

» Doit-on briguer fincérement 

» L'honneur de pafTer pour confiant 8 

» Près de l'objet le plus charmant , 

a C'eft bien affez de le paraître. 

» L'honneur de pafTer pour confiant j, 

» Ne vaut pas la peine de l'être ». 

Pavin ( Denys Sanguin de S. ) , né à Paris , grand oncle de Louis 
Sanguin j Marquis de Livry , premier Maître-d'hôtel du Roi , & arriere- 
coufin du Chancelier Seguier , eut quelques bénéfices dès fa grande 
jeunefle , Se vécut fans autre ambition que celle d'être homme de bonne 
compagnie. Il avait la répartie vive , aimait à railler fans médire , cher- 
chait non pas à faire rire j mais à réjouir , & voulait plaire fans employer 
les artifices de la flatterie. Il fe peint lui-même comme n'ayant été ni 
fâcheux , ni doux , ni fou , ni fage , Se comme ayant été tout cela 
enfemble , fans que perfonne lui reffemblât. Le grand Condé l'honorait 
de fon amitié 3 ôc allait quelquefois pafler un jour avec lui dans fon château 
de Livry, aujourd'hui le Raincy. 

Les douleurs de la goutte affligèrent fa vieilleffe j mais il les fupporta 
avec une confiance philofophique jufqu'à fa mort, qui arriva en Avril 1670. 

On lui reproche fes liaifons avec deux fameux débauchés de ce tems-là , 
Théophile & Desbarreaux ; c'eft contre ce dernier qu'on fit l'épigrammc 
fuivante , lorfqu'il parut vouloir fe convertir. 

« Des Barreaux, ce vieux débauché, 
» Affedre une réforme auftere ; 
» Il ne s'eft pourtant retranché 
» Que ce qu'il ne faurait plus faire », 
Tome IF. P p 



2 pg ESSAI 

Boileau parla mal rie Saint -Pavin fans qu'il le méritât : il a fait plufieurs 
jolies pièces de vers ôc quelques chanfons quelquefois un peu fatyriques , 
comme celle-ci: 

« Le changement vous eft fi doux , 
» Que quand on eft bien avec vous , 
» On n'ofe s'en donner la gloire : 
» Celui qui peut vous arrêter , 
» A fi peu de tems pour le croire , 
» Qu'il n'en a pas, pour s'en vanter m. 

Cet homme aimable _, dégoûté des affaires Se des plaifirs du monde > 
après la mort de fa femme , arrivée au commencement de 1 68 6 , prit 
le parti d'aller achever fa carrière dans la folitude des Camaldules de 
Grosbois. Il y mourut le 10 Septembre 1694, âgé de foixante-fept ans. 

Le Maître des Requêtes , Fieubet , homme de beaucoup d'efprit > fit 
airifi l'épitaphe de Saint-Pavin. 

« Sous ce tombeau gît Saint-Pavin ; 

» Donne des larmes à fa fin. 

» Tu fus de fes amis peut-être ? 

» Pleure ton fort & le fien : 

» Tu n'en, fus pas? Pleure le tien, 

» Paflant , d'avoir manqué d'en être »» 

Voici encore quelques pièces de cet aimable Poëte. 

E P I G R A M M E. 

« Tircis fait cent vers en une heure, 
» Je vais moins vîte , Se n'ai pas tort ; 
» Les fiens mourront avant qu'il meurre , 
» Les miens vivront après ma mort ». 

Epïtaphe d'un homme qui s'était enté fur une famille étrangère* 

« Ci gît un prodige du tems r ^ 

» Sa naifTance fut un myftere , 
» Tous les pères font leur enfart?, 
» Cet enfant avait fait Ton père »► 



SUR LA MUSIQUE. 25J > 



. i 



Autre d'une Femme galante. 

a Ci gît Doralife, qui fut 

» Une merveille fans féconde. 

» Comme elle plut à tout le monde , 

» Audi tout le monde lui plut », 

Vers fur une Demoifelle qui craignait le mariage. 

« Iris , tremble qu'au premier jour 
» L'hymen , plus puifTant que l'amour , 
• N'enlevé fes tréfors , fans qu'elle ofe s'en plaindre , 
» Elle a négligé mes avis ; 
» Si la belle les eût fuivis , 
u Elle n'aurait plus rien à craindre ». 

Pellegrin ( Simon- Jofeph , Abbé ) , fils d'un Confeiller au fiége de 
Marfeille , naquit dans cette ville en 166 $ , Se entra de bonne heure 
dans l'ordre des Servites , puis le quitta , & fe fit Aumônier de vailfeau. 

De retour de deux grands voyages , il gagna le prix de l'Académie 
Françaife en 1703 ; & on vit avec furprife que le feul concurrent qu'il 
eût eu , était lui-même j ayant envoyé deux pièces au concours. Mad. de 
Maintenon le fit pafTer dans l'ordre de Cluny , moyennant un Bref du 
Pape , Se lui fit faire des cantiques pour S. Cyr. 

Pellegrin était fi pauvre , qu'il tenait boutique ouverte d'épigrammes , 
madrigaux, bouquets, Sec. 11 travailla aulîi pour les théâtres j ce qui fit qa on 
dit de lui: 

« Le matin catholique & le foir idolâtre , 
si II dîne de l'autel , & foupe du théâtre ». 

Le Catdinal de Noailles l'interdit jufqu'à fa mort, Se peu de tems 
après il obtint une penfion fur le Mercure , après avoir fait une foule 
d'ouvrages, dont très peu méritent d'être connus. 11 mourut le 5 Septembre 
1745 ' % e de quatre-vingt-deux ans. 

11 commença une mauvaife traduction d'Horace , dont il fit imprimer 
les cinq livres d'odes avec le latin à côté. La Monnoye fit à ce fujet 
cette jolie épigramme : 

Pp 2 



joô ESSAI 

* Il faudrait, foit die entre nous, 
» A deux Divinités offrir ces deux Horaces, 
s) Le latin à Vénus , la Déeffe des Grâces , 

x, Et le français à fon Epoux j>. 

Le grand Rameau , alors peu connu , s étant préfenté chez l'Abb^ 
Pellecrin pour lui demander un poc'me à mettre en mufique , le Poëte 
qui ne voulut pas rifquer la perte de fon tems j fit faire un billet de 
fix cent livres au Muficien , en cas que fa mufique ne réufsît pas. 

Dès que les deux premiers actes furent finis , Rameau les fit répéter 
chez M. de la Poupliniere qui l'aimait beaucoup. Pellegrin fut fi tranf- 
porté de ce qu'il entendait ( c'était Hippolyte & Aricie ) qu'il embrafla 
Rameau \ 8c déchirant fon billet devant les Auditeurs : « Quand on fait de la. 
5j mufique comme vous, lui dit-il, on n'a pas befoin de faire des billets». 

Il donna à l'Opéra, en 17 14, Télémaque , mufique de Deftouches ; en 
1716", les Fêtes de l'Eté , mufique de Montéclair ; en 171 8 , le Jugement 
de Paris , mufique de Bertin : en 17 19 , les Plaijîrs de la campagne , 
idem; en 1722 , Renaud, mufique de Defmarets ; en 1715 , Telégone, 
mufique de la Coite ; en 1728 , Orion , idem ; même année, la Princejffé 
d'Elide , mufique de Villeneuve j en 1732 , Jephté-, mufique de Montéclair. 

11 était fi pauvre , qu'il ne pouvait acheter depuis longtems une 
perruque , dont il avait le plus grand befoin. Le produit de Jephté le 
mit en état d'en avoir une. On ne l'appella que fa Jephté. 

En 1733 , Hippolyte & Aricie, mufique de Rameau j en 1737, les 
Caractères de l'Amour , mufique de Blamont. 

Pekavi ( Guerneau de Saint ) , né à Janville en Beauce. On connaît 
de lui une ode fur Férection de la Statue du Prince Charles à Bruxelles ; 
Zalufca à Jofeph , Héroïde , & plufieurs pièces de poéfies charmantes que 
l'on a inférées dans tous les recueils. 

Romance de Lucrèce. 

« Dans cette belle contrée , 
» Où le Tibre , en fes replis ,, 
» Roule fon onde dorée , 
» Ma vue au loin égarée 
» Errait parmi des débris. 



SUR LA MUSIQUE. 301 

» Le Dieu des ombres légères 
» M'invitait au doux repos , 
» Quand d'antiques caractères 
» Sulpendirent mes paupières 
» Qu'allaient fermer fes pavots, 

1» C'était la trifte aventure 

» De Lucrèce & de Tarquin j 

» J'en ai tracé la peinture ; 

» Puiffe la race future 

» Me favoir gré du larcin. 

» Lucrèce eut une ame tendre 

» Avec un cœur vertueux. 

» Tarquin ne put fe défendre , 

» Et le défaut de s'entendre 

» Fit le malheur de tous deux. 

» Un jour tout parfumé d'ambre ; 
» Méditant d'heureux efforts , 
» Il la furprit dans fa chambre ; 
» On n'avait point d'antichambre, 
» On n'annonçait point alors. 

» Lucrèce refte muette , 

» Mais bientôt prenant un ton , 

» Elle court à fa fonnette : 

» Il en avait en cachette 

r> Expris coupé le cordon, 

» A fes pieds , il tombe , il jure 

» Qu'il fera refpeftueux , 

» Que fa fTame eft vive & pure : 

» On dit qu'en cette pofture 

» Un homme eft bien dangereux, 

s Tarquin devient téméraire ; 

» Lucrèce a recours aux cris : 

» Elle tombe en fa bergère ; 

» Le pied gliiïè d'ordinaire 

» Sur les- parquets fans tapis. 

» Auprès d'une femme aimable ', 
» Il a des torts à punir , 



302 



ESSAI 

» Je ne fais s'il fut blâmable ; 
» II faut être bien coupable 
» Pour l'être au fein du plaifiu 

» Dans le courroux qui l'enflarae , 
» Lucrèce cède au dépit : 
» On dit qu'elle en rendit l'ame; 
» Dans notre fiecle une femme 
» A plus de force d'efprit ». 

AUTRE. 

L'Amour & la Folie. 

« J'avais juré d'être (âge , 

» Mais avant peu j'en fus las ; 

» O raifon ! c'eft bien dommage 

» Que l'ennui fuive tes pas. 

» J'eus recours à la folie ; 

» Je nageai dans les plaifirs ; 

a> Le teins diffipa l'orgie , 

» Et je perdis mes defirs. 

» Entr'elles je voltigeai : 

» L'une & l'autre fe ralîèmble, 

» Et je les apprivoiferai 

» Pour les faire vivre enièmble. 

» Depuis, dans cette union 

» Je coule ma douce vie ; 

« J'ai pour femme la raiibn, 

» Pour maîtreffe la folie. 

m Tour-à-tour mon goût volage 

» Leur partage mes defirs ; 

» L'une a foin de mon ménage 

t> Et l'autre de mes plaifirs », 

A U T RE. 

« Un tendre aveu femble vous ofFenièr , 

» Je me tairai , puifqu'il faut y foufcrire ; 

• Et ce qu'on dit fouve u fans y penfer , 

» Je le penferai fans le dire ». 



SUR LA MUSIQUE. 505 

AUTRE. 

« De préfider à mes fèns 
» Trois Dieux difputaient la gloire t 
» Phébus m'offrit de l'encens , 
» Ec Bacchus m'offrit à boire : 
» Ils font féduifans tous deux : 
» Que fit le Dieu de Cythere ? 
■» Le fripon plus malin qu'eux , 
» Me fit fouper chez fa mère w. 

AUTRE. 

L'Hymen & f Amour. 

c Un jour l'Amour faifant voyage , 
» ( Ce Dieu fripon eft grand coureur ) j 
» Il rencontra fur fon pafïage 
» L'Hymen pleurant de tout fon cœur. 

» Le voir pleurer eft ordinaire; 

» Cupidon en fut peu touché ; 

» Ces Dieux , dit-on , ne s'aiment gueres : 

» Hélas ! pour nous , j'en fuis fâche 1 

» Mais toutefois ils s'approchèrent : 
» Bon jour l'Hymen, bon jour l'Amour ; 
» Et l'un & l'autre ils s'embrailerent , 
» Ainfi que font des gens de cour. 

» Je fuis, dit l'Hymen, au teint blême,' 
» Eien las de ma Divinité ! 
» J'aime mieux être un Dieu qu'on aime , 
» Que d'être un Dieu tant refpeclé. 

» A ma chapelle tant vantée, 

» Petits & grands tournent le dos ; 

» Et ta fougère eft plus fêtée 

» Que tous mes grands lits nuptiaux. 

» Que ce jour nous réconcilie ! 
» Prens-moi pour fuivant, fi tu veux j 
» C'eft moi qui tiendrai la bougie , 
» C'eft toi qui ferreras les nœuds» 



30* ESSAI 

a L'Hymen fut tant prêcher & dire 

» Qu'à fes raifons l'Amour fc rend ; 

» L'Amour ell facile à féduire : 

» C'eft en quoi ce Dieu me plaie tant. 

» Mais comme l'Amour ne voit goûte, 
» II fut arrêté fans retour , 
» Que le Djeu d'Hymen , dans la route 
>» Servirait de guide à l'Amour. 

» Les voilà coureurs d'aventures , 
» Et cherchant par monts & par vaux , 
» Un couple en qui mère nature 
» N'ait voulu mettre nuls défauts. 

» Même il fallait qu'à nos deux frères 

» Le couple plût également ; 

» Sans quoi nul marché , point d'affaires : 

» C'était la claufe du ferment. 

>» Bien des pays ils parcoururent 
» Sans trouver ce tréfor de prix ; 
»• Las & recrus , ils réfolurent 
»• De retourner à leur logis. 

» Arrive un couple , il leur préfente 
» Vieilles mœurs & jeunes attraits ; 
» C'était Aglaïde & Tiimante , 
« Ah ! dit l'Amour , faifons la paix ». 

Perrin ( Pierre ) , né à Lyon , fe fie Abbé , ôc devint ami de Voiture , 
qui traita avec lui de fa charge d'Introdu&eur des AmbaiTadeurs , près 
de Gafton, Duc d'Orléans ), frère de Louis XIII. 

C'eft à lui que nous devons l'établiiTement de l'Opéra ; il compofa la 
première paftorale que nous ayons eue , ôc dont Cambert fit la mufique. 
Ge ballet , qui n'a d'autre nom que la Paftorale , fut d'abord exécuté 
chez M. de la Haye } à IfTy , en 1659 , mais fans machines ôc fans 
danles , ôc fut fi applaudi , que le Cardinal de Mazarin en fit donner 
plufieurs repréfentations à Vincennes devant le Roi. 

En \GG<) , ayant obtenu des lettres-patentes pour l'établiirement d'une 
Académie de Mufique , il s'afibeia pour la mufique avec Cambert 3 ôc 

pour 



SUR LA MUSIQUE. 3 oj 

pour les machines j avec le Marquis de Sourdeac , & donna en 1671 , 
Pomone , paftorale , dont Cambert avait fait la mufique. Les danfes furent 
compofées par le fieur Beauchamp , Surintendant des ballets du Roi. Il 
avait fait venir de Languedoc plusieurs Muficiens , entr'autres , Beau- 
mavielle & Roflîgnol , &c. 

Ce fut en cette même année que le Roi choifit M. de Lully pour 
Surintendant de fa mufique , & lui fît expédier fes privilèges , &c. Son 
premier théâtre fut placé au jeu de paume de Bel-air , rue Mazarine , 
vis-à-vis la rue Guénégaud; &c fon premier opéra fut donné en i6ji. 
C'étaient les Fêtes de l'Amour & de Bacchus , paroles de Quinaulr , 
machines de Vigarani. Ce qu'il y eut de plus fingulier , c'eft que M. 
le Grand-Ecuyer j M. le Duc de Villeroy , ôc plufieurs autres Seigneurs 
y danfèrent. 

En 1673 , le théâtre du Palais Royal étant venu à vaquer par la mort 
de Molière y le Roi le donna à l'Académie Royale , qui l'ouvrit par 
Alcefte y ôc le fieur Pecourt, fi fameux enfuite , y danfa pour la première 
fois. 

Quoique Perrin fût un Pocte médiocre , on ne peut lui refufer la 
gloire d'avoir imaginé le premier de donner des opéra français , & d'avoir 
compofé le premier qui air été fait. Ses autres pocfies ont été imprimées 
en 1661. Ce qu'il a fait de mieux, eft fon pocme de la Chartrcufe. Sa 
mort arriva à Paris vers l'an 1680. 

Après celle de Lully 3 en 1687, le privilège de l'Opéra paiïa à M. de 
Franchie fon gendre , Maître-d'hôtel du Roi , & à M. Dumont , Ecuyer 
du Roi , commandant l'écurie de Monfeigneur. 

C H A N SON. 

Pour deux Bergères. 

« Voici le prinrems , 
» Voici le beau tems 
» Que toutes les fleurs font éclofcs ; 
» Hélas & nous reftons 
» LanguifTantcs & clofes } 
» Amour , de tes boutons 
» Quand feras-tu des rofes? 
Terne IF. Qq 



5 o$ ESSAI 

» Tout aime en tous lieux 
» La terre & les deux , 
» Les bois , les vallons & les plaines ; 
» D'amour & de plaifirs 
» Les campagnes font pleines. 
» Et nous , de fes defirs 
» Nous n'avons que les peines ». 

AUTRE. 

« O doux fommeil , que tes fonges aimables 
» M'ont donné de plaifir ! 
» Ah ! fi la mort a des charmes femblables r 
» Je confens de mourir. 

» J'ai cru Philis dans vos bras adorables 
» Enfin ne plus languir. 
» O doux , Sec. » 

Chanfon à boire. 

» Que l'inventeur de la bouteille 

o Fut un grand fat 
» D'enfermer le jus de la treille 
» Dans un vaifTeau fi délicat ! 
» Vive les flacons & les pots , 
» Bacchus y fommeille en repos. 

» Quoi! mettre à la merci du verre 

» Et de l'ofier 
» Le plus noble jus de la terre , 
» Et les délices du gofier ! 
» Vive, &c. 

» Alors que je frappe ma pinte , 
» Ou mon grand broc ; 
» Au lieu de cafTer elle tinte , 
» Et ne branle non plus qu'un roc. 
ss Vive, &c. 

• Au fbn perfônne ne rechigne, 

» L'on court au vin ; 
» La bouteille eft comme le cygne t 
» Elle ne chante qu'à fa fin, 
» Vive, &ç, 



SUR LA MUSIQUE. 3 o 7 

Perron ( Jacques Davy du) , Cardinal , grand Aumônier de France , 
Evêque d'Evreux , naquir à S. Lo , en 15565 le 15 Novembre, fut 
Lecteur d'Henri III , & charge de la réconciliation d'Henri IV avec le 
Saint Siège. 11 y avait dans fes poéfies une élévation naturelle &c beaucoup 
de fentiment. 

'Sa mémoire était fi prodigieufe , qu'un jour ayant entendu un Poète 
réciter au Roi une pièce de vers , il prétendit que cette pièce était de lui , 
& , pour le prouver 3 la récita fur le champ. 11 rendit auifi-tôt la tran- 
quillité à ce pauvre Poè'te , en avouant qu'il l'avait retenue. 

Ce fut lui qui fut chargé de l'oraifon funèbre de Marie Smart, 8c de 
celle de Ronfard. 

Clément VIII le fit Cardinal , Se peu de tems après il fut nommé à 
l'Archevêché de Sens. 

Il mourut à Paris le 5 Décembre 16 18 , & fut enterré à Sens, où on 
lui éleva un magnifique tombeau dans le chœur de la cathédrale. 

C H A N S ON. 

« Sortez de mon efprit pertfers pleins de délices, 
» Cher & doux entretien, dont l'état eft changé. 
» Qu'un injufte mefpris convertit en fupplices , 
» Je vous ouvre la porte, & vous donne congé. 

» On ne me verra plus me baigner de mes larmes , 
» Pour avoir efprouvé le feu de fes regards. 
» Le tems contre fes traits me donnera des armes , 
» Et l'abfence & l'oubli repoufleront fes dards. 

» Avec vos mots flatteurs & vos feintes idoles , 
» De confiance & de foi, déités fans pouvoir, 
» Dont le fon déguifait fî fouvent les paroles, 
» Quel amant n'eût été facile à décevoir ? 

» Me jurer que fon cœur, dont les fiâmes font mortes, 
» Embrafé d'un beau feu, foupirait nuit & jour, 
» Et de myrthe enchaîné de mille & mille fortes, 
» Brûlait avec le mien fur l'autel de l'Amour. 

» A moi, qui ne vivais que pour lui rendre hommage, 
» Et n'aimais mon efprit enclin à l'adorer, 

Qq z 



3 o8 ESSAI 

* Que pour le feul refpeft îles traits de ion vifage, 
» Que l'amour de fa main y fut fi bien placer. 

» Adieu; mais qu'ai-je dit! quelle erreur me tranfporte? 
» Qui, moi, de res beaux yeux vouloir rompre la loi! 
» Et brifer tant de nœuds , dont la chaîne elt fi forte , 
» Comme fi mou vouloir était encor à moi » ! 

Pesselier (Charles-Etienne), né à Paris le 9 Juillet 17 12 , d'une très 
bonne famille , reçut une excellente éducation , qui lui fit faire les progrès 
les plus rapides dans fes études. 

Son goût pour la poéfie fe manifefta dès fa plus grande jeuneiTe; mais 
il fut obligé de facrifier fon goût aux projets de fes parens. Cependant 
il ne put s'empêcher de faire quelques comédies qui eurent du fuccès j 
Se qui l'auraient peut-être engagé à pourfuivre cette carrière , s'il n'avait 
pas été chargé d'un ouvrage fur les Finances , qui l'enleva pour toujour-s 
ail théâtre. 

Peflelier fe délalTait de fes férieufes occupations , en compofant des 
fables j qui 3 peut-être , ont plus de mérite qcîe celles de la Motte , 
parce'qu'elles n'ont pas tant d'efprit , & dont il donna un recueil en 1748. 

La fatigue que lui caufait un travail forcé , abrégea fes jours. Il languit 
environ fix mois, Se mourut le 24 Avril 1763, emportant les regrets de 
tous fes amis. 

Jamais il n'a rien dit ni écrit qui pût blefler les mœurs ni la fociété ; Se 
ce n'eft pas un petit mérite dans ce fiecle. 

On trouva à fa mort une grande quantité de pièces fugitives , fables ., 
épîtres, madrigaux , chanfons , Sec. dont plufieurs font charmantes. 

Pezay ( MalTon , Marquis de ) , né près de Blois , fut d'abord Mouf- 
quetaire ; il fit une ou deux campagnes en qualité d'Aide-de-camp ; il 
fut enfuite Capitaine de dragons Se Meftre-de-camp , puis employé en 
qualité de Maréchal des logis dans une efpece d'état major ambulant , 
créé par M. de Choifeul : il parvint environ un an avant fa mort à fe 
faire nommer Infpeéteur général des gardes-côtes ; Se c'eft dans une de 
fes tournées qu'il fut attaqué de la maladie qui l'a conduit au tombeau. 
Il était actif , auffi infatigable dans le travail , qu'ardent dans les plaifirs, 



SUR LA MUSIQUE. 3 op 

complaifant A doux 3 poli dans la fociété , plein de ces talens aimables 
qui en font le charme & l'amufement. Il avait joui quelque terni avant 
de mourir , de la confiance de plufieurs Minifttes ; 6c s'il eût un peu 
moins brigué la faveur , il eût mérité d'avoir encore plus d'amis. Il 
mourut en 1777} juftement regretté d'une femme charmante qu'il avait 
époufée depuis peu. 

M. de Pezay a donné au public Zélis au bain : la Clofiere &c la Rofierc 
de Salency , opéra-comiques: les Soirées Helvétiennes , Alfacïennes & 
Francomtoifes : une tradu&ion de Catulle y de Tibulle & de Gallus : les 
Campagnes de M. le Maréchal de Maillebois en Italie : plufieurs pièces de 
Poéfies fugitives , imprimées dans différens recueils, & un recueil de 
Chanfons manufcrites } dont nous aurions bien defiré avoir connaiflance, 

CHANSON. 

« Thaïs le printems fe pafle, 

» Il faut nous en confoler ; 

» Oui, l'hiver qui le remplace, 

» Près de toi peut l'égaler. 

» Sont-ce les fleurs qu'on regrette ï 

» Ton vifage en eft femé ; 

» Te voir avant ta toilette, 

» C'eft fe croire au mois de mai. 

» Des jours où naît le feuillage, 
» Un de ces charmes précieux 
» Eft le féduifant ramage 
m Du Rofllgnol amoureux ; 
» Dis- nous ta chanfon nouvelle, 
» Et nous allons convenir 
» Que le chant de Philomele 
» Commence au lieu de finir. 

n Du règne charmant de Flore, 
» Dont je trace le tableau, 
» Près de toi , ta fille encore 
» Nous offre un rapport nouveau} 
r> Je veux vous placer enfemble 
» Dans ce couplet de chanfon, 
» Comme le printems rafTemble 
» La rofe près du bouton ». 



3io 



ESSAI 

AUTRE. 

« Eli quoi ! déjà fitôc pafTée ; 

» Nuit heureufe, amoureufe nuit! 

*> Avec toi mon bonheur s'enfuie ; 

» Mais il m'en refle la penfée» 

» Oui, la mémoire fait jouir; 

» C'efl un de nos plus doux partages, 

» Plaifirs, vous feriez trop volages 

» Sans le bienfait du fouvenir ». 

AUTRE. 

v. J'aime Rofette à la folie : 

» L'Amour l'a faite fi jolie ! 

» Qui n'en ferait point amoureux? 

» Qu'elle foit tendre autant que belle , 

» A jamais je lui fuis fidèle, 

» Et gaiment nous vivrons tous deux. 

» J'aime bien; mais je veux qu'on m'aime; 

»j Les faveurs me font aimer mieux , 

» Et je n'ai point l'honneur fuprême 

» D'être confiant fans être heureux. 

» Pourquoi reprocher à Rofette , 

» Si Dieu la fît un peu coquette ? 

» Coquette en amour , quel bonheur ! 

» Un inftant de coquetterie , 

» Du caprice & de la folie , 

» Que de volupté pour un cœur ! 

» Mais il faut jouir quand on aime ; 

» Coquette, alors ton art vaut mieux; 

» Tu rirois , conviens-en toi-même , 

» D'un cœur confiant fans être heureux. 



» Rofette , je fuis ton efclave ; 

» Et fi tout haut mon cœur te brave , 

» Tout bas il palpite d'amour : 

» Je fuis bien loin d'être infidèle. 

» Mais fi tu fais trop la cruelle, 

» Cela pourrait venir un jour. 



SUR LA MUSIQUE. 5 m 

» Couronne dont l'Amant qui t'aime ; 
» Sois coquette après , fi tu veux : 
» Mais j'ai pour maxime fuprême 
» D'être inconftant ou très-heureux ».. 

Petit ( Louis ) , ancien Receveur général des domaines Se bois , né à. 
Rouen, en 1614, était ami du grand Corneille, & fe chargea défaire 
imprimer fes pièces. C'était un des beaux efprits les plus aflïdus à l'hôtel 
de Rambouillet , Se il était fort ami des Ducs de Montaufier Se de Saint- 
Aignan. On a mi recueil de fes poéfies , où l'on trouvejdes chofes charmantes.. 

Nous avons donné une chanfon de lui dans notre quatrième livre 3 qui. 
commence ainfi : 

Dès que Robin eut vu partir Toinette, Sec. 

Petit mourut en 1693. , 

Pic (l'Abbé ) donna à l'Opéra , en 1695, le Ballet des Saifons , mufique 
de Colafle } en 1696 , la Naijfance de Vénus , idem ; en 1697 , Aride ,' 
ballet mufical de la Code. 11 mourut en 1711. 

Piron (Alexis) , né à Dijon le 9 Juillet 1689 , était fils d'un Apo- 
thicaire qui fut Echevin & Poëte. Alexis fut d'abord Avocat , Se vint en 
1719 tenter fortune à Paris. Il entra chez le Chevalier de Belle-Ifle , où 
on l'employa comme copifte. ( Joli rôle pour Piron ) ? Il fit enfuite plusieurs 
opéra-comiques qui eurent beaucoup de fuccès , 6c donna plufieurs pièces 
aux Français , entr 'autres , Guftave Se la Métromanie , que Molière 
aurait avouée avec plaifir. 

Ce fut vers ce tems-là que le Comte de Livri le logea chez lui , Se 
l'aima d'une amitié qui ne finit qu'avec fa vie ; il le maria avec Dlle. 
Quenauder , qui avait environ deux mille livres de rente , & il eut la 
générofité de lui aflurer fix cent livres viagères. M. le Marquis de Lafïay 
en fit autant , mais fans fe nommer j & Piron fut obligé d'accepter le 
contrat chez un Notaire, fans pouvoir connaître fon bienfaiteur, qui n'a 
été connu qu'apès fa mort. 

Ayant perdu fa femme en 1751 , il demeura le refte de fa vie [chez 
une nièce (mariée aujourd'hui avec M. Capron, fi connu par fes talens 



5 i2 ESSAI 

pour le violon ) , & mourut le 21 Janvier 1775 j âgé de quatre-vingt-trois 
ans & demi. 11 fut plufieurs fois au moment detre nommé à l'Académie 
Françaife ; mais fes ennemis trouvèrent les moyens de l'en écarter. Cepen- 
dant Louis XV , en l'en excluant à la follicitation de l'Evêque de 
Mirepoix , eut la bonté d'adoucir fon refus , en lai accordant une penfion 
fur fa caflette. 

11 faut lire la vie de Piron par M. Rîgoley de Juvigny , à la tête de 
l'édition des œuvres de cet illuftre Poëte , qu'il a bien voulu rédiger ; 
elle eft remplie de chofes gaies & intéreflantes. Il ferait à defirer qu'on 
.écrivît ainlî l'iiiftoire des grands hommes. 

CHANSON. 

Le Miroir. 

« Miroir officieux , je doi 

» T'aimer toute ma vie : 
» Je poiïède , grâces à toi , 

» La charmanre Silvie : 
» Et je te regarde en ce jour , 

» Comme un Dieu tutélaire 
» Qui fait pour moi plus que l'Amour 

» N'aurait jaaiais pu faire. 

» Miroir plus peintre que la Tour , 

» Plus prompt & plus fineere , 
. » Et vous , mes trumeaux , tourà-tour 

» Répétez ma Bergère : 
» Croyez que jamais vous n'aurez 

» De plus parfait modèle , 
» Et que plus vous l'embellirez , 

» Plus vous lirez fidèle. 



• 



» Glace , ne faites votre effet 

» Qu'en faveur de ma belle y 
« Obfcure pour tout autre objet 

» Ne repréfentez qu'elle. 
h Par le même art , en ma faveur 

» Et contre votre ufage , 
» Puiflîez-vous y ainfi que mon cœur, 

» Confèrver fon image»» 



Place 



SUR LA MUSIQUE. $ n 

Place ( Pierre-Antoine de la ), né à Calais } en 1709 ,, ancien Secré- 
taire de l'Académie d'Arras , propriétaire du privilège du Mercure , a 
fait plusieurs pièces eftimées , dont quelques - unes ont eu un grand 
fuccès. Il a donné une traduction du Théâtre Anglais en vers 8c en profe 
& eft le premier qui nous ait fait connaître ce genre de littérature. Son 
imitation du roman de Tom Jones eft charmante , & nous doutons que 
l'original foit plus intéreflanr. Cet auteur eftimable & aimé d'un grand 
nombre d'amis a fait plufieurs jolis chanfons , dont nous rapporterons 
celles qui font venues à notre connaifTan.ee. 

CHANSON. 

« Ami , tel, eft mon deftin : 

» Tout paffe dans la vie. 
» Quand je quittai le Dieu du vin ,' 

» Je brûlai pour Silvie. 
» Les Mufes même trop fouvent 

» Ont reçu mon hommage, 
v» Je les redoute maintenant, 

» Mais en fuis- je plus fage } 

» Tu te trompes , fi tu le crois j 

» Et la fagelTe auftere , 
1» Vainement fait parler des droits 

» Que le defir fait taire. 
• Le cœur eft fait pour le plaifir,' 

» Il eft jeune à tout âge j 
t» Interdifez-lui le defir , 

e Quel fera fon ufage ? 

» Efpoir de fuccès & d'honneurs , 

» Séduifante manie , 
» Phofphores brillans & trompeurs, 

» LaifTez en paix ma vie : 
» Contre vous je combats en vain ; 

» Quand la gloire vous guide ; 
» Mais plus l'efprit fe trouve plein, 
» Et plus le cœur eft ruide. 

» Froid & redoutable poifbn 

» D'un cœur tendre & fenfible, 
Tome IF. j^ r 



3»4 



ESSAI 

» Tyran qu'on appelle raifon ; 

» Que ton joug eft pénible ! 
» Lorfque fous la loi des defirs 

» Je bénifTais mes chaînes j 
» Je ne comptais que mes plaifirs , 

» Tu calcules mes peines an 

AUTRE. 

« Vous voulez apprendre a rimer ,' 
» Et daignez me choilïr pour maître ï 
» Pour peu que vous fâchiez aimer , 
» Charmante Eglé , je veux bien l'être. 

» Telle eft la première leçon 
» Que je donne à mes écolieres. 
» Si le cœur eft votre Apollon , 
i» Vous remplacerez Deshoulieres. 

» L'efprit fouvent parle au hafàrd : 
» La voix du cœur eft toujours fûre. 
» Les règles font filles de l'arc ; 
» Mais l'arc eft fils de la nature. 

m N'écoutez que le fentiment ; 
» Son efTor eft toujours fublirne : 
» Si vous aimez bien votre amant , 
as Vous ne chercherez point la rime, 

» L'efprit fait de fades chanfons 3 
» La feule vanité l'infpite : 
» Ovide était sûr de fes fons , 
s> Lorfque l'amour montait fa lyre. 

» Aimez donc , & fuivez la loi 
» Que lui diétait ce Dieu fuprême. 
» Quand vous aimerez comme moi , 
» Eglé , vous rimerez de même ». 

AUTRE.- 

€« Triftes regrets , fortez de ma penfee. 
» Tout me l'apprend , j'ai perdu mon ami J 



SUR LA MUSIQUE. |m 

» Colin m'aimait , Colin m'a délaifTée : 
» Raifon me die de l'oublier aullî ; 
a Plus je l'aimais , plus mon ame eft bleiïee. 
» Mais qui jamais me plaira comme lui ? 

» Tous nos bergers emprefles à me plaire, 
» S'offrent fans cefTe à calmer mon ennui } 
» Je puis ravir Licidas à Glicere , 
» Le beau Cléon pour moi s'eft attendri ; 
s» Contre un ingrat, tout aigrit ma colère ; 
» Mais qui jamais me plaira somme lui ? 

» Le grave Orgon , l'oracle du village 
» De mes parens a mandié l'appui. 
» Le fier Hylas , fi riche & fi volage , 
»> Semble pour moi fe fixer aujourd'hui : 
u L'ingrat Colin n'eft ni riche ni fage ; 
» Mais qui jamais me plaira comme lui i 

m Parmi les pleurs , l'efpoir & les alarmes , 

» Mon faible cœur lafle d'avoir langui , 

» Pour le combattre effaya d'autres armes , 

» Dont en fecret ce cœur même a gémi ; 

» Du changement on vante en vain les charmes, 

» Jamais amant ne m'a plu comme lui a*. 

Envoi d'une Rofe. 

» Fille de Zéphir & de Flore , 
B Belle Rofe! jouis d'un fort que j'envierais; 
« Vas mourir fur le fein de celle que j'adore : 
» Si tu fens ton bonheur , tu mourras fans regrets. 
» Mais mon dellin ferait plus doux encore ? 

» Car où tu meurs , je renaîtrais ». 

L'heureux exil. 

« Cher Daphnis , tu me plains à tort : 
» Sois plutôt jaloux de mon fort. 
v Seul & loin du farte des cours , 
a Avec Bacchus & mon Iris ; 
» L'un me donne les plus beaux jours , 
» Et l'autre les plus belles nuits ». 

Rr 2 



3 i6 ESSAI 

V Amour ancien & V Amour moderne. 

* L'Amour , jadis enfant timide , 
» N'ayant que le refpeft pour guide ," 
y» En dépit des fens , 
» Marchait à pas lents , 
» Mais arrivait , 
» Et vivait 
» De fa gloire : 
» Au tems préfenc , 
» Le fot enfant, 
» Toujours volant 
» Et triomphant, 
» Survit à peine à fa victoire »# 

Plein-chêne ( de ) a donné plufieurs opéra-comiques.' 

Plumeteau ( M. Gigault de ) 3 Gentilhomme ordinaire du Roi , Si 
l'un des plus aimables hommes de fon tems, naquit en 1726 , Se mourut 
en Novembre 1758. 

Perfonne ne connut mieux que lui les grâces Se la délicateffe de la 
poéfie. Il fe préparait à donner quelques ouvrages lyriques , qui , fans 
doute , eufient eu le même fuccès que fes autres productions j lorfque la 
mort vint l'empêcher d'y mettre la dernière main. 

11 ferait à defirer que fa refpeétable famille 3 qui chérilfait fi tendre- 
ment les qualités de fon cœur , rendît hommage à celles de fon efprit ," 
en ralTemblant les productions éparfes de cet aimable Poète. Ce ferait un 
des plus agréables recueils que l'on eût encore fait. Ce tribut eft bien dû 
à fa cendre \ c'eft le vœu de tous ceux qui , comme nous, ont eu le 
bonheur d'être aimé de lui j &: qui donneront toujours des larmes à fa 
mémoire. 

CHANSON. 

« Il eft donc vrai , Lucille , 
» Vous quittez ce hameau : 
» Cherchez- vous à la ville 
» Quelqu'hommage nouveau ? 



SUR L'A MUSIQUE. 317 

» L'amant qui fait entendre 
V Un langage apprêté, 
» Vaut- il un berger tendre 
» Qui dit la vérité ! 

» Vous verrez fur vos traces 
» Mille jeunes galans 
» Qui vanteront vos grâces , 
b Qui peindront leurs tourraens: 
» C'eft l'art qui les inlpire , 
» Et non le fentiment j 
» Moi , j'ofe à peine dire 
» Quand j'aime tendremenu 

» A l'air qu'ils font paraître, 
» Quand ils offrent leur foi, 
» Vous les croirez peut-être 
» Auflî tendres que moi. 
» Leur vanité , Bergère , 
» Allume tous leurs feux ; 
» Je n'ai l'art ni de plaire 
1» Ni de tromper comme eux »v 

A U T R E. 

K Ah ! combien l'amour a de charmes ; 
» Pour les cœurs tendrement épris ! 
» S'il nous caufe quelques alarmes , 
» C'eft pour y donner plus de prix. 
» Depuis que j'aime Eléonore , 
t> Tout femble brûler de mes feux j 
• Tout me peint l'objet que j'adore , 
» Tout conlpire à me rendre heureux, 

h Au matin, la clarté nouvelle 
» Retrace ma Belle à mes yeuxj 
» L'aftte du jour me la rappelle, 
» Quand il brille de tous fes feux, 
v Elle a la fraîcheur de l'aurore 
» Et l'éclat d'un jour radieux. 
» Tout me peint, &c 



3i8 



ESSAI 

n Lorfque le fouffle du Zéphire , 
» Qui vient de careffer les fleurs, 
» Agitant l'air que je refpire, 
» Y mêle de douces odei'rs j 
» C'eft l'haleine d'Eléonore 
» Qui femble parfumer ces lieux* 
» Tout me peint, &c. 

» Si l'on me voit de fes égales 
» Quelques inftans fuivre les pas, 
» Même aux genoux de fes rivales, 
» Je crois adorer fes appas ! 
» C'efr quelque trait d'Eléonore 
» Qui trompe mon ccear amoureux. 
» Tout me peint, &c ». 

AUTRE. 

« L'autre jour la jeune Silvic 

» Voulut imiter les accens , 

» D'Apollon , qui près de Clitye 

» Rendait les fons les p4us touchanSt 

» Elle chanta tout comme lui. 

» Ce Dieu, la prenant pour modèle, 

» Voudrait l'imiter aujourd'hui , 

t> Mais il ne chante pas comme elle». 

A U T R E. 



« Colin, à peine à feize aus; 

» Aimait déjà Colette ; 
» Colette , à peine à treize ans 
» Ecoutait la fleurette : 
>i On ne vit de fi jeunes amans, 
» Que Colin & Colette, 

» Colin fent déjà des feux, 
» En fecret il foupire ; 

» Colette forme des vœux, 
» Et cache fon martyre : 
» Colette & Colin s'aiment tous deux , 
» Sans ofer fe le dire. ■ 



SUR LA MUSIQUE. JX9 

» Ils s'en allaient fans deflein 

» Le matin far l'herbette, 
» Le cœur battait à Colin ; 

» Il battait à Colette : 
» Son bouquet lui tombe de la main , 

» Colin perd fa houlette. 

» Il s'approche doucement, I 

» Un foupir le décelé j 
» L'un œgawje tendrement ; 

» L'autre en devient plus belle : 
i» Qu'as-tu donc, lui dit-il en tremblant? 
» Qu'as-tu donc, lui dit-elle? 

» Colette, au dedans de moi, 

» Je fens un trouble extrême: 
» Moi , Colin , auprès de toi , 
» Je le fens tout de même : 
» Ah ! Colette , je t'aime , je crois ; 

Colin, je crois, je t'aime. , 

» Pour l'ufage de fes dons, 

» Nature les éclaire ; 
» Un dieu par des charmes prompts, 

» Les conduit au myftere. 
» En amour il n'eft point de leçons 

» Qui vaillent la première ». 

AUTRE. 

« Non, non, le Dieu qui fait aimer, 
» N'eft pas le même qui feît plaire ; 
» Le trait qui bleffe le Berger 
» Bleffèrait toujours la Bergère. 
L'Amour , dont vous avez les traits victorieux , 
N'eft pas le même qui m'enflâme ; 
» On ne le verrait pas fi fier dans vos beaux yeux, 
» Et fi timide dans mon âme. 
» Non, non, &c. 

AUTRE. 

« J'ai fix fois , dans la plaine , 
» Vu jaunir nos moiflbns , 



» 



320 



ESSAI 

» Depuis que ma Climène 
m Ecoute mes chanfons : 
» D'une ardeur éternelle 
» Nous brûlons tous les deux: 
» Le rems la rend plus belle , 
» Et moi plus amoureux. 

» Ses fermens fur l'arène 
» Ne furent point tracés, 
» Nos noms fur aucun chêne 
»> Ne font entrelacés ; 
>» Ce font les faibles armes 
» D'un amour impofteurj 
» Mes fermens & fes charmes 
» Sont gravés dans mon cœur. 

» Nous fervons de modèles , 

» On nous voit dans nos feux 

» Egalement fidèles , 

» Egalement heureux. 

» Le froid de la confiance 

» Eft loin de nos p'.aifirs , 

» Et notre jouifTance 

» N'a que l'air des defirs ». 

AUTRE. 

« Rien ne me plaît , s'il n'eft de Lifette , 

» Ce bouquet eft cueilli de fa main : 

» Ce ruban qui pare ma houlette , 

» Pendant long-tems a paré fon fein. 

i> J'aime Lifette , & dès l'aurore 

» Je lui parle de mon amour j 

» Elle m'écoute , & j'en parle encore ,' 

» Quand le foleil a fini fon tour. 

» Veux-tu m'aimer, me difait Climène ," 

» Prens mon coeur, & donne-moi le tien. 

» Point n'en voudrais , fuffiezvous la Reine 

» Lifette , hélas ! m'a donné le lien. 

u J J aime Lifette , &c. 

» Que 



SUR LA MUSIQUE. 3** 

» Que Licidas quitte fa bergère , 

» Et que Philis quitte fon berger , 

» Qu'au plaifir d'être tendre & fincere , 

» On préfère celui de changer. 

» J'aime Lifette , Sec. m 



La Rofe & le Zéphir , 

Cantatille. 

« Non , vous ne m'aimez pas , 
» Difait une Rofe nouvelle, 
» Au Zéphir empreffé , qui voltigeait près d'eile : 
» Vous le jurez en vain tout bas., 
» Quand je vous vois de cette aîle légère, 

» Dont vous careffez mes appas, 
» Voler au Tèin d'une rivale altiere , 
» Et flatter jufqu'aux fleurs que foule fous fes pas 
» La plus fimple bergère : 
» Non , Zéphir , vous ne m'aimez pas» 
» On cherche moins à plaire, 
» Quand on eft bien épris ; 
» Un cœur tendre & fincere 
» Ne connaît d'autre prix 
» Que l'objet qu'il préfère. 
» Le Papillon volage 
» Séduit par fes couleurs; 
» Mais on craint fon hommage. 
» Moins brillant & plus fage, 
» Il féduirait les fleurs. 
» On cherche moins à plaire, 
» Quand on eft bien épris j.,. 
» Un cœur tendre & fincere 
» Ne connaît d'autre prix 
» Que l'objet qu'il préfère. 
» Ah ! calmez , dit Zéphir , un injufte coutrqiix ; 
» Pour vous , j'ai méprifé les rofes les plus belles^ 
» Si l'on m'a vu badiner avec- elles, 
» Je n'ai jamais foupiré qu'avec vous, 
» On peut voltiger quelquefois , 
» Sans blefTer un amour extrême; 

Tome IV. 



52- 



ESSAI 

» J'amufe l'objet que je vois , 

» Sans offenfer celui que j'aime. 

» Au milieu des ris & des jeux, 

» L'Amour n'eft pas toujours volage; 

» L'Amant triite n'aime pas mieux, 

» L'Amant badin plaît davantage. 

» On peut voltiger quelquefois , 

» Sans bleflèr un amour extrême; 

» J'amufe l'objet que je vois , 

» Sans offenfer celui que j'aime ». 

Poinsinet ( Antoine-Alexandre-Henri ) , né à Fontainebleau , en 1735 » 
d'une famille attachée à la maifon d'Orléans , ne fit pas d'afTez bonnes 
études pour bien remplir la carrière qu'il embraffa depuis. On l'a vu 
plufieurs fois être joué le même jour fur les trois théâtres de la ville , & 
même avec fuccès. Son opéra d'Ernelinde a le mérite d'avoir donné naif- 
fance à la fuperbe mufique de M. Philidor. Ses opéra-comiques ont eu 
beaucoup de fuccès, fur-tout Tom- Jones & le Sorcier ; fa comédie du 
Cercle, qui eft de tons fes ouvrages celui qui a le plus réuffi , n'eft, 
dit-on , qu'un recueil de fcènes prife de tous les côtés ; mais cette pièce 
n'en eft pas moins agréable. Poinfinet , né avec des talens,neles a pas 
afTez cultivés. Il a été un des exemples les plus finguliers de la poffibilité 
d'unir quelques talens à une fimplicité très voifine de la bêtife. On aurait 
peine à croire les fcènes de myftification dont il a été l'objet , iî elles 
n'étaient avérées par nombre de témoins dignes de foi. 

En 1769, un de fes amis l'avait engagé à l'accompagner en Efpagne ," 
eu il allait établir une troupe de Comédiens. Poinfinet devait lui fournir 
toutes les pièces dont il avait befoin. Ce malheureux fe noya dans le 
Guadalquivir , en fe baignant ; & jamais on n'a fu fi fon corps avait été 
retrouvé. 

Il a donné à l'Opéra, en 1767, Ernelinde , mufique de Philidor; 
Théonis , acte mis en mufique par Berthon , Trial & Granier. A la Comé- 
die Italienne j Gilles > garçon Peintre , la Bagarre j Sancho Pança , le 
Sorcier , Tom-Jones , &e. 

Poinsinet de Sivry ( Louis )-, né à Verfailles , en 173 5. Il a donné au 



SUR LA MUSIQUE. 321 

Théâtre Français Brizeis & Ajax , & a fait des traductions de plufieurs 
comédies d'Ariftophane & d'autres poéfies greques remplies de vers char- 
mons. Nous avons auflî de lui une édition d'Horace _, avec des nores inté- 
reflantes , & une traduction aufli favante qu'élégante de Pline le Natu- 
ralifte. Cette traduction allure à jamais fa réputation. M. PalilTot dit avec 
raifon qu'un très grand nombre de fautes ne fuffirait pas pour décrier un 
pareil ouvrage. 

Pompignan ( M. le Franc de ) , connu par fa belle tragédie de Didon , 
par fes poéiîes facrées , &: par plufieurs autres ouvrages 3 ancien premier 
Préfident de la Cour des Aydes de Montauban , & l'un des membres de 
l'Académie Françaife } a donné à l'Opéra, en 1737 , /e Triomphe de 
l'Harmonie, mufique de Grenet \ en 1750, Léandre & Hero, mufique du 
Marquis de Brafiac ; en 1759, Apollon , Berger d'Admete , en un acte , 
mufique de Grenet. 

ODE, 

Tirée du Pfeaume 103. 

« Infpire-moi de faims cantiques, 
» Mon ame, bénis le Seigne.r. 
» Quels concerts affez magnifiques, 
» Quels hymnes lui rendront honneur ! 
» L'éclat pompeux de les ouvrages , 
» Depuis la naiiïànce des âges , . 
» Fait l'étonnement des mortels. 
1» Les feux céleftes le couronnent, 
» Et les fiâmes qui l'environnent 
» Sont fes vètemens éternels. 

» Ainlî qu'un pavillon tifïu d'or Se de foîe,. 

» Le vafte azur des Cieux fous fa main fe déploie; 

» Il peuple leurs déferts dartres étincelans. 

» Les eaux autour de lui demeurent fufpenduesj 

» Il foule aux pieds les nues, 

» Et marche lur les vents. 

» Faut-il entendre fa parole, 

» Les Cieux croulent, la mer gémit , 

S s 1 



324 ESSAI 

» La foudre paie, l'aquilon vole, 

» La terre en filencc frémit. 

» Du feuil des portes éternelles , 

» Des légions d'efprits fidèles 

» A fa voix s'élancent dans l'air. 

» Un zèle dévorant les guide, 

» Et leur eiïbr eft plus rapide 

» Que le feu brûlant de l'éclair. 

» Il remplit du cahos les abîmes funèbres j 

» II affermit la terre & cliafTe les ténèbres; 

» Les eaux couvraient au loin les rochers Se les monts ; 

J» Mais au bruit de fa voix les ondes fe troublèrent, 

» Et foudain s'écoulèrent 

» Dans leurs gouffres profonds. 

b Les bornes qu'il leur a preferites 

» Sauront toujours les refTerrer ; 

» Son doigt a tracé les limites , 

» Où leur fureur doit expirer. 

» La mer, dans l'excès de fa rage, 

» Se roule envain fur le rivage, 

» Qu'elle épouvante de fon bruit ; 

» Un grain de fable la divife, 

» L'onde écume, le flot fe brife , 

» Reconnaît fon maître & s'enfuit , &c. » 

Si le recueil de M. de Pompignan avait beaucoup de pièces de cette 
force , quel Poëte pourrait-on lui comparer ? 

Pontalais ( Janin du ) , Chef Se Maître des Joueurs de farces Se de 
moralités qu'il compofait , & avec lefquelles il gagnait fa vie fous le 
règne de François I , ordonna par fon teftament que fon corps fût enfe- 
veli dans un cloaque où s'égoutait l'eau de la marée de Paris , près de 
l'églife de S. Euftache. Sa volonté fut exécutée , Se le trou fut couvert 
d'une pierre , avec une épitaphe. Cette pierre s'appella depuis le Ponta- 
lais , jufqu'en 1719 qu'on l'ôta pour conftruire une maifon. Alais fit cet 
atte d'humilité , pareequ'il fe repentait d'avoir donné l'idée d'impofer 
un dénier tournois fur chaque panier de marée qui arrivait aux halles. 



SUR LA MUSIQUE. 335 

Pont-de-vesle (Antoine de Ferriol, Comte de ), .fils d'un Préfident à 
mortier du Parlement de Metz , & d'Angélique de Tencin 3 fœur du Car- 
dinal , neveu de M. de Ferriol , Ambalfadeur du Roi à Conftantinople , 
Se frère de M. le Comte d'Argental , Miniitre plénipotentiaire de l'Infant 
de Parme, connu par fon amour pour les arts, Se par l'amicié de M. de 
Voltaire, naquit le i Octobre 1697. 11 fut Intendant honoraire des claflTes 
de la Marine , & Lecteur du cabinet du Roi. 

Le goût qu'il avait pour le théâtre , l'engagea à compofer plufieurî 
pièces qui ont eu du fuccès , telles que le Complaifant 3 le Fat puni Se 
le Somnambule. Cet homme aimable Se aimé de tous fes amis , languuTaic 
depuis longtems Se dépérirait chaque jour , lorfque la mort termina des 
fouffrances qu'il fupporta avec le plus grand courage. Il a fini le 3 
Septembre 1774. 

CHANSON. 

« Hélas ! qu'eft-ce donc que je fens ? 
» 1 Rêveufejanguiiïante, en fecret je fouphe. 
» La raifon, fur mon cœur, a perdu fon empire î 

» Rien ne rend le calme à mes fens. 
» Je veux , je me repens , j'efpere , je defire : 

» En proie à ces troubles naifians , 

» Je pleure, & ne fais que redire, 

» Hélas ! qu'eft-ce donc que je fens » ; 

A U T R Er 

« Si tu veux que je boive , ami-, 
» Buvons à celle que j'adore, 
» Je n'y faurait boire à demi ; 
» Verfe-moi tout plein, verfe encore; 
» Ni l'Amour , ni Bacchus n'en feront point jaloux $ 
» S'ils avaient vu celle que j'aime , 
» L'Amour y boirait comme nous , 
» Et Bacchus l'aimerait de même». < 

Ponthus de Thiard , Evêque de Châlons-fur-Saône , né à Bifiy , dans 
le diocèfe de Mâcon , l'an 1511 , mort en fon château de Bragny le 23' 
Septembre de lan 1605 , âgé de quatre-vingt-cinq ans. 



1*8 ESSAI 

Il floriflait fous les reines de Henri II , François II & Henri IÎI. On 
à de lui un livre de Vers lyriques , un recueil de Poéfies mêlées , &c. 

Il avait trop d'érudition pour un Poëte 6c pour un Evêque ; cependant 
il n'a jamais été tous les deux enfemble ; car il y avait longtems qu'il 
avait renoncé à la poéfie , quand, en ijySj Henri III le nomma à. 
l'Evêché de Châlons. Alors il ne s'occupa plus que de la théologie. 

Ses poéfies furent très bien accueillies , & Ronfard lui attribue la gloire 
d'avoir fait les premiers fonnets français. 

Autrefois la qualité de Buveur (a) était inféparable de celle de Pocte. 
M. de Thiard aurait dû fe défaire de l'une en abandonnant l'autre ) mais 
il la conferva jufqu'à la fin de fes jours. Cependant c'était moins par 
intempérance que par befoin; car- il jouiflTait d'une fanté robufte même à 
l'âge de quatre -vingt ans, quoique tous les jours avant de fe cou- 
cher , il eut coutume de boire une grande quantité de vin pour 
s'endormir. 



(<z) Horace, L. i , Ep. 19. 

Nulla placere dià, nec vivere carmina pojjunt, 
Quce fcribuntur aquœ potoribus : ut malè fanos 
Adfcripfu liber fatyris faunifque Poëtar , 
Vina ferè didces oluerunt manè Camence , 
Laudibus arguhur vini~ vinofus Homerus. 
Ennius ipfœ Pater nunquàm , nifi potus ad arma 
Projlluit dicenda. Forum putealque Livonis, 
Mandabo ficcïs , adlmam cantare fcverls. 
Hoc fimàl edixi ; non ceffavere Po'étœ 
Nociurno certare mero , putere diurno. 

« Jamais buveur d'eau ne fit des vers capables de plaire & de fe foutenir long-tems. 
» Depuis que Bacchus a ébranlé le cerveau des Poètes , & qu'il les a enrôlés avec fes 
» Faunes & fes Satyres, les mufes les plus retenues n'ont prefque plus rougi de fentir 
» le vin dès le point du jour : Homère a fait de cette liqueur des éloges qui font bien 
» voir qu'il n'en était pas ennemi, & Ennius, le père de notre poéfie, ne chantait 
» jamais les exploits des Romains qu'après que le vin avait échauffé fa veine. Le 
» Barreau eft pour les buveurs d'eau, & la Poéfie pour les ivrognes. 
' » C'eft la loi que j'ai établie moi-même ; & depuis ce tems-là , nos Poètes fe font 
» mis à boire jour & nuit à qui «lieux mieux ». 



SUR LA MUSIQUE. 327 

Pontou:: (Claude de ) , né en Bourgogne vers 1540, étudia d'abord 
en Médecine , fe retira à Dole en Franche-Comté , & fit un voyage en 
Italie , où il apprit fi bien l'Italien j qu'il compola des poéfies en cette 
langue. Il en revint en 1571, & mourut à Châlons en 1579. On pré- 
tend qu'il fit des comédies & des tragédies , mais elles font inconnues. 

CHANSON. 

» Ma petite Janneton, 

t> Me permet bien que je tare 

» Son beau col & fon menton , 

» Et veut bien que je m'ébatte : 

» Mais fîtôt que je me hâte 

» De ravit le beau bouton 

t> Qui fleurit fur fon teton , 

» Et les fraifettes jumelles, 

» Elle me dit en riant : 

» Ne touchez pas là friand , 

» C'eft le joyau des pucelles ». 

Porte-iance , né à Paris , Auteur eftimable de la tragédie d'Anti- 
pater , a fait en fociété quelques comédies & opéra-comiques qui ont eu du 
fuccès. 

Poujade( le Vicomte de la), Lieutenant Colonel du régiment de 
Fleury, Cavalerie, né vers le commencement de ce fiecle , eft mort à Agen 
en i 774 . 

Il a fait plufieurs chanfons fort agréables , & qui étaient prefque toujours 
des impromptus. 

CHANSON. 

A Madame la Duckejfe d'Orléans. 

« Vous ne devez tenir compte à perfonne 
» De fon refpeft , de fon attachement. 
» Mais fâchez gré du tourment qu'on fe donne, 
• Pour vous cacher un autre fentiment », 



32$ E S S A I 

A U T R E. 

c. • . . . • . 

i 

A une Princejfe d'une belle figure. 

« Cette figure m'importune ; 
» La Priuceffe s'en paflèrait; 
» Et la bergère qui l'aurai: , 
i» En ferait fa fortune». 

AUTRE. 

v. Votre, gorge en vain vous 6cupe , 
» Iris , vous prenez trop de foin ; 
» A, beau mentir qui vient de loin , 

» Je n'en fuis pas la dupe »» ■ - ' 

AUTRE. 3 i 

A une Dame en deuil qui avait les dents éblouijfantes & les 
■ yeux très noirs. * 

m. Que vos yeux & vos dents, Silvie , 
» Forment un joli petit deuil ! 
» Je n'ai jamais connu d'écueil 

» Plus à craindre dans ma vie ». 

Poupliniere ( Alexandre le Riche de -la)-, né vers la fin du dernier 
fiecle , & more en i y6i , Fermier général , célèbre par fon amour pour 
les arts Se pour les plaifirs , a fait plufieurs pièces qui ont été repréfentées ' 
av£c fuccès fur fon .théâtre de PafTy, Nous avons connu de lui plufieurs 
chanfons agréables , dont nous n'avons pu recueillir que celle-ci. 

CHANSON. 

« (Grands Dieux ! 
» Qu'ils font heureux 

BniSl ^ eux ■ " ' 

m Qui de leur amour banniflTent la crainte, 

» Hélas ! je n'eferais ; 

» Mais 

9 Mon amant ne l'ofera-t-il jamais ? 

»1I 



SUR LA MUSIQUE. &$ 

» Il fuit par-tout mes pas , 
» Pour me fatiguer de fa plainte. 
» Il voit mon embarras , 
» Quand je veux ine fauver de fes bras j 
» Il n'entend pas ma feinte , 
» L'ingrat ne le mérite pas ». 

Vers de Voltaire à M. de la Pouplinlere , en lui envoyant Sémlramls. 

a Mortel de l'efpece très-rare 

» Des folides & beaux efprits , 
» Je vous offre un tribut qui n'eft pas de grand prix , 
» Vous pourriez donner mieux : mais vos charmans écrits 
» Sont le feul de vos biens dont vous foyez avare ». 

Prieur (M. le ) , Officier de la chambre du Roi , a fait des pièces 
charmantes en vers &c en profe. Il eft bien fâcheux pour les arts que des 
occupations plus férieufes & plus utiles lui aient fait abandonner une 
carrière , qui lui promettait les plus grands fuccès ; mais le motif de £g$ 
travaux ne lui laiiTe rien à regretter. 

CHANSON. 
La Clochette. 

« Dès long-tems Rofe était cruelle, 

» Sourde aux fleurettes des garçons , 

» Elle n'aimait rien , difait-elle , 

» Hormis fon chien & fes moutons. 

» Et pourtant voyez l'innocence , 

» Elle avait près d'elle un agneau 

» Qu'elle flattait de préférence ; 

» C'était le mieux fait du troupeau. 

» Cent fois de fes lèvres de rolè, 
t> En un initant on le prefTait : 
» Une fleur. était-elle éclofe 
» Sur fon front , vite on la plaçait : 
» Sa moindre abfence l'inquietce. . , . 

Terne IV. T t 



53<S ESSAI 

» Aufïï (Tans tes {oins délicats, 
» Rofe lui me: une clochette, 
» Bruyant témoin de tous Tes pas. 

» Colin, amoureux de la Belle, 

» Voudrait bien fupplanter l'agneau ; 

» Un jour il le furprend , fans elle 

* Et l'emporte loin du hameau : 

» Puis il détache la clochette, 

» Qu'il agite bien doucement ; 

» Tant que l'innocente qui guette 

» Arrive oit le malin l'attend. 

» Jamais bofquet plus iolitaire 

» Ne fut fi propice à l'amour» 

» Colin confole la Bergère , 

a Puis de fes feux parle à leur tour» 

» Tout en vantant la gentillelTe 

» Du pauvre petit animal , 

» Il lui peint fî bien fa tendrefTe , 

» Qu'il prend les droits de fon rival »» 

AUTRE. 

« Amitié, ma voix t'implore , 
» L'Amour peut-il t'égaler L 
» Comme la vermeille aurore ,. 
» Tu brilles fans nous brûler. 
» Sur tes pas je m'abandonne , 
» Tu ne promets pas en vain : 
v L'aimable paix t'environne , 
u Le bonheur naît fous ta main» 

» Ainfi parlait Cléonice , 

» Elle n'avait que quinze ans : 

» Douce erreur d'une novice 

» Qui fait fes premiers fermens r 

» A l'idole qui l'enchante , 

» Un petit temple eft dreffé f 

■» Par la belle indifférente 

s Soir & raa'.in encenfé. 



SUR LA MUSIQUE. 33l 

» Mais il lui faut une image 
» Qui lui rappelle fes traits : 
» Les arts pour ce digne ouvrage 
» Seront- ils aflèz parfaits > 
» Elle court chez Praxitèle, 
» Veut un chef-d'œuvre i l'initant ! 
» Sa chimère était fi belle!,.... 
» Son bufte fera charmant. 

» L'artifte expofè i là vue 

» L'amitié , mais comme elle eft 

» Simple, mâle, retenue, 

» Sans grâces & fans aprêt. 

» L'art n'a point rendu, dit-elle , 

» Ses traits, fon air enchanteur j 

» Voulez-vous un sûr modèle , 

»> Il eft empreint dans mon cœur, 

»> Non loin , fur un lit d'albâtre 
* Repofe un aimable enfant : 
» Voilà ce que j'idolâtre," 
» Dit-elle , en .s'en emparant : 
» Eh! quoi donc, belle ingénue, 
» De l'amitié dans ce jour 
» Vous demandiez la ftatue , 
» Et vous emportez l'amour ! * 

AUTRE. 

« Jupiter un jour en" fureur 

» Avait banni l'Amour fur terre, 

» Gourmand & ne fâchant rien faire , 

» Il fe mit frère quêteur. 
» D'un perfonnage refpedtable , 
» Avec la robe il veut le ton. ... « 

» Frère Amour en capuchon 

» Ne pouvait qu'être aimable. 

» Le voilà qui , tout marmotant , 

» Se fait accès dans les familles : 

x> Efcamote le cœur des filles , 

» Et des mères prend l'argent. 

Tt i 



33* ESSAI 

» Tant il fait par fou éloquence , 
» Qu'il damne au lieu de convertir ; 
» Et fait airaer le plaifïr 
» En prêchant la pénitence. 

» Un foir il frappe à la maifon 
» De la jeune & fimple Glicère ,. 
» Qui faintement, avec fa mère, 

» S'appliquait à l'oraifon. 
» Son habit le fait introduire » 
» La petite court au tréior j 

» On donne en cor ; puis encor , 
» La talTe ne peut fuffire. 

» En échange , d'un air contrit , 
» Le frère apprend une prière , 
» Qui n'eft pas dans le bréviaire,. 

» Où chaque jour elle lit. . 
» Eh ! mais d'où vient, dit la matrone^. 
» Etre fi long-terns loin de moi? 
» Vraiment , j'accomplis la loi , 
» Ma mère , je fais l'aumône ». 

AUTRE. 

« Comme au fort d'Un été brûlane, 

■■» On voit les fleurs perdre leurs charmes,, 

w Dès que l'aurore de fes larmes- 
» N'humefte plus leur fein ardent : 
» De même en fa douleur mortelle ,. 
» Lifis penche un front languifiant ;, 
» On a banni fou. amant, 
» Peut-elle encore être belle.. 

» Mirtile l'aimait vainement, 
» Il n'avait que le don de plaire ,. 
» Faible tréfor aux yeux d'un père 
» Qui juge au poids d'un fentiment : 
» L'un de l'autre ils pleuraient l'abfence 5. 
» Les amans font communs etitr'eux , 
» Ils ont une vie à deux : 
» Leur cœur fait leur exiltence. 






SUR LA MUSIQUE. ;tf 

» Le mal dont Lifis va périr, 
» Eft un myftere qu'on ignore : 
» Son père au temple d'Epidaure 
» Veut la mener pour la guérir : 
» Elle en fênt une peine extrême : 
» Rarement un cœur amoureux 

» D'encens fatigue les Dieux : 

» Il ne croit qu'à ce qu'il aime. 

» On arrive , un affreux ferpent 

» Eft le Dieu que l'on y révère j > 

» Mais aux marches du fanctuaire ,. 

» Pour Prêtre , elle vait fon Amant : 

» A fes genoux l'impénitente 

» Tombe , en demandant guérifon» 

» L'Amour di£lait l'oiaifon , 

» Elle était bien éloquente. 

» Le père à peine en croit fes yeux : 

» Comme, dit-elle, dans la vie, 

» On a plus d'une maladie, 

» Il faut favoir borner fes vœux. 

» Pour les maux qui peuvent naître," 

» Du Dieu réfervons-nous l'appui 4 

» Pour me guérir aujourd'hui, 

» Je n'ai befoin que du Prêtre ». 

Nous croyons qu'on fait difficilement de meilleurs vers que les fuivans. 

Vers à Poccafîon d'une des dernières Tragédies de Voltaire* 

« De l'Homère Français refpe&ons les vieux ans 
» Auffi fier , auflî grand au bout de fa carrière , 
» Il fait entendre encor ces fublimes accens , 

» Qui tant de fois charmaient l'Europe entière, 
» Fils des Arts , ainfï qu'eux il triomphe du tems. 
» Dévoré de chagrins , environné d'alarmes , 

s De la publique joie un critique attrifté , ... . 

» Vainement dans mes jeux voudrait tarir les larmes : 
» Par un charme plus fort mon cœur eft emporté ; 
» Ces larmes font pour lui des larmes criminelles : 
» Mes yeux pour le confondre , en verlènc des nouvelles» 



354 ESSAI 

» On admire en tout teins Faftre brillant des Cieui : 

» On le bénit à fon aurore ; 
» Au milieu de fon cours , il marche égal aux Dîeirx ; 
» A fon coucher , il nous étonne encore , 
» Et fon dernier rayon nous fait briller les yeux ». 

A une 'Demoifelle qui avait propofé le bonheur d'être libre pour 

' fujet d'une pièce. 

« L'un s'attache à la gloire, & l'autre feït les Rois; 

» Chacun a fon Dieu qu'il cncenfe : 
» Il eft doux d'être libre & de vivre à fon choix, 
» Le Courtifan le dit , & le fage le penle. 

» Quand on vous voit, on n'a point à choifir; 

» On eft honteux de fon indépendance : 
» L'honneur eft dans les fers , la gloire eft de fervir. 
» Eh ! comment conferver un parfait équilibre 

» Entre la raifon & l'amour i 
» Si le Ciel eut voulu que l'homme reftât libre , 
» Il fe fût bien gardé de vous donner le jour ». 

Qu étant a fait plufieurs opéra-comiques qui ont réuni , fur-tout le 
Maréchal ôc le Serrurier. 

Quinault ( Philippe ) , né à Paris , en 1635 , fut d'abotd domeftique 
de Triftan l'Hermite , qui lui apprit à faire des vers. Il commença par 
quelques ttagédies qui eurent beaucoup de fuccès , ôc font oubliées» 
aujoutd'hui. Sa comédie de la Mère coquette a conferve celui dont elle 
jouit dès fon origine. 

C'eft lors de l'époque de cette pièce qu'il époufa la veuve d'un Mar- 
chand , qui lui ayant donné 300,000 livres , le mit en état d'acheter une 
charge d'Auditeur des Comptes en lèjj. Il avait été reçu de l'Académie 
Françaife l'année précédente , Se avait renoncé au théâtre de la Comédie 
pour fe livrer entièrement à celui de l'Opéra. 11 y travailla constamment 
depuis l'année 1671 jufqu'à l'année i6$6 , Se mourut à Paris le 2S 
Novembre 1688 , âgé de cinquante-trois ans. Il eft inhumé à S. Louis dans 
l'île. 

Il donna à l'Opéra 3 en 1671 , les Fêtes de l'Amour & de Bacchus , 



SUR LA MUSIQUE. n f 

paftorale » dont la mufique eft de Lully ; en 1674 , Cadmus , du même : 
Akefic , du même ; en 1675 , Théfée , du même ; en i6j6 , Atys 3 du 
même ; en 1677 , IJis , du même ; en i<î8o , Proferpine , du même; en 
1681 , /e Triomphe de l'Amour, du même; en 16S2, Perfée , du même; 
en 1683 , Phaéton, du même; en 1684 , Amadis , du même ; en 1685 , 
Roland , l'Idylle de Fer/ailles , /<? Temple de la Paix , du même ; en 
1686 , Armide , du même. 

C H A N S ON. 

« Enfin la charmante Lifctte , 
» Senfible à mon cruel tourment , 
» A bien voulu , deflus l'herbette , 
» M'accorder un heureux moment. 
» PrefTé d'une charge fi belle, 
» Tendre gazon, relevez- vous ; 
» Il ne faut qu'une bagatelle 
» Pour alarmer mille jaloux ». 

Vers à Louis XIV. 

«c Ce n'eft point l'opéra que je fais pour le Roi 

» Qui m'empêche d'être tranquille ; 
9» Tout ce qu'on fait pour lui paraît toujours facile. 

a* La grande peine où je me voi, 

» C'eft d'avoir cinq filles chez moi , 

33 Dont la moins âgée eft nubile. 
>» Je dois les établir} je voudrais le pouvoir; 
m Mais à fuivre Apollon on ne s'enrichit gueres , 
» C'eft avec peu de bien un terrible devoir , . 

a» De fe fentir prefie d'être cinq fois beaupere.. 

m Quoi 1 cinq aftes devant Notaire , 

a> Pour cinq filles qu'il faut pourvoir i 

o> O Ciel ! peut-on jamais avoir 

=> Opéra plus fâcheux à faire » ! 

Nous, n'avons pas ofé rifquer notre jugement fur les poemes tant 
vantés , & depuis fi longtems , de l'immortel Quinault , & critiqués fi 
amèrement depuis quelques années. Nous croyons faire plaifir à nos 



53<* E S S A I 

Lecteurs de mettre fous leurs yeux une differtation fur les ouvrages de- 
cet aimable Poète , que M. Marmontel a bien voulu nous confier , avec 
la permiffion d'en faire ufage. Qui mieux que lui peut connaître fes beautés 
ôc fes défauts ? 

« Quinaulc , en créant l'Opéra Français , a conçu la plus belle idée que 
le génie poétique ait produite, depuis l'invention de l'épopée & de la 
tragédie ; & cette idée , il l'a remplie avec une fupériorité de talent dont 
on n'a jamais approché depuis ». 

« Son deffein a été de former un fpectacle de tous les prodiges des 
arts ; de réunir fur la même fcène tout ce qui peut intérefler lame , l'ima- 
gination & les fens, & ce rhéâtre de l'illufion que M. de Voltaire a fi bien 
décrit ». 

« Où les beaux vers , la Danfe , la Mufique , 

» L'art de tromper les yeux par les couleurs , 

» L'art le plus heureux de féduire les cœurs, 

»> De cent plaifirs font un plaiiir unique ». 

« 11 fallait pour cela d'abord un genre de tragédie afTez touchant pour 
émouvoir , mais non pas allez auftere pour fe refufer aux preftiges des 
arts qui devaient l'embellir ». 

« La tragédie hiftorique , dans fa (implicite majeftueufe & fombre 3 
ne pouvait être , avec vraifemblance , ni chantée j ni mêlée de fêtes 8c 
de danfes , ni fufceptible de cette variété , de cette magnificence de 
fpectade & de décoration, où l'art du Peintre &c celui du Maehinifte 
devaient produire leurs enchantemens ». 

En Italie , où la tragédie n'a point de théâtre qui lui foit propre ," 
un peuple paifionné pour la mufique a pu s'accorder à entendre Régulus , 
Thémiftocle , Alexandre , Caton lui-même , parler fur la fcène en chan- 
tant; mais un peuple, dont le goût devait être bien plus févere & plus 
délicat fur les vraifemblances j parcequ'il avait pour école & pour objet 
de comparaifon le théâtre des Corneille & des Racine , aurait difficile- 
ment confenti à fubJHtuer dans la tragédie la déclamation de Lully à celle 
de Baron- Le chant , comme on l'a déjà dit , eft un accent fabuleux ou 
magique ; & fur un théâtre où tout eft prodige , «< il paraît rout fimple 
» que la façon de s'exprimer ait fon charme comme tout le refte. On eft 

» dans 



SUR LA MUSIQUE. 337 

r> dans un monde nouveau : c'eft la nature dans l'enchantement , & vifi- 
» blement animée par une foule d'intelligences , dont les volontés font fes 
» loix. La mufique y fait le charme du merveilleux : le merveilleux y 
» fait la vraifemblance de la mufique ; mais dans un fpectacle où tout 
» fe pafle comme dans la nature & félon la vérité de l'hiftoire , par 
u> quoi ferions-nous préparés à entendre Augufte , Cornelie , Agrippine 
» ou Brutus parler en chantant ? » 

« Mais quand la tragédie , dénuée de merveilleux , aurait pu pafler fur 
le théâtre lyrique , elle n'y aurait eu ni la magnificence , ni la variété 
que l'inventeur de l'Opéra voulair donner à fon fpedacle ; & en perdant 
l'avantage précieux de la vérité la plus touchante &c la plus énergique 
dans la déclamation théâtrale , elle n'eût prefque rien acquis du. côté de 
l'illufîon ». 

<■<■ La tragédie , dans fon auftérité j eft naturellement trifte & fonibre : 
les deux fentimens qu'elle excite , font la terreur & la pitié. Le progrès 
de l'action confine à rendre ces deux intérêts plus forts & plus prelfans , 
de fcène en fcène & d'a&e en a£te ; les momens de relâche que peuvent 
occuper l'efpérance , la joie , les pallions heureufes y font rares & fugitifs : 
il n'y a prefque jamais de calme , & par conféqnent il y a peu d'efpace 
pour les fêtes , & peu de moyens d'y varier les caractères de la mufique , 
de les oppofer l'un à l'autre , & de rirer de leur contrafte cet éclat Sz 
ce nouveau charme qu'ils fe prêtent mutuellement ». 

« Quinault vit donc bien qu'il devait préférer la tragédie fabuleufe à 
la tragédie hiftorique j & de cette idée fimple & féconde a réfulté un 
fpedtacle , dans lequel tout eft menfonge , mais dans lequel tout eft 
d'accord ». 

« La fable embralfe deux fyftêmes , la Mythologie & la Magie - y 8c de 
ces deux fources Quinault a tout tiré ? La Mythologie lui a donné Cadmus , 
Alcefle , Ifis y Atys , Perfée j Proferpine , Théfée lk Phaéton j la Magie 
lui a donné Amadis , Armïde Se Roland j & d'un côté la puiiïance des 
Dieux , de l'autre celle des Enchanteurs l'on rendu maître de la nature 
enriere. De-là cette multitude de prodiges dont il a rempli fon théâtre 
avec une vraifemblance poétique qui fuffit à l'illuïion ; car il en eft des 
convenances théâtrales comme de l'harmonie des couleurs dans un tableau : 
on peut en élever le ton auflî haut que l'on veut j pourvu qu'il y régne 
Tome IF. V v 



3*Ç E S S A 1 

un bel accord , Iml croira y voir la nature. Telle eft la vérité relative que 
l'inventeur de l'Opéra Français a fu donner à fon fpectacle , & qui 
manque eflenciellement à l'Opéra Italien ». 

« Mais à cette vérité qui réfulte de 1 enfemble de fon fyftême , & de 
la belle entente de fes compatirions , devait fe joindre celle des mœurs 
& du langage ; Se il n'appartenait qu'à un homme de génie de s'élever , 
comme a fait Quinault , à la hauteur de fes fujets ». 

« La Fontaine fembîe avoir vécu parmi les animaux qu'il a fait parler ; ; 
Corneille parmi les Romains , du tems de Tullus & d'Augufte ; Racine 
à la cour de Néron ou dans le Temple de Jérufalem; Quinault 3 parmi 
les Enchanteurs Se les Dieux mêmes qu'il a mis fur la fcène. Or cette 
façon de fe pénétrer des caractères que l'on doit rendre y Se de fe trans- 
former foi-même , eft éminemment le génie poétique ; Se Quinault , dans 
le genre le plus inacceffible aux études Se à l'imitation du Poè'te , la 
pofledé au plus haut degré ». 

« Qu'on fe rappelle le langage KAnabone. , de Méde'e Se à 'Armi.de > 
celui de la Gorgone dans l'opéra de Perfée ,, celui de Ce'rès Se àePluion. 
dans l'opéra de Proferpine , celui du Soleil dans Phaéton \ Se qu'on juge 
k ce font là , comme l'a dit Boileau , des lieux communs de morale lubrique »* 

Les Dieux de Quinault parlent d'amour - y mais de quel ton ? 

Jupiter à la Nymphe To. 

« La foudre eft dans mes mains, les Dieux me fon: là cour,. 
» Je tiens tout l'Univers fous mon obéiflance ;, 

» Mais fi je prétends en ce jour 
» Engager votre cœur à m'aimer à fon tour y 

» Je fonde moins mon efoérance 

» Sur la grandeur de ma puifTauce ,, 

» Que fur l'excès de mon amour »* 

PI ut on à Proferpine. 

* Je fuis Roi des Enfers, Neptune eft Roi de l'Onde ? 

» Nous regardons avec des yeux jaloux 
» Jupiter plus heureux que nous : 

• Son feeptre eft le premier des UGis feeptres du monde 5. 



SUR LA MUSIQUE, 359 

» Mais fi de votre coeur j'étais victorieux, 

» Je ferais plus content d'adorer vos beaux yeux , 

» Au milieu des Enfers , dans une paix profonde , 

« Que Jupiter , le plus heureux des Dieux , 
» N'eft coûtent d'être Roi de la Terre & des Cieux ». 

Les Magiciennes de Quinault ne confervent pas moins leur caractère j 
ôc rien de moins doucereux que ces vers. 

Me'dee. 

« Mon frère & mes deux fils ont été les vi&imes 

» De mon implacable fureur , 

» J'ai rempli l'univers d'horreur; 
» Mais le cruel amour a fait feul cous mes crimes. 

» Peut-être que mon cœur cherche un malheur nouveau. 
» Mon dépit , tu le fais , dédaigne de fe plaindre; 

» Il elt difficile à calmer; 

» S'il venait à fe rallumer , 

» Il faudrait du fang pour l'éteindre. 

» Que puis-je hélas ; parlons fans feindre. 
» Les Enfers, quand je veux, font contraints de s'armer, 
» Mais on ne force point un cœur à s'enflâmer : 
» Mes charmes les plus forts ne fauraient l'y contraindre. 
» Ah 1 je n'en ai que trop pour forcer à me craindre , 
» Et trop peu pour me faire aimer ». 

« Quinault , avec autant de correction dans le flyle , que ceux de nos 
Poètes qui en ont le plus , a une facilité , une fouplelfe , un naturel qui 
lui font propres s Se une harmonie qu'on n'a point égalée ., quoiqu'on ait 
travaillé fans ceffe à l'imiter. Son langage eft communément moins figuré , 
moins élevé que celui de Racine ; mais il a le degré de coloris 3c de 
force qui lui convient ; 8c j'ofe dire que s'il était plus poétique , il le ferait 
rrop pour l'expreffion muficale , qui exige le tour le plus naturel , 8c qui 
préfère le mot fenfible au mot plus fort ou plus brillant. Qui jamais , par 
exemple , a defîré plus de poéfïes dans ces plaintes d'un amant fur l'infi- 
délité de fa maîtrefiè ? » 

Vvz 



^40 E S o A. I 

« Vous juriez autrefois que cette onde rebelle 
>» Se ferait vers fa fource une route nouvelle ,. 
» Plutôt qu'on ne verrait votre cœur dégagé. 
» Voyez couler ces flots dans cette vafte plaine; 
» C'eft le même penchant qui toujours les entraîne, 
» Leur cours ne change point , & vous avez changé, 

» Le mal de mes rivaux n'égale point ma peine; 

» La douce Million d'une efpérance vaine 

» Ne les fait point tomber du faîte du bonheur ; 

» Aucun d'eux, comme mof, n'a perdu votre coeur j, 

» Comme eux à votre humeur févere , 

» Je ne fuis point accoutumé, 

» Quel tourment de cefTer de plaire, 
» Lorfqu'on a fait l'effai du plaifir d'être aimé».!' 

On a reproché au ftyle de Quinault la molejfe y tk la molette eft ère 
effet le cara&ere de foa ftyle. Mais fa molejfe eft le contraire de la dureté » 
& non pas de la force. Rien de plus doux à l'oreille que ces vers : 

» Achevé ma vengeance Atys, connais ton crime, 
» Et reprens ta raifon, pour fentir ton malheur. 

» O Dieux ! injuries Dieux ! que n'êtes-vous mortels ? 
» Faut-il que pour vous feuls vous gardiez la vengeance? 

» Sortez, ombres, fbnez de la' nuit éternelle, 
» Voyez le jour pour le troubler. 

» Goûtons l'unique bien des cœur? infortunés }. 
» Ne foyons pas feuls miférahles »». 

« Mais je demande s'il y a rien de plus énergique dans notre î'angae.' 
Je demande iî Racine lui-même eut mieux peint les fureurs A' Atys , la 
douleur de Céres , le défefpoir A'Jrmide , le dépit de Médufe fur la perte 
de fa beauté? Par-tout où le fujet exige des touches fortes & de grands 
traits , le ftyle de Quinault s'élève au plus haut degré de noblelfe, d'énergie 
ou de véhémence x félon le caraétere de la penfée , de l'image ou dufentv 
ment. Quoi de plus poétique Se de plus fublime. que ces defcriptions de 



SUR LA MUSIQUE. 3 *t 

la défaite des Titans, & du tremblement de l'Etna § dans l'opéra de? 
Proferpine ? » 

a Les fuperbes Géans armés contre les Dieux , 

» Ne nous donnent plus d'épouvante. 
» Us font enfevelis fous la maffe pefante 
» Des monts qu'ils entaffaient pour attaquer les deux. 
» Nous avons vu tomber leur chef audacieux 

» Sous une montagne brûlante. 
» Jupiter l'a contraint de vomir à nos yeux 
» Les reftes enflâmes de fa rage mourante. 

» Jupiter eft victorieux : 
» Et tout cède à l'effort de fa main foudroyante »«■ 

P T. V T O N» 

* Les efforts d'un géant qu'on croyait accablé ,. 
» Ont fait encor frémir le ciel , la terre & l'onde j. 
» Mon empire s'en eft troublé; 
» Jufqu'au centre du monde , 
» Mon trône en a tremblé. 
» L'affreux Typhon , avec fa vaine rage , 
» Trébuche enfin dans des gouffres fans fonds ,. 
» L'éclat du jour ne s'ouvre aucun paffage 
» Pour pénétrer les royaumes profonds 
» Qui me font échus en partage. 
» Le Ciel ne craindra plus que fes fiers ennemis 
» Se relèvent jamais de leur chute mortelle ; 
» Et du monde ébranlé, par leur fureur rebelle, 
» Les ibndemens font raffermis », 

Quoi de plus iïmple & de plus noble que le langage d'Hercule av* 
dénouement de TAkefte ? 

« Non , non , vous ne devez pas croire 
» Qu'un vainqueur des tyrans foit tyran à fon tour, 
» Sur l'enfer , fur la mort , j'emporte la victoire ; 

» Il ne manque plus à ma gloire 

» Que de triompher de l'Amour ». 

Et je ne cite pas ici des morceaux choilîs avec foin : toute la partie 
eflentielle des opéra de Quinault eft écrite à peu-près de même ; les plu$. 



542 ESSAI 

faibles de ces poèmes ont des beautés du premier ordre ; il en a répandu 
jufques dans fes prologues , Se jamais la louange n'a pris un ton plus élevé. 
C'eft même là ce qui lui a fait de fi dangereux ennemis. Il exprimait à fa 
manière l'enthoufiafme que Louis XIV avait infpiré à fou fiecle j & Louis 
XIV était flatté de fe voir retracer fa gloire dans de magnifiques, tableaux. 
Ce fuccès du Poe're fit apparemment quelqu'ombrage à d'autres Poètes 
courtifans ; Se de-là cette haine injufte 6c ce mépris plus injufte encore que 
les arbitres de l'opinion littéraire firent éclatet contre lui. Comme le talent 
de Quinault n'était pas le leur , ils le déprimèrent fans cefle. Ils ne 
voyaient que des amourettes dans Tkéfe'e , dans Atys , dans Armide \ ils 
appellaient doucereux les beaux vers que l'on vient de lire. Ils attribuaient 
les fuccès du Poète à fon Muficien ; ils firent fi bien , que de fon vivant 
Quinault fut privé de fa gloire , Se qu'elle ne lui a été rendue que ttès 
longtems après fa mort , non audituro cineri. » 

On lit dans un fragment de Defpréaux , que Mad. de Monte/pan & 
Mad. de Thiange fa fœur , laffées des opéra de M. Quinault , propoferent 
au Roi d'en faire faire un par M. Racine. Defpréaux ajoute que Racine 
prit pour fujet la chute de Phaéton ; qu'il exigea de lui d'en compofer 
le prologue. Se que ce miférable travail, auquel ils étaient occupés, fut 
heureufement interrompu par pitié pour Quinault qui , les larmes aux 
yeux , repréfenta au Roi l'affront qu'il allait recevoir. Defpréaux donne 
après ce récit les premières fcènes de fon prologue ; Se il n'y avait pas de 
quoi humilier Quinault ». 

« Nul homme n'a tous les talens. Celui de Defpréaux aurait dû le 
rendre inacceflible à l'envie , & aflez jufte pour ne pas s'aveugler fur le 
mérite d'autrui ». 

« Il faut avouer cependant que dans ces poëmes admirables à tant 
d'égards , Quinault n'a pas laifle de donner prife à la critique \ mais par 
un bonheur fingulier tous les défauts en font accidentels , Se toutes les 
beautés inhérentes , enforte que fi on en retranche la partie faible Se défec- 
tueufe , le poe'me refte entier , Se n'offre plus que des beautés pures ». 

« Les défauts dont je parle, font des intrigues fubalternes , comiques 
ou galantes , qui coupent l'action principale , Se refroidiflent l'intérêt. Tel 
eft dans Théfée l'épifode à'Arcas j tel eft dans Proferpine l'épifode à'Alphée j 
tel efl celui des Chevaliers dans le quatrième acte d'Armide. Qu'on les 



SUR LA MUSIQUE. 343 

fupprime , on ne fait que rendre l'action plus vive & plus rapide , &c 
l'opéra conferve une jufte longueur ». 

« Une autre partie négligée eft celle des divertiiTemens. C'eft là que , 
dans des canevas , où le Poète était aflervi au caprice du Muficien , il a 
rimé fur des airs de danfe ces lieux communs de galanterie que Defpréaux 
lui a reprochés , comme fi c'eût été la partie eflentielle èc dominante de 
fes poèmes , randis qu'un trait de plume peut les en détacher ». 

« La première caufe de ces défauts a été la néceffité prétendue de 
fournir cinq actes avec une action , qui , le plus fouvent , n'en demande 
que trois ; & de-là une contrainte auffi nuifible à l'intérêt du fpectacle 
qu'elle eft pénible : je veux dire , la néceffité d'interrompre quatre fois 
l'action par des fêtes qui j trop fréquentes pour être toutes amenées avec 
la même vraifemblance , ne font que de froides longueurs. Le remède à 
ce mal eft donc de réduire à trois actes l'action fimple , inréreflante ôi 
noble , où le Pocte a déployé fes forces & n'a prefque rien négligé ». 

« Lully voulait fe fauver lui-même <le la monotonie \ il demandait 
beaucoup de fêtes Se des épifodes d'un caractère qui fît variété avec 
celui de l'action. Quinault cédait par complaifance. On a trouvé depuis 
des moyens plus heureux d'animer & de varier les caractères de la. 
mufique ». ' 

« Le malheur de l'Opéra Français a été , je l'ai déjà dit , qu'un Pocte 
» doué d'une imagination fi belle j d'un coloris fi pur & fi brillant, d'un 
o ftyle fi mélodieux, fi élégant } fi naturel , & quand il le fallait, fi élevé , 
» fi énergique , toujours au ton de fon fujet , & à la hauteur même du 
» merveilleux qu'il a introduit dans fes fables j que ce Poète 3 dis-je-, 
n n'ait pas eu , dans fon tems , des Muficiens dignes de lui. Ce n'eft pas 
» que Lully ne fût alors ce qu'il pouvait être avec du génie & du goût j 
» mais fon art était dans l'enfance, tandis que celui de fon Poète avaic 
s acquis toute fa force & toute fa maturité ». 

Les partifans de l'Opéra Italien , c'eft-à-dire , de la tragédie hiftorique 
chantée , ne fe font pas attachés aux défauts accidentels des poèmes de 
Quinault : ils en ont attaqué le genre. 

Ne ferait-ce pas , ont-ils demandé 3 une entreprife contraire au bon 

fens j que de vouloir rendre le merveilleux fufceptible de la repréfentation 

théâtrale ? Ce qui , dans l'imagination du Poète & de fes Lecteurs , était: 



344 



ESSAI 



noble & grand , rendu alnjl v'ifible aux yeux , ne deviendra-t-il point puérile 
& mefq 



uin 



? 



Voici ce qu'on a répondu : « Ce qui n'eft pas devenu puérile & mef- 
n quin fous le pinceau du Titien 8c de XAlbane , fous le cifeau de Pra- 
» xitele 8c de Phidias , quoique rendu vifible aux yeux , peut ne pas être 
•> puérile & mefquin ûir la fcène. Les Peintres & les Statuaires n'ont 
» fait des divinités d'Homère que de beaux hommes & de belles femmes ; 
» 8c peut-être ferait-il contraire au bon fens d'être plus difficile fur le 
» merveilleux théâtral ». 

Des Dieux de tradition , infirmaient les critiques , pourraient-ils émou- 
voir un peuple , & l'intéreffer comme les objets de fon culte & de fa croyance} 

« Il n'eft pas befoin , leur a-r-on dit , de croire au merveilleux , pour 
« qu'il nous fafle illufion. Dans la poéfie dramatique , comme dans l'épo- 
» pée , l'illufion n'eft jamais comple.tte ; elle n'exige donc pas une croyance 
» férieufe , mais une adhéfion qui lui eft offerte, 8c on l'obtient, cette 
» adhéfion , à tous les fpe&acles du monde ». 

Eft-il permis , demandaient-ils encore , de perfonifier tous les êtres que 
l'imagination des Poètes a enfantés j un génie aérien , un jeu , un ris , un 
plaifir y une heure , une conjlellation , 8cc ». 

« Pourquoi non , fi la poéfie leur a donné une exiftence 8c une forme 
» idéale j fi la peinture l'a fécondée 3 8c fi nos yeux, par elle, y font 
« : accoutumés ? La fable 8c la féerie une fois reçus, tout le fyftême en 
j> exifte dans notre imagination. Dès qu Armide paraît , on s'attend à voir 
n des génies j dès que Vénus ou X Amour s'annonce , on ferait furpris de 
jj ne pas voir les grâces , les jeux j les plaifirs. Le Guide a peint les 
». Heures entourant le char de X Aurore. : il en a fait un tableau divin. 
» Pourquoi ce qui nous charme dans le tableau du Guide , choquerait-il 
» le bon fens & le goût fur le théâtre du merveilleux ? » 

Le merveilleux n'aurait-il pas banni tout intérêt de la fcène lyrique ? Un 
Dieu peut étonner : il peut paraître grand & redoutable , mais peut-il inté- 
fejfer ? Comment s'y prendra-t-il pour nous toucher ? 

" Il ne vous touchera point ; mais les malheurs, dont il fera la caufe, 
» vous toucheront , & c'eft aflëz. Lorfqu'Ifis eft pourfuivie par la colère 
» de Junon , penfez-vous que ce foit Junon qu'on veuille rendre inté- 
p refTaute ? Dans la tragédie de Phèdre , eft-ce Vénus qui nous touche ? 

» Eft-ce 



'SUR LA MUSIQUE. 54J 

f» Eft-ce Apollon ou les Euménides j dans la tragédie d'Orefte ? Eft-ce 
•> Diane dans l'Iphigénie en Aulide ? Serait-ce Jupiter qui nous touche- 
» rait dans l'opéra de Didon ? Avons-nous befoin de nous intérefler à 
» Cybele , pour être émus & attendris fur le malheur d'Atys ? » 

Mais fuppofé que la colère d'un Dieu ou fa bienveillance, influe fur le fort 
d'un héros , quelle part pourrions-nous prendre à une action , où rien ne fe 
paffe en conféquence delà nature & de la nécejfité des'ckofes ? 

« Vous ne prenez donc aucune part au malheur de Phèdre , brûlant 
» d'un amour imceftueux & adultère , parcequ'on le dit allumé par la 
» colère de Vénus ? Aucune part au malheur d'Orefte , parcequ'un ordre 
» exprès des Dieux l'a condamné au parricide ? Aucune part à la fuite 
» d'Enée , & au défefpoir de Didon , parceque telle a été la volonté de 
»' Jupiter ? » 

« Tout ce que vous direz d'un opéra , je le dirai de ces tragédies. Et 
jj qu'importe que le relTort , le mobile de l'action foit naturel ou merveil- 
» leux? 11 eft merveilleux dans prefque toutes les tragédies grecques j âc 
jj l'action n'en ëft pas moins une, moins régulière ni "moins complette j elle 
» n'en eft même que plus fimple & plus étroitement réduite à l'unité ». 

On nous a encore oppofé l'exemple des Italiens. Mais à leur égard « la 
» vérité fimple eft que les premiers eflais du fpe&acle lyrique furent faits 
33 aux dépens des Ducs de Florence , de Mantoue &: de Ferrare; que leur 
j3 magnificence n'y épargna rien ; qu'alors le merveilleux , qui exige de 
33 grands frais j pût paraître fur leur théâtre ; & que dans la fuite , les 
33 villes d'Italie, obligées de faire elles-mêmes les dépenfes de leur fpec- 
33 tacle , allèrent à l'épargne , & donnèrent par économie la préférence à 
33 la tragédie dénuée de merveilleux. Or il eft arrivé qu'au lieu de l'em- 
33 bellir , ils ont gâté la tragédie , non-feulement par les facrifîces que 
33 leurs Poètes ont été obligés de faire à leurs Munciens , mais parcequ'il 
» eft impoiîîble à la mufîque de compenfer le tort qu'elle fait à la vérité , 
n à la rapidité, à la chaleur de l'expreflîon 33. 

« Si Quinault n'avait voulu produire fur fon théâtre que l'effet de la 
33 tragédie , il aurait tâché d'imiter Racine , d'approfondir le cœur humain » 
» de donner plus de véhémence & plus d'énergie à fon ftyle , plus de 
33 force à fes caractères , plus de chaleur à fon action ; & fans employer, 
33 ni le charme du chant, ni le preftige du merveilleux, il- aurait fait 
Tome IV. X x 



34^ E S S A î 

» frémir, il aurait fait verfer des larmes ; mais fon projet fut de réunie 
55 dans un feul fpectacle tous les plaifirs des yeux Se des oreilles , Se d'eu 
55 faire un enchantement. 11 fallait pour cela donner à fon action , non- 
55 feulement la couleur fombre de la tragédie , mais toutes les couleurs Se 
>j toutes les nuances du fentiment qui plaît à l'ame j Se qui eft fufceptible 
» du chant 55. 

C'eft à préfent , fur-tout , qu'on doit fentir l'avantage de fon fyftëme , 
Se combien cette variété infinie de couleurs , dont fes fables font fufeep- 
tibles , eft plus favorable au génie de la Mufique moderne ., que la tra- 
gédie févérement réduite à la vérité hiftorique , Se dénuée de mer- 
veilleux. 

Metaftafe , avec tout fon talent , a quelquefois bien de la peine à faire 
naître de fon aétion cette variété de fentimens 6c d'images que demande, 
la mélodie , pour animer le chant j Se cette difficulté vient de la nature 
de Ces fujets , qui font tous d'un tragique auftere. Il a fouvent recours à. 
des comparaifons d'autant moins naturelles, qu'elles font plusingcnieufes j 
Se ce qu'on appelle fes airs , font prefque tous de petits épilogues qu'il 
attache à la fin des fcènes , & qui annoncent la fortie du perfonnage qui 
va chanter. Avec le genre de Quinault il eût été plus à fon aife : tout y 
favorife le chant : tout y eft fentiment ou image , & pour fe former une 
idée de la variété de couleurs , dont ce beau genre eft fufceptible , il fuffit- 
d'entendre ce qu'un Compoliteur très célèbre a dit du poé'me àJAtys. Ce 
pob'me relîemble à un jour d'été : le matin en eft calme ôc ferein , le. 
midi brûlant , Se le foir orageux. 

Racan ( Honorât du Bueil , Marquis de ) , né en 15853 , à la Roehe- 
Racan en Tourainc , fils d'un Chevalier des ordres du Roi, fut l'ami, 
l'élevé & l'émule de Malherbe. 11 fut d'abord Pa?e d'Henri IV , Se fut 
'fort aimé de fon maître. Il mourut pauvre en Février 1670, quoiqu'il 
eut hérité de vingt mille livres de rente de fa coufiue Madame de 
Eellegarde. 

Boileau en parle ainiî dans le premier chant de fon Art poétique. 

a Malherbe d'un héros peut vanter les exploits , 
» Racîtfi chanter Philis , les bergers & les bois ». 



SUR LA MUSIQUE. 



■347 



CHANSON 

A 'la Reir.e mère. 

« Paiiïèz, chères-Brebis, jouiiïez de la joie 
» Que le ciel 'vous envoie: 

» A la fin fa clémence a pitié de nos pleurs : 

s> Allez dans la campagne, allez dans la piairie, 
» N'épargnez point les fleurs , 

» Il en revient aflez fous les pas de Marie. 

» Nous ne reverrons plus nos campagnes défertes ; 

» Au lieu d'épis couvertes, 
» De tant de bataillons l'un à l'autre oppofés : 
» L'innocence & la paix régneront fur la terre , 

m Et les Dieux appaifés, 
» Oublieront pour jamais l'ufage du tonnerre. 

» La Nymphe de la Seine inceiïamment révers 

v Cette grande Bergère 
» Qui chaffe de fes bords tout fujet de fouci , 
» Et ponr jouir long-tems de l'heureufe fortune 

» Que l'on pofTede ici , 
» Porte plus lentement fon tribut à Neptune. 

» Paiiïèz donc, mes Brebis, prenez part aux délices 
» Dont les deftins propices, 

» Par un fi beau remède ont guéri nos douleurs ; 

v Allez dans la campagne, allez dans la prairie, 
» N'épargnez point les fleurs , 

v\ Il en revient aiïez fous les pas de Marie ». 

AUTRE 

A Mainard. 



« Pourquoi te donner tant de peine , 
» Buvons plutôt à longue haleine 
» De ce nectar délicieux , 
» Qui pour l'excellence précède 
» Celui même cjuê Ganymedé 
» Verfe dans la coupe des Dienr, 



Xx i 



3*8 ESSAI 

» C'eft lui qui fait que les années 

» Nous durent moins que des journées : 

» C'eft lui qui nous fait rajeunir , 

» Ec qui bannit de nos penfées 

» Le regret des c'aofes paflees 

» Et la crainte de l'avenir. 

» Buvons, Mainard , à pleine tafTe , 

» L'âge infenfiblement fe paiïe , 

v Et nous mené i nos derniers jours , 

» L'on a beau faire des prières , 

w. Les ans , non plus que les rivières , 

» Jamais ne rebrouffent leurs cours. 

■>■> Le printems vêtu de verdure 
» CliafTera bientôt la froidure , 
» La nier a (on nus & reflus ; 
» Mais depuis que notre jeunefTe 
» Quitte la place à la vieilleffe , 
» Le tems ne la ramené plus, 

» Les Ioix de la mort font fatales ^ 

» Audi bien aux maifons royales 

» Qu'aux taudis couverts de rofeaux. 

» Tous nos jours font fujets aux Parques j. 

» Ceux des bergers & des monarques 

» Sont coupés des mêmes cifeaux» 

» Leurs rigueurs , par qui tout s'efface,, 

» RavifTent. en bien peu d'efpace 

a> Ce qu'on a de mieux établi , 

» Et bientôt nous mèneront boire 

» Au-delà de la rive noire 

» Dans les eaux du fleuve d'oubli »* 

Racine (Jean) , né à la Ferté-Milon le 21 Décembre 1^39 , fut élevé 
à Porc-Royal, & portait encore l'habit eccléfiaftique , quand il fit Théagene, 
fa première tragédie, qui n'a point été imprimée, & les Frères Ennemis ,. 
dont Molière lui donna le fujet. Il eft intitulé: Prieur de l'Epinai, dans 
le privilège de ï Aodromaque , qui parut en 16^7. Louis XIV le combla 



SUR LA MUSIQUE. 349 

de bontés, lui donna une charge de Gentilhomme ordinaire, le créa 
en 1677, ainfi que Boileau, Hiftoriographe de France, le nomma quel- 
quefois des voyages de Marly , & le rit coucher dans fa chambre , dans 
une de fes maladies. 

Une Ode intitulée: la Nymphe de la Seine, qu'il compofa en 1660, à 
l'occafion du mariage du Roi, le fit connaître à la Cour, & commença 
fa réputation qu'il a fçu depuis élever à un point tel que fon éclat dif- 
penfe d'en parler : ayant été conlulter Corneille fur fa tragédie d' 'Alexan- 
dre , Corneille lui confeilla de ne plus faire de tragédies, en lui difauc 
qu'il avait beaucoup de talent pour la Poéfîe, mais fort peut pour le 
1 hcatre. 

Ce jugement de Corneille doit, fans doute, paraître extraordinaire.lt 
eft cependant à obfever qu'il ne portait que fur l'auteur <.Y Alexandre , 
fort inférieur à ce qu'il s'eft montré depuis dans Andromaque , Iphigcnïe 3 
Phèdre (Se Athalie. Ce qui doit fembler vraiment bifarre , ce qu'on ne 
peut expliquer aifément , c'eft le refus de furrrage que Racine a éprouvé 
de la part de quelques efprits célèbres du ficelé de Louis XIV. Madame 
de Sévigné , fans modèle comme fans copie , dans le genre épiftolaire s 
faifait peu de cas de Racine , &c annonçait qu'il n'irait pas loin. Plufieurs 
autres perfonnes , dont le bon goût était cependant prouvé par de bons 
ouvrages étaient auflï peu frappés de l'excellence de ce Poé'te aimable. 
A quoi attribuer de pareilles erreurs ? L'examen de leurs motifs pour- 
rait donner lieu à une difeuffion intéreifante , mais qui nous jetterait 
trop loin de notre fujet. 

Racine qui était bien venu de Madame deMaintenon, ayant compofé 
un Mémoire raifonné fur les moyens de foulager la mifére du peuple , 
le lui faifait lire un jour, lorfque le Roi entra chez elle ; il voulut favoir 
ce que c'étoit , & applaudit à fon zélé , mais trouva mauvais qu'il fe 
mêlât de chofes qui ne- le regardaient pas. 

Ce fut un coup de foudre pour Racine , qui avait le défaut d'être 
trop courtifan. H ne fit plus que languir depuis ce moment, Se mourut 
quelque tems après le 11 Avril 1699 , âgé de foixante ans. 

Il laifTa de fon mariage , avec Mlle de Romanet, qui lui furvéquic 
jreme-trois ans, deux fils Se cinq filles. 



3fo ESSAI 

JBoileau fit ces vers pour mettre au bas de fon portrait. 

« Du Théâtre Français l'honneur & la merveille, 
» Il fut reffufciter Sophocle en fes écrits , 
» Et dans l'ait d'enchanter les. cœurs & les efprits , 
a Surpaffer Euripide Se balancer Corneille ». 

Racine (Louis), fils du grand Racine, naquit à Paris en 169 2, & 
voulut are Poëte malgré l'avis de Boileau , qui craignoit pour lui la répu- 
tation de fon père. Il fut reçu de l'iîcadémie des Infcriptions en 171 9, 
& donna en 1710, fon Poè'me de la Grâce, & enfuite celui de la Re- 
ligion , qui font remplis de vers charmans. Mais le Cardinal de Fleury 
lui ayant donné un emploi de finance , il fe fixa en province , où il 
abandonna la poéfie. Son fils, jeune homme de la plus grande efpérance , 
& le dernier de fon nom , périt malheureufement le premier Novem- 
bre 1755 ( a ) ' i our ^ ll temblement de terre de Lifbonne. Il était fur la 
jetée de Cadix , avec M. Malfon de Pliffay le fils , fon ami intime 
lorfqu'un coup de mer les emporta tous les deux. Le chagrin que cette 
mort caufa à fon père, affoiblit fil fanté, 8c empoifonna le refte de fa 
vie, qui fut terminée à Paris en 1763. Il a lailfé une fille mariée à 
M. d'Hariague , qui , par des malheurs imprévus ôc non mérites , doir 
infpirer le plus grand intérêt à ceux même qui n'ont pas le bonheur dg 
la connaître. 



(4) M. le Brun a célébré ainfi dans une Ode ce trille événement 

« Reviens.... la mer s'élance, arrête, 
» Vois, crains, fuis ces flots fufpendus ; 
» Ils retombent .... Dieu ! la tempête 
» L'entraîne à mes yeux éperdus. 
» Divin Racine , ombre immortelle ! 

» Ton fils il expire, il t'appelle. 

» Volez, Mu fes , Grâces , Amours , 
» Volez , fa bouche vous- implore ! 
»> Toi , Déeflë , plus chère encore , 
» Amitié, vole à foh fecours », 



SUR l A MUSIQUE. 371 

Louis Racine a fait une traduction de Milton , & des Mémoires fur 
-la vie de ion père, aullî curieux que bien ccrirs [a). 

CHANSON 

A la Femme d'un Officier qui enrôlait des foldacs pour J on mari. 

« Vous faites des foldats au Roi ; 

» Lis , eft-ce là votre emploi î 

» Pour vous en épargner la peine , 

» Que l'on aflemble feulement 

» Ceux qu'amour met darrs votre chaîne, 

» Et vous aurez un régiment. 

» J'y veux entrer , Si que l'argent 
» Ne foit point mon engagement. 
» Je n'ai point l'a me mercenaire ; 
» D'un feul baifer faites les frais : 
» Enrôlé par ce doux falaire , 
» Je ne déferrerai jamais. 

n Mais n'allez pas , pour conte/ter • • 

»> A la taille, vous arrêter. 

» Petit ou grand , cet avantage 

» A la valeur n'ajoute rien ; 

» C'eft du cœur que part le courage: 

» Quand on aime , on fert toujours bien », 

ODE. 

b Charmé de mon loifîr & de ma folitude , 
» Que les Grands , à l'envi m'appellent auprès d'eux ,' 
» On ne me verra point chercher la fervitude 
» Lorfque je fuis heureux. 

» Faut-il courir fi loin , infenfés que nous fommes ," 
>> Pour trouver ce bonheur que nous délirons tous ! 
» Maîtrifons nos defîrs n'attendons rien des hommes , 
» Et vivons avec nous. 

(a) On fait qu'il s'eft fait peindre tenant les œuvres de fon père, Se les regards fixéa 
fin ce vers : a Et moi, fils inconnu d'un fi glorieux père ! »...,. 



5;i E S S A t 

» Déjà tl'ôp accablés des liens néceflaires , 
» Pourquoi grolïir encore la fource de nos pleurs ? 
v Epargnons-nous du moins tous les nœuds volontaires ; 
» Ménageons nos douleurs. 

» Qu'un lâche adulateur chaque jour importune 
i» Le Maître dont il peut efîuyer la fierté ; 
» Je n'irai point à ceux qu'élevé la fortune 
» Vendre ma liberté. 

» Dans le palais des rois un coup d'oeil nous captive 
» L'homme y va follement chercher un meilleur fort; 
». Eu entrant il le perd , libre quand il arrive , 
» Efclave quand il fort. 

» Le fage toutefois ne pourra jamais l'être ; 
» Pour l'homme vraiment libre , il n'eft point de lien ,' 
» Au milieu de la cour , il peut vivre fans maître , 
» Lui feul il eft fien. 

» Ni l'or ni les honneurs ne le rendent fidèle ; 
x> La vertu qui le guide eft fon unique appui , 
V Quand il arrive au Louvre , il y monte avec elle £ 
» Elle en fort avec lui. 



» Il fèrt fans intérêt ceux que la terre adore ; 
» Ce qu'ils ont à donner ne flatte point fes vœux ^ 
» Il ne defire rien , & lui feul les honore , 
» S'oubliant auprès d'eux. 

» Lorfque l'air eft ferein , il prévoit la tempête , 
» L'air fe trouble, la nuit ne peut l'intimider ; 
» Sans changer de vifage , il entend fur fa tête 
» Le tonnerre gronder. 

t> La folide grandeur dont l'éclat l'environne , 
» Dans fa dilgiace encor répand un plus grand jour, 
» Nous le félicitons, quand la cour l'abandonne, 
» Et nous plaignons la cour. 

» Frappé d'une peinture & fi rare 8c fi belle, 
» Si quelqu'un croit qu'ici j'invente le tableau , 
» Qu'il regarde Alexandre , il -verra le modèle 
. , .• » Qui conduit mon pinceau, 



Ah! 



SUR LA MUSIQUE. ?;* 

» Ah ! fi pat leurs vertus & leur douceur extrême , 
s Comme toi , tous les grands enchantaient l'univers j 
i» Que je perdrais bientôt la liberté que j'aime , 
» Pour courir dans leurs fers. 

» Mais plutôt qu'ébloui d'une vaine opulence ,' 
m Je recherche un honneur d'amertune rempli , 
» Je veux , loin des palais , vivre dans le iîlence 
» Et mourir dans l'oubli. 

» Oui , mon obfcurité fera mon aflurance ; 
» J'y braverai du fort le caprice inconftant ; 
u Tranquille , délivré de crainte & d'efpérance , 
» Pauvre & toujours content. 

» Apollon quelquefois viendra dans ma demeure ; 
» Les Mufes m'offriront des charmes innocens ; 
» Douces divinités; c'eft pour vous qu'à toute heure 
» Fumera mon encens. 

» Que de raomens heureux fe palTeront à lire 
» Des Romains ou des Grecs les aimables écrits ; 
» Moi-même j'oferai répéter fur ma lyre 

» Ce qu'ils m'auront appris. 

1» Et dans l'inftant fatal où la parque ennemie 
» Coupera de mes jours le fil délicieux , 
» Sans accufer la mort , fans regretter la vie , 
» Je fermerai les yeux ». 

Ranchin (Jacques de ), Confeiller au Parlement , defcendaic d'Etienne 
Ranchin , célèbre ProfefTeur de Droit , en l'Uiiiveriité de Montpellier , 
dans le feiziéme iîele. Il a fait un Livre fameux intitulé : Révïfion du 
Concile de Trente. 

Chanfon en triolets. 

« Le premier jour du mois de Mai 
» Fut le plus heureux de ma vie : 
» Je vous vis & je vous aimai , 
» Le premier jour du mois de Mai, 
Tome IV. Y y 






Hi ESSAI 

» Le beau defTein que je formai I 
» Si ce defiëin vous plaît, Silvie, 
» Le premier jour du mois de Mai 
» Fut le plus heureux de ma vie ■», 

C H A N S ON. 

u Garder fon cœur & fon troupeau , 

» C'en eft trop pour une bergère : 

» Qu'on a de peine , quand il faut 

» Garder fon cœur & fon troupeau ! 

» Quand tous les bergers du bameau 

» Et tous les loups lui font la guerre, 

» Garder fon cœur & fon troupeau , 

» C'en eft trop pour une bergère ». 

Regnard ( Jean-François ) , notre meilleur Pocte comique après Mo- 
lière, naquit à Paris en 1657, d'une bonne famille. Il eut d'abord la 
pallion des voyages , fit celui d'Italie , fut pris par des Corfaires , & 
mené en captivité. Racheté par le Conful, & revenu en France, il fit le 
voyage du Nord , &c pénétra même jufqu'au fond de la Laponie. De 
retour dans fa patrie, il acheta la terre de Grillon, près Dourdan, &C 
y compofa la plupart de fes Comédies. Il y mourut en Septembre 1710, 
à cinquante-quatre ans, d'autres difent qu'il naquit en 1647, & qu'il 
mourut en 1710. 

Il donna à l'Opéra en 1699, le Carnaval de Venife 3 mufique de 
Campra. 

CHANSON. 

« Pour Emilie , 
» Qu'un autre fe laiffe enflammer : 
» Si je n'avais pas vu Sophie, 
» Je pourrais me laifler charmer 

» Pour Emilie. 

» Sur fon vifage , 
» Mille petits trous pleins d'appas 
» Des ameurs font le tendre ouvrage J 
» Sans compter ceux qu'on ne voit pas 

» Sur fon vifage. 

/ 



SUR LA MUSIQUE. 5> -j 

» Sa gorge ronde 
» Fft de marbre, _i ce que je croi ; 
» Car mortel encor dans le monde , 
» N'a vu que des yeux de la foi 

» Sa gorge ronde », 

Régnier (Mathurin), naquit à Chartres le 21 Décembre 1573. Sa 
mère étoit fœur de l'Abbé Defportes , fameux Poëte de ce rems. 

Régnier fut ronfuré le 31 Mars 1681, par Nicolas de Thou, Évêque 
de Chartres; & bientôt après obtint un canonicat de cette ville. 

Il eut encore d'autres bénéfices >, Se une penfion de 2000 liv. qu'Henri IV 
lui donna en 1606, fur l'Abbaye des Vaux-de-Cernay , après la mort 
de Defportes, qui en était Abbé. 

Son goût pour la fatyre , perça dès fa plus tendre enfance. Le dérè- 
glement dans lequel il vécut , ne le laiiTa pas jouir d'une longue vie. Il 
mourut à Rouen dans fa quarantième année, le 22 Octobre 161 3, 8c 
fut enterré dans l'Abbaye de Royaumont près Pontoife. 

Il fit ainfi fon épitaphe. 

« J'ai vécu fans nul penfement , 
» Me laifTant aller doucement 
» A la bonne loi naturelle : 
» Et fi m'étonne fort pourquoi 
» La mort ofa fonger à moi , 
» Qui ne fongéai jamais à elle »• 

Nous avons de lui quelques Chanfons affez agréables. Nous n'en cite- 
rons qu'une. 

C H A N S ON. 

« Dieu d'amour , lorfque je voulais 
» Par raifon enfreindre tes loix , 
t> Rendant ma flanie refroidie ; 
» Pleurant, j'aceufai ma raifon : 
» I t trouvai que la guérifon 
» Eft pire que la maladie. 

» Un regret penfif & confus 
1» D'avoir été, & n'être plus, 



3J« ESSAI 

» Rend mon arae aur douleuts ouverte; 
» A mes dépens , las ! je vois bien 
» Qu'un bonheur comme était le mien 
» Ne fe connaît que par la perte ». 

Régnier Desmarets ( François-Séraphin ) 3 Grammairien, Orateur, 
Poé'te , Hiftorien , Traducteur (a) , eut des fuccès dans tous ces genres ; 
& fit des vers Efpagnols & Italiens , auffi bien que dans fa propre langue. 
M. delà Monnoye le compare au Géant de la Fable, qui toutes les 
fois qu'il touchait la terre , venait à reprendre de nouvelles forces. 

Il naquit à Paris le 13 Août 16 $i. Son père étoit un Gentilhomme 
de Saintonge. 

Defmarets fut d'abord attaché au Comte de Liilebonne , de la Mai- 
fon de Lorraine, Se fit, avec lui, les campagnes de 1654 & de 165 5. 

II demeura enfuite auprès du Duc de Bournonville , Se l'accompagna 
à Fontarabie , dans le tems du mariage du Roi. Ce fut alors qu'il apprit 
FEfpagnol. 

En 1662. , il palTa à Rome en qualité de Secrétaire d'ambafTade du 
Duc de Créqui , & fe rendit la langue Italienne fi familière , qu'il com- 
pofa des Chanfons alfez bonnes , pour que l'Académie de la Crufca 
jugeât qu'elles dévoient être de Pétrarque. Dès qu'elle eut connu le véri- 
table auteur , elle le reçut au nombre de fes Membres en 1 667. 

L'année fuivante, le Roi lui ayant donné le Prieuré de Grandmont ,' 
près Chinon , pour le récompenfer de fes fervices , il fut obligé d'em- 
brafler l'état eccléfiaftique. 

En 1670, il fut reçu à l'Académie Françaife à la place de M. de la 
Chambre , le même jour que l'Abbé de la Chambre remplaça le Mar- 
quis de Racan , Se en 1684, il fut nommé Secrétaire perpétuel à la 
place de Mézerai. Depuis ce tems jufqu'au 6 Septembre 171 3 qu'il 
mourut , il ne celTa de travailler , Se de mériter Feftime Se l'amitié de 
tous ceux qui le connurent.. 



(a) M. de la Monnoye , dans le difeours qu'il fit à l'Académie Françaife , en fuccédant 
à l'Abbé Defmarets, prétend, « qu'ainfi qu'il eft plus aifé à la nature de faire un beau 
» vifage , qu'il ne j'eft à l'art d'en attrapper la reflèmblance , il eft plus aifé de bie» 
» compofer que de bien traduire »». 



SUR LA MUSIQUE. 3S7 

C H A N S ON. 

« Aimable , vive , jeune & belle , 

» Amarillis apprend chez elle 

» A fouffrir, fans en dire rien. 

a Qu'avec un efprit fî docile 

» Amarillis apprendrait bien 

» Une leçon moins difficile ! 

» Et l'heureux maître que le fien ! » 

AUTRE. 

« Ne craignez point que votre humeur légère ; 
» Dans ma colère 
» Me rafle rien publier. 
» Heureux , je ne fais que me taire ; 
» Trahi , je ne fais qu'oublier ». 

Epitaphe d'un de Jes amis-. 

« Ci gît un homme exempt d'envie; 
» Qui toujours de peu fe pafla ; 
» Et qui, fans bruit, pafla la vie, 
» Puis à petit bruit trépafla ». 

Epitaphe de Bontems _, premier V alet-de-Chambre de Louis XIV. 

« Bontems eft mort : tout le regrette , 
•» Tout plaint fa perte, tout la fent, 
» Depuis le feeptre tout-puiflant 
» Jufques à la fimple houlette. 
» Vous qui pourriez dans vos emplois 
» Rendre office auprès des grands rois , 
» Et qui n'en voulez jamais rendre , 
» Les regrets qu'il fut mériter , 
» Parlent à vous. Tâchez d'apprendre 
» A vous faire un j'our regretter ». 

On trouvera dans le quatrième livre cette Chanfon de Defmaret*. 
« Un jour dans une grotte obfcure , &c. _ 



3S $ ESSAI 

Ribardiere (la), né à Paris, adonné aux îcalîens , les Aveux indif- 
crcts , mufique de Monfigny '■> les Sœurs Rivales , mufique de Desbrofies ; 
les deux Coujînes & la Réconciliation Villageoïfe. 

Riboutet ( Charles Henri) , de Commercy en Lorraine , a compofé de 
jolis Vaudevilles & des Parodies charmantes. Il eft more en 1740. 

C H A N S O N. 

« Damon , calmez votre colère : 
» A quoi bon ces emporremens? 
y> Dès que je dépends de ma mère, 
» Suis-je maîcrefie de mon teins , 
s » Pour vous d'amour mon cœur pétille; 

» Hélas! je ne penfe qu'à vous; 
» Et fi' je manque au rendez-vous , 
» Vous favez que quand on eft fille 
» On faio ce qu'on peut , 
» Et non pas ce qu'on veut. 

» Pénétfé d'un aveu fi tendre , 

» Damon de joie eft tranfporté. 

» Sur eux l'Amour allait répandre 

» Les charmes de la volupté. 

v> Quand , par une malice extrême , 

» Ce Dieu , voulant tromper leurs vœux , 

» De Damon fufpendit les feux , 

» Et lui fit voir que , quoiqu'on aime, 

» On fait ce qu'on peut, 

» Et non pas ce qu'on veut ! 

» Mais bientôt l'amour le ranime , 
» Tout eft force en lui , tout renaît ; 
>i Trois fois il répare fon crime , 
» Que fon trop d'ardeur avait fait. 
» Redouble , cher amant , dit-elle , 
» Redouble , refte entre mes bras. 
» J'y fens , répond-il , mille appas ; 
» Mais vous feriez cent fois plus belle, 

» Qu'on fait ce qu'on peut, 

» Et non pas ce qu'on veut. 



SURLA MUSIQUE. 3SS > 

» Hélas! je vois bien, dit Aminte, 

» L'air attrifté , les yeux baifles , 

» Que votre amour n'était que feinte : 

» Votre tiédeur le prouve aflez. 

» De Damon , furpris de l'entendre , 

» Ce leproche attife le feu. 

» Elle en tire encor un aveu; 

« Mais cet aveu lui fît comprendre, 

» Qu'on fait ce qu'on peut, 

» Et non pas ce qu'on veut ». 

AUTRE. 

« Que ne fuis-je la fougère , 
» Où fur le foir d'un beau jour 
» Se repofe ma Bergère , 
» Sous la garde de l'Amour ! 
» Que ne fuis-je le Zéplme , 
» Qui rafraîchit fes appas ! 
» L'air que fa bouche refpire, 
» La fleur qui naît fous fes pas ! 

» Que ne fuis-je l'onde pure , 

» Qui la reçoit dans fon fein ! 

» Que ne fuis-je la parure 

» Qu'elle met fortant' du bain ! 

» Que ne fuis-je cette glace , 

» Où fon minois répété 

» Offre à nos yeux une grâce 

» Qui fourit à la beauté ! 

» Que ne fuis-je l'oifeau tendre, 
» Dont le ramage eft fi doux , 
35 Qui lui-même vient l'entendre 
» Et mourir à fes genoux! 
» Que ne fuis-je le caprice 
y> Qui carefTe fon defir , 
» Et lui porte en facrifice 
» L'attrait d'un nouveau plaifir ! 

» Que ne puis- je, par un fonge, 
» Tenir fon; cœur enchanté! 



360 ESSAI 

» Que ne puis-je du menfonge 

» Paffer à la vérité '. 

» Les Dieux qui m'ont donné l'être f 

» M'ont fait trop ambitieux ; 

» Car enfin je voudrais être 

» Tout ce qui plaît à fes yeux ». 

Riccoeoni (François), né à Mantoue en 1707, débuta aux Italiens 
en 171^5 & jouoit fupérieurement les rôles de Lélio ou d'amoureux. Il 
a fait un grand nombre de Pièces , & quelques Opéra comiques , dont 
le plus fuivi a été le Prétendu , mufique de Gaviniès. Il mourut en 
i 77 z. 

Son époufe ( Marie Laboras de Mézieres ) , eft célèbre par fes Romans 
agréable occupation de fes loifirs depuis qu'elle a quitté le Théâtre. 

Rivière (la), a donné en 1741, Isèe' , Paftorale , mufique de Mon- 
donville. 

Rochemore ( Jean-Baptifte-Louis Timoléon, Marquis de), né en So- 
logne , fut fi paffionné pour la célèbre Mlle Journet , Actrice de 
l'Opéra , qu'il mourut en 1711, de chagrin de la mort de cette Actrice. 
Il fit ces vers dans le premier moment de fon défefpoir. Nous doutons 
qu'il en exilte de mieux faits. 

a Aux autels du tyran des morts , 
» D'une tremblante main je confacre ma lyre ; 

» Je ne chantais que pour Thémire , 

» Thémire a vu les fombres bords ; 

» Tendres concerts, charmant délire, 

» Faites place à d'autres tranfports. 

■» Une douleur muette & fombre , 

» Des larmes qui partent du coeur , 
» Ne chercher , ne fehtir , ne voir que mon malheur ; 
» Voilà le feul tribut que je dois à fon ombre. 

» Soyez les garans de ma foi , 
» Lieux redoutés où repofe fa cendre ; 
» Il n'eft plus aujourd'hui d'autre plaifîr pour moi , 
» Que les pleurs qu'en fecret je viens ici répandre »• 

CHANSON. ■ 



SUR LA MUSIQUE. ySi 

CHANSON. 

« Thémire eft belle S: trop belle ,' 

» Douce & fiere en fon maintien; 

» Tant d'attraits brillent en elle , 

» Qu'on ne fait dire combien. 

» Elle eft fenlîble & cruelle , 

» Et rien n'attaahe û bien. 

» Je lui peins mon cœur fidèle, 
» Si tendre & digne du n'en ; 
y » Je vous aime aufll , dit-elle , , ]j 

, » Et c'eft ne promettre rien ; . 
» Elle eft fenûble & cruelle , 
» Rien ne tourmente fi bien, 

->.-. • i . ... 

» Que par magie on reprenne i . .■ - A 

» Un cœur qu'elle ûit; gémir , : v | ., . 

» Tout un fiecle on le promené . 



» Sans rencontrer le plaifir ; 
» On retourne à l'inhumaine , 
» La voir , l'aimer & foufftir. 



» C'eft grand abus de prétendre 

» Fuir qui fart nous charmer ; 

» Le cœur ne fait où fe prendre, 

» Langueur le vient confirmer ; 

» Mieux vaut mourir d'amour tendre $ 

» Que de l'ennui de n'aimer ». 

Rocheërune, ami de la Motte, fut compris dans les Couplets 'de 
RoulTeau. 11 mourut en 1732. 

C H A N S O N.- 

« Vous n'avez pas , finiple fougère ', ' 

» L'-éclat' des fleurs qui parent le printems; 1 

» Mais leur beauté ne durent guère , 

» Et vous nous plaifez en tout tems. 

Tome IF. Z z 



rfa E S S A î 

» Vous offrez des fecours charmans 
» Aux plus doux plaiGrs de la terre i 
» Vous fervez de lie aux amans , 
» Aux buveurs vous fervez de verre »t 

Rocque (Antoine de la), ancien Gendarme de la Garde, Auteur du- 
Mercure de France, depuis 172 1 jufqu'en 1744,1e rendit plus intéreffant 
qu'il n'avait encore été. 11 naquit à Marfeille en 167Z , & fut fait Chevalier 
de Saint Louis après la bataille de Malplaquet, où il fut blefle. Sa riche 
collection d'Efbmpes a été célèbre , <k feu Gerfain en donna un Cata- 
logue curieux. Dans fa jeunette il fit un voyage en Syrie Se au, Mont- 
Liban, dont il nous a dorme la relation imprimée en 17KÎ.. 

La probité , la douceur des mœurs , la candeur , & toutes Tes ver- 
tus néceflaires à la fbciété, formoient fon caractère, & lui méritèrent 
l'eftime Se la- vénération de tous ceux qui le connurent. Il mourut à Paris 
le 3 Octobre 1744, & ^ ur inhumé à Saint Sulpice.. 

Il donna à l'Opéra en 1713-, Médée 6* Jafon , muiique de Salomon 5 
en 1715, Theonaé \ Idem. 

Rollev (le Bailli de ) , a donné à l'Opéra en 1774, Iphigenie, d'après 
la Tragédie de Racine, mufique de M. Gluk j en 1776 , Alcejle, traduit*- 
de l'Italien de Calzabigi , Idem» 

Ronsard (Pierre) , furnommé le Prince des Poètes français , fut fort 
eftimé, non-feulement des Savans de fbn tems » mais des Rois Henri II,, 
François II, Charles IX & Henri III, 

11 était fils de Louis Ronfard , Chevalier de Saint Michel , alors l'Or- 
dre du Roi; & naquit au Château de la- Poifonniere en Vendomois, le fa-r 
medi 11 Septembre 1524. 

Devenu Page du Dauphin , il pafla axi fervice du Roi d'ÉcofTè , qui 
avait époufé Madeleine de France, & demeura ; en ÉcofTe deux ans Se 
demi. A fon retour il fut employé dans lés négociations , & fit un 
voyage en Italie, où il devint fourd". Charles IX l'aima beaucoup, lui 
écrivit fouvent, Se le mena avec lui à Bayonne '■, il l'accompagna aufli 
dans la fameufe retraite de Meaux. 

11 mourut à fon Prieuré de Saint-Cofais-Iès-Tours , le 27 Décembre 



SUR LA MUSIQUE. 3 6 3 

1 585. On lui fie , le 14 Février fuivant , les plus magnifiques funérailles 
dans la Chapelle du Collège de Eoncourt à Paris j le fervice , mis en mufique 
nombrée , (c'eft-à-dire mefurée ) animée de toutes fortes d'injlrumens ; fut 
'par l'élite des Enfans des Mufes \ s'y étant trouvés ceux de la mujique du 
Roi, fuivant fon commandement , & qui regretta à bon efeient le trefipds 
d'un fi grand perfonnage , ornement de fon Royaume. Aprè^s-dîner, Duperon 
prononça l'Oraifon funèbre. Tout ce qu'il y avait de Grands à la Cour 
& à la Ville y affilia; & i'aftluence était telle, que le Cardinal de Bour- 
bon y & plufieurs autres Princes & Seigneurs , furent contraints de s'en retour- 
ner j pour n'avoir pu forcer la preffe. ( Binet , Fie de Ronfard). Ronfard 
fut loué de tous les Critiques de fon tems , & mérite encore une partie 
de fa réputation. Scaliger lui dédia un Ouvrage comme au premier Pocte 
de France. Il était beau , bien fait, aimait beaucoup la mufique , chantait 
agréablement , & était fort libéral. On trouvera dans le quatrième livre , 
fà Chanfon. 

« Mignone , allons voir fi la Rofc , &ç, » 

CHANSON. 

« La lune eft coutumiere 
» De naître tous les mois ; 
» Mais quan 1 notre lumière 
» Eft éteinte une fois , 
» Sans nos yeux réveiller 
» Faut long-tems fommeiller» 

• Tandis que vivons ores , 

• Un bailèr donnez-moi . 

» Donnez-m'en mille encores; 
» Amour n'a point de loi ; 
» A fa divinité 
» Convient l'infinité. 

• En vous baifant, maîtreile. 
» Vous m'avez entamé 

■ La langue chanterelle 
» De votre nom aimé. 
n Quoi ! eft-ce là le prix 
» Du travail qu'elle a pris » ! 

Zzi 



:6± E S Sv*A ï 

Rosoy (de) a cbnné à la Comédie Italienne plusieurs opéra-comiqr:as ; 
qui ont eu quelques fuccès. 

Il a fait plulieurs autres ouvrages , &. travaille depuis longtems aux 
annales de la ville de Touloufe., qui doivent faire un corps d'hiUoire fort 
intéreifant. 

Rotrou ( Jean ) , Lieutenant particulier au bailliage de Dreux , où il' 
naquit le 21 Août 1609 j fut le père de la bonne tragédie ; & fa tragédie 
de Venccflas eft toujours jouée avec grand fuccès. Le grand Corneille 
l'appellait fon père- IL a laine cependant une foule d'ouvrages entièrement* 
oubliés. 

Il mourut d'une fièvre épidémique qui défolait la ville de Dreux en' 
î6jo. Il écrivait à un de fes amis quelques jours avant fa mort. On fonne- 
actuellement pour la vingt-deuxième perfonne morte aujourd'hui : ce ferai 
pour moi quand il plaira à Dieu. 

Rousseau ( Jean-Baptifte ) , fils d'un Cordonnier , né à Paris en \6-jr" r . 
&c l'un des plus grands Poètes que la France ait eu. Voltaire dit que fes 
beaux vers, fes grandes fautes &c fes longs malheurs le rendirent fameux.- 
On lui attribua ces fameux couplets qui firent tant de bruit , & furent" 
caufe de fon exil. 

Il mourut à Bruxelles le 17 Mars 1741 , &c à l'article de la mort il 
protefta au nom du Dieu dev^n,; qui , il allait paraître, qu'il n'était pas 
l'auteur de ces couplets. 

En i6ç)6 , il fit la tragédie cle Jafon } muGque de Colafle 3 en 1697 ^ 
Vénus & Adonis, mufique de Defmarets. 

CHANSON, 

« Par un baifer fur les lèvres d'Iris , 
% De ma ridelle ardeur j'ai dérobé le prix," 

» Mais mon bonheur a pafle comme un fonge :' 

b Je doute encor de ma féliciré. 
» Mon bonheur fut trop .grand pour n'être qu'un mçnibcgeï' 
p Mais, il dura trop peu pour une rciité » T 



SUR LA MUSIQUE. 36? 

AUTRE. 

« Ce ne fut point la robe cîe Neiïus 

» Qui confuma l'amoureux fils d'Alcmene^ 

» Ce fut le feu de cent baifers reçus , 

» Qui dans fon fang coula de veine en veine, 

» Il en mourut , & la nature humaine 

» En fit un Dieu qu'on adore aujourd'hui. 

» Que de mortels , fi vous vouliez , Climene : 

» Mériteraient d'être Dieu comme lui ». 

C II A N S O N. 

* Sortez de vos retraites , 
■» Accourez, Dieu des bois y 
» Au fon de nos mufettes 
» Accordez vos hautbois ; 
» Chantez l'objet que j'aime, 
» Secondez mes defirs , 
» Et rendez le ciel même 
a» Jaloux de mes plaifirsv 

» Dans ce lieu folitaire , 
d Iris eft de retour : 
» Déefle de Cythere , 
» Célébrez ce grand jour j 
» Rappeliez fur ces rives- 
» Les amours envolés , 
» Les grâces fugitives 
» Et les ris exilés» 

» Reprenez , belle Flore , 
» Vos premières couleurs;: 
» Couronnez-vous encore 
» Des plus brillantes fleurs ': 
» Joignez-vous à Pomone , 
» Pour embellir nos champs ,' 
» Et prêtez à l'automne 
» Les beaux jours du printemsi 

• Sous ces tendres feuillages ,. 
p Venez petits oifeaux j 



3 M ■ E S S A t 

o Accordez vos ramages 
»> Au murmure des eaux ; 
» Chantez l'objet que- j'aime , 
» Secondez mes defirs , 
» Et rendez le ciel même 
» Jaloux de mes plaifirs». 

AUTRE 

a Arrêtez , jeune bergère j 
» Je fuis un amant fracere : 
» Un amant *ous fait-il peur» 
» Je n'ai qu'un mot à vous dire , 
v Et tout ce que je defire , 
»» C'elt 4e vous tirer d'erreur. 

» Le tems vous pourfuit fans tefle ; 

• L'éclat de votre jeunefïè 
» Sera bientôt effacé : 

» Le tems détruit toutes chofes, 
» Et l'on ne voit plus de rofes 
» Quand le primeras eft paffé. 

» Un peu de tendre folie 
*> Fait d'une fille jolie 

• Le plaifir & le bonheur ; 
»> £t dans le déclin de l'âge , 
» Un dehors fier & fauvage 

» Lui rend la gloire & l'honneur* 

» Par cette leçon fidelle, 
o Tircis preffait une belle 
» D'avoir pitié de fon mal ; 
o Son difcours la rendit fage f 
9 Mais elle n'en fit ufage 

• Qu'au profit de fon rival ». 

Êphaphe de RouJJeau par Piron, 

h Ci gît Pilluftre & malheureux Rouflèau ; 
« Le Bubans fut fa tombe & Paris fon berceau*' 



SUR LA MUSIQUE. 367 

» Voici l'abrégé de fa vie , 
» Qui fut trop longue de moitié : 
» Il fut trente ans digne d'envie , 
* Ec trente ans digne de pitié ». 

Rousseau ( Jean - Jacques ) > né à Genève, en 1708 , était fils d'un 
Horloger* Sa mère de la maiibn Bernard ou Bernardi, originaire d'Italie , 
mourut en couches de lui. Son père eut une querelle avec un Officier, 
& en ayant reçu un affront y ife k battirent. Ayant bielle l'Officier il 
fut condamné à huit jours de prifo» Se à une légère amende ; mais ne 
voulant fubir ni Tune ni l'autre de ces punitions , il quitta Genève ,. Se 
alla s'établir à Nyens , où il fe remaria» 

Son fils , dont il s'agit dans cet article , fe mit en apprentifTage chez 
un Graveur à Genève \ mais ayant alors la plus grande averfion pour 
toute efpece de métiers, il quitta Genève en 1728 ; <Sc c'eft à cette époque 
qu'a commencé le roman de fa vie j il parcourut divers états , ne put 
relier dans aucun pays , & après avoir eu une jeuneffe fort orageufe Se 
changé plusieurs fois de religion x ne goûta pas dans fa vieillelfe le repos- 
& l'aifance que fa célébrité aurait dû lui procurer. 

( Tout ceci eft tiré d'une vie de Roufleau que nous avons fous les yeux * 
faite par lui , Se écrite de fa main }t 

Cet homme chagrin 3 bifarre Se éloquent , féduifant à lire , dangereux 
à croire , qu'on admire plus qu'on ne l'aime , a prouvé en mufique Se en 1 
poéfie, que l'efprit pouvait fuppléer aux connaiifances. 

Ses profondes recherches en mufique l'ont fait parvenir, i°. à nous 
donner un Dictionnaire excellent dans quelques articles , mais plein de 
fiel, Se de chofes abfolument faulTes dans d'autres j z°. à compofer fou 
intermède du Devin de village , dont l'enfemble eft charmant , mais dont 
les paroles Se la mufique , examinées féparément , prouvent qu'il n'était ni 
Poète ni Compofiteur. On connaît allez fa vie , fes caprices Se fes para- 
doxes , pour qu'il ne foit pas befoin d'en parler davantage. 

Nous nous contenterons d'obferver que , pendant qu'il écrivait avec 
acharnement contre le danger des Spectacles > il faifait une Cor-*'S;e ( Nar-- 
eilTe ou l'Amant de lui-même ) ; que , pendant qu'il écrivait des injures 
à notre nation , lui niait qu'elle eût une mufique , 6c voulait lui prou-- 
jer que fa langue n'était pas propre à être mile en chant ,. il faifait 11» 






3<$ ESSAI 

opéra, fur des paroles françaifes ; qne , pendant qu'il déclamait par-tout 
contre les romans 3 comme n'étant propres qu'à gâter le cœur & l'efprit , 
il compofait un roman , qui , affurément , n'eft pas propre à former l'efprit 
ni le cceur^ que tandis qu'il prêchait la vertu, la paix 3 la charité , Sec, 
■il faifait lourdement tous fes efforts auprès de; Genevois , pour qu'ils for- 
çafTent Voltaire à quitter fa maifon des Délices j ce qu'il pourfuivit avec 
tant d'inftances , qu'il réunit enfin à lui caufer ce chagrin-, quoique ce 
grand homme , touché de fon indigence , lui eut offert généreufement de 
demeurer avec lui , ou de lui donner en pur don une maifon charmante 
fur les bords du lac .de Genève ; & alors Voltaire ne s'était pas encore 
permis une feule plaifanterie fur les étranges idées que l'on trouve fou-, 
vent clans les ouvrages de Rouffeau, &c. 

Cette conduite ne prouve pas une liaifon bien fuivie dans les idées. 

11 eft mort en 1778 , âgé de près de foixante-dix ans , dans le château 
d'Ermenonville , près de Chantilly , où il s'était retiré. Cette terre appar- 
tient à M. le Marquis de Girardin , connu par fon goût pour les arts , Se 
fur-tout pour celui des jardins. Il lui a fait élever un tombeau pittorefque 
dans une île appellée Vile des peupliers. 

Rouffeau a donné à l'Opéra, en 1753, fon Devin de village , 8c on 
a trouvé dans fes papiers une nouvelle mufique fur les mêmes paroles. La 
nouvelle adminiftration de l'Opéra l'a fait exécuter il y a quelques mois j 
«nais le public ne s'eft pas fpucié de l'entendre deux fois. 

Roy (Pierre-Charles ) , né à Paris en i£8j 3 célèbre Poe'te lyrique, s'eft 
îmmortalifé par fon prologue des Elémens 3 Callirhoé 3 le Ballet desfens » 
& plufieurs autres ouvrages. 

Il avait été d'abord Confeiller au Châtelet 5 mais fon malheureux pen- 
chant pour l'cpigramme l'en fit exclure , comme il l'empêcha dans la 
fuite d'entrer à l'Académie Francaife. 

Il eut cependant le cordon de S. Michel ; ce qui donna lieu à cette 
épigramme , à l'occafion de fon poëme fur la maladie du Roi à Metz, 

« Noue Monarque, après fa maladie, 
» Etait à Metz attaqué d'infomnie : 
':. J* A' 1 1 que de gens l'auraient guéri d'abord \ 

<o Le 



SUR LA MUSIQUE. 369 

» Le Poète Roi dans Paris verfïfie ; 

» La pièce arrive , on la lit , le Roi dort : 

• De Saint Michel la mufe foit bénie ! » 

Il mourut en 1764. 

Roy a donné à l'Opéra , en 1705 > Phllomele , mufique de la Cofte \ 
en 1707 , Braiamante 3 idem j en 1708 , Hyppodamie , mufique de Campra ; 
en 1711, Creufe j mufique de la Cofte: Callirhoé , mufique de Def- 
rouches ; en 1 7 1 7 , en fociété avec la Grange , Ariane , mufique de 
Mouret ; en 1718 , S 'émir amis , mufique de Deftouches j en 1715 , les 
Elémens , mufique de la Lande & de Deftouches j en 172.6 , les Strata- 
gèmes de V Amour , mufique de Deftouches ; en 1732, le Ballet desfens, 
mufique de Mouret j en 1755, ? es Grâces , idem ; en 1738 , le Ballet de 
la Paix) mufique de Rebel Se Francœur j en 1741 , le Temple de Gnide , 
mufique de Mouret j en 1745 , la Félicité, mufique de Rebel & Francœur j 
en 1747 , l'Année galante , mufique de Mjon. 

Sablière (Antoine de Rambouillet de la )-, né en i6"i 5 , était fils de M. 
de Rambouillet , Secrétaire du Roi. 11 époufa Mlle Heiîelin , qui eut une 
grande réputation parmi les beaux efprits de ion tems , & qui donna 
retraite pendant vingt ans à la Fontaine , qui l'a célébrée dans plufieurs 
de fes pièces. Ce fut à la mort de cette Dame que ce charmant Fabulifte , 
perdant une reiïburce qui lui était fi néceftaire , rencontra M. d'Hervard , 
qui lui dit en l'abordant : «r J'ai appris , mon cher ami , le malheur qui 
w vous eft arrivé, & j'allais vous prier de venir demeurer chez moi. J'y 
» allais , répondit le bon-homme ».. 

La Sablière a fait un volume de madrigaux , où il s'en trouve plufieurs 
fort jolis , tels que celui-ci. 

« Depuis deux mois d'abfence enfin je vous revois , 

» Et le plaifir que j'en reçois , 
» Efface de mes maux la mémoire importune ; 
■ Mais dites-moi, Philis , de votre heureux retour, 

» Rendrai-je grâce à la fortune , 

» Ne dirai-je rien à l'amour ? ». 

a 

Il mourut en 168 a , âgé de foixante-cinq ans. 
Tome IV. Aaa 






3 



?o. ESSAI 

CHANSON 

« Qu'on puifTe oublier ce qu'on aime, 

» Et qu'un fatal éloignemenc 

» Ebranle le cœur tl'un amant , 
»> Non» cela ne fe peut, j'en juge par moi-même; 
» Je fonge à mon Iris & la nuit & le jour , 

» Je foupire après fon retour. 

» Et je connais bien que l'abfence 

» Efl un prétexte à l'inconftance 

» Plutôt qu'un remède à l'amour ■». 

AUTRE. 

» Eglé tremble que dès ce four 
» L'hymen , plus puiffant que l'amour , 
n N'enlevé fes tréfors , fans qu'elle ofe s'en plaindre j 
» Elle a négligé mes avis ; 
» Si la belle les eût fuivis , 
» Elle n'aurait plus rien à craindre ». 

AUTRE. 

« Devant moi , l'aimable Climene 
» Ne montre que froideur & me regarde à peine. 

» Loin de moi , j'apprends que fon Cœur 

a Rend à mes feux plus de juftice : - ■ 

» Amour ! fouffres-tu ce caprice ? 
» N« fèrai-je jamais préfent à mon bonheur ! » 

Sage (Alain-René le), né à Rhuis en Bretagne l'an 1 677 , avait de 
l'efprit & de l'imagination. Il pofFédait plufieurs langues , entr 'autres , 
I'Efpagnol , & il traduifit de cette langue plufieurs romans (a) qui ont eu 
beaucoup de réputation. Sa comédie de Tutcaret eut un très grand fuccès , 
Se en a encore toutes les fois qu'on la joue. Le Sage a fait plufieurs jolis 
opéra-comiques avec d'Orneval , qui ont donné nailTance à ce théâtre 
abandonné depuis quinze ans. Il eut deux fils ; l'un nommé Mantmcnil , 
était un excellent Afteur comique. Après fa mort arrivée en 7743 -, le Sage 
alla palier le refte de fa vie chez fon fécond fils , Chanoine , à Boulogne- 
fur-Mer. Il y mourut en 1747. 

(a) GiJblas, le Diable boiteux, Gufman d'Alfarache, le Bachelier de Salarnanque , &:$■ 



» 



SUR LA MUSIQUE. 37* 

C H A' X S O N. 

« L'excès de la délicatefle • 
» Eft le poifon de la tendreflè j 
» Il faut de la crédulité. 

» Un amant nous jure 
» Que de nous il eft enchante : 

t» Fut-ce une impofture, 
» Croyons qu'il dit la vérité. 

» Il eft fouvent fâcheux 

» De s'y trop bien connaître : 
» Se croire heureux , 
»> N'eft-ce pas l'être » ï 

Epitaphe de le Sage. 

« Sous ce tombeau gît le Sage abattu 

Par le cifeau de la parque importune ; 
» S'il ne fut pas ami de la fortune! 
» Il fut toujours ami de la vertu ». 

Saint-Alphonse (de Vifmes de) , né à Paris, en.17.45, Lecteur du 
cabinet de S. A. S. Monfeigneur le Prince de Condé. 

Plufieurs fèces & plusieurs comédies de lui en profe & en vers ont été 
fort applaudies fur le théâtre de Chantilly , & méritaient de l'être , par la 
manière dont elles font écrites, &c par le charme inconcevable avec lequel 
plufieurs de ces pièces ont été 'rendues. 

Nous efpérons qu'on nous faura gré de rapporter ici quelques - uns de 

fes vers. 

CHANSON. 

« D'où vient donc quand je fomrneille 

p Ne rêvai-je qu'à Doris ! 

» D'oïl vient dès que je m'éveille 

» S'offre-t-elle à mes efprits ? 

» Souvent je veux m'en diftraire*: 

» Hélas ! j'ai beau le vouloir ; 

» Je vois que ma vie entière 

» Tient au bonheur de la voir. 

» Le foleil fait dans la plaine 
1» Fertilifer nos gueiêts, 

A a a i 



372 ESSAI 

» Du Zéphir la douce haleine, 
» Donne à Flore des attraits. 
u Ainfî , l'obj»t que j'adore 
» De mon fort règle le cours- 
» Dans fes yeux eft mon aurore,. 
» Et j'y cherche mes beaux jours. 

» Quel eft donc ce charme extrême, 
» Qui m'affervit à fa loi ; 
» Tout entier à ce que j'aime, 
» Je ne fuis plus rien pour moi. 
» Amour, je bénis mes chaînes, 
» Je me plais dans mes foupirs : 
» Ah ! quand on chérit tes peines ,' 
» On a droit à tes plaifirs». 

AUTRE. 

a Oui , pour toi , mon ame relient 

» L'amitié la plus pure ; 
» Te refufer ce fentiment,- 

» Serait te faire injure. 
» Mais pourquoi vouloir qu'en mon cœur 

» L'amitié feule brille? 
n De l'amour on la dit la fceur , 

» Fais la vivre en famille î 

» A l'amitié , pour t'obéir , 

» Si je fais rendre hommage , 
» Crois-tu que je lui puiffe offrit 

» Un culte fans partage ? 
» M'eft-il poflîble d'oublier 

» Que l'Amour qui me prefTe, 
» Dans mon ame né le premier , 

» Garde fon droit d'aîneffe ? » 

LA MATINÉE. 

« Loin du fracas de la ville , 
» Il eft un bofquet tranquille, 
» Séjour ouvert aux amans. 
» Là , toujours le Ciel propice 
» Annonce d'heureux momens : 
» Les ardeurs de l'écreviife 
» N'y fatiguent point les fens j 
» Et jamais le fagittaire, 



SUR LA MUSIQUE. 37J 

» N'a de fon regard auftere 

» Condamné ces lieux charmans ; 

» Mais fur de; monceaux de rôle t 

» L'aimable Flore en tout teins , 

• Avec complaifance expolc 

» Les témoignages conftans 

» Des carefTes du princems. 

» Ceft dans ce riant boccage 

» Qu'hier j'appellais Doris , 

» Doris qui feule m'engage. 

» Viens , difais-je , un cœur volage 

n N'aurait droit qu'à tes mépris: 

» Mais tu fais que mon hommage 

» Pur , fidèle & fans partage 

» D'amour mérite le prix. 

» A peine la jeune Aurore 

39 Du ciel quitte les pourprîs , 

» Et de fes beaux yeux encore 

» Les pleurs ne font pas taris t 

» Viens, 6 Beauté que j'adore, 
» Ceft à préfent que nos coeurs 
1» Du Dieu que Cythere implore 

» Doivent chanter les faveurs. 

» Sur l'orient qui s'éclaire , 

» Tombent des flots de lumière , 

■» De ces voûtes de faphir ; 

» Tandis que plus folitaire, 

» Ce bois , ami du myftère , 

» Nous invite au doux plaifir. 

» Viens donc , ô ma bien aimée r 

» Viens à mon ame charmée 

» Faire un fort digne des Dieux» 

» La Naïade fugitive 

s Qui s'échappant à nos yeux , 

» Porte encore à chaque rive 

» Le tribut înyftérienx 

» De fon onde moins aftive J 

» Dans fes détours finueux 

» Ne voulant être captive 

» Ni quitter de fi beaux lieux ; 

» Des Moineaux fëditieux , 

» La troupe bruyante & vive t 



S7h 



ESSAI 

» A la Linotte naïve 

» Peignant l'ardeur de leurs feux ; 

» Cependant que plus craintive , 

» Plus difcrete dans fes vœux , 

» La Colombe non loin d'eux , 

» Prête une oreille attentive 

v Au ramage douloureux 

» De Philomele plaintive ; 

» Et le Zéphir amoureux 

» Dont l'haleine parfumée 

» Fait de la terre embaumée 

» Un féjour égal aux deux, 

» Tout nous dit , ma bien aimée ,' 

» Que c'eft l'inftant d'être heureux, 

» Seule en ce tems précieux , 

» Tu manques à la nature : 

» Viens : que l'air encor s'épure 

» Par ton fourire divin. 

» Des amours l'aimable eflaim 

» Déjà fe plaint & murmure , 

*> D'un retard trop inhumain. 

» Qui t'arrête , quel deiïèin î 

» Eft-ce d'orner ta figure î 

» Ah ! tout ce qui fait charmer , 

t> Le Dieu qui nous fait aimer , 

d Te l'a donné fans mefure. 

» Te méfier de tes traits , 

i> Ce ferait lui faire injure. 

» Pour honorer fes bienfaits , 

» Pour lui rendre avec ufure 

» Tous les préfens qu'il t'a faits , 

» Prens une route plus sûre : 

» Dans les grâces du matin 

» Viens montrer la beauté pure 

u Que jamais de l'impofture 

» N'ofa profaner la main. 

» Sur l'albâtre de ton fein 

» LaifTe de ta chevelure 

m L'ébene ondoyant & fin 

» Se jouer à l'aventure. 

» Confie au Zéphir badin 

» Le détail de ta coëffure : 



SUR LA MUSIQUE. 37S 

d Zéphir , quoiqu'un peu malin , 

» Eft l'amant de la nature. 

» Qu'une élégante ceinture 

o Soit ton unique ornement. 

» Hier c'était ta parure : 

y> Que d'attraits ! que d'agrément! 

» En te voyant auflt belle , 

» Au fond du cœur je compris 

» Qu'aifément d'une mortelle 

» Les Dieux pouvaient être épris. 

» PuifTant maître du tonnerre , 

» M'écriai-je en ce moment, 

» Jette un regard tutelaire 

» Sur le plus fidèle amant. 

» Que ta volonté modère 

» A ton gré chaque élément ; 

» Difpenfe des loix au monde; 

» Que tes décrets éternels 

» S'élèvent du fein de l'onde. 

» Au trône des immortels, 

» Je ne prétens fur la terre 

» Que l'efpace feulement, 

» Qu'avec tant de grâce enferre 

n Cette ceinture légère , 

» Qui promet fi décemment 

» Tous les plaifîrs de Cythere, 

» Et dont le tifTu charmant 

» Sait fervir également 

» La pudeur de la bergère , - . 

» Et les defirs de l'amant ». 

Saint-Gilles , Sous-Brigadier de la première compagnie des Mouf- 
quetaires , quitta le fervice en 1706., après la bataille de Ramillies, 6v 
fe retira dans un couvent de Capucins , au grand étonnement de tout le 
monde. On a de lui des contes, des chanfons t des vaudevilles , & d'autres 
poéfies ingénieufes , imprimés dans un volume intitulé la Mufe Mouf- 
quetaire. Son frère mort en 174 5, à 85 ans, eft auteur de la tragédie 
ù'Ariarathe. 

Saint-Marc ( Lefevre de ) , a fait les paroles du Pouvoir de l'Amour 3 
tnufique de Royer 3 donné le 25 Avril 1743. 



375 E S S A I 

Saint-Mars ( Jean-Paul-André de ) , de la province de Guienne , elt 
encré Gentilhomme à drapeau dans le régiment des Gardes-Françaifes en 
1744. En 176Z , fa mauvaife fanté Ta forcé de quitter le fervice. 

Les lettres qu'il avait toujours aimées fans les cultiver , font venues 
alors a fon fecours pour remplir les loiilrs de fa vie , Se ont fait fa prin- 
cipale occupation. 

En 1770 Se 1771 , il a donné à la Cour Se fur le théâtre de l'Opéra , 
la fête de Flore , paftorale en un acte , qui eut le plus grand fuccès. 

11 donna enfuite Adèle de Ponthïeu 3 tragédie lyrique en cinq aétes , 
dont les deux mifes ont été également bien accueillies. Cet opéra, mis 
en ballet , pantomime par M. Novere , a eu auflî le plus grand fuccès à 
la cour de Vienne , Se dans plusieurs cours d'Italie. 

En 1 777 , il a donné à la cour le Langage des fleurs , comédie-ballet qui 
n'a point encore paru à Paris. 

Enfin il a été le premier à retoucher un des poèmes du Prince de nos 
Poctes lyriques. Il a travaillé Alcejle , de Quinault j en confervant feru- 
puleufement toutes les beautés de ce poe'me , en y changeant feulement 
ce que le goût avait proferit 3 Se en donnant une coupe différente à cer- 
raines parties , pour fervir plus avantageufement le Muficien & la Mufique. 

Ce poeme eft encore dans fon porte-feuille , ainli que plufieurs autres. 

Ce n'eft pas ici le lieu de parler de fes ouvrages d'un genre différent. 

Nous finirons en rapportant deux de fes chanfons , auxquelles on a donné 
la préférence , parcequ'elles femblent peindre avec vérité deux époques de 
fa vie. 

CHANSON. 

« Oui , l'Amour , jeune Glicere , 

» Charma fouveiu mes loiilrs. 

» Mais qu'une ardeur menfongerc , 

» Mais qu'une flame légère , 

» Sont bien loin des vrais plaifîrs 1 

» Par le feu de la jeuneflè 
» Mon cœur toujours emporté 
» Ne donnait dans fon ivreffe 
» Qu'un moment à la tendreffe , 
» L'autre à l'infidélité. 

Cent 



SUR LA MUSIQUE. m 

» Cent fois la folle inconftance 
» M'offrit les traits du bonheur, 
» Séduit par (on apparence , 
» J'y volai ; faufTe efpérance ! 
» Il n'était que dans ton cœur, 

» Dès que l'Aurore vermeille 
» Sort des portes du matin , 
«■ » Au bonheur qui me réveille , 

» Se joint celui de la veille 
» Et celui du lendemain ». 

AUTRE. 

« O toi qui portes dans les cœurs 
» Le bonheur & l'oubli des peines ; 
n Toi dont j'ai tant aimé les chaînes , 
» Que j'aime à peindre tes faveurs ! 
» Comment à chanter ta puilfance , 
» Amour , ne pas trouver d'attraits ? 
» C'eft fe parer de tes bienfaitts 
» Que t'offrir fa r^connaiffance. 

» Autrefois , au fein des defirs 

» Et du preftige où tu nous plonges , 

» J'étais bercé par d'heureux fonges 

» Et réveillé par les plaifirs. 

» Souvent dans une folle ivreffe , 

' » Je croyais plaire à vingt beautés. 

» J'ai mieux fenti les voluptés 

» Avec une feule niaîtrefle. 

» Vainement, dans foi} vol léger, 
» Le tems veut m'éloigner des belles. 
» Ne pouvant arrêter fes ailes , 
— » Tu m'appris à les diriger. 

» Je peins les plaifirs du bel âge , 
» Les tranfports du cœur & des fens j 
» Et dans mon ame je reifens 
» Les feux dont je trace l'image. 

» Par toi j'ai vécu fans langueur , 
» Et je vis toujours fans alarmes, 
Tome IF. Bbb 



378 ESSAI 

Pour qui fait connaître tes charmes, 
v> Il eft toujours quelque bonheur t 
» Je ne connus jamais l'envie , 
r> Et je vois de jeunes amans , 
» Comme un père voit fes enfans , 
î> Quoiqu'ils le chaffent de la vie ». 

/ 

Saintonge ( Louife -Geneviève Gillot de ), célèbre par fa beauté Se par 
fes talens pour la poélîe , était femme d'un Avocat. Elle naquit à Paris en 
1650, & y mourut le 2.4 Mars 171 8. Elle a fait un recueil de poéfies 
agréables , dont nous rapporterons quelques chanfons. 

Elle donna à l'Opéra, en 1693 , Didon, mufique deDefmarets; en 1694 y 
Circé , idem. 

C H A N S ON. 

« Ah! j'ai bien mérité mon funefte malheur j 
» Fallait-il me flatter de la vaine efpéranee 

» D'arrêter un amant trompeur î 

» Fallait-il compter fur un cœur 

» Que je devais à l'inconftance » ; 

AUTRE. 

« Il vous fîed bien , charmante Iris , 

» De calculer votre âge , 
» Lotfque les grâces & les ris 

» Sont fur votre vifage. 
» Votre teint vif eft du printems 

» Une image fidelle : 
» C'eft favoir arrêter le £ems 

» Que d'être toujours belle ». 

AUTRE. 

« Quand vous ne m'aimez plus , inconftante Bergère, 
>> Je voudrais me venger . de votre humeur légère , 

» Et fuivre mes tranfports jaloux. 
» Mais hélas ! mon amour appaife ma colère , 

» Et quand je «eue de vous plaire , 
» Je me trouve cent fois plus coupable que vous »- 



SUR LA MUSIQUE. $ 79 

AUTRE. 

« Un jour que ma cruelle 

» Conduilàit (on troupeau 

» Sur un charmant coteau , 

» Je foupirais pour elle r 

» Aux foupirs que je fis, 

n Sa cher ebrebi ette 
» Tourna les yeux de mon côté ; 
» Sa pitié parut indifcrete , 
» Elle en eut un coup de houlette. 

» Voyez la cruauté ». 

Sanadon ( Noël-Etienne ) , Jéfuite , naquit à Rouen le 1 6 Février 1 676 , 
profefla la Rhétorique à Paris 3 où il devint Bibliothécaire du collège de 
Louis-le-grand , & mourut le 21 Septembre 17335 a cinquante-huit ans- 
Sa traduction d'Horace eft fort eftimée. Il a laide plufieurs ouvrages, parmi 
lefquels on trouve des poéfîes françaifes ôc latines fort agréables. 

CHANSON. 

« Le Dieu qui répand la lumière 
» Va terminer fa courfe dans les flots , 
»> Et quitte le matin l'humide fein des eaux, 
» Pour recomme cer fa carrière. 
» Mais malgré l'ordre du deftin , 
» Qui lui fait éclairer le monde , 
» S'il couchait dans le vin , 
» Comme il couche dans l'onde , 
» Il ne fortirait pas de fon lit fi matin ». 

Santerre ( Jean-Baptifte Lourdet de ) , Maître des Comptes , né à Paris 
en 1732. Quelques légères productions de jeunefle lui procurèrent la 
connailTance de Crébillon le père , qui l'accueillit avec bonté , lui confacra 
des momens de loifirs , & quelquefois' même daigna plier fon génie mâle 
au foin de lui corriger des vers & des couplets d'Opéra-comiques. Pré- 
fenté par cet homme célèbre chez M. l'Abbé de Voifenon & M. Favart , 
il fe lia avec eux de l'amitié la plus intime & la plus folide. Ces deux 

Bbb 2 



3 îo E S S A I 

auteurs charmans voulurent bien cultiver fon goût pour les lettres, & il 
dut aux leçons & à la complaifance du dernier , l'avantage de mettre au 
théâtre quelques fcènes & quelques couplets faits par amufement. De la 
facilité pour le travail j une imagination gaie 3 Bc le defir de contribuer 
aux plailirs de fes amis 3 lui firent compofer plufieurs pièces ôc un grand 
nombre de fîtes qui ont eu du fuccès dans la fociété. 

CHANSON. 

« Dans ces fleurs , charmante Cataut , 
» Que j'aime à t'offrit ton image ! 
» Jamais mon coeur n'eft en défaut 
» Pour te rendre un (incere hommage. 
» D'un intérêt doux & prefTant 
» J'éprouve le charme puiffant. 
» Je fens , je fens bien 
» Que t'aimer eft le vrai bisu. 

» Du partage de fes bienfaits , 
» Si la fortune ofa t'exclure , 
» Ah ! m brilles de mille attraits ,' 
» Qui te vengent de cette injure. 
» La nature & l'amour exprès 
» T'enrichiflent à communs frais. 
» Je fens , je fens bien 
» Que t'aimer eft le vrai bleu. 

» Gentillette, candeur, gaîté 
» Forment ta dot & ta parure ; . 
» Ton aimable {implicite, 
» De Vénus vaut bien la ceinture : 
» Dans ton efprit & dans ton cœur 
» Sont les tréfors & mon bonheur. 
n Je fens , &c. 

» Par fes foins , chez toi chaque jour , 

» La tendre amitié me carefle, 

» Elle a les grâces de l'Amour , 

» Sa chaleur , fa délicateiTe ; 

» Mais plus confiante en fes defirs , 

s Le tems allure fes plaifirs. 

» Je fens , je fens bien , 
» Que t'aimer eft le vrai- bien », 



SUR LA MUSIQUE. 3 Si 

AUTRE. 

« Un jeune lis brille en nos champs 

» Entre les fleurs nouvelles , 
» Ainfî Thémire en fon printems 

» Eft la reine des Belles : 
» Sur un modèle fait exprès , 
» Nature a taillé fes attraits , 
» Un pied mignon , 
» Un œil fripon , 
» Une peau fine & blanche % 
» Souris naïf, 
» Air lefte & vif, 
» Mine lutine & franche. 
» Un cœur noble , fenfible & fier t 
■» Un elprit prompt comme l'éclair ,. 
» Douceur, 
» Candeur , 
» Gai té, 
» Bonté , 
» Dès qu'on la voit , il faut qu'on l'aime j 

» Elle plaît aux femmes même. 
» Un jeune lis , &c. ». 

AUTRE. 

« Du fentiment quand tu vantes les charmes ~ r 
» C'eft ton portrait que tu pares de fleurs : 
» A l'amitié l'amour cède fes armes , 
» Pour mieux régner avec toi fur nos cœurs, 

» Chez toi. nos jours font marqués par des fêtes ,., 
» Ton doux empire eft celui des bienfaits : 
» Par tes amis , tu comptes tes conquêtes , 
» Tu ne crains point de le perdre jamais ». 

A U T R E. 

u Jeune Beauté , dont la nature 
» Prit plaifir à former les traits, 
» L'art féduifaat de la parure 
» Ajoute encor à tes attraits S 



3 82 ESSAI 

» Qu'un voile modefte nous cache 
n De ton fein les créfors naiiïàus , 
» L'heureux amant qui le détache 
» Trouve leurs charmes plus puiflans. 

» D'une gaze légère & fine 

» Vénus couvre 'fa nudité ; 

» Mais l'œil fripon qui l'examine, 

» N'en échappe aucune beauté. 

» Voyez les Grâces ingénues , 

» Des plus doux appas , c'ert la fleur ?. 

» Elies ne forit qu'à demi-nues , 

» L Amour en fait tout fon bonheur ». 

Sarazin ( Jean-François }., né à Caen s était fils d'un Avocat du Roi Se 
Tréforier de France. Il fur Secrétaire des commandemens de M. le Prince 
de Conty , & mourut en 1657, difgracié de ion maître 3 pour s'être mêlé 
d'une affaire qui lui avait déplu. 

Sarazin était l'homme du monde le plus galant , le plus agréable Se le 
plus gai. 

C'elf lui qu'on a peint dans le roman de Clélie fous le nom d'Amilcar. 

C H A N S ON. 

« Tircis , la plupart des amans 
» Sont des imprudens 
» De tant pleurer , 
» Plaindre , foupirer 
» Et fe défefpérer. 
» Ce n'eft pas là pour brûler de leurs fiâmes 
» Le coeur des Dames ; 
» Car les amours 
» Qui font enfans , veulent rire toujours. 

» Il faut, pour être vrai galant, 
» Etre complaifant , 
» De belle humeur ,• 
» Quelquefois railleur , 
»Et quelque peu rimeur. 



> 
i 



SUR LA MUSIQUE. 5 8j 

» Le doux propos & les chanfons gentilles 

» Gagnent les filles } 

» Et les amours 
» Qui font enfans , veulent chanter toujours ». 

AUTRE. 

« Je vous donne avec grand plaifir 
» De trois préfens un à choifîr. 
» La Belle , c'eft à vous de prendre 
» Celui des trois qui plus vous duit, 
» Les voici , fans vous faire attendre , 
» Bon jour , bon foir & bonne nuit i, 

Savoyard (le) était un Chanfonnier célèbre vers l'année 1660, Se 
courait toutes les rues , en chantant une foule de chanfons dont on a fait 
un recueil de quelques-unes en 1665. Tout ce que nous favons de lui, 
c'eft qu'il était alors fort à la mode , & n'était pas fans mérite. Dans une 
de fes chanfons il dit qu'il eft Y Orphée du Pont-Neuf. 

CHANSON. 

« Vous êtes trop belle 
» Pour être cruelle ; 
» Ah ! je meurs d'amour 
» Ma belle inhumaine , 
» Soulagez ma peine , 
» On je perds le jour. 

» Pourquoi fe défendre, 
» Et ne rien comprendre 
» A tant de foupirs > 
» Aux âmes diferètes , 
» Us font interprètes , 
» De tous nos defirs. 

» Je ne faurais dire 
» Pourquoi je foupire : 
» Mes maux font adroits , 
» Ma flame eft fecr'ète , 
» Ma langue eft muète , 
• Mes yeux font diferets. 



3 84 



ESSAI 

» O rare merveille , 
» Beaucé fans pareille , 
» Votre empire eft doux : 
» Si je fuis à plaindre , 
» C'eft qu'il me faut feindre 
» Pour mieux être à vous. 

n La plus belle chofe 
» Que nommer je n'ofe , 
» Bit fous votre main j 
» Permettez, de grâce , 
» Que j'y prenne place 
» Jufques à demain ». 

AUTRE. 

ce Je fuis jaloux de ma Philis , 
» Je le chante &c je le dis ; 
» Mon amë eft fort inquiette , 
» Je le fais connaître à tous. 
» Ali ! fi vous être coquette , 
» Puis-je pas être jaloux ! 

» Je fuis de mauvaife humeur, 
» Je grimace à faire peur , 
y> Il eft vrai ; mais fi vous faites 
» A cent galants les yeux doux j 
» Je ne puis vous voir coquette 
» Sans vous paraître jaloux. 

» J'ai de la fidéliré 

» Autant que vous de beauté ; 

» Sachez mieux être diferete, 

» Cachez mieux vos rendez-vous, 

» Tant que vous ferez coquette , 

» Je ferai toujours jaloux. 

» Philis , mettons-nous d'accord , 
» Vous avez le premier tort. 
» Aimez-moi d'amour parfaite, 
» Et pour bien vivre entre nous,' 
» Ne foyez jamais coquette , 
» Je ne ferai plus jaloux », 



Saurin 



S U R L A M U S I Q V E. 38* 

Saurin ( Bernard-Jofeph ) , né à Paris, eft fils du fameux Géomètre de 
l'Académie des Sciences , qui fut accufé par Rouffeau d'avoir fait ces in- 
dignes couplets qui rirent tant de bruit en 1711 & 1711 , & à l'occafion 
defquels un Arrêt du Parlement , rendu le 7 Avril de cette année , bannit 
Rouffeau, Se juftifia Saurin. 

Son fils avantageufement connu par plufieurs pièces reftées au théâtre , f 
été reçu à l'Académie Françaife en 1761. 

Ce Philofophe fage , honnête & vertueux , fenfible aux charmes de 
l'amitié , a toujours confervé fes anciens amis. 11 a époufé en 1761 Mlle 
Sandras, connue par les charmes de fa figure & les grâces de fon efprit, 

C H A N S ON. 

« Vous , qui du vulgaire ftupide 

» Voulez écarter le bandeau , 

» Prenez Epicure pour guide 

» Et la nature pour flambeau. 

» Il n'invente point de fyftêmes ,' 

» Il ne fai: bannir que l'erreur ; 

» Et fi nous rentrons en nous-mêmei y 

» Epicure eft dans notre cœur, 

r> La nature , prudente & fage , 
» N'a jamais rien produit en vain ; • 

» Nos fens ont chacun leur ufage , 
» Ec nous devons tendre à leur fin. 
» Pour nous l'enfeigner, ia nature 
» Nous a fait préfem du defir ; 
» Par une route toujours sûre , 
» Il nous mené droit au plaifir. 

t> Mais le p!a : fir cette de l'être, 
» Dès qu'il ct-ffè d'être goûré ; 
» La débauche ne peut paraître 
. » Sars faire fuir la volupté. 
» Qu'on mêle avec délicaieffe 
» Et les {èns & le fentiment; 
» Et que Bacchus laiiTant l'ivrejTe,' 
» N'ait avec lui que l'enjouement. 
Tome IF, Cfc 



3 3<T ESSAI 

» Ton cœur eft épris Je Thémire ! 
» Thémire eft fcnûble à fon tour ; 
■» Tous deux dans un commun délire , 
» Cueillez les rofes de l'amour ; 
» A fervir l'ardeur de vos fiâmes 
» Employez l'été de vos ans ; 
-» » Et qu'à l'ivrefle de vos âmes 

» Se joigne celle de vos fens. 

» Que les ardeurs de la jeuneiïe 

» Se tempèrent avec Vénus ; 

» Que les glaces de la vieilieiïe 

» Se réchauffent avec Bacchus : 
» La vie eft un inftant qui paffe , 

» Malgré nous il va s'envoler , 

» Remplifïbns-eii du moins l'efpace , 

» Ne pouvant pas le reculer », 

AUTRE. 



« Soleil , précipite tes feux , 
a LailTe régner enfin la nuit & le myftere , 

» Thémire , pour me rendre heureux , 
» Veut que de fon flambeau l'amour feul nous éclaire." 

» Hàte-toi , termine ton cours ; 
» PuilTe-tu , t'oubliant au fein de ton amante , 
» Prolonger une nuit charmante 
Que ne vaudra jamais le plus beau de tes jours ». 



» 



AUTRE. 

« Fais-nous brûler de tes fiâmes , 

» Amour , c'eft l'unique bien ; 

» Qu'il eft doux d'unir deux âmes ! 

» Mais pour former ce lien , 

» Tendres amans , pour notaire , 

» Ne prenez que le plainr , 

» Pour témoins , que le myftere , 

n Pour prêtre , que le defir ». 



SUR LA MUSIQUE. 337 

AUTRE. 

« Vieillard la gloire de Tliéos , 

» Toi , dont l'heureux délire 
i> Célébrait & Naxe & Paphos , 

» Que n'ai-je en main ta lyre î 

• De Bacchus la douce liqueur 

» Confolait ta vieillerie , 
» Et jeune encore par le coeur,. 
» Tu chantais la tendrefle. 

» A table je fuis jeune aufll , 

» Quand une main charmante 
o Me préfeute d'un vin d'Aï 

» La mouffe pétillante. 
o Un feu maître de tous mes fens 

» Dans mes veines circule ; 
» Et Titon fous fes cheveux blancs 

» Croit devenir Hercule. 

» Sans trop regretter le paffé , 

» Du préfent faire ufage , 
» C'eft le parti le plus feufé 

» En tout tems , à ton; â^e : 
9 Doux objets qui (avez cl. armer, , 

» A vos coups je me livre , 
» Jeune , je vivais pour aimer , 

» Et vieux, j'aime pour vivre.' 

t> Mes Dames .- voilà trois couplets, 

» On les compte à mon âge. 
» Jadis en voyant vos attraits , 

» J'aurais pu davan ge, 

• Beauté, Reine de l'univers, 

» Je te rems mon hommage ; 
» Mais ne te plus fêter qu'en vers, 
» C'eft un trille partage o. 

Sauvigny ( Edine de ) , Chevalier de l'Ordre Royal Se Militaire de S. 
Louis j Cenfeur de la Police, Auteur du charmant roman de Pierre le Long 

Ccc z 



333 



ESSAI 



ôc Blanche Ba\u , qui eil un chef-d'œuvre de naturel , a fait plufieurs tragé- 
dies eftimées , & beaucoup d'autres ouvrages en vers & en profe qui affu- 

rent fa réputation. . • 

C H.A N S O N. 



« Garde-toi pour Ifabelle, 

r> Dit l'hymen , de foupirer; 

» Elle va m'êcre fidelle : 

n Car je l'en ai fait jurer. 

» Tu me caufes peu d'ombragç , 

» Répond l'Amour en riant ; 

» J'aurai fur toi l'avantage ; 

» Car j'ai fon premier ferment »« 

AUTRE. 
r Le Songe. 

a Je repofais fur la fougère; 
» Morphée avait fermé mes yeux ; 
» Je croyais être avec Glycere , 
» Et le plaifir m'ouvrait les cieux. 

» Minerve m'offrit la fageiTe , 
» Venus, les grâces, la beauté; 
» Hébé , la' fraîcheur , la jeunefiê ; 
» Mars , fes lauriers & fa fierté. 

» Bacchus dit , bois ; Apollon, chante , 
» Et prends ce luth, s'il t'a charmé. 
» -Tiens , dit Plutus , fi l'or te tente : 
» Amour roe dit, aime, & j'aimai». 

A , U T R E. 

« O mes ennuis , ô mes ennuis ! 
» Paillez-moi trêve , vous exi prie; 
» Sans en mourir, du tout ne puis 
» Vous endurer loin de ma mie : 
» Baillez-moi trêve, vous en prie. 
» Non que me plaigne de fouffrir ; 
» C'eft douceur que fouffrir pour elle : 
u Mais las ! fi me faites mourir , 
» J'ai peur que chagriniez ma belle »» 



SUR LA MUSIQUE. 38^ 

Scarron ( Paul ) j né à Paris, en 1610 , hls d'un Confeiller au Par- 
lement , fut toujours de la plus grande gaité _, quoique paiTant fa vie 
dans les fouffrances. Il était impotent & prefque toujours malade. Après 
avoir quitté l'état eccléiïattique , il époufa Mlle d'Aubigné , qui fut depuis 
la fameufe Mad. de Maintenon. Il fut aimé du Cardinal de Richelieu 
& d'Anne d'Autriche, & mourut à Paris le 14 Octobre 1660, empor- 
tant les regrets de tous ceux qui l'avaient connu. Quelques momens avant 
fa mort , voyant fes domeftiques en larmes autour de fon lit : « Mes 
5) amis, leur dit-il, je ne vous ferai jamais autant pleurer que je vous 
a> ai fait rire ». 

CHANSON. 

« Pliilis, vous vous plaignez que je n'ai point d'efpric 

» A vous parler de mon martyre : 
» Hélas ! ingnorez-vous qu'un mal que l'on peut dire 

» N'eft jamais fi grand qu'on le dit. 

» Un amant dit aiïèz quand il eft interdit , 

» Quand il languit, quand il îbupire : 
» Mais apprenez , Philis , qu'un mal que l'on peut dire ; 

» N'eft jamais fi grand qu'on le dit ». 

Scudery ( Magdeleine de ) , née au Havre j en 1 607 , vint de bonne 
heure à Paris , & fit bientôt parler d'elle par fon efprit, fes longs romans 
& fa rare laideur. Elle obtint des pendons du Roi , de la Reine Chriftine , 
du Cardinal Mazarin, &c. 

En allant en Provence avec fon frère _, ils couchèrent au pont du S. 
Efprit , & avant de s'endormir i Scudery demanda à fa fccur comment il 
ferait mourir un Prince qui était un héros du roman de Cyrus. Mlle de 
Scudery était d'avis qu'on lêmpoifonnât. Mais après plufieurs conteftations, 
il fut arrêté qu'on l'atTartinerait. Des Marchands qui couchaient dans la 
chambre voifine , ayant entendu ce débat , allèrent auili-tôt dépofer ce 
•prétendu complot chez le Juge de la ville. 

Le frère & la fœur furent arrêtés; & ce ne fut pas fans peine qu'ils 
obtinrent la permiilîon de continuer leur route. Elle mourut à Paris le z 
Juin 1701 , à quatre-vingt-quatorze ans. 



390 ESSAI 

CHANSON. 

« L'eau qui carrefTe ce rivage , 
» La rofe qui s'ouvre au zépliir , 
» Le veut qui rit Tous ce feuillage, 
» Tout dit qu'aimer eft un plailîr : 
» De deux amans l'égale flame 
» Sait doublement les rendre heureux ; 
» Les indirréiens n'ont qu'une ame j 
» Lorfque l'on aime , on en a deux ». 

Sur fon Portrait. 

* Naiiteuil , en faifant mon image, 
» A de fon art divin fignalé le pouvoir ; 

» Je hais mes yeux dans mon miroir , 
» Je les aime dans fon ouvrage ». 

% 

Sedainb ( Michel Jean), Secrétaire perpétuel de l'Académie d'Archi- 
tecture, n'eft entré que par hazard dans la carrière du théâtre. En 1754, 
Monnet , Entrepreneur de l'Opéra - comique , faifant mal fes affaires , 
engagea M. Sedaine à lui donner une pièce. 11 y confentit avec peine, 
& rit le Diable à quatre _, qui eut le plus grand fuccès. 

En 1758 , il donna aux Italiens Anacréon \ en 1759, à l'Opéra-comique , 
Blaife le Savetier , mulique de M. Philidor , dont le fuccès , avec rai- 
fon j fut prodigieux. 

L'Huître & les Plaideurs fut donnée la même année j &: , malgré fon 
fuccès , n'a point été remife au théâtre. 

En 1760 j les Troqueurs dupés , mufique de Sody', en 17 61 , le Jardi^ 
nier & fon Seigneur , pièce charmante & remplie de Muf que délicieufe : 
On ne s'avife jamais de tout, mulique de Monfigny , dont le fuccès fuc 
prodigieux, &: devint la caufe de l'union de l'Opéra-comique à la Comédie 
Italienne, qui fe foutenait à peine dans ce tems-là. 

On fit alors un effai qui ne rëuflit pas '■, ce fut de faire jouer à la cour 
On ne s'avife jamais de tout j par les Acteurs ded'Opéra : ce foeclracle fut 
détefta'ole. En 1761 , le Roi & le Fermier , qui tomba d'abord , Se eut 
enûiice le fuccès le plus foutenu. En 1764 j Rofe & Colas eut le même 



SUR LA MUSIQUE. soi 

fort , & ne fe releva qu'à la feptieme repréfentation , mais d'une ma- 
nière que jamais fuccès n'a été comparable à celui de cette jolie pièce. 

En 1764, par complaifance pour un de fes amis , l'Anneau perdu & 
retrouvé, qui n'eut point de fuccès. En 1765 , à la Comédie Françaife , 
le Philofophc fans le /avoir, pièce d'un genre fingulier , qui eut vingt- 
huit repréfentations de fuite. C'eft le feul ouvrage au théâtre, où le mot 
d'amour ne foit pas même prononcé. On donne fouvent cette pièce , qui 
fait toujours la même impremon. 

En 1766, la Reine de Golconde , opéra tiré d'un roman charmant de 
M. le Chevalier de Boufïlers. 

En 1768 , les Sabots , pièce en un acte , mufique de Duny. 

Même année , aux Français , la Gageure imprévue , en un aéte. A l'ex- 
ception du profit des onze premières repréfentations , M. Sedaine en a 
abandonné le produit , pour contribuer à l'éreclion d'un bufte de marbre 
du premier auteur comique de l'univers , 8c peut-être du feul Philofophe 
de fon hecle. 

En 1 j6ç) , le Déferteur eut un fuccès pareil à celui du Roi & le Fermier. 

En 1770 , Thémire, dernier ouvrage de Duny. 

En 1771 j le Faucon , mufique de M. de Monfigny. 

En 1 77 3 , le Magnifique _, mufîque de M. Grétry. La fcène de la Rofe 
eft une des plus jolies qui foient au théâtre. 

En 177$ , les Femmes vengées , mufîque de M. Philidor. C'eft une pièce 
charmante à voir jouer , & l'une des plus difficiles à mettre fur la fcène. 

En 1776, It Mort marié, mufîque de Bianki. 

En 1777 , Félix ou l'Enfant trouvé en trois aétes , mufiquedeM.de 
Monfigny , n'a eu que cinq repréfentations , &z doit être bientôt remis au 
théâtre. 

M. Sedaine a fait encore deux grands opéra , dont M. de Monfigny a 
fait la mufique, & qui, probablement, feront bientôt donnés: 

Il a fait aufîî avec M. Grétry un opéra-comique en quatre acles , inti- 
tulé Aucaffin & Nicolette } pris d'un fabliau , Se mis en langue moderne 
par le favant M. de Sainte^-Palaye.. 

M. Philidor a aulîî de lui un opéra nommé Protogene. 

Enfin il a effayé une tragédie en cinq aétes «Se en profe , intitulée Marcel 
& Maillard ou Paris fauve , & n'a pu parvenir encore à obtenir la per- 



3pa ESSAI 

million de la faire repréfenter. M. Sedaine a fait imprimer deux volumes 
de pièces fugitives 3 d'où nous avons tiré les chanfons fuivantes. 

C H A N S ON. 

s Croiflèz , feuilles, croiiïez , le Printems vous l'ordonne g 
» Sous votre ombrage appeliez les zéphirs : 
» Ce verd gazon me fert déjà de trône : 
» Servez de dais à mes plaifirs ». 

AUTRE. 

« La fortune S: fes largelTes 
» N'exci:ent point mes defirsj 
» A la place des richefTes , 
» J'en ai reçu des plailirs, 
m Plaiîîr vraiment déleftablej' 
» t plus précieux que l'or. 
» Ma compagne eft agréable > 
•> Oui , ma femme eft un tréfbr. 

» Nous vivons afTez à l'aife 

■ Dans un petit cabinet; 

• Car nous n'avons qu'une chaifej 

» Près du lit un tabouret; 

» Mais dans ce lieu délectable 

» Que fa préfence embellit. 

» L'appétit nous met à table; 

s» Et l'amour nous met au lie. 

» Nos repas font peu fuperbes; 

» Tout eft Ci cher à préfent; 

u Mais ma femme avec des herbeï 

» Sait me renvoyer content ; 

» Chaque morceau qu'elle touche 

» Prend d'elle tant de faveur, 

» Qu'il femble fait pour ma bouche 

» Encor moins que pour mon coeur, 



» Ma femme toujours opine 
9 pour ménager quelque fous, 



Nous 



IUR LA MUSIQUE. 3n 

» Nous ne buvons que cliopine 
» Chaque repas entre nous} 
» Mais quoique vin de taverne 
» Et fouvent trop bas percé, 
» Il vaut mieux que le Falerne 
m Quand par elle il eft verfé. 

» Nous avons bien de la peine, 

u Nous la prenons fans regret ; 

» Car le poids de notre chaîne 

» S'allège par fon objet. 

» Dans nos travaux même zèle, 

» Nous foutient & nous conduit ; 

» Quand mon cœur dit, c'eft pour elle, 

•> Le fien répond, c'eft pour lui ». 

LÉANDRE & HÉRO, 
Romance. 

« Pourquoi pafTer à la nage? ■ • 
n N'avait-il point de bateau ? 
» En amour qu'on eft peu fageî 
n Pourquoi ritquer ce pafTage 
>» La nuit, au milieu de l'eau? 

• Dès que Héro vit Léandre , 
» Léandre fut fon amant. 
» Se regarder d'un air tendre , 
» Soupirer, parler, s'entendre, 
>• Fut l'ouvrage d'un moment. 

» Demeurez-vous loin , la Belle ? 
» N'êtes- vous point d'Abidos ? 
w C'eft vrai, reprit la Pticelle, 
» J'habite cette tourelle 
» Tout vis-à-vis de Seftos. 

» Quoi donc ! dans cette tourelle , 
» Ah ! fi vous vouliez ce foir , 
» Y placer une chandelle; 
» Je le veux bien , lui dit-elle, 
» Mais Léandre , il fait bien noir. 
Tome W. Ddd 



m 



ESSAI 

» Quoique la mer nous répare, 

» Puis-je craindre le danger ) 

» Le flambeau qu'amour prépare 

a Saura me fervir 3e phare , 

» Ec de plus je fais nager. 

» Le foir même fa lumière 
» Lançaic un éclat tremblant. 
» A ce fîgnal qui l'éclairé 
» Léandre fend l'onde amerej 
» Le defir volait devant. 

» Sur l'autre bord il arrive ; 
» Héro reçoit fon vainqueur ; 
» Que de baifers fur la rive, 
» La tendrefïè la plus vive , 
» En difait moins que fon cœur. 

» Pendant quelques nuits de fuite 
» Il va la voit conltamment , 
t\ Plein de l'amour qui l'excite, 
» Il allait toujours fort vite; 
» Mais il revenait lentement. 

m Une nuit , Ciel ! quel orage ! 

>♦ La mer fe gonfle, mugit, 

» Qu'importe , il s'élance , il nage } 

» Mais quel horrible préfage ! 

» Le clair flambeau s'éteignit. 

» Le flot l'emporte, l'entraîne, 

» En vain il étend les bras ; 

» Il fuccombe, il perd haleine $, 

» Il meurt en pleurant la peine 

» Que va caufer fon trépas. 

» Le matin Héro tremblante 

» Jette les yeux triftement , 

» Sur les bords ... Sa vue errante . 

» Dieux ! quel objet d'épouvante ! 

» Ciel ; ô Ciel ! c'eil mon Amant. 



SUR LA MUSIQUE. 3P ; 

» La mort feule k fa fouffrance 
» Donna du foulagemenc. 
» Dans pareille ciçconftance , 
» Nos femmes fauraient en France 
» Se confoler autrement ». 

Segrais ( Jean-Renaud de ) , célèbre Poé'te Français, l'un des Quarante 
de l'Académie Françaife , naquit à Caen en 1625 , 8c devint premier 
Echevin de cette ville. Le Comte de Fiefque l'emmena à Paris , & le fit 
connaître à la cour. Il devint enfuite Gentilhomme ordinaire de la Du- 
cheffe de Montpenfier , & quitta fa maiïbn , pour n'avoir pas approuvé 
le mariage de Mlle de Montpenfier avec M. de Lauzun. 

Mad. de la Fayette le retira chez elle , &c ce fut alors qu'ils travaillèrent 
cnfemble aux romans de Zaïde & de la PrincefTe de Cleves. Enfin il fe 
retira à Caen , & y époufa une riche héritière de fes parentes. 

L'Académie de cette ville , qui était difperfée depuis la mort de M. de 
Matignon fort protecteur , fe réunit chez Segrais , Se y prit la forme qu'elle 
a confervée depuis. 

On a de lui plufieurs ouvrages de poéfies , dont quelques-uns font eftimés. 
• Cet homme aimable mourut à Caen le 15 Mars 1701 , à foixante-feize 
ans. 

CHANSON. 

« Timarete s'en eft allée, 
1» L'ingrate méprifant mes foupirs & mes pleure , 

» LaifTe mon ame défolée 

» A la merci de fes douleurs. 
» Je ti'efpérai jamais qu'un jour elle eût envie 
• De finir de mes maux le déplorable cours ; 

» Mais je l'aimais plus que ma vie , 

» Et je la voyais tous les jours ». 

Seg Monfieur ). 

C H A N S ON 

« Point ne voudrais, pour bien paffèr ma vie, 

» Des riches dons du rivage indien ; 

• Point ne voudrais des parfums d'Arabie 

Ddd z 



S?S ESSAI 

» Ni des tréfors du peuple Lybien , 

r> Il ne me faut que l'amour de ma mie , 

» Pour moi fon cœur eft le fouverain bien. 

» D'être un héros point ne me glorifie ; 
» Pour guerroyer , je fuis trop citoyen. 
» Que le Français difpute l'Acadie , 
» Que le Hongrois batte le Pruflïeu , 
»> Il ne me faut que le cœur de ma mie ; 
» Voilà mon trône , & le refte n'eft rieni 

» Point ne voudrais de belle galerie 

» Ni des beautés de l'art athénien ; 

» L'art de Rubens ne me fait nulle envie; 

» Point ne voudrais primer le Titien : 

» Il ne me faut qu'un portrait de ma mie. 

» Ah ! fi je l'ai , je ne defire rien, 

» De l'art des vers je n'ai peint la manie, 

» Je connais peu le Mont Aonien : 

» Mais de rimer , s'il me prend fantaifîe , 

» Chez les neuf Sœurs je n'emprunterai rien : 

» Il ne me faut que fbnger à ma mie; 

» Pour fon nom feul , je rime & chante bien. 

» Je ne veux point de la philofophie : 

» Elle eft trop froide , & d'un trifte entretien ; 

» Je ne veux point favoir l'aftrologie , 

» L'état des cieux à mon cœur n'apprend rien : 

i» Il ne me faut qu'un regard de ma mie , 

» C'eft là mon aftre , il me guidera bien. 

» L'amour fait feul le bonheur de ma vie , 
» L'efpoir de plaire en eft le vrai foutien ; 
» Qu'un autre amant vante la pharmacie , 
h Ou rende hommage au fameux Gallieu : 
» Il ne me faut qu'un baifer de ma mie ; 
» Mon cœur renaît , & je me porte bien. 

» Souvent j'ai pris un peu de jalouhe : 

» Quand on eft rendre , on eft Pyrrhonien ; 

» Dans les tranfports de . cette frénéiîe 



SUR LA MUSIQUE. 397 

» Tout nie fait peur , difcours , gefte , maintien : 

n II ne me faut qu'un fouiis de ma mie , 

» Mon cœur s'appaife, & je ne crains plus rien. 

» Si quelque crainte alarme mon génie , 
» C'eft l'abandon d'un cœur comme le n'en j 
» Tous les delîrs de mon ame attendrie 
» Sont d'infpirer un feu femblable au mien. 
» Il ne me faut que conferver ma mie : 
i) Plaire toujours , c'eft le nœud gordien ». 

.AUTRE. 

« Un enfant plein de charmes 
» Hier vint m'embralïêr j 
» E; me dit tout en larmes : 
» On vient de me cliaiïar : 
» L'inconftante Lucille 
» M'accable de froideur, 
»> Ah! je n'ai plus d'azile , 
» Berger que dans ton cœur. 

» N'en es-tu pas le maître , 

» Lui dis-je en foupirant ? 

» Viens donner un— nouvel être 

» Au plus fidèle amant : 

» A ces mots , de mon ame 

» Il s'empare en vainqueur , 

» Et j'ai fenti fa flame 

» Redoubler mon ardeur. 

» Amour, refte fans ceiïè 
» En dépôt dans mon cœur : 
» Flatte encor ma tendrefTe 
» Par l'efpoir du bonheur. 
» Un jour fi l'infidelle 
» Retournait à ta loi y 
• Pour moi , fais auprès d'elle 
» Ce que je fais pour toi »» 



398 E S S A l 

AUTRE 

a Pourquoi te plaindre Titire? 
» Ne vois -tu pas que toujours 

• A tes chants , à tes difcours , 
» J'applaudis par un fourire. 

» Un fouris n'eft rien , 
» Je voudrais, Thémire. ... 
» Ah ! tu m'entends bien, 

» Senfible au cruel martyre 
» Que te caufa ton amour , 
» Ne vois-tu pas qu'à fon tour 

• Mon cœur en fêcret foupire ? 
» Un foupir n'eft rien, 

» Je voudrais , &c. 

» Dans mes yeux tu n'as qu'à lire t 
» Si tu m'aimes tendrement, 
» Pour appaifer ton tourment , 
m Ce regard feul doit fuffire ; 
» Un regard n'eft rien , 
» Je voudrais , &c. 

e Je vois où ton cœur afpire ; 
» Eh bien ! pour ce contenter 
» Tout ce qui peut te flatter , 
» Je fuis prête à te le dire : 
» Un difcours n'eft rien , 
» Je voudrais , &c. 

• Ma raifon perd ion empire , 
» Je n'écoute que tes vœux , 
» Mon berger, te voir heureux 
» Eft tout ce que je defire : 
» Ce defîr n'eft rien , 
» Je voudrais , &c. 

» A ce que mon cœur m'inipire, 
*> Je me livre fans retour ; 
» Sous les forces de l'amour , 



SUR LA MUSIQUE. ^99 

» Le trop faible honneur expire. 
» Bon , l'honneur n'eft rien , 
» Le plaifir, Thémire, 
» Voilà le vrai bien », 

SenecÉ ( Antoine Bauderon de ), naquit à Mâcon le 17 Odtobre 1645 , 
d'un Lieutenant général au Préfidial. 11 devint à trente ans premier valet- 
de-chambre de la Reine , femme de Louis XIV. Ayant perdu fa charge 
par la mort de cette Princefie , la Duchefle d'Angoulème le reçut chez 
elle avec fa nombreufe famille , Se le garda pendant trente ans jufqu a fa 
mort , qui arriva en 1713. Cette Princelfe était bru de Charles IX , ayant 
époufé le Duc d'Angoulème j fils de ce Monarque Se de Marie Toucher. 
11 n'eft pas commun de mourir cent trente-neuf ans après fou beau-pere. 
Il eft vrai que le Duc d'Angoulème n'était né qu'après la mort de fon 
père , qu'il était fort vieux lorfqu'il fe remaria en fécondes noces avec 
Mlle de Nargonne , Se que fa femme vécut près de cent ans. 

Senecé retourna à Mâcon, Se y mourut le 1 Janvier 1737, âgé de 
quatre-vingt-quatorze ans. Son conte du Kaimak eft un ouvrage excellent 
Se digne de la Fontaine , quoique d'une autre manière. On a de lui 
plufieurs pièces de vers agréables. 

C H A N S ON. 

a Amour , perce de mille traits 
» Un cœur tendre & fidèle ; 
» La blefiure que tu fais 

» N'eft point mortelle. 
» Dans mon tourment , 
» Les yeux d'Iris m'ont appris à me plaire J' 
• Et la douceur de les voir un moment, 
» Du mal que tu peux faire, 
» Confote aifément ». 

Serre ( Jean-Louis-Ignace de la ) , né en Quercy en 1 GCi 3 fut Cen- 
feur Royal , & homme de bonne compagnie. Il donna à l'Opéra , en 
1706 , Polixene , mufique de Colaffe ; en 1730 } Diomede , mufique de 
Bertin ; en 1710, Polidore 3 mufique de Batiftin } en 1713, Pirithoùs , 
mufique de Mouret j en 1716, Pyramt & Thisbé ^ mufique de Rebel Se 



4 oo ESSAI 

Francœur 5 en 1719» Tarjïs & Zellc , ide/n, en 1 74 1 , Nie eus t mufique 
de Mion. 

Il mourut le jo Septembre 1756 , âgé de quatre-vingt-quatorze ans. On 
a de lui plulîeurs romans , Se une traduction des Défefpérés d'Ambrofio 
Marini. 

Suse ( Henriette de Coligny , Comteffe de la ) était fille du Maréchal 
de Coligny-Châtillon , époufa en premières noces le Comte d'Hadinchton, 
Ecoiîàis. Son mari étant devenu jaloux à l'excès , voulut l'emmener dans 
fes terres ; mais elle fe fit catholique pour ne plus dépendre de lui : ce 
qui fit dire à la Reine Chriftine , quelle avale changé de religion pour ne 
voir fon mari ni dans ce monde ni dans l'autre. Cependant toujours tour- 
mentée par la jaloufie de fon mari , elle lui offrit vingt-cinq mille écus 
pour fe démarier ; il y confentit j & le mariage fut caffé par un Arrêt du 
Parlement. Elle eut toute fa vie le cœur auflî galant que l'efprit. 

Le Maître des Requêtes Fieubet , fit fur elle ces quatre vers charmans. 

« Quœ Dca fublimi rapitur per inania Curru ? 
» An Juno , an /'allas ? Num Venus ipfa venit t 
» Si genus infpicias , Juno : fi feripta , Minerva ; 
» Si fpecies oculos , Mater amoris erit ». 

Elle mourut à Paris, le 10 Mars 166} , Se nous a laine quelques poéfîes 
tendres & délicates. 

CHANSON. 

« Je ne peux plus penfer qu'aux peines que j'endufe" , 

n Je prends même plaifir d'irriter ma bleffure ; 

» J'entretiens des penfers que je devrais bannir j 

» Je pouffe des fanglots que je veux retenir , 

» Lorfque l'on parle à moi , je ne (aurais rien dire , 

» Je rêve , je languis , je pleure , je foupire. 

» Au feul nom de Tircis je change de couleur , 

» Quand il eft près de moi, j'ai bien moins de douleur j 

» Si-:ôt qu'il eft parti , je ne fuis plus la même. 

» D'où vient ce changement? n'eft-ce point que je l'aime ». 

AUTRE. 



SUR LA MUSIQUE. ^aï 

AUTRE. 

« Babet , qui que tu fois , que tes lettres (ont belles ! 
» Que pour toucher les cœurs elles ont de pouvoir ' 

» Ce font des beautés naturelles 

» Qu'on ne fe laiïe point de voir. 
• Quand Tircis , infenfible aux accens de ma lyre , 
» Pour ne pas m'écouter , portait ailleurs les pas, 

» Que ne te connajfl"ais-je , bêlas '. 

» Tu m'aurais appris à lui dire 

» Ce que je ne lui difais pas ». 

Tanevot ( Alexandre ) j Cen.fei.ir Royal , né à Verfailles , en 1691 , 
pana foixante ans de fa vie dans les bureaux des finances. Cependant à 
peine fa fortune fuffit-elle pour payer fes dettes , quoiqu'il eut toujours 
été fage. Les Mufes firent tout fon bonheur. On a de lui plufieurs tragédies 
Se différentes pièces de poéfie où l'on trouve du talent. Voltaire en faifait 
beaucoup de cas , &c fut fon meilleur ami pendant plus de cinquante ans. 
Ce vertueux Littérateur mourut à Paris en 1775. On dit qu'il eut part à 
l'opéra des Caractères de l'Amour. 

Théophile , furnommé Viaud , naquit à BouiTefes-Ste-Radegonde • 
près d'Aiguillon, en 1590. Accufé d'athéïfme , il fut mis pendant deux 
ans à la conciergerie , dans le même cachot que Ravaillac , puis banni 
par le Parlement ; mais M. de Montmorency le retira dans fon hôtel, où 
il mourut le 25 Septembre 172.6". 

chanson: 

« L'infidélité me déplaît , 
» Et mon humeur juge qu'elle eft 
» Le plus noir crime de la terre : 
» Lorlque les Dieux firent venir 
» Les premiers éclats du tonnerre , 
» Ce ne fut que pour la punir. 

» La DéefTe qui fait aimer , 
>3 Des flots de l'inconflante mer 
Tome IF. Eee 



^02 ESSAI 

» Sortit à la clarté du monde : 
» Or Vénus , fi ton doux flambeat7 
» Fut venu d'ailleurs que de Tonde , 
» Sans doute il eût été plus beau, 

» Ce qu'un hiver a fait mourir , 
» Un printems le fait refleurir , 
» Le deftin change toutes chofes t 
n Mais mon amitié feulement ', 
» Vos beaux lys & vos belles rofeS 
» Dureront éternellement »• 

EPIGRAMME. 

u Grâce à ce Comte libéral 

» Et à la guerre de Mirandej 

i> Je fuis Poète & Caporal , 

» O Dieux ! que ma foi tune eft grande \ 

» O combien je reçois d'honneur 

» Des fentinelles que je pofe ! 

» Le fentiment de ce bonheur 

» Fait que jamais je ne repofe : 

» Si je couche fur le pavé , 

» Je n'en fuis que plutôt levé ,' 

» Parmi les troubles de la guerre j 

» Je n'ai point un repos en l'air ; 

y> Car mon lit ne faurait branler 

» Que par un tremblement de terre », 

AUTRE. 

« Iris fans cefTe m'importune 

» Pour fa comparer au foleil ; 

» Il eft commun, elle eft commune J 

» Voilà ce qu'ils ont de pareil »« 

Thomas ( Antoine ) , né à Clermont en Auvergne, en 1734, & reçu à 
l'Académie Françaife en 1766, après avoir remporté tous les prix qu'il avaic 
difputés , auteur de plusieurs ouvrages , & , entr'autres , d'un effai fur les 
éloges , très-eftimé , travaille à un poème fur le Czar Pierre , dont on 
connaît quelques vers de la plus grande beauté. 

ii a donné à l'Opéra, en 1767, Amphion , en un aûe, 



SUR LA MUSIQUE. 403 

C H A N S O N. 

« Tandis que de nos bocages 

» L'hiver ternit les couleurs , 

t> Que l'ait a fous ces ombrages 

» Créé des berceaux de fleurs ? , 

» Ah ! je ne puis méconnaître 

» Le Dieu qui les reproduit : 

» Le plaifîr les fait renaître , 

» Lorfque l'hiver les détruit, 

» Ici , le plaifir raiïemble 

» Bacchus , l'Amour & les Jeux a 

» Ici folâtrent enfemble 

» Les plus aimables des Dieux. 

x> Sous cet éclatant feuillage , 

» Cent beautés que j'appercois ,' 

» Sont des rofes du même âge ; 

» L'ceil héfite fur le choix. 

n Parcourez ces fleurs nouvelles; 
» Vous dont le cœur fait aimer 
» Au milieu de tant de belles , 
» Il eft doux de s'enflammer. 
» Propos tendres, foins aimables 4 
u Prodiguez tout en ce féjour , 
» Et femez autour des tables 
» Les jolis riens de l'Amour. 

» Le jeune Zéphir carefle 

» Trente rofes à la fois ; 

w Comme lui volez fans celle : 

» D'un café ce font les loix. 

» Ne choifir qu'une bergère , 

» C'eft être injufte envers cent : 

» Lorfque toutes favent plaire t 

» C'eft vertu d'être jnconftant, 

» Aux clartés étiucellautes 
» De ces flambeaux allumés ; 
» Les beautés font plus brillantes y 
Leurs yeux font plus animés. 

Eee * 



*°4 



ESSAI 

» Par de fecretes magies , 
» Tous les fens font excités : 
» Le jour tremblant des bougies 
» Eli le jour des voluptés, 

» Ici la coquette attire , 

» La dédaigneufe fourit , 

•» L'indifférente foupire , 

» La rêveufe s'attendrit , 

» La nymphe, fans rien connaître; 

» Cependant fe fent charmer , 

» Et fon cœur commence à naître ; 

c Car c'eft naître que d'aimer, 

» Belles , l'Amour fur vos traces 

» Fait pétiller fon flambeau ; 

» Pour mieux contempler vos grâces J 

» 11 fouleve fon bandeau. * 

» Dans vos yeux , mettez fa flamme . : 

» Dans vos pas , fes mouvemens ; 

» Par l'efprit régnez fur l'ame , 

» Par les ckarmes fur les fens. 

» Sur-tout délirez de plaire ; 

» Vous plairez par ce défît ï 

» Il fixe une ame légère j 

» Il enchaîne le plaifir. 

» A cet ordre efi-on rebelle i 

» L'efprit perd de fon refTort ; 

» La beauté même eft moins belle s 

» Et l'Amour baille & s'endort. 

» L'Amour qui , dans cette fête ; 
» Pas à pas fuit la beauté , 
» Peut trouver le tête-à-tête 
» Au lein dé la liberté. 
» Souvent le Dieu du myftere; 
» Dans le bruit vient s'arrêter , 
» Et la foule eft folicaire 
» Pour qui fait en profiter, 

» LaifTez la raifon boudeufe 
»» Seule à l'écart dans un coin : 



SUR LA MUSIQUE, jpj 

» Ou du moins fi la grondeufe 
» Vous fuit, que ce foit de loin.' 
» Le Dieu qui , pour la jeuneffe , 
» Créa les tendres defirs j 
» Fit le jour pour la lageflè , 
» Mais la nuit pour les plaifirs ». 
• 
Thybergeau ( Mad. ) était la célèbre Mademoifelle de Sillery , chante© 
par la Fontaine. 

» Car , afin que l'on le fâche j 
» C'elt Sillery qui s'attache 
» A vouloir que de nouveau 
» Sire Loup , lire Corbeau , 
» Chez moi fe parlent en rime : 
» Qui dit Sillery , dit tout ». . ■ 



i 



Mad. Thybergeau a vécu jufques dans un âge fort avancé , eonfervant 
toutes les grâces de fon efprit. Elle a laine plufieurs petites pièces charmantes > 
qu'il ferait bien à defirer qu'on recueillît. 

C Ù A N S ON. 

v Tant doux plaifirs qu'offre la rêverie J 
» Jeux de l'efprit , brillante oifiveté , 
» Paifible oubli des peines de la vie y 
» Combien plaifez à mon ame ravie ï 
» Je ne connais d'autre félicité, 

» On m'a bien du j tant doute rêverie J 
» Jeux de l'efprit , riante oifiveté , 
» Par trop fouvent rendent l'ame attendrie \ 
» C'était ainfi que vivait Egérie 
» Avec Lifis ; il en a profité. 

» Moi , je réponds , flatteufe rêverie ; 

» Jeux de l'efprit, doux emploi du loifir^ 

» Font jufqu'ici le charme de ma vie ; 

» Pour un Lifis devenir attendrie , 

b Peut-être encore eit-çe un plus grand plaifir »s 






40& 



ESSAI 



Tour ( la ) , mort en 1759 , cV connu feulement par cette chanfon ; 

« Quand vous venez dans nos vergers , 
» Voyez les maux que vous y faites ; 
» Vos yeux font mourir les bergers , 
» Et votre 'goficr les fauvettes. 
» Qui chantera donc le printems , 
» S'il n'eft plus d'oifeaux ni d'amans ? 9 

Touraille (M. le Marquis de la ), .Gentilhomme de S. A. S. Mgr. 
le Prince de Condé. Un grand fond de gaité , une tournure originale 
& le talent fi rare , quoique fouvent affecté de la . narration , l'ont tou- 
jours fait chérir dans les fociétés où il a vécu. Après avoir rempli avec 
honneur ce qu'il devait à fon nom , il a abandonné fes loifirs à l'étude 
& aux belles-lettres. Fidèle au principe qu'il avait foutenu dans une Lertre 
à Duclos , que l'exercice des lettres pouvait honorer toute forte de pro- 
feilions. Nous avons de lui quelques pièces fugitives , où il y a de la 
grâce , de la facilité & de la philofophie , & qui font regretter qu'il 
n'ait pas cultivé avec plus de fuite l'accueil qu'on lui faifait au ParnafTe, 

Les dangers du ppint du Jour, 

€amtatiii,e, 

Relit* 

* Aminte au lever de l'Aurore 
» Voulant prolonger fon erreur, 
*> Du tendre Berger qu'elle adore i 
» Gardait l'image dans fon cœur : 
a Son cceut en foupirait encore », 

Air. 

et Douce nuit, reviens fur tes pas 2 

» Et rappelle cet heureux fonge , 

» Mon amant était dans mes bras, 

B Ah ! Dieux .... ce n'était qu'un menfonge »# 

Récit, 

ci AUifi la belle, à fes accens 
» Mêlait un pénible murmure j 



SUR LA MUSIQUE. 307 

» Sentant les feux de la nature 

» Htinceler dans tous les fens ... ; 

» Mais déjà l'horifon s'éclaire , 

» Tout s'anime & fe reproduit ; 
» Et du flambeau du jour , la belle avant-couriere 
s> Prefle vers l'occident les ombres de la nuit ; 
» Pourquoi faut-il que tout ce qui refpire j 

» Difait Aminte en fa douleur , 
*> Des charmes du matin chante le doux empire ,' 
» Quand je reproche au jour ma timide langueur ï 

« A l'Amour je rendais hommage 

» Dans le filence de la nuit , 
tt Et malgré moi , des pleurs inondent mon vifage ; 
» Quand je perds une erreur que j'aime & qui s'enfuit »4 

Air. 

p Amour , viens confbler cette jeune Bergère \ 
» Viens calmer fon cœur agité. 
» De ta main facile & légère 
» Sèche les pleurs de fa paupière 
» Par le feu de la volupté , 
» Et mets au lieu de la chimère 
r> Une plus douce vérité,.... 

Récif. 

» Ah ! mais du fèin de ce plaifîr fùprêmej 
v Dont le tendre amour le combla , 
» Elle perdit le plaifïr même 
» Avec l'Amour qui s'envola* 

Air. 

j> Confervons fans ceiïè l'attente 

» D'un bien que notre cœur pourfuic J 

»> Souvent la vérité détruit 

» La douce erreur qui nous enchante nj 

A Madame la M. de V^ 

« Le plaifir qu'on goûte chez vous , 

» Pour quiconque s'y livre , 
J> Eit mêlé d'un poribn (î doux , 

ï> Que bientôt on s'ennivre» 



4©S ESSAI 

9 On croirait avec sûreté 

» Dans une erreur extrême , 

» Ne révérer que la bonté, 

» Ceft la Beauté qu'on aime. 

» Il faut prononcer à genoux 

« Le nom de Belle Se Bonne î 
» Les Dieux en feraient-ils jaloux , 

» Quand la vertu l'ordonne ? 
» Le ciel en formant tant d'appas , 

» Excite nos louanges ; 
» Et fans doute il ne défend pas 

» Qu'on fête ici les Anges, 

» De tous ceux qu'amour a fournis 
» A votre loi févere , 

»> A qui donnerez-vous le prix 
» Un jour fur la fougère? 
» Mais foyez fage , s'il le faut t 
» Gardez cette chimère ; 
» Et mêlez un petit défaut 
» A tous les dons de plaire ». 

CHANSON. 

* Plus j'e vous vois, plus j"e vous aime, 1 
» Rien n'eft égal à mon ardeur : 
» Hélas ! que n'aimez-vous de même , 
» Que ne fixez-vous votre cœur î 

» Mais je vois mon erreur extrême , 
» Et l'objet dont vous rafollez j 
» Narciiïe n'aima que lui-même ; 
i» Et c'efl ahifi que vous aimez, 

» Pour finir ma cruelle peine 
» Et rendre mon fort fans égal , 
» Par pitié, charmante Climène, 
» Abandonnez-moi mon rival ». 

AUTRE. 

a De la philofophie auftere 
» J'ai trop écouté la leçon ; 



Elle 



SUR LA MUSIQUE. ±o- 9 

» Elle dit que ce qui peut plaire 
» D'un jeune cœur eft le poifon : 
» Belle Chloé , de la Philofophie 

» J'oublie 

» La leçon ; 
» Non , je ne trouve de raifon 
» Qu'à vous aimer à la folie. 

» Vos yeux ou régne la tendreflè, 
» Ont enfin décidé mon choix ; 
» Ils infpirent moins de fagefle ; 
>» Mais ce font mes Dieux & mes loix, 
» Ah ! qu'aifément de la philofophie 
» J'oublie 
» La leçon ; 
- » Non , je ne trouve de raifon 
» Qu'à vous aimer à la folie ». 

A U T R E. 

« J'ai défarmé ta rigueur inhumaine ! 
» Quoi ! tu confens à combler tous mes vœux ! 
» C'eft à tes pieds que je portais ta chaîne , 
» C'eft dans tes bras que je vais être heureux. 

» Pour foulager le tourment que j'endure , 
» Obfcure nuit , j'implore ton retour : . 
» Viens , cache aux yeux de toute la nature 
» Tous les tréfors que me promet l'Amour. 

» Mon cœur frémit près du bonheur fuprême , 
» C'eft dans le tien que je veux le trouver. 
» N'ouvre les yeux que pour dire , je t'aime , 
i» Et ne les ferme que pour le prouver ». 

A M. de St. A . . . , Auteur d'une charmante Pièce de théâtre t 
jouée à Chantilly. 

» J'ai vu Vheureafe confidenct , 
» Je vous en fais une à mon tour; 
» Vous écrivez comme Te'rence 
» Ou Dejlouche? , mieux que Dancour : 
Tome IF. F f f 



4io ESSAI 

» Je vous donne la préférence 

» Sur tous les comiques du jour. 

» Mais je vois déjà la cabale 

» Qui veille au Théâtre Fiançais t 

» Préparer de fa main fatale 

» Du poifon pour tous vos fuccès» 

» Déjà tous les folliculaires , 

» Et les dévots perfécuteurs , 

» Et ces zoïles mercenaires 

» Qui fucent le fang des Auteurs , 

» Vont vous accabler de fottife , 

» Parceque vous plairez à tous ; 

» Et votre cœur plein de franchifê 

» Ne pourra calmer leur courroux. 

» Des hiltrions , l'aréopage 

» Vous donnera d'autres dégoûts , 

» Pour en obtenir le fuffrage , 

» Irez-vous fléchir les genoux ? 

» Non. Vous croirez leur faire grâce 

» En leur donnant votre labeur. . . 

» Le femainier aura l'audace , 

» La bêtife d'un protecteur. 

» Renfermez dans votre commode 

» Le fruit des dangereux talens ; 

» Jouez la bêtife à la mode , 

» De crainte d'offenfer les gens. 

» Autrefois au divin Molière , 

» A qui nous donnons de l'encens , 

» Quand'il eur fini fa carrière, 

» Au lieu de pleurs & de prières , 

» Des'enterreurs extravagans 

» Lui fermèrent les cimetières % 

» Même celui des Innocens , 

» Dont l'exhalaifon meurtrière 

» Empoifonne tous les vivans. 

» Aujourd'hui chacun le couronne t 

» Dans tout le monde il eft prôné; 

» Si fon théâtre fut fon trône , 

» Il y vécut infortuné. 

» Mais quand il mettait fur la fcène 

» Les bons tours qu'on fait aux maris, 

» L'époufe qui flétrit, f» chaîne , 



S U R LA MUSIQUE, *n* 

v Les pratiquait dans Ton logis. 
» Pour reconnaître en fa perfonne 
» Le plaifir qu'il avait donné, 
» Et fêter fa mufe bouffonne , 
» La fainte Eglife l'a damné. 
» Plein d'cfprit , doux & fociable, 
» Ce n'eft point affez , croyez-moi ; 
» C'eft pour autrui qu'on eft aimable , 
m Mais il faut être heureux pour foi ». 



B 

Réponfe. 

« Vous - en qui l'agrément fe joint à la prudence , 

» Aimable & fage B 

» (Puifque, fous ce nom déguifé, 
» Vous voulez vous fouftraire à ma reconnaiflance), 
» Ce fera donc auffi fous ce nom fupgofé 

» Qu'il me faudra vous faire entendre 
» Les remercimens que je doi , 
• Non à des camplimens trop au-defTus de moi,. 

» Pour que jamais j'ofe y prétendre, 
B Mais à l'intérêt vif, mais à l'amitié tendre, 
» Sur- tout aux bons avis que de vous je recoi. 
» Ne craignez pas que mon ame, ennemie 
» De fa propre félicité, 
» Livre à la noire fantaifîe 
» De la cabale & de la jaloufîe 
B Des jours que j'ai voués à la tranquillité. 
» D'un frivole public, je brigue peu l'hommage» 
» Je n'ai point l'orgueil infenfe 
» De croire plaire fans partage, 
» Mais j'ai la prétention fage 
» De vivre heureux fans être tracaffé. 
» Je fais trop que d'un œil à la haine exercé , 
» La critique de loin veille fur un ouvrage 
» Que de quelque fuccès on a vu carefTé. 
» Je n'irai point m'expofer à fa rage. 
» Si les Mufes par leurs attraits, 
o Ont quelquefois charmé les loifirs de ma vie ,. 
Je ne veux point profaner leurs bienfaits 

* If (2 



412 ESSAI 

» En vcrfant leurs préfens dans les (ombres creufett 
» Où fermentent les fucs dont fe nourrit l'envie, 

» Non ; je m'en fuis fait une loi. 

» Que le jaloux folliculaire , 
» Faux par fyftême & méchant par emploi, 
» Exerce ailleurs fa haine & fa'mauvaife foi; 
» Il ne troublera point ma paifible carrière ; 

» Et jamais fa dent meurtrière 

» N'aura rien à mordre fur moi. 

» Plus modefte dans mon fyftême , 
» Et tqutes fois plus noble en. nia prétention , 

» Je place mon ambition 

» A favoir plaire aux gens que j'aime. 
» Je] me fuis vu comblé du plus doux des fuccés; 

» Un Prince illuftre , une aimable Princefle 
» Ont bien voulu fourire à mes faibles effais. 

» De leurs bontés avec ivreffe , 

» Il eft vrai , mon cœur a joui , 

» Mais fans en être enorgueilli. 
» De mon peu de talent l'opinion me refte >■ 

» Et j'ai fenti qu'à Chantilly, 
» C'eft moins l'efprit brillant que le talent modefte 

» Que l'on aime à voir accueilli. 
» Animé toutesfois par un fi grand fuffrage, 

» A vous plaire j'ofe alpirer ; 

» Et fi j'obtiens cet avantage , 

» Je n'ai plus rien à délirer ». 

VERS adreffés à un vieux Prêtre , qui, dans une Eglife de village j vint 
fans égards & fans raifon , dire des injures à l'Auteur , an le menaçant de le 
faire chaffer par le Bedeau. 

Homme féroce à barbe grifè, 
Ennemi du bon fens & de l'honnêteté , 

Tu m'as chafle de ton Eglife 
Où j'étoïs à genoux en toute humilité. . 
Approcher de ton Temple eft chofe redoutable ; 

Plus n'irai prier en ce lieu ; 

Puifque j'ai rencontré le Diable 

Où j'allais chercher le bon Dieu, 



SUR LA MUSIQUE. 4 i 5 

Tremoille ( Charles-Armand-René , Duc de la ) , premier Gentilhomme 
de la chambre du Roi , l'un des plus aimables hommes de fon fiecle , a 
fait des chanfons charmantes. Il mourut de la petite vérole en 1741. 

CHANSON. 

« Dans ces hameaux , il eft une bergère 
» Qui foumet tout au pouvoir de fes loix} 

• Ses grâces orneraient Cythere, 
» Le Roflîgnol eft jaloux de fa voix. 

» J'ignore fi fon cœur eft tendre : 

■ Heureux qui pourrait l'enflamer ! 

» Mais qui ne voudrait pas l'aimer, 

» Ne doit ni la voir ni l'entendre »« 

AUTRE. 

« Dans ces prés fleuris , une abeille 
» Vole & vient s'enrichir d'un précieux butin j 
d Mais voit-on fur la fleur les traces du larcin ? 
s Le baifer que j'ai pris fur ta bouche vermeille ; 
• En me rendant heureux , te laifle ta beauté. 

1» Rofe aimable , je fuis l'abeille ; 

» Mon bonheur ne t'a rien coûté »»- 

Tressan ( Louis-Elifabeth de la Vergne , Comte de ) , Lieutenant 
général des armées du Roi , commandant dans le comté de Bitche , Com- 
mandeur de l'ordre de S. Lazare , Membre des Académies Royales des 
Sciences de Paris , de Londres , de Berlin , d'Edimbourg , &c des Sociétés 
Royales de Montpellier , de Nancy , de Caen & de Rouen > né au Mans 
le 4 Novembre 1705 , dans le palais épifcopal de fon grand oncle, Evêque 
du Mans 3 Comte de Lyon , & premier Aumônier de Monsieur , Frère 
de Louis XIV. 11 eft le chef de la maifon de la Vergne , l'une de celles 
du Languedoc , qui fuccomba fous la croifade de Simon de Monfordj 
& qui , rentrée dans fa province en 1550 , éprouva de nouveaux malheurs 
pendant les guerres du Calvinifme. 

Seize Lavergne périrent à la bataille de Jarnac , en défendant le Prince 
de Condé qui n'était encore que bielle, 



^i^ ESSAI 

Cette maifon a des Chevaliers de Rhodes dès 1440 , des Comtes de 
Lyon depuis deux cent cinquante ans , & elle fublîfte en Languedoc dans 
la branche aînée de TreJJan , 6c dans la branche cadette de Montbaftn , 6c 
en Périgord dans celle de Marquejfac Sefval. 

Le Comte de Treflan fut préfenté au feu Roi en 1 7 1 8 , & fut élevé à 
. la cour j fous les yeux de fon oncle , Archevêque de Rouen , Comte de 
Lyon , 6c premier Aumônier de M. le Régent. 

MM. de Fontenelle , l'Evêque de Luçon BiuTy Rabutin 6c de Voltaire , 
tous les trois amis de l'Archevêque de Rouen , veillèrent fur l'éducation 
de fon neveu \ le premier lui infpirait l'amour des fciences , le fécond 
les qualités fociales , 6c le troifieme l'animait à faire des vers , & à tout 
ce qui peut être du reifort de l'imagination. 

C'eit ainfi qu'il eut le bonheur de paifer fes premières années. 

Il fut tait Meftre-de-camp de Cavalerie en 1721 , 6c eft aujourd'hui le 
onzième Lieutenant général de fon nom. 

Le goût qu'on lui avait infpiré pour les fciences & pour les arts 3 le 
fit voyager en Italie depuis 1752 jufqu'en 1735. Il paffa quatre mois à 
la cour de Dom Carlos , alors Duc de Parme ( aujourd'hui Roi d'Efpagne ) 
qui l'honora de fes bontés , 6c qui daigne les lui continuer. M. de Treflan 
refta cinq mois à Rome , où le Cardinal Quirini l'ayant pris en amitié , lui 
ouvrit la bibliothèque du Vatican , 6c le jeune Littérateur s'attacha prin- 
cipalement a rechercher dans la collection de la Reine Chriftine , tout ce 
qui pouvait l'éclairer fur le berceau de la Littérature Françaife , 6c fur 
tout ce qui a trait à l'ancienne Chevalerie. 

La mort du Roi Augufte ayant allumé la guerre en 1 73 3 , le Comte de 
Treflan revint pour fervir d'Aide-de-camp à feu M. le Maréchal de Noailles , 
qui le nomma chef de brigade des Gardes du corps, après la campagne de 
Philisbourg. 

Il continua de fervir dans ce corps jufqu'en 1745 '■> & ' e feu Roi l'ayant 
honoré des marques de fa fatisfa&ion , le foir de la bataille de Fontenoy , 
le Comte de Treflan obtint de l'augufte Maître , qui l'avait honoré de 
fon amitié dès fon enfance , d'être employé en ligne ; il fut alors nommé 
premier Maréchal de camp de l'armée que M. le Maréchal de Richelieu 
devait commander pour defcendre en Angleterre. 

Cette expédition manquée , le Comte de Treflan refta commandant en 



SUR LA MUSIQUE. . 41; 

chef en Boulonnois & en Picardie j il y établie un ordre de défenfe , dont 
il a rendu compte dans l'Encyclopédie , à l'article Gardes-côtes , lequel a 
été fuivi depuis fur toutes les côtes de France. 

Ce fut pendant les quatre ans qu'il refta commandant fur ces côtes , 
que les expériences fur l'électricité lui rappellerent bien vivement les 
anciennes leçons de M. de Fontenelle. Le travail qu'il avait fait à la Fere j 
une étude férieufe des Mathématiques ; la tournée qu'il avait faite des 
places fortes du royaume ; fa liaifon intime avec MM. de Fontenelle , de 
Maupertuis , de Réaumur, de Mairan , de la Condamine, &c. les obfer- 
vations qu'il avait faites dans fes voyages 3 fur tout ce qui tient à la Phy- 
fique générale , lui donnèrent le courage d'écrire un long ouvrage fur 
l'électricité , qu'il confidéra dès-lors comme l'agenr univerfel , & le 
principal moteur de toute la nature. Il fournit cet ouvrage à l'Académie 
des Sciences de Paris & à celle de Londres 3 qui toutes deux l'élirent 
le i Janvier 1750 ; Se dans le mois fuivant j celles de Berlin & dE- 
■dimbourg , lui firent le même honneur. Ce Mémoire fur l'électricité 3 
que M. le Comte de TreflTan compofa en 1749, n'a jamais été imprimé > 
& eft dépofé dans les regiftres de l'Académie des Sciences. 

A la fin de 1749 j il palfa du commandement du Boulonois &: de la 
Picardie à celui de la Lorraine Françaife & du Toulois. La feue Reine 
£c Mgr le Dauphin qui l'honoraient depuis longtems de leur protection 
& de leur fociété intime, defirerent qu'il fût attaché à la perfonne & au 
fervice du feu Roi Stanijlas , qui le nomma grand Maréchal de fa mai- 
fon , après M. le Marquis du Chaftelet qu'il fit fon grand Chambellan. 

Le defir de plaire au Prince le plus éclairé & le plus aimable , excita 
plus vivement que jamais fon émulation. Il travailla fous les yeux & fous 
les ordres de ce Prince à la fondation & aux ftatuts de la Société Royale 
de Nancy , à laquelle il préfida pendant plufieurs années. Le Comte de 
Treffan venait depuis 1760 de paiTer au commandement en chef de la 
Lorraine-Allemande , lorfque fon cœur fut frappé prefque à la fois des 
coups les plus mortels ; il perdit fes auguftes bienfaiteurs , Mgr le Dauphin 
& le Roi de Pologne. Les injuftices fans exemple qu'il effùya dans fon 
commandement , & la douleur de vivre dans un lieu où tout lui rappel- 
lait le maître qu'il avait perdu , lui firent demander Se obtenir de ne plus 
réfider dans fon commandement , qu'il a cependant confervé- 



$i6 ESSAI 

Il fe retira d'abord dans une maifon , fur les bords de la Marne, d'où 
fouvent il venait à la Cour ; mais ayant eu le malheur de perdre fes 
maîtres , ainfi que fes meilleurs & fes plus anciens amis j il s'eft: retiré 
dans une maifon de la vallée de Montmorency , où la culture générale & 
Aes voifins éclairés , vertueux & aimables, embelliffent fes vieux jours. 

Dans le cours de tant d'années , les mufes agréables fe font unies quel- 
quefois aux mufes laborieufes , pour occuper le tems que lui biffaient les 
fondions de fon état. Sa tendrefle pour fes enfans lui diéta quelques 
réflexions fommaires fur l'efprit j & cet ouvrage , joint à plufieurs dif- 
cours académiques 3 aux éloges du Roi Staniflas & de M. de Maupertuis , 
compofe , avec quelques pièces de vers , un recueil de pièces diverfes qui 
forment un in-8°. de plus de quatre cent pages. 

L'attachement de M. de Treffan pour un favant illuftre par fa naiflance 3 
fes emplois &: fa réputation dans la littérature , lui firent eflayer de faire 
quelques extraits pour la bibliothèque des Romans , dont Triftan de Léonois 
eft le premier , & dont l'extrait du roman de la Rofe eft le onzième. Ses 
amis l'ayant preffé de faire revivre Y Amadis de Gaule , & de continuer 
à faire connaître les plus anciens romans , & ce qui tient à l'ancienne Che- 
valerie , il paraît une féconde édition plus corre&e que la première de la 
traduction libre qu'il a donnée cette année de cet ancien roman 3 dont il 
a attribué les trois premiers livres aux romanciers Français du i i e fiecle. 

Traduction libre de l'Ode d'Horace 3 

Quantum diftet ab inacho codrus. 

« Thélephe , convive agréable , 
» Pourquoi de fartes ennuyeux 
» Troubler les propos de la table , 
» Et nous rappeller nos aïeux î 

» Crois-moi , ce long récit de guerre 
» Déplaît à Bacchus , à Cypris ; 
» Du vin dont tu remplis mon verre, 
» Dis-nous plutôt quel eft le prix? 

» Quitte le fang & la pouffiere ! 
» Parle de parfums & de bains ; 
» Dis-nous chez qui , la nuit entière.," 
p Silène fe livre en nos mains ? 

» o 



SUR LA MUSIQUE. 117 

» O nuit , aux amans favorable , 
» C'eft en ton honneur que je boi ! 
» O Lune , aux buveurs fecourable , 
» Ce fécond coup s'adreflè à toi. 

» Pour le traifieme, je le porte 

p Au maîcre de cette mailba ; 

» Trois coups , neuf coups , eh , que m'importe , 

» Ai-je befoin de ma raifon ? 

» Ne venez point , Grâces timides , 
» Régler nos coups dans ce feftin ; 
» Le Scythe & les amis perfides 
» Mêlent feuls Je fang 8c le vin. 

v Mais reftez : nous aimons à plaire, 

» Et nous ne pouvons rien fans vous : 

» Si le plaifir eft néceflaire , 

h Plaire ! c'eft le premier de tous. 

» Mufe, par ton pouvoir magique' 
» Et tes accords harmonieux , 
» Viens , de notre temple bachique 
» Chaflêr le filence ennuyeux. 

>» Au fein de) fa jeune maîtrefTe , 
» Licus languit en foupirant ; 
» Qu'à nos cris , qu'à notre alégreflê , 
i» Licus s'éveille en murmurant. 

» Plus doux, plus agréable encore 
» Que la première ombre du foir, 
» Téléphe ! Cloé qui t'adore 
» Tend fes bras pour te recevoir. 

» Pour moi, dans les chaînes fidelleï 

» Où Glicere fçut m'arrêter , 

» Mon amour a perdu fes aîles : 

» Je voudrais en vain t'imiter ». 

Envoi d'un Cantique à Madame la Duchejje de VillafS. 

« Je vous confacre & ma voix & ma lyre ; 
» Je reconnais un afcendant vainqueur. 
» Vous triomphez : le jfeu qui vous infpire , 
» Charme l'efprit en pénétrant le cœur. 
Tomi IF", GgJT 



4 iS ESSAI 

» De vos leçons rien ne peut me diftraire ; 
n Je m'y fournets, & j'aime a vous céder; 
» Dans ces leçons vous commencez par plaire, 
» Vous fiuiflèz par -nous perfuader. 

» Recevez donc mon hommage timide ; 

» D'un feu plus pur je me fens enflamer : 

» Et pour Thérefe , abandonnant Ovide , 

» J'apprends de vous un nouvel art d'aimer »» 

Chanfon a Mademoifelle GauJJïn. 

« Si , près de celle que j'adore , 
» J'ai fouvent chanté mon bonheur , 
» Par des fons plus touchans encore, 
» Puifl"ai-je exprimer ma douleur ! 

» Toi , dont la beauté , la tendreflë 
» Egalent celle des amours , 
» Toi, dont la main enchantereflê 
» Serre mes chaînes tous les jours , 

» Que ne vois-tu couler mes larmes ! 

» Ces vers en font prefqu'efFacés ; 

» Mais ils auraient bien moins de charmes,, 

» Si ma main les eût mieux tracés. 

» Les traits de cette main tremblante 
» Seront déchiffrés tour-à-tour : 
» Rien n'échappe aux yeux d'une amante 
» Qui lit au flambeau de l'amour. 

» Ton amant loin de toi foupire , 

» Tandis que Paris enchanté 

» T'écoute., & tous les jours admire 

» Et tes talens & ta beauté. 

» Le trille joûg dont la fortune 

» M'accable & mTmpofe la loi ; 

, • » Ces- vains honneurs ! tout m'importune t 

» Je ne lui demandais que toi. 

» C'eft en vain pour moi , que l'aurore 

» Du foleil hâte le retour; 

» Je ne- dois point te voir encore , 

» Je délire la fin du jeux. 



SUR LA MUSIQUE. 419 

« Toute la nature en filence 
» N'offre qu'un défert à mes yeux , 
» Et les oifeaux , dans ton abfence , 
» N'ont plus de chants harmonieux. 

» Pour éviter les jours de fête , 
»» Je voudrais fuir dans les forêts ; 
» Je n'y couronne plus ma tête 
» Que de foucis & de cyprès. 

» Quelquefois couronné de lierre, 
» De Silène le nourriflbn 
» M'agace, me préfente un verre» 
» Et me demande une chanfon. 

» Mais du tendre amant de Délie 
» Ma voix a perdu les accens , 
» Et du trille amant de Julie j 
» J'imite les fons languiflans. 

» En vain je voudrais à l'étude 
» Pouvoir donner quelques momens s 
» L'efpiit a trop d'inquiétude 
» Et le cœur trop de fentimens. 

» Souvent, fans deflein & fans guide, 
v Je m'égare au fond des vallons ; 
» Là , de Maupertuis & d'Euclide 
» Je veux répéter ks leçons. 

» Je palTe en ces fombres demeures 

» Les jours fans m'en appercevoir , " 

» Et n'y calcule que les heures 

» Que je dois paiïèr fans te voir. 

» La nuit dans cette éfpace immense 
» Que Newton fournit à fa loi , 
» Je n'obferve que la diftance 
» Dont je fuis éloigné de toi j 

» Mon ame, abufée & ravie, 
m Croit ainfi preffer mon retour ; 
» Dans tous les ihftans de ma vie 
» Tout le rapporte à mon amour ». 

Ggg A 



4^0- /-'• ESSAI 

AUTRE. 

« Dans votre village 
» Vous vivez heureux j 
» Nul berger volage, 
» A fes premiers feux } 
» Celle qui l'engage 
» Seule a tous fes voeux. 

s Par votre innocence 
e Vous plaifez aux Dieux %. 
m Tout fent leur préfence ; 
» Toujours fous leurs yeux. 
» La paix , l'abondance 
» Régnent dans ces lieux. 

» A ces Dieux propices % 

» A ces bienfaiteurs , 

» Pour tous tacrifices 

» Vous offrez vos cœurs j 

» Et quelques prémices 

» De fruits & de fleurs. 

•> L'Amour qui vous guide , 
» EU comme un enfant 
» Soumis & timide, 
» Vif & careflant , 
» De faveurs avide , 
» Et toujours preflant. 

» Si loin Je fà mère,, 
» Un bois écarté 
» Ote à la bergère 
n Sa timidité ; 
n Un profond myftere.- 
» Eft fa sûreté. 

• Douce fympathie, 
» Innocentes mœurs,. 
» Feux fans jaloufie , 
» Mépris des grandeurs ;. 
» Vous feuls , dans la vùfc 
» Vous femcz des fleuis» 



SUR LA MUSIQUE, ' 42 , 

» Près de ma Thémire , 
» Comme vous heureux,. 
» Jadis fur ma lyre 
» Je chantais mes feux , 
» Et tout mon délire 
» Partait de fes yeux, 

» Mais des jours de fête 

J» Privé déformais , 

» L'amour ne m'apprête 

» Que pleurs Se regrets , 

» Et n'orne ma tête 

» Que d'affreux cyprès », 

Ode Anacreontique. 

« Mules , donnez-moi cette lyre 
» Que Sapho baigna de fes pleurs J 
» Pour chanter la jeune Thémire » 
s Je vais la couronner de fleurs. 

» Amour, que ton flambeau m'éclaire 
m Autant qu'il me fait enflamer ; 
9» Donue-moi le talent de plaire , 
» J'ai déjà le bonheur d'aimer. 

» Par elle , mon ame ravie 
Sacrifie encor aux amours j; 
» Thémire régne fur ma vie , 
» Et peut feule embellir mes jours» 

» Déjà loin de moi , la jeuneffe 
w Fuyait d'un pas précif'té; 
» Mon cœur abbattu , latis tendreilë t 
» LanguifTait dans fa liberté. 

» L'amour de la philofophie 
* Avançait pour moi la faifon , 
» Où la fombre mélancolie 
» S'honore du nom de raifen. 

» Quelle erreur! dans la folitude 
s» Je paflai les nuits & les jours : \ 

» Ah ! peut-on donner à l'étude 
» Un tems que l'on doit aux amouK ? 

» Je vois Thémire ! ... & dans mon ame 
» Le fermaient renaît foudain } 



422 



ESSAI 

» Ses yeux ont allumé la flamme 
» Qui vient de rechauffer mon fein. 

» Eh ! comment pourrais-je encore lire, 
» Loke de fes rivaux vainqueur ? 
» Je n'écoute plus que Thémire ; 
» Ma feule étude , c'eft fon cœur. 

» Newton, c'efl: en vain que tu m'ouvres 
» Un chemin brillant dans les deux ; 
» Les grands fecrets que tu découvres , 
» Sont moins qu'un regard de fes yeux. 

» Eh ! que m'importe en un fyftême 
» De trouver l'ordre & la clarté ? 
» C'eft dans le cœur de ce que j'aime 
» Que je cherche la vérité. 

» Une ame Se fi belle & fi pure , 
» Les attraits qui m'ont fu charmer. . . . 
» C'eft pour moi toute la nature , 
» Aujourd'hui je ne fais qu'aimer. 

» Quels tranfports ! quel beau feu m'anime I 
>» Quel bonheur pour moi d'être amant I 
« Tout l'eiïbr d'un efprit fublime 
» Vaut-il un tendre fentiment ? 

» L'Amour a remonté ma lyre , 
» Ce Dieu d'Uranie eft vainqueur j 
» Je ne chante plus que Thémire , 
» Tout mon efprit eft dans mon cœur a. 

ODE. 

Les charmes de la Poéfie lyrique. 

« Quels fons , quelle clarté nouvelle 

» Fait luire à mes yeux un beau jour ! 

» Quelle eft cette jeune immortelle 

n Qui vient embellir ce féjour ? 

» Telle fur les bords du Scamandre, 

» Anchife te voyait defeendre , 

i> O Vénus , mère des plaifirs ! 

» Telle dans un bois folitaire , 

» La fœur du Dieu qui nous éclaire,' 

» Charme l'objet de fes defirs. 



SUR LA MUSIQUE. 423 

» Je la reconnais au délire 

» De Tes agréables concerts ; 

» C'eft la Mufe qui , pour Thémire , 

» Se plaît à nie di&er des vers. 

» Pour charmer mon inquiétude , 

» Ella vient dans ma folitude 

» M'infpirer de nouveaux accords : 

» Tous fes feux coulent dans ma veine, 

» Je m'élève , & de l'Hipocrène- 

» Déjà je reconnais les bords. 

» Tous les amans, dont l'efclavage 

- » Fut îlluftré par. leurs chanfons , 

» Se promènent fur ce rivage , 

» D'Ovide écoutant les leçons. 

» Là Tibule , aux pieds de Délie , 

» Peint tous les charmes de la vie 

» Et l'innocence des hameaux j 

» Properce y couronne Cynthie , 

» Et Catulle , de fa Lesbie 

» Grave le nom fur les ormeaux. 

» J'entends la trompette éclatante 

» Célébrer le fils de Théris ; 

» J'aime à voir le vainqueur du Xante, 

» Efclave aux pieds de Brifeis. 

» Héfiode , en fa doue ivreffè , 

» S'élève au plus haut du PermefTe , 

» A la terre il donne des Dieux : 

■a Dans fes chants le divin Alcée 

» Vole plus haut que Prométhée , 

» Pour ravir la flamme des deux. 

» O Vénus 1 devenez fer.fible, 
» De Sapho recevez les pleurs ! 
» Sur ce promontoire terrible 
» Elle court finir fes malheurs. 
» Conduifez l'amoureux Orphée 
» Dans ces routes que fuit Alphée 
» Pour arriver aux fombres bords j 
» Qu'il y fufpende le fupplice, 
» Qu'il rappelle fou Euridice , 
» Par la douceur de fes accords, 



'424 ESSAI 

» Près d'Apollon je vois Pindare, 
» De l'ode il diifre les leçons , 
» Le beau défordre qui l'égaré , 
» Ne fait qu'animer fes chanfotfS. 
» Paies , viens écouter Virgile ; 
i> Il chante aux genoux d'Amarille 
i» Tes dons ennoblis par fa voix j 
» Près d'Augufte il reprend la lyre f 
» Du fondateur de fon empire 
» Ses chants confacrent les exploits. 

» En vain une troupe effrénée 
» De fatyriques furieux 
n Veut d'une haleine empoilbnnée 
» Infecler ces aimables lieux : 
a Je vois fur eux la noire envie , 
m Les vices & la calomnie , 
» Secouer d'horribles fèrpens ; 
« Pour eux Thalie inexorable , 
» Détefte une veine coupable 
d Qui déshonore fes taiens. 

» Quelles font ces troupes riantes 

» Qui m'attirent dans ce vallon ? 

i» C'eft Bacchus fuivi des Bacchantes l 

a Et conduit par Anacréon. 

h Les Satyres & les Driades 

tt Se joignant aux folles Ménades , 

i» Frappent l'herbe d'un pied léger , 

» De rofes ils forment la chaîne , 

»> Dont en riant le bon Silène 

» Cherche en vain à fe dégager, 

» A fon fecours fa voix appelle 
» Sarafin , la Fare & Chaulieu : 
» Ils accourent avec Chapelle , 
» Ils entourent le demi-Dieu. 
» L'un d'eux lui voie fa bouteille, 
o L'autre , d'une mûre vermeille , 
» Le barbouille d'un air badin ; 
i» Ninon lui préfente fon verre, 
» L'agace d'une main légère, 
s Et Nolet lui verfe du vin, 



m Marot 



SUR LA MUSIQUE; 42; 

» Maro: chante fur la fougère 

» Valois qu'il retrouve en ces lieux ; 

» Sous les habits d'une bergère , 

» Qn reconnaîc le fang des Dieux, 

» Je vois les Grâces attentives 

». Carefler Tes Mufes naïves , 

» Charmantes fous leurs vieux atouts J 

» Leurs guirlandes toujours fleuries , 

>> Ont le vit émail des prairies, 

t» Et parent encor les Amours, . 

o De Malherbe la mufe altierc 

» Ne fe pare que des lauriers 

» Que cueillent , dans la carrière , 

» Des dçmi- Dieux &ldes Guerriers : 

>> D'un ton plus naïf & plus tendre 

» Deshoulieres fe fait entendre, 

» Tous les -coeurs s'ouvrent à fa voix ; 

» Au bord d'une onde vive & pure, 

» Elle reçoit de la nature 

» hës leçons dont elle a fait choix. 

» Sous un berceau que l'Hypocrène 
» Entoure , en fufpendant fon cours } 
» Je vois l'aimable la Fontaine 
,- » Badiner avec les Amours; 
1» Il s'entretient avec Horace : 
» Quelle majefté, quelle grâce 
» Animent leurs brillans portraits ! 

Tous deux ils couronnent Thémire ; 
» Tous deux ils accordent ma lyre 
» Pour en célébrer les attraits ». 

Tristan l'Hermite ( François ) , Gentilhomme de Monsieur ( Gafton 
Duc d'Orléans) né en 1601 au château de Souliers dans la Marche, 
quoique fort aimé de fon maître Se du Cardinal de Richelieu , n'en reçut 
aucun bienfait. 

Sa feule pièce de théâtre qui ait réuffi , eft Marianne j elle lui acquit 
une grande réputation. 

Il mourut delà poitrine à l'hôtel de Guife, le 27 Septembre 1655. 11 fit 
ainfi fon épitaphe. 

Tome IF. Hhh 



■ 

^.2^ ESSAI 

« Ebloui de l'éclat de la fplendeur mondaine, 

» Je me flattais toujours d'une efpérance vaine, 

» Failant le chien couchant auprès d'un grand Seigneur. 

• Je me vis toujours pauvre , & tâchai de paraître. 

» Je véquis dans la peine , attendant le bonheur , 

» Et mourus fur un coffre en attendant mon maître». 

Êp'tta.'ke d'un Chien. 

« Ci gît un chien, qui par nature 

» Savait difeerner faeement, 

v Durant la nuit la plus obfcure , 

» Le voleur d'avecque l'amant. 

» Sa diferete fidélité, 

» Fit qu'avec beaucoup de tendreffe , 

» A fa mort il fut regretté 

o Par fon maître & par fa maîtrefle ». 

C H A N S ON. 

« Je fouffre tant de maux , que l'ingrate Climene 

» Ne peut s'imaginer la moitié de ma peine ; 

» Elle eft une incrédule , & moi je meurs martyr. 

» Amour , puifquîil eft vrai que je (ers à ta gloire , 

» Fais lui croire les maux que tu me fais lentir ; 

» Ou ne m'en fait fentir qu'autant qu'elle en peut croire », 

VadÊ ( Jean-Jofeph ) , de Ham en Picardie , n'avait point étudié , ne 
favait rien , &: devait tout à fa gâité qui l'a fait Poète. 

Ses Troqueurs ont été le premier opéra-comique d'un genre moins bas. 

CHANSON. 

« Sti-là qu'a pincé Berg-op-zoom , 

» Eft un vrai moule à Te Deon : 

» Vantés que c'eft un fier vivant, pis que, 

» Pour vaincre , il fe fichait du rifque. 

» Spinola , près de Lov/endal 
» Eft un facré héros de bal : 
» L'un molit devant la Pucelle , 
» Et l'autre fait fon li: cheus elle. 



SUR IA MUSIQUE. 427 

» Spendant pourtant le Gouverneur, 
» Qui d'Berg-op-zoom était l'fouteneur, 
11 Voulut faire l'fendant, mais zefte , 
» Lowendal lui ficka fon refte. 

» Tien farpeguié, rien que fon nom 
» Fait autant d'effet que l'canon : 
3» C'eft qu'dans c'te famill' l'couiage; 
» Eft l'pus fort de leux héritage. 

» Le Roi qu'a vraiment l'cœur royal , 
» Tout d'fuit' vous l'fait Maréchal , 
» Dam' vis-à-vis d'un Roi qui penfè, 
» Et l'mérite a d'ia récompenfe. 

» Louis , en gloire eft connoiffeur ; 
» Car c'te DéeiTe là eft fa fœur : 
» On doit les nommer dans l'hiftoire 
» Les deux jumeaux de la vi&oire. 

« J'nai rien , mais c'eft afTez pour moi , 
» Qu'un feul regard de notre Roi : 
1» Quand l'foleil donne fur une plante, 
■• Ses rayons la rendent vivante. 

» Dans c'te chanfon , il n'y a gueres d'efprit , 

» Mais le cœur fair bien ce qu'il dit : 

» E: puis fouvent tel qui nous gouaille 

» En biau ftil' ne fait rien qui vaille», 

AUTRE. 

« Ah ! maman , que je l'échappe belle ! 
» Colin 
r> Ce matin 
» S'était glifle dans ma ruelle. 
» Ah ! maman , que je l'échappe belle ! ' 
» On a bien raifon 
» De fe défier d'un garçon. 
» Il s'approche de moi fans rien dire j 
» Le fripon foudain 
» Me prend la main , 

Hhh 1 



I 



42? ESSAI 

» Je la retire , 
» Il fourit," je le gronde, il foupire. 
» Mais , en foupirant , 
» Dieux ! qu'il avait l'air léduifant 1 
» Ah ! maman , &c. 

II pourfuit , je m'étonne , il m'embraiïe 
» Un prudent effort 
i> De fon tranfport 
» Me débaraïïe : 
v Mais voyant redoubler fon audace, 
» J'avais bien regret 
» De n'avoir pas mis un corfec. 
» Ah ! maman , &c. 

» Malgré moi , mon fein frappe fa vue.; 
» Je le couvre en vain , 
»» Il va plus loin , 
» J'en fus émue r 
» Les deux mains , quand on eft prefque nue, 
» Ne fuffifent pas 
» Pour voiler ce qu'on a d'appas. 
» Ah ! maman , Ac 

» En tremblant , je recule , il s'avance : 
» Le traître à l'mftant , - 
» D'un air content , 
» Sur moi s'élance. 
» Son ardeur forçait ma réfiftancej 
n Mais le fuborneur 
» S'enfuit, voyant entrer ma fœur. 
• Ah ! maman , &c. » 

AUTRE. 

« Je fuis un NarcifTe nouveau 

» Qui s'aime & qui s'admire j 
» Mais dans le vin & non dans l'eau ; 

» Sans cefTe je me mire. 
» En y voyant le coloris 

» Qu'il donne à mon vifage , 
» De l'amour de moi- même épris J 

» J'avale mon image ». 



SUR LA MUSIQUE. 4 ?<> 

Cantique de Saint Rock. 

« Approchez-vous; & que chacun écoute 
» Sur un vieux Saint un cantique nouveau ; 
» Le ton badin conviendrait mieux fans doute 
» Sur un fujet & fi noble & fi beau : 

» Sur un air tendre 

» Faifons entendre 

» Comme à faint Roch , 
» Le paradis fut hoc. 

• Ce fut d'un gros , grand , large Se long village J 
» Que notre Saint fe trouva né natif ; 
e De quatorze ans à peine avait il l'âge, 
» Qu'à Satanas il fe montra rétif : 

» Le diable infifte , 

» Le Saint perfifte , 

» Et le lutin 
» Y perdit fou latin. 

» Un pauvre un jour lui demanda l'aumône; 
» Tranfi de froid , car il gelait alors ; 
» Soudain faint Roch fe dépouille , & lui donne 
t> Manteau , culotte , & vefte & jufte-au-corps : 

» Puis dans l'églife 

» Fut en chemife , 

» Dont le devant 
» Flottait au gré du vent. 

» Il foufflait fort, & la bife était froide; 
» Cette bonne œuvre allait lui coûter cher ; 
» Voilà faint Roch tout tranfi , quafi roide , 
» Quoiqu'il fut dur du côté de la chair : 

n Mainte canaille 

» Sotte marmaille ,. 

» Le honniffait 
» Et le vilipendait. 

» Son cher papa le voyant de la forte; 

» A coups de canne accueillit ce cher fils ; 

» Saint Roch lui dit, le diable vous emporte; 

» Pour Dieu , j'ai fait préfem de mes habitsi 



4?o ESSAI 

» Ils font , je gage , 
» Peut-être en gage , 

• Dit le papa ; 

» Mais nous allons voir ci. 

m Saint Roch voyant qu'il était difficile 
» De vivre la comme doit un chrétien , 
» Prit le parti d'abandonner la ville , 
» Et dans les bois s'enfuit avec fon ckiea : 

• A leur fubftance, 
» La providence 

» Prenait le foin 
» De fournir au befoin. 

» Saint Roch fentant venir fa dernière heure , 
» Dit d'un grand cœur fon dernier oremus. 
» Et puis adieu, mon pauvre chien, demeure» 
» Moi je m'en vais, je dis mon inmanus. 
» Exemt de blâme, 
» Il rendit l'ame 
» En bon chrétien 
» Dans les bras de fon chien », 

Hijloirc de Manon. 

« Qui veut favoir l'hiftoire entière 
» De Manfelle Manon la couturière , 
11 Et de Monfieur fon cher amant , 
» Qui l'aimait z'amicablement. 

» Ce jeune homme-cy t'un beau dimanche 
• Qu'il buvait fbn d'miflier à la croix blanche, 
» Fut accueilly par des farauts : 
» Qui racollent z'en magner' de crocs. 



f> 



» L'un d'eux l'y dit : voulez-vous boire 
A la fanté d'un Roi couvert de gloire ? 
» A fa fanté? dit-y, zoui-dà ; 
» I! mérite ben c't'honneur-là. 

» Y n'eut pas plutôt dit la choie , 
» Qu'un racolleux dix éCus l'y propolè , 
» En lui difant en abrégé , 
» Qu'avec eux t'il eft z'engagé. 



SUR LA MUSIQUE. 43I 

» Oh ! c'n'eft pas comm'ça qu'on z'engage , 
» Répond le jeun' garçon , faifant tapage ; 

» Y au guet ! y au guet î y au guet , y au guet ! 
» Le guet vient pour favoir le fait. 

» Pour afin d'éclaircir l'affaire , 
» L'guet les mené tretous cheux l'CommùTaire , 
» Qui condamne l'jeune garçon 
» D'aller faire un tour t'en prifon. 

» Ah ! voyés t'un peu l'injuftice 
» De ces Meiïîeux les gens de la juftice ! 
» Ils vous jugeont fans jugement , 
» Sans favoir l'queul qu'eft l'innocent. 

» Sachant cela , Manon zabile 
• S'en va tout droit de cheux M. d'Marville , 
» Pour lui raconter , zen pleurant y 
» Le malheur de fon accident. 

» Monfieur l'Lieutenant de Police , 
f> Soit par raifon d'Etat ou par malice , 

» Dit : Man'fell' quoiqu'vous parlés bien , 
» Vot' ferviteur ; vous n'aurez rien. 

» Là d'iTus , s' te pauvre cbere amante 
» Pleure encor un p'tit brin , pour qu'ça le tente $ 
» Mais voyant qu'ça n'opérait pas, 
» Pour la Cour ail' part de ce pas. 

» A Fontainebleau zelle arrive , 
» Quafï prefque toute auffi morte que vive , 
» S'jette au col de M. d'Villeroy , 
» Qu'aile prit d'abord pour le Roy. 

» Monfieux , vot' farvante. .. J'fuis l'votre; 
» C'n'eft pas moi qu'eft l'Roy , dity , c'eft un autre, 
» Mon enfant, t'nés l'v'à tout la bas.... 
» Ah ! Monfieux , je l'vois , n'bougés pas. 

» Sire , efcufés fi j'vous dérange , 
» Mais c'eft que je ne dors , ne bois , ni mange , 
» Du depuis que l'amant que j'ay , 
» Sur vot relpeft , & s'engage. 



432 ESSAI 

■» On zy a forcé fa fignature 

» De ligner un papier plein d'écriture) 

» Il ne feroit point zenrolé , 

» Si on ne l'avait pas violé. 

» Le Roi qu'eft la juftice même , 
» Dit : vous méritez cju'vote amant vous aime ; 
» Puis lui fit donner mil zécus , 
» Et le congé par là defïus. 

» Ah ! dit-elle , Roi trop propice , 
•» S'il y avait queuqu'chofe pour vot' farvice , 
» Je pourrions nous employer , da. . • . 

» L'Roi dit qu'il n'vouloit rien pour |çà, 

• 

n De Paris regagnant la ville , 
b Elle rêva de cheux M. d'Marville : 

» M'faut mon amant, rendez-le moi, 
» T'nez , lifez , v'ia l'ordre du Roi. 

» Il eft trop tard , Mademoifelle : 
» Quand il s'rait encor plus tard l'y dit-elle; 
» M'faut mon amant , je l'veut avoir , 
» Non pas demain , mais drès ce foir. 

» L'Magiftrat , voyant ben que c'tordre 
» Allait lui donner du fil à retordre , 
» Fit venir le Rétine garçon, 
» Et puis le remit à Manon. 

» Vous jugez comme ils s'embraiïïrent , 
» Et puis enfuite comme ils s'époufirent , 
» Et l'on entend dire en tout lieu , 
» Que c'eft un p'tit ménage de Dieu. 

» Filles qui faites les fringantes , 
» Parmi vous trouve-t-on de tell's amantes ! 
» Profitez de cette leçon, 
i> Vous aurez le fort de Manon ». 

Vallier. ( François-Charles de ) , Comte dix SaulTay , Colonel d'Infan- 
terie , «Sec. a fait plufieurs ouvrages en vers , & a fait jouer à la Cour Egls 
& le Triomphe de Flore , mis en mulique par M. d'Auvergne. 

Vers 



SUR LA MUSIQUE. 455 

Vers à Mademoifîlle ***, 

«c Je voudrais.. . quoi ? je voudrais être 
» Où ce bouquet va fe placer ; ^_,/ 

» Sans celle fous vos yeux , j'apprendrais à penfer ; 
» Je jouirais des biens dont je deviendrais maître , 
» On ne s'y fane point , je faurais m'y fixer. 
» Eit-ce donc là tout l'avantage 
» Qui flatterait & mes yeux & mon goût ? 
» Non , je voudrais encore davantage , 
» Je ferais près du cœur, & le coeur mené à tout». 

Valliere ( M. le Duc de la ) , né le 9 Novembre 170S , connu par 
fon goût pour les arts , par fes rares connaiffances en littérature , par les 
jolies pièces de vers qu'on a de lui , ôc par fa magniiïque bibliothèque , 
l'une des plus précieufc-s qu'il y ait en Europe, a donné en 1765 , à 
Fontainebleau, deux aétes.mis en mufique par M. de Bury , Surinten- 
dant de la Mulîque du Roi. Le premier eft intitulé Pa/myre, & le fécond 
Zenis & Almajie , qui a donné lieu à la plus belle décoration qu'on aie 
vue au théâtre. Sa Romance de Raoul de Coucy 8c celle du Comte de 
Comminges , font entre les mains de tout le monde j & remplies de vers de 
fentiment. 

Nous croyons faire plaifir au public , en lui donnant pîufieurs petites 
pièces de M. le Duc de la Valliere qui font ignorées , ainfi que beaucoup 
d'autres , dont fon porte-feuille eft rempli. 

« S'il fuiKfait d'aimer éperdument 

» Pour écrire ce que l'on per.fe, 
u Et le pouvoir écrire tendrement, 

» Loin d'être dans la défiance 

» De m'exprimer trop foiblement , 

» Ah! que j'aurais de confiance! 

» Lorfquc privé de la préfènee 

» De l'objet le plus charmant, 

» Qui jamais ait orné la France, 

» Je fens tous les maux de l'abfence. 

» Pour en adoucir le tourment, 

» J'aurais la flatteufe aflîuance 
Tome IF. I i i 



**]* 



ESSAI 

i\ De lui peindre chaque moment, 

» Et de peindre fidèlement 

» Et ma tendrefle & ma confiance ; 
» Mais, hélas I quand on aime auffi parfaitement; 
» L'efprit avec le cœur n'elt pas d'intelligence; 

» L'amour le cherche vainement , 

» Il échauffe l'indifférence 

» Et refroidit le fentiment »» 

SONNET. 

« Qu'es-tu dans l'univers trompeufe liberté i 
» Un vain nom fabriqué par notre inquiétude, 
» Sous de fauffes couleurs régne la fervitude, 
» Et de tous les mortels nul n'en eft excepté. 

s Chacun a fes defus dont il eft furmonté ; 

» L'un de l'ambition fait toute fon étude , 

» L'autre eft prêt d'affronter la peine la plus rude-,'. 

» Afin d'avoir un bien dont l'efpoir l'a flatté. 

s> Pour moi , qui féparé de la foule importune 

» Ai méprifé le don de l'aveugle fortune , 

» Dédaigné fes faveurs & bravé fon courroux : 

» J'ai , du port jufqu'ici , comtemplé ces orages ; 

» Captif, il eft bien vrai ; mais de tant d'efclavages 

» L'Amour , le tendre Amour m'a choifi le plus doux »i. 

Vers en envoyant une Boîte où il y avait une glace. 

«■ Daignez me regarder, Annette, un feul moment, 

» Et vous verrez la naive peinture 

» De l'objet le plus charmant 

» Qu'ait fu former la nature. 

» Mais brifez-moi l'inftant d'après, 
» Ou ne m'offrez jamais d'autre objet que vous-même; 

» Je n'aime que l'honneur fuprême 
» De bien repréfenter vos immortels attraits , 

» Vénus , dans fon char de vidoire , 
J) Viendrait en vain m'offrir fes traits à raffembler : 
» Vénus ne pourrait rien, Annette, pour ma gloire-,. 

» A moins que de vous refTembler >v 



SUR LA MUSIQUE. 455- 

Vatan ( le Chevalier de ) , né au mois de Mai 1733 , fils cadet de M. 
de Vatan , Prévôt des Marchands 3 était Cornette de ra féconde Compa- 
gnie des Moufquetaires. Il venait de commencer un long voyage dans les 
cours du Nord , pour fe confacrer à la partie des affaires étrangères , 
comme à celle la plus capable d'occuper un efprit auffi pénétrant &c aufli 
vif que le fien , lorfque la mort le furprit à Ratisbonne le 1 Janvier 1757. 
Peu de Poètes ont annoncé plus de talent que lui ; &c pour en faire juger 
nos Lecteurs , nous ne pouvons lui offrir que la pièce fuivante , qui eft 
remplie de beaux vers Se de penfées fublimes. 

Ode à l'Éternité. 

« Bois facré , lieux obfcurs , dont l'horreur ténébreufe 

» D'une frayeur religieufe 

» Me fait fentir l'inftincT: nouveau, 
» O bois muets & fourds , dont les retraites fombres, 

» Le morne (ïlence & les ombres 
» Ne peignent à mes fens que l'horreur du tombeau. 

» Troncs antiques, témoins de l'enfance du monde, 

» Remparts de cette nuit profonde , 

» Tyrans fourcilleux des forêts , 
» Précipices , rochers , hideufe perfpeclive 

» A qui l'écho trifte & plaintive 
» Fait fouvent répéter mes douloureux regrets. 

» Clair ruifTeau qui , du haut de ces cimes arides , 

» Précipitant tes flots rapides , 

» Arrofes ces triftes cô:eaux, 
« Et baignant lentement la plaine languiflante , 

y> Ne portes qu'une eau croupiflante 
» Dans des marais fangeux que couvrent des rofeaux. 

» Déferts , où m'égarant dans de feches bruyères , 

» Aux cris des oifeaux folitaires, 

» De mes cris , je mêle l'horreur ! 
» Effroyables objets , les feuls que je réclame ! 

» Par mes yeux , portez à mon aine 
» Un aliment amer qu'implore ma douleur, 

Iii 2. 



^6 ESSAI 

» J'ai perdu mon ami ! fon ombre que j'adore v 
» Autour de moi voltige encore, 
» Et femble entendre mes regrets ; 

» Mais trop flatteufe erreur : dans un féiour terrible ,, 
» Sous une chaîne indeftruétible 

» L'arTreufe éternité le retient pour jamais. 

» Malheureux ! il vivait dans une paix profonde, 
» Et le vain fpeftacle du monde 
» L'amufait encore aujourd'hui , 

» L'heure fonne; la mort fe levé & frappe; il tombe: 
» Enfermés fous la même tombe , 

» Les êtres font rentrés dans le néant pour lui. 

» Mais que t'importe, ami ! cette nuit homicide y 
» Qu'on dit couvrir l'abîme vuide, 
» Ou du néant ou des efprits , 

ï> T'environnant déjà de fon ombre Itérile ,, 
T'enlève un defir inutile , 

» De ces fcnfations dont encor je jouis. 

» Que dis-je , ce qu'il elr, je le ferai moi-même ?r 

» Avec une vîteiTe extrême 

» Le midi fuivit le matin , 
» Et peut-être bientôt une nuit trop hâtive , 

» Même a-vant que le foir arrive , 
» Sans cfpoir d'avenir va borner mon deltin- 

» Toi, par qui tout finit, dans qui tout peut renaître,. 
» A qui" tout doit & rend fon être , 
» Et qui ne dois jamais finir, 

» Théâtre du prêtent que tu détruis fans cefle ^ 
» Toi , dont la force enchanterefTe 

» Des ceadres du pafTé fait germer l'avenir. 

m 

» Océan dévorant, gouffre incompréhenfiblè, 
» O mer immobile & terrible 
» De la févere Eternité , 

» Affemblage incréé de femences fécondes, 

m De tous les tems , de tous les mondes, 

» Univerfel tombeau, principe illimité! 



SUR LA MUSIQUE. 

» Pour pénétrer au fond de tes abîmes fombres T 
» En vain j'unirai tous !es nombres ,.. 
» Un jour tu les furpafleras : 

» Lorfqu'un foleil s'éteint , un autre le remplace , 
» Devant un troifieme il s'efface , 

» Tu reftes , tu les vois , Se ne les compte pas» 

» De tant d'aftres brillans la majefté tranquille, 
» Pane fous ton œil immobile , 
» Comme périt l'herbe des champs j 

» Ainfi devant toi Fourfe & l'étoile polaire, 
» Comme une rofe pafTagere , 

» Pour naître & pour mourir ont brillé deux inflans. 

» Quand l'être encor nouveau , dans un ordre fublime 

» S'élançant du fond de l'abîme, 

» Combattait encor le cahos, 
» Quand lès corps fe jouant de leur force première, 

» Méditaient chacun dans leur fphere , 
» Les loix du mouvement & celles du repos. 

» Avant que les rayons de la première aurore-, 
» S'efforçafTent de faire eclore , 
» Le monde encore à peine mûr r 

» Et que l'aftre du jour commençant fa carrière, 
» Lançât de fon char de lumière , 

» Sur la nuit du néant des flots d'or & d'azur. 



437 



o Seule alors avec Dieu , dans fon fein déjà née , 
» Tu n'étais pas moins éloignée 
» De ton magnifique berceau 

» Que tu l'es aujourd'hui du jour qui t'a vu naître , 
» Et que tu devras toujours l'être , 

»■ De l'impoflîble inflant marqué poux ton tombeau. 



» Quand un fécond néant, détruifant cette mafle, 
» Ne laiflera plus que l'efpace 
» A la place de l'univers , 

» Quand tout ne fera rien ; que la caufe première 
» Détruilant jufqu'à la matière , 

» Du cahos inciéé mettra tout dans les fers : 



4j8 ESSAI 

» Quand d'autres univers , d'autres deux que les nôtres , 

» Auront fait place à d'autres 

» Sujets à la commune loi , 
» D'autres humains , mortels ainfî que Jeurs ancêtres, 

» Les tems , les mondes & les êtres , 
» Se feront tour à cour préfentés devant toi; 

» Alors jeune toujours , & toujours immuable , 

» Egalement inaltérable, 

» Tu jouiras de ton printems, 
te Comme en tes premiers jours de ta fin éloignée, 

» Immortelle , indéterminée , 
» Toujours également future en tous les tems; » 

M. le Chevalier de Vatan avait fait une tragédie fur l'hiftoire du Cza- 
rowitz Alexis } fils du Czar Pierre. La mort l'a empêché d'y mettre la 
dernière main. Nous nous rappelions deux vers pleins de fenfibilité : 

« De deux amis la mort ne fait qu'un malheureux , 
» C'eft celui qui furvit; mais l'abfence en fait deux.» 

Vendôme (le grand Prieur de ) } mort en 1717, a fait de fort jolies 
chanfons Ôc d'autres poéfïes. 

CHANSON 

« Iris porte le Dieu du vin 

» Et l'enfant de Cythere , 
» L'un dans fes yeux , l'autre en fa main , 

» Pour nous faire la guerre. 
» Et Ion lan la, 

» Je crains plus ce Dieu-là 
» Que celui qui tient le tonnerre». 

Vergier ( Jacques ) , naquit à Lyon en 165 7, étudia en Théologie , ôc 
prit à Paris, en Sorbonne, fes grades de Bachelier. 

En 1600, il fut fait Commiffaire de la Marine, & exerça cette place à 
Rochefort , à Breft & à Dunkerque. 11 fut enfuite Commiffaire ordonna- 
teur, & fut en 1700 nommé à la place de Préfident du Confeil de com- 
merce de cette ville. 

Après avoir fait plufieurs voyages en Angleterre pour le fervice du Roi , 



SUR LA MUSIQUE. w 

Se y avoir accompagné M. le Duc d'A amont en qualité de Secrétaire 
d'AmbafTade en 1712 j il revint à Paris ; & les forts de Dunkerque ayant 
été démolis , il vendit fa charge, & paiTa le refte de fa vie dans les plus 
agréables fociétés , où il était defiré & fêté. 

Il fut aiTaiïiné par des voleurs de la bande de Cartouche 3 dans la rue 
du Bout-du-monde j le 16 Août 1720 , âgé de foixanre-trois ans. 

On connaît fes deux volumes de poefi.es j nous nous contenterons d'en 
extraire quelques chanfons. 

CHANSON. 

a Que vos yeux , Iris , font charmans 

» Iris , que votre voix eft tendre ! . 

» Tous les Dieux feraient vos amans, 

» S'ils pouvaient vous voir, vous entendre» 

» Plus fenfible qu'eux à l'amour , 
s» Mais plus timide à le faire connaître, 
» Je vous entends , je vous vois chaque jour ; 

» Que penfez-vous que je doive être » i 

AUTRE. 

« Que fait l'Amour à cette table ? 

» Ce Dieu doit-il être où l'on boit ? 

» Iris , eft-il inévitable 
» De le trouver par- tout où l'on vous voit î 

» Faites qu'il forte tout à l'heure : 

» Je crains , je fuis fon entretien ; 

» Mais , non , autant vaut qu'il demeure^ 
» Si vous reftez nous n'y gagnerons rien ». 

AUTRE. 

« L'Amour aujourd'hui tout en larmes 
» Se plaint hautement de nous deux, 

» Il dit que vos yeux 

» Ont enlevé fes charmes. 
» Que mon cœur à dérobé fes feux. 
» L'Amour aujourd'hui tout en larmes 
» Se plaint hautement de nous deux »» 



440 ESSAI 

AUTRE. 

« Bélize «ut avoir tout ce qu'elle n'a pas, 

» Et la conquête la plus belle, 
» Si-tôt qu'elle l'obtient , lui devient fans appas j 

« Amant , qui foupirez pour elle , 
» Pour faire que fon cœur foit plus d'un jour fidelle , 
. » A fes yeux, plus d'un jour, foyez indifférent, 

v Vous la perdrez en l'acquérant. 
» Un Amant de deux jours , pour elle a peu de grâce ; 

» Et pour mieux vous en avertir , 
H Celui qui dans fon cœur tient la première place , 

» N'eil que le plus près d'en fortir p. 

Vigke ( André de la ) , Secrétaire d'Anne de Bretagne , a fait un Jour- 
nal en vers Se en profe du voyage Se des conquêtes de Charles VIII en 
Italie en 1494 (a). Il fut fort ami d'O&avien de S. Gelais , & vivait 
encore en 1 5 14 ; on croit qu'il était né vers i$6"o ; mais était sûrement 
mort en 1 5x7 , ainfi que nous l'apprend Jean Bouchel dans fa cinquante- 
feptieme Epître familière, où il met la Vigne au nombre des Poètes qui 
reçurent l'Abbé d'Angle Jean d'Anton dans les Champs-Elyfées. 

C H A N S O N. 

« De trop aimer, c'eft grand'folie, 
» Quelque chofe que l'on m'en die; 
» De trop aimer , c'eft grand'folie. 
» Je le fais bien , quand à ma part , 
» De trop aimer, c'eft grand'folie. 
» Qui fage eft , bientôt s'en départ ». 

Villedieu ( Marie-Catherine Desjardins de ) , née à Alençon en 164c, 
vint à Paris à l'âge dp vingt ans , Se elle y fit beaucoup de bruit par fa 
beauté Se par fon efprit, M. de Villedieu , quoique déjà marié en fecret ., 
l'époufa & mourut bientôt après. Elle époufa en fécondes noces M. de 

. " 1 . ' 

(a) Ce Journal commence le mardi p Septembre 149.4, & finit le famedi 7 Novembre 

Châte 



SUR LA MUSIQUE. 4 4I 

Châte , auffi marié fans qu'on le fût j & qui ne vécut pas plus long-tems. 
Elle palTa le refte de fes jours dans la galanterie , confervant toujours le 
nom de Villedieu , même pendant la vie de fon fécond mari , &ç mou- 
rut en i68j , après avoir fait plusieurs romans, 8c beaucoup de petites 
pièces de poéfîe. 

CHANSON. 

« Amour, vous n'êtes pas encore mon vainqueur; 
• Mais hélas ! je vous craias , doux tyran de nos âmes ; 
i» Et lorfque vous mettez la crainte dans un cœur , 
» Il eft bien près de relTeutir vos fiâmes ». 

AUTRE. 

« La nuit fut de tout tems favorable à l'amour: 

» Que des jours les plus beaux elle foit triomphante : 

» Un moment d'une nuit charmante 

• Vaut feu! tous les plailirs du jour », 

AUTRE. 

« Prefque toujours chacun fuit fon caprice; 
V Heureux eft le mortel que les deftins amis 

» Ont partagé d'un caprice permis , 
o Ou de qui le tranfport devient une juftice ; 
» Quand de ce don du ciel un cœur eft revêtu,' 
» C'eft toujours à l'honneur qu'il fait un facrifice; 
» Mais , fï d'un fort contraire il était combattu , 
» Le faible ferait pour le vice 
» Tout ce qu'il fait pour la vertu ». 

Voisenon ( Claude-Henri Fufée de ) , né au château de Voifenon , près 
Melun j le 8 Juillet 1708 , commença par être Grand-Vicaire de l'Evêque 
de Boulogne } mais il abandonna bientôt les dignités eccléiîaftiques , ne 
fe fentant pas deftiné à les bien remplir. 11 était né plutôt pour l'état mili- 
taire , puifqu'ayant plaifanté un Officier qui le trouva mauvais , il fe battit 
avec lui , le bleilà & le défarma. 

Depuis ce tems il fe livra entièrement au monde 5c au théâtre ; mais 
prefque toujours ignoré dans fes productions , il fe couvrait de voiles qui 
Tome IF. Kkk 



4-4» ESSAI 

n'étaient que de ces gazes légères que perce le premier coup-d'œil. On le 
reconnailïait par-tout 3 & fouvent même où il n'était pas \ car on lui a 
attribué beaucoup de chofes qui font entièrement de Favard. 

Son amitié pour cet aimable Pocte ne s'eft pas démentie un feul moment 
jufqu a la fin de fa vie. 

En 1771 , il fut nommé Miniftre de l'Evêque de Spire , 8c termina près 
de cinq ans enfuite une vie fouvent tourmentée par un afthme , 8c par la 
complexion la plus délicate, qui le mirent plufieurs fois aux portes de 
la mort. 

Il mourut à Voifenon le 21 Novembre 177 5 , avec une fermeté & une 
confiance peu communes. 

Defmahis a fait ainfi fon portrait. 

« Arbitre des talens qu'il cultive & poflède , 

» Son elprit eft toujours d'accord avec le goiît : 

» Toujours nouveau , fans ceiTe à lui-même il fuccède j 

» Ec fans précendre à rien , il a des droits fur tout ». 

L'Abbé de Voifenon a donné à l'Opéra , en 1758, l'Amour & Pfyche\ 

mufique de Mondonville j en 1759, les Fêtes de Paphos , mufique de 

Mondonville. 

CHANSON. 

« Craignons ces bergers doucereux, 

» Maman le veut , ce font , dit-elle , 

» Des loups malins & dangereux ; 

r> Brebis , fuyez leur dent cruelle j 

» Helas ! je frémis du danger. 

» Mais les difcours de mon berger 

» Diffipent bientôt mes alarmes. 

j» Il aman , il a de fi doux charmes, 

» Pour guérir un foupçon fatal ! 

» Non , non , je ne puis m'en défendre : 

* Il eft fi fournis & fi tendre , 

» Voudrait- il me faire du mal»? 

AUTRE. 

« L'aimable printerns voit éclore 
» Des fruits que l'été fait mûrir ; 



SUR LA MUSIQUE. ii3 

» L'automne plus heureux encore , 
» Nous offre ce jus à cueillir. 

» Ainfî, par d'aimables largeflès 
» Tout confpire à nous réjouir. 
» Trois faifons forment nos ricKeflès i 
a L'hiver eft le tems d'en jouir. 

» Chantons la faifon favorable , 
» Amis , qui nous raflèmble tous ; 
» Bravons chez une hôcefle aimable 
» Tous les vents du nord en courromî 

n Je vois la délicate Annette 
>» Que la bife fait friflbnner. 
» Ah! bergère, l'amour m'apprêl» 
» Le plaifir de te réchauffer. 

» L'amour & ce brillant Champagne 
» A l'envi t'offrent tous leurs feux : 
» Clioilis , mon aimable compagne , 
b Ou plutôt, prens-en de nous deux. 

» Au bout d'une courte carrière 
■ Phébus fe plonge dans les eaux,' 
» Regretterai-je fa lumière , 

• Quand je vois Annette aux flambeaux l 

» Tandis que fà face eft vifîble, 
» Au travail on voit tout courir j 
m Les heures de la nuit paifible 

• Sont les heures du doux plailîr. 

» De la clarté que l'art me donne; 
o Je difpofe au gré de mes vœux j 
» Une aimable rougeur l'ordonne , 
» Je l'éteins , & je fuis heureux. 

» L'éclat d'une fête brillante 

m Raflèmble les fujets d'amour. 

» Dieux ! que la bergère eft (Contente ! 

» L'amant faura l'être à fon tour, 

Kkki 



$44 ESSAI 

» Seuls dans le cabinet d'Iphife, 

» Que nos entretiens ont d'attraits l 

» Dans le feu que fa main attife, 

» Le tendre amour forge fes traits. 

» Que l'hiver pft cliaimaui à table ! 

» Les plaifirs s'y raffemblent tous j 
» Le vin rend l'amour plus traitable, 
» Et l'amour rend le vin plus doux ». 

Voiture, né à Amiens en 1598 , Se fils d'un Marchand de vin , fut 
élevé à Paris au collège de Boncour. M. d'Avaux , fon camarade d'école , 
étant devenu Surintendant des Finances , le nomma premier Commis , 
pour qu'il en eût les appointemens , & le fit connaître à la Cour , où il 
fut fort goûté. 11 était prefcjue toujours à l'hôtel de Rambouillet , Se faifait 
l'ornement de ces converfations fi fameules dans ce tems-là. Jamais per- 
fonne n'entendit mieux que lui l'art de badiner noblement & agréable- 
ment. Ses Lettres feront agréables dans tous les tems j mais fort peu de fes 
vers méritent d'être confervés. 

M. d'Avaux lui procura la charge de Maître-d'hôtel du Roi , & celle 
d'Introdudteur des Ambaffadeurs chez Monsieur , frère du Roi. 11 fuivit 
ce Prince en Languedoc , pendant le tems des brouilleries , 8c fut envoyé 
par lui en Efpagne 3 où il fe fit aimer du Comte d'Olivarès j il apprit fi 
bien l'Efpagnol , qu'il fit des vers que l'on crut de Lopès de Véga. Il fit 
auffi deux voyages à Rome , où il fut accueilli de tous les Savans. 

Il fut un des Académiciens Français les plus eftimés , Se mourut en 1648 ,' 
regretté des honnêtes gens , & fur-tout des Dames. 

C H A N S ON. 

« J'avais de l'amour pour vous t 

» Charmante Silvie : 

» Mais vos injuftes courroux 

» Ont refroidi mon envie. 

» Je fais aimer conftammenr; 

» Mais fi l'on n'aime également , 

» Ma foi , je m'en ennuie. 

« L'amour fur un autre amour 
» Volontiers s'appuie, 



SUR LA MUSIQUE. **j 

» J'aime fans aucun détour, 
» Mais fi je vois qu'on me fuie; 
» Et qu'on fe plaife à m'ouir 
» Pleurer, tourmenter & gémir, 
» Ma foi, je m'en ennuie. 

» Vous exercez far mon cœur 

» Trop de tyrannie, 
» Je ne vis plus qu'en langueur f 
» C'eft une peine infinie 
d Que de vivre en vous aimant ; 
n Et pour vous parler franchement, 
Ma foi , je m'en ennuie. 

» Si vous penfez honorer 

« Une ame ttanfie 
» Qui meurt pour vous adorer ^ 
i> Pour moi , je vous remercie : 
» Je ne veax point tant d'honneur; 
» Gardez-le à quelque grand Seigneur } 
» Ma foi je m'en ennuie ». 

Voltaire ( Marie-François Arrouet de ). Il était de la deftinée brillante 
de ce grand homme ( comme on l'a ïbuvent obfervé ) , d'étonner par l'uni- 
verfalité de fes talens , & de parcourir avec fuccès tous les genres de la 
littérature. Quoique le genre lyrique ne foit pas précifement celui dans 
lequel il ait acquis le plus de gloire, on lui doit cependant de très-belles 
odes , telle que celle fur la mort de l'Empereur Charles VI , celle fur la 
mort de Madame la Margrave de Bareith , &c. Il a fait auffi quelques 
opéra , entr'autres Samfon & Pandore. L opéra de Samfon fut mis en mu- 
fique par Rameau ; mais la repréfentation n'en fut pas permife , parce- 
qu'on regarda la fcène lyrique comme trop profane , pour y représenter 
un fujet tiré de l'Ecriture , tandis qu'on tolérait que Samfon & jiflequin, 
comme ledit plaifamment Voltaire j fîlfent conjointement des miracles à 
la farce Italienne. 

Nous nous permettrons de tranfcrire un fragment de cet opéra , pour 
prouver que le génie de l'Auteur favait fe plier à tous les genres , & même 
y donner l'exemple de quelques beautés nouvelles. 



4*6 ESSAI 

S a m s o n enchaîné , GakdK. 

k Profonds abymes de la terre , 
» Enfer , ouvre-toi ! 
» Frappe , tonnerre , 
» Ecrafe-moi : 
» Mon bras a refufé de fêrvir mon courage, 

» Je fuis vaincu , je fuis dans l'efclavage , 
» Je ne te verrai plus , flambeau facré des cieux î 
» Lumière , tu fuis de mes yeux ! 
« Lumière , brillante image 
» D'un Dieu ton auteur, 
» Premier ouvrage 
» Du créateur , 
» Douce lumière ! 
» Nature entière , 
w Des voiles de la nuit l'impénétrable horreur 
» Te cache à ma trifte paupière. 
» Profonds abymes , &c. » 

Une Prétresse des Philistiss» 

» Tous nos Dieux étonnés & cachés dans les cieux , 
» Ne pouvaient fauver notre empire , 

» Vénus, avec un fourire, 
» Nous a rendus vi&orieux. 
» Mars a volé , guidé par elle , 
» Sur fon char tout (anglantj 
» La victoire immortelle 
» Tirait fon glaive étincelant 
» Contre tout un peuple infidèle ; 
» Et la nuit éternelle 
» Va dévorer leur chef interdit & tremblant ». 

Le Roi des Philistins à Samfon, 
« Eh bien ! qu'efl devenu ce Dieu fi redoutable , 
» Qui par tes mains devait nous foudroyer ? 
» Une femme a vaincu ce fantôme effroyable , 
» Et fon bras languiffant ne peut fe déployer. 
» Il t'abandonne , il cède à ma puiflance ; 
» Et tandis qu'en ces lieux j'enchaîne les deftins , 
» Son tonnerre étouffé dans fes débiles mains , 
» Se repofe dans le filence ». 



SUR LA MUSIQUE. 447 

S A M S O H. 

» Grand Dieu! j'ai foutenu cet horrible langage, 

n Quand il n'offeniâit qu'un mortel , 
» On infulte ton nom, ton culte, ton autel, 

» Leve-toi, venge ton outrage ». 

Chœur de Philistin Si 

« Tes cris ne font point entendus , 
a Malheureux , ton Dieu n'eft plus ». 

S a m s ». 

• Tu peux encore armer cette main malheureufe ; 
m Accorde-moi du moins une mort glorieufe ». 

Le Roi. 

« Non , tu dois lèntir à longs traits 
» L'amertume de ton fupplice. 
■» Qu'avec toi , ton Dieu périfle , 
» Et qu'il foit , comme toi , méprifé pour jamais ». 

S A M S O N. 

• Tu m'inipiies ! Grand Dieu ! c'eft fur toi que je fonde 

» Mes fuperbes defTeins ; 
» Tu m'infpires , ton bras féconde 
» Mes languilTantes mains ». 

Le Roi. 

» Vil efclave , qu'ofes-tu dire ? 
» Prêt à mourir dans les tourmensj 
» Peux- tu bien menacer ce formidable empire 
» A tes derniers momens ! 
» Qu'on l'immole , il en eft tems } 
» Frappez , il faut qu'il expire ». 

S A M S O N. 

« Arrêtez, je dois vous inftruire 
t> Des fecrets de mon peuple & du Dieu que je fers ; 
» Ce moment doit fervif d'exemple à l'univers », 



**» 



ESSAI 



Le Roi. 



« Parle , apprens-nous tous tes crimes , 
■ Livre-nous toutes nos victimes ». 

S A M S O N. 

» Roî , commande que les Hébreux 
• Sortent Je ta ptéfence & de ce temple affreux »; 

Le Roi. 

» Tu feras fatisfait ». 

S A M S O N. 

» La cour qui t'environne ; 
» Tes Prêtres , tes guerriers font-ils autour de toi > » 

Le Roi. 

» Ils y font tons , explique-toi ». 

S a m s o K. 

a Suis-je auprès de cette colonne 
h Qui foutient ce féjour fi cher aux Philiftins i 

Le Roi. 

« Oui , tu la touches de tes mains »." 
Samson ébranlant la colonne. 

k Temple odieux , que tes murs le renverfent } 
» Que tes débris fe dilperfent 
u Sur moi, fur ce peuple en fureur ». 

Chœur des Philistins. 

» Tout tombe , tout périt , ô ciel ! ô Dieu vengeur ! 

S A M S O M. 

» J'ai réparé ma honte , Se j'expire en vainqueur »« 

Ces vers "nous paraiiTent moins doucereux , moins fades que ceux de la 
plupart de nos opéra. Ils prouvent que notre fcène lyrique pourrait s'é- 
lever à un ton de poéfie plus fier j plus mâle , plus élevé qu'on ne le 
croit communément , fur-tout d'après nos opéra modernes. 

On 



SUR LA MUSIQUE. 449 

On trouve aufli de très heureux morceaux dans Pandore j mais nous 
nous bornerons à ajouter ici quelques chanfons échappées au génie facile 
de M. de Voltaire. Quelques-unes ont été faites par l'Auteur , fans qu'il 
fe doutât qu'on dût les chanter , telles que ces ftances charmantes qui 
appelaient fi naturellement la mufique. 

S TANCES. 

m Si voulez que j'aime encore , 

» Rendez-moi l'âge des amours ; 

» Au crépufcule de mes jours 

» Rejoignez, s'il fe peut, l'aurore. 

» Des beaux lieux où le Dieu du vin , 

» Avec l'Amour , tient fon empire , 

» Le rems , qui me prend par la main , 

» M'avertit que je me retire. 

» Laiflbns à la belle jeunefle 

» Le plaiïir & les agrémens : 

» Nous ne vivons que deux rhomens ; 

» Qu'il en foit un pour la fageflè. 

» Quoi , pour toujours vous me fuyez 
» TendrefTe , illufion , folie , 
»» Dons du ciel qui me confoliez 
d Des amertumes de la vie! 

» On meurt deux fois , je le vois bien i 
» Ceiïer de plaire & d'être aimable 
» Eft une mort infupportable ; 
» CefTer de vivre, ce n'eft rien. 

» Ainfi je déplorais la perte 
» Des erreurs de mes premiers ans ; 
» Et mon ame , aux defîrs ouverte, 
» Rappellak ces enchantemens. 

» Du ciel alors daignant defcendre , 
» L'amitié vint à mon fecours ; 
Tome IF. LU 



4jo ESSAI 

» Elle était plus douce, auflî rendre, 
» Mais moins vive que les amours. 

» Touché de fa beauté nouvelle, 

» Et par fa lumière éclairé , 

» Je la fuivis ; mais je pleurai 

» De ne pouvoir plus fuivre qu'elle ». 

CHANSON. 

A Madame la Princejfe de Prujfe-^ 

a Souvent un air de vérité 
» Se mêle au plus groffier menfonge : 
» Cette nuit , dans l'erreur d'un fonge r 
» Au rang des Rois j'étais monté : 
» Je vous aimais alors , & j'ofais vous le dire : 
» Les Dieux , à mon réveil , ne m'ont pas tout ôtéj 
» Je n'ai perdu que mon empire ». 

AUTRE. 

« Vos yeux font beaux , mais votre ame efï plus belle* 

» Vous êtes fimple & naturelle ; 
» Et fans prétendre à rien vous triomphez de tous» 
» Si vous euilîez été du tems de Gabrielle , 

» Je ne fais pas ce qu'on eilt dit de vous j 
» Mais on n'aurait point parlé d'elle »» 

AUTRE. 

« Pour foumettre mon ame 
» A l'empire des plaifîrs , 

» Un berger plein de flame % , 
» M'entretient de fes defîrs : 
» Pas à pas fon feu le guide 
» Vers la route des faveurs ; 
» Mais fon coeur encor timide 
» N'ofe braver mes rigueurs. 

» La fageflè trop fiere 
» Me défend de l'écouter j 



SUR LA MUSIQUE. 471 

» Et pour la faire taire , 
» L'ingrat n'ofe aiïez tenter. 
» Que n'a-t-il allez d'adreffe 
» Pour dérober au devoir 
» La preuve d'une faiblefle 
» Que je n'ofe faire voir ! 

» Quand d'un oeil moins févere, 
» Je flatte fes tendres feux , 

» Son embarras diffère 
» L'inftant de le rendre heureux, 
» Il craint, il tremble, il hérite } 
» Il avertit ma fierté ; 
» Et la cruelle en profite 
» Pour bannir la volupté. 

n Hier à la vi£roire 
■» Marchant plus rapidement,' 

» Il atteignit la gloire 
» Dont on couronne un amant. 
» Que n'ofak-il davantage ? 
» Encor un pas feulement , 
» Ma raifon faifait pafTage 
» Au plaifir du fentiment »... 

Autre j faite à plus de quatre-vingt ans, 

« Eh quoi ! vous êtes étonnée , 
» Qu'au bout de quatre-vingt hivers 
» Ma mufe faible & furannée 
» PuifTe encore fredonner des airs ! 

•> Quelquefois un peu de verdure 

» Rit fous les glaçons de nos champt ; 

» Elle confole la nature : 

» Mais elle féche en peu de terns. 

» Un oifeau peut fe faire entendre 
» Après la faifon des beaux jours : 
» Mais fa voix n'a plus rien de tendre ; 
» Il ne chante plus fes amours. 



Ll 



452 ESSAI 

» Ainfi je touche eucor ma lyre 
» Qui n'obéit plus à mes doigts ; 
» Ainfi j'effaie encor ma voix 
» Au moment même qu'elle expire. 

» Je veux dans mes derniers adieux, 
» Difait Tibulle à fon amante , 
» Attacher mes yeux fur tes yeux, 
» Te preflèr de ma main mourante» 

» Mais quand on fent qu'on va paiïër, 
» Quand l'ame fuit avec la vie , 
» A-t-on des yeux pour voir Délie r 
» Et des mains pour, la cate fTer » 

» Dans ces momens chacun oublie 

» Tout ce qu'il a fait en fantéj. 

» Quel mortel s'eft jamais flatté 

» D'un rendez-vous à l'agonie ? 

» Délie elle-même à fon tour, 

» S'en va dans la nuit éternelle* 

» En oubliant qu'elle fut belle 

» Et qu'elle a vécu pour l'amour, 

» Nous naifîbns , nous vivons , Bergère , 
» Nous mourrons fans favoir comment ; 
» Chacun eft parti du néant : 
» Où va-t-il. ? ... Dieu le fait, ma chère »♦ 

Ussieux ( M. d' ) a fait un recueil d'anecdotes hiftoriques , imprimé 
en deux volumes i/2-8 , avec des figures , & eft intitulé le Décaméron- 
Français. Prefcjue toutes ces hiftoires font du plus grand intérêt , & aufli 
bien écrites qu'agréables à lire. Son Siège de S. Jean-de-Lône , pièce hé- 
roïque en trois aétes , eft reçu à la Comédie Françaife depuis longtems, 
& probablement fera bientôt repréfenté. Sa traduction dé l'Arioûe eft fort 
eftimée , 8c digne de la beauté de l'édition. Il a fait auiîl en fociété 
Gahrielle de Pajjy , parodie de Gabrielle de Vergy. M. d'Ulïîeux eft l'un 
des Auteurs du Journal de Paris , & l'orne fouvent d'articles de la meilleure 
critique. 



SUR LA MUSIQUE. 457 

CHANSON. 

« Amour me tient en fervage : 
» En mon cœur plus n'eft repos , 
» En ma bouche, doux propos; 
» N'ai que larmes pour breuvage, 
» Et pour voix n'ai que fanglots, 

» Bien Ce voit que de ma vie 
» Fleur fe pafle chaque jour , 
» Si m'aimez à vo:re tour, 
» Las! dans peu, gente Emilie j 
» Mourrai viftime d'amour. 

» Ah .' fi me pouviez entendre , 
» Si vous faviez que m'amoindrit ,. 
» Que Roger d'amour périt , 
» Vous connois ame afîêz tendre ,. 
» Me pleureriez un petitt 

» Mais non, non , ne craignez mie, 
» Mon fecret point ne dirai ; 
» Avec moi , quand finirai , 
» Vous le promets, belle amie, 
» Au tombeau l'emporterai ». 

Watelet ( Claude-Henri ) ,. Receveur général des Finances , né à Paris ^ 
èc reçu à l'Académie Françaife en 1760. L'amitié, les lettres & les talen» 
ont fait le bonheur de fa vie, &: fes plus agréables délaifemens. 

Son poëme fur la Peinture méritera toujours l'eftime des Poètes Se des 
Peintres , de jamais un pocme fur cet art ne pouvait être bien fait que 
par un homme qui polfédât également les connailîances néceflfaires dans 
ces deux genres. On attend de M. Watelet une traduction en vers de 
la Jérufalem délivrée du Taife. Ce qui en a été lu aux Séances publiques 
de l'Académie, a fait juger avantageufement du refte de cette difficile 
entreprife. 

Jamais homme de lettres n'a moins été jaloux que M. Watelet , des 
fuccès de fes confrères ; & jamais perfonne n'a plus encourage les talens 
jiailfans , ni ae leur a donné de confeils plus utiles. 



«j^ ESSAI 

Nous avons de lui beaucoup de chanfons échappées à fes loifirs ; on les 
chante fans favoir de qui elles font , & jamais il n'y a attaché allez de 
mérite pour s'en déclarer l'auteur. 

Ximenès ( Augufte-Louis , Marquis de) , né à Paris le 18 Février ijiSi 
a donné plufieurs tragédies au Théâtre Français , Se a fait l'opéra de Phara- 
mond Se celui d'Hélène , qui n'ont pas encore été repréfentés. 

Yver. j Seigneur de Plaifance Se de la Bigotterie ( Jacques ) 3 Gentil- 
homme Poitevin, naquit à Niort en 1510. 

Branle de Poitou. 

• Ores , mon Angelette 
» Que le pampre croiffant 
» D'une accolade eftfoite 
» Va fa treille embraffant , 
» Et qu'on voit s'enlafTant 
» Tout à l'emour du chefne, 
n D'une amoureufe chaîne , 
»» Le lierre verdiffant. 

m Que les arbres en terre 
» Se veftent de blancheurs ; 
» Que le verd pré deflerre 
» Ses plus douces odeurs , 
n Se bigarrant de fleurs , 
» Et que l'eau qui ruilïelle , 
» Confole la querelle 
» Des oifeaux voyageurs. 

» Le roflïgnol fauvage , 
» Le paffe , & le ramier 
» Sous le nouveau feuillage 
» Se vont apparier : 
a Que d'une amour entière 
» Gémit la tourterelle 
» Et que jà l'arondelle 
Cherche à le marier. 



SUR LA MUSIQUE. ^ 

» Puifque tout ce , ma belle , 
» Le printems nous fait voir , 
» Serez-vous bien rebelle 
» A l'amoureux devoir ? 
» Pourrez-vous feule avoir 
» L'hyver en la poi&raine , 
» Pour efteindre inhumaine 
» D'un doux feu le pouvoir t 

» Pluftôt d'amour bénigne 
» Faites un cœur nouveau , 
» Pluftôc foyez ma vigne , 
» Je ferai votre ormeau ; 
» Et dans votre fein beau , 
» Enfermes mon courage , 
» Comme dans une cage 
» On enferme un oifeau. 

» Et pour un plus grand ligne 

» D'éternelle amitié , 

» D'un lien androgyne 

» Notre corps foit lié , 

» Que de notre moitié r 

» Amour ores parface 

• Un tout qui ne s'efface 

» Par la mort fans pitié. 

» Qu'un trait qui ne rebouche , 

» Nous enferre tous deux | 

» Sein à fein , bouche à bouche , 

» Flanc à flanc, yeux à yeux; 

» Que ce ret doucereux 

» Cent fois fur nous redouple t 

» Duquel Vulcain accouple 

» Les Déeflès aux Dieux ». 

C H A N S ON. 

« J'ai requis à l'amour un bien tant feulement ,' 
» Que , pour de mes travaux l'heureufe récompense , 
» Il lui pleuft d'un baifer me donner allégeance , 
» Tel que ma belle feeu fucrer Ci doucement. 



4;tf ESSAI 

» Il me fut o&royé de le prendre en partant, 

» O jour infortuné que j'en eus jouiffance ! 

u Mon oeil n'ayant plus lors de voir fon bien puiflant , 

*» De ma bouche enviait le doux contentement. 

» Amour , tu n'as rien fait pour ma trille penfée , 

» Ayant une autre guerre en moi recommencée. 

» Et me faifant , hélas, de moi-même envieux : 

» Donc puifqu'à deux defirs un bien ne peut furfire ," 

• Je te fupplie , amour , fi tu ne veux m'occire , 

» Ou bien olte-moi tout, ou bien me donne mieux »« 



Fin du fixicmc Livre. 




SUR LA MUSIQUE; # 7i 



SUP PLÉMENT AU CHAPITRE IV 
du Tome III. 

IN ods devons à M. Suard , de l'Académie Françaife , ce Supplément 
qu'il n'a pas eu le tems de faire plus étendu. Il eût été à délirer que 
nous l'eullîons confulté plutôt , il aurait enrichi nocre Ouvrage de recherches 
& de remarques aufli agréables qu'utiles. Nous efpcrons qu'il voudra 
bien nous communiquer tout ce qu'il a écrit fur la Mufique , fi le Public 
a la bonté de juger notte Ouvrage digne d'une féconde édition. 

Nous ne faurions trop le répéter : fi jamais nous entreprenons cette 
tâche pénible , nous defirerons que cet ouvrage foit bien moins le nôtre 
que celui de tous les gens inftruits qui daigneront nous honorer de leurs 
confeîls & de leurs recherches. Nous n'avons jamais ambitionné que le 
mérite d'être utile aux amateurs d'un art qui n'eft pas fondé, comme 
beaucoup de gens le croient , fur des règles arbitraires .; & nous n'avons 
cherché qu'à raflembler dans un même recueil les faits les plus intéreffans 
cpars dans des milliers de volumes. Loin de redouter ou de braver les 
critiques que nous méritons probablement dans une infinité d'endroits , 
nous les recevrons avec reconnoiflance , fur-tout fi elles font dictées pat 
l'amour du vrai, qui feul a été notre guide, 

Des Compojîteurs Italiens, 

Aktoniotti ( George ), Compofiteur Italien , a fait imprimera Londres, 
*tl 1760, un ouvrage intitulé L'Ane Armonïca, 

Agnesi ( Marie-Thérefe ; , de Milan , a mis en Mufique plufieurj 
Cantates Se trois Opéras qui ont eu du fuccès : La Sofonisba , le Ciro 
in Armenia , & la Nitocri. Cette dame était fœur de la célèbre Marie 
Gaetana Agnefi , qui a prefeifé les Mathématiques à Bologne , & qui 
eft morte il y a peu de tcms. 

Tome W. M m m 



£j$ ESSAI 

Ardore (le Marquis de Saint-George , Prince d'), ce Seigneur Na- 
politain, très-connu en France, où il a été Ambafladeur il y a trente 
ans , a mis en mufique des Cantates Se des Opéras 3 Se fes compositions 
font eftimées des maîtres de l'Art. Le royaume de Naples a fourni beau- 
coup de noms illuftres à la lifte des Compofiteurs en Mufique : les plus 
célèbres font le Baron dAftorgas , le Duc RufFo, Don Bartoîomeo 
Vaifallo , tous trois Siciliens - y Don Antonio Caputo , Monfignore de' Ste- 
fani , & quelques autres , dont les noms font omis dans le catalogue. 

Bertoni (Ferdinand). On a omis à l'article de ce Compofiteur, en- 
core vivant , une anecdote qui me paroît intérelfante pour fhiftoire de 
lArr. 

On fait le fuccès extraordinaire que l'Orfeo du Chevalier Gluck a eu 
fur prefque tous les théâtres d'Europe. Après avoir été joué vingt-huit 
fois de fuite fur celui de Parme , où toute l'Italie était raflemblée pour 
la fête du mariage de l'Infant , on le grava. C'eft le premier Opéra Ita- 
lien qui ait été gravé. On engagea quelque tems après M. Bertoni à 
mettre en Mufique le même Poëme pour le théâtre de Venife j il le fit 
avec fuccès. On fit graver fa partition j mais il exigea qu'on mît à la tête 
un Avis au Lecteur, dont voici la traduction littérale. 

« Ce n'eft pas fans quelque frayeur que j'ai accepté la propofition de 
» mettre en Mufique l'Orfeo du célèbre Signor Calzabigi, après l'heureux 
J3 fuccès qu'a juftement obtenu dans la même entreprife M. le Chevalier 
* Gluck chez toutes les nations de l'Europe. En me mettant à l'ouvrage, 
» me trouvant dépourvu du fecours du Poète que j'aurois pu confulter 
s» au befoin , je regardai comme une circonftance aufll heureufe qu'utile 
» pour moi, d'avoir fous les yeux Ja partition du Compofiteur, pour 
m fuivre fes traces, au moins dans la marche qu'il a renue. C'eft aux 
» hommes d'un difeernement jufte Se délicat , à juger de la différence 
» qu'il y a dans le refte. 

» Le fuccès de mon ouvrage a paffé toutes mes efpérances , Se d'après 
» les inftances qu'on m'a faites pour le publier, je n'ai pu me difpenfer 
» de le laiffer graver. 

» Je me trouverais fort heureux fi je pouvais, non pas obtenir comme 
» M, le Chevalier Gluck , les applaudillemens des autres nations , mais 



SUR. LA MUSIQUE. 4 ;p 

»» du moins trouver auprès d'elle* une partie de l'indulgence qu'on m'a 
» montrée à Venife. 

» Pour prix de ma condefcendance 3 j'ai exigé de MM. les Editeurs , 
» qu'ils mettraient cet avis à la têre de l'ouvrage , afin de rendre juftice 
33 à qui elle eft due, Se d'éviter toute imputation de vanité, défaut 
» très-étranger à mon caraétere «. 

Ce qui me paraît mériter- attention dans cette Préface, c'eft de voir 
qu'un habile Compofiteur , qui avait déjà mis en mufique , fans en être le 
moins du monde effrayé , ( fcn^a rrepida^ione ) des Poëmes fur lefquels 
les Vinci, les Jomelli, les Buranello, les Halfe, &c. avaient déployé 
toutes les richelfes de leur art, éprouve ce moment de frayeur en remet- 
tant en mufique ÏOrfeo , après M. Gluck ; qu'il fe trouve fort heureux 
d'avoir la partition fous les yeux pour fuivre la marche & la difpofition 
générale que M. Gluck lui avait tracée ; qu'il ait imité les intentions , 
les mouvemens , Se fouvent même les motifs de tous les morceaux inté- 
reffans de l'original , Se que cette imitation ait encore eu un grand fuc- 
cbs chez les Italiens mêmes, qui femblent ne defirer & ne goûter que 
la nouveauté. Je me contenterai d'expofer ce fait , Se je laiffe aux gens 
d'efptit à en tirer les conféquences. 

Carissimi C Jacques ). L'article de ce célèbre Compofiteur nous paraît 
mériter d'être traité avec plus de détail qu'il ne l'c-ft dans le catalogue. 
Peu de Muficiens ont plus fait pour le progrès de l'art , Se ont eu une plus 
grande réputation. C'eft à lui que les Italiens doivent principalement le 
ftyle a&uel de leur récitatif , inventé d'abord par Jacopo Péri , Se 
par Monteverde j Cariffimi fut y imiter de plus près les intonations na- 
turelles du .difcours , en y confervant une tournure de chant facile Se 
agréable. Il eft l'inventeur des baffes figurées & mobiles , idée que Co- 
relli faifit Se imita avec tant de goût Se de fuccès. Il fut aufli le pre- 
mier qui , dans les Motets , fit accompagner les voix par des violons Se 
d'autres inftrumens; pratique qu'il tranfporta du théâtre à Péglife , & qui 
fut imitée par tous les Compofiteurs Italiens. On lui a attribué l'hon- 
neur d'avoir inventé la Cantate ; mais on peut voir à l'article Barbara 
Seront , que cette invention , dont l'Opéra avoir donné l'idée , appartient 
ï cette Dame Vénitienne. Carilîimi ne fit que la tranfporter des Con- 

M m m i 



^tfd ESSAI 

certs dans la Mufique d'Eglife , en compofant des Cantates fur des fu/ets 
de religion. Une des plus célèbres de ces compoiïtions eft celle de 
Jephté. Kircher en parle avec ravifiement dans fa Mufurgie , & il donne 
les plus grands éloges à Cariilimi. 

Ce Compofneur avait fait une grande fortune par fes Ouvrages, Se 
a vécu quatre-vingt-dix ans. 

Cecchini ( Ange ) , Auteur de la Mufique d'un drame ancien , imprimé 
fous ce titre : La Sincerka Trionfante, owero l'Erculeo ardire , favola bof- 
careccia d'Ottaviano cajlelli , pojla in Mufica da Angelo Cecchini mufico dd 
Jzg. Duca di Bracciano. Roma , per vitale Mafcardi » 640 ., 4 . atti V 3 con 
un diologo e intermedi. 

Marotta ( Erafme ). On a omis dans le catalogue, de dire que Ma- 
rotta était Jéfuite , en même rems que Compofiteur de Mufique. On y 
dit qu'il mit en mufique ÏAminte du Tafle en 1550, ce qui ne peut 
pas être. Marotta entra dans la Société de Jefus en 1 6 1 1 ; & mourut 
à Palerme en 1641. Je n'ai pas le rems de rechercher la date de cette 
compofition ; mais je trouve dans la Storia critica du P. Quadrio , qu'elle 
écait poftérieure aux Mélodrames d'Emilio del Cavalière , dont le dernier , 
intitulé , // giuoco délia cieca , fut repréfenté en 1595. 

Meruia (le Chevalier Tarquin). On peut ajouter à fon article, que 
ce fut lui qui le premier introduifit d'autres inftrumens que l'Orgue 
dans la Mufique d'Eglife pour accompagner le chant du chœur : il y 
employa la viole & même le violon. Un de fes ouvrages eft intitulé : 
Can^oni overo fonate concertate per chiefa e caméra , a duo e tre Stro- 
menri j lib. IV, 163 7. On voit par ce tirre que dès l'année 1637, il 
compofa des Sonates pour l'églife & pour la chambre j ce qui donne l'é- 
poque la plus reculée à laquelle on puifte rapporter Finvention de ce 
genre de compofition \ car on fait que même plufieurs années après cerre 
époque, la feule mufique de concert qui fût en ufage en France, en 
Allemagne &c en Angleterre , étaient des efpeces de caprices pour la viole, 
fans delfein ni régularité. 

Parmi les compofitions de Mufique vocale de Merula, il y en a une 



SUR LA MUSIQUE. 4 tf i 

d'une efpece un peu bizarre : c'eft la déclinaifon grammaticale du pro- 
nom larin hk, arrangée en forme de fugue ou de canon à l'unifion. 

Monteverde (Claude). On pourrait ajouter à fon article que plu- 
fieurs Savans le regardent comme le véritable créateur de la Mufique 
théâtrale, & comme un des inventeurs du récitatif ; en effet, on ne 
connaît point d'exemple de récitatif plus ancien que celui de fon opéra 
à'Orfeo, qui exifte encore. 

Naselli (il cavalière Don Diego) , de la maifon d'Arragoiî,a mis en 
mufique plufieurs opéras , XAtùlio Rego/o , repréfenté à Païenne en' 1748, 
& le Demetrio , joué a Napfes en J749. Il était élevé de Perez. Comme 
il ne voulait pas fe faire connaître pour l'auteur de ces compofitions, il 
les faifait annoncer fous les nom d'Egidio Lafnel t qui eft l'anagrame 
de fon vrai nom. 

Pesenti ( Martin ) , de Venife , mérite «ne place dans le catalogue 
des Compofiteurs. Quoique né aveugle , il s'eft fait une grande réputa- 
tion dans fon tems par des compofitions de Mufique vocale & inftru*. 
mentale. On pourrait croire, d'après nombre d'exemples, que la perte 
de la vue eft plutôt favorable que nuiiîble à l'étude & à la pratique de 
cet art. On connaît les ouvrages & la célébrité de Salinas , né aveugle 
aufli* Gafpar Krumbhorn , de Lignitz en Siléfie , mort en 1621, Se 
Louis Brooman, mort en 1597, tous deux aveugles, ont eu de la 
réputation comme Compofiteurs. Le dernier , dont il n'eft refté aucun 
ouvrage connu , eft appelle par Gérard Voulus , Mufices Princeps : Handel . 
& Sébaftien . Back ont continué de faire de la Mufique , après avoir 
perdu la vue dans un âge avancé. 

Strozzi ('Barbara), Dame Vénitienne, qui vivait dans le milieu du 
fiecle dernier, mérite une place diftinguée dans la lifte des Compofi- 
teurs Italiens. Elle a publié en 1653, un recueil de Mufique, intitulé: 
Cantate , Ariette e Duetti , avec un avertiffement à la tête , dans lequel 
elle annonce qu'ayant imaginé un genre de Mufique vocale , mêlé d'airs 
&c de récitatifs, elle en donnait un eflai pour fonder le goût du public. 



4*2 ESSAI 

Cette nouveauté réuffit , & eut bientôt des imitateurs. On ne peut donc 
guère contefter à cette Dame l'invention de la Cantate , quoique quel- 
ques Ecrivains en ayent fait honneur à Câriflnrii, qui vivait dans le même 
rems. 

Il y a' eu une Religieufe de Florence du même nom, Laurentia Strozzi , 
qui vivait à la fin du même fiecle , & qui a écrit fur la Mufique. Elle 
était très-favante , entendait parfaitement le Grec , 6c a écrit des hymnes 
en Latin , qui ont été traduits dans notre Lahgue , Se mis en Mufique ' 
par Mauduit, Muficien français, fort loué par le P. Merfenne. 

Terradellas ( Dominique). Son article n'^ft pas exact : on le dit Napo- 
litain • il était de Barcelonne ; mais il avait étudié la Mufique en Italie , 
& était Maître de Chapelle de l'Eglife de S. Jacques des Efpagnols à 
Rome. Il eft mort en ljjl $ de douleur de la chute d'un de (ss opéra, 

Viadana (Louis), Maître de Chapelle de la Cathédrale de Mantoue ., 
ne méritait pas d'être oublié dans la même lifte. Il écrivait au commen- 
cement du feizieme fiecle. Outre un grand nombre d'ouvrages en Mu- 
fique qu'il a laifles , & qui ont eu beaucoup de réputation de fon tems, 
l'art lui eft redevable d'une invention intérefiante , celle de la bafle 
continue. Voici comment Gafpard Printz , Muficien Allemand , qui a 
imprima, en 169O, une hiftoire de la Mufique, rend compte de cette 
invention. ■* Au temps de Viadana, les Motets étaient furchargés de 
» fugues, de fyncopes, de contrepoints fleuris & brifés, & de toutes 
» les recherches favantes de l'Art; mais les Compofiteurs , plus occupés 

* de l'harmonie des fons que du (ens des paroles, s'attachaient à bien 
m difpofer les uns ., & abandonnaient les autres au hafard & au- 
» caprice. Il en réfultait tant de confufion & d'irrégularité j que pér- 
ir fonne ne pouvait entendre ce qu'on chantait ; auifi les gens de goût 
»- difaient que la Mufique n'était qu'un vain bruit : Mu/ïcam ejfe ina- 
9- nem fonorum Jlrepitum. 

» Cet ingénieux Compofiteur Italien j frappé de ces abus, inventa des 
» Monodies ou Concerts, dans lefquels les paroles, moyennant la pro- 

* nonciation diftinifte du Chanteur, étoieut entendues fans peine; mais 



SUR LA MUSIQUE. é p 

» comme une baffe fondamentale était néceffaire pour remplir cet 
» objet, il imagina cette méthode abrégée de noter, que nous appel- 
» Ions aujourd'hui baffe-continue ». 

Printz place cette invention i l'an io'oj'. Ce récit mériterait d'être 
examiné avec un peu de foin. Il y a lieu de croire , d'après quelques 
ouvrages de Mufique connus, que la pratique des baffes continues était 
en ufage avant le commencement du dix-feptieme fiede. 

Supplément au Chapitre des Auteurs qui ont écrit fur 

la Mufique. 

Aaron ( Pierre ). On a oublié de citer fon meilleur ouvrage , Tof~ 
canclla délia Mufica , imprimé d'abord à Venife en 1513, & réimptimé 
avec des additions en 1559. C'eft un des premiers écrivains qui ayent 
réduit à des régies précifes l'art du contrepoint. Aaron réduit ces règles 
au nombre de dix, & l'on voit que c'eft par confidération pour les dix 
préceptes du décalogue. Ce n'eft pas le feul exemple de ce genre que l'on 
trouve parmi les Ecrivains de ces temps de fuperftition. 

; 

Agiucola (Martin). Je trouve dans le catalogue l'article de Rodol- 
phe Agricola , érudit du quinzième fiecle, de qui on a des ouvrages de 
Théologie & de Scholaftique , mais qui n'a rien écrit fur la Mufique. 
On fait feulement qu'il aimait beaucoup cet art, & qu'il jouait très-bien 
de l'orgue Se du luth. 

On a oublié l'article de Martin Agricola, qui , à-peu-près dans le même 
temps, a publié plufieurs ouvrages élcnaeniaire.s- fur laj théorie. Se la pratique 
de la Mufique, les uns en allemand, les autres en )atui f 

11 publia en 1529 un ouvrage intitulé: Mufica inft.riujfient.aiis, quil 
fit réimprimer en .1545., avec- de grands changemens. Il y explique non- 
feulement les principes fondamentaux de la Mufique ; il y donne auJfi la def- 
cription de divers inftrumens en ufage de fon temps , avec des règles fur la ma» 
niere de les accorder Se d'en jouer;. Il y parle de la divifion du monochorde Se 
d'un tempérament pour l'orgue Se le clavecin. Ce qu'il y a de remarquable 
dans cet ouvrage , c'eft qu'il eft éctit en vers. Comme il était deftiné à rinftruç- 



4*4 ESSAI 

tibn de ceux qui voulaient apprendre la Mufique , il crut que c'était un 
moyen de graver plus aifément Se plus fortement dans la mémoire des 
préceptes atides. Les premiers ouvrages dogmatiques chez les anciens 
peuples étaient écrits en vers, comme l'ont été parmi les modernes, les 
principes élémentaires de la grammaire Se de la Philofophie fcholaftique 
à l'ufage des écoles. 

Les autres ouvrages de Martin Agricola , font un Traite fur le chant 
figuré , en Allemand ; un petit traité latin , de Proportionibus ; un grand 
ouvrage intitulé , Melod'u fcholaflic& fub horarutn intervallis decantanda , 
publié à Magdebourg en 1 5 1 1 - y un autre intitulé , Scholia in Mujîcam 
planant Venfcejlai Philomatis de nova domo 3 &c. Se un ouvrage pofthume 
publié en 15 61 , intitulé: Duo libri Mujïces , continentes compendium 
artis & illujlria exempta 3 feripti à Martino Agricola Silejlo Soravienti. 

Cet écrivain était Chantre de Magdebourg. 11 mourut en ijj6\ 

3ona (Valerio), de Milan, publia en 1595 : Regole del contrapunto 
ç compojî^ione , brevemente raccolte dei diverjl autori : Operetta molto facile 
e utile per i Scolari principianti, 

Capeixa (Martianus Mineus Félix), né en Afrique, vivait à Rome 
"fous le règne de Léoiij dans le milieu du cinquième fiecle. 

On a de lui un ouvrage intitulé : de nuptiis PhilologU & Mércurii. C'eft 
llff traité des fept Arts libéraux j Se le neuvième livre roule uniquement 
fur la Mufique. Ce morceau a été imprimé à part à la fin du recueil 
des fept Auteurs Grecs fur la Mufique ancienne, recueillis par Meibomius, 
avec des notes du favant éditeur, L'ouvrage de Capella n'eft guère 
qu'un abrégé de celui d'Ariftide Quintilien , mais utile en ce qu'il eft 
plus clair Se plus méthodique que l'ouvrage original. 

Le Chevalier Henri Spelman remarque dans fon gloflaire , que Ca- 
pella fut le premier qui donna le nom de tons à ce qu'on appellair, 
modes dans la Mufique d ? Eglife t 

Calwitz ( Seth ) , de Gorschleb , village de Thuringe , né en 1556. 
C'était le fils d'un pauvre payfan : élevé d'abord dans l'école publique 
de Funchenhaufen , il montra des difpofitions fingulieres pour les feien- 

ces , 



SUR LA MUSIQUE. 4 5j 

ces , qui intérefïerent à lui quelques perfonnes , dont les contributions 
le mirent en état d'aller étudier à l'Univerficé de Leipfïck. Il y fit des 
progrès rapides en différens genres d'études ; mais ce n'eft que comme 
Muficien que nous le confidérons ici. Il ctoit fort jeune encore, lorfqu'on 
lui donna la direction du chœur de l'Eglife de l'Univerfîté. Peu de 
temps après il fut nommé ProfelTeur de Mufique dans l'école principale 
de la haute Saxe. Il devint enfuite chantre dans l'Eglife de S. Thomas 
à Leipfïck, &c ProfefTeur de l'Univerfîté. Il mourut dans cette ville en 
161 5. 

Il publia en \$$$ Melopeia feu melodis. condende ratio , quant vulgo 
Muficam Poeticam vocant , imprimé à Erfurt. 

En 161 1 il fit imprimer fes Opufcula Mujlca , & l'année fuivante fou 
Compendium Mujlcum , dont il donna dans la même année une féconde 
édition , fous le titre de Mujicàt. artis pr&cepta nova & facillïma , &c. Il 
publia enfuite fes Exercitatïones Mufics, divifées en trois parties , dont les 
deux premières furent imprimées en 1660, & la troifieme en 16 11 : ce 
dernier ouvrage eft le plus favant & le plus eftimé. 

Calwitz fut un des premiers qui adopta & recommanda l'ufage des 
fept fyllabes inventées pour défigner les fept notes de l'échelle , afin d'évi- 
viter les inconvéniens des muances dans l'ancienne manière de folfier. 

Il croyait que la Mufique à plusieurs parties était abfolument incon- 
nue aux anciens Grecs; & d'après quelques pallages des écrits deBede, 
il ne faifait remonter l'invention du contrepoint qu'au commencement 
du hukieme fiecle, où ce favant écrivait. 

Il était fort lié avec Jofeph Scaliger , qui en parle avec de grands 
éloges. Il était fur-tout très-favant en Chronologie. Il attaqua le Calen- 
drier Grégorien dans un ouvrage intitulé : Elenchus Calendarii Gregoriani , 
imprimé à Francfort en i6iz, & dans un autre imprimé au même en- 
droit en 1627, fous le titre de Chronologia. 

Cochleus (Jean), célèbre Théologien de Nuremberg, Doyen de 
l'Eglife de Francfort fur le Mein, a publié un livre intitulé : Rudimcnca 
Muficœ & Geometrix , imprimé à Nuremberg en 1514. 

Coçlicus ('Adrien Petit), auteur d'un traité eftimé dans fon temps, 
Terne IV. Nnn 






*6<S ESSAI 

& qui a .pour titre : Compendium Mpjices ,, imprimé à Nuremberg eu- 
1 5 5 1.. 

Diruta (Jérôme), Religieux Ftancifcain ~ y Si auteur d'un livre inti- 
tulé : II TranfilvanOj dia.logo fopro il vero modo di fuonar organi e injlruc- 
menti di penna. Venezia i6z] , folio.... 

Il obferve dans cet ouvrage que la Mufique profane & lafeive, inter- 
dite dans les Eglifes par un décret du Concile de Trente , conûftaic eu 
airs reflemblans aux airs de danfe : Pajfeme^i ed altre fonaie di 
bullç.. ' ^ 

Faber.. Il faut ajouter à l'article de Grégoire Faber, celui de Heurt 
Faber qui vivoir au, milieu du quinzième fiecle. Il écoit leéteur du Col- 
lège de Quedlinbourg , & il eft more en 15^8. 

On a de lui deux ouvrages qui ont été imprimés phifieurs fois, l'un 
Compendium Mujiça t l'autre Compendiolum Mufle a vro incipi:ntibus. 

Hameoys (Jean) , Muficien Anglais qui avait de la réputation dans;. 
le quinzième fiecle. U a laide un petit recueil de morceaux de Mufique., 
Cantionum anijlcialiuïn. dive/Jl generis , Se un. ouvrage intitulé : Summ.a 
ajrtis Mufieœ. 

La Mufique était fort cultivée, Se avait fait de grands progrès en 
Angleterre dans ce fiecle. On voit par un paffage de YEloge de la 
Folie , d'Erafme , que les Anglais fe vantaient de furpafïèr les autres 
peuples par la, beaut.é du corps, la Mufique & la bonne chère: Natura 
efl fingulis mortalibus fuam _, ita Jingulis nationibus ac pêne, cïvitatibus 
communem quaniam infevijje philautiam ; atque hinc Jl.eri Britanni precter 
alias , formam, Mujleam. & lamas menfas propria Jlbi vindiemt.. 

L'enfeignement de la Mufique formait déjà une des facultés des arts 
dans les Univerlités d'Oxford & <le Cambridge. Quelques favans pré- 
tendent que Hamboys fut le premier qui obtint le degré de Docteur en 
Mufique 5 cet. ufage s'eft. confervé dans ces Univerfirés. C'eft dommage 
que parmi ces Docteurs e.n Mufique ,. les feuis qui portent, aujourd'hui ce 
titre en Europe , il ne fe trouve pas un feul Compofitetu qui ait quelque 
réputation ailleurs que dans fou pays.. 



SUR LA MUSIQUE. 4^7 

Herbst (Jean André). En latinifant fon nom, on l'a appelle auflî 
Autiimnus. 11 était Maître de Chapelle à Francfort fur le -Mein , où il eft 
mort en 1660, âge de 72 ans. En 1653 , il publia en Allemand un 
livre intitulé: Mufica poetica. En 1658, il fit imprimer en Italien, Mu- 
fica moderna prattica ovvero maniera del buon canto ; où il recommande 
fur-tout la manière de chanter des Italiens. 

On a auflî de lui , dans la même langue , un Difcours fur le Contre' 
point , où il fe propofe d'enfeigner à compofer avec l'efprit , non avec 
la plume J à mente non a penna, 

Hoffman (Eucharius), Reéteur de l'Ecole publique de Stralfund , a 
publié deux ouvrages fur la Mufique , l'un intitulé ; Mufictz praticx 
precepta ; l'autre , Doblrina de tonis feu modis Muficx. , l'un Se l'autre , 
imprimés à Hambourg, en 1J84, & réimprimés en 1588. 

Kuhnau (Jean), fils d'un pêcheur de Geyfingen , petite ville de 
Saxe fur la frontière de Bohême , s'eft rendu célèbre dans la théorie & 
la pratique de la Mufique. Il a publié en 1684 une differtation , De 
juribus circa Muficos Ecclefiaflicos; & il a laide des traités manuferits 
qui n'ont pas été encore imprimés , l'un intitulé ; Traclatus de monochordo j 
feu Mufica antiqua & moderna 3 & l'autre , Difputatio de triade harmo- 
nica. 

11 eft mort à Leipfick en 1722, âgé de foixante-trois ans, 

Listenius ( Nicolas ). On trouve à cet article le titre d'un ouvrage 
de Liftenius que je ne connais pas, mais on a omis un traité en latin 
de Mufica _, du même Auteur, qui fut imprimé en 154-3 , 3c réimprimé 
à Nuremberg en 1 J77. 

Marcello ( Benedetto ) ; noble Vénitien, mort en I759, âgé de 
cinquante-trois ans. La notice qu'on a donnée de cet homme célèbre , 
à l'article des Compofiteurs Italiens , paraît trop fuccinte : le caraftere 
Se la réputation de fes ouvrages de Mufique pouvaient donner lieu à 
des détails intéreftans , & à des difeuffions utiles. 

11 mérite auflî une place dans la lifte des Ecrivains. Outre la préface 

N r. n 2, 



4*8 ESSAI 

&c les lettres fur la Mufique , qu'il a imprimés à la tète des volumes" 
de fes pfeaumes , il a publié en 172.1 , un petit ouvrage intitulé: 11 
teatro alla moda j qui a été réimprimé pluueurs fois depuis. C'en: un& 
fatyre très-gaie , très-piquante , & en même temps très-fenfée de l'opéra 
Italien : elle eut le plus grand fuccès en Italie : on en trouve un extrait 
curieux & très-bien fait dans les Variétés Littéraires , tome I. 

Marcello y relevé avec autant de goût que d'efprit , tous les vices qui 
avoient déjà corrompu le Mélodrame en Italie , & qui arrêtaient non- 
feulement les progrès de la Mufique théâtrale, mais encore la détour- 
naient de la véritable roure qu'elle aurait dû fuivre pour arriver aux 
grands effets dont elle eft fufceptible. 

Cet ouvrage obtint les plus grands éloges de Scipion Maffei , d'Apof- 
tolo Zeno, & de tous les gens d'efprit d'Italie , qui déploraient comme 
Marcello , le faux goût qui égarait ou qui entraînait malgré eux les plus 
habiles Compofueurs. 

La Mufique ejl un art qui fe perd , difait Marcello, & iî le difait dana 
le tems que Vinci, Porpora, Léo, Pergoleie môme, enchantaient les 
oreilles de fes compatriotes. La convenance , la firnplicité & l'expreiîion , 
voilà ce qu'il ne ceffait de demander aux Compofueurs. Il aurait été bien 
farpris de lire dans des journaux , que la puiffance première de la 
Mufique réfide dans la forme des ariettes, lui qui croyait que fans s'ar- 
rêter à ces formes artificielles Se fymétriques de la phrafe muficale , à 
tes développemens prolongés & contraires d'un même fujet de chant, que 
Vinci avait le premier introduits dans les airs de théâtre il fallait 
changer de morif , de mouvement , de modulation , toutes les fois que 
le fentiment ou l'idée changeait , & ne s'attacher qu'à donner aux pa- 
roles le fens, l'expreiîion, la rapidité & la vériré qui peuvent fe con- 
cilier avec les moyens & l'objet de Farr. Ce qu'il enfeignait à cet égard , 
il en donna l'exemple dans fa fameufe Cantate de Cajfandra , qui eut 
le plus grand fuccès. 

Lorfqu'un Compoiîteur, homme de génie, eft venu tranfporter fur 
notre théâtre lyrique les principes de Marcello & des plus favans hom- 
mes d'Iralie, confirmés & éclairés par trente ans de. réflexion, d'expé- 
rience & de fuccès , il a vu s'élever contre lui des hommes d'efprit > 
qui femblaient devoir être les premiers à applaudir &: encourager cette 



SUR LA MUSIQUE. 4 6p 

tentative, s'ils ne s'étaient laiffés entraîner par des idées de théorie pré- 
maturée & par une admiration exclufive pour un genre de Mufique qu'ils 
ne connaiffaienc cependant pas mieux que les Zeno, les Maffei , les Me- 
taftafe, les Muratori , les Conti, & tout ce qu'il y a eu de gens de lettres 
en Italie qui ont écrit fur la Mufique , & qui ont tous regardé celle 
de leurs opéras comme dépourvue de vérité, de dignité & d'exprefîîon 
tragique. 

C'eft dans les Concerts de Paris qu'on a découvert que cette même 
Mufique eft propre à tous les grands effets du théâtre. 

Melone ( Annibal ) , Muficien de Bologne. On a vu à l'article 
Bottrigari , que Francefco Patricio inféra dans fa pratique quelques opi- 
nions fur la Mufique , qui furent l'objet d'une difpute affez vive narmi 
les Savans. Melone écrivit contre Patricio un livre qui fit beaucoup de 
bruit, intitulé, Dejïderio di Allemano Benelli j nom fuppofé qui n'était 
que l'anagramme de celui àAnnibal Melone. On crut d'atord que ce 
livre était de Bottigrari, qui non-feulement le laiffa croire, mais même 
le fit réimprimer fous fon nom. 

Il Defiderio eft un dialogue affez curieux , dont le principal objet pa- 
raît être de parler des concerts.de Mufique, qui commençaient alors à 
faire l'amufemeuc des perfonnes du premier ratig , dans les grandes villes 
d'Italie, particulièrement à Venife & à Ferrare : on eft étonné du grand 
nombre de Muficiens de toute efpece que le Duc de Ferrare entre- 
tenait à fon fervice , & de la quantité d'inftrumens dont on raifait ufage 
dans les concerts. On voit que les chanfons des Compofueurs Fiançais 
& Flamands y étaient fort goûtées. Dans le cours du Dialogue , les prin- 
cipes de la Mufique des Grecs & ceux des modernes y font expofés 
avec affez de netteté & d'érudition ; le réfultat eft de donner la préfé- 
rence à la Mufique moderne. Cet ouvrage renferme des détails curieux 
pour l'hiftoire & les progrès de fart. 

Ottusi (Octave), vivait en Italie à la fin du feizieme fiecle. Il n'eft 
connu que par une lettre qu'il adreffa à Artufi , dans laquelle il avan- 
çait les propofitions les plus étranges en Mufique. 

11 prétendait , par exemple , que la diffonance de feptieme eft plus 



470 ESSAI 

douce à l'oreille que l'octave ; que la feptieme peut fe refondre en mon- 
tant à l'octave; la quarte en montant à la- quinte; la tierce à la quarte; 
la quinte à la fixte majeure ou mineure. Il fut iblidement réfuté par 
Artufi. 

Patricio ( François ) , mérite d'être placé dans la lifte des Ecrivains 
en Mufique, quoiqu'il n'ait écrit aucun traité ex profeffb fur cet art. 

Dans l'ouvrage très-connu , Délia Poetica , imprimé en 1586, il parle 
avec aflez de détail de la Mufique , & fur-tout des genres de la Mufique 
ancienne. Il y adopte la divifion des tétracordes établie par Euclide. Cette 
opinion fut vivement attaquée par Ercole Bottrigari , dans le livre intitulé : 
Il Patricio , annoncé à fon article, & auquel répondit Artufi. 

Patricio était d'Offero eu Dalmatie. Il avait voyagé dans fa jeuneffe 
en Afie, & s'était établi dans l'île de Chypre, où il avoit un bien con- 
sidérable : il le perdit lorfque les Vénitiens perdirent cette île ., & il fe 
retira en Italie, où il fut obligé, pour vivre , de profefler la Philofo- 
phie Platonicienne dans l'Univerfité de Ferrare. Il mourut à Rome. 

Pr^etorius ( Michel ) , né à Creutzberg dans la Thurînge , en 1 57I , 
Maître de Chapelle du Duc de Brunfvick , fe diftingua dans la théorie 
ôc la pratique de la Mufique. Il a laifle un ouvrage intitulé Syntagmata. 
Muficum , en trois vol. in 4 ; il en préparait un quatrième volume quand 
il mourut en 1611. 

Cet ouvrage contient une hiftoire des progrès de la Mufique Ecclé- 
fiaflique, depuis fon origine, juîquau tems de l'Auteur, avec la 
defcription des divers inftrumens en ufage dans les différens périodes. 

Raselius (André) fit imprimer à Nuremberg , en 1598, un ouvrage 
intitulé Hexachordum , feu quejliones Muficce praticx. 

Reisch (Grégoire) , de Fribourg , Auteur d'un livre intitulé Marga^ 
rua Philofopkica j imprimé à Bade en 15 17, & réimprimé à Paris en 
1713 , avec des corrections. Il y traite des fepr arts libéraux Se de la 
Mufique en particulier. 

R-hav (George), Libraire de Wurtemberg , mais favant comme 'c- 



SUR LA MUSIQUE. 47 * 

toient prefcjue tous les premiers Libraires, qui n'étaient pas alors de 
fimples marchands de papier , publia en 1536, un petit livre pour L'ufage 
des enfans , intitulé : Enchirïdlon utriufque Mujîca ' pratics, Georgio Rhaw 9 
ex varïis Muficorum Librïs pro pueris in Schola Vitebergenf congejlum. 

Santarelli (le Chevalier), Chapelain de l'Ordre de Malthe, & 
Maître de Chapelle du Pape , a compofé un ouvrage curieux , Délia 
MuJ'tca del Santuarïo e délia dïfciplina. dei fuoi canton, imprimé à Rome 
en 1764. C'eft le traité le plus complet fur l'hiftoire & les progrès de 
la Mufique d'Eglife. 

Scacchi ( Marc ) , Romain de naifiance , Maître de Chapelle de Sigif - 
mond 111 Se d'Uladiflas IV, Rois de Pologne , publia en 1643 un ou- 
vraqe intitulé : Qribrum Mujlcum ad tr'uicum fiferùcum feu examinatio 
fuccincla pfalmorum _, &c. Venctïis. 

Ses compofïtions muficales font encore euimees en Italie pour l'en- 
chaînement favant des modulations. & l'art du contrepoint. 

Sf.bastianus (Claudins) publia à Strasbourg en 1563 , Bcllum Mu~ 
feule inter plani & menfuralis camus Reges. Ce livre eit une allégorie 
qui n'eu - pas d'un trop bon goût, mais où il y a beaucoup d'érudition» 

Varenne ( Alarius) , de Touloufe , écrivit au commencement du fei- 
zieme fiecle des dialogues latins dont quelques-uns traitent expreflément 
de la feience de. l'harmonie & de fes élémens.. 

Vicentini (Don Nicolas). On aurait pu citer à fon article une anec- 
dote qui me paraît curieufe fous un certain point de vue, parce qu'elle 
prouve combien dès le commencement du feizieme. fiecle, L'étude de la 
Mufique. excitait l'émulation parmi les Savans, 8c attirait l'attention du. 
public. 

Cette émulation générale fur les principes & la théorie de cet art , était, 
due principalement aux fuccès des écrits de Eranchini Gaflurio ,. dont 
l'article aurait pu être plus étendu. 

Les premiers Ecrivains de Mufique ne furent prefque tous que des- 






472 ESSAI 

commentateurs de Boëce, & s occupaient beaucoup à comparer la Mufique 
des Anciens avec la moderne. 

Vicentini étant à Rome en ij^l , eut une difpute dans une Académie 
de Mufique , avec Dom Vincenzio Lufitanio , & cette difpute a été l'ob- 
jet d'un grand nombre de difcuflions parmi les Savans de ce temps-là ; 
Don Vincenzio foutenait que la Mufique pratiquée de fon temps était 
du genre que les Anciens appellaient diatonique. Vicentini foutenait que 
c'était un mélange des trois genres, diatonique, chromatique Se enhar- 
monique. 

Ils parièrent deux écus d'or,& convinrent de s'en rapporter au juge- 
ment de deux arbitres : ces deux juges étaient deux Prêtres , chanteurs 
de la Chapelle du Pape. 

La queftion fut difcutée dans une affemblée folemnelle , qui fe tint 
dans la Chapelle de fa Sainteté, en préfence du Cardinal de Ferrare, 
protecteur de Vicentini , Se de tout ce qu'il y avait à Rome de Savans, 
de Muliciens Se de curieux. Vicentini fut condamné à payer le pari : 
il publia lui-même la Sentence qui le condamnait, mais il en appelîa 
toujours au jugement des Savans. Ce qu'il y a de fingulier , c'eft que 
Don Vincenzio parut quelque temps après rétracter fa première opinion , 
Se adopter celle de fon adverfaire , dans un ouvrage qu'il fit imprimer 
à Rome en 1 5 5 3 , intitulé : ïntrodu-(ione fac'dijjime a novijjima de canto 
fermo figurafp , contrapunto femplice, &c. Ce livre n'eft pas cité dans le 
Catalogue , où l'on a omis l'article de Don Vincenzio Lufitanio. 

Bottrigari , dans l'ouvrage , intitulé II Melone , rend compte de la 
difpute de Vicentini avec Lufitanio , cenfure vivement Se la fentence 
des Juges , Se les raifons des deux contendans j mais paraît être de l'avis 
de Vicentini fur le fond de la queftion. 

Vossius. Dans la lifte des Ecrivains , on ne cite à cet article qu'Ifaac 
Voffius , Auteur du livre ingénieux De poematum cantu & vïrïbus rythmï. 
H ne fallait pas oublier fon père , le favant Jean Gérard Voiîius , qui 
dans fon livre De quatuor arùbus popularibus } Se dans celui De unïverfiz 
Mâche feos natura & conjlitutione , rraite exprefiement & fort au long 
de la Mufique, de fa nature & de fes principes , de la Mufique ancienne, 
des Muficiens Grecs Se Latins, Se de ceux qui ont écrit fur cet art. Ces 

difeuffions 



SUR LA MUSIQUE. 47? 

difcuflîons font pleines d'érudition & de recherches utiles à confulter. 
Il eft mort à Amfterdam en 1649 , âgé de ioixante-douze ans. 

Weckmeister. C André), habile Organise d'Halberftadt , où il eft 
mort en 1705 , âgé de foixante-un ans. 11 a compofé plufieurs bons 
ouvrages fur la Mufique , tant en Allemand qu'en Latin ; les titres 
de ceux-ci font, Mufictz Mathematicce Hodegum curiofum 3 1687: Hy- 
iomnemata Mufica j l6jj : Cribrum. Mujlcum 3 1700 : Harmonologia Mu- 
fica , 1701. 

Wilphlingseder ( Ambroife ) fit imprimer à Nuremberg, en IJ'ô'j , 
un livre intitulé : Erotemaca Mufices praticce. , qui eut beaucoup de fuc- 
cès, & qui étoit fut-tout intéreflant par un grand nombre de compofi- 
tions des meilleurs maîtres , que l'Auteur y rapportait en exemples. 

C'eft dans la même année que Loffius publia dans la même ville un 
livre qui porte le même titre. Ils étaient tous deux Luthériens : on peut 
croire, d'après le nombre des ouvrages élémentaires de Mufique, publiés 
dans le même temps en Allemagne par des Proteftans , & deftinés fur- 
tout à l'inftruétion des enfans de chœur , que les Luthériens voulaient , 
à l'imitation des Catholiques Romains , donner à la Mufique d'Eglife le 
plus d'intérêt & d'éclat qu'il étoit pofïîble. Ils tentaient qu'en augmentant 
l'appareil extérieur des cérémonies du culte , la religion elle-même acquéroit 
plus de dignité & d'empire. On a trop négligé depuis ce moyen de captiver 
l'efprit par l'imagination des fens. Là foi & les arts y ont peut-être également 
perdu. 

Woltz (Jean ) , Organifte d'Helbrun , ville Impériale dans le Duché 
de Wirtemberg , eft Auteur d'un ouvrage intitulé : Nova Mujïces Orna- 
nicce tablatura' 3 imprimé à Bafle en 1617. 

Zacconi (Louis), Moine Auguftin dePezzaro, & Muficien du duc 
de Bavière, fît imprimer à Venife en 1596, un livre très bien fait, in- 
titulé : Pratïca ai Mufica 3 utile e necejfmria fi al compojïtore per com- 
porre i canti fuoi regolatamente , fi anco al cantorc per ajjicurarfi in tutte 
le cofe cancabili. 

En \6n, Zacconi publia une féconde partie de cet ouvrage, où il 
Tom IV, O o o 



474 E S S A 1 

traita avec plus de précifion encore des élémens de la Mufique ôc des 
principes de la compofîtion. 

On y trouve , outre de bons principes clairement expofés, des détails 
curieux fur les progrès de l'art & fur le caradcte des plus célèbres Com- 
pofiteurs connus dans le feizieme fiecle. 




475 



E R RATA 

Pour la Notice d'un Manufcrit de la Bibliothèque de M. le Duc de la Vallière , 
contenant les Poéfies de GuiLL AU aie DE MAC H Au, 

JT ace i , ligne 6 , d'après coup ; life\ : après coup. 

Mime page , dernière ligne, in-12; life\ : in-4. 

Page 4 , ligne 15 , fur le Poète ; life\ : fur ce Poète. 

Page <, , ligne z6 , Lais; life\ : Lays. 

P âge 6 , ligne î6 , divers obfervations ; life\ : diverfès observations. 

Même page , ligne zp , fèeus ; Ufe\ : Sceus. 

l'âge 7 , Ligne 6 , rien ; lije\ : rieus. Et à la marge , vis-à-vis de cette ligne Rien : Ce 
mot fignifie terre ; life\ : Rieus. Ce mot fignifie terre en friche. 

Page 9 , ligne 18 , Elle efl terminée par cette foufeription, dans laquelle l'Auteur a caché- 
ton nom , & celui du Roi de Jérufàlem & de Chypre ; life\ feulement : Elle efl 
terminée par cette foufeription. 

Page 10 , ligne zo , ces Lais ; life\ : ces Lays. 

Page 13 , ligne ij , le nom de la première ; life\ : le nom de première. 

Page 1 <; , ligne 4 , d'Ogni Poefia ; life\ : d'ogni Poefia. 

Même page , ligne 1 3 , Bibliotb. ; life\ : Biblioth. 

Même page , ligne 14 , des Membres de l'Académie ; life\ : des Mémoires. 

Page 16 , note (i?) , Hiftoires ; life\ : Hifloire. 

Même page , note (z8) , ligne 12 , à placer la ville Lorris ; life\ : la ville de Lorris. 

Même page , & même note t ligne 16 , de Don Guillaume ; lije\ : de Dom Guillaume» 

Page 19 , lignes 8, 9, 10, delà note (?4*) m. dcc xvn. ) L'Abbé Maifieu 
( Hifloire de la Poéfie Françaifè , pag. 177, iniz. Paris , Prault fils , 1739 . Profper 
Marchand ( Dictionnaire , tom. 1. pag. 174 ). Life\ : m. dcc xvii ) , l'Abbé Maflieu 
(Hifloire de la Poéfie Françaifè , pag. 177, in-iz. Paris , Prault fils , 1735 ) , Profper 
Marchand ( Dictionnaire , tom. 1. pag. 174 ). 

Page zo , note ( éo ) , ligne 6 , donne à Paris ; life\ : donnée. 

Même page , note ( 63 ) , dernière ligne ; ajoute\ après h mot Manuscrits, pag.'^S? & 
917. 

Même page, note ( £4) , ligne 1 , Cette Pièce eft l'an 134P; Ufe\ : de l'an 134p. 

Page ii , première ligne , Valiere ; life\ : Vallière. 

Même page , ligne 6 , dans les deux derniers que , &c. ; life\ : dans les deux derniers 
vers que,&c. 

Même page , note (68) , ligne î , eft adreffé ; life\: adreffée. 

Même page ; Ufe\ ainfi les deux premiers vers de la note. 

Amis a toy donner Confort. 
A y meintes foys, &c. 

Page z < , ligne 8 , rtcifè ; life\ : précité. 

Même page , lignes 13 & 14, elle a été exécutée d'après un manufcrit de FroifTart ; life\ : 
d'après une miniature d'un manufcrit de FroifTart. 

Même page , ligne 19 , Mémoire; life\: Mémoires. 

Même page , ligne 1 1 , fécond tome ; life\ : deux tomes. 

Même page , fixieme vers. Quant j'ay fi longuement gem ; life\ : Quant j'ay fi longue- 
ment gémi. 

Page 16, note (78) , première ligne yCaçetonniet ; life\: Capperonnier. 

Ooo 2. 



47<ï 



Errata pour la Lettre fur la Formule t Nos Dei Gratia. 

x a cei, ligne 1 i , le premier eft en Allemand ; lif(\ '■ en Latin ; & ajoute\ en for» 
me de note marginale , Baring n'a pas rapporté avec exactitude le titre de ce 
Jivre. On diroit d'après lui, qu'il eft écrit en Allemand : il eft en Latin. Il n'y a en 
Allemand que les mots du titre que nous avons copiés , & quelques notes. 

Page 4 , note ( i ) , ligne i , Vanden-hoekij ;lif:\: Vanden-hoeckii. 

Page ? , ligne io , Lyon 1 6 1 z , in- fol. pag. i z i ; ajoute^ après ces mots : Au refte Baring 
s'eft trompé , en disant que cette Hiôoire a été imprimée en i6n ; elle ne l'a été 
qu'en i<h. 



NOTICE 






NOTICE 

Lfun Manufcrit de la Bibliothèque de M. le Duc de 
laT^allïere , contenant les Poéfles de Guillaume 
de Machau , accompagnée de Recherches hijïo- 
riques & critiques , pour Jervir à la vie de ce Poète , 
par M, l'Abbé Rive. 

Poéjîes Françaises & Latines de Guillaume de Machau t 
in-fol. deux tom. maroquin rouge _, fil. d'or. 

IV1 anuscrit fur vélin. Il eu fans date Se fans nom d'Écrivain , mais il 
paroît avoir été exécuté vers l'an 1390. Ses lettres font celles qu'on ap- 
pelé. . . . Lettres de forme. Ses pages font prefque toutes fur deux colonnesi 
Il y en a quelques-unes à longues lignes. Il a des fignatures: elles y font 
exprimées par des mots placés horizontalement au bas du dernier verfo 
des cahiers. On y voit aufli des chiffres : mais ils y ont été mis d'après coup, 
& il n'y en a pas au haut de tous fes feuillets. 

Ses fommaires font en rouge. Ses capitales font peintes de diverfes 
couleurs. Il eft enrichi de miniatures qui font rehaulfées d'or , & dont 
quelques-unes ont un blafon qui eft le même dans toutes celles où il eft 
peint (1). 

Il y en a cent quarante Se une dans le premier tome , Se fept dans le 
fécond. On trouve dans chaque tome pluiieurs pièces notées en mufique. 
La portée fur laquelle leurs notes font pofées , eft de cinq lignes , Se il y 
en a qui ont la forme d'un lofange , portant une queue tournée, tantôt ea 
haut Se tantôt en bas. 

Ce Manufcrit eft très-précieux. Il vient de la Bibliothèque de Gaignat (z), 
& il eft décrit dans fon Catalogue, mais d'une manière fautive (3) ; il 
écoit auparavant dans celle des Carmes Déchaux de Paris. Il appartenait 
encore à ces Religieux, lorfque l'Abbé Lebeufen donna une notice. Elle 
eft imprimée dans le tome XX des Mémoires de l'Académie des Infcriptions 
&e Belles-Lettres, in-11 , pag. 377 — 398. M. de Juvigny ne l'a pas 

Effai fur la Mufique. A 



connue (4}.; elle manque de bonne foi (5) , d'exa&itude (6), de recher- 
ches (7) , on y voit en revanche des conjectures que le bon fens ne. 
permet pas de hafarder (8). 

L'Auteur du Monde Primitif (9) en a fait le plus grand éloge. Mais il 
en a jugé par prévention & fans examen (10) ; il ne l'a ni collationnée 
fur les pièces originales (1 1) ,. ni comparée avec les deux Mémoires que le 
Comte de Caylus a publiés fur la vie & les ouvrages du même Poète (12)- 

Il n'a pas même fçu rendre intelligible , l'expofé qu'il en a fait (13)- 
Au lieu de dire que l'Abbé Lebeuf trouva dans la Bibliothèque des Car- 
mes Déchaux de Paris, le Manufcrit que nous allons décrire ; il dit qu'il 
y découvrit les ouvrages de Machau. N'eft-il pas naturel de conclure d'un 
expofé aufïi équivoque , qu'on ne connaiflait aucun manufcrit des ouvra- 
ges de ce Poëte , avant que l'Abbé Lebeuf eut découvert celui dont il a 
donné la notice ? 

Guillaume de Machau a été inconnu à la Croix da Maine, à Moteri, i 
fes Continuateurs (14), à l'Abbé Goujet (15), à Quadrio (16) «Se i. 
Ofmont (17). k . 

Il a été omis dans la Bibliographie. Du Verdier (18) l'a cité: mais* 
il en a eftropié le nom (19) 3 & il n'a cormu ni fon pays (20), ni fon 
âge , ni le hécle auquel il floriflàit (21) , ni fes Ouvrages (22). Guillaume 
de Machau était Champenois. C'elt ce que nous apprend fon épitaphe. 
Le Roi René, Comte de Provence, en efl: l'auteur. On la lit dans le 
Roman qu'il a publié fous le titre De la Quejie de très^doulce mercy au, 
suer d'amour efpris (23). Baugier (24) & l'Auteur de l'Hiftoire des- 
Comtes de Champagne (25) n'en ont pas eu connaiflance , puifqu'ils 
n'ont pas mis Machau au nombre des Champenois qui fe font illuftrés 
dans les Lettres. Elle n'eft pas. échappée à la Monnoye-, qui avait lu le 
Roman dont nous venons de parler (26).. 

L'Abbé Lebeuf a fubftitué aux recherches qu'il aurait dû faire fur la 
patrie de Machau , les conjectures fuivames. ... « Machau,. a-t-il dit ,. 
» a fait un Motet latin en l'honneur de Saine-Quentin, cela m'a faic 
» juger que s'il était marié, fa femme pouvait s'appeler Quentine , ou. 
» bien qu'il était Seigneur d'un lieu dont la Chapelle avait- Saint-Quentin 
» pour patron , ou enfin qu'il était natif de la ville de Saint-Quentin 
» €n Picardie (27) ». Il faut que l'Auteur du Monde Primitif foit bien. 



prodigue d'éloges pour en accorder à quelqu'un qui rai'fonne ahïlï. 

Le Comte de Caylus s'eft contredit fur le pays de Guillaume de Machau» 
Il a dit d'abord qu'il était Champenois', enfuire qu'il naquit dans la petite 
ville de Lorris (xS). 11 n'a pas fait attention que cette Ville n'eft pas ea 
Champagne , mais qu'elle eft dans le Gâtinois ; cela étant, comment Ma- 
chau a-t-il pu naître dans deux différentes Provinces? Comme il faut moins 
de tems pour copier que pour vérifier , l'Auteur du Monde Primitif a 
xépété la même faute (19). 

On ignore l'année de la naifTance de notre Pocte ; mais s'il eft ce même 
Guillame de Machau , qui en 1301 était attaché au fervice de la femme 
de Philippe-le-Rel, Roi de France , il a dû voir le jour vers l'année 1181 
ou 1284 (30). 

11 palTa en -1507 , du fervice de la Reine à celui du Roi, il devine 
Valet-de-Chambre de Philippe-le-Bel , & il exerça cet emploi jufqu'à la 
fin du régne de ce Monarque , qui eft de 1 3 1 4. Deux ans après , Jean 
de Luxembourg (31), Roi de Bohême, le prit en qualité de Clerc ou 
de Secrétaire {31). Ce fut Henri , Roi de Navarre , qui fit entrer Machau 
dans la maifon de ce Prince (33). 

Ce nouvel emploi l'obligea de s'éloigner de la France, dont il ne fortit 
qu'avec beaucoup de regret. 11 refta plus de trente ans auprès du Roi de 
Bohême (34). Mais en 1 346, ce Prince ayant été tué à la bataille de Créci> 
on il combattait pour la France, Machau eut une charge auprès de Bonne 
de Luxembourg, fa fille, que l'Auteur de l'Abrégé Chronologique de 
Mézeray , a mal à propos appelée Jeanne (3 5.). 

Elle était femme de Jean , Duc de Normandie, qui fut enfuite Roi de 
France, fous le nom de Jean II; elle mourut en 1 349. L'Abbé Lebeuf, qui 
l'a qualifiée Reine (36), ne s'eft pas refibuvenu que fon mari ne monta fut 
le Trône qu'environ un an après fa mort (37). Les frères de Sainte- 
Marthe (38), Mézeray (39), le Père Daniel (40), le Président Hénault (41) 
Se Villaret (42), n'ont indiqué ni le mois , ni le jour auquel elle décéda. 
Marcel (41*) &c les Auteurs de l'art de vérifier les dates (43) , ont dit que 
ce fut le 11 Septembre de l'an 13495 Gueullette (44) a prétendu, au 
■contraire, que ce fut en Janvier de la même année, félon le vieux ftyle. 
Us fe font trompés j ce fut le 11 Août, ainfi que les chroniques de S. Denis 
l'atteftent (45). 



m 

Après la mort de cette Princefte , Machau fut Secrétaire du Duc ds 
Normandie. Il continua de lui être attaché , lorfqu il eut fuccédé àPhilippe. 
de Valois, fou père (45*]. 

Le Roi Jean étant mort , Machau conferva fa charge auprès de Charles V, 
fon fils j il vécut même long-tems fous fon régne ; il était encore en vie en 
l'année 1 570 , puifqu'il a fait un Ouvrage intitulé : Laprïfe de la Ville d'Ale- 
xandriej dans lequel il raconte l'afTailinat de Pierre , Roi de Jérufalem & de 
Chypre, qui n'arriva que fur la fin de 1 369 (46). 

Les détails chronologiques que nous avons donnés fur la vie de Machau 
8c les divers emplois , par lefquels nous l'avons vu palTer , ferviront à relevés 
les fautes fuivantes.. 

i°. Si Machau n'eft venu au monde qu'en iz8z ou 1284, J. J. Rondeau 
a fait un prechronifme , en difant qu'il était contemporain de Thibaut , 
Comte de Champagne 8c Roi de Navarre, dont il mit les chanfons eïï 
Mufique , puifqu'il ne naquit qu'environ trente ans après la mort de es 
Comte (47). 

i°. Machau n'avait que feize ou dix-huit ans en 1.300 , Se il' en a vécu 
encore au moins foixante & dix j du Verdiex a donc eu tort de dire qu'il 
florkfait à la fin du XIII e ficelé (48). 

3°. S'il faifait encore des Ouvrages vers l'an t-370, le Père Labbe n'a 
pas dû borner fa carrière littétaire à l'an 1349 (49)- La Monnoie, au lieu 
de le corriger, l'a copié (50); M. de Juvigny , qui a été L'Editeur de la 
Monnoye ,,a fuivi la même erreur (5.1). ... . IL eft d'autant moins excufable , 
qu'il pouvait profiter des notices que l'Abbé Lebeuf Se le Comte de Caylus 
ont publiées fur le Pacte (51). 

4°. Si Machau n'a eu dans fa vie d'autres emplois, que ceux de Valet> 
de-Chambre de Philippe-le-Bel , de Clerc ou de Secrétaire de Jean de 
Luxembourg, Roi de Bohême; de Bonne, fa fille» 8c des Rois Jean II 8c 
Charles V; fi à l'âge de foixante & trois ans, un de £&s emplois, le rete- 
nait encore dans une Cour étrangère > & loin de fa Patrie , qu'il n'avait 
quittée qu'avec douleur v il n'eft aucunement- vraifemblable que fon extrac- 
tion ait été aufij illuftre 8c fa fortune auffi confidérable , que le Comte de 
Caylus l'a prétendu. 11 en a fait un descendant de l'ancienne Maifon de 
Chalete, 8c un Seigneur de la ville de Loriis (53). Mais croira-t-on que 
Machau ait joint à fes talents & à fes connoiflances , une Nobleiïè auiE 



U) 

distinguée 8c un fi beau titre , puifqu'il n'a été que Valet-de-Chambre de 
Philippe-le-Bel & Clerc de divers Rois? 

L'amour des conje&ures ne doit jamais nous entraîner au-delà des 
vraifemblances. Le Comte de Caylus tient li fortement aux fiennes , que 
non content de franchir le vraifemblable , il ferme même les yeux à la 
vérité. Ilraporte un a&e de partage paffé en i 370, entre des Machau qui 
avoient pour ancêtres les anciens Seigneurs de Chalete. Notre Poète vivait 
encore, il n'efl ni compris, ni même nommé dans cet a£te : il y a donc lieu 
de croire qu'il n'était pas de cette famille. Le Comte de Caylus en infère 
le contraire, nous ne faurions adhérera une pareille logique. D'ailleur3 
Machau nous dit, dans fon Confort d'Ami _, que fon extraction n'était pas; 
des meilleures. C'eft ainfi qu'il en parle à Charles II , Roi de Navarre, 

Car bien fées que tu yes mes /ires 
Et je des miendres. Ne des pires 
Ne fui (Coi. i.fol. verfo 98 , tom. \.dt notre 

manufcrit 3 vers 23., 24., 25J. 

II nous apprend , à la fin de fon did de l'AIérion , ou des qiiatfe oifeaux} 
tju'il n'était que Clerc ou D&moifeau- 

Se cils eft Clers ou Damoifeaux 
Qui fit le dit de quatre eifeaux^ 

On fait qu'autrefois le nom de Damo'ifeau } ne fe donnait ordinairement 
qu'aux fils des Seigneurs de Terres , 8c aux Gentilhommes qui n'étoient pas 
Chevaliers (5 3*). 

Machau a fait des Pièces de divers genres : on peut les divifer en Dits, 
Jugemens , Remèdes ou Confolations , Conforts , Amours , Hiftoires , 
Louanges, Complaintes, Lais, Motets français 8c latins, Balades notées. 
Rondeaux notés , & Chanfons baladées. 

Il y en a quelques-unes qui font mêlées de Prpfe. Machau eît-il le pre- 
mier Auteur de cette forte de Mélange ; c'eft ce que nous vérifierons rôt 
ou tard ( 54) ? S'il était queftion de pièces de Profe françaife , dans lefquelles 
on a mêlé des vers, nous ferions voir que l'Abbé Lenglet (54*) en a ignoré' 
Ja- véritable époque, en difant que Théophile. Viaud, qui ne flariûaitque. 



(O 

dans le XVII e fiécle, en a été l'inventent-. Nous remonterions au XII e , 
où nous en trouverions de femblables. Témoin la Verfion françaife des quatre 
livres des Rois , dont on conferve un manuferit du même fiécle , dans la 
Bibliothèque des Cordeliers de Paris (55), &qui vient de celle des Cor- 
-delieres de Long-Champ - , témoins encore les Verfions en profe françaife 
des Romans de Lancelot, de Triftan Se de Palaméde, qui font au plus tard 
du fiécle faivant. 

Revenons aux Ouvrages de Machau, il ne faut pa-s chercher a les con- 
coure dans du Verdier, le Père Labbe (57) & la Monnoye (58). A peine 
ils en ont indiqué deux. L'Abbé Lebeuf Se l'Auteur du Catalogue de Gai- 
gnat, qui ont eu en main notre manuferit, auraient dû en donner une def- 
cription exa&e Se complette , Se ils nous auroient difpenfés de faire impri- 
mer celle qui va fuivre. 

Nous rapporterons les Sommaires Se les premiers Vers de la plupart des 
pièces qu'il contient. Il y en aura quelques-unes qui nous fourniront: 
•divers obfervations contre les deux Auteurs qui l'ont décrit. 

Il eft jufte d'avertir que, prefque toutes les fautes qu'on lit dans le Cata- 
logue de Gaignat , fur les Ouvrages de Machau, font tirées d'une notice 
inanuferite que feu M. Capperonnier en a faite (59). 

Nous ne connaiflons aucune collection des Œuvres de Machau , impri- 
mée, mais n'y a-t-il eu aucune de fes pièces qui ait été mife fous prefle 
Séparément ; c'eft ce que nous ne faurions affirmer? 

Defcription des Pièces de Guillaume de Machau , contenues 
dans notre Manuferit , Tome premier. 

i°. Comment nature volant orendroit (60) plus que onques, mais rêvé—' 
1er & faire eflaucier les biens Se honneurs qui font en amours. Vient à 
Guillaume de Machau , Se li ordene Se en charge à faire feur ce nouviaus 
dis amoureus , & li baille pour lui confillier &: aidier ad ce faire rrois de 
fes enfans. C'eft afTavoir, feeus (61) Rétorique & Mufique , Se li dit par 
cefte manière. 

le nature par qui tout eft forme 
* ^ucijuâ u nhi Quaquâ ca vis * Se feur terre Se en mer. 

c'eft-à-dire, tout ce * 

foftSSrî fuf Ce » e pi éce eft d'environ quatre pages , elle eft divifée en quatre 
Chapitres. 



(7) 
x°. Ci commence le dit dou Vergier (Si)* 
Quant la douce faifon repaire 
Defte , qui maint amant efclaire- 

Cette Pièce eft d'environ treize pages. 

3°. Ci commence le Jugement du bon Roi de Behaingne (<$"j),,» 

Au temps pafcour q toutes * rien fessais V/^ m Ce BK,t fl * 

11 _ ° gnine (eue. 

Que la terre de mainte couleur gaie. 

Cette Pièce eft d'environ vingt pages. 

4°. Le Jugement. du Roi de Navarre, contre le Jugement du. Bon P.oi. 
sle Behangne (*) (64). 

Au départir du bel efte 
Qui a gais & jolis efte. 

Cette Pièce eft de près de quarante-deux pages,: 

5 . Remède de fortune. ((35), 
Cils qui voet aucun art apprendra, 
A xij, chofes doit entendre. 

Cette Pièce eft de près de. quarante^fept pages, elle eft notée en divar» 
endroits. 

6°. Ci commence, le dit, dou Lyon (>66)» 
Quant la faifon diver décline 

Que par droit toute rien fencline» 

• 

Cette Pièce eft d'environ vingt-quatre pages. 

7 . Ci commence, le dit.de l'alerion (67),. 
En tout le monde entièrement 
Pour vivre feculeremenr.. 

Cette Pièce eft d'environ quarante-fept pages, 



f* ) Ce mot eA écrit en.ee lieu, & dan* le précèdent , comme dm» le JVLinufciit. 

ê * *• 

f 






(S) 

I e . Ci commence confort dami (6$) , 

Amys à toi donner confort 

Ay meintes foys penfe moult fort. 

Cette Pièce eft d'environ quarante-deux pages. 

9°. Ci commence le dit de la Fonteinne amoureufe (£;?)> 
Pour moy déduire &c folacier, 
Et pour ma penfee lacier. 

Cette Pièce eft d'environ trente-une pages. 

On y trouve un Chapitre qui eft intitulé : le Confort de Vénus & de l& 
Dame. 

II commence au milieu de la vingt-quatrième page. 

io°. Ci commence le dit de la Harpe (70), 
Je puis trop bien ma Dame cbparer 
A la Harpe , & fon gent corps parer, 

Cette Pièce eft de cinq pages. 

ii°. Ci commence le livre du voir dit (71)» 

À la loenge & à lonnour 

De trefHne amour q~ ie honnour. 

Cette Pièce eft en vers Se en profe, elle eft de cent vingt-deux pages. 

1 z*. Ci commence le dit de la Marguerite (71)» 
Aim une fleur q~ fueure, &qui fenclinç 
Vers le Soleil de jour qfit il chemine, 

Cette Pièce eft d'environ deux pages. 

1 3 . Ci commence le dit de la Rofe 
En May que Printens renouvelle , 
Que lerbe point drue & nouvelle. 

Cette Pièce eft d'un peu plus d'une page. 

h*. 






19) 
14 6 . Vefci les biens que ma dame me fait 
Pour amender moy monneur & mo~ fait, 

Sen gent corps fait a tour, 

Son regart fens folour (73). 

Cette Pièce n'eft que de foixante-cinq vers. 

TOME SECOND; 

i°. La prife de la ville d'Alexandrie, par Pierre, Roi de Jérufalêm 
Se de Chypre (74). 

Cette Pièce eft de quatre-vingt-fept pages , elle eft fans fommaires. Nous 
avons fait nous-mêmes celui que nous venons de rapporter, elle commence 
ainfi: 

Quant li Dieu par amours arriérée, 

Et les Déeffes fe jouèrent. 

Ans dous gieus courtois favoureus. 

Qui font fais pour les amoureus, 

Li clers Solaus, la clere Lune 

Et des Eftoiles la commune , Ôcc. 

Elle eft terminée par cette foufeription, dans laquelle l'Auteur a cache 
fon nom , cv celui du Roi de Jérufalêm & de Chypre. 

Pierre , Roy de Jherufalem 

Et de Chypre, le nomâ lé, 
Et moy Guillaume de Machaur, 
Qui ne puis trop froit ne trop chaut. 
Si que nos ij. nons trouverez, 
Se diligémenc les querez, 
En ces ij. vers de gro(Te lettre, 
Mar oftes & h. y faut mettre, 
Si le trouvères proprement. 
Or les queres diligémét , 
Et vefci des Vers la manière : 
Adieu ma vraie Dame chierb 
Ejfaifur la Mujîqu:. g 



( M 

Pour le milleur temps garde cmier. 
Voftre honneur que fai fans crichier. 

Il y a quelques morceaux de cette Pièce qui font en Prof©.. 

2°. Ci comence la loange des Dames (75) > 
En haut penfer plein damoureus defir, 
Ma bonne amour embatti fans retraite. 

Cette Pièce eft de quarante-cinq pages. 



3 



Ci commencent les complaintes (76) j, 
Amours tu mas ut eft dure, 
Et. fi ma tant dure & dure,. 

Cette Pièce çft d'environ neuf pages. 

4°, Ci commence le dit de la fleur-de-lis & de la Marguerite, 
Qui faroit parler propreméc 
Des couleurs & le jugemçt. 

Cette Pièce eft d'environ quatre pages. 

5 . Ci commencent les Lays (77) 
Loyauté que point ne delay, 
Wet fans delay, 
Que face un Lay. 

Ces Lais font d'environ vingt & une pages. Il y en a qui font noces 
çn mufique. 

6 Q . Le paradis d'Amour, 

Amours fe plus demandoie >, 

Ne voloie 
Ou fautre bien defiroie 
Que la joie qui me vient , 
De toy, vers toi mefprendroie 3 ". 

Et faroie, 
Ce que faire ne deuroie. 



( M J 

Et ce qua moy napartient 
Car il conuient que je croie ,' 

Et ottroie 
Quen ton dous Paradis foie 
Quant de mamour me fouvient. 

Cette Pièce eft de deux pages. 

7°. Autres Lays , dont les principaux font le Lay Mortel, le Lay de 
la Fonteinne , adrelfé à la Sainte Vierge (78)5 le Lay de Confort, le 
Lay de Bonne efpérance, le Lay de Plourj le Lay de la Soufcie , le 
Lay de la Rofe. 

Ces Lays font d'environ trente^cinq pages \ il y en a qui font notés 
en mufique. 

8". Ci commencent les motes (ou motets) 
Quant en moy vint premièrement , 
Amours, fi très doucettement» 
Me voft mon cuer énamourer , 
Que d'un regart me fift prefent 
Et très amoureus fentement. 

Ces Motets font de foixante & trois pages ; ils font notés en mufi- 
que \ il y en a qui font en latin j ils font terminés par une Meûe en 
mufique notée à quatre parties , que l'on croit avoir été chantée au facre 
de Charles V, Roi de France. C'eft ce que l'Abbé Lebeuf n'a pas feu : 
Voy. Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres, pag. 382, tom. XX ', in-4 . 

9 Q . Ci commencent les Balades notées, 
Samour ne fait par fa grâce adoucir , 
Je fui certains qu'il mi couuiet morir* 

Ces Balades font de trente-deux pages. 

io°. Ci commencent li Rondeaulz notes (notés)i 
Dous viaire çracieus 
De fin cuer vous ay fervi , 

B 2 



( M ) 

Weillies moy eftre piteus," 
Dous viaire gracieus. 

Ces Rondeaux font d'environ neuf pages; 

ii?. Ci commencent les Chanfons baladées Se notées. 
He Dame de vaillance, 
Voftre douce fenlance, 
Ma pris fans défiance» 

Ces Chanfons font de vingt pages.. 







('3 ) 



NO TES. 

(i) v>i e blafon eft de fable au fautoir d'or, cantonné de quatre figures d'argent quî 
nous ont paru être des épis. 

(2) Catalogues de Gaignat, tom. I, pag. 4^1. 

( 3 ) Toutes les pièces de Machau n'y font pas détaillées. Les rnefures de leurs vers 
n'y fonr pas indiquées ; il y en a dont les titres font défigurés , &c. &c. 

(4) M. de Juvigny. Voyez fa nouv. édition de la Croix Dumaine & de Duverdier, 
tom. IV, pag. 106. 

( $ ) L'Abbé Lebeuf dit, pag. 367 du tome xx, in-4 . des Mémoires de l'Académie 
des Belles Lettres , que defirant de connaître l'auteur des pièces qui font contenues dans 
le Manufcrit dont il a donné Ja notice, il ne trouva rien dans celle qui eft à la tête du 
premier tome, qui pût lui donner le moindre renfeignement là-deiîus. Il ajoute, p. 381 , 
qu'il lui a fallu parcourir tout ce Volume , & venir au fol. 67 du fécond, pour y décou- 
vrir le nom qu'il cherchait. 

L'Abbé Lebeuf a voulu en impofer & donner plus de prix à fâ notice , en exagérant 
les peines qu'elle lui a occafionhées. 

Il eft faux que le nom de Machau ne foit que fur le folio 67 du tome fécond de notre 
Manufcrit. On le lit quatre fois dans la première pièce qui eft à la tête de fon premier 
tome. 

Ccft ici où l'infidélité de l'Abbé Lebeuf paraît au plus grand jour. La première 

pièce de ce tome eft intitulée Comment nature volant orendroit plus que on que s , &c. 

Elle eft divifée en quatre chapitres, dont chacun eft précédé d'un fommaire. On trouve 
le nom de Machau dans chacun de ces fommaires. 

L'Abbé Lebeuf affirme qu'il n'y a vu aucune trace de ce nom , & il y eft quatre fois» 

Pour juftifier ce qu'il dit , il fupprime cette première Pièce, de fa defeription , & il 

donne le nom de la première à celle qui vient après, & qui a pour titre Ledit doit 

Verrier. Il eft vrai, que le nom de l'Auteur n'eft pas dans celle-ci. Comment l'Abbé 
Lebeuf a-t il pu fe perfuader que perfonne ne découvrirait jamais fa fraude? le Comte de- 
Caylus a été de meilleure foi; il a mentionné, page 404, du même Tome des Mémoires de 
l'Académie, cette Pièce que l'Abbé Lebeuf a paffée fous filence, & l'a prife pour le pro- 
logue de l'Auteur. C'eft auffi par cette même Pièce que commence la defeription des Œu- 
vres de Machau , qui eft dans le Catalogue de Gaignar. 

(6) L'Abbé Lebeuf a non-feulement pafTé fous filence cette première Pièce , pat 
manque de bonne foi, mais il en a omis d'autres par négligence. Bien plus, il n'a dit, 
ni qu'elle eft la mefure des Vers de la plupart des poéfies de Machau , ni de combien de 
lignes eft la portée des notes de celles qui font en Mufique, Il a fait auiîi diverfes fagrîs 



t h) 

fie chronologie, témoin celle que nous avons relevée, fur Bonne Duchefie de Norman- 
die, Se première femme de Jean, Duc de Normandie, qui fut enfuite Roi de France, 
fous le nom de Jean II. Enfin il s'eft trompé fur le Charles, auquel Machau a dédié fon 
Confort d'Ami ; c'eft ce que nous expoferons plus bas. 

(7) Il eft certain que la Notice de l'Abbé Lebeuf manque de recherches; il n'y en a 
aucune fur le pays de Machau. 

(8) Qu'on juge du mérite des conjectures de l'Abbe Lebeuf, par celles qu'il a avancées 
fur le pays de Machau. Voy. Juprà, page 2. 

(9) L'Auteur du Monde Primitif s'eft trop fié à certains Mémoires de l'Académie 
des Eelles-Lettres, concernant l'Hiftoire Littéraire. Il cite été plus avantageux pour lui, 
de vérifier les monumens que ces Mémoires ont pour objet, que de fe laitier entraîne*- 
par le préjugé. Nous l'en avions prévenu , avant que fou Ouvrage parût. Mais ce n'eft 
pas feulement en cela qu'il eft répréhenfible, il l'eft encore dans fon plan, dans plusieurs 
définitions, raifonnemens , étymologies , citations, dans quelques morceaux de traduc- 
tions, & dans d'autres faits hiftoriques & littéraires ; on lui en adminilrrera les preuves 
en temps & lieu. 

Bornons nous a&uellement aux fautes qu'il a faites fur Guillaume de Machau & fur 
fes Ouvrages. 1°. Il n'a pas fçu que le nom de ce Poète a été orthographié de différentes 
façons, par divers Auteurs; il l'a appelle purement & Amplement Ma^haut. On lira ci- 
deiïous, note (19), ce qu'il faut penfer de cette orthographe. 

i°. 11 a prétendu que Machau était de Lorris; cela ne peut pas être, parce que cet 
Auteur était Champenois, ainfi que le Roi René nous l'apprend dans fon Épitaphe, & 
qu'il n'y a aucune Ville de ce nom en Champagne. 

3 °. Il a mis la ville de Lorris en Champagne; cela eft faux, elle eft dans le Gâtinois. 
Baillet n'a pas fait la même faute. (Voy. le Jugement des Savans , tom. 4, p. 183 , z'72-4. 

4°. 11 a dit qu'on foupçonne qu'il en était Seigneur; nous avons démontré le 
contraire. 

5 . Il a cru que le Confort d'Ami, dont nous parlerons plus bas note (68), eft dédié 
à Charles V, Roi de France. Cela prouve qu'il n'a ni collationué la Notice de l'Abbé 
Lebeuf fur les originaux, ni lu avec attention les extraits du Confort d' Ami , que cet 
Auteur a inférés dans les Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres , parce que ces extraits 
prouvent le contraire, ni corrigé l'Abbé Lebeuf, par le Comte de Caylus , quia dit, 
avec jufte raifon, que cette Pièce eft dédiée à Charles II, Roi de Navarre, dit le Mau- 
vais. Voy. le Difcours Préliminaire du cinquième Tom. du Monde Primitif , pag. lxii 

& LXÏII. 

(10) Voy. fuprïi, note (<?). 

(11) Voy. même note (9). 
(iz) Voy. même note (9). 



( M ) 

('3) Voy. Difiours Préliminaire du Tom. 5 , <rw Monde Primitif, pag. ixttî, 

(14) Continuateurs de Moreri jufqu'en 174? indufivemenc. 

(15) Goujet, Bibliothèque françaife. 

(16) Quadrio iftoria e ragione d'Ogni Poefia, /n-4. 7 vol. 

(17) Ofmont. Cet Auteur a parlé de divers Ouvrages manufcrit s,, moins connus que 
ceux de Machau, & il a omis ceux de ce Pocte. 

(18) Du Verdier, nouvelle édition, Tom. n, pag. io6\ 

(19) Du Verdier, a appelle Machau, Mâchant; fon nom était Machau. Il eft écrit 
ainfi dans notre manufcrit ; c'eft pour cela que nous avons fuivi la même orthographe : 
L'Auteur du Catalogue de Gaignat l'a écrit comme nous (tom. r", pag. 451 ). 

L'Abbé Lebeuf, en a varié l'écriture : il y a mis d'abord une s à la fin (pag. 378 ) , 
enfuite il en a retranché cette lettre (pag. 381). Le Père Labbe (pag. 311 & 314 de 
fon nova Bibliotb. manufeript, in-4. Paris 1653, chez Jean Henault), & le Comte de 
Caylus(pag. 399 > du Tome xx, des Membres de l'Académie des Belles-Lettres) , l'ont 
terminé par un t. La Monnoye a dit que les anciens l'appelloient Machault; (en effet; 
c'eft ainfi qu'il eft nommé dans fon Épitaphe que nous allons rapporter); mais que fon vrai 
nom était Machaud. ( Voy. Tom. il, fur du Verdier , pag. 106). Comme il n'a cité aucune- 
Pièce qui juftifie fon orthographe , nous nous en tenons à celle de notre manufcrit. 

(10) La Monnoye a fuppléé à l'omiiiTon de du Verdier, Tom. 11, de la nouvelle édiu 
page ic6. 

(zi) Du Verdier a dit que Machau florifTait en 1300, il s'eft trompé. Voj.fuprù. 

(11) Du Verdier n'a attribué à Machau qu'un feul Ouvrage, qu'il a intitulé»..-.... Les 
amours de Machand en rimes. 

(rj.) Voici l'Épitaphe de Machau. 

Guillaume de Machault , ainfi avoye nom ,. 

Né en Champagne fus & fi eus grant renom, 

D'élire fort embraze du penfer amoureux, 

Pour lamour dune voir (*) dont pas ne fus eureuï j. 

Ma vie feulement tant que la peuffe voir, 

Mais pour ce ne laiffay pour nous dire le voir (**),. 

Faire ditz & chancons tant que dura ma uie, 

Tant auoye forment (***) de lui complaire enuye,. 

Et tant que cuer & corps afprement lui donnay ,. 



% * ) Dune voii , c'eft-i-dire ; de voir une; 
(**) Le voir , la vérité. 
I***) Forment, fortement.. 



( i6) 

Et lîs mainte balade complainte Se uirelay," 
Et incontinent voir ie rendi à Dieu lame, 
Dont le corps gift ycy en bas foubz celle lame. 

11 n'y a dans cette Épitaphe ni apoflrophe, ni cédilles, ni accents, ni points fur les i,' 
ai v confonnes, ainfi que dans notre Manufcrit de Machau; elle eft tirée du Verfo, du 
folio $% , d'une copie Manufcrice du Roman de la Quefle de trcs-dou'.ce Merci, Sec. qui 
eft dans la Bibliothèque de M. le Duc de la Valliere , & dont on trouvera la Notice 
fous le nom de René d'Anjou, dans l'Hlftoire Critique des Manufcrits de fa Bibliothèque; 
que nous allons faire imprimer. Elle eft dans la partie de ce Roman, qui a pour titre: 
L'Hôpital d'Amour , Se qu'il ne faut pas confondre avec un Roman, qu'un jeune Clerc 
de Tournay a mis au jour fous le même titre. Quelques-uns ont attribué L'Hojphal 
i 'Amour de ce Clerc à Alain Chartier. Ils fe font trompés. Duchefne n'a pas fait la 
même faute , mais il n'a pas fçu de qui eft ce Roman. ( Voy. l'édition qu'il a donnée des 
Œuvres d'Alain Chartier, w-4. Paris 1617, page 867). C'eft le Roi René qui nous a 
appris qu'il eft d'un jeune Clerc de Tournay. (Voy. fol. verfo 94, de la Que/le de 
tres-doulce Merci» 

(14) Baugier. Mémoires hjftoriques de la Province de Champagne, à Châlons, in-8» 

î Tomes m. d. ce. xxi. Chapitre vu du Tome II intitulé : Des Perfonnts illufires 

de Champagne 

(15) Hiftoires des Comtes de Champagne, fécond Tome, in-11, Paris 1773. 

(16) La Monnoye fur du Verdier, Juprà, note (19). 

ip.-j) L'Abbé Lebeuf, Mémoires de l'Académie des Belles Lettres, Tomexx, p. 381, 
in-4. 

(28) Le Comte de Caylus a fait deirx Mémoires fur Guillaume de Machau. Ils font 
inférés tous deux dans le Tome xx, des Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres» 
JV4; le premier commence à la page 359, il fiiùt à la page 414. 

Le fécond commence à la page 415 , il finit à la page 439. 

On lit dans le premier (page 401 )..... « Guillaume de Machau était de Champagne f 
p de la petite ville de Lorris : du moins il en prend le nom dans plufieurs autres Manufcrits. 
» Peut-être en était-il Seigneur »? 

Le Comte de Caylus aurait dû indiquer les Manufcrits où Guillaume de Machau a pris 
le nom de Champenois, & a dit, en même temps, qu'il était natif de la ville de 
Lorris. 

Ces Manufcrits feroient très-intéreffants , parce qu'ils ferviroient à relever une erreur 
commune aux meilleurs Géographes & Hiftoriens, qui fe font accordés à placer la ville 
Lorris dans le Gâtinois, & non pas dans la Champagne. 

11 n'en a cité aucun, & il n'eft aucunement vraifemblable qu'il en exifte quelqu'un, oà 
Machau fe dife Champenois & de la ville de Lorris. 

Le Comte de Caylus avait feuilleté l'Hiftoire générale du Gâtinois , de Don Guil- 
laume 



( *7 ) 

ïanme Morin , Paris, w-4 . 1630. Il y avait déterré à la page «33 une Famille de Macliau. 
Il a voulu mettre à profit fa découverte ; pour cela il a imaginé des manufcrits dans lefquels 
jl a prétendu qu'on lit que Machau était de Lorris , & il a avancé un raie qui eft faux , en 
difant que cette ville eft en Champagne. 

Au refte, l'Auteur de l'Hiftoire du Gâùnols qu'il a citée, y a fait mention des hom- 
mes illuftres de la ville de Lorris, £àns parler de Macliau. Voy. pag. 176. 

(19) Voyez les éclairciffemens qui font à la tête de fon cinquième tome, pag. 63. 

(30) L'Abbé Lebeuf dit qu'on voit un Guillaume de Machol fur l'état de la Reine 
en 1301. Voyez tom. xx des Mém. de l'Acad. des Belles-Lettres , pag. 3^8,^-4°. 

(31) Feu M. Capperonnier s'eft trompé, en donnant dans la notice manuferite ,' 
dont nous avons parlé ci-defTus, le nom de Pierre à ce Prince. L'Auteur du Catalogue 
de Gaignat a copié cette faute, tomel, pag. 451 & 4fz. 

(31) Voyez l'Abbé Lebeuf, pag. 39c , & le Comte de Caylus, pag. 406, tom. xx 
îles Mém. de l'Acad. des Belles- Lettres, /'/z-4 . 

(33) Voyez le Comte de Caylus, pag. 405 du même tome. 

(34) le fus fes Clers ans plus de xxx. Voyez le verfo du fol. 4 du tom. i de notre 
Manufcrit , col. i. 

(35) Voyez l'Abrégé Chronologique dé Mtzerai , tome 2, pag. 574, i/j-4 . Paris,' 
Thomas Jolli, m. dc. lxviii, & Amfterdam^ in- 11. 1673, chez Abraham Wolfgang, 
tom. 3, pag. 67. 

(36) Voyez l'Abbé Lebeuf, Mémoiret de l'Académie des Belles-Lettres, tomexx, 1 
pag. 398, w-4'. 

{37) Bonne de Luxembourg , fille de Jean de Luxembourg, & première femme 
de Jean , Duc de Normandie, fils de Philippe de Valois , qui fut enfuite Roi de 
France fous le nom de Jean II, mourut en 1349. ( Voyez l'Art de vérifier les Da- 
tes, pag. 556, col. 1 , in-fol. Paris, m. dcc. lxx )• Jean, Duc de Normandie, ne 
monta furie trône que le 22 Août de l'an 1350, (Voy. ibid. p. 554, col. 1, zVz-fol.) 
Bonne de Luxembourg n'a donc point été Reine. Mézerai & Gueullette n'ont pas fait 
la même faute que l'Abbé Lebeuf, puifqu'ils ont averti qu'il ne faut pas comprendre cette 
PrinceiTe au nombre de nos Reines. ( Voy. le reûo de la fignature E ij , dans la 
préface du tome I de l'édition de l'Hiftoire & plaifante cronicque du petit Jehan do 
Saintre^ de la jeune Dame, des belles Couûnes, fans autre nom nommer, &c. donnée 
par M. Gueullette , & imprimée à Paris chez Pierre- Jacques Bienvenu, en trois tomes , 
in-it. en m. dgc. xxiv ). 

(38) Les Frères de Sainte-Marthe (tom. 1, pag. 473 de l'Hiftoire généalogique de 
la Maifon de France, Paris , m. dc. xxviii, in-fol. 

($9) Mézerai, (Hiftoire de France, édition de Guillemot, Paris h. dc. xliii, 
tom. 1, pag. 8ff. 

Ejfai fur la Mufîque, C 



( iS ) 

(40) Le Père Daniel, ( Hiftoire de France, tome v, page 410, i/z-4 . Paris;. 
dernière édition ). 

(41) Le PréSdeni Henaulc (Abrégé Chronologique de l'Hiftoire de France, Paris % 
/«-4 . m. dcc txvm, tom. 1, pag. 261 ). 

(42) Villaret (Continuation de l'Abbé Velly, pag. ? 36, «-4°. Paris , m. dcc. mx). 
(41*) Marcel , Hiftoire de l'Origine & des Progrès de la Monarchie Françaife , 

tom. III, pag. 68. 

(43) Voyez l'Arc de vérifier les Dates, pag. $56, col. 1, de l'édition citée ci-deffus,', 
»ote (37)- 

(44) Gueullette , fup ni , même note. 

(45) Voyez les Chroniques de Saint Denis, in-fol. première édition imprimée en 
3476, à Paris en trois tomes, chez Bonhomme, tom. 11, fol. 263, col. 1 , chap. XLIV. 
*lu Livre des Faits & Geftes du Roi Philippe de Valois. 

On lit dans ces Chroniques , que Bonne de Luxembourg mourut le xi d'Août ua 
jour de vendredi, & qu'elle fut enterrée. . . . le XVII e jour du mime mois en léglc 
des Suers de Maubuijfon empres Pontoife. 

Les Auteurs de l'Art de vérifier les Dates ont prétendu, fans fondement, qu'elle 
mourut à Maubuiflon même. Voyez fupra , pag. 556, col. 1. Ils ont pris cette faute 
dans Marcel {fuprd note 41 *). 

Aucun des autres Auteurs que nous avons cités , ne l'a dit , 8c c'eft ce dont on ni 
trouve aucun veftige dans les mêmes Chroniques. 

(45*) Le Roi Jean le fit fon Secrétaire. Voyez les complaintes de Machau , tom. a) 
«le fes Œuvres, & l'Abbé Lebeuf, pag. 381. 

(46) Cet aïïàffinat arriva le 16 Janvier de l'an 136?, félon le vieux ftyle» 

L'an mil trois cent neuf & foixante 
En temps que froide bife vente 



Droit de Janvier le jour feizieme 
Et environ l'heure quinzième. 
Voyez pag. 4351 du tom. xx des mêmes Mémoires. 

L'Abbé Lebeuf (pag. 380 & 358) a daté cet aiTaffinat de l'an 1370; mais il amae* 
«|ué d'ajouter , félon le nouveau ftyle. 

(47) Voyez le Dictionnaire de MuGque de J. J. Rouiïèau , tomi, page 130, édit» 
de 17-6^ , in-2°. à Amft. avec fes autres Œuvres en onze volumes. 

(48) Du Verdier, fupra note (18). 

(42) Le Per« Labbe. .. . noya Biblioth. manuf. pag. 314, in-tg. 



( rç ) 

(yo) Lamonnoye, fur du Verdier, fuprà , note (2.0). 

(fi) Juvigny, fur du Verdier, tom.11, nouv. édit. pag. 106. 

($1) Voyez yâ/Tii, pag. 7 de notre Notice, & note (18). 

(^3) Le Comte de Caylus , fupra , note (18). 

{$1*) Voyez Ménage , Dictionnaire Etymologique , Paris , BriafTon, m. dcc. L,tom. t» 
in- fol. 6c le Dictionnaire Hiltonque des Mœurs, Ufages & Coutumes des Français, 
Paris 1767, tom. 1, pag. 660. 

(74) Lenglet, TablettesChronologiqueSjedit.de 1763 , :/z-8°. Paris , tom. i,p. <ïjf» 

(?4*) Il y a eu avant Machau des pièces de poélie mêlées de profe , ne fut-ce que le 
Roman du nouveau Renard, de Jacquemars Gielée, qui fut compofé en l'an ii8j>, 
environ fept ans après la naifTance de Machau, & dont nous donnerons aulïï une 
notice. Nous obfervons ici en paflant que la Croix du Maine (tom. i, pag. 386 , nouv. 
édit. ) , du Verdier (pag. i<[7, tom. 1 , nouv. édit.) , leur nouvel Editeur [ibidem ) , Jean- 
George Eccard (pag. 48 de la préface qu'il a mife à la tête de l'édition du CoUedanea, 
Etymologïcd , de Geoffroy-Guillaume Leibnitz, in-%°. Hanovera., fumpt. Nie. Foerfteri, 
M. dcc. xvn). L'Abbé Maflieu ( Hiftoire de la Poéfie Françaife, pag. 177, in-iz, 
Paris, Praultfils, 1739). Profper Marchand ( Dictionnaire , tom. 1, pag. 174). Bar- 
bafan ( DifTertation fur l'origine de la langue françaife , pag. 48 , à la tête de fon édition 
de l'ordene de Chevalerie), & Quadrio (fuprà, tom. 6, pag. 403 ), qui l'ont daté 
de izjo, & que Montfaucon ( tom. 1, Biblioth. manuf. pag. 1669) qui l'a daté de iz88, 
fe font trompés. Nous obfervons encore que Fauchet s'eft contredit fur la date de ce 
livre. Il a dit dans un endroit (fol. lerfo 588, du Recueil de fes Œuvres w-4 .) qu'il 
eft de iipo, & dans un autre, (ibid.fol. verfo ç 1 1 ) qu'il eft de 1300. Toutes ces 
dates font faufles. Le Roman du nouveau Renard a vu le jour en 1189 : c'eft ce qu'on y 
lit dans le no" vers avant la fin. 

En l'an de l'Incarnation 
Mil. & i) cens & quatrevins 
Et ix. fu ci faite li fins 
De cefte brance en une vile 
Qu'on apele en Flandres Lille. 



(jy) Voyez for ce Manufctit l'avertiiïément qui eft à la tête du tome Vil de l'Hif- 
loire Littéraire de la France in-^. à Paris 174e, pag. nv, & pag. vu de la préface 
qui eft à la tête du tome 1 des Fabliaux & Contes des Poètes Français des xi , xm, 
xiv & xv e fiecles tirés des meilleurs Auteurs , à Paris chez Vincent , en trois tomes 
i/z-11. 1756. 

(56) Voyez note précédente. 

(57) Le Père Labbe, fuprà, note (49). 



(zo > 

(f8) Lamonnoye, fur du Verdier , fuprà , note (40) 

(y.9) M. Capperonnier fit cette notice que nous avons fous la main, pour M. Gai- 
gnat, lorfque cet Amateur de raretés bibliographiques eut acquis le manufcrit des 
Carmes Déchaux. 

(60) Orendroit, c'eft à-dire dorénavant. Borel n'a cité que, Maro-t , fur ce mot, à la 
pag. 363 de la première édition de fon Tréfor. Celui qui l'a ffir ré'rmpùinèr à la.ftnte 
du Dictionnaire Etymologique de Ménage , in-fol. Paris, deux tomes , n'eft pas remonté 
plus haut. On voit cependant ce mot dans le Roman de la Rofe. L'Abbé Lenglet la 
cité dans le gloiTaire de ce Roman , qui eft à la fin du tome ni de l'édition qu'il en a 
donné à Paris en trois volumes m-n, en 1735 (page36z). On le voit aufFnians quel- 
ques-uns de nos anciens Fabliaux, pag. z88 du tom. 1 , pag. 344 du tom. 1, & page 
197 du tome 3 du Recueil que nous en avons cité ci-deffus note (55)» 

(éi) Sceus, c"eft-à-dire fens. 

(62) L'Abbé Lebenf n'a pas indiqué la mefùre des vers de cette Pièce, & il a dit 
Bne fauffeté en la qualifiant la première pièce de notre Manuf. Voy. fuprà note (f ). 

(63) Cette Pièce eft appellée dans divers Manufcrits, le Tems Pafcour , à caufe des 
premiers mots de fon premier vers. C'eft ce que le Comte de Caylus a obfervé (p. 4oé) # 
L'Abbé Lebeuf n'a pas fait la même remarque ', de plus, il n'a rien dit fur la mefure de 
fes vers. Montfaucon l'a citée ainfi que la fuivante, mais fans en mentionner l'Auteur, 
tome 1 1 de fa Bibliothèque des Manufcrits. 

(64) Cette Pièce eft l'an 1349. Voy. l'Abbé Lebeuf, fuprà, page 377, & le Comte 
de Caylus, page 407 . Son fujet celui de la précédente, font expliqués ibidem, p. 407 Se 
408. 

(65) Cette Pièce eft antérieure au Confort d'Ami, puifqu'elle y eft citée. Voy. fol» 
•verfo 1 10, du tome I, de notre Manufcrit , col. z. 

Et fe fon pooir voes favoir 
Sans oublier chofes nés une 
Qui ex en remède de fortune 
Et en mon lay de bon eipoir 

C'eft ce que l'Abbé Lebeuf & le Comte de Caylus n'ont pas obfervé. 

Elle porte dans quelques manufcrits, le nom de ÏEfcu bleu, à caufe que l'Efpérance j 
<ionne à l'Auteur, un efeu de cette couleur. Voy. le Comte de Caylus, pag. 405 & 406. 
Cette remarque eft échappée à l'Abbé Lebeuf. 

(66) Ce dit ou dift, a été mis au jour le * d'Avril de l'an 1341. Voy. l'Abbé Lebeuf, 
page 379, & le Comte de Caylus, page 408. Ces deux Auteurs n'ont pas fait mention 
ies derniers vers de cette Pièce, dans lefquejs ftlacb.au a caché foo nom. Nous les rap- 



( Vi ) 

porterons suffi dans notre Hiftoire Critique des rrianufcrits de M. de la Valiere , en 
donnant la notice d'une copie fépaiée que nous en avons. L'Abbé Lebeuf a aufiî omis 
la mefure de fes vers. 

(67) L'Auteur du Catalogue de Gaignat s'eft trompé en appeilant ce dit, le dit de Va~ 
lerion. Voy. tome r, pag. 451; il eft intitulé : Le Ditt de l' Alcrion. H s'appelle aufll le 
Dicl -des iv Oijiaux, ainfi qu'on le voit dans les deux derniers que nous en avons cités 

ci deflus page y. Le Comte Je Cayl'iç Va rniinu fous Ces deux noms, page 408. L'Abbé 
Lebeuf ne l'a indiqué que fous le premier. 

(68) Le Confort d'Ami. L'Abbé Lebeuf a prétendu (pag. 379 & 381) que cette Pièce 
eft adreffé à Charles V, Roi de France, & qu'elle a été compofée, peu après fon avène- 
ment au trône; c'eft-à-dire, vers l'an 1365; c'eft ce qui prouve, i°. qu'il ne l'a pas lue 
en entier; i°. qu'il a lu fans attention les morceaux qu'il en a extraits, & fait imprimer 
dans le Tome xx des Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres, i/7-4. 

Elle commence dans notre Manufcrit à la féconde colonne du verfo , dufel. 58 , & elle 
finit vers la moitié de la première colonne Au verfo au fol. np. 

L'Abbé Lebeuf n'en a lu que les Fragmens qu'il a publiés, Se qui font contenus entre- 
la féconde colonne do reBo du fol. 114, & la féconde colonne du retlo du fol. 118. Il 
aurait certainement changé d'avis, s'il avait lu tout ce qui précède, parce qa'il n'y a pas, un 
mot qu'on puiffe appliquer à Charles V^ il en aurait fait autant s'il avait réfléchi fur les 
extraits qu'il en a donnés. D n'y en a aucun qui prouve fbn opinion ; il y en a, au con-, 
traire, qui la combattent. 

Mais, à qni, & en quel tems, cette Pièce a-t-elle été dédiée? Elle l'a été à Charles H," 
Roi de Navarre, dit le Mauvais, & beau-frere de Charles V, vers le commencement d'Oc-» 
tobre de l'an 1357; elle eft mêlée de confolations & d'avis. 

Il y a à la tête un prologue, dans lequel Machau fe qualifie ami de ce Prince, & lui 
témoigne le defir qu'il a depuis !ong-tems de le confoler fur fa détention. Il lui expofe 
en même tems l'embarras où il eft, de lui faire parvenir ce qu'il a envie de lui écrire. Il 
ajoute que ce qui diminue fon embarras, c'eft qu'il eft fermement perfuadé de fan inno- 
cence , & qu'il regarde comme inutiles tous les motifs de confplations qu'il pourrait lui 
donner. 

Ami a toy donner Confort 

Ay maintes foys penfe moult fort 

Et diex feet que je le feroie 

Plus que ne di fe je pooie 

De très bon cuer & volentieïl 

Mais il n'eft voie ne fentier» 

Qui mon oueil peuft auoier 

Que vers toy peuflè enuoier 

Non ponrqnt ie commenféray 

Et fe diex plaift ie feneray 



(») 

Comment que foies afTes fages 
Pour toi garder (ans mes meflàges 
Et fans mes Confors recevoir 
May je le fais fans décevoir 
Pour tamour : & la ramebrance 
Que jay toudis de ta grevence 
Et par ma foy quant * teu* Ai? 
Je crois que tu nas riens meffaif.. 
Se ten dois à dieu conforter 
Et tes mefehies plus biau porter 
Sire, & fe je tappelle ami 
Nen aies pieur cuer ami 
Car bien fées que tu yes mes Cres 
Et je des miendres. Ne des pires 
Ne fui , mais fans riens retenir 
Sui tiens quoy qui doie auenir. 

Il finit fon prologue en l'avertiiTant , que leurs deux noms font cachés à la fin du Confot^ 
qu'il lui adreffe, & en lui apprenant la manière de les deviner. 

Machau entre enfuite en matière. Il rappelle à Charles II l'exemple de différens per-" 
formages de l'Ancien Teftament qui ont été ou fatuTemunt aceufés, ou mis dans les fers» 
tels que Sufanne, Daniel, Manafsès. 

Il lui dit de ne pas s'inquiéter fur fa détention, parce qu'on en ignore la oaufe, St 
que pour un qui paraît s'en réjouir , il y en a plus de deux mille qui s'ea attriftent. 

Je te di que la renornee 

Sefpent par toute la contrée, 

Que po de gens feevent la caufej 

Dont ta détention fe caufe 

Si en dit chafeuns à fa guife i 

May pour. i. queft liez de ta prife 

Des dolens en ya. ij. mille 

On le feee bien parmi la Ville 

Car chafeuns que de toy parole (*) (parle *) 

En dit bonne & belle parole 

Et te pleint, nés li enfencoa 

Chantent de toi bonne chancon. 

(Voyez la première & la féconde colonne du verfo dafoL 108 ). 

Il lui met fous les yeux le livre de la Confolation de la Philofophie de Bob'ce & 
FHiftoire d'Orphée, qui, par les doux accords de fa lyre, égaya les. cavernes infernales» 
où fon amour l'avait fait defeendre. 



( H ) 

D'ailleurs, lui oit-il, tu n'es pas auffi malheureux que tu pourrais te l'imaginer; fi tu 
avais été libre, n'aurais-tu pas combattu pour la France à la fatale journée de Poitiers? 
Héi qui fait fî tu n'y aurais pas été, ou tué, ou pris, ou fi tu n'en fer.ais pas revenu» 
au milieu des fuyards, couvert d'ignominie & d'opprobre? 

On dit fouvent parmi la ville 
Et le tient ont pour eûngile 
Plufieurs fois Iay oy debatre 
Qui te faloit l'un de ces quatre 
Se tu nous fufTes demourez 
Car tu fuiïès deshonnoures 
Mors, ou pris, ou que la bataille* 
VainquifTes. & ceftoit fans faille 
Une moult forte chofe à faire 
Qui bien confidere la faire 
Car les gens darmes a grans routes 
Sen alerent. & nô pas toutes 
Car li preudôme demourerent 
Et tuit le autres fen alerent 
La fu pris li bons Roi de Fiance- 
Que ot tel cuer & tel confiance 
Quonque Judas Machabeus 
He&or ne Cefar Julius 
Alixandres ne Charle meinne 
Qui tint lEmpire en fon Domainnc 
Godefroy de Buillon ne Artus 
Ayaus, Achilles,Troillus, 
Gauvains, Triftans, ne LanceloS 
Rolans, Nogiers, bien dire los 
Guillaumes , Oliuiers ne Ponpce 
Norrent fi très bonne journée 
Ne ne firent tant côme il fift 
En, i. jour trop en desconfift. 
(Voyez fol. verfo iij, col. i&i). 

Enfin il l'exhorte à ne rien craindre, parce que le Roi Jean à fon fceau-pere, cft 
Salle. 

Eins dift qui teft très bien cheu 
Et que c'eft ton bien & tonnour 
Quand tu yes pris de tel Signous 



( M ; 

Qui te fera droit Se juftice 
Et grâce fa li eft requife 
(Voy. fol. reélo 114, col. I ). 

Il mêle à tous ces motifs de confolation, divers avis; il recommande à Charles II U 
propreté, la fobriété Se la diffimulation. Il lui confeille de ne pas fe plaindre de la ma- 
nière dont il eft couché, & de ne pas manger un jour plus que l'autre, de peur que ceur 
qui l'obfervent, ne s'étudient à le contrarier, & ne lui donnent qu'un ordinaire fort court, 
lorfqu'il paraîtra avoir plus d'appétit. Il Lui recommande d'être jufte, (table, refpeftueur 
envers les Dames, &c. 

Tout cela précède les extraits de l'Abbé Lebeuf. Qu'on juge fi nous avons eu raifon de 
dire, que cette Pièce ne concerne en aucune façon Charles V, & que l'Abbé Lebeuf 
n'en a lu que la dernière partie; mais l'a-t-il lue attentivement, & a-t-il réfléchi fur les 
fragmens qu'il en a tirés? 

Machau confeille dans fes fragments au Prince , auquel il écrit, de donner aux gen* 
At fa Maifoto , des habits uniformes , félon la diverfité de leurs rangs , ainû que le Roi 
«le France le pratique. Ce confeil peut-il convenir à Charles V? 

N'eft-ce chofe plus honourable 
Que tu voyes devant ta table 
Tes Chevaliers, tes Efcuyers, 
Tes Clers, tes Servans, tes Meftiers 
Veftis enfemble en ordenance 
A la bonne guife de France 
Que ce qu'il foient en belle guife 
Que chafeun ainfi fe defguife 

( Voy. TAbbé Lebeuf, page 391, & le recto du fol. 118 du premier rorae de notre 
Manufcrit, col. i. 

Bullet (Recherches Hiftoriques fur les cartes à jouer. Lyon, chez J. Deville , m. dcc; 
LVII, in-S. pag. 16 & pag. 30), & l'Auteur du Monde Primitif {fuprà , pag. lxiii.), 
qui ont répété d'après l'Abbé Lebeuf, que cette Pièce eft dédiée à Charles V, font double- 
ment repréhenfibles , 

i°. En ce qu'ils n'ont pas fçu difeerner dans les fragmens qu'il en a rapportés, le 
Prince auquel Machau l'a adreiïée. 

î°. En ce qu'ils ne fe font pas apperçus, que le Comte de Caylus a contredit formel- 
lement l'Abbé Lebeuf fur ce point, & a obfervé, avec jufte raifon, que le Prince pouc. 
lequel Machau a fait fon Confort, eft Charles II, Roi de Navarre, dit le Mauvais, gendre 
du Roi Jean II, & beau-frere de Charles V. (Voy. le tome xx des Mémoires de l'Aca- 
démie, pag. 410). Si le Comte de Caylus n'eft pas tombé dans la même faute que nous 
yenons de reprocher à l'Abté Lebeuf, & à fes deux copiftes; il en a fait une autre, en 

difanc 



X *5 } 

idifànt que Machau félicite CKarles II dans fon Confort, de ne s'être pas trouvé à la- bataille 
de Poitiers, parce qu'il aurait été obligé de s'enfuir (pag. 410). 

Nous avons rapporté ci-deiïus les vers de Machau fur cette bataille. Ceux qui les liront 
y chercheront en vain la félicitation que le Comte de Caylus y a vue. 

Mais paflbns à la date du Confort d'Ami. Le Comte de Caylus s'eft contenté de dire 
qu'il eft poftérieur au 19 Septembre de l'an 1356, qui eft le jour auquel le Roi Jean fut 
pris (page 410): il aurait pu, s'il l'avait voulu, en déterminer la date d'une manière très- 
récife. 

Le Roi de Navarre fat furpris par Jean, Roi de France , dans le Château de Rouen 
pendant qu'il était à table, le pénultième jour de l'an 1355 , qui fut le 3 Avril, & arrêts 
prifonnier par fon ordre. 

Montfaucon a fait graver dans le tome II, de fes monumens de la Monarchie Fran- 
çaife, pag. 196, une eftampe repréfentantla prife de ce Prince; elle a été exécutée d'après 
un Manufcrit de Froiflàrt , qui eft à la Bibliothèque du Roi, num. 8320. (Voy. le verfo- 
in fol. ix xx vu de ce Manufcrit). 

Charles II était accufé de haute trahifon. Il fut traîné de prifon en prifon. Il était en- 
fermé dans le Château d'Arleux en Cambrefis, lorfque Philippe de Navarre, fon frère 1 
trouva le moyen de brifer fcs fers. Ce fut le 8 Novembre de l'an 1357, que Charles re- 
couvra fa liberté. 11 fut donc près de vingt mois en prifon. (Voy. Secoujfe , Mémoire 
pour fervir â l'Hiftoire de Charles II, Roi de Navarre, Paris, Durant, m. d c c. lvii 
j/z-4, fécond tome, page iz, 145 & 147 du tome I er , & le tome xxx, de la verfion 
françaife de l'Hiftoire Univerfelle des Anglais, pag. 66, 436, 43p. Mais les dates n'en 
font pas auflï exactes que celles de SecoufTe). 

Lorfque Machau dédia fon Confort à Charles II, il y avait plus de dix-huit mois qu'il 
était détenu. Cette Pièce eft donc du commencement d'Octobre de l'an 1357. 

Explicit le Confort dami 
Qui efveilla le cuer de mi 
Es Ténèbres ou il dormi 
Et au refveiller dift aimi 
Que ne fuis je partis parmi 
Quant iay fi longuement gémi 
Et tant ploure & tant frémi 
Que le gros deluet dun frémi 
Nay receu par Saint Frémi 
De joye , en plus dan & demi. 

(69) Le Comte de Caylus a mentionné ce dit, avant celui du Confort d'Ami, p. 409' 
ïl a obfervé qu'il porte auflï le titre de Morpheus. L'Abbé Lebeuf n'a pas fait la même 
obferva;ion , Se il a omis la mefure de fes vers; mais il l'a cité dans le même ordre que nous, 
page 375» 

bjjaifur la Mufïque, J> 



e 



( **1 

(70) L'Abbé Lebeuf* eft paflè très-rapidement fur cette Pièce. Audi n'a-t-fl pas eu le 
Cerns de voir à quelle Princefle elle eft dédiée. (Voy pag. 179). Le Comte de Caylus , qui 
l'a examinée de plus près , a eu foin d'avertir que Machau l'a adreflee à Agnès de Navarre , 
femme de Gafton Phcebus, Comte de Foix. Voy. pag. 413. 

Cette Princefle était fille de Philippe d'Evreux, Roi de Navarre, fous le nom de Phi- 
lippe III , & de Jeanne , fille de Louis Hutin, proclamée Reine du même Royaume , fous 
le nom de Jeanne II. (Voyez le tome xxx de la verfion françaife de l'Hiftoire Uni- 
rerfelle des Anglais, pag. 61 Se j8. 

(71) L'Abbé Lebeuf convient de n'avoir pas lu le livre du Voir ou de la Vérité (p. 379). 
Il eft dédié à la même Princefle. Il eft mêle de profe. Il contient les Amours de Machau 

& de celle à laquelle il eft dédié. 

Agnès de Navarre n'avait guères alors quedii-huit ou vingt ans. Le Poète y a fait entrer 
plulîeurs rondeaux, balades & chantons, que cette Princefle a compofés. Ce Dit eft très- 
intéreflant & très- curieux; mais il y a des détails que la bienféance ne permet pas à un 
Hiftorien démettre à découvert. (Voyez le Comte de Caylus , pag. 413 & 414). 

(71) Ce Dit & le fuivant ont été omis par l'Abbé Lebeuf, pag. 379 , & par le Comte 
de Caylus, pag. 414. 

(73) L'Abbé Lebeuf, le Comte de Caylus & l'Auteur du Catalogue de Gaignat ont 
publié cette Pièce. 

(74) Le fécond Mémoire du Comte de Caylus, n'a pour objet que l'Hiftoire de la prile 
de la Ville d'Alexandrie. Voy. pag. 41 y — 43p. 

Cette Hiftoire eft poftérieure à l'an 136?, puifque Machau y parle de l'aflafllnat de 
Pierre, Roi Je Chypre. Voy.fuprà. 

(75) L'Abbé Lebeuf a obfervé que cette Pièce eft en vers alexandrins (pag. 383). Il 
«'eft trompé, témoins les deux premiers vers que nous en avons raportés. 

(7 6) Machau a mis fon nom à la fia de cette Pièce. ( Voy. l'Abbé Lebeuf, pag. 3 8 1 ). 

(77) Voici la manière dont l'Auteur du Catalogue de Gaignat indique ces lais 

Plufieurs lais fur ditïérens fujets, avec les ftrophes, mis en chant pour la plus grande 

partie (pag. 451). 

Que fignifient ces mots: Plufieurs lais avec les ftrophes, mis en chant? Il- était bien 
plus fimple de fuivre la notice de feu M. Capperonnier, & de dire plufieurs lais fur diffé- 
rens fujets, dont les premières ftrophes font notées. 

(78) Ce Lay a été omis par l'Auteur du Catalogue de Gaignat & M. Caperonnier. Si 
Je Comte de Caylus l'avoit lu , il s'en ferait peut-être fervi pour corriger une faute 
qui lui eft échappée dans la notice de la Bible Guyot , qu'il a fait inférer dans le tom. xxï 
de l'Hiftoire de l'Académie d:s Belles-Lettres i/z-4 . (Voy. pag. 191 )■ 

Il a pris la bouflole pour la trefmontaigne , c'eft-à-dire pour l'étoile polaire, & il « 
prêté cette erreur au Poète, dont il a fait connaître l'ouvrage. 



La trefînontaigne n'eft point la boufTole. Guyot Je Provins ne lui a pas donné ce 
fflom. Machau n'a entendu par la trefmontaine , que l'étoile polairet 

Voici comme il en a parlé dans fon Lay de la Fontaine , adreffé à la Sainte Vierge. 

He Reyne fouverainne 
Qui feur toutes luis 
Confidere une fonteinne 
Plus cler que la trefmontainne. 

(Tome z de notre Manufcrit ,fol. V£rfo j»j j. 

Machau a encore fait mention de la trefmontaine , dans fon Livre du Voir dit, ( Voy. 
•ol. i , du rttlo du fol. 137 de notre Manufcrit). 

Ceft droiteraent la trefmontaine 
Qui cuers au port de joye maine. 

C'eft ainfi que Gauthier de Metz & Brunetto Larini ont appelle l'étoile polaire," 
long-tems avant Machau, l'un dans fon Romau de la Mappemonde en rimes, Se l'autre 
dans foaTréfor. L' Auteur du Livre intitulé Dialogus Creatwarum Mora'ifztus, l'a nommée 
de même [ Dial. i & 3]. C'eft ce que M. Gaillard, qui a copie l'erreur du Comte de 
Caylus, n'a pas fu. [Voy. tom. Vide fou Hiftoire de François I, //z-ii. pag, 187] 



Fin des Notes. 



m 



( I ) 



LETTRE 

JPe M. L'Abbé Ri F e a M. de Lab orde, fur la 

Formule Nos Dei Gratia. 

Vous me demandez , Monfïeur , des éclairciftemens fur la Formule . .' . :." : 
Nos Dei Gratiâ: vous n'avez qu'à parcourir le Livre de Gacterer, qui a 

pour titre Elementa Artis Diplomatie* ( i) , & le nouveau Traité de 

Diplomatique des Bénédictins (a), vous y trouverez l'origine & l'ufage de 
cette Formule. Je ne vous renvoie pas à quatre autres petits Ouvrages qui 
ont été écrits ad hoc fur cette matière. Vous auriez beaucoup de peine à 
vous les procurer dans Paris. Ils ont été imprimés chez l'Etranger. On ne tire 
pas beaucoup d'exemplaires de ces fortes de Pièces , 8c elles difparaiflent tout 
de fuite au fortir de la prefiFe. 

Baring a mentionné ces quatre petits Traités dans la Bibliothèque diplo- 
matique qu'il a mife à la tête de fon Clavis Diplomatica (5). 

Le premier eft en Allemand. Son Auteur eft Frédéric Geifler , & fon titre , 
vj'it von Gottes Gnaderij &c. 11 eft divifé en deux parties. Il a été imprimé 
in-4. à Leipfick, en 1677. 

Le fécond eft de Balth. Tilefius. Il a été mis fous prelfe en 1713 , fous ce 

titre , Dijfertatio defenfu tituli .... Nos Dei Gratiâ . . . Regiomonti. . . 

Baring en a omis le format. 

Le troifieme eft de Chriftophle Augufte Heumann. Il eft intitulé , 

(Programma de Titulo Dei Gratiâ. Il a vu le jour à AllendorfF, i/2-4. en 1717. 
Le quatrième a pour Auteur Jean-Tobie Hagelgans. Baring ne dit ni en 
quelle langue il a été écrit, ni en quel tems , ni en quel lieu, ni pir qui 
il a été imprimé (4). Il n'y a que la première Se la féconde de ces pièces 
qui foient citées dans le Catalogue alphabétique des Livres concernant la 
Diplomatique, qui eft au commencement du fixieme volume du Traité 
des Bénédictins que j'ai indiqué ci-defl"us (5). 

Si vous n'avez pas le tems de feuilleter les livres dont je viens de vous 
parler, permettez-moi de vous offrir les recherches & obfervations ccitiques 
que j'ai faites fur cette Formule. Il y en a plulieurs que vous ne lirez aucune 
part , &: qui font entièrement neuves. A 



(O 

La Formule Nos Dei Gratlà ne fut dans fon origine qu'une marque de 
pieté. Elle prit naifîance dans l'Eglife. Il y eut des Evêques du Concile 
d'Ephefequi l'employèrent x en foufcrivantàla condamnation de Neftorius (6). 
Elle a été admife dans le même efprit jufqu'au quinzième fiécle par des 
Abbés , des Abbeffes & des Eccléfiaftiques du fécond ordre (7). 

La Cou: de Rome, toujours attentive à l'agrandifiement de fon autorité * 
profita fur la fin du treizième fiécle (8), de l'abolition des élections, pour y 

faire joindre, par des Evêques qu'elle gagna fous main, les mots & 

Sangla Sedis apojloliaz. 

Piganiol de La Force (9) a prérendu que le premier Prélat qui donna dans 
cette nouveauté, fut Gérard, Archevêque de Nicofie, qui, en 1298, s'inti- 
tula Archevêque par la grâce de Dieu & du Saint Siège apojlolique. 

Il a ignoré qu'Arnoul, Evêque de Bamberg, s'était déjà fervi en 1287 de 
la même Formule (10). 

Il s'eft écoulé plus de deux cens ans avant qu'elle foit devenue générale 
& d'un ufage confiant. 11 y a eu jufqu'à la fin du quinzième fiécle des 
Evêques même en Italie qui ont retenu l'ancienne (n), & ne fe font pas 
fournis à cette adulation ultramontaine. 

Les mots Dei Gracia pallerent de l'Eglife dans la Chancellerie de nos 
Souverains. Pépin fut le premier qui l'es introduifir dans {es Diplômes (12),, 
& Charles le Chauve, le premier qui les fit graver fur fes fceaux (13). 

Les Empereurs d'Occident (14) , les Ducs , les Marquis (17) , les 
Comtes (16), les Seigneurs même fuivirent leur exemple (i))- 

On ne regarda d'abord cette Formule que comme une proteftation reli- 
gieufe que l'on faifait à l'Etre-Suprêrhe, de tenir de fa faveur toute puilfance.- 
&; tout titre. 

Bouche, Chiffler , le Père Daniel, FAbbé de Longuerue, le Père Hergott 
& Menard, ont dit qu'elle a toujours été employée comme une marque de. 
fouveraineté & d'indépendance, ils fe font trompés (18). Il eft vrai que 
l'idée de religion qu'on lui attacha au commencement , s'altéra dans la fuite,, 
& qu'il y euren France des Comtes Se des Ducs qui cauferent de l'inquiétude 
à nos Rois, par l'abus qu'ils en firent. Mais ce ne fut que dans le quinzième 
fiécle (19). Aiufi Charles VII fit défenfe, en 1442, à Jean IV, Comte 
d'Armagnac, de s'en fervir. C'eft ce que les Auteurs du N. Traité de 
Diplomatique (20) , & de FArtde vérifier les dates (21) n'ont pas manqué 
d'obferver, & c'eft ce qui nous eft attelle par un Ecrivain du tems, appelle: 
€illes le Bouvier, furuommé Berry, premier hérault des Rois Charles VS 



(3 ) 

& Charles VII (21)» dont Fauchée (13) , La Croix du Maine (14), d« 
Verdier (15) , Duchefne (26), Bullec (27) & la Chefnaye des Bois (28), &c. 
•ont mal à propos attribué l'Hi'ft. à Alain Chartier. 

Denys Godefroy (29), Moréri (30), Struve (3 1) , le Père le Long (32) , 
l'Abbé Lenglet (3 3), la Monnoye (34) & lAbbé de Guafco (35), &c. n'ont 
pas fait la même faute. Mais fi Struve a été du nombre de ceux qui ont évité 
cette etreur, il eft tombé dans une autre, en faifant de l'Auteur de cette 
hiftoire , deux Auteurs différens. Il en a nommé un Gilles, le Bouvier, & 
l'autre, de Berry (36). 

Charles VII obligea pareillement, en 1449, Philippe le Bon, Duc de 
Bourgogne, à déclarer en termes exprès, qu'il ne prétendait donner, par 
cette Formule, aucune atteinte aux droits que la Couronne de France avait 
fur les pofleffions qu'il tenait d'elle (37). 

Louis XI envoya, en 1463, fon Chancelier à François II, Duc de 
Bretagne, pour lui en interdire l'ufage (38). 

Charles le Téméraire , Duc de Bourgogne , qui fuccéda à Philippe le Bon 
-fon père , le 1 5 Juin de l'an 1467 (39), s'en fervit dans le même fens que 
fon prédécefleur, avant que Louis XI eût enfreint le Traité de Péronne (40). 
Mais il ne l'employa plus que comme un ligne de fon indépendance Se de fa 
liberté, dès que, félon ce Traité (41), ce Roi fut déchu, par fon infraction, 
de la fouveraineté qu'il avait fur une partie de fes Etats (41). 

Au refte , fi Dom Plancher s'était refTouvenu de la déclaration que 
Charles VU exigea de Philippe le Bon , & de la promefle que Louis XI fit à 
Charles le Téméraire , de le tenir quitte de toute fidélité & de tout hom- 
mage , s'il ne gardait pas le traité qui vient" d'être cité , il n'aurait pas dit 
que Philippe le Hardy , ayeul de Philippe le Bon, obtint du Roi Jean, dont 
il était fils , le Duché de Bourgogne en fouveraineté (43). 

Tout Prince qui tient d'autrui les Etats qu'il poffede , n'en a que la 
fuzeraineté fur les vaflaux qui lui font fournis. Telle eft la maxime féo- 
dale , telle eft la remarque de Bodin (44), de Loifeau (45), des Auteurs de 
la Verfion françaife de l'Hiftoire univerfelle des Anglais (46), ôc de M. 
d'Argenfon (47). 

Il n'y a que la prééminence des Rois & autres potentats, fur ceux qui 
tiennent d'eux, qu'on qualifie fouveraineté. Ainfi l'Abbé de Condillac (48) 
Sç Linguet (49) fe font trompés, en nommant cette ^éémmence fu^eraineté. 

Je ne vous ai pas parlé , Monfieur , d'un Mémoire de M. Bonamy , de 

Ai 



( 4 y . 

î'Acad. des ïnfcript. & B. Lettres , qui eft inféré dans le XXVI e . Tom. des 
Mém. de cette Acad. i/z-4 . il eft du 30 Janvier de l'an 1753. Baring qui 
donna , l'année d'après , la féconde édition de fon Clavis Diplomatica n'a- 
vait pas pu en avoir connaiflance , e'eft pour cela qu'il n'en a pas fait men- 
tion dans fa Biblioth. Diplomatique. Ce Mémoire eft fort long : il eft 
d'environ 10 pag.m-4 . Si vous êtes curieux, de le lire ,. il vous paraîtra peut- 
être avoir moins d'ordre & contenir moins d'obfervations que le petit précis 
que je vous envoyé. Les Auteurs du nouveau Traité de Diplomatique , ont 
parlé de cette formule plus favamment que M. Bonamy. Comme la forme 
de leur ouvrage exigeoit qu'ils partageaifent en divers endroits , ce qu'ils 
en ont dit ; j'ai rapproché leurs divers paffages , pour vous les orrrir 
fous un même point de vue. J'ai corrigé quelques fautes , <5c contradictions 
qui leur font échappées fur cet objet , & j'ai fuppléé à quelques omiilions 
qu'ils ont faites. 

Je ferai très-flatté, Monfieur, fi les éclaircifîemens que j'ai l'honneur de 
vous faire palTer, peuvent vous être utiles. — Vous connaiffez les fentimer^ 
que je vous ai voués pour la vie, & avec lefquels. 

J'ai l'honneur d'être , 
votre très-humble ôc très-obéifTant 
feryiteur, l'Abbé Rive~ 
Paris, ce 25 Janvier 17757. 

* NO TES. 

J 1 ) VJ" atter.ek( Elementa Artis Diplomaticœ univerfalis , in-4. . tom. r. Cotting& 
apud viduam b, Vanden-hoekij cidi3cclxv. ) 

(1) Nouveau Traité de Diplomatique en 6 vol» in-tf. Paris, Guillaume Deiprer; 
M. dcc. l. = M. DCC. xlXV. 

(5) Baring.... (Danielis Eberhardi Baringii Clavis diplomatica , &c iteratâ 
iâc éditions , fie ab Aucîore recognitâ , emendatâ. ac locupletatâ , ut novum opus vide» 
pojjit, HanovercB fumtibus Hœredam B. Nie. Foerjleri & Filii, m. dcc. liv. irt-4 .) 

Il y a à la tête de cet Ouvrage , une Bibliothèque diplomatique qui eft très ample & 
très utile. Elle eft intitulée ... 1 Bibliotheca diplomatica- feriptorum Rei diplomatica /• 
«lie eft précédée d'un faux titre. Son corps commence à la page 3 , il finit à la 144. 

Il eft fuivi de quatre feuillets, dont les trois premiers contiennent l'Index des chapitres, 
Se le quatrième a pour fommaire : Defiderata diplomatica qua simpliffïmus Joli. Heu~ 
mannus in prafatione , tom. 11. Commentar. de Re diplomatica Imperatorum ac Regutn 
&trmanorutn imk'à Ludoviei Germanicitemporibus Norimb.i 7 î),Pr<gmiJfa expofujtjkc». 



( 5 ( 

Si les Auteurs du Journal des Savans ( Novembre 1771?, /1-4 . pag. 707), Se M. de 
Brequigny, de l'Académie Françaife & de celle des Belles- Lettres , avaient fait ufa»e de 
cette Bibliothèque profedionale , ils n'auraient pas adopté une erreur de Dom Vaiffete» 
Cet Auteur a prétendu , que Guillaume Catel a été le premier à fonder la vérité hilto- 
rique fur l'autorité des actes, dans THiftoire des Comtes de Touloufe, qu'il a publiée 
en 1613. ( Voyez le Journal des Savans , fuprà ). 

Pour fe convaiucre du contraire, on n'a qu'à parcourirla cinquième fcétion decetteBiblio- 
theque. Elle a pour titre . . . Hifiorici qui res àfe confignatas Diplomatibus illufirioret 
reddiderunt. On y trouvera divers Ouvrages, qui ont été imprimés avant l'année 1613 
fondés en partie fur l'autorité des Diplômes. C'eiî ce qui prouve que l'obfervation de Dorn 
VaifTete n'eft pas jufte. En voici quelques-uns : 

Jean Bouchet, Annales d'Aquitaine. Poitiers 1 y 3 r , in-fol. pag. 111. 

Sigifm. L.Ji. in HerberfiainRerum Mofcovit. Commemar. Bafil. 1571 ,in-fol. p. ii?. 

Pétri Bi\ari Leges Reipubliae Cenucnfis , à Legatis fummi Pontifias , Cœfaris & 
Régis Catholiciy in quos per Rempublicam collata fuerat autoritas conditee. Antuerpia 
.15-83 ( fine forma & exeuforis indicatione ) , pag. m. 

Ctonica délia vera- origine & attioni , délia illufiriffima & famofiffîma Conteffa Ma- 
tilda , & de fitoi anticejfori & difeendenti dal Padre Benedetto Luchino. In Mantoua, 
Ijoi, i/2-4 . pag. 117. 

Céfar de Noftradamus , Hiltoire & Chronique de Provence. Lyon 1611, in-fol. pag. 1 1 2, 

Bertrand d'Argentré. — L'Hiftoire de Bretagne. Paris 1618 , in-fol.pa.fr. 113. 

André Duchefne , Hiltoire des Rois , Ducs & Comtes de Bourgogne & d'Arles, Pari» 
S7iji, //z-4°. pag. ni. 

Auguftin du Paz, Hiltoire généalogique de Bretagne. Paris i6zo, in-fol. pag. 113.' 

André Duchefne , Hiftoire généalogique de la Maifon de Châtillon-fur-Marne. Paris 
liézi , in-fol. pag. 123. 

(4) Voye\ les quatre petites pièces fur la Formule Nos Dei Cratiâ , indiquées fur \t 
page ii de la Biblioth. diplom. de Baring. 

(j) f°y e X P a g # *1 & ^ X1V ^ ll Catal. alphab. des livres concernant la Diplomatique qui 
cft à la tête du vi" tome du nouveau Traité de Diplomatique 

(6) Voye\ le nouveau Traité de Diplomatique, tom. IV, pag. j88, 

(7) Voye\ le même Traité , pag. eâdem. 

(8) Les Auteurs du nouveau Traité de Diplomatique , fe font contredits fur le tem* 
auquel les mots, & Sanclœ Sedis Apoflolicœ, ont été introduits. Ils ont dit, tom. iv, 
p. 76 & çpi , qu'ils font de la fin du treizième fiecle; Se tom. V, p. 5:7? , qu'on en. voit 
le commencement dans une charte de 1214. D'ailleurs ils n'ont pas fait attention que la 
charte de 1114, qu'ils ont citée, eft encore fufceptible d'une explication différente de 
celle qu'ils en ont donnée. Cette charte porte ces mots . . . Divinâ permijfione & apof- 
tolicâ autoritau Carnotenfis Ecclefice minifier humilis. Ces mots, apofloliçâ automate a 
qu'ils ont interprétés ainfi, par l'autorité du •Saint Siège, peuvent également fîgnifiej 
par l'autorité des Apôtres, 



(p) Piganiol de la Force, pag. 13 du 11 e corne de (011 Introduction au Droir public de 
îa France, in-1%, 1 tom. 

(10) V. les p. 76 &591 du IV e tome du nouv. Traité de Diplomat. & Gatterer,p. 303. 

(ti) Mapheo Girardi, Patriarche de Venife , n'employa pas d'autre Formule, en ap- 
prouvant le Livre de Jean le Chartreux , intitulé .... Nofee te ipfum y & imprimé pour 
la première fois à Venilè , par Nicolas Jenfon, in-4 . en 1480. 

On peut voir fon approbation dans le tom. IV des Singularités hift. & lit:, de Dotn 
Liron, p. $16; Se dans le Bibliotheca Smithiana t Vtnetiis Typls Joannis Eaptifac 
fafquali , m. dcc. li. /71-4 . pag. ce. ij. 

Robert de Litio (*) , évêque d'Aquino, fuivic auflî l'ancienne Formule. Il n'y a qu'à 
lire la foufeription qui eft à la fin du Livre, qu'il a'compofé fous ce titre. ... Specehio 
délia fede. Ce Prélat mourut en 1465; , félon la Chronique de Guazzo , écrite en Ita-> 
lien , & imprimée in-fol. à Venifè en 1 jf 3 , par Francefco Bindoni ( fur le reûo du fol. 
316); mais l'Artifte , qui imprima en 1490 fon Sptcchio , &c. retint la foufeription, 
qu'il y trouva à la fin. C'eft ce qui prouve encore que la nouvelle Formule n'était pas 
univerfellement reçue à la fin du quinzième fiecle. 

(n) Pépin fut le premier, &c. . . . foye\ le tome ni du nouv. Tr. de Diplomat: 
p. 666 ; le tome iv du même Traité, p. 554 , & le tome vin du Recueil des Hiftoriens 
des Gaules & de la France, in-fol. p. 677. 

Le Diplôme, dans lequel Pépin s'eft fervi de cette Formule, eft de l'an 768. Il le 
fit expédier à l'Abbé & aux Moines de Saint Hilaire de Poitiers. 

(13) Charles-le-Chauve fut le premier, &c. Voyt\ le nouv.Tr.de Diplomat. tom, 
Jtv, p. 67 ; & Gatterer, p. 303, note 41. 

(14) Les Empereurs d'Occident, &c. . . L'Auteur du Chronicon Gottwicenfe (in-fol.) 
a obfervé que cette Formule n'eft , ni fur les fceaux de Conrad I , ni fur ceux de Henri I , 
mais qu'elle eft fur ceux d'Othoa I, qui eft venu après eux. Voye\ les Diplômes, qu'il 
a inférés dans fon premier tome , imprimé en m. dcc. xxxii. ( Typis Monafierii Te-, 
gernfeenjis O. S, Benedicli), vis-à-vis les pag. 89, 106, 139, if? , 161 & 161. 

, (ij) Les Ducs, les Marquis, &c. Voye\ la pag. $8p du tom. iv du nouv. Traité de 
Diplomatique. 

(16) Les Comtes. Voyt\ la même pag. du tom. iv du nouv. Traité de Diplomat. Voyt\ 
encore 1°. Duchefne dans fon édition des Œuvres d'Alain Chartrier, in-e, 6 . Paris. Pierre 
Le-Mur, m. dc. xvii, p. 843. i°. L'Abrégé de l'Hiftoire de Provence, par Louvet , 
ia-lz , dans lequel on lit ( tom. 1, pag. 37? ), que Guillaume dc Sabran, fils de Giraud 
Amie de Sabran, & d'Alix, fille de Bertrand III, comte de Forcalquier, employa la 
«jiême Formule au commencement du treizième fiecle. 3°. Le Dictionnaire géographique 
des Gaules de l'Abbé Expilly , dans lequel on voit ( tom. ni , pag. 3 :o , col. 1 ) , que Guil- 
laume II , Comte de Forez , s'intitula en 51x0 , Comte de Fore\ par la Crace de Dieu. 

(17) Les Seigneurs même fuivirent leur exemple. — « Voye\ le tom. iv du nouv. Tr* 



<*) Liiio, Lccce ou Leccie, ville du royaume dc Naplcs. 



t7> 

de Diplom. Duchefhe , fuprà { note 16); Se le Traité de Gariel, intitula : Séries Pra* 
fulum Magahntnfiiim , édit. fecunda , in-fol. 164J, p. 228 & 229. 
, (18) Voyt\ le nouv. Tr. de Diplom. tom. IV , p. 588. 

(19) Voyc\ le même tome , p. y 90. 

(20) /&<£ 

(21) Foye\ l'Art de vérifier les dates, 2<3e édit. p\ 79e, col. I, in-fol. 

(il) Gilles le Bouvier, ^bye^ l'Hiftoire de cet Auteur, imprimée dans la colle<ftio« 
des Œuvres d'Alain Charrier , citée ci-deflus note 16*. Le fait dont nous parlons, eft 
à la page 149 de cette collection. 

(13) Fauchet. Foye\ fes Œuvres, Paris, m. dc. xi. Jean de Heuqueville , w-4°« 
folio verfo 476. 

(24) La Croix du Maine, nonv. édit. tom. I, p. ir. 

(15) Du Verdier, nouv. édit. tom. 1 , p. 31. 

(16) Duchefne , fuprà note 16. Il a enfuite reconnu Ion erreur. 

(17) Bullet. Foye\ fes Recherches hift. fur les cartes à jouer. Lyon, chez J. Deville^ 
Vi. Dec. lvii , in-% 9 . p. 30. ( note 1 ). 

(28) La Chefnaye des Bois. Foye\ fon Diction, hift. des Mœurs, Ufages Se Coutumes 
des Français, Paris , m. dcc. lxvii. Vincent, j7i-8°. tom. 1 , p. 660 ( imprimé fans nom 
d'Auteur ). 

(25) Foye\ la note marginale que Denys Godefroy a mife fur la première page de 
ï'avis au Le&eur, qui eft à la tête de l'édition, qu'il a donnée de l'Hiftoire de Charles VI, 
par Juvenal des Urfins, in-fol. Paris, Imprim. Royale, 16J3. Voye\ la même édition,; 
p. 411. Foye\ encore l'édition de l'Hift. de Charles VII, par Jean Chartier, donnée paj 
îe même Godefroy, in-fol. Paris, Imprim. Royale 1661, p. 7,6$. 

(30) Moreri, infrà y dans les Diff. de l'Abbé de Guafco( Voyt\ notre note 35; ). 

(31) Struve, Biblioih. Hijloriae fehcla , tom 1, Jetue, in-8°. 1740, p. 359. 

(32) Lelong, Biblioth. hift. de la France, tom. a. nouv. édit. p. 192 , col. 1, 

(33) Lenglet, Méthode pour étudier l'Hift. in-12. nouv. édit. Paris, m. dcc. lxxiIj 
lom. xii, p. 14°- 

(3 4) La Monr.oye fur la Crois du Maine (.fuprà ) , p. 1» ; & fur du Verdier {fuprà ) 4 
pag. 32. 

(35) L'Abbé de Guafco, DifT. hift. politiq. litt. ia-8°, Tournay , 17$$, 1 tom. pagi 
•I7f du tom. 1. 

(36) Struve , fuprà (note 31 ). 

(37) Nouv. Tr. de Diplomat. p. 590 , tom. iv. 

(38) Nouv. Tr. de Diplom. ibid. tom. iv. Bodin de la République, liv. 1, chap. 10 J 
p. 173) in-fol, Lyon , Jacques du Puys , m. d. lxxx. Le Théâtre d'Honneur de Favin y 
le le Traité de la Souveraineté du Roi , par Savaron , cités dans l'Ouvrage qu'Everard Otto» 
a publié fous ce titre .... Primas UnecE noticia Rentra public arum , Jerue 1728, in-Z". 

pag. 195- 

(39) Cette date eft celle d'Olivier de la Marche, auteur contemporain. Foye\ fes Mémoires 
j"/i-4°. Lovain Everaerdt de Vitte, année létf , pag. 494, 4me édit. Elle a été fuivie dans 
le Rationariuai Ttmporum du P. Petau. Voyt\\a. page 400 de l'édition de 17 10, in>-Z°<. 



I* 1 

Lugd. Bat. ; Se dans l'Art de vérifier les dates , in-fbl. p. ^7f , col. î , & p. 6fè , Col. f . La 
Préfident Henault ( p. 316, Paris, in-sf' 1768 ); & les Auteurs de la Verfion Françaife de 
l'Hift. univ. des Anglais ( tom. 30 , in-4°. p. 5:46 ) , n'ont pas indiqué le mois auquel ce Duc 
a commencé de régner. Fabert s'eft trompé en datant le commencement de fon règne, du if 
de Juillet de l'an 1467. ( Voye\ Ion Hift. des Ducs de Bourgogne, in-ti. Cologne, Pierre 
Marteau I687,p. 260, & p. 168 du tom. I delà i dc édit. de cette Hift. chez le même, 1689 ). 

(40) Voye\ le Traité de Péronne dans la première partie du m £ tome du Corps diplo- 
matique de Dumont , p. 396 , col. 1 , in-fol, Amfterdam & La Haye, m. dcc. xxvi. La 
claufe de ce Traité qui contient la renonciation de Louis XI à la Souveraineté qu'il avait 
fur divers états du Duc de Bourgogne , a été oraife dans l'Art de vérifier les dates ( in-foU 
p. yéy , col. i ) , dans la Verfion Françaife de l'Hift. univ. des Anglais (tom .xxx,p. % 49/t 
dans les Mémoires de Philippe de Comines ( liv. i , chap. p.p. 1 1 1 ( ci j ) , Paris , fous le 
nom de Londres, in-if, 1747 , chez Rollin) , & dans l'Abrégé chronologique du Préfident 
Henault, in-n°. Paris 1768, p. 318, an. 1468. 

(41) Voye\ la teneur de ce Traité dans le Corps diplomatique , cité ci-deflus , note 41. 
(41) Voye^ Olivier de la Marche, cité ci-defTus, note 39. Il dit dans l'Introduction qui 

eft à la tête de fes Mémoires , p, jfi ... , laquelle paix fut rompue & contrevenue par 
ictluiy Roy de France, par quoy le Duc Charles fe difait Souverain en icelles Seigneuries, 
& en jouijl somme Souverain jufqu'à fa more. 

(43) Dom Plancher dit que les Grands & le Peuple de Bourgogne , délirant d'avoir 
Comme auparavant des Ducs pour leurs Souverains, fupplierent en 1361 le Roi Jean, de 
leur donner pour leur Duc & leur Souverain , le Prince Philippe fon fils , qui était déjà 
leur Gouverneur. ( Voye\ l'Hift. de Bourgogne de cet Auteur, in-fol. tom. 1 , p. 149» 
L'expreiïïon fautive de Dom Plancher a été adoptée par les Auteurs de l'Art de vérifier les 
dates , p. 672 , col. 1 , in-fol. 

(44) Bodin de la République, liv. I ., chap. 9 , p. 1 17, in-fol. Lyon, Jacques du Puy» 

*f. D. LXXX. 

(45) Loifeau, des Seigneuries (dans la Verfion Françaife de l'Hift. uuiv. des Anglais; 
tom. xxx, p. 309, note). 

(46) Uïd. 

(47) Le Marquis d'Argenfon ( Conlîdérations fur le Gouvernement ancien & préfent de la 
France, Araft. Marc-Michel Rey , in-i°. m. dcc. lxvi. p. 114). H qualifie les Grands 
«raflaui, Suierains de ceux qui tiennent d'eux directement; & le Roi Souverain des Grands, 

valTauxqui tiennent immédiatement de la Couronne. 

(4S) L'Abbé de Condillac . . .. ( tom. xi de fon Cours d'Education , p. 109 , i re édit. ). 
o Charles Martel , dit-il, Pépin fon fils, & Cbarlemagne avaient donné des Bénéfices aux 
» Grands qu'ils voulaient s'attacher, exigeant d'eux le ferment de fidélité, l'hommage & le 
» fervice militaire, quand ils feraient commandés. Cet établjrTement lia le Bénéficiera celui 
» qui conférait le Bénéfice , & mit entr'eux un rapport , qu'on exprimait par les mots de 
» Vajal & de Suzerain. Il fallait dire de Souverain ». 

(49) Linguet , en parlant de la Souveraineté que nos Rois avaient jadis fur ceux de la 
Grande-Bretagne, à caufe des terres qu'ils poiïedaient en France , l'appelle Su\eraineié. II 
4evait la qualifier Souveraineté, foye^ le vol. 4 de fes Annal. poUc, civ, & litt. année 1778 , 

Aura, xxvi, p, $i t 



TABLE GÉNÉRALE 

DES MATIERES 

Contenues dans les quatre Volumes de cet Ouvrage, 



Les Lettres Aj Bj C, Dj indiquent les volumes ; les chiffres 
Arabes indiquent les pages. 



Jt-âroîs, Auteur Italien fur la mufique. 

C, 331. 
Abbé{\'), Mufîcien. C, 4S5. 
abeille , Poète lyrique. D , 3, 
Abélard. Les deux feuls vers latins qui foient 

reftés de lui. B , 146. 
Abélard, Ecrivain Français fur la mufi<]ue, 

C, 5-40. 
'AbyJJîns. Noms & defcription de leurs 

inftrumens. A, îfii & fuiv. 
Acciajuoli. Poète lyrique Italien. C, 2JJ. 
Accius (Lucius) , Poète Latin. C, 36. 
Accord-parfait. De quels fons il eft com- 

pofé. B, 31. 
Acquino, Chanteur Italien. C, 3041 
Adam. Poète lyrique. D, 1. 
Adene\ (le Roi ), Chanfonnier du treizième 

fiecle. B, ijo. 
Adimari , Poète lyrique Italien. C, îjy. 
Autre du même nom. Ibid. 
Adorare , forte d'applaudiflement« Com- 
ment fe faifait. A, 104. 
Adrajle , Auteur Grec fur la mufique. C , 

133. 
Tome IV. 



Aelrede (St. ) , Ecrivain Français fur 11 

mufique. Ç, J40. 
Affilard. ( 1' ) , Ecrivain Français fur la 

mufique. C. $41. 
Afranius , Poète Latin. C. 36. 
Agatocle , fameux Muficien Grec C, 7?. 
Agathon, Muficien Grec, C, 7J. 
Aga\\ari, Cantatrice Italienne. C, 310. 
Aga\\ari , Auteur Italien fur la mufique. 

C,3?i- 
Agelaiis de Tégée, Muficien Grec. C. 7j« 
Agcnor^ Muficien Grec. C, 75. 
Agenor, Ecrivaiu Grec fur la mufique. C, 

Ago/Ii , Chanteur Italien. C, 301, 
Ago/Iini, Compofiteur Italien. C, 161. 
Autre Agojlini. Ibid. 
Agofiino, Auteur Italien fur la mufique. 

C, nu 
Agricola, Ecrivain Latin Car la mufique, 

C, 331. 

Agujari, Cantatrice Italienne. C, 31p. 
Air Se Aria. Origine de ces nems. A ; 

31. 
Ala ( Jean-Baptifte), Poëte-Mufîcien, C, 

m* 



TABLE GÉNÉRALE 



Alain Chanier, Poète lyrique du qua- 
torzième fîecle. B, 353. 

Alars de Caus , Clianformier du treizième 
fieclé. B, ifo. 

Albane\e , Muficien. C, 490, 

Albaret , Poète lyrique. D, 5. 

Alberelli , Chanteur Italien. C, 30?. 

Albergati , Compofiteur Italien. C, 161. 

Albert , Muficien. C , 490. 

Albertï , Compofiteur Italien. C, 161. 

Alberùni , Chanteur Italien. C , 511. 

Albertini, Cantatrice Italienne. C, 314. 

Albinoni, Compofiteur Italien, C, 162. 

Albinovanus, Poète Latin. C, 37. 

Albret ( le Capdet de Lebret ) , Chanfon- 
nier des quatorzième & quinzième fiecles. 

B, 3Î3- 

'Albuni, Cantatrice Italienne. C, 318. 

Alce'e, Poé'te Grec, amoureux de Sapho. 

C, 1. 

Alcidamas , Ecrivain Grec fur la mufique. 

C, 133. 
Alcide , Muficien Grec & Auteur d'ouvrages 

fur la mufique. C, 133. 
Alc.man, Poète Grec. C, 3. 
Alcman ou Alcmœon , Poète & Muficien 

Grec. C , 3. 
Aldofati, Compofiteur Italien» C, 161. 
Aldovrandini , Compofiteur Italien. C , 

163. 
'Alembert ( d' ) , Ecrivain Français fur la 

mufique. C, 541. 
Alençon ( le duc d' ) , CRanfonnier du qua- 
torzième fiecle. B, 354. 
AlejJ'andri , Compofiteur Italien, C , 163. 
Autre Alejfandri. Ibid. 
Alejfandri , Cantatrice Italienne. C, 318. 
Alexandre , Ecrivain Grec fur la mufique. 

C, I33. 
Alexandre, Compofiteur Français, C, 

■ 375- 
Alexandre l'Écolien , Poète Grec, C , 3, 



Alexandre d'Alexandrie, Muficien Grec» 
C, 7?. 

Alexandre de Cythere , autre MuGcien 
Grec. Ibid. 

Alexandre de Paris, Chanfonnier du trei- 
zième fiecle. B , 150. 

Alexandre Polyhijlor, Ecrivain Latin fur 
la mufique. C, 1^4. 

Alexandrides , Muficien Grec. C, 7?. 

Alexandrins ( vers ). Quel en eH l'auteur» 

B, 139. E:ym. de ce nom. A, 112. b, 
Algarorti, Auteur Italien fur la mufique, 

C, 331. 

Algeri , Cantatrice Italienne. C , 316. 
Alibrai , Poé'te lyrique. D, 3. 
Aliprandi , Chanteur Italien. C, 307. 
Allegri , Compofiteur Italien. C, 16;. 
Aloyfius Palejlrina, Auteur Latin fur la- 

mufique. C, 332,. 
Ahis , nom du bois facré des jeux en 

Grèce, confacré à Jupiter. A, 77. 
Alto-ienore ou- Hautes-contres. Etendue de 

leur voix. B , 26. 
Alto-viohi) initrument à arche:. A, zyoi 
Alyate; Muficien Grec. C, 76. 
Alypius , Auteur qui a écrit fur la mu- 
fique greque , commenté par Meibomius» 

A, 36. 
Alypius , Ecrivain Grec fur la mufique* 

C, 133. 
Amadio , Poè"te lyrique Italien. C, xff. 
Amadori , Compofiteur Italien. C, 164, 
Amand ( St. ) , Poète lyrique. D , 4. 
Amaranto Scidiatico , nom arcadique de 

Gigli, Po'éte lyrique Italien, C, 273. 

Voyez Gigli. 
Ambreville ( d' ) , Cantatrice Italienne. C t 

3ij. 
Ambroife ( Saint- ) , a écrit fur la mufique,r 

C, 363. 
Ambrofen ( office ) , comment fubfticué au 

Mozambique, A, m, note. 



D E S M A 

Ambroijîen ( cliant ). Voyez Grégorien. 
Ambubage , forte de flûte dont jouaient les 

counifanes chez les Syriens. A, 16. 
Amerighi , Cantatrice Italienne. C, 314. 
Amf'revilie , Poète lyrique. D, 4. 
Amicis y Cantatrice Italienne. C, 319. 
Amiens le Clercs ( Henri), Chanfonnier 

du treizième fiecle , B, 151. 
Amiens le Paiguieres , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B, iji. 
Amiantes, Poète Latin. C, 37. 
Amioi ( le Père 1 , Ecrivain Français fur la 

mufique. C , J44. 
Amœbus , Muficien Grec. C, 76. 
Amorevoliy Chanteur Italien. C, 315. 
Amphicordum ou lyre barberine. A, 190. 
Amphion, Muficien Grec. C, 76. 
Anacre'on, Poète Grec. Anecdote fui fon 

chien , C , 4. 
Anaxeîior, Muficien Grec. C, 77. 
Ana.dlas , Ecrivain Grec fur la mufique, 

C, 134. 
Ancile , petit bouclier fur lequel les Mufi- 
cîens Romains battaient la mefure. A, 41, 
Andeli ( Rogerin ou Rogiers d' ) , Chan- 
fonnier du treizième fiecle. B, ijt. 
André ( d' ), Cantatrice Italienne. C , 314. 
André' , Auteur Italien fur la raufiq. C , 331. 
Andreini y Chanteur Italien. C, 300. 
Andreini y Muficienne. C, 490. 
Andron ou AndroniSy Muficien Grec. C, 77. 
Ane ( Fête de 1' ). Voyez Fous ( Fête des ). 
Aneau , Ecrivain Français fur la mufique. 

C, 547. 
Atifbffi , Compofiteur Italien. C, 164. 
Angarès y Muficien Grec. C, 77. 
Angecourt ( Perrin d' ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B, iji, 
Angeli y Chanteur Italien. C, 300. 
Angeli , Auteur Italien fur la mufique, C, 

33*- 
Angeloy Poète lyrique Italien, C, rj'yj 



T I E R E S. ilj 

Angelo Be\egui y Muficien. C, 491. 
Angleria , Auteur Italien fur la mufique. 

C, 33*. 
Angoulême ( comte d' ) , Poète lyrique du 

quinzième fiecle. B, 3 54, 
Anjou ( Charles d' ) , frère de St. Louis , 

Chanfonnier du treizième fiecle. B, 153. 
Annibali , Chanteur Italien. C, 3 1 f . 
An/aux , Compofiteur Français. C, 37^4 
Anfeaumey Poète lyrique. D, 4. 
Antias ( Furius) , Poète Latin, C, 37;* 
Amhès y Poète Grec. C, j. 
Antier ( DHe ), Muficienne. C, 491. 
Antigène y Muficien- Grec. C, 77. 
Antigenide , Muficien Grec. C. 77. 
Aniimaque y Poète & Muficien Grec, C , f, 
Antinoriy Chanteur Italien. C, 311. 
Amiphane , Poète comique Grec. C, %. 
Antiphon le Rhamnufien, Orateur, Poète 

& Muficien Grec, C, 6. 
Anthiphonie. Ce que c'était chez les Grecs. 

Ce que c'eft chez nous. A , x. & note a. 
Andphonie , nom des concerts des Anciens» 

B, 33- 

Antifihènes y Ecrivain Grec fur la mufique;. 

C, 134. 

Antoine ( Julius ) , Poète Latin. C , 37. 
Apollinaires ( Jeux ). Leur origine. A, 89. 
Apollodore , Poète comique Grec. C, 6. 
Apollon eft le frère d'Ofiris , qui fut fuivi, 

par amour pour fon talent en mufique, 

par neuf jeunes filles. Delà les neuf Mu- 

fes. A, 19. a. 
Apolloni , Poète lyrique Italien. C, z$6, 
Apolloni, Compofiteur Italien. C, iéy. 
Apollonius , Poète Grec. C , 6. 
Apojlolo- Z eno , Poète lyrique Italien. C, 

256. 
ApothètoSy nômegrec pour les flûtes. B, 117, 
Appianiy Chanteur Italien. C, 314. 
Appianino, Voyez Appiani. 
Aprihy Chanteur Italien, C, 3 17*4 

a i 



iv T A B L E G 

Apulée , Ecrivain Grec fur la mufique. C , 

134. 
Aquin ( d') , célèbre Organie & Compofit. 
, Français. C, 375. 
Arabe { mufique ). Ses commcncernens. A, 

>7J. 
Sou éloge. 173 & fuiv. 
Gamme & morceaux de mufique Arabe. 

Ibid. 181 & fuiv. 
Arabe ( Mufique ). Supplément à cet article 

A, 436. 
Arabes ( Infhumens ). A, 191. 
Araya, Compofueur Italien. C, 16J» 
A ratas , Poète Grec. C, 6. 
Arbufcule , Muficien de Rome. C, 12 y. 
Areadet, Compofiteur Français. C, 378, 
Archelails , Muficien Grec. C, 78. 
Archelaiis , Ecrivain Grec fur la mufique. 

C, 134, 
Archejlrate, Ecrivain Grec fur la mufique. 

C, 13 c. 
Archet, connu chez, les Flébreux, fe nom- 
mait en grec trichordon Se trifidium en 

latin. A, 202. 
Archias , Muficien Grec. C ? 78. 
Archi , Chanteur Italien C, 305, 
Archicembalo , inftrument du feizieme fie- 

de. A , 250.- 
Archiloque , Poète Grec , auteur des vers 

ïambes. C , 6. 
Archilutk) inftrument à cordes. A, 292. 
Archytas , Muficien Grec. C, 78. 
Autre Muficien Grec du même nom. Ibid, 
Arcoleo , Poîre lyrique Italien, C, 257. 
Ardale, Muficien Grec. C, 79. 
Arcna ( Jofepli à' ) , Compofiteur Italien. 

C, 165. 
Arefil ( Florien ) , Compofiteur Italien. C, 

16J. 
Argent! , Poète lyrique Italien, C, 257. 
ArgUs ( Mrc Gautier d' ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B, ijj, 



E N Ê R A L E. 

Aria. Son origine. C, 179, note. 

Ariberti, Poète lyrique Italien, C, 2j8V 

Arichondas , Muficien Grec. C, 79. 

Arion, Muficien Grec. C, 79. 

Arïofii , Compofiteur Italien. C, 165. 

Ariphron , Poète Grec. C , 7. 

Arifiarque , Poète tragique Grec. C, 8. 

Arifiide Quintilien , Ecrivain Grec fur la 
mufique. C , 13J. 

Arifiociès , Muficien Grec. C , 80. 

Ariflodide , Muficien Grec. C, 8oi 

Anfionoùs , Muficien Grec. C , 80. 

A riftophane , Poète Grec. C, 8. 

A 'riftophane , Ecrivain Grec fur la mufiquev 
C ; . 13Î. 

Ariftote y Poète Grec. C. 9» 

Arijîote , Ecrivain Grec fur la mufique. C, 
136. 

Arijloxene , Ecrivain Grec fur la mufîque, 
C, 1:6, 

Armandolino , Chanteur Italien. C, 306. 

Arnaud ( l'Abbé ) , Ecrivain Fiançais fur la 
mufique. C, 547.- 

Arnaud ( d' ) , Poète lyrique, D, 5. 

Arttuuld le Viéleux , Chanfonnier du trei» 
zieme fiecle. B , 1 j-6. 

Arnould ( Dl'e ) , Chanteufe céleb. C, 451» 

Arrigoni y Compofiteur Italien. C, 166. 

Arrivée ( 1' ) , excellent Chanteur. C , 45*2. 

Arrivée ( Mde 1' ) , fa femme , célèbre Chan- 
teufe. C , 45>J. 

Artaud , Poète lyrique. D, 7. 

Anale, Poète lyrique Italien. C , 2j8, 

Arthur aux Couteaux , Compofiteur Fran- 
çais. C, 378. 

Artu\\i , Auteur Italien fur la mufique. 
C, 331. 

Afchieri , Cantatrice Italienne. C, 327. 

Afpafie , femme célèbre par fa beauté & 
les poéfies. C , 9. 

Afpeindius, Muficien Grec. C, 80. 

AJlariita, Compofiteur Italien. C, 166. 



V E S M A 

Ajlorga, Chanteur. C, 307. 

AJlrua, Cantatrice Italienne. C, 3:8. 

Atta (T. Quintius) , Poète comique Latin r 
C. 38. 

Athelard, Ecrivain Français fur la mufique. 
C, y6 7 . 

Athénée , Ecrivain Grec fur la mufique. 
C, 138. 

Aihies ( Simon d' ) , Clianfonnier du dou- 
zième fiecle. B, r 5 8. 

Athhs ( Hugues d' ) , Chanfonnier du dou- 
zième fîecie. B, i$8. 

Atys, Muficien. C , 453. 

Aubert , Compofiteur Français. C, 378. 

Aubert , Poète lyrique. D , 7. 

Aubins ou Auboins, Chanfonnier du trei- 
zième fiecle. B , 156. 

Auboin de Se\am , Chanfonn. du douzième 
rfiecle. B , 147. 

Aude/rois le Bâtard , Chanfonnier du 
douzième fiecle. B. 157. 

Averara , Poète lyrique Italien. C, 2 y 8. 

Augutno , Auteur Italien fur la mufique. 
C, 33*. 

Augufiaux C Jeux). Leur origine. A, 96, 

Auguftin ( St. ) , a écrit fur la mufique. C , 
332. 

'Avienus (Ru/us-FeJlus \ Poète Lat. C, 38. 

Avlfon, Muficien Anglais , a fait un traité 
fur l'expredion. A, fi. 

Aviius ( Alphius ) , Poète Latin. C, 39, 

Aulaire ( St. ) , Poète lyrique. D , 7. 

Aulugelle , Ecrivain Latin fur la mufique. 

C, 154. 
Aulus ( Serenus ) , Poète Latin. C , 39. 
Aureli, Poète lyrique Italien. C, 2$?. 
Aurelierty Ecrivain Français fur la mufique. 

C, 567. 
Auriol(B\àiCe), Poète lyrique des quinzième 

& feizieme fiecles. B , 3 > f . 
Aufone ( Dccimus-Magnus ) Poète Latin, 

C , 35. 



ITÈRES. v 

Autie( Simon d' ) ou i'Athics, Chanfon- 
nier du treizième fiecle, B, î 57. 

Autieux ou Autels ( Baudoins des ) , Chan- 
fonnier du treizième fiecle. B, l$?» 

Autreau , Poète lyrique. D , 8. 

Auvergne ( d' ) , Compofiteur Français, C , 
378. 

A\ais , Ecrivain Français fur la mufique» 
C, 567. 



B. 



B a azas , efpece de guitarre des Nègre? 

d'Amérique. A, 191. 
Babbi, Chanteur Italien. C, 3 1 y. 
Baccellï\ Compofiteur Français. C, 383, 
Bacchis , Muficienne Greque. C , 80. 
Bacci, Compofiteur Italien, C, 166. 
Bacchïus le vieux , Ecrivain Grec fur la 

mufique. C , 140. 
Bdcchylide, Poète Grec. C, p. 
Bacïly , Compofiteur Français. C, 383, 
Badia, Compofiteur Italien. C, 166. 
Badia, Chauteur Italien. C, 301. 
BadoarOy Poète lyrique Italien, C, ijp 
Baglioncella , Cantatrice Italienne. C, 320. 
Bagtioni, Chanteur Italien. C^ 316. 
Baglïonï , Cantatrice Italienne. C, 325. 
Bagnole\\i Plnacci , Cantatrice Italienne.' 

C, 317. 
Bàif, Poète lyrique. D, ir, 
Bainville, Poète lyrique. D, 11. 
Bal de l'Opéra. Son établiflëment. A, 41 y; 
Balafo , Balard ou Balafeu , inftrument 

des Nègres. A, 217. 
Balbajlre, Compofiteur & Organifte , C. 

383. 
Baldajfarrl, Compofiteur Italien. C, 167» 
Baldl , Chanteur Italien, C,3I3- 
Ba'dinï } Chanteur Italien. C, 313. 
Balduccl, Cantatrice Italienne. C, 32,9. 
Ballarotti , Compofiteur Italien, C , 167, 






vj T A B L E G 

2t.il/aie, efpcce de chanfon du douzième 

fiecle. C , 251. 
BalUrinî , Chanteur Italien, C, 304. 
Ballet. Defcription d'un fuperbe ballet 

donné fous Henri III. A, 118 & fuiv. 
Ballets fans pas ni fauts, exécutés à l'O- 
péra dans les pièces de Lulli. A, 6f, 

note a. 
B 'allure , Ecrivain Français fur la mufique. 

C, 570. 
Balot de Savot, Poète lyrique. D, 12. 
Bambini, Compofiteur Français. C, 384. 
Bannieri, Muficien. C, 4£J. 
Bamj. ( de ), Poète lyrique. D , 11. 
Bar (le comte de ) , Chanfonn, du douzième 

ou treizième fiecle. B , 1 59 , 1 60. 
Bar, Chanteur Italien. C, 301. 
Baral ( M«= Gcoffroi de ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B, i6z. 
Baratii, Chanteur Italien. C, 303. 
Barbaro , Auteur Italien fur la mufiqu 

C> 3 3 3- 

Barbuta, Poète lyrique Italien. C, 260. 

Barbieri, Chanteur Italien. C , jot. 
Barbieri, Chanteur Italien. C, 311. 
Barbiton. Origine & defcription de ç.et 

infiniment à corde. A, 240. 
Barca, Chanteur Italien. C, 303. 
Barii, Chanteur Italien. C, 304. 
Bardi , Auteur Italien lur la mufique. C , 

3 33- 

Bariola^ Ottayio), Poète- Muficien, C, 

1J3. 
Barre (de la ) , Organise. C , 494- 
Barre (de la), Compofiteur Français. C, 

384. 
Barre', Compofiteur Français. C, 384. 
Bartas ( du ), Poète lyrique. D , 12. 
B anhelemonc , Compofiteur Français. C , 

384. 
Barthélémy , Ecrivain Français fur la rau- 

fi^ue, C, 573. 



E N-E RALE 

Banholomei , Auteur Italien fur la mufique. 

C , 3 33- 

Bartoll, Chanteur Italien. C, 311. 
Bartoli, Auteur Italien fur la mufique. C, 

3 3 3- 

Bafili, Compofiteur Italien. C, 167. 
Bajfani, Compofiteur Italien. C, 167. 
Autre Bajfani. Ibid. 
Baffe-continue, ce que c'eft. B, 46. 
Baffe -contrainte, ce que c'eft. B, 47. 
Baffe-contre. Etendue de cette voix, B , 16. 
Baffe- fondamentale. "En quoi elle confifte. 

B,45- 
Bajf -tailles. Etendue de ces voix. B , z6. 
Baffet , Ecrivain Français fur la mufique. 

C, 174- 
Baffi, Poète lyrique Italien. C, 260. 
Baffo , Poète lyrique Italien. C, 260. 
Baffoti , infiniment à vent. Sa tablature. A, 

3*1; 

Baffus , Poète Latin. C , 3p.' 
Bajlaron, Chanteur. C, 49 j. 
Bafleris , Chanteur Italien. C, 314, 
Balaie , Muficien Grec. C , 80. 
Badfle, Muficien. C, 49 ?. 
Batïflin, Compofiteur Français. C, 385'. 
Battiflini, Chanteur Italien. C, 304. 
Batyle, Muficien de Rome, C, nf. 
Bandes ( Augenon Maître ) , Chanfonnier 

du treizième fiecle. B, 162. 
Baude de la Quarriere ou de la K akène , 

Chanfonnier du treizième fiecle. B, 162. 
Baudofe, inftrument à cordes peu connu. 

A, 291. 
Bauge' ( de ) , Poète lyrique. D, 13. 
Baurans , Poète lyrique. D, 13. 
Ba\\ani, Compofiteur Italien. C, 167. 
Beau-Joyeux, Compofiteur Français. C , 

38r. 

Beaulieu, Compofiteur Français. C, j8f. 
Beaulieu, Chanteur. C, 45? j. 
Beaulieu , Poète lyrique. D, 14. 



DES MA 

Beaumarchais ( Pierre de ) , Chanfonnier 
du quatorzième fiecle. B , 165. 

Beanmavielle , célèbre Chanteur. C, 49?. 

Beaumont ( M^e Gilles de ) , Chanfonnier 
du treizième fiecle. B, \6<,. 

Beauvais ( Raoul de ) , Chanfonnier du 
treizième fiecle. B, 161. 

Beccatelli, Auteur Italien fur la mufique. 

C, 333- 

Bechada, Auteur d'une hiftoire de la prife 
de Jérufalem en langue romanfe ou vul- 
gaire. B, 137. 

Bêche, Muficien. C, 49 f. 

Bede, Auteur Latin fur lamufîque. C , 334. 

Bedons , inftrument à vent moderne, A , 

i47- 
Bédouin ( air ). A, 383. 
Bègue ( le ) , Organifte. C , 386. 
Bella, Poète lyrique Italien, C, 160. 
Bellamano , Cantatrice Italienne. C, 310. 
Bellanda ( Ludovico ) , Poëte-Muficien , 

C, 1*3- 
Bellavilla, Cantatrice Italienne. C, 3:3. 
Bellavilla , Poète lyrique Italien, C , 

160. 
Bellay ( du), Poe te lyrique. D , 14. 
Belleau, Poète lyrique. D, l$. 
Belleperche ( Gautier de ) , Auteur lyrique 

du quatorzième ou quinzième fiecle. B , 

355- 

Belleperche ( Gautier de), Troubadour cé- 
lèbre. A , ïïï. 

Belleville, M'ificien. C, 495'. 

Belli, Chanteur Italien. C, 306. 

Bellin, Compofiteur Français. C, 38e. 

Bellocq, Poète lyrique. D, 18. 

Bellone , Poëte lyrique. Ibid. 

Belloy ( de ) , Poëte lyrique. Ibid. 

Bellucci, Chanteur Italien. C, 301. 

Bellufchi, Chanteur Italien. C, 304. 

Belmandis , Auteur Italien fur la mufique. 
C, 334. 



T I E R E S. vij 

Bemetyieder, Ecrivain Français fur la mu- 
fique. C, 574. 

Benevoli, Compofiteur Italien. C, 168, 

Benigni, Chanteur Italien, C, 303. 

Benigni, Poëte lyrique Italien. C, 160. 

Benincafa , Ecrivain fur la mufique. C , 
Î74- 

Béni yenturini , Cantatrice Italienne. C ' t 

3*3- 
Benoit, célèbre Chanteur. C, 496. 
Benferade, Poëte lyrique. D, 18. 
Benfi Bulgarelli , Cantatrice Italienne. C, 

316. 
Beniivoglio , Poète lyrique Italien. C j 

160. 
Autre Bentivoglio. Ibid. 
Berard, Muficien. C, 496. 
Berardi , Auteur Italien fur la mufique, 

C, 334- 
Beregan^ Poète lyrique Italien. C, 161. 
Berenfiadt , Chanteur Italien. C, 311. 
Bergomini , Poëte lyrique Italien. C, z6i. 
Bernabei, Compofiteur Italien. C. 168. 
Bernacchi, Chanteur Italien. C, 310. 
Bernard, Poëte lyrique. D, 10, 
Bernard, Ecrivain fui- la mufique. C, J7f« 
Bernard ( Mlle ) ? Poëte lyrique. D, zo. 
Bernardi, Chanteur Italien. C, 307. 
Bernardi, Chanteur Italien. C, 309. 
Bernardi, Auteur Italien fiir la mufique. 

C» 334- 
Bernardoni, Poëte lyrique Italien. C, 161. 
Bemafconi, Compofiteur Italien. C, 168. 
Bernafconi, Cantatrice Italienne. C/319. 
Bcrneville ( Gillebert de ), Chanfonnier du 

treizième fiecle. B, 166, 
Berni, Poète' lyrique Italien. C, itfi, 
Bernier, Compofiteur Français. C, 38^, 
B. . . ( le C.de ), Poëte lyrique, D, 2J« 
Berquin , Poète lyrique. D , z6. 
Bertali , Compofiteur Italien. C, 168. 
Benanni , Poëte lyrique Italien, C, z6n 



Viij TABLE G 

Bcruaud, Pcçre lyrique. D, 17. 

Berthet , Ecrivain Fiançais fur la mufique. 

c, m- 

Bénin, Compofiteur Français. C, 387.' 
Bertholdi, Chanteur Italien. C, 304. 
Bertini, Cantatrice célèbre. C, 311. 
Bertolu-tfi , Chanteur Italien. C', 30p. 
Benon, Compofiteur Français. C, 3 S 7. 
Bertoni-, Compofiteur Italien. C, 168. 
Autre Berioni. Voyez Turini. 
Bertrand, Compofiteur Français. C, 350. 
Bertrand, Compofiteur. C, 497. 
Ber^aga, Chanteur Italien. C, 304, 
Befbtfi, célèbre Muficien. C, 497. 
Beffoni, Auteur Italien fur la mufique. C, 

334- 

Bejlourmes , Chanfonnier du treizième fie- 
cle. B, i6p ? 

Bethify , Ecrivain Français fur la mufique. 
C, 57*. 

Be thune ( Quefnes de ) , Chanfonnier du 
douzième ou treizième fiecle. B, 169. 

Bethune ( Guillaume de ) , Chanfonnier du 
douzième ou treizième fiecle. B, 169, 

Bevertni, Cantatrice Italienne. C, 313. 

Beit/( le ) , Ecrivain Français fur la mu- 
fique. C, 577. 

Be\\i, Poète lyrique Italien. C, 161, 

Be\07tfi, Chanteur Italien. C, 309, 

Biancardi , Poète lyrique Italien. C, î6ï. 

Blanchi, Compofiteur Français. C, 390. 

Blanchi ( Pierre Antoine ) , Poète Muficien. 

C, î53« 
BiegOy Compofiteur Italien. C, 170, 
Biella, Chanteur Italien. C, 301. 
Biffi, Compofiteur Italien. C, 170. 
Bijjt, Auteur Italien fur la mufique. C, 

33*. 
h igag!ia, Compofiteur Italien, C, 170. 
Klancfoni , Chanteur Italien. C, 314. 
s 'ion, Poète Grec. C, 10. 
Jipartiu, nôme fur <Jeux modes. B, iiÇ. 



E N E R AL E 

Birague, Poète lyrique. D, 2.S. 
Bifacciom , Poète lyrique Italien. C, t6zi 
Bijfari, Poète lyrique Italien. C, 263. 
Bijfon, Compofiteur Français. C, 390. 
Bijfy , Poète lyriqne. D, 19. 
Blainvilh , Ecrivain Français fur la rau-r 

lique. C, 577, 
Blaife, Compoiïtcur Français. C, 390. 
Blamont , Compofiteur Français. C, 391. 
Blancan , Auteur Latin fur la mufique. C, 

33Î- 
Blanchard, Compofiteur Français. C, 391» 
Blanc het , Ecrivain Français fur la mufique. 

Ç, 585. 
Blavet, célèbre Joueur de flûte. Ç, 497. 
Blason (Thibaut de), Chanfonnier du. 

treizième fiecle. B, 170. 
BVui de Sainmore , Poète lyrique. D, 31. 
Blockland, Ecrivain Français fur la mu- 
fique. C, 586. 
Blois ( Robert de) , Chanfonu. du treizième 

fiecle. B , 170. 
Blondeau de Néele , Chanfonn. du treizième 

fiecle. B, i7r. 
Blondel, Chanfonnier. Voyez Blondeau de 

Néele. 
Blofféville , Chanfonn. du quinzième fiecle^ 

B, 3î<?. 
Boa , courtifane & joueufe de flûte Greque, 

C, 81. 
Bocan, Muficien. C ; 498. 
Bocci, Auteur Italien fur la mufique. C, 

33?- 
Bodel ( ]e^n) oa Bodeaux, Chanfonnier 

du treizième fiecle. B, 171. 

Boderie (de la ) , Poète lyrique. D , 34, 

Bo'éce , Ecrivain Latin fur la mufique. C» 

i?4- 33Ï- 

Boeffet, Compofiteur Français. C, 392. 

Bœuf ( le ) , Ecrivain Français fur la mu- 
fique. C, J 86. 

Boileau > Poète lyrique, D, 34. 

£oifgelou t 



DES MA 

Boifgelou, Ecrivain Fiançais fur la mu- 
fique. C, $86. 
Botfmonier, Compofiteur Français. C, 391. 
Boifrobert , Poëte lyrique. D, 36. 
Boiffy , Poète lyrique. D, 37. 
Bolli t Chanteur Italien. C, 301. 
Bombaglia , Chanteur Italien. C, 301. 
Bombarde, Poète lyrique. D, 37. 
Bombarde , infiniment à vent moderne 
qu'on ne connaît plus que dans l'orgue. 
A, 148. 
Bombi, forte d'applaudiiTement. A, 104. 
Bonacoffa, Poète lyrique Icalten. C, 263. 
Bonafini, Cantatrice Italienne. C, 3:5. 
BonarelU délia Rovere , Poëte lyrique Ita- 
lien. C, 163. 
Bonaventure , Auteur Latin fur la mufique, 

C, 336. 
Boni, Compofiteur Français. C 394. 
Bonini, Auteur Latin fur la mufique. C, 

336. 
Boniventi) Compofiteur Italien, C , 170. 
Bonnani , Auteur Italien fur la mufique. 

C, 33f« 
Bonnet , Ecrivain Français fur la mufique. 

C, $88. 
'Bonneval(àe), Poète lyrique. D, 39. 
Bonno , Compofiteur Italien. C, 170. 
Bononcini , Compofiteur Italien, Ibid, 
Autre Bononcini. 171. 
Bononcini , Auteur Italien fur la mufiquei 

C,336. 
'Bontalon , nom du tambour à BifTao, A> 

187. 
JBontempi , Auteur Italien fur la mufique, 

C,33*« 
'JBordenave , Ecrivain Français fur la nui» 

fique. C. 588. 
'Bordier y Ecrivain Français fur la mufique, 

C,58?. 
Bordoniy Cantatrice Italienne. C, 34^. 
Borcttiy Compofiteur Italien, C, 171^, 
Tome iy t 



T I E R E S. ix 

Borghi , Compofiteur Italien. C, 17t. 

Borini, Chanteur Italieu. C, 305. 

Borofini , Chanteur Italien. C, 311. 

Autre Borofini. C , 30 y. 

Borroni, Compofiteur Italien. C, 174, 

Bor^io , Compofiteur Italien. Ibid. 

Bos ( du ) , Ecrivain Français fur la mu-j 

fique. C, 618. 
Bojjï, Cantatrice Italienne. C, 314. 
Botceoni , Compofiteur Italien. C, 17s. 
Bottrigari t Auteur Italien fur la mufique, 

C, 3i6. 
Boucicauh ( Le Meingre de ), Chanfonnier 

du quinzième fiecle. B, 356. 
Boufflers , Poëte lyrique. D , 40. 
Bouffons. Leur introduction en France en 

1713 & depuis. A, 41t. 
Bougeant , Ecrivain Français fur la mufiq, 

C, ?<?3. 
Bovia , Chanteur Italien. C , 301. 
Bouillaud, Auteur Latin fur la mufique. 

C > 337. 

Boulainvilliers ( Philippe de ) , Poëte du 
quinzième fiecle. B, 3^6. 

Boulay ( du ), Poète lyrique. D, 42. 

Bouloigne ( Gérard de ) , Chanfonnier du 
treizième fiecle. B, 171. 

Bourbonnois ( D'ie ) , Chanteufe. C > 49 8« 

Bourgault , Compofiteur Français. C, 394. 

Bourgeois , Ecrivain Français fur la mu- 
fique. C , $94. 

Bourgeois , Compofiteur Français. C, 3P4, 

Bourgeon , Ecrivain Français fur la mufiq, 

Bourgogne le duc de ) , Poète chanfonn^ 

du quinzième fiecle. B, 3^7, 
Bournonville t Compofiteur Franc. C, 3 94. 
Bourfault , Poëte lyrique. D , 42,. 
Bouffet ( du ) , Compofiteur & Organifte^ 

C, 39Î- 
Bouteiller ( Colard le ) , Chanfonnier do 

treizième ûcclc { B, 172. 

ï 



TABLE GÉNÉRALE 



Boutelier , Poëte lyrique. D, *a. 
Boutelou , Chanteur. C, 498. 
Bouvard, Compofueur Français. C, 396. 
Boyi , Ecrivain Français fur la mufique. C, 

m- 

Boyer y Poëte lyrique.D , 42.. 

Boyer, Ecrivain Français fur la mufique. 

C, 596. 
Boyvin , Ecrivain Français fur la mufique. 

C, 199. 
Boyvin , Organifte. C , 397- 
Brabant (le duc de ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B , 171. 
Braccioli , Poète lyrique Italien. C, 163. 
Brach(ic)y Poète lyrique. D, 43. 
Braganti, Chanteur Italien. C, 309. 
B raine ( Mre Jean , comte de ) , Chanfonn. 

du treizième fîecle. B, 175. 
BraJJac, Compofueur Français. C, 397. 
Brebeuf, Poëte lyrique. D , 44- 
Brefi ( Hugues de ) ou de Berci , ou de 
Bre'gy , Chanfonnier du treizième fiecle, 
B, 176. 
Brety Poëte lyrique. D, 44. 
Bretagne ( Jean I de Dreux, comte de), 
Chanfonnier du treizième fîecle. B, 176. 
Bretel ou Breteaux ( Sire Jean ) , Chan- 
fonnier du treizième fiecle. B, 178. 
Brevi , Compofueur Italien. C, 171. 
Bréviaire. Origine de ce nom , rapportée 
à un recueil d'offices fait par Abélard 
pour le Parader. A , 109. 
Brigom^i , Cantatrice Italienne. C, 317. 
Brivio , Compofueur Italien. C, 173. 
BriviOy Chanteur Italien. C, 306. 
Brofchiy Compofueur Italien. C , 173. 
Brofchi , Chanteur Italien. C, 311. 
Brojfard, Compofiteur Français. C, 397. 
'Brojfard , Ecrivain Français fur la mufique. 

C , 599. ( C'efr le même. ) 
Bruére ; la ) , Poëte lyrique. D, 4e. 
Bmtiet y Poète lyrique, D, 48» 



Brunon , Ecrivain Fiançais fur la mufique» 

C, 1,99' 
Bru/a, Compofiteur Italien. C, 173. 
Buccin marin , inltruraent des anciens ; 

efpece de trompette. A, in. 
Bucès , Compofiteur Français. C, 397. 
Buffagnotti x Cantatrice Italienne. C , 311» 
Buffier , Ecrivain Français fur la mufique» 

C, 199. 
Buini , Poëte lyrique Italien. C , 263. 
Buini , Compolîteur Italien. C, 173. 
Buiffbn (du), Compofiteur Français, C j 

197. 
Buonadraii , Poëte lyrique Italien. C, 163:. 
Buongiovanni Rofeui , Poëte lyrique Ital, 

Uid. 
Burck y Compofiteur Français. C, 398. 
Burette , Ecrivain Fiançais fur la inufiqiie a 

C, Î99- 
Burneau de Tours , Chanfonn. du treizième 

fiecle. B, 17S. 
Bunius y Auteur Latin fur la mufique. C 

337- 
Bury y Compofiteur Français. C, 398. 
Bufinello , Poëte lyrique Italien. C , 164* 
Buffiiniy Poète lyrique Italien. Ibid. 
Bujjly Chanteur Italien, C , 303, 
Buffoniy Chanteur Italien. C, 306. 
Bujfy d'Amboife , Poëte lyrique. D, 48» 
BuJJy Rabutin, Poëte lyrique. D, 49. 
Buys , Compofiteur Français. C, 399. 
Buifioleni , Chanteur Italien. C, 304. 



C. 

Cacciati, Compofiteur Italien, Cj 

174- 

Caccino , Compofiteur Italien. Ibid. 

Cadence. Etymologie de ce terme. Sa défi- 
nition. B , 30. 

Cadier, Voétc du quinzième fiecle. B, 358, 

CaffarkUo. Voyez JUajoraw.. 



DES MA 

Caffaro , Compofiteur Italien. C, 174% 
Cagliarï , Cantatrice Italienne. C, 314. 
Cahufac , Poète lyrique. D , 49. 
Calg.ict , Compofiteur Français. C, 399. 
Cal.'/iava , Poëce lyrique. D, 50. 
Caillait ( Maître Jean ) , & Simon Caillau 

Poëcc-s du quinzième fiecle. B , 3 <j 3. 
Cailly , Poëte lyrique. D.ço. 
Caimo ( Joieph ) , Poëte Muficien. C , 153. 
Cajon , Ecrivain Français fur la mufique. C , 

601. 
Calandrone , infiniment à vent en ufage 

parmi les payfans d'Italie. A , 148. 
Caldara, Compofîreur Italien. C, 17?. 
Calegari , Compofiteur Italien. C, 176". 
Caligula, Empereur, Muficien. C , izj. 
Califfoncini , efpeee dé mandoline. A, 191. 
Callimaque , Poète Grec. C , 10. 
Callinus , Poëte Grec , inventeur des vers 

élégiaques. C, 10. 
Calpurnius ( Titus ) , Poëte Latin. C , 40. 
Calfabigi , Poète lyrique Italien. C , 164. 
Calviere , fameux Organifte. C , 399. 
Calvus ( Cornélius Licinius ) , Poëte Latin. 

C,40. 
Calyce , nom de la chanfon des femmes 

amoureufes. B , 1 14. 
Cambîniy Compofiteur Français. C, 400. 
Camefon , Compofiteur Français. C , 400. 
Camille Perego , Poëte & Muficien. C , 

153. 
Campeggi , Poëte lyrique Italien. C , 1. 
Campelli , Compofiteur Italien. C , 176. 
Campion , Ecrivain Français fur la mufique. 

C, 601, 
Campijlron, Poëte lyrique. D , jï. 
Campra, fameux Compofiteur. C , 401. 
Qamuffi. , Cantatrice célèbre. C , 311. 
Camus ( le ) , Compofiteur Français. C , 

401. 
Candeille , Compofiteur Français. Ibid. 
Candi , Poëte lyrique Italien, C , ztff, 



T I E R E S. xj 

Canini , Chanteur Italien. C. 3 1 {.' 
Canneri , Chanteur Italien. C , 301. 
Canobio , Auteur Latin fur la mufique. C , 

337- 
Canon , ce que c'eft ; exemples. B , f o. 
Camelli , Chanteur Italien. C, 309. 
Canus , Muficien Grec. C, 8 t. 
Capelains de Laon , Chanfonu. du treizième 

fiecle. B, 178. 
Capella , Poëte Latin. C , 40. 
Capella ( Martianus ) , Ecrivain-Grec fur la S* A 

mufique. C, T40. 
Capdli, Compofiteur Italien. C, 176. 
Capitolins { Jeux ) ; leur origine. A , 96. 
Caprio, Chanteur Italien. C, 301. 
Capua ( Rinaldo dà ) , Compofiteur Italien. 

C, 177- 
Carapella, Compofiteur Italien. C , 177. 
Carafaux , Chanfonnier du treizième fiecle. 

B,l 7 8. 
Caravaggio ( Jean - Jacques Caytoldi de ) 

Poète Muficien. C, 153. 
Carboni, Chanteur Italien. C, 309. 
Carcani , Compofiteur Italien. C, 177. 
Cardan, Auteur Latin fur la mufique. C, 

337- 
Cardonhê, Compofiteur Français. C, 401., 
Cardât. Voyez Subiet. , 
Carefana , Compofiteur Italien. C, 177. 
Carejîini, Chanteur Italien. C, 313. 
Cariait a ou Caroufi y habile Muficienne. C , 

498. 
Caribaldi , excellent Chanteur bouffon. C * 

319. 
CariJJimi, Compofiteur Italien. C , 177. 
Carius , Muficien Grec. C , 8 1. 
Carlani , Chanteur Italien. C, 3 \6, 
Carli, Chanteur Italien. C, 307. 
Carminati, Chanteur Italien. C, 307. 
Carneus , Muficien Grec. C , 8 1 . 
Carniens ( Jeux ) ; leur origine. A , 8 r. 
Caroli , Compofiteur Italien. C, I72« 

b a 



Xl) 



TABLE G 



Carofo , Auteur Italien fur la mufique. C , 

337- 
Carpianiy Compofiteur Italien, C, 178, 
Carre, Ecrivain Français fur la mufique. C , 

602. 
Autre Carre'. C , 60 j. 
Cafale, Poëte lyrique Italien. C , 16^. 
Ca/ali. Auteur Italien fur la mufique, C, 

337. 
Cafali, Compofiteur Italien. C, 17S. 
Cafaubon, Ecrivain Français fur la mufique, 

C, 603. 
Cafella, très -ancien Compofiteur Italien, 

C,i 7 8. 
CaJJagne ( la ), Ecrivain Français fur la 

mufique. C , 60 3. 
Cajfagne, Poë;e lyrique. D , f 1. 
CaJJani , Poëte lyrique Italien. C, i6f. 
CaJJarini , Cantatrice Italienne. C, 317. 
CaJJîodore , Ecrivain Latin fur la mufique, 

C, i ff . 
CaJJîus , Poète Latin. C , 40. 
Cajlagnettes , inftrument de percuiîion , mo- 
derne. A , 280. 
Cajlagnettes des Turcs. A , 28 r. 
Cajlagnettes des Cophtes. Ibid. 
Çajlel ou Chajltt{ Robert ou Robins de ), 

Chanfonnier dn treizième fiecle. B, 178. 
Cajîel{ le P. ).Sbn clavecin de couleurs. A, 

3 ? 2 bjuiv. 
Cajhl, Ecrivain Français fur la mufique. C, 

6of. 
Cajletli, Poëte lyrique Italien. C, 26 y. 
Cajlellï , Chanteur Italien. C , 307. 
Cajielli , Compofireur Italien. C , 178. 
Cajldli, Chanteur Italien. C , 303. 
Cajielli , Chanteur Italien. C, 304. 
Cajlilly , Chanteufe. C , 499. 
Cajlor & Pollux ( Jeux de ) ; leur origine à 

Rome. A , 96. 
Cajloreo, Poëte lyrique Italien. C, 16^. 
Cafiration , opérée à Rome à certains pan- 



E N É R A l E 

tomimes, pour leur conferver le corps plu* 

fouple. A , 67. 
Cajlro, Compofiteur. C , 499» 
Cajlro , Compofiteur Français. C, 402. 
CaJIrovillarl , Compofiteur Italien. C j 

178. 
Caton ( Valerius ) , Poëte Latin. C , 41. 
Catulle ( Caius Valerius ) , Poëte Latin. C» 

4t. 
Cavalière ( Emilio del ) , Compofiteur Ita-i 

lien. C , 178. 
Cavalli, Compofiteur Italien. C , 179. 
Cavana , Chanteur Italien. C , 3 ia. 
Caupairts ( Arnould ) , Chanfonnier du trei-f 

zieme fiecle. B, 178. 
Caurroy , Compofiteur Français. C , 402. 
Caux (de), Ecrivain Français fur la mufique-.' 

C, 6of. 
Caylus , Ecrivain Français fur la mufiquev 

C, 606. 
Cecchi^ Chanteur Italien. C , 30?. 
Cecilius ( Siatius ) , célebte Poëte comique 

Latin. C, 42. 
Celi, Cantatrice Italienne. C, 3 18. 
Celmis , Muficien Grec. C , 81. 
Cenacchi, Cantatrice Italienne. C, 324. 
CephalLn , Muficien Grec. C, 81. 
Cephejias , Muficien Grec. C , 81. 
Cephifeus & Python, Muficiens Grecs, Cj 

8t. 
Cepion , Muficien Grec. C , 8r. 
Cérès ( Jeux de ) ; leur origine. A, 98. 
Cerone , Auteur Italien fur la mufique. C 9 

337- 
Cerreto , Auteur Italien fur la mufique, C , 

337- 
Certon , Compofïteur Français» C , 404, 
Cefati) Cantatrice Italienne. C. 327. 
Cejle , forte de combat fingulier. A , 71» 
Cejli , Compofiteur Italien. C. 179. 
Chabanon , Ecrivain Français fur la rauague-, 



DES MA 

Chabanon[ de ) Poète lyrique. D, 52.D, $4. 
Chalemie ou Z ampogne , infiniment à vent 

des modernes. A , 248. 
Châles , Ecrivain Français fur la mufîque. C, 

610. 
Chalumeau , infiniment des anciens ; fa 

forme. A, 122. 
Chalumeau ou Zampogne , instrument à 

vent des anciens. A , 148. 
Chambonnieres , Muficien. C,499. 
Chameleon Pontique , Ecrivain Grec fur la 

mufique. C, 141. 
Chamfort , Poète lyrique. D, ^7. 
Champein, Composteur Français. C , 404. 
Champion , Organifte. C , 499. 
Chancelier de Paris , Chanfonn. du treizième 

fiecle. B, 178. 
Chanoine de S. Çuemin ( le ) , Chanfonnier 

du treizième fiecle. B, 178. 
Chanfon, Dans l'antiquité chaque état avait 
les fiennes particulières ; exemples. B, 1 1 6, 
&fuiv. 
Chanfons étoient anciennement en Latin , 

avant la langue Romance. B , 144. 
Qhanfons à boire. Les premières ont été 

faites par Baïf Se Ronfard. A , 1 16. 
Chant ou Mélopée. Ce que c'était chez les 

anciens. A, 7. 
Chapelain , Poète lyrique. D, 6 y. 
Chapelle , Poète lyrique. D, 6y. 
Chapelle ( la ) , Ecrivain Français fur la 

mufique. C, 610. 
Chapotin , Muficien. C , 499. 
Chardon de Croifilles , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B, 178. 
Charles IX, P 'oëte lyrique. D, 6&. 
Charleval, Poète lyrique. D, 68. 
Charpentier , Compofiteur Français. C , 

404. 
Chartrain , Compofiteur Français. C, 405. 
Chartres ( Mathieu , Vidame de ). B, 178, 
ChaJJe, habile Chanteur. C, joo, 



T I E R E S. xiij 

Chaflel ( Robert du ), Chanfonnier ancien. 

B, 180. 

Chateaubrun , Poète lyrique. D , 7j. 
Châtelain ( Georges ) , Poète du quinzième 

fiecle. B, 3 y 8. 
Chaflellux , Poète lyrique. D , 70. 
Chardavoine , Compofiteur Français. C j 

404. 
Chaulieu , Poète lyrique. D , 76. 
Chauffée ( la ) , Poète lyrique. D , 8î. 
Chefdeville, Joueur de mufette. C, yoi t 
Chelleri, Compofiteur Italien. C , 1 80. 
Chelleri, Cantatrice Italienne. C , 323. 
Chelysy inftrument à corde des anciens. A , 

141. 
Chemin ( du ) , Compofiteur Français. C , 

4oy. 
Chenevieres , Poète lyrique. D, 82. 
Chevrette, inftrument champêtre. A, 191. 
Cherille , Poète Grec, inventeur des mafques, 

C, 10. 

Cheron , Compofiteur Français. C , 40?. 
Chevalier ( Dlle. ) Chanteufe. C, yoi. 
Chevaliers ( Guefves ) , Chanfonn. ancien, 

B,i8o. 
Chiaramonti , Chanteur Italien. C » 316. 
Chiaravelle , Chanteur Italien. C , 304. 
Chiari , Poète lyrique Italien. C , 166. 
Chiarini , Compofiteur Italien. C, 1 80. 
Chiarito , Chanteur Italien. C , 300. 
Chiavacci , Cantatrice Italienne. C, 330, 
Chiecarelli , Cantatrice Italienne. C , 323. 
ChiertainoM Certain y Chanfonn. du treizième 

fiecle. B, 180. 
Chiochetti , Compofiteur Italien. C, 180. 
Chiphonie ou Cyfoine , Si/bine , 5ymphon.it> 

A, 291. 
Chiquelier ( M. ). Son clavecin félon le 

tempérament. A , 34?. 
Chiron , Muficien Grec. C, St. 
Chifon ( Jacques de ) ou Kifon, Chanfonn» 

du treizième fiecle. B , 1 80. 



xiv T A B L E G 

Chiufl y Cantatrice célèbre. C , Jiï. 

Chœur. Son origine ; ce que c'était chez les 
anciens. A , 10. 

Chœur des Eglifes, Origine de ce nom. A , 
f i y , note. 

Chokt , Chanteur. C , joi. 

Chomachios. Nom Grec du Nome pour les 
flûtes. B, né. 

Choquel, Ecrivain Français fur la raufîque. 
C , £10. 

Chorebe , Muficien Grec. C , 8i. 

Chorion. Nom Grec des chantons en l'hon- 
neur de Cybèle. B , 11 6. 

Chorobenite. Infiniment inconnu maintenant. 
A , 281, 

Choron. Infiniment à cordes peu connu. A > 

*93- 

Chrétien , Compofiteur Français. C, 40c. 

Chrétien de Troye , Chanfonn. du douzième 
fiecle. B, 147. 

Chrejlien de Troyes, Chanfonn. du treizième 
fiecle. B , 181. 

Chrijlini , Chanteur Italien. C , 3 10. 

Chromatique. Ce que c'efl. B , 3 8. 

Chromatique. Son origine. A , 3 3. 

Chromatique ( genre ). Ce que c'étoit chez les 
anciens. A, 7. 

Chryfogon , Muficien Grec. C , 8i. 

Chryfotemis , Muficien Grec. Ibid. 

Ci allis , Poète lyrique Italien. C , 166. 

Ciampi , Compofiteur Italien. C , 180. 

Ciceron. Ecrivain Lat. fur la mufiq. C, if f. 

Ciceron , refuté fur ce qu'il prétend que d'ha- 
biles Muficiens peuvent, par un (impie 
prélude de flûte , connaître le genre de 
pièce qu'on va jouer. A , xj. 

Cicognani , Chanteur Italien. C , 318. 

Cigognini , Po'e'te lyrique Italien. C, z66. 

Cifolelli t Compofiteur Français. C, 40?. 

Cifra, Compofiteur Italien. C, 181. 

Qnciarino , Auteur Italien fur la mufîque, 
C>337. 



É N È R A L E 

Cinejîas, Muficien Grec. C , 83. 

Cinna ( Caius Helvius ) , Poète Latin. C , 

Cinhira ou Cythara , inflrument â cordes 

des anciens. A , 141. 
Cioniy Chanteur Italien. C, 301. 
Cipriotti, Poète lyriqu; Italien. C , 166. 
Circilini, Chanteur Italien. C, 307. 
Cirillo, Compofiteur Italien. C, 181. 
Cirque. ( Jeux du )-. Leur origine à Rome, 

A, <?o. 
Clair ( le ) , habile Muficien. C , f02. 
Clairambaut , Compofiteur & habile Orga- 

nifte. C, 406. 
Clairon , inflrument à vent des modernes ; 

efpece de trompette. A, 149. 
Clairon ( DUe. ), Chanteufe. C, yoi. 
Claquebois , inflrument de percullion. A, 

281. 
Clari , Compofiteur Italien. C , 181. 
Clarinet ou Clarinette , inflrument à vent 

connu en France depuis environ 30 ans. 

A , ZH9. 

Diapafon & gamme de cet inftrumcntt 

Ibid. & Jiiiv, 
Claude, Compofiteur Français. C , 406, 
Claudicn , Poe'te Latin. C , 41. 
Claudin, Chanteur. C, 503. 
Clavecin. Sa defcription. A, 343. 
Clavecin à. touches garnies de buffle. A, 346 

«S- fuiv. 
Cleanthe , Poe'te Grec. C, ir. 
Clediere y Chanteur. C, J03. 
Clefs convenables à chaque efpece de voix j 

leur pofition. C, 638. 
Clément , Compofiteur Français. C , 406. 
Cleodeme , Muficien Grec. C, 83. 
Cleomaque , Muficien Grec. C , 83. 
Cleomene furnommé le Rhapfode , Muficien 

Grec. C , 83. 
Cleon , Muficien Grec. Ibid. 
Ckreauy Compofiteur Français. C,407« 



DES MA 

Clericl , Chanteur Italien. C , 302. 
Clermont ( Comte de ) , Chanfonnier du 

quinzième fiecle. B, 559. 
Cllnias, Po'c'te & Muficien Grec. C, 83. 
Clochette , forte d'air fort à la mode du tems 

de Charles IX. A, 113. 
Clonas , Mufkien & Ecrivain Grec fur la 

mufique. C , 14T-. 
Clos de Chanderlo , Poète lyrique. D , 83. 
Cocchi , Compolïteur Italien. C , 181. 
Cocchi , Cantatrice Italienne. C , 31». 
Cœfar , Poète Provençal du quatorzième 

lîecle. B , 182. 
Coferati , Auteur Italien fur la mufîque. C , 

338. 

Colachon , inftrument à cordes , qui n'eft 
plus d'ufage. A , 193. 

Colardeau , Poète lyrique. D , S4. 

Colars le Boutelller, Voyez Bouteiller. 

Colaffe y Compolïteur Français. C , 407. 

Colin Mufet. Voyez Mufet. 

Colle, Poète lyrique. D , 86. 

Colleter, Poète lyrique. D , $r. 

Colléttl , Compofiteur Italien. C , 1 81. 

Colonna , Compofiteur Italien. C, iSr. 

Autre Colonna. C , 1 8 z. 

Colonna , Auteur Italien fur la mufîque. C , 
338. 

Coltellinl , Poète lyrjque Italien. C , i$6. 

Cominelli , Poète lyrique Italien. C, 267. 

Comini , Maître de mufîque , & amant de 
Marguerite de Valois. A , 122. 

Comique ( Nome ). A, 3$. 

Comique. Nom d'un nome propre à la comé- 
die. B , 116. 

Comma de Pythagore. Ce que c'eft. B , 43. 

Comma. Ce que c'eft. B , 7. 

Comma. Combien on en diftingue. B, 10. 

Compitaux (Jeux). Ce que c'était. Leur 
origine. A , 58. 

Compofiteurs Italiens. Voyez-en la lifte par- 
ordre chronologique, page 14$ iifuiv. 



T 1 E R E S. xv 

Compofuion. En quoî cônfîfte. B, 12." 
Concert fpirituel. Son établifTement. A, 41 j, 
Conciolini , Chanteur Italien. C , 318. 
Concordant ou Baryton. Etendue de cette 

voix. B , 26. 
Condamine ( la ) , Poète lyrique. D , 51. 
Connas , Muficien Grec. C , 84. 
Confonances parfaites. Ce que c'eft. B , 11, 
Conjlantin , célèbre Violon. C, $03. 
Confuales ( Jeux ). Leur origine. A , 90. 
Conti , Cantatrice Italienne. C, 318. 
Conti. Deux Muficiens Italiens de ce nom, 

C, 182. 
Conti, Chanteur Italien. C, 31J. 
Conti, Poète lyrique Italien. C , 267. 
Contre , inftruraent à vent peu connu. A , 

257. 
Contre-baffe , inftrument très-connu, i cordes 

Se à archet. A , 2^3. 
Contredit ( Andrieu André ou Pierre ) , 

Chanfonnier du treizième fiecle. B, 182. 
Contre-point. Ce qu'on entendait autrefois 

par se mot. Ce que c'eft maintenant. B, 

V- 
Contre-point doiible. Ce que c'eft. B, ji. 
Coppola , Poète lyrique Italien. C , 267. 
Coquillart , Chanfonn. du quinzième fiecle. 

Cor de chajje , inftrument à vent. Son dia- 

pafon. A, 2S2. 
Cor des Turcs. Autre inftrument à vent. A, 

Cor de c/iajfe antique. Comment fait. A, 

213. 
Coralli , Chanteur Italien. C, 308-, 
Corbet , Joueur de guittare. C , joj, 
Corbie ( Maître Pierre de ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B , 181. 
Corbie ( Roufins de) , Chanfonn. du même 

tems. Ibid. 
Corbie, ( Vielard de ) , contemporain des 

précédens. U>ia\ 



TABLE GÉNÉRALE 



xvj 

Cordans , Compofiteur Italien. C , 1 8 i. 
Cordes à boyaux. Leur invention. A , 242. 
Corelli , fameux Muficien & Compofiteur 

Italien. C , 182. 
Corefî , Cantatrice célèbre. C , 511. 
Corinne , femme Grecque célèbre par fes 

poéfies. C , 1 1. 
Cornacchini , Chanteur Italien. C , 3 1 6. 
Corneille ( les deux ) , Poètes Français. D , 

Cornemufe, initrument à vent qui n'eftguères 
en ufage que dans les campagnes. A , 

Cornet ancien , infiniment des anciens. A , 
223. 

Cornet de chajfe. Ibid. 

Cornet double. 2 24, 

Cornet d'Alexandre. Ibid. 

Cornet, inftrument à vent, moderne. A, 11,6, 

Cornet redoublé : c'eft le corde challè. Ibid. 

Cornet des Jures , inftrument à vent. A , 

256. 
Cornet, Compofiteur Français. C , 407. 
Cornille. Deux Muficiens de ce nom. C , 

J04. 
Corradi , Po'éte lyrique Italien. C , 267. 
Corteccia , Compofiteur Italien. C , 183. 
Cortoncino , Voyez Archi. 
Cofomèdes , Poète Grec & Muficien. C, 11. 
Cojla , Chanteur Italien. C , 307. 
Cofta , femme célèbre par fes ouvrages 

lyriques. C, 267. 
Cojla , Cantatrice Italienne. C , 318. 
Cojla, Compofiteur Italien. C , 183. 
Cojla, Cantatrice Italienne. C , 322. 
Cojlanùni, Cantatrice Italienne. C , 324. 
Cojlan\i, Compofiteur Italien. C , 183. 
Cojlan^y , Chanteur Italien. C , 3 1 1 . 
Cojle ( la ) , Compofiteur Français, C , 407. 
Cojleley , Organifte. C , 704. 
Cotin , Poète lyrique. D , 94. 
Çûtta % Cantatrice Italienne. C, 32^ 



Cottereau , Compofiteur Français. C , 44>î. 

Cottino. Voyez Galli Cottini. 

Coucy ( le Châtelain de ) , Chanfonnier duv 

douzième fiecle. B , 147. 
Coucy ( le Comte de ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B, 182. 
Coucy ( le Châtelain ). B , 183. 
Coulanges , Poète lyrique. D , 94. 
Coupele ( Pierre de la ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B , 183. 
Couperin , Compofiteur Français , fameux 

Organifte. C , 408. 
Couperin , Ecrivain Français fur la mufique. 

C , 610. 
Coupillet ou Coupillier , Compofiteur 

Français. C , 409. 
Courbejl, Compofiteur Français. C , 410. 
Couroierie ( Eudes de la ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B, 184. 
Courtaut, efpece de baflbn. A , if tf. 
Couju , Ecrivain Français fur la mufique. C* 

610. 
Craon ( Pierre de ) x Chanfonnier ancien, B* 

184. 
Craon ( Maurice de ), autre Chanfonnier; 

qu'on confond avec le précédent. Ibid. 
Craies, Poète Grec. C , 11. 
Craies , Muficien Grec. C , 84. 
Craiinus , Poète comique Grec. C, il» 
Crebillon père , Poète Français. D , pf. 
Crejcimbeni , Cantatrice Italienne. C , 321; 
Crexus , Muficien Grec. C , 84. 
Cricchi , Chanteur Italien. C , 316. 
Critias , Muficien Grec. C, 84. 
Crivelhui, Auteur Italien fur la mufique. C , 

338. 
Crotale d'Arménie. A , 282. 
Crotale , filtre des anciens. Sa forme. A , 

Crouma, efpece de caftagnettes. A, 282. 
Cruciati , Compofiteur Italien. C, 183. 
Çubkres ( de ) , Poète lyrique, D , 97' 

Cugnier > 



DES MA 

Cugnier, Muficien habile. C, 504. 

Autre Cugnier. C , 50 j. 

Cuife ( Antoine de ) , Poète du quinzième 

fiecle B , 360. 
Cuïfine , félon les loix de la mufique. B , 

n,c 
Cupeda, Poète lyrique Italien. C , 26S. 
Cupelin , Cbanfonnier du treizième fiecle, 

B,i8 4 . 
Curis ( de ) , Poète lyrique. D , 99. 
Cuveliers ( Jean le ) , Chanfonn. du treizième 

fîecle. B, 184. 
Cuvillier , Chanteur. C, fof. 
Ciïtfoni Sandoni , Cantatrice Italienne, C ,, 

326. 
Cymbales maronites. A , 282. 
Cymbales d' Arménie. Ibid. 
Cymbales, inftrument de percu/Iion. Leur 

forme. A, 134. 

B. 

D Acincourt , Organifte. C, 410. 
Dambrius , Compofiteur Français. C, 410. 
Damien ( Benoît ) , Poète du quinzième 

iiecle. B , 360. 
Damnanaé , Prêtre de Jupiter , inventeur du 

tambour. C , 84. 
Damon , Ecrivain Grec fur la Mufîque. C , 

14t. 
Damophili , femme Grecque célèbre par fes 

poéfies. C, t 2. 
JDanchet , Poète lyrique. D , 99. 
Dancourt , Poète lyrique. D, 102. 
Dandrieu , Ecrivain Français fur la mufîque, 

C,é!0. 

Danoijes ( Chanfons ). B , 397. 
Danfe. Ce que fignifiait anciennement ce 
mot. A, 63. 
' Danjeurs de corde parurent à Rome du tems 
de Galba. A , 47. 
Dan\y , Cantatrice Italienne. C, 330. 
Tome IV. 



T I E R E S. xv 

Daphnis , berger de Sicile, inventeur dti 

chalumeau. C, 84. 
Darcis , Compofiteur Français. C , 410. 
Darès , Poète Grec. C , 1 1. 
Darinel, Poète lyrique. D , 100. 
Dati, Chanteur Italien. C, 304. 
David, Poète lyrique Italien. C , 268. 
Dauphins de Sartre , femme célèbre par fes 

connaiffances , & bonne Mufîcicnne. C , 

410. 
De Baigne , Compofiteur Français. C , 

4ir. 
Décennales ( Jeux ) : il faut Décennaux, à 

l'exemple de Compicaux. Leur objet. A 

99- 
Déliens (Jeux ). Leur origine. A, 89. 
DeWacqua, Chanteur Italien. C, 303. 
Demi-tons. Ce que c'eft. B , 10. 
Démodés , Muficien Grec. C , 8f . 
Démocrite , Ecrivain Grec fur la mufîque. 

C , 141. 
Démocrite , Muficien Grec. C, 8j. 
Demodocus , Muficien Grec. C, 8j. 
Demo\ , Ecrivain Français fur la mufique. 

C , 611. 
Demurat , Chanteur. C , <;o6. 
Dentice , Auteur Italien fur la mufique. C , 

338. 
Denys l'ancien , Poète Grec. C , 1 z. 
Denys le Periegete , Poète Grec. Ibid. 
Denys de Thebes , autre Poète Grec Se 

Muficien. Ibid. 
Denys d'Halicarnaffé , Ecrivain Grec 

fur la mufique. C, 142. 
De/aides, Compofiteur Français. C, 41 r. 
Defaugiers , Ecrivain Français fur la 

mufique. C , 6îz. 
Dcsboulnùers , Poète lyrique. D , 10». 
Des Brojfes , Compofiteur Français, C , 

411. ' 

De/cartes , Ecrivain Français fur la mufique. 

C, 613. 

C 



TABLE GÉNÉRALE 



xvnj 

Defcartes, Auteur Latin fur la mufique. C , 

338. ( C'eft le même ). 
Desforges Maillard ', Poète lyrique. D , 

Deshoulieres ( Mad. ) Poète lyrique, D , 

103. 
Desmahis , Poète lyrique. D , 104. 
Defmarets , Poète lyrique. D , 104. 
Defmarets , Compoficeur Français. C , 411» 
De/matins ( Dlle. ) Chanteufe. C , S 06. 
De/masures , habile Organifte. C , 41 3« 
Deformery , Compofueur Fiançais. 0,413. 
Defportes , Poëte lyrique. D , 10 5;. 
Defpreaux. Plufieurs Muficiens de ce nom. 

C , <,o6. 
DefrofierSy Ecrivain Français fur la mufique. 

C, éif. 
Dejfein dans la mufique. Ce que c'eft. On 

l'appelle à préfent motif. B , 49. 
Deftiuches , Compofiteur Français. C, 413» 
Dejlr ches, Muficien. C , 50e. 
Diaflaltique ( Nome ). A , 35. 
Diatoniques ( fons ). Ce que c'eft. B , if. 
Diatonique. Son origine. A , 33. 
Diatonique ( genre j. Ce que c'était chez 

les anciens. A, 7. 
Diatonique. De quel nombre ce genre 

réfulce. B, 8. 
Dicorde , instrument à corde des anciens. A, 

142. 
Diderot , Ecrivain Français fur la mufique» 

C, 615. 
Didyme d'Alexandrie , Ecrivain Grec fur 

la mufique. C , 143. 
Die s irœ , &c. ( profe ) , compofée par 
Thomas Celanus , Frère mineur Francif- 
cain au treizième fiecle. A , 10S. 
Dièfe. Origine de ce nom. A , 33. 
Di<k;lt-s , Muficien Grec. C , 85. 
Diodes , Ecrivain Grec fur la mufique. C , 

143. 
Dioiore , fameux Muficien Grec, C , 86» 



Diogène La'êrce , Ecrivain Grec fur ta 

mufique. C, 143. 
Dion, Muficien Grec. C , 86*. 
Dionigi, Auteur Italien fur la mufique. C , 

338. 
Dionyjiodore , Muficien Grec. C , 86. 
DiJJbnances mineures , formées par la 

feptieme. B , 1 1. 
Dijfonances imparfaites. Ce que c'eft. B , 

11. 
Dithyrambique ( Nome ). A , 3f . 
Didyme , Muficien Grec. 0,87. 
Dyonifodote , Ecrivain Grec fur la mufique. 

0,143. 
Docte de Troyes , Virtuofe fameufe par fa 
beauté , fa voix , fon talent pour la poéfie 
& la mufique. B , 184. 
Donadelli , Chanteur Italien. C, 304. 
Doni , Auteur Italien fur la mufique. C j 

338. 
Dore' -, Compofueur Français. C, 414. 
Doricus , Muficien Grec. C, 86. 
Dorien ( Mode ). A , 3J. 
Dorien ( Mode ). Ce que c'était chez Tes 

anciens. A , 7. 
Dorien ( Mode ) était employé chez les 
anciens , pour peindre les batailles. A, xj, 
Dorion, Muficien Grec. C, 86. 
Doriot , Compoficeur Français. C , 414» 
Dornel , habile Organifte. C , 414. 
Dorfene ( Fabius ) , Poète Latin. C , 41» 
Dotti , Cantatrice Italienne. C , 3zy. 
Douai ( Pierre de ) , Chanfonn. du treizième 

fiecle. B, i8f. 
Douchc{ Andrieu) , Chanfonn. du treizième 

fiecle. B, 18J. 
Draghi , Compofîteur Italien. C , 183. 
Dran( le ), Ecrivain Français fur la mufique, 

C , 617. 

Dregnan de Lille ( Marotte ou Marie ) . 
connue par fon talent pour la poéfie. B > 
J8j. 



DES MAT 

Dreuillet ( Mad. ) , Poëte lyrique. D , 

m. 
Dubois , Muficien. C, Ço6. 
Dubois ( DMe. ) , Chanteufc. C, Ço6. 
DuBreuil, Ecrivain Français far la mufique. 

C, 618. 
Duché de Vancy , Poëte lyrique. D, 113. 
Ducis , Poëte Français. D , 113. 
Duclos, Poëte Français. D, 11?. 
Duguet , Compolîteur Français. C, 414. 
Dûment. , Chanteur. C, 506. 
Dumont, habile Organifte. C, 414. 
Dumourier , Poëte Français. D, 1 1 y« 
Dun , Chanteur. C , 507. 
Duni , habile Compolîteur. C, 41?. 
Duphly , Compolîteur Français. C, 417. 
Dupont , Ecrivain Français fur la mufique. 

C , 610. 
Duport , excellent Violoncelle. C , f 07. 
Dupuis, Auteur Français fur la mufique. C, 

620. 
Durand , Poëte & Chanfonnier du treizième 

fiecle. Anecdote fur lui. B, 185. 
Durant , Poëte Fiançais. D , 1 1 y. 
Durante , fameux Compolîteur Italien. C , 

184. 
Durajlanci , Cantatrice Italienne. C , 314. 
Dura\\o , Poëte lyrique Italien. C , 268. 
Duval ( Mlle.) Auteur de la mufique d'un 

opéra. C, 417. 



Echelle, Ce que c'eft en mufique. B , 

37- 
Echelle muficale des Chinois. A , 373. note, 

Echembrote, Muficien Grec. C,87. 
Eckard, Muficien. C , 507. 
Echion, Muficien Grec. C , 87. 
Eleuthere , Muficien Grec. Ibid. 
Elifi, Chanteur Italien. C, 316. 
Elmi , Compolîteur Italien. C, 1 8j« 



I E R E S. xîx 

Empedock , Philofophe Se Poète Grec. C , 
12. 

Endematie , nome propre à une danfe des 

Argians. B , 126. 
Enchiriades ^ Auteur Fiançais fur la mufîq. 

C , 620. 
Enckcfius , mot Hongrois qui lignifie Maître 

de mufique. A, 158. 
Enclos (!') Muficien, & père de Ninon. C» 

Engramelle ( le P. ) Auteur Français fur la 

mufique. C , 620. 
Encomiafiique ( Nome ). A , 3 ?. 
Enharmonique, Ce que c'eft. B , 39. 

Il y en a de deux efpeces. B , 41. 
Comment formé. B. 11, 
Son origine. A, 33. 
Enharmonique ( genre ). Ce que c'était chez 

les anciens. A, 7. 
Enharmoniques ( Sons. ) Ce que c'eft. B, i f . 
Ennius ( Quintus ) , Poëte Latin. C , 42. 
Eolien. Nome trochaïque. B, 126. 
Epicharme , Poëte Grec. C , 1 3 . 
Epiclès , Muficien Grec. C , 87. 
Epigone , Muficien Grec. C , 88. 
Epigonium , inftrument à cordes des an- 
ciens. A, 242. 
Epilene , nom Grec de la chanfon des 

Vendangeurs. B, 125. 
Epiménide , Poëte Grec. C, 13. 
Epinicion , nom Grec de la chanfon des 

Vainqueurs. B , 125. 
Eraftocles , Muficien Grec. C, 88. 
Erba, Compolîteur Italien. C, i8j. 
Ercolani , Poëte lyrique Italien. C , 26p. 
Erculeo , Compolîteur Italien. C , i8y. 
Eriers ( Th. ) , Chanfonu. ancien. B , \$ r. 
Erotique ( Nome. ) A , 35. 
Errars ( Jean ) , Chanfonn. du quatorzième 

fiecle. B, 18 %. 
Erremans ( Dlle. ) , Chanteufe. C , f 08. 
Errico, Poëte lyrique Italien. C, 169. 

C 2. 



OCX 



Efchyle, Poète Grec. C, 14. 

Iifcu.nl ( Jehannot de 1' ) , Poète du 

quinzième fiecle. B, 360. 
Efope , Poète Grec. C , 1 J. 
Efpinais ( Gautier d' ) , Chanfonn. ancien, 

B, 151. 
Efpinais ( Jacques de ) , père du précédent-, 

& comme lui Chanfonnier. lbid. 
Efquiri ( Jean d' ) , Chanfonn. du treizième 

fiecle. B, 191. 
Eflenfe , Poète lyrique Italien. C , 270. 
Efleve , Auteur Franc, fur la muûq. C, 613. 
Èjlree ( d') , Muficien. C , 508. 
Efuchajlique (Nome ) A, 35. 
Eterio Stinfalico , Comp. Italien. C, iSj. 
Evangelius , Muficien Grec. C, 88. 
Eubulus , Muficien Grec. C , 88. 
Eucerus, Muficien Grec. C, 89. 
Euclide , Ecriv. Grec fur la mufiq. C, 143. 
Eudes, Muficien. C, 508. 
Evenus , Poète Grec. C, 15. 
Eufèmie, Cantatrice Italienne. C. 310. 
Euler , Auteur Latin fur la mufique, C, 339» 
Eumele , Muficien Grec. C , 89, 
Eumelus , Muficien Grec. C, 89. 
Eumolpe, Muficien Grec. C, 85t. 
Eumope, Poète Grec. C, if. 
Eunome, Muficien Grec. C, 89. 
Euphorion , Muficien Grec. C, 89* 
Ei'polis, Poète Grec. C , 1 *. 
Euphranor , Ecrivain Grec (ur la mufique. 

C, 144. 
Evremont ( S. ), Poète lyrique. D , 1 17. 
Euripide, fameux Poëte Grec. C, if. 
Euflache, d'Amiens, Chanfonn. du treizième 

fiecle. B, 191, 
Euflache h Peintre ou de Reims , autre 

Chanfonnier. B, 192. 
Euflache des Champs dit Motel , Poète des 

treizième & quatorzième (iecks. B, 3^1. 
Euflache (, M e . ) , inventeur des romanws, A, 

il). 



TABLE GENERALE. 

Exaudet, Muficien. C, 5:08. 

Eximeno , Auteur Italien fur la mufique. G 

339. 
Exodia , forte de petites pièces à Romeî 
c'était des fatyres. A , 94. 



F. 

Faber , Auteur Latin fur la mufique. C 

340. 
Autre Faher. Ibid. 

Fabiani, Cantatrice Italienne. C, 3 2 S. 
Fabri , Cantatrice Italienne. C , 32?. 
Fabri , Chanteur Italien. C, 309. 
F abris, Chanteur Italien. C, 316. 
Fabris, Chanteur Italien. C, 317. 
Fabritii , Auteur Italien fur la mufique. C j 

340. 
Fabrus, Auteur Latin fur la mufique. C> 

340. 
Fathinelli , Cantatrice Italienne. C, 327. 
Faen\a , Chanteur Italien, C, 310. 
Fagnani , Chanteur Italien. C, 303. 
Faignient , Compofiteur Français. C» 

417. 

Falbetti Nacci , Cantatrice célèbre. C, 

jzr. 
Falbetti Ballerini. Ibid. 
Fantini, Cantatrice Italienne. C, 322. 
Fanton, Compofiteur Français. C, 4^7; 
Fare ( la ) , Poëte lyrique. D , 117. 
Faret , Poète Chanfonnier du quinziemj- 

fiecle, vilipendé par Boileau. B, j6j«. 
Farindlo. Voyez Brofchi, 
Favalli, Chanteur. C, fo8, 
Favart, Poète Français. D, iip. 
Fauflini , Poète lyrique Italien. C , 270. 
Faye ( la ) , Poète lyrique. D, 123. 
Feillée , Auteur Français fur la mufique» 

C,fty. 
Fel ( Dlle. ), célèbre Chanteufe. C, f 10, 
FtUci, Compofiteur Italien, C^ 1 85.. 



DES MA 

Fdlci , Chanteur Italien. C, 303. 
Feo , Composteur Italien. C , l8y. 
Fenelon , Poète lyrique. D, 114. 
Fermelftuis , Poète Français. D , 1 16. 
Ferrand , Poète lyrique. D, tzé. 
Ferrandini , Compofiteur Italien. C , i8f. 
Ferrure ( Louis Agoftini de ) , Poète Mulîc, 

C, i?3« 
Ferrari , Poète lyrique Italien. C , 270. 
Ferrari, Compofiteur Italien. C , 186. 
Ferray , Chanteur, C, fo8. 
Ferri , fameux Chanteur Italien. C, 308. 
Ferrieres { Raoul de ) , Chanfonnier du. 

treizième fîecle. B, 193. 
Ferrini , Chanteur Italien. C , 30?. 
'Ferris ( Lambert ) , Chanfonnier du trei- 
zième fîecle. B , 153. 
Ferté ( Maître Hugues de la ) , Chanfonnier 

du treizième fîecle. B, 154. 
Fefcennins ( vers ). Ce que c'était à Rome. 

A, 91. 
Fejlins. Ancienneté de l'ufage de chanter 

dans les feftins. A , xv. 
Fevre de S. Marc ( le ) , Poète lyrique. D , 

118. 
Fifre , infiniment à vent très-connu. A , 

Fina\\i , Chanteur Italien. C , 31 6. 
Finckius , Auteur Latin fur la mufique. C , 

340. 
Fine', Auteur Latin fur la mufique. C , 

340. 
Fini, Compofiteur Italien. C, 186. 
Fiore , Compofiteur Italien. C, 1Z6. 
Fiorillo , Compofiteur Italien. C , 186. 
Fioroni, Compofiteur Italien. C , 187. 
Fifchietù , Compofiteur Italien. C , 187. 
Flageolet , infiniment à vent. A , 157. 
Erreur de l'Encyclopédie relevée. Ibid, 

Sa gamme. A, 258. 
Flejle , Chanteur. C , 508. 
Fleury , Poète lyrique. D , 128. 



T I E R E S. xxj 

Fleury , Auteur Français fur la mufique. C 

Fleury , Muficien. C, 509. 

Floquec , Compofiteur Français. C, 417c 

Floraux (Jeux ) ; leur origine. A , 9$. 

Florus { Julius ) , Poète Latin. C , 44. 

Flûtes des anciens. Leurs différentes formes. 
A , 224, & fuiv. 

Flûte. Son origine , ou plutôt fa découverte. 
A, 141. 

Flûte à bec des anciens. Origine du mot 
Latin Tibia. A, 225. 

Flûte double des anciens. A, 227. 

Flûte depayfan ou Sifflet de Pan, infiru- 
mentdes anciens. A, 228. 

Flûte des facrifices des anciens. A , 229. 

Flûte fimple des anciens. A , 229. 

Flûte Allemande ou traverfiere, infirument 
à vent très-eonnu. A , 259. 

Flûte ( petite ) à l'oétave de la flûte traver- 
fiere. Sa gamme. A, 26t. 

Foggia , Compofiteur Italien. C , 187. 

Fogliani , Auteur Italien fur la mufique. C, 
340. 

Foix ( Ste. ) , Poète lyrique. D , 1 2 S. 

Folchi, Chanteur Italien. C, 303. 

Folicaldi, Chanteur Italien, C , 3 19. 

Font ( la ) , Poète Français. D , 1 28. ' 

Fontaine ( la ) , Poète Français. D , 129. 

Fontaine de Tournay ( Jean de la ) , Chan- 
fonnier ancien, B , 194. 

Fontaines ( des) , Poète lyrique. D , 131,. 

Fontana , Chanteur Italien. C , 306. 

Fontana, Chanteur Italien. C, 315. 

Fontana, Chanteur Italien. C, 314. 

Fontanus , Poète Latin. C , 44. 

FontenelU , Poète Fiançais. D, 132. 

Fontenelle. Son prétendu bon mot fur la 
fonate. A , xij. note. 

Forme' , Muficien. C , jop. 

Formerai, Chanteur Italien. C, 301. 

Forqueray , célèbre Organifle, C , 109, 



XXlj 



TABLE GÉNÉRALE 



* 



Forti, Cantatrice Italienne. C, j,*a. 
Foffjyeurs. Chanfbn qui leur était propre. 

B, iay. 
Fournival , Clianfonn. du treizième fiecle. 

B, !ï$, 

Fourniual ( Richard de ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B, 194. 
Fous ( Fête des ) ou de l'Ane. Hirtoire de 

cette fête ridicule. B , z 3 z. 
Fraguier, Ecrivain Français fur la mufique. 

C, 6zi. 

Fraigne , Poète Clianfonn. du quatorzième 

fiecle. B., 364. 
Framery, Poète lyrique. D , 133. 
Francefchini, Compoliteur Italien. C, 187. 
Francefchini , Chanteur Italien. C , 30J. 
Franci , Chanteur Italien. C , 30J. 
Francifque la Fornara , Chanteur habile. 

C, fio. 
Francxur. Plufieurs Compoficeurs de ce 

nom. C , 418 , & fuiv. 
François I, Poète lyrique. D , 1 3 f . 
Franglpanl , Poëte lyrique Italien. C, 27T 
Fredet , Chanfonnier du quinzième fiecle. B, 

3< 4 . 

Fredi, Cantatrice Italienne. C, 323. 

Fremaux, Chanfonnier du treizième fiecle 
B, 195. 

Frefny ( du ) , Poé'te lyrique. D , 140. 

Frère , Ecrivain Français fur la mufique. C , 
616. 

Frefihi, Compofiteur Italien. C, 187. 

Frefchï , Auteur Latin fur la mufique. C' 
340. 

F refcobaldl , Compofiteur Italien. C , 188. 

Frefcobaldi, Chanteur Italien. C, 30 t. 

Freiel ou Fretiau. C'eft le iîflîet des Chau- 
dronniers. A , 164. 

Fre\\a , Compofiteur Italien. C , 1 83. 

Frijiani , Chanteur Italien. C, 304. 

Fri\iari , Compofiteur Français. C , 410. 

Froijfard ( Jean ) , Poète Se Hiftonen du 



quatorzième fiecle. B , 368. 
Fronduti, Compofiteur Italien. C , 188. 
Frova, Chanteur Italien. C, 307. 
Frugonl , Poète lyrique Italien. C, 17t. 
Autre du même nom. Ibid. 
Fugue. Ce que c'eft. B , f 1. 
Fugue authentique. Ibid. 
Fugue pi agale. Ibid. 

FumagaLLo , Cantatrice Italienne. C, 317. 
Fundanius , Poète Latin. C , 44. 
Funèbres ( Jeux. ) Leur origine à Rome» 

A, 94. 
Furjlemberg ( la ). Air de Campra. C» 

401. 
Fufconl , Poète lyrique Italien. C, 171. 
Fufcus ( Ariftius ), Poète Latin. C , 41. 
Fux , Auteur Latin fur la mufique. C , 

341. 
Fu\elier, Poète lyrique. D , 141. 

G. 

Cabrieli , Poète lyrique Italien. C , 

271. 
Cabrieli, Compofiteur Italien. C, j88. 
Autre Gabrïeli. Ibid. 
Cabrieli, fameufe Cantatrice Italienne. C » 

3*9- 
Cace Brûlés ( Maître ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B , i9f. 
Caddi, Poète lyrique Italien. C, 2.7*. 
Caffi , Compofiteur Italien. C, 189. 
Caffurio , Auteur Latiu fur la mufique. C , 

Caidi/ir, Chanfonnier ancien. B , 198. 
Gal.irinl , Compofiteur Italien. C , 1 851. 
Galathe'e, Muficienne Grecque. C , 89. 
Galea^i, Compofiteur Italien. C, 189. 
Galilée ù f on fils ont écrit fur la mufique. 

C , 341, &Juiv. 
Cullety Poète lyrique. D , 143. 






DES MA 

Catttti, Chanteur Italien. C, 314. 
Galli, Poète lyrique Italien. C , 272. 
Calli Coccini, Chanteur Italien. C, 302. 
Callo , Compofiteur Italien. C , 1 89. 
G allô , Cantatrice Italienne. C, 327. 
Gallus ( Cornélius ) , Poète Latin. C , 45. 
Ccillus , Chanteur. C , 510. 
Caluppi, Compofiteur Italien. C , 1 85. 
Gamme de la mufiq. des Romains avant Gui 

d'Arezzo. A, 199. 
Traduction de cette gamme, & application à 

la nôtre, lbid. 
Gamme de Gui d'Arezzo. A, 200. 
Gamme. Nombre de vibrations qui produit 

chacun de fes tons. B , 9. 
Candini, Cantatrice Italienne. C , 328, 
Garde ( la ), Poète lyrique. D, 147. 
Carde (de la ) Compofiteur Français. C t 

421. 
Garnier, Ecrivain Français fur la mufique. 

C , 616. 
Gafpari , Chanteur Italien. C, 309. 
Gafparlni , Poète lyrique Italien. C , 271. 
Gafparini , Auteur Italien fur la mufique. 

C, 344- 
Gafparlni , Compofiteur Italien. C , 191. 
Autre du même nom. lbid, 
Cajfe , Auteur du douzième fiecle. B , 138. 
Cajfendi , Auteur Latin fur la mufique. C , 

34*. 
Gavinies , Compofiteur Français. C, 421. 
Caudenci, Ecrivain Grec fur la mufique. 

C.H4. 
Gaudio , Compofiteur Italien. C, 192. 
Gautier, Compofiteur Français. C, 421. 
Gautier de Coincy , Bénédictin , Auteur de 

chanfons. B , 147. 
Gautier Gargidlle , Poète lyrique. D , T49. 
Gau\argues , Compofiteur Francis. C * 

42:. 
Gayt , Chanteur. C , 5 1 2. 
Ga\\aniga , Compofiteur Italien C , ipi. 



T I E R E S. 



xxa] 



Ca^otti, Chanteur Italien. C, 302. 
Gelais ( Oftavien de ) , Poète du quinzième 

fiecle. B , 372. 
Gelais ( JVlelin de S. ) , Poète du quinzième 

fiecle, fils naturel du précédent. Ibid. 373.. 
Ce'lin , Chanteur. C , 511. 
Geminiani , Ecrivain fur la mufique. C 3 

6z 7 . 
Geneft , Poète lyrique. D , 1^4. 
Gennari , Chanteur Italien. C, 303. 
Gentilini , Chanteur Italien, lbid. 
Gerault ( S. ) , Ecrivain Fiançais fur la 

mufique. C , 628. 
Gerbert , Ecrivain Latin fur la mufique C ; 

629. 
Germanicus , Poète Latin. C, 46. 
Gerfon , Auteur Latin fur Ja mufique. C j 

34Î- 
Gervais , Compofiteur Français. C, 42^1 
GeJJi, Poète lyrique Italien. C, 172. 
Gefles. En quoi confiitaieni chez les anciens, 

A , 60, &fuiv. 
Gefualdo , Compofit. Italien. Voy. Venofa, 

C , 192. 
Getulicus , Poète Latin. C , 46. 
Gherardefca , Compofiteur Italien, C * 

192. 
Gherardini , Chanteur Italien. C , 306. 
Gheringhella , Cantatrice Italienne. C , 324, 
Chinolfo Dattari , Poète Muficien. C , 

Giacobbi , Compofiteur Italien. C , 192. 

Giacomelli , Compofiteur Italien. Ibid. 

Ciannini, Poète lyrique Italien. C, 272,' 

Gianotù , Auteur Français fur la mufique, 
C, 631. 

Gibert, Compofiteur Français. C, 42?. 

Gievency ( Adam de ) , Chanfonn. du trei- 
zième fiecle. B , 198. 

Gigli , Poète lyrique Italien. C, 272. 

Gigli , Cantatrice Italienne. C , 313. 

Gigue ( la ). On eft incertain fi c'eil eu 



. 



XXIV 

infiniment à vent ou à cordes. A , léj. 
Gilberc , Poëte lyrique. D , i J4. 
Cilles , habile Compofiteur Français. C , 

416. 
Cillier, Compofiteur Français. C, 426. 
Gingré, infiniment Chaldéen. 
Ciorgi , Chanteur Italien. C, 314. 
Ciraud, Compofiteur Français. C , 416. 
Ciro , Cantatrice Italienne. C , 327. 
Giroufl, Compofiteur Français. C, 417. 
Giuliani, Cantatrice Italienne. C , 311. 
Giujli, Poète lyrique Italien. C, 173. 
Giujli, Cantatrice Italienne, C, 314. 
Gi\iello. Voyez Conti. 
Glarean , Auteur Lat. fur la mufiq. C , 345-, 
Glaucus , Ecrivain Grec fur la mufique. 
. C,i44. 

Gluck , habile Muficien. C, 417. 
Pnacari , inftrument de percuflîon. A, 236. 
Gobin de Reims , Chanfonn. du treizième 

fiecle. B, ij8. 
Goblain, Compofiteur Français. C, 418. 
Godard , Chanteur. C, j 1 1. 
Codeau , Poète lyrique. D , if y. 
Gogavin , Auteur Latin fur la mufique. C, 

34* • 
Gohorry , Poète lyrique. D , 1 f f , 
Goldoni , fameux Poète lyrique Italien. C , 

Golmanelli , Cantatrice Italienne. G, 321, 
Combaud, Poète lyrique. D , i$6. 
Gombert , Muficien Français. C, 418. 
Gondouli , Poëte lyrique. D , 157. 
Gongom , inftrument des Hottentots. A , 

an. 
Gori, Poé're lyrique Italien. C, 174. 
Gorlier , Auteur Français fur la mufique. 
■ C, éjr. 

Gorlier, Compofiteur Français. C, 418. 
GoJ/ec , Compofiteur Français. C , 418. 
Gotefcale , Bénédictin, Chanfon de fa com- 

pofition. B , 144. 



TABLE GÉNÉRALE 



Goti , Chanteur Italien. C , 31 S. 
Goudimel, Compofiteur Français. C, 430» 
Coup illier , Compoficeur Français. C , 431. 
Coui ( Etienne ) , Poète du quinzième fiecle. 

B.373- 
Go\-ri ( Mad. ) Poète lyrique Italien. C t 

27J. 
Grand- Chantre. Origine de cette fonction 

& du bâton qu'il porte. A , 113. Noie. 
Grandis, Chanteur Italien. C, 308. 
Grange ( la ) , Auteur Français fur la mufiq, 

C, 63t. 
Grange Chancel ( la ) , Poëte Français. D , 

Granier , Muficien. C, y n. 

Granier , Compofiteur Français. C,432, 

Autre Granier. Ibid. 

Grajflfchi, Chanteur Italien. C, 301. 

Gratins , Poëte Latin. C , 46. 

Crayiani , Compofiteur Italien. C, 191. 

Gra\ianini, Chanteur Italien. C, 304. 

Greco , Compofiteur Italien. C, 1.93. 

Grecoun , Poète Français. D , 158. 

Grecs modernes. Leur amour pour la mufiij. 

A , 410 , &Juiv. 
Chanfons Grecques. A, 414, &fuiv. 
Grégoire le Grand ( S. ) a écrit fur la mufiq, 

C,3^ 4 . 
Grégorien ( Chant ). Hiftoire abrégée de la 

difpute au fujet du chant Grégorien & de 

l'Ambroifien. A , 1 1 1 . 
Grenet , Compofiteur Français. C, 433. 
Grejjet , Auteur Français fur la mufique, 

C,63i. 
Grejjet , Poëte Français. D , if8. 
Gretry , habile Compofiteur Français. C , 

Grieviler , Chanfonnier ancien. B , X99. 
Griffi.no , Compofiteui Italien. C, 193, 
Grimaldi , Chanteur Italien. C , 307. 
Gros ( le ) , habile Chanteur. C , 5 1 r. 
Grofji, Compofiteur Italien. C , 153. 

GroJJî, 



DES MA 

Gro/Ji , Chanteur Italien. C, 307. 
CrojJi y Chanteur Italien. C, 308. 
Grotte ( de la ) , Compofit. Franc. C, 436. 
Guadagni, fameux Chanteur Ital. C , 3 17. 
Guajetia Babbi , Cantatrice Italienne. C , 

328. 
Gualandi, Cantatrice Italienne. C , 3 1 f . 
Guarducci , Chanteur Italien. C , 315. 
Cuarnerio , Compofiteur Italien. C, 193. 
Gua\\ini , Poète lyrique Italien. C, 27?. 
Guerre ( de la ) , femme célèbre par fes 

talens en mufique. C, 43^. 
Cuefippe , Muficien Grec. C , 90. 
Guefle Berufim , inftrument de percuffion. 

A, 136. 
Gui d'Are\\o , fameux Ecrivain fur la 

mufique. C , 34f. 
Cuicciardi , Chanteur Italien. C, 307. 
Guichard, Poète lyrique. D, 160. 
Guichard ( Mlle. ) Auteur agréable. D , 

i*9. 
Guichard, Poète Français. D , if?. 
Guiclet , Muficien. C , 511. 
Cuidi , Poète lyrique Iralien. C , i7f. 
Guido d' Are-Qp , Auteur de la gamme de 

mufique , telle que nous l'avons. C , 

194. f4P. 
Cuidobono , Chanteur Italien , C , 303. 
Guignon , célèbre Violon. C , Jlî. 
Guillaume (S.), Ecrivain Français fur la 

mufique. C , 637. 
Guillaume , Chanfonnier du tems de 

Philippe Augufte B , 198, 
Guillaume le Flamand, Chanteur Italien. 

C, 300. 
Guillemain , bon Violon. C , f 13. 
Guillet, Compofueur Français. C, 43e. 
Guilliaud, Ecrivain Français fur la mufique, 

C,<537. 
Guimbarde ; en Italien , Spaffa penrjero. 

A , 281. 
Guiot, Chanfonn.du treizième fiecle, B, 199, 
Tome IF. 



T I E R E S. xxv 

Guiriots , nom des Chanteurs 5: Muficiens 

Nègres. A , 218. 
Opinion que les Nègres ont de ces Guiriots. 

Ibid. 
Guittare , inftrument à cordes , autrefois 

nommé Guiterne. A, 293. 
Guinardi, Poète lyrique Italien. C, 275. 
Gulielmi , Compofiteur Italien. C , 193. 
Gymniques ( Jeux ). Leur origine ; défini-i 

tion. A , 94. 
Gymnopédie , Nome fur lequel danfaient les 

Lacédémonicnnes nues. B , 126. 

H, 

Habzrt , Poè£e Français. D, 161. 
Hadrianius , Auteur Latin fur la mufique. 

C, 3f-. 
Haffenrefftr , Auteur Latin fur la mufique, 

C, 3î2. 
Haguenier , Poète Français. D , 161. 
Malle ( Adam de la ) , furnommé le Bojjii^ 

Chanfonnier du quatorzième fiecle. B , 

149. 
Hamilton, Poète lyrique. D, 163. 
Haranc , bon Violon. C , 514. 
Harmonica , inftrument compofé de verres. 
Il y en a un autre , inventé par M. Fran- 
klin. A, 2S3. 
Harmonide , Muficien Grec. C , 90. 
Harny , Auteur dramatique. C, 37?. 
Harpalyce y nom de la chanfon des fille? 

amoureufes. B , 124. 
Harpe appcllée cyniara par les Latins. Son 

origine. A , 295. 
Harpe ( la ) , Poète Français. D , 164. 
Haudimont ( d' ) , Compofiteur Français, 

C, 437. 
Hautbois , inftrument très connu. Sa deA 

cription; fa gamme. A , 26 j. 
Hautbois de forêt , forte de hautbois plus 

agréable. A , 166, , < . 

d 



à 



xxvj TABLE G È 

Hébert , Troubadour célèbre. A , m. 
Hedin C Jacques de ) , Chanfonnier du 

treizième fîecle.B, 199. 
Hegjmon , Poète Grec , inventeur de la 

parodie. C, 16. 
Hegcmon , Mufîcien Grec. C , 90. 
Hele ( d' j , Poète lyrique. D , 164. 
Helinand , Poète fameux fous Philippe 

Augufte , depuis canonifé. B, 199. 
Helvetius , Poète Français. D , 164. 
Hemiola , note noircie qui , par li , était 
diminuée de valeur. Ce terme encore ufité 
en Italie. A , if 6. 
Henaut , Poète Se Hiftorien. D, 169. 
Henry IF. Auteur de chanfons. D , 17T. 
Hephejlion , Ecrivain Grec fur la mufique. 

C, «44. 
Heradlde de Pont , Ecrivain Grec fur la 

mufique. C , 144. 
Herbain , Compofiteur Français. C, 437. 
Hercule. Combien on en compte dans l'an- 
tiquité. A , 70. c. I 
Herodore , Mufîcien Grec. C , 90. 
Heroet , Poète Français. D , 173. 
Hermatias , Nome daûilique. B, ïz6. 
Hermippe , Poète Grec. C , 1 6. 
hermogene , Muficien de Rome, C , né. 
Herfes ( chanfons & poéfies ). Ce que c'eft. 

B, 419. 
Hefiode , Poète Grec. C , 1 6. 
Hexarmoni&n , Nome d'une mélodie effé- 
minée. B, 126. 
Heyden, Auteur Lat. fur la mufiq. C , 353. 
Hieracien , Poète Grec. C , 17. 
Hïeracien. Nom d'un des Nomes des Grecs. 

B, né. 
Jlierax, Muficien Grec. C, 51. 
Hiner, Compofiteur Français. C , 437. 
Hiperboleien , Nome d'une mélodie effé- 
minée. Voyez Hexarmonien. B, 116. 
Hipparchion Se Rufinus , deux Mufîciens 
Grecs. C, 51. 



N E R A LE 

Hippias , Ecrivain Grec fur la mufîque» 

C, 144. 
Hippafus , Ecrivain Grec fur la mufiquej 

Ibld. 
Hipponax, Poète Grec. C, 17. 
Hijlrions. Leur établifTement à Rome ; ori- 
gine du nom. A , 41. 
Homère , Poète Grec. C , 1 8. 
Homet , Compofiteur Français. C, 438. 
Hongroïfe{ mufique ). Son origine; fes 

commenceinens. A, 157. 
Honoraires ( Jeux ). Par qui inftitués. A t 

100. 
Horace , excellent Poète Latin. C,47. 
Ho r mus. Nom d'une danfe chez les Grecs» 

B, T17. 
Hotteterre , Ecrivain fur la mufique. C , 637. 
Huet , Ecriv. Français fur la mufiq. C , 637. 
Hugues ( Châtelain d'Arras ) , Poète du. 

treizième lîecle. B , 100. 
Hugues le Maronniers , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B, 100. 
Hugues le Roy , Aureur du Fair Palefroy , 

vivait fous S. Louis. B , 200. 
Hulmandel , Muficien. C , Jij. 
Hyagnis , Muficien Grec. C , 9 r. 
Hylas , Muficien & Danfeur de.'R'oBjie. C ., 

né. 
Hymehe'e, nom de la chanfon des noces. B T 

Hymne. Ce que c'eft , & fon origine. A t 
10. B, 114. 

Hymne , Ut queant Iaxis , Sec. Son an- 
cienneté. Compofé fur le rhythme d'une 
ode faite du tems de Sapho. A , 43. 

Hymne, Ut queant Iaxis, Sec. Son an- 
cienneté. Compofé fur une ode d'Horace, 

A, 43- 
Hypatoide , nom d'un Nome grave chez les 

Grecs. B , 126. 
Hypocritique ( mufique ). Ce que c'était 

chez les Grecs. A , 60 , 64. 



D E S M 

Hyper-Dorien ( mode ). A , 5 <,. 
Hyper-Lydien ( mode ). A , 3 <,. 
Hyper- Phrygien ( mode ). Ibid. 
Hypo- Lydien ( mode ). Ibid. 
Hyporchêmes , efpece de cantique. B , 1 1 ?. 
Hyppias , Muficien Grec C , 9 1 . 
Hyppomachus , Muficien Grec. C, 91. 
Hypponax , Muficien Grec. Ibid. 
Hyjlié , Muficien Grec. C, 92. 



Jacob , Ecrivain Français fur la mufique. 

C, 637. 
Jades , Ecrivain Grec fur la mufique. C , 

145. 
Jalètne , nom de l'une des trois chanfons 

lugubres des Grecs. B , iif. 
Jamard, Ecrivain Français fur la mufique. 

C,<539. 
Jambhque , Ecrivain Grec fur la mufique. 

C, 145-. 
Jannequin , Compofiteur Français. C , 

438. 
Janfon. Deux frères, excellcns Violoncelles. 

C, 5 I5-. 
Jarnowich , excellent Violon. C, 51 y. 
Ibicus , Poète Grec. C , 2 3 . 
Ibicus , Muficien Grec. Anecdote fur fa 

mort. C , 92. 
Ibinus , Ecrivain Grec fur la mufique. C , 

I4Î- 

Jean (S.) Poète Français. D, 173. 

Jean I , Duc de Bourbon, Poète du quin- 
zième fiecle. B, 374. 

Jean de Lorraine ( Mgr. de). Voyeï Sicile. 

Jean ( le petit ) , Chanfonnier ancien. B , 
200. 

Jean l'Orguencur , Poète du treizième fiecl. 
B , 200. 

Jeliotte , excellent Chanteur & bon Com- 
pofiteur. C , 438. 



A T I E R E S. xxvij 

Jérôme ( S. ) a écrit fur la mufique. C, 364. 
JeuneJJe ( Jeux de la ). Par qui inflitués. A , 

100. 
' Jeux Jacre's. Leur origine. A, 89. 
Jeux de coqs. Origine de ces jeux ou 

combats. A , 98. 
Ignace , Difciple des Apôtres , Muficiea 

Grec C,92. 
Imbrices , forte d'applaudifTement. A , 104. 
Imitation. Ce que c'eft en mufique. B , 

40. 
■ Improvifateurs. Leur ancienneté en Italie. 

A , 40. a. 
Infiniment facre d'Arménie. A, 284. 
Injlrumens des anciens, employés dans la 

navigation. A, 211. 
Injlrumens des anciens dans les funérailles. 

A, 213. 
Dans les armées. A, 214. 
Dans l'Eglife. A, 21 <,. 
Injlrumens des Hébreux. Leur diftinétiori 

& leur cnumération. A , 202 , & Juiv. 
Injlrumens des anciens pour les triomphes. 

A, 209. 
Injlrumens des anciens pour les Jlicrijtces. 

A , 207 , & Juiv. 
Injlrumens des anciens dans les jeux & fetes 

publiques. A , 210. 
Injlrumens des anciens employés dans les 

feftins. A , 212. 
Injlrumens Arabes. A , 379. 
Leur conitruc"tion. A, 380, & Juiv. 
Injlrumens Arabes. Leur énumération, A , 

196 , & Juiv. 
Injlrumens Chinois. Ils font au nombre de 

huit : ce font huit corps fonores primitifs. 

A, 139. 
Injlrumens Chinois de nouvelle construc- 
tion. Leur catalogue & la defeription de 

chacun. A , 361 , &fuiv. 
Injlrumens Rujfes. Leur conflruûion. A ,. 

387. 

d2 



xxviij TABLE 

Jodelle , Poète Français. D , 173. 
Jolage , Compofiteur Français. 0,438. 
Joliveau , Poëte Français. D , 174. 
Jolly , Poëte Français. Ibid. 
lombarde, inftrument à vent. A , 168, 
Ion, Poëte Grec, C, 14. 
Jomelll , Compofiteur Italien. C , 194. 
Jongleurs. Etymologie de ce noru. A , 1 1 1 

note, 
lopas , Poëte Grec.C, 14. 



GENERALE 



Kepler, Auteur Latin fur la mufique. C • 

3 53- 

King , efpece d'infiniment Chinois , corn- 
pofé de feize pierres de différentes gran- 
deurs, qui, expofées au grand air , fe 
durciflent, deviennent fonores,& rendent 
desfons très doux & très brillans. A , 140» 

Kinnor , inftrument de percuflion. A , 236. 

Kirker , Auteur Latin fur la mufique. C , 



JoJJelius , de Dijon, Chanfonn. du treizième Kohaut , Compofiteur Français. C, 438.. 

fiecle. B , zoo. 
Journet ( Dlle. ) Chant, très habile. C , y I f , L % 

Jo\\i , Compofiteur Italien. C, 316. 



Iroquois. Leur mufique. B, 31. 
Ifelafiiques ( Jeux ). Ce que c'était. A , 98. 
Ifidore ( S. ) a écrit fur la mufique. C , 3 6 y. 
Ifinardi ( Paul ) , Poëte Muficien. C , 2J4- 
Ijlande, Chanfons de ce pays. B, 357 , & 

fuiv. 
ïjle s flottantes au fon des flûtes. A, xvij. 
lfmenias , Muficien Grec. C , 92. 
Ifmenias , Joueur de flûte envoyé AmbafTa- 

deur en Perfe. A , xv. 
I/o, Compofiteur Français. 0,438. 



Laberivs ( Decius ) , Poëte Latin. C, ?»» 
Laceni ( Oudart de ) , Chanfonn. du treiz» 

fiecle. B-, îoo k 
Lachievre , de Reims , Chanfonn. du treiz. 

fiecle. Ibid. 
Lago , Auteur Italien fur la mufique. C > 

3Î4- 
Lais , fameufe Counifanne, d'abord Miifï- 

cienne. C , 93» 
Lais, nom des premières chanfons. Sort 

origine. B , 147, & note, 748 , note. 



IJlhmiques ( Jeux ). Leur origine. Par qui Lais , forte de chanfons du terus de Charle- 



inftitués. A , 84. 
Ivanovich , Poëte lyrique Italien. C, 17?. 
Jubileum. Son origine. A, 8» 
Julie Dlle. ) Chanteufe. C , $16. 
Julie Farefe, Poète Muficienne. C , 2^3. 



magne. A , 109. 
Lamés , Poëte Français. D, 177. 
Lalande, très habile Compofiteur Français» 

C,439- 
Lalouette , Compofiteur Français. C , 440» 



Julien, Ecrivain Français fur la mufique. Lambert, Ecrivain Français fur la mufique» 



C, 640. * 

Jumilhac , Ecriv. Français fur? la niufiq. Ibid. 
Juvinal, Poète Latin. C , 49. 
Juvigny (Rigoley de) Poëte Franc. D, 174. 



K. 



C r 642. 
Lambert (de S. ) , Auteur Français fur la 

mufique. Ibid. 
Lambert, Compofiteur Français. C , 440. 
Autre Lambert, Compofiteur Français. C K 

441. 
Lambert V aveugle , Chanfonn-. du treizième 

fiecle. B , 101. 



Kassvto, inftrument des Nègres. A, 22-r 
Kaukefel{ Maître Guibert de ), Poëte du Lambert ( S. ) Poëte Français. D , t8a 
treizième fiecle. B , 2.00» Lamia , Muficienne Greque. C ,. sir- 



D E S M A 

Lamiras, Muficien Grec. C , 94. 
Lampadius , Auteur Lacin fur la nautique. 

C,3?4. 
Lampon , Muficien Grec. D, 54. 
Lamprocles , Muficien Grec, //'il/. 
Lamprus, Ecrivain Grec fur la mufique C , 

145. 
Lamprus , Muficien Grec. C , 94. 
Lampugiani, Compofiteur Italien. C, 19?. 
Lamy , Ecrivain Français fur la muiîque. C , 

643. 
Lancelot, Ecrivain Français fur la mufiq, 

Ibid. 
Lancent, Cantatrice Italienne. C, 3x7. 
Lundi, Cantatrice Italienne. C, 314. 
Landi , Poëte lyrique Italien. C, 176. 
Landria.no , Chanteur Italien. C , 306. 
Lanfranco , Auteur Italien fur la mufique. 

C, 354- 
Lapis ou Lapi , Compofiteur Italien. C, 

196. 
La.fcq.rmt, Chanteur Italien. C, 301. 
Lafus ou Lajfus , Muficien Grec. C , 

54- 
Latilla , Compofiteur Italien. C, \96, 
Lattaignant , Poète lyrique. D , 183. 
Laugier , Ecrivain Français fur la mufique, 

C, 643- 
Laujon , Po'éte lyrique. D , 1 86. 
Lavoyt Mignot , Ecrivain Français fur la 

mufique. C , 644. 
Laurencini , Anteur Latin fur la mufique. 

C, 354- 

Laurenti, Compofiteur Italien. C, 196. 
Lauren\ani Conti , Cantatrice Italienne. C , 

3*7. 
Lauremj. , Compofiteur Italien. C , 196* 

Laures , Poëte Français. D, 196. 
L'autel (de) , Poète Français. D , 199. 
Leœna , Muficienne& Courtifanne Greque. 

C,9Î. 
Leardi , Chanteur Italien, C , 307, 



T I E R E S. xxîx 

Leardini, Compofiteur Italien. C, 197. 
Leblanc , Poëte Français. D , 199. 
Lefcvre, Compofiteur Français. C, 441. 
Autre Lefcvre. Ibid. 
■Légat di Furcy , Compofiteur Français. C s 

44\> 

Legier , Poète lyrique. D, zoo. 
Legreni^i , Compofiteur Italien. C , 197. 
Lemaire , Auteur du nom de la noiejï. B, 

Lemene , Poëte lyrique Italien. C, 17e. 
Lemoine de S. Denys , Chanfonnier ancien* 

B, ioi. 

Léo , Compofiteur Italien. C, T97. 
Léonard, Poëte lyrique. D, îoo. 
Lefma , Chanteur Italien, C , 304. 
Levèns , Ecrivain Français fur la mufique^ 

C, 644. 

Leyre ( de ) , Poëte lyrique. D , 101. 
Liberati , Auteur Italien fur la mufique. 

C,3H- 
Libon , 'nom de I'Architede qui bâtit le 

temple de Jupiter dans le bois_ facré des 

Jeux en Grèce. A, 77. 
Liccarï, Cantatrice Italienne. C , 313. 
Licors ( Lambert ) , & Alexandre Paris f 

Troubadours célèbres. A , m. 
Lille, Poëte Français. D, zo$. 
Lille ( le Tréforier de ) , Chanfonnier d'il 

treizième fiecle. B , ioi. 
Linant , Poëte Français. D , 108. 
Lingendes (de), Poëte Français. D 108. 
Liniere , Poëte Français. Ibid. 
Linos , nom de l'une des trois chanlbnî 

lugubres des Grecs. B , rxj. 
Linus , Muficien Grec. C,9j. 
Lionardi , Chanteur Italien. C , 301. 
Lifi , Cantatrice Italienne. C, 313. 
Liftenius , Auteur Latin fur la mufique. C s 

3 54- 
Litanies compofées par Pierre l'Heraute? 
A, 103. 



xxx T A B L E G 

Lityerfes , fils naturel de Mydas. La chan- 
fon des Moilïbnneurs cirait de lui fon nom. 

B, m. 

Livet , Muficien. C , y 17. 

JLivius Anironïcus , Poète Latin. C , 5; r. 

Locatelli , Chanteur Italien. C , 306. 

Lodi, Cantatrice Italienne. C , 316. 

logmrgino , CompoGceur Italien. C , 198. 

Lolichmium , nom d'un gymnafe , près d'O - 
lympie, ouvert à tous ceux qui vouiaient 
combattre en littérature , en poéfie Se eu 
mufique. A , 80 , note. 

Lolli, Cantatrice Italienne. C, 3zz. 

Lollio , Poète lyrique Italien. C, 2.76. 

Lonati, Poète lyrique Italien. C, 276. 

Lonati , Compofïteur Italien. C , 198. 

Longo , infiniment des Nègres. A, zzi. 

Lorente, Auteur Italien fur la mufique. C , 

Lorris ( Guillaume de ) , Troubadour 
célèbre, Auteur du roman de la Rofe , 
continué par Jean de Meun. A , 1 1 z. B , 
Z02. 

LoJJzus , Auteur Latin fur la mufique. C , 

Lotti , Compofïteur Italien. C, 198. 
Louo , Poète lyrique Italien. C. 177. 
Louis ( Mad. ) habile Compofitrice Fran- 

çaife. C, 444. 
Loulié , Ecrivain Français fur la mufique. 

C , 649. 

Loure , inftrument femblable à ce qu'on 

croit, aune muiêtte. A , z68. 
Louvencourt ( Mlle, de ) , Poète Français. 

D, 209. 

Louvois ( Maître Jean de ) , Chanfonnier 

du treizième fiecle. B , zoz. 
Lu ou Demi-tons. Allégorie par laquelle les 

Chinois expliquent la découverte des douze 

demi-tons. A, ni. 
Lucain, Poète Latin. C,"jV. 
Lucchejî, Compofïteur Italien. C, 199. 



Ê N É R A L E 

Lucchefini, Poète lyrique Italien. C , Z77, 
Lucchini , Poète lyrique Italien. C,i77. 
Lucien, Ecrivain Grec fur la mufique. C, 

14*. 
Lucilius , Poète Latin. C, 52. 
Lucini , Chanteur Italien. C , 301. 
Lucio ou Lu-tfp, Compofiteur Italien. C, 

199. 
Lucrèce ( Titus Carus ) , Poète Latin. C » 

n- 

Lully , très habile Compofiteur Français. 

C, 444- 
Lupi , Compofiteur Français. C, 448. 
Lufcinius , Auteur Latin fur la muiique. 

^,354- 

Lujfan ( Mlle, de) , Auteur diltinguée. D , 

Z09. 
Lujf.iy ( Antoine de ), Poète du quinzième 

fiecle. B, 374. 
Luth , inftrument qui relfemble à la guitarre 4 

A, Z99. 
Luth. Etymologie du nom de cet inftrument 

qui vieBt de l'Arabe. A, 193. 
Lu\\<.ifchi , Compofiteur Italien. C, 199. 
Lycaon, Muficien Gcec. C, 96. 
Lycophron , Poète Grec. C, Z4. 
Lydien, inftrument apporté en Italie par 

les Arcadiens. A , 40. 
Lydien , nome trochaïque. B , iz£. 
Lydien ( mode . A , 3 j. 
Lydien ( mode ). Ce que c'était chez les 

anciens. A , 7 , 3?. 
Lydien-mixte ( mode ) était employé chez 

les anciens pour exprimer la triftefTe. A , 

xi- 
Lyre , inftrument à cordes des anciens. A , 

Z4z. 
Lyre Mofcovite. A , 199. 
Lyfandre , Muficien Grec. C, 96. 
Lyfias , Muficien Grec. C , 97. 
Lyticrfe, Muficien Grec, lbiiL 



DES MA 

M. 

Macari , Compofîteur Italien. C, 200. 

Mactr (Emiiius ) , Poète Latin. C, 53. 

Hachait ( Guillaume de ) , Poète du qua- 
torzième fiecle. B , 374. 

Macrobe, Ecrivain Latin fur la mufïque, C , 
160. 

Madin, Compofîteur Français. C, 448. 

Majfei , célèbre Poète lyrique Italien. C , 
177. 

Maffd , Auteur Italien fur la mufïque. C , 
3 54- 

Mafia Kitha , infiniment à vent des Hé- 
breux. A, 130. 

Magadis ou Magades ,inftrument à cordes 
des anciens, dont fe fervait Anacréon. A, 

M3- 
Maggi , Poète lyrique Italien. C , 277. 
Maggi , Chanteur Italien. C, 303. 
Maggiolate , bouquets du mois de mai. C , 

252. 
Maggiore , Compofîteur Italien. C, 200. 
Maghul, infiniment de percuflioii Hébreu. 

A, 236. 
Magni , Compofîteur Italien. C , 200. 
Autre Magni. Ihid. 
Magraphe Temid , infirument de percuf- 

fion des Hébreux. A, 237. 
Maïlly ( Monfeignenr Bouchard de ) , 

Chanfonnier du treizième (îecle. B, 202. 
Mailly ( Mathieu de ) , autre Chanfonnier 

du même tems. B , 203. 
Mailhol, Poète Français. D , 210. 
Maina , Cantatrice Italienne. C , 320. 
Mainard , Poète Français. D , 210. 
Maire ( le ) , Compof. Franc. C , 448 . 
Maifons ( Gilles de ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B , 203. 
Maifons ( Jean de ) , Chanfonnier du 

même tems. Ibid. 



T I E R ES. xxx) 

Mai\( Dlle.de) , Chanteufe. C, j 17. 
y Majo , Compofîteur Italien. C , 200. 
Majorana dit Cafariello^ excellent Chanteur 

Italien. C , 313. 
l 'Malcolm , Ecrivain Français fur la mufïque, 

C , 6fo. 
Malcfieu ( de ) , Poète Français. D , 212, 
Malfilatre , Poète Français. D , 213. 
Malherbe, Poète Français. D,iJ4. 
Malipiero , Poète lyrique Italien. C, 278. 
Malleville , Poète Français. D, 21 j, 
Malvc\\y , Compofîteur Italien. C, 200» 
Mancini , Compofîteur Italien. C, 201. 
Mancros , nom de la chanfon de deuil, B , 

12*. 

Mandoline , efpece de petite gukarre. A , 

300. 
Mandolini , Chanteur Italien C , 306. 
Mandore, infirument à corde qu'on pince; 

A , 300. 
Mandli , Compofîteur Italien. C, 20 r. 
Manfiredi , très célèbre Poète lyrique Italien , 

& de plus homme célèbre dans plufîeurs 

genres. C , 278. 
Manfiredi, Cantatrice Italbnne. C, 324. 
Manfi/edini , Compofîteur Italien, C , 

201. 
Mangenoe , Poète Français. D , 216. 
Manicorde ou Clarij;orde, ou Manicordion, 

infirument en forme d'épinette. A, 301. 
Manilius ou Manlius , Poète Latin. C » 

54- 
Manna, Compofîteur Italien. C, 201. 
Manni, Cantatrice célèbre. C, 321. 
Manoir ( du ) , excellent Violon du tems 

de Louis XIV. Anecdote à fon fujet, A , 

123. 
Manoir ( du ) , célèbre Violon. C , 517. 
Mantienne , Chanteur. C , 517. 
Mantovano , Chanteur Italien. C, 305, 
Man-{a , Compofîteur Italien. C, 201. 
Man^oH , Chanteur Italien. C, 316. 



xxxij TABLE G 

Marais, Compofiteur Français. C, 449. 

Mara\\oli , Compofueur Italien. C, 101. 

Marberoles ( Meflîre Robers ), Clianfonnier 
du treizième fiecle. B , 103. 

Marcelli, Cantatrice Italienne. C , 324. 

Marcello, Poëte lyrique Italien. C, 178. 

Marcello , Corapofiteur Italien. C, 202. 

Marchand, Poëte Français. D , 220. 

Marchand, Ecrivain Français fur la mufiq. 
C , 6jo. 

Marchand, Organifte & Compofiteur Fian- 
çais. C , 449. 

Marche ( le Comte de ) , Clianfonnier du 
treizième fiecle. B , 103. 

Marchefi, Chanteur Italien. C, 319. 

Marchefini , Cantatrice Italienne. C , 314. 

Marche ai, Cantatrice Italienne. C , 311. 

Marchetio , Auteur Latin fur la mufique. 

C, 3Î4- 

Marchi , Poète lyrique Italien. C, 179. 

Marchis ou Marquis ( Bernard ) , Clian- 
fonnier du treizième fiecle. B , 105. 

Marcouville , Poë;e Français. D , 211. 

Maren\io , Compofiteur Italien. C , 201. 

Marguerite Archinta , Poëte & Muficienne. 

C253. 
Marguerite d'Autriche , Poète du feizieme 

fiecl.'. Son épitaphe par elle-même. B , 

37J- 

Marguerite de Valois , Auteur de jolis 

vers. D , 222. 
Mariani, Compofiteur Italien. C, 203. 
Mariant , Chanteur Italien. C , 309. 
Mari: Stuart , Auteur de poéfies. D , 223* 
Mariefchi , Chanteur Italien. C, 31$. 
Marigny , Poëte Français. D, 215:. 
Marimba , infiniment des Nègres d'Angola. 

A , 210. 
Marin, Poëte Français. D, 226. 
Marion de l'Orme , célèbre Chanteufe. C , 

?i3. 
Marlkre , excellent Ballon. C , 5; 19. 



Ê N Ê R A L E 

Marot (Jean), Poste Français. D, 239. 

Marot ( Clément )', Poëte Français. Ibid. 

^Marmontel , Poëte Français. D, 226. 

Marotta, Compofiteur Italien. C, 203. 

w Marpourg , Auteur Français & Allemand 

fur la mufique. C , 355. 
Marre ( de la) , Poëte Français. D , 240. 
Marfilio , Chanteur Italien. C , 307. 
Marfus ( Domitius ) , Poëte Latin. C , 

Ï4- 
Marfyas , Muficien Grec. C , 97. 
Martelli, Poëte lyrique Italien. C, 27p. 
Martelli, Chanteur Italien. C, 303. 
Martellus , Auteur Latin fur la mufique, 

C, 355- 

Martenne , Ecrivain Français fur la mufiq, 

C , 650. 
Martial ( Marcus Valerius ). C, f 4. 
Martial, de Paris, Poëte des quinzième Se 

feizieme fiecles. B, 375. 
Martiaux ( Jeux ). Leur origine : leur 

objet. A, 99. 
Martin , Ecrivain Français fur la mufique, 

C, 651. 
Martin, Muficien. C , ^19. 
Martinelli , Chanteur Italien. C, 302. 
Martinelli , Cantatrice célèbre. C, 321. 
Martinengo , Compofiteur Italien. C , 203. 
^Martini, Auteur fur la mufique. C, 35$. 
Martini, Compofiteur Français. C, 450. 
Martini , Compofiteur Italien. C, 203. 
Martius le Béguins , Clianfonnier ancien," 

B, 205. 
Marulus , Poëte Latin. C, ff. 
Mafques de théâtre , inventés par Mefon , 

de Megare. A , 48, a. 
Mafques , inventés par Cherille , Poëte 

Grec. C, 10,14. 
Mafques fervaient de porte-voix aux chan- 
teurs , pour fe faire entendre dans des 

théâtres très varies. A , 48. 
Majfe , Compofiteur Français. C, 4fo. 

MaJJip, 



DES MA 

'Majfîp, Poète lyrique. D , 241. 

Maffen , Ecrivain Français fur la mufique, 

C, 651. 
Mafurius, Muficien Grec. C, 98. 
Mathieu. Plusieurs Composteurs Français 

de ce nom. C , 4^0. 
Mat ho , Compofiteur Français. C, 454. 
v Matraca, infiniment Efpagnol. A, 184. 

Mattei, Cantatrice Italienne. C , 318. 
' flfatteucei , habile Chanteur Italien. C , 
308. 
Mattioli, Compofiteur Italien. C, 203. 
Mac tins ( Ce relus ) , Poète Latin. C , ? <. 
Miuduity Muficien. C, £19. 
• Maupin ( DUe, ) célèbre Ghanteufe. C , 
-'■ 51?. 
Maure ( le ) , excellente Chanteufe. G , 

Maure ( daiifê ). A , 384. 
Maure ( air ) . Ibid. 
Maurinus , Chanteur. C, $22. 
Mauro y Poète lyrique Italien. C, 279, 
M*»voifin ( Robert de ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B , 11 ?. 
Maxime , de Tyr , Ecrivain Grec fur la 

mufique. C , 146. 
Ma\anti , Cantatrice Italienne. C, 314. 
Ma\\anti , Chanteur Italien. C, 316. 
Ma\^ari , Poète lyrique Italien. C , 279. 
Ma\\occhi, Compofiteur Italien. C, 204, 
Ma-fioleni, Compofiteur Italien. Ibid. 
Mécène , Poète Latin. C, $ <. 
Médecine muficale. Les Arabes prétendent 

guérir plufieurs maladies en jouant du 

oûd ( notre luth ). 
Différens modes félon les maladies. A , 194. 
Anecdote fur deux amans Arabes , réconci- 
liés par le moyen d'un air joué fur cet 

infiniment. A, 19$. 
Me'dici, Cantatrice Italienne. C, 318. • 
Megalefes ( Jeux ) , inftitués en l'honneur 

de Cybèle. A, 100, 
Tome lV t 



T I E R E S. xxxîij 

Mei , Auteur Italien fur la mufique. C , 

35-6. 
Meibomius , Auteur Latin fur la mufique; 

C,3*7- 
Mélampe , Muficien Grec. C , 98. 
Melanchton , Ecrivain Français fur li 

mufique. C, 6$z. 
Melani , Compofiteur Italien. C , 104. 
Melanippide , Auteur Grec fur la mufique» 

C, 146*. 
Melchiori , Chanteur Italien. C , 300. 
Meleagre , Poète Grec , premier Auteur 

de l'Anthologie. C, 24. 
Meliffiis , Poète Latin. C, 57. 
Mélodie. En quoi confifte. B , 13. 
Mélopée, chez les Grecs avait neuf nomes 

ou modes. 
Enumération de chacun. A , 35. 
Mélopée. Voyez Chant. 
Melofio , Poète lyrique Italien. C , 279. 
Memphis , Muficien & Philofophe. C y 

98. 
Menandre , Poète comique Grec. C, 24, 
Menecrate , Muficien Grec. C , 98. 
Menedême , Muficien Grec. Ibid. 
Menefirel , nom donné au premier Maître 

de mufique de la chapelle du Roi Pépin. 

A ,109. 
Menefirels , forte de Chanteurs & Mufî- 

ciens. A , ni, 
Menejlriers ( confrérie de S. Julien des ) , 

fon inftitution. A, 41 y. 
Ménétrier , Ecrivain Français fur la mufiq. 

C, 652. 
Mengoli , Auteur Français lur la mufique. 

C, 357- 

Menias , Muficien Grec. C,98. 
Menilglaife , Poète lyrique. D , 241. 
Mennefon , Poète lyrique. D , 247. '• 

Mercadier , Ecrivain Français fur la mufiq. 

C, 653. 
Mtrchi , Auteur Franc, fur la muf. C, 6fi. 



xxxiv TABLE G 

Mercure , Muficien Grec. C, 98. 

Mer eaux , Compofiteur Fiançais. C , 454. 

Mermec , Auteur Français fur la mufique. 

C.rfjf. 

Merfenne , Auteur Latin fur la mufique. C, 

117. 
Merville ( Guyot de ) , Poète Français. D , 

Merula , Compofiteur Italien. C , 104. 
Merulo , Compofiteur Italien. C , 104. 
Mery ( Huon de ) , Troubadour célèbre. 

A , ni. 
Mefangeau, Muficien. C, 522. 
Mefochoros ou Paufarius , noms Grec & 

Latin du Maître de mufique. A, 104. 
Mefodmès , Poète Grec , Auteur d'un 

hymne à l'honneur de Néméfis. A, 37. 
Mefomédès , Muficien Grec. C , 99. 
Méfie. Epoque des différens morceaux qu'on 

y chante. A , 115, note. 
Méfies en mufique avec fymphonie. Les 

premières furent célébrées en Italie vers 

léfo. 
Mejure { Batteur de ). Il y en avait chez les 

Grecs & chez les Romains. A , 54- 
Meta/ïa/ïo, très célèbre Poète lyrique Ital. 

C,i8o. 
MetrUy Compofiteur Français. C, 4Ï4» 
Metfang , inftrument eu. vogue chez les 

Perfans. A, 301. 
jtfeun (Jean de) dit Cloplnel , Poète du 

tems de Philippe- Augufte. B , 377. 
Meurfius , Auteur Latin fur la mufique. 

C358. 
.Me\angere{ Mad.de la), habile Compo- 

fitrice. C, 4Î4- 
Mlchaut { Pierre ) , Poète du quinz. fiecle. 

B » 377- • 
Miche'e , habile Organifte. C,4îî- 
.Michel Ange , Auteur Français fur la 

mufique. C , 6JJ. 
Mtthelï , Poète lyrique Italien. C,i8i. 



E N È R A L E 

Micheli , Compofiteur Italien. C , 104. 
Michel Mafcïtti , Muficien. C,5n. 
Michi y Muficien. Ibid. 
Midas , Muficien Grec. C , 99. 
Miere ( le ) , Poète Français. D , 148. 
Miere ( le ) , bon Chanteur. C , 5 13. 
Migliavacca, Poète lyrique Italien. C, 

281. 
Mignon , Compofiteur Français. C , 4f f. 
Millevillây Compofiteur Italien. C, 104. 
M 'illico , Chanteur Italien. C , 318. 
Mime. Ce que c'était à Rome. C, 130, 

note. 
Mimeures, Poète Français. D, 2?2. 
Mimnerme , Muficien Grec. C , 99, 
Minato , Poète lyrique Italien. C , 281» 
Minellï , Poète lyrique Italien. C , 181. 
Minelli , Chanteur Italien. C, 310. 
Minghinim , inftrument de percuffion des 

Hébreux. A, 137. 
Mingoni , Chanteur Italien. C , 311. 
' Mingoui , Cantatrice Italienne. C , 318. 
Minore: , Compofiteur Français. C, 45 j. 
Mion , Compofiteur Français. Ibid. 
Miracle , Chanteur. C, 513» 
Mifene, Muficien Grec. C , 100. 
Mixte y Compofiteur Italien. Ç , 20J» 
Mnefias , Muficien Grec C, 100. 
Mode ou Ton. Ce que c'eft parmi nous. B , 

27. 
Modes de la mufique Creque. Voyez leurs 

noms particuliers. 
Modes des anciens. Leur origine. B , 10. 
Moduler. C'eft paflèr dans un autre ton. B , 

28. 
Moggi, Chanteur Italien. C, 309. 
Molière , Poète comique Français. D , 

2? 2. 

Molinariy Compofiteur Italien. C, 20f, 
Moline , Poète lyrique. D , 273. 
Molteni, Cantatrice Italienne. C, J27. 
Monari, Compofiteur Italien. C, zof. 



DES MA 

'^ fifonaule , nom d'un infiniment chez les 
Egyptiens. A , 19. 

Monaulos , efpece de flûte unique, A , 
229 , 230. 

Moncrif, Poète Français. D, 155. 

' Mondonville , Poète lyrique. D , 257. 

Compofiteur Français. C , 4^. 

Mondorge , Poète Français. D,ij7. 

Monello ( le ). Voyez Bombaglia. 

Mongenot, Compofiteur Français. C, 45e. 

Moniglia , Poète lyrique Italien. C , 282. 

Moniot , d'Arias ( Jean ) , Chanfonnier du 
treizième fiecle. B , 20 f. 

Moniot , de Paris ( Jean ) , Chanfonnier 
du même tems. B , 207. 

Marinier ( le ) , Poète lyrique. D , 2 j 8. 

Monnoie ( la ) , Poète Français. D , 260. 

Monocorde , infiniment inventé par Pytha- 
gore. A , 144. 

Monfigny , Compofiteur Français. C , 457. 

Montanari , Chanteur Italien. C , 30p. 

Montano, Auteur Italien fur la mufique. 
C, 3î8. 

Montanus , Poète Latin. Il y en a eu plu- 
fieurs de ce nom. C, 57. 

Monte, Compofiteur Italien. C, 205". 

Montbard , village de Bourgogne , od quel- 
ques Auteurs croyent que les Bardes s'éta- 
blirent. A , ioy. 

Montédair , Auteur Français fur la mufiq. 
C,6?ï. 

Montédair , Compofiteur Français. C , 

Montefquieu , Auteur de poéfies légères. D, 

264. 
Monteverde , Compofiteur Italien. C, 205;. 
Montfaucon , Auteur Français fur la mufiq. 

C , 656. 
Monti , Poète lyrique Italien. C , 282. 
Monticelli , Chanteur Italien. 0,314. 
Montplaifir , Poète Français. D , 264, 
Montreuil , Poète Français. D, z6f. 



T I E R E S. xxxv 

Montvallon , Auteur Français fur la mufiq, 

C, 6<j6. 
Monvely Poète Français. D , î6f . 
Mon^a , Chanteur Italien. C, 30e. 
Momndi, Poète lyrique Italien. C , 282. 
Moreau y Poète & Publicifte. D, 26 j. 
Moreau , Compofiteur Français. C, 45; t. 
Moreau ( Dlle. ) Chanteufe. C , 523. 
Morelet , Auteur Français fur la mufique, 

C, 6^6. 
Mont de Lefcer, Auteur Français fur la 

mufique. C , 658. 
Moretti , Chanteur Italien. C , 306. 
Morfontaine , Poète Français. D, 271, 
Morici , Chanteur Italien. C, 313. 
Merlaques. Leur mufique. A , 440. 
Leurs chanfons, 441, &Juiv. 
Morlaye , Muficien. C, 523, 
Moro , Chanteur Italien. C, 30T. 
Moro , Cantatrice Italienne. C, 327. 
Morofini , Poëte lyrique Italien. C , 282. 
Morfelli , Poëte lyrique Italien. C, 282. 
Mortellari , Compofiteur Italien. C, 2o£» 
Mofchus , Poëte Grec. C, 25-. 
Mofchus , Muficien Grec. C, 100. 
MoJJi, Chanteur Italien. C, 309. 
Motin, Poète Français. D, 272. 
Motte ( de la ) , Poëte Français. D, 273. 
Moulinée y Compofiteur Français. C , 458. 
Moulins ( Maître Pierre de ) , Chanfonnier 

du treizième fiecle. B , 207. 
Mouret , Compofiteur Français. C , 458. 
Moutier ( du ) , Muficien. C, $23. 
Mou\a , Compofiteur Italien. C, 206. 
Muances. Ce que c'était autrefois dans la 

mufique. A , 7. Ibid. 3 y. 
Muguai, Cantatrice Italienne. C, 322. 
Muraire , Chanteur. C , y 24. 
Muranefe, Cantatrice Italienne. C, 321. ■ 
Murât ( Mad. de ) , Poëte Français. D , 

27e. 
Mûris , Auteur Latin fur la mufiq. C, 35" 8. 

e 2. 



XXXYJ 



TABLE 



Mûris ( Jeau de ) , inventeur de la valeur 

des notes. B , 57. 
Mufti , nom de fept Auteurs Grecs. C , 

14. 
Mufes. Voyez Apollon. 
Mufet (Colin), Chanfonnier du tems du 

Roi de Navarre. Anecdote fur lui. B , 

107. 
Mufette appellée chez les Latins tibia utri- 

cularis. A , 130. 
Mufette , inltrument à vent & à anche. 

Inventé à ce qu'on prétend par Colin 

Mufet. A , 268. 
Mufi, Cantatrice Italienne. C , 32.3. 
Muficiens honorés des plus hauts emplois 

chez les Grecs. A , xv. 
Muficiens à la cour des Princes. Antiquité 

de cet ufage. A , n. 
Mufique. Son ancienneté & fon origine. 

A , 1 , & fuiv. 
Après le déluge , les Egyptiens en furent 

les reftauirateurs. A, 17 & 18, 
Sa divifion félon les anciens , en mondaine, 

humaine Se inftrumentale. Définition de 

chacune. A , 4. 
Autrefois confondue avec la poéfie & la 

danfe. Depuis elle ne lignifie plus que 

la mélodie & l'harmonie. A, 3» 
Quelques Philofophes , tels que Platon , 

Pythagore , &c. prétendent que la mu- 
fique eft le principe de tout cet univers. 

A, z, b. 
Admife chez les Grecs dans la religion.,, la 

morale & la politique. Thémiftocle blâmé 

pour l'avoir ignorée. A , xiv , a. 
Des anciens, ne devait pas être trop agréable, 

de peur de. corrompre les moeurs. A , 

xx. 
Senfibilité, des Grecs pour la mufique. A,. 

viij , & fuiv. 
Source de confolation de ceux qui avaient 

gerdu quelque bataille. A, xiij, a. 



È N É R A L E 

Les Getes envoyaient leurs AmbafTadeurS 

propofer des traités , une harpe à la 

main. A, xiij , a. 
Mufique vocale & infiniment aie. Sa divi-, 
. fion félon. les anciens. A , j. 
Pendant les repas & dans les funérailles. A ,' 

M. 
Pendant les repas pour réprimer l'intempé- 
rance & l'incontinence. Ibid. note. 
Faifait partie de l'éducation des gens bien 

nés , au rapport de Cicéron. A , xiij. 
Mufique chez les Chaldéens. A , 1 y» 
Mufique de la Chine. Différentes efpe.ces, 

qu'on y compote. A , 3 67. 
Cas où chacune eft exécutée. Ibid. & fuiv, 
Mufique Arabe. A, 383. 
Chez les Juifs. A , 10 , & fuiv». 
Plaifant reptoche du. Comte d'Anjou à 

Louis d'Outremer , fur ce qu'il ne favait, 

pas la mufique. A , 1 14. 
Obligation impofée par un CommifTaire du 

Pape à tous les Bénéficiers de favoir la 

mufique , & confirmée par Arrêts du 

Parlement d'Aix. B, 60. 
Mufique Kuffe. A , 381. 
Mufique militaire. A, 214. 
Mufique d'Eglife chez les premiers Chié-» 

tiens. A , 215. 
Infiituée en 1585. A, 121» 
Mufique d'Italie. Ancienneté de fa fupé- 

riorité fur les autres. A , 107. 
Mu7 L io , Chanteur Italien. C , 3 1 8» 

N. 

Narlum , inftrument Chaldéen.- A , 16. / 
Ncenia. Nom Latin de la chanfon de deuhV 

B, nj. 
Nœvius , Poète Latin. C , f 7, 
Naldi , Chanteur Italien. C , 316. 
Nanini, Compofiteur Italien. C , 206. 
Nanino , Aut. Franc, fur la mufiq. C,. 3 J5>» 



DES MA 

Nannini, Cantatrice Italienne. C , 314. 
Nanno , Muficien Grec. C , 100. 
Nantilde , Reljgieufe de l'abbaye de Ro- 

milly, charma par fa voix Dagobert qui 

en devint amoureux , & i'époufa. A , 

108. 
Naquairt, inftrument à vent qui n'eft plus 

connu. A, 268. 
Najfarre, Auteur Efpagnol fur la mufique. 

C, 35$. 
Navara, Compofiteur Italien. C , 20e. 
Naumachie. Quand fe fit la première à 

Rome. A , 45. 
Nebel , & en Latin Nablium , infiniment â 

cordes des anciens. A , 245. 
Neele ( Perrotde ) , Chanfonn. du treizième 

fiecle. B , z 1 o. 
Niera, Muficienne de Rome. C, 126. 
Nègres. Leur mufique & leurs inftrumens, 

A, 116, & fuiv» 
Negri , Compofiteur Italien. C, 207. 
Negri, Cantatrice Italienne. C, 325. 
Negri Tomi , Cantatrice Italienne. C , 322. 
Negri Tomi, Cantatrice Italienne. C, 327, 
Nelvï, Compofiteur Italien. G, 207. 
Ne'me'ade, Muficien Grec. C, 100. 
Néméens ( Jeux ). Leur origine. Par qui 

inftitués. A, 84. 
Neméfien ( Aurelius Olympius ).. C , 57. 
Nenna , Compofiteur Italien. C , 207. 
Neri, Poète lyrique Italien. C, 283. 
Néron ( Domitius ) , Empereur , Muficien. 

C, 127. 
Nefior, Muficien de Rome. C, 125. 
Netoïde. Nome aigu chez les Grecs. B , 

126. 
Neve, Compofiteur Français. C, 459. 
Nevers ( le Comte de ) , Poète du quinzième 

fiecle. B , 377. 
Newton , Auteur Lat. fur la mufiq. C, 359. 
Neuville '( Jean de ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle, B , 210, 



T I E R E S. xxxvi/ 

Nibeles , infiniment des Abyflîn?. A , z6$. 
Niccolini , Chanteur Italien. C , 314. 
Nicandre , Poète Grec. C , 26. 
Niccolini , Chanteur Italien. C, 318. 
Nicodrome , Muficien Grec. C , 100. 
Nicomaque , Poète Grec. C , 16, 
Nicomaque, Muficien Grec. C, 101. 
Nicomaque , Auteur Grec fur la mufique. 

C, 147. 
Nicomedes ou Mefomèdes , Muficien de 

Rome. C, 129. 
Nicoftrate Se Laodocus , Muficiens Grecs, 

C, 101. 
Niel , Compofiteur Français. C , 4^. 
Niglarien. Voyez Hexarmonien. B , 126. 
Nini , Chanteur Italien. C , 307. 
N***. (le Duc de), Poète Français. D , 

278. 
Nivers , Auteur Français fur la mufique. C, 

6f 8. 
Nochei, Muficien. C, 524, 
Noels. Origine de leur compofition. C, 403. 
Noels* Ce font , dit-on , des airs de gavotte 

que Ducauroy compofa pour Charles IX, 

A , 118, note. 
Nolfi, Poète lyrique Italien. C, 283. 
Nomes de la mufique des Grecs, Voyez 

leurs articles particuliers. 
Nomion. Nom de la chanfon des hommes 

amoureux. B , 124. 
Nomique ( Nome ). A , 3 f. 
Non (de), Poète Français. D, 280» 
Noris , Poète lyrique Italien. C, 283. 
Norwege. Chanfons de ce pays. B , 397. 
Note fenfible. Ce que c'eft. B , 27. 
Note fenfible eft l'origine des difibnances 

majeures. B, 11. 
Noter. Quels font les difterens cara£teres 

dont on s'eft fervi pour noter la mufique. 

B,2 4 . 

Notes des Grecs. Comment diftinguées St 
arrangées. A , xvj. 



xxxviîj TABLE G 

Notes nommées des fept premières lettres 
de Talphabeth jufqu'au milieu du onzième 
fiecle , que Gui d'Arezzo les changea, B , 

20. 

Notherus , Compofiteur Français. C, 45'p. 
Novati, Chanteur Italien. C, 50p. 
Noue ( la ) , Poète Français. D, 282. 
Novellï , Chanteur Italien. C , 316. 
Novemdlales ( Jeux ). Quand avaient lieu. 

A, 100, 
Novi , Poète lyrique Italien. C , 284, 
Novius , Poète Latin. C , 58. 
Nfambï , influeraient des Nègres de Congo. 

A , 220. 
Numatianus ( Rucilius Claudius ) , Poète 

Latin. C, 58. 

O. 

Octa ve ( règle de 1* ), autrefois feule règle 

de l'accompagnement. B , 60. 
Odoardi , Chanteur Italien. C , 303. 
Odon , Compofiteur Français. C, 459. 
Oina Morul , Poète Herfe. B , 411. 
Oifi ( Maître Hugues d' ) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B , 211. 
Olen, Poète Grec. C, 26. 
Olivet, Muficien. C, «(14. 
Olivier de la Marche , Poète du quinzième 

fiecle. B, 378. 
Olympe, Muficien Grec. C, toi. 
Olympïodore , Muficien Grec. Ibld, 
Olympiques ( Jeux ), Ce que c'était en 

Grèce. Comment fe célébraient. A , 70. 
Olympiques ( Jeux ). Leur célébrité dans la 

Grèce. A , 80 , 81. 
Quand abolis. A , 8r. 
Il y eut 304 Olympiades en 1216 ans. A, 

82. 
Ombelio, Poète lyrique Italien. C , 284. 
Ongarelli, Cantatrice Italienne. C, 316, 
Onomacrite , Poète Grec. C , 26. 



Ê N É R A L E 

Opéra. Ses commencemens. Son établifle- 

ment. A , 1 23. 
Opéras, Leur origine & leurs progrès. A , 

4i?. 
Opéra. Le premier intitulé la Converfîon ae 

S. Paul, de la compoiïtion deFrancefco 

Baverini-, fut joué à Rome en 1440. A , 

4P. 
Opéra. Hiftoire de l'Opéra en Fiance. A , 

Z9 3, & fuiv. 
Etat des dépenfes habituelles de l'Opéra. 

,4° î- 
Opéra-comique. Hiftoire abrégée de fon 

établiflement. A, 412. 
Oppien , Poète Grec. C , z6. 
Orchefis. Ce que c'était chez les Grecs. A t 

60. 
Orgiani , Compofiteur Italien. C , 207. 
Orgue ancien. A, 231. Voyez Flûte dt 

payfan. 
Orgues , inftrument à vent très connu. Son 

origine. A , 169. 
Orgue hydraulique. Ibld. 271. 
Orgues. Leur origine en France. A , 10p. 
Orgue de Barbarie, C'eft une ferinette en 

grand. A, Z72. 
Oria , Chanteur Italien. C, 303. 
Origoni, Chanteur Italien. C, 303. 
Orlando Lajfus, Compofiteur Français. C , 

460. 
Orlandi , Compofiteur Italien. C , 207. 
Orlandini, Compofiteur Italien. C, 207. 
Orléans ( Madame la Ducheiïè d' ) , Poète 

du quinzième fiecle. B, 37p. 
Orléans ( Charles , Duc d' ) , Poète du 

quinzième fiecle. B , 3 80, & Juiv. 
Orléans ( d' ) , Poète lyrique. D , 282. 
Oroux , Auteur Français fur la mufique, 

C,6j8. 
Orphée, Muficien Grec. C, 102. 
Orfcitoparchus , Auteur Latin fur la mufiq. 

C, 361. 



DES MA 

Orfini, Poëte lyrique Italien. C, 184. 

Autre Orfini, Ibld. 

Orfini, Chanteur Italien. C , 308. 

Orfini Vi\ani, Cantatrice célèbre. C, 321. 

Ortien. Nome ou air de flûte aigu. B , 116. 

OJJî, Chanteur Italien. C , 311. 

OJJian, Poëte Herfe. B , 419. 

Oftun ( Jacques d' ) , Chanionnier du treiz. 

fiecle. B, 212. 
Ottani , Chanteur Italien. C , 3 1 6, 
Ottani , Compofiteur Italien. C, 208. 
Oudot , Compofiteur Français. C , 460. 
' Ovide ( Publius Nafo ) , Poète Latin. C , 

Ourmes ( Gilles des ) , Poëte du quinzième 

fiecle. B, 388. 
Ouvrard, Auteur Français fur la mufique. 

C,éj8. 
Ouvrard, Compofiteur Français. C,4fio. 
O\onam , Auteur Français fur la mufique. 

C,6j8. 



P. 



3 Pacelii, Compofiteur Italien. C, 208. 

Pacchiaraiti , excellent Chanteur Italien. 
C, 318. 

Pacchioni , Compofiteur Italien. C , 108. 

Paccini , Chanteur. C , ^24. 

Pacini , Chanteur Italien. C , 311. 

Pacuvius ( Marcus ) , Poëte Latin. C , % 9. 

Paduanius , Auteur Latin fur la mufique. 
C , 361. 

Pœan , forte de cantique. B , 1 1 f . 

Pagandliy Compofiteur Italien. C, 208. 

Pagani-Cefiiy Poëte lyrique Italien. C , 
284. 

Page ( le ) , Chanteur. C , 514. 

Paghetti , deux Cantatrices fceurs , Ita- 
liennes. C, 318. 

Paghetti-, Cantatrice Italienne. C, 312. 

Pagliardi, Compofiteur Italien, C , 108» 



T 1 E RE S: xxxix 

Paifiello , lifez aiufi , & non Paifello y 

Compofiteur Italien. C , 205. 
Paita , Chanteur Italien. C , 308. 
Paladini, Compofiteur Italien. C, 210. 
Paladino , Chanteur Italien. C , 309. 
Palatins ( Jeux ) , inftitués par Augufte. A , 

100. 
Palani, Poëte lyrique Italien. C, 184. 
Palefirina, Compofiteur Italien. C , 210. 
PaliJ/bt, Poëte Fiançais. D, 283. 
Palladius, Poëte Latin. C, 6c. 
Pallavicini, Compofiteur Italien. C , 2T0. 
Pallavicino , Compofiteur Italien. C , 210. 
Pallavicino, Poëte lyrique Italien. C, 2 8 y. 
Palma, Poëte lyrique Italien. C , 28?. 
Palma , Chanteur Napolitain. Fameufe 

Anecdote àfon fujet. A , jo. 
Pampani , Compofiteur Italien. C, an. 
Pamphus, Poëte Grec. C, z6, 
Panacmus, Muficien Grec. C , 103. 
Panard, Poëte Français. D, 287. 
Panathénées ( Jeux ). Leur origine. Par qui 

établis. A , 87. 
Il y en avait de deux fortes , les grandes de 

petites. Ibid. 
Pancrace , forte d'exercice. A,ji,b. 
Pandore ou Tricordes , inftrument à trois 
cordes inventé par les Arabes. Pythagore 
l'attribue aux Troglodytes. A, 16. 
Pandore , inftrument de nos jours qui ref- 
femble à un inftrument Arabe nommé 
Rebab, A , 192. 
Pandore, inftrument reffemblant au luth, 

A , 302. 
Panetius , Auteur Grec fur la mufique. C , 

147. 
Panthe'e, Muficieune Greque. C, 104. 
Pantomimes. Leur origine à Rome. A , 

66. 
Pantomime. Peinture de cet- art dans ub 

diftique Latin. A , 66, 
Panyafis , Poëte Grec. C, 16. 



xl T A B L E G 

Paolini, Poète lyrique Italien. C, 28). 
Paolucci , Auteur Italien fur la mufique. 

C, 361. 
Paon ( Philippe ) , Chanfonnier du treizième 

fiecle. B , ziz. 
Papavoine , Compofiteur Français. C, 461. 
Papius y Auteur Latin fut la mufique. C, 

361. 
Paradies , Compofiteur Italien. C, 211. 
P drame/antique. Nom donné à l'art de 

chanter , dont Pythagore fut l'inventeur. 

A,xvj. 
P 'ariamba , infiniment à cordes des anciens. 

A, 2 4 f. 

Pariait , Poète lyrique Italien. C, iSf, 
Paris ( Alexandre ). Voyez Licors. 
Paris , Muficien de Rome. C t 1 19, 
Paris, Chanteur Italien. C, 30^. 
Parmini , Cantatrice Italienne. C, 31*. 
Parodie inventée par Hegetnon , Poète 

Grec. C, 1 6. 
Parran , Auteur Français fur la mufique. 

C, 658. 
Parthenies , airs à chanter des jeunes filles. 

B, nj. 

Pancnio , Compofiteur Italien. C , zii. 
Parthenius , Poète Grec. C ', 27. 
Pafcoli, Chanteur Italien. C, 306. 
Pafcot , Chanfonnier inconnu. B , 157. 
Pajî, habile Chanteur Italien, C, 310. 
Pafquale, Chanteur Italien. C , 304. 
Pafqualigo , Poète lyrique Italien. C , i8f . 
Pafqualini , Chanteur Italien. C, 301. 
Pafquier, Poète & Hiftorien. D, 291. 
Pafquini , Poète lyrique Italien. C , 286. 
PaffiireUi, Poète lyrique Italien. C, 286. 
Pajfarini , Poète lyrique Italien. C, î86 # 
Pajferat , Poète Français. D , 291. 
PaJJienus , Poète Latin. C, 60. 
Patin ( Guy ) , Poète Français. D , 294. 
Patrix , Poète Français. D, 29 5-. 
Pavillon , Poète Français. D , 196. 



£ N É RA L E 

Pavin(S.) , Poète Français. D, 297^ 

P. ( le Marquis de ) , Poète Français, D ; 

296. 
Pecci, Compofiteur Itall n. C,iii. 
Pecci ( Thomas), Poète Muficien. C, 254. 
Peclis , infiniment à cordes des anciens* 

A, 246. 
Pedoni , Poète lyrique Italien. C , 28^. 
Pelijfter ( Dlle. ) , Chanteufe habile. C , 

Pellaiis , Auteur Italien fur la mufique. C , 

PelUgrin , Poète Français. D , 199. 
Pellegrini, Compofiteur Italien. C, 212, 
Pellegrini, Chanteur Italien. C, 30?. 
Pelliftani , Cantatrice Italienne. C, 3 2f; 
Pena a écrit fur la mufique. C , 361. 
Penna , Auteur Italien fur la mufique. C , 

361. 
Pentacorde inventé par les Scythes. A, 17. 
Pentathle. Ce que c'était que cet exercice 

A, 71. 
Peplus, voile facré qu'on portait en pompe 

aux grandes Panathénées. A , 87. 
Pera, Compofiteur Italien. C, 212. 
Peravi ( S. ) , Poète Français. D, 300. 
Perdigal , Compofiteur Français, C,46i, 
Peni y Compofiteur Italien. C , 212. 
Pergoleie , fameux Compofiteur Italien, 

Ibid. 
Péri , Compofiteur Italien. C , 214. 
Perichon , Muficien. C , 5:25. 
Periclitus , Muficien Grec. C , 104; 
Perigourdines ( chanfons ). B, 42 f. 
Perillo , Compofiteur Italien. C, 21 y. 
Perini. Voyez Bafteris. 
Perini , Compofiteur Italien. C , 2 1 j. 
Periodoniques. Ce que c'était en Grèce. A , 

69- 

Perrault , Auteur Français fur la mufique, 

C, 658. 
Perrin , Poète Français. D , 304. 

Perrine . 



DES MA 

Perrine , Auteur Fiançais fur la mufique. 

C, 6fj>. 
Perron ( du ) , Poète Fiançais. D , 307. 
Perfe , Poète Latin. C , 49. 
Perfiani, Poète lyrique Italien. C , 187. 
Per/on , Chanteur. C , f 2{. 
Perd, Compofireur Italien. C, 21e;. 
Penici , Chanteur Italien. C, 316. 
Pertici , Cantatrice Italienne. C , 318. 
Pervin, Compofiteur Français. C,46i. 
Peru\\i , Cantatrice Italienne. C, 317. 
Peru-tfini , Cantatrice Italienne. C, 3x4. 
Pefay, Poète Français. D , 308. 
Pefceui^ Compofiteur Italien. C , 216. 
Pefchiatino ( le ). Voyez Ibaraglia , Chant. 

Italien. C, 309. 
Pefenti , Chanteur Italien. C , 303. 
Pejfelier, Poète Français. D , 308. 
Petit , Auteur Latin fur la mufique. C > 

361. 
Petit, Poète Français. D , 3 II. 
Petitpas ( Dlle. ) bonne Chanteufe. C , 

Pétrone ( Tiruj Arbiter ) , Poëte Latin, 

C, 60. 
Pevernage , Compofiteur Français. C, 461. 
Phanus , Muficien Grec. C, 104. 
Phaon, Muficien Grec. C, iof. 
Phèdre, Poète Latin. C, éi. 
Phenius , Muficien Grec. C., iof. 
Phénicien , inftrument Chaldéen. A, 16. 
Phérccidc, Muficien Grec. C , iof. 
Philammon , Muficien Grec. W«/. 
Philandor , Auteur Français fur la mufique. 

C, 619. 

Phitbert , Muficien. C , 116. 
Philemon , Poète Grec. C , 17. 
Philetas , Poëte Grec. C, 27. 
Philibert Jambe-de-fer , Compofit. Franc. 

C, 461. 
PhiUdor , célèbre Compofiteur Français. 1b. 
Philine, Muficienne Greque, C , 106. 

Tome IV. 



T I E R E S. 



*îj 



Philippide , Poëte Latin. C, 6t. 

Philition , Poëte Grec. C, 17. 

Phillius , Auteur Grec fur la mufique. C , 

I47« 
Philodeme , Auteur Grec fur la mufique. 

Ibid. 
Philolaus , Auteur Grec fur la mufique. 

C, 148. 
Philon Juif y Auteur Grec fur la mufique. 

Ibid, 
Philotas , Muficien Grec. C, 106. 
Philoxene, Poëte Grec. C , 27. 
Phinot, Compofiteur Français. C, 463. 
Phocyfides , Poëte Grec. C , 28. 
Phœcinius, Auteur Grec fur la mufiquç, 

C, 147. 
Phrinicus , Poëte Grec. C , 2 7. 
Phrygien (mode.) Ce que c'était chez les 

anciens. A, 7 , 3?. 
Phryne', fameufe Courtifane & Muficienne 

Greque. C, 106. 
Phrynis , Muficien Grec. C, 106. 
Pic , Poëte lyrique. D , 311. 
Piccini , fameux Compofiteur Italien. C . 

2 16. 
Piccini y Chanteur Italien. C, 301. 
Piccinini, Auteur Italien fur la mufique» 

C, 361. 
Piccioli, Poëte lyrique Italien. C , 287. 
Piccitono , Auteur Italien fur la mufique. 

C, 361. 
Picenti , Cantatrice Italienne. C, 327» 
Picot , Compofiteur Français. C, 463. 
Pieri , Cantatrice Italienne. C, 32$. 
Pierre (Robers de la) , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B, 212. 
Pierres fonores de la Chine. A, 431 , & 

fuiv. 
Pierus , Muficien Grec. C , 107. 
Pietragrua , Compofiteur Italien. C,î2i. 
Piffa.ro , inftrument à vent qui répond à la 

haute-contre du hautbois. A , î7 2 - 

/ 



xlîj 



TABLE GÉNÉRALE 



Pignatta , Poète lyrique Italien. C , 187. 
Pignatta, Compofiteur Italien. C , 222. 
Pileur d'Apligny ( le ) , Auteur Français 

fur la mufique. C, 6^. 
Pinacd , Chanteur Italien. C, 310. 
Pmdare , fameux Poète Grec. C , 28. 
Pini, Cantatrice Italienne. C, 326. 
Pio de Savoye , Poète lyrique Italien. C , 

287. 
Piovcne , Poète lyriquG Italien. C , 287. . 
Piron , Poète Français. D , 311. 
Pi/a , Auteur Italien fur la mufïque. C , 

361. 
Pifchinï , Chanteur Italien. C, 306. 
Pijlocchi , Compofiteur Italien. C , 222. 
Piftocchi ou Pijlocchino , Chanteur Italien. 

C, 306. 
Piverlï , Auteur Italien fur la mufique. C , 

362. 
Piaula, Chanteur Italien. C , 30t. 
Pi\\oni , Chanteur Italien. C,3o6. 
Place ( de la) , Poète Français. D , 313. 
Plain-cham. Son origine. Ses progrès. B , 

y 6 , & fuiv. 
Planelli , Auteur Italien fur la mufique. 

C, 362. 
Planètes. Leur correfpondance aux Ions <Ie 

l'échelle muficale. A , 19. 
Platon , Auteur Grec fur la mufique. C , 

148. 
Platon , Philofophe & Poète Grec. C , 29. 
Platon. Son fentiment fur la mufïque inf- 

trumentale. 1 , xj. & note a. 
Plaute , Poète Latin. C, 61. 
Plébéiens ( Jeux ). Leur origine à Rome. 

Plecîrum. Ce que c'était. A , 17 , a. 
P lein- chêne , Poète Français. D, 316. 
Plejps cadet ( du ) , Compofiteur Français. 

C , 464. 
Pline l'ancien, Ecriijain Latin fur la mufiq. 

Cj 160, 



Plotius , Poète Latin. C , fi. 

P lumeteau , Poète Français. D , 316. 

Plutarque , Auteur Grec fur la mufique. 

C, :4p. 
Podio , Auteur Latin fur la mufique. C, 

362. 
Poinfi'itt , Poète Français. D , 322. 
Poinjhiet-di Sivry , Poète Français. Ihld. 
Polanï , Compofireur Italien. C , 222. 
Policreto ( Jofcph ) , Poète Mufieien. C , 

2J3. 
Policier, Mufieien Grec. C, ïoS. 
Poliùen , Auteur Latin fur la mufique. C, 

362. 
Pollarolo , Compofiteur Italien. C , 222. 
Autre du même nom. C , 213. 
Pollion ( Afinius) , Poète Latin. C, èi. 
Pollion , Mufieien de Rome. C , 129. 
Pollux ( Julius ) , Auteur Grec fur la 

mufique. C , 14p. 
Polycepluile , Nome Grec pour les flûtes 

en l'honneur d'Apollon. B, izj. ' 
Polyide , Mufieien Grec. C, 108. 
PolymnajUqiie , Nome Grec pour les flûtes^ 

B, 127. 
Polymmfle , Mufieien Grec. C , ro8. 
Polymnejlicn ; nom de l'un des nomes des 

Grecs. B, 126. 
Pomarica , Cantatrice Italienne. C , 323. 
Pompignan , Poète Français. D , 323. 
Pomponius , Poëte Latin. C , 63. 
Pomponius ( Secundus ) , autre Poète 

Latin. Ibid. 
Poncein , Mufieien. C , ^27. 
Pont de Fejle , Poëte Français. D, 31?; 
Pontalais , Poète Français, Anecdote fut 

fa mort. D , 324. 
Ponthus di Thiard, Poëte Français. D, 

32*. 
Pontlcus , Poëte Latin. C, 63. 
Pontio, Auteui Italien fur la mufique. Ci 
361. 



D E S M 

Pontoux , Poète Fiançais. D, 317. 
I'orfirii , Compofiteur Italien. C , 113. 
Porphyre , Auteur Grec fur la mufique. 

C, iïo. 
Porpora y Compofiteur Italien. C, 114. 
Porfi.lt, Compofiteur Italien. C, 124. 
Porta, Compofiteur Italien. C, 1x4. 
Autre Porta, C , 22?. •> 
Portaferrari , Auteur Italien fur la mufiq. 

C, 362. 
Porte-lance , Poëte Français. D , 317. 
Portogalli, Chanteur Italien. C, 307. 
Pat ( Guy & Philippe ) Poètes du feizieme 

fiecle. B, 38p. 
Potenfa, Chanteur Italien. C, 318. 
Poujade ( la ) , Poëce Français. D , 317. 
Poupliniere ( la ) , Poète Français. D , 318. 
Prafpergius , Auteur Latin fur la mufique, 

C, 361. 
P ratinas , Poëte Grec. C , x$, 
Praxile, Muficien Grec. C, 108. 
Praxilla, femme Greque, fameufe par fes 

poéfies. 0,30. 
Predieri , Compofiteur Italien. C , 22 f . 
Predieri, Chanteur Italien. C, 304, 
Près ( des ) , Mufic. puis Médecin. C , 517. 
Prêtres (Jeux des). Par qui célébrés. A, 

101. 
Prlce , Muficien. C, $27. 
Prieur ( le ), Poëte Français. D , 319. 
Primavera ( Jean Léonard ) , dit de la 

Harpe, Poëte Muficien. C, 153. 
P rince de More'e ( le ) , Chanfonnier in- 
connu. B, 113. 
Trocreati , Chanteur Italien. C , 303. 
Proculus , Poëte Latin. C, 63. 
Proè'mes , efpece d'hym. en vers héroïques, 
' B,iiî. 
Prompt , Muficien. C , 517. 
Pronome , Muficien Grec. C , 109. 
Properce ( Sextus Aurelius) , Poëte Latin. 

C, 64. 



A T 7 E R E S. xliij 

Profit , Viclima Pafichali Laudes : on ea 

ignore l'Auteur. B, ?y. 
Veni , fianàe Spiritus , par le Roi Robert. 

Ibid. 
Lauda Sion. S. Thomas d'Aquin. Ibid. 
Dies ira. Le Cardinal Fraugipani del 

Malabranca. Ibid. 
Profodiaque, Nome Grec en l'honneur de 

Mars. B , 117. 
Profiodie , Nome Grec propre aux facrificeî. 

Ibid. 
Profiperini , Chanteur Italien. C, 30$. 
Prover , Muficien. C, $17. 
Provins ( Guyot de ) , Troubadour célèbre. 

A , 111. 
Prudent, Compofiteur Français. C , 464. 
Pfialterion. Son inventeur. A , 11. 
Pfialterium ou Vfialterion , inftrument à 

cordes. A , 301. 
Pfialtriœ, efpece de Muficiennes à Rome. A , 

41. 
Ptolome'e Auletes , c'eft-à-dire , Joueur de 

flûte. C , 109. 
Autre Ptolomée le Auteur. Ibid. 
Ptolome'e ( Claude ) , Auteur Grec fur la 

mufique. C , I jo.. 
Puerini , Compofiteur Italien. C, zz6, 
Puefidena, Compofiteur Italien. C, 116. 
Pulli , Compofiteur Italien. Ibid. 
Puy (DUe. du) , Muficien ne. C , fi8. 
Pylade , Muficien Grec. C , 110. 
Pylade , Muficien & Danfeur de Rome", 

C, 130. 
Pyrrique , forte de danfe des gens armés. 

A,97- 
Pythagore, Auteur Grec fur la mufique, C , 

ifo. 
Pytherne , Muficien Grec. C , 1 10. 
Pythiade , nom d'une efpace de quatre ans , 

tiré des jeux Pythiques. A, 82. 
Pythien , nom d'un nome confàcré ï 

Apollon. B, 12 6, 



3ÉHV TABLE G 

l\ikiqius ( Jeux ). Leur origine. A , Sz. 
lythoclide, Muficien Grec. C, no. 
Pythocrice , Muficien Grec. C, 110. 

Q. 

Quarighon ( Renier de ) , Chanfonnierdu 
treizième fiecle. B , n j. 

Quarte. Quelle eft la proportion qui donne 
cet accord. B , 6. 

Quêtant, Poète lyrique. D, 334. 

Quïnault , Compofiteur Français. C , 4^4. 

Quinaut , Poète lyrique. D, 334. 

Quinquatrius , nom fous lequel les Ro- 
mains célébraient les Panathénées. A , 88. 

Quinte. De quelle proportion cet accord eft 
le réfultat. B , 5 , 6. 

Çttirtfe, infiniment femblable au violon, plus 
gros , & à fa quinte, A , 304. 

R. 

Rab. Voyez Tympancn Hébreu: 
Rabirius ( Caius), Poète Latin. C, 64. 
Racun , Poëte Français. D, 346. 
Racine , Poète Français. D , 348. 
Racine , Ion fils. D, 350. 
Radicchi , Compofiteur Italien. C , iié.- 
Raff ', Chanteur Italien. C, 315-. 
Rameau , excellent Compofiteur Fiançais. 

C.464. 
Rampini , Compofiteur Italien. C, zr€. 
Ramy , Auteur Latin fur la mufique. C , 

361. 
Ranchin , Poëte Français. D , 3J3; 
Ranieri , Chanteur Italien. C, 300. 
Rampini, Chanteur Italien. C , 318. 
Raoul de Laon , Auteur Français fur la 

mufique. C, 660. 
Raparini , Poëte lyriqne Italien. C'; 187. 
Raparini , Cantatrice Italienne. C, 314. 
Raquette, Compofiteur Français. C, 470. 



È N É B. A L E 

Rafpi , Cantatrice Italienne. C , 31s» 

Rata, Cantatrice Italienne. C, 310. 

Rault, excellente Flûte. C , 5x8. 

Reali , Compofiteur Italien. C, n<>. 

Rebec , infiniment hors d'ufage , & qui ref- 
femblait au violon. A , 304. 

Rebd. Deux Compofit. de ce nom. C , 470, 

Rebube ou Rebute. A , 184. 

Reginell*., Chanteur Italien. C , 31^. 

Reginon , Auteur Latin fur la mufique, 
C, 3#i. 

Regnard , Poëte Français. D, 3*4- 

Regnaud, Compofiteur Français. C, 47 *v 

Régnier, Poëte Français. D,3 5j. 

Régnier Defmarets. Ibid. 356". 

Remena , Poëte lyrique Italien. C, 188. 

Remolini , Chanteur Italien. C, 309. 

Remondini, Chanteur Italien. C, 311. 

Rena, Poëte lyrique Italien. C, 188. 

Rend ( Jean de ) , Chanfonnier ancien. B r 
113. 

Renvoify , Compofiteur Français. C, 471. 

Réplique. Ce que c'eft. B , n. 

Refla, Compofiteur Italienne, ni. 

Rhapfodifies , forte de Chanteurs qui al- 
laient de ville en ville chanter aux facri- 
fices. Nos Bardes leur ont fuccédé. A, 
88 , & note. 

Rhe'xénor, Muficien Grec. C, in. 

Rhodope , fameufe Courtifane & Mufl- 
ciènne Greque. Ibid. 

Rhote, infiniment peu connu , qu'on croi; 
être une efpece de guitarre. A , 304. 

Rhythme. Ce que c'était chez les anciens. 
A , 29. 

Ribardiere ( la ) , Poëte lyrique. D, 358. 

Riboutet , Poëte Français. D, 358. 

Riccardi , Chanteur Italien. C, 30a. 

Ricci, Chanteur Italien. C , 309. 

Riccioni , Cantatrice Italienne. C, 3*3* ■ 

Riccoboni, Poëte lyrique. D, 36c 

Sa femme. Ibid, 



DES M A 

Ricker. Plufieurs bons Muficiens de ce nora. 

C, 529. 
Riclerl , Compofiteur Italien. C, zi6. 
Riel, Compofiteur Français. C ,471. 
Rigade , Compofiteur Français. Ibid. 
Rigaud , Compofiteur Français. Ibid. 
Rigel, Compofiteur Français. C , 471. 
Righençi , Chanteur Italien. C, 301. 
Righi , Compofiteur Italien. C , 117. 
Autre Righi. Ibid. 
Rime. On n'en avait pas vu en Europe 

avant 7 1 2. B , 1 4 y , no/f . 
Rinaldo , Compofiteur Italien» C, 117. 
Rinuccini, Poète lyrique Italien. C, 288. 
Riftori , Compofiteur Italien. C, 128. 
Riva, Poète lyrique Italien. C, 189. 
Riva, Compofiteur Italien. C, 229. 
Riva, Muficien. C , 530. 
Rivani , Chanteur Italien. C , 304. 
Rivière ( la ) , Poète Français. D , 360, 
Ri\\i , Poète lyrique Italien. C , 289. 
#i^o , Muficien. Anecdote finguiiere fur fa 

mort. C , 530. 
Robert , Roi de France , Compofiteur. C , 

471. 
Robert, Compofiteur Français. C, 473. 
Robert, de Reims, Cbanfonuier du ireiz. 

fiecle. B ,2.13. 
Robtrut , Poète du quinzième fiecle. B , 

385.. 
Roberti , Poe'te lyrique Italien. C, 289. 
Robin , de Compiégue , Chanfonnier du 

treizième fiecle. B, 113. 
Rochard, Chanteur du théâtre Italien. C, 

Roche ( la ) , Compofit. Franc. C , 47+. 
Rochebrune , Poète Fiançais. D, 361. 
Rochefort , Ecrivain Français fur la mufiq. 

C , 66-1. 
Roehemore, Poste Français. D , 360. 
Rochois ( Dllc. le ) , Chanteufe célèbre. 



T I E R E S. xlv 

Rocque .{ là.),.Pocte Français. D, 361. 

Radio , Auteur Italien fur la mufique. C , 

361. 
Rodolphe , Compofiteur Fiançais. C, 474. 
Rogeret , de Cambray , Chanfonnier an- 
cien. B, 213. 
Rois des Violons. Leur inftitution ; leurs 

prérogatives. A, 419. 
Roix , de Cambray , Chanfonnier du treiz. 

fiecle. B , ii 8. 
Rolley , (du) , Poète Français. D , 362.- 
Rolli , Poète lyrique Italien. C, 289. 
Romains (Jeux ), infti tués par Tarquin. 

A , ioi. 
Romance ( langue ). D'où dérivée. B , 131. 
Romances , efpeces de chanfons d'amour. 

Exemples. B , 116, & fuiv. 
Par qui inventées. A , 112. 
Romani, Chanteur Italien. C, 307. 
Romieu , Auteur Français fur la mufique» 

C, 664. 
Romaglia , Chanteur Italien. C , 319. 
Rondeau, Efpece de chanfon. Son origine. 

B, 148 , note. 
Rongos , forte de trompette des Nègres du 

Loango. A , 2!£. 
Ronfard, Poète Français. D, 362. 
Rore , Compofiteur Italien. C, 229. 
Rofetti , Poète lyrique Italien. C, 289. 
Rofetti y Auteur Latin fur la mufique. C , 

361. 
Rojier, Compofiteur Fiançais. C, 474. 
Rofli , Auteur Italien fur la mufique. C, 

363. 
Rofoy ( de ) , Poète Français. D , 364, 
Rafpigliojz , Poète lyrique Italien. C , 289, 
RoJJi , Poète lyrique Italien. C , 290. 
RoJJi , Compofiteur Italien. C, 229,. 
Autre RoJJi. Ibid. 

RoJJignol, célèbre Chanteur. C , f 32. 
Rojjîgnoli , Cantatrice Italienne. C, 328. 
Rtijfo , Chanteur Italien. C y 316, 



xlvj TABLE G 

Rofwich , Auteur Latin fut la mufique. 

C, 363. 
Rot/ou, Poète Français. D , 364. 
Roue Flamande. A, 184. 
Rovetta , Compofîteur Italien. C , ziç. 
Rouffeau ( Jean-Baptifte ) , Poète Français. 

D,3é 4 . 
Rouffeau ( Jean-Jacques ) , Poète Franc. 

D,36 7 . 
Compofiteur Français. C , 474. 
Ecrivain Français fur la mufique. C, 667. 
Réfuté. B, 18. 
Rouffeau ( l'Abbé ) , Compofiteur Français. 

C, 474- 
Rouffeau , Muficien. C, f 31. 
Rouffel , Muficien. C, 531. 
RouJJIer (l'Abhé ) , habile Ecrivain Français 

fur la mufique. C, 678. 
Rouffîllon ( Gérard de ) , Poète Chanfonn. 

ancien. B , 390. 
Roy , Poète Français. D , 368. 
Roy ( le ) , Ecrivain Français fur la mufiq. 

C , 680. 
Roy (le), Muficien. C, 531. 
Autre le Roy. Ibid. 

Royer , Compofiteur Français. C , 483. 
Ro-^e, Compofiteur Français. C , 474. 
Ro\ioni , Poète lyrique Italien. C, 190. 
Ruecte , célèbre Chanteur & Muficien. C , 

Ruggeri , Compofiteur Italien. C , zi9> 
Ruggeri , Chanteur Italien. C, 301. 
Rufchard, Compofiteur Français. C, 484. 
Rufi , Compofiteur Italien. C , 119. 
Ruitlni , Compofiteur Italien. C, 130. 



Sabbadjni , Compofiteur Italien. C , 130. 
Sabatlni , Auteur Italien fur la mufique. 

C, 3 6 3- 
S.ibinus , Orateur & Poète Latin. C , 64. 



E N É R A L E 

Sablière, Poète Français. D , \6i, 
Sacadas , Muficien Grec. C , m. 
Sacchi , Chanteur Italien. C , 307. 
Sacchi , Auteur Italiea fur la mufiquet C , 

363. 
Autre Sacchi. Ibid. 
Sacchini , fameux Compofiteur Italiea. C , 

130. 
Sache'y Ecrivain Français fur la mufique. C , 

681. 
Sacrad , Compofiteur Italien. C, 131. 
Sage ( le ) , Poète Français. D , 3 70. 
Saint-Alphonfe , Poète Français. D, 37r. 
S. Amans , Compofiteur Français, C , 

484. 
S. Efprit ( l'ordre du ). Motifs de cet éta- 

bliiTement de Henri III. A , 118, note, 
S. Gilles , Poète Français. D, 37c. 
S. Georges , Compofiteur Français. C , 484» 
S. Marc y Poète Français. D, 375;. 
S. Mais , Poète Français. D, 376. 
Saintonge ( Mad. de ) , Poète Français. D , 

378. 
S.Saire , Muficien. Amateur. C , 533. 
Sajon , Compofiteur Italien. C, 133. 
Sala , habile Compofiteur Italien. Ibid. 
Salari , Compofiteur Italien. Ibid. 
Sale , Poète lyrique Italien. C , 190. 
Salicns. Ce que c'était chez les Romains du 

tems de Numa. A , 41. 
Salieri , Compofiteur Italien. C , z^. 
Salimbeni , Chanteur Italien. C, 314. 
Salimbeni , Chanteur Italien. C , 30 j. 
Salinas , Auteur Latin fur la mufique. C , 

166. 
Salio , Poète lyrique Italien. C , 190. 
Salle ( le Marquis de la ) , Compofîteur 

Français. C , 48?. 
Salmon , Compofîteur Français. Ibid. 
Salomon , Compofiteur Français. Ibid. 
Saltatio. Ce que c'était chez les Romains, 

Sonétvmologie. A , 60. 



DES MATIERES. 



xh 



S ah ado ri y Poète lyrique Italien. C , 291. 
Salval , Cantatrice Italienne. C , y. 7. 
Salvi , Poète lyrique Italien. C , 291. 
Salvioni , Chanteur Italien. C, 306". 
Salvioni , Cantatrice Italienne. C, 317. 
Sambuca Linccea , instrument à 500 cordes. 

A, 304. 
Sambuque , inftrument à corde des anciens. 

A , 146. 
Sammanino , Compofîteur Italien C, 133. 
Sanadon, Poète Français. D, 379. 
Sandoni , Compofueur Italien. C , 233. 
Sani Grandi , Cantatrice Italienne. C, 318. 
Sanleque , Auteur Français fur la mufique. 

C, 681. 
Sanfonnieres ( des ) , Mulîcien. C , 534. 
Santagofiini , Poète lyrique Italien. C, 

Z91. 
Santapaolina , Chanteur Italien. C, 310. 
Santerre, Compofîteur Français. C , 485. ' 
Santinelli , Poète lyrique Italien. C,29W 
Sapho , femme célèbre par fes poéfies. C, 

30. 
Saquebute , efpece de trompette qui s'al- 
longea volonté. Les Allemands & les Ita- 
liens la nomment Trombona , les Latins 
Tuba duclilis. D , 172. 
Saratelli, Compofîteur Italien. C , 133. 
Sara\in, Poète Français. D, 381. 
Sarladoife , chanfon à danfer de Sarlat. B , 

418. 
Sarro , Compofîteur Italien. C , 234. 
Sani, Compofîteur Italien. Ibid. 
Sani Cottini, Cantatrice Italienne. C, 311. 
Sartorio y Compofîteur Italien. C, 134. 
SaJ/ani , Chanteur Italien. C, 305. 
SaJJi, Cantatrice Italienne. C, 313. 
Satyrus , Mufïcien Grec. C , 112. 
Saverien, Auteur Français fur la mufique. 

C, 681. 
Savoyard ( le ) , Poète Français. D , 383. 
Saurin , Poète Français. O, 385, 



Sauvaks CaJJis , Ciiinicinnier ancien. B , 

113. 
Sauvage , d'Airaz , Chanfonn. du treizième 

fiecle. B , 113. 
Sauvage , de Betliune , Chanfonuicr du 

même tems. Ibid. 
Sauveur , Ecrivain Français fur la mufique. 

C, 682. 
Sauvigny , Poète Fiançais. D, 387. 
Sbaraglia , Chanteur Italien. C, 309. 
Sbarra, Poète lyrique Italien. C, 292. 
Scaccia , Chanteur Italien. C, 301. 
Scal\i , Chanteur Italien. C, 313. 
Scandalibene , Chanteur Italien. C , 304. 
Scandello ( Antoine ) , Poète Muficien. C , 

M3- 
Scarabetli, Cantatrice Italienne. C, 313. 
Scarani , Cantatrice Italienne. C, 312. 
Scarlatti , Compofîteur Italien. C, 23 y. 
Autre Scarlatti. Ibid. 
Autre Scarlatti. Ibid. 
Scaron, Poète burlefque. D, 389. 
Sceniques ( Jeux ). Leur origine. A , 9 1. 
Schiaffi , Compofîteur Italien. C, 236. 
Schietti , Poète lyrique Italien, 0,2.93. 
Schoberg, habile Muficien. C , 53?. 
Schoénion , nome Grec pour les flûtes. B , 

127. 
Scholies. Nom donné chez les Grecs aux 

chanfons. Origine de ce mot. B , 114. 
Scillax , Muficien Grec. C , 112. 
Scio , Cantatrice Italienne. C, 324. 
Scolari ,, Compofîteur Italien. C , 236. 
Scopin, Muficien -Grec. C , 112. 
Scuderi ( Mlle, de ) , Poète Français. D, 

389. 
Scben'ico , Compofîteur Italien. C, 13 e. 

Seconde. Par quelle proportion elle eft for- 
mée en mufique. B , 7. 

Seconde. Par quels nombres eft formée. Ibid. 

Se'crites , Muficien Grec. C , 1 12. 

Séculaires ( Jeux ). Occafïoia qui donna 



xlvïïj TABLE G 

lieu à leur inftitution. A, 101. 
Ces jeux appelles auflî Terentini & Apol- 

lintires. Ibid. 102. 
Sidaine , Poète Français. D, 330. 
Segrais , Poète Français. D , 351 ç. 
Seg... (M.) Poète Français. Ib'ul. 
Sejan t célèbre Organifte. C, îj?. 
Seleucus , Mufïcien Grec. C, in. 
Sellite , Compofiteur Italien. C,ij6. 
Selvatici , Chanteur Italien. C, 3051. 
Semaine. Les jours qui la compofent , ré- 
pondent aux fepe notes de mufïque com- 
binées par quartes. A , 19. 
Serneioiique. Voyez Paramefantique. 
<Semus\ Mufïcien Grec. C, m. 
Senaille, fameux Violon. C, f3f. 
Sendrart ou Sendrat , Chanfonnier ancien. 

B, 118. 
Senece', Poète Français. D , 39p. 
Seneque , Poète & Philofophe Latin. C , 

6J. 
Senefchal ( le grand ) , Poète du quinzième 

fïecle. B , 390. 
Senulli ( Richard de ), Chanfonnier du 

treizième ficelé. B, 113. 
Septième. Quelle proportion donne ce £ 

accord. B , 7. 
Septième diminuée. Comment fe forme. B , 

Septimius ( Titius ) , Poète Latin. C, 66. 
Septimius ( Severus ) , Mufïcien Grec. C 

1 12. 
Serinette, infiniment. A, 173. 
Serini , Compofiteur Italien. C, 236. 
Serini , Chanteur Italien. C,30i. 
Serpent , infiniment à vent. Sa gamme. Son 

origine. A, 173. 
Serre , habile Ecrivain Français fur la 

mufïque. C, 683. 
Serre ( la ) , Poète Français. D, 399. 
Servin, Compofiteur Français. C, 48 f. 
Seta , Poète lyrique Italien. C, 293. 



Ê-N Ê R A L E 

Severus ( Cornélius ) , Poète Latin. C \. 

66. 
Si en mufïque eft d'invention moderne. 

Comment on y fuppléait. B, n. 
Par qui ce nom fut inventé. B , 22. 
Siamois. Leur mufïque. A, 43 f. 
Sibelli Sivelli , Compofït. Ital. C , 13e. 
Sicile ( Jean d'Anjou , Roi de ) , Poète & 
Chanfonnier du quinzième fïecle. B , 391. 
Siçine , forte de danfe chez les Grecs. Son 

origine. A , 97 , note c. 
Si/ace. Voyez Grojjï, 

Sifflet de payfan , inftrumcnt de monta- 
gnards. A , 175. 
Sifflets. L'ufage des fïfHets aux fpedlacles 

remonte au tems d'Augufle. A , 4$. 
Sigillaires ( Jeux ). En quoi confinaient. 

A, ior. 
Signoni, Cantatrice Italienne. C , 313. 
Silius ( Italicus Caius ) , Poète Latin. C , 

66. 
Silvani, Poète lyrique Italien. C, 193. 
Simmicus , Mufïcien Grec. C , 113, 
Simon , Mufïcien Grec. Ibid. 
Simon , Violon. C , 536. 
Simoncelli , Poète lyrique Italien. C, 293, 
Simonides. Plufïeurs Poètes de ce nom. C , 

Sijlre ancien , infiniment de pereuffion an- 
tique , dont l'invention eft attribuée à 
Ifïs ou à Ofiris. A, 237. 

Sijlre confondu par quelques Auteurs avec 
l'inflrument nommé Chœur. A , 11. 

Sixte majeure. De quelle proportion elle eft 
le réfultat. B , 7. 

Smeducci , Poète lyrique Italien. C, 293. 

Socrate , Philofophe Grec , & Auteur de 
plufïeurs fables d'Efope mifes en vers. C , 
32. 

Sodi , Compofiteur Français. C, 48f. 

Soignies ( Gautier de ) , Chanfonnier du 
treizième fïecle. B , 218. 

Soijfons a 



DES MA 

Soljfons ( Meflire Raoul de ) , Chanfonnier 
du treizième fiecle. B , 218. 

Soijfons ( Thierry de ) , Chanfonnier du 
même cems. Ibid. no. 

Solecifme avec la main. Origine de ce pro- 
verbe Grec. A , 64. 

Son. Sa définition. B , i. 

Sons che\ les Romains. Leurs noms. B , 

10. 

Sophocle, fameux Poète Grec. 0,32. 
Sophron, Poète mime Grec C , 33. 
Soprano , terme Italien qui fignifie premier 
defTus de voix. Etendue de ces voix. B , 

M- 
Soriano , Compofîteur Italien. C, 237. 
Sorrentino , Poète lyrique Italien. C , 25)4. 
Soflrade , Muficien Grec. C , 113. 
Sotate , Muficien Grec. Ibid. 
Soterique , Muficien Grec. Ibid. 
Souhaitty , Ecrivain Français fur la mufiq. 

C, 688. 
Sourdeline , efpece de mufette. A, 27 f. 
Spataro ou Spadario, Auteur Italien fur la 

mufique. C, 367. 
Spendon , Muficien Grec. C, 113. 
Spinola , Poète lyrique Italien. C , 294. 
Stabat Mater ( profe ) , compofée par 

Jacoponus , Frère mineur Franciicain 

au treizième fiecle. A , ïo8. 
Stabili , Cantatrice Italienne. C, 328. 
Stace ( Publius Papinius ) , Poète Latin. 

C.,67. 
Stella , Cantatrice Italienne. C , 324. 
Stampa, Poète lyrique Italien. C, 294. 
Stampiglia , Poëte lyrique Italien. Ibid. 
Stan^ani , Poète lyrique Italien. C, 295, 
Stefandre , Muficien Grec. C , 114. 
Stefani , Compofiteur Italien. C, 237. 
Stefàni , Auteur Italien fur la mufique. 

C, 367. 
Stella , Auteur Itaiien fur la mufique. Ibid, 
Stella ( Aruntius ) , Poète Latin, C , 67, 

Tome IV. 



T I E R E S. xlix 

Stefichore, Poète Grec. C, 33. 
Stkeniens ( Jeux ). Leur origine. A, 90. 
Strabon ( Jules Céfar ) , Poëte Latin. C , 

68. 
Strada, Cantatrice Italienne. C , 32?. 
Stradella , Compofiteur Italien. C , 237. 
Stradella , fameux Violon de Naples. Auec« 

dote à fon fujet. A , 50. 
Stratonicus , Muficien Grec. C, il 4. 
Stratonique , Muficien Grec. Ibid. 
Strigio , Compofiteur Italien. C, 137. 
Striglioni , Compofiteur Italien. Ibid. 
Stro\\i , Poëte lyrique Italien. C, 19%. 
Subiet , Chanteur. C, 536. 
Sueur ( le ) , Compofiteur Français. C , 

48*. 

Suidas , Auteur Grec fur la mufique. C , 
151. 

Suini , Cantatrice Italienne. C, 313. 

Sulpicia, femme, Poëte Latin. C, 68. 

Suppofition ( notes de ). Ce que c'eft. B , 
48 , & note. 

Surnom. A quelle époque ils ont été ajou- 
tés aux noms propres en France. B, 136. 

Sufarion, Poëte Grec. C, 34. 

Su\e ( la ) Mad. Poëte Français. D , 400. 

Symphonie , inftrument à corde des anciens. 
A, 246. 

Syrus ( Publius ) , Poëte Latin, C , 6a,. 



T. 



Tablature. Ce que c'eft. Exemples. B, 

63. 
Tagliavini , Cantatrice Italienne. C , 318. 
Taille de hautbois. A , 27 5. \ 

Talanderius , Auteur Latin fur la mufique. 

C, 3 58. 
Talemus , A'Iuficien Grec. C , nf. 
Talés, Muficien Grec. C» 117. 
Tamboula , efpece de tambour dont Se 

fervent les Nègres. A , 187. 

S 



1 T A B LE G Ê 

\y Tambour , defcription de cet infiniment de 

percuflîon. A , 184. 
Tambour Hébreu. A, 138. 
Tambour des Grecs & des Romains. Ibid. 
Tambour de baf que. A, 186. 
Tambour Suijje. Ibid. 
Tambour des Lapons. A , 187. 
Tambour des Nègres. Ibid. 
Tambourin de Gafcogne. A , 288. 
Tambourin de Provence. Ibid. 
Tamburini, Chanteur Italien. C, 30?. 
Tamyris , Muficien Grec. C , 115. 
Tanevot , Poète Français. D,4oi. 
Taprai, Muficien. C, Ç37- 
Tarade, Compofiteur Français. C, 48?. 
• Tardais ( Jofeph ) , Chanfonnier du tteiz. 

fiecle. B , zi 1. 
Tarentule. Anecdotes fur la guérifon d'une 

piquûre, parla mufique. A , 28 , a. 
Tarquinl , Cantatrice Italienne. C, 313. 
Tartaglini Tibaldi , Cantatrice Italienne. 

C, 3.8. 
Tanini , Auteur Italien fur la mufique, C , 

368. 
Tanini. Son fentiment fur l'harmonie chez 

les anciens. A , viij , note b, 
TaJJb ou le Tajfe , le plus fameux Poète 

Italien. C , 29?. 
Tatianus , Auteur Grec fur la mufique. 

C, ifi. 
Tavelli , Compofiteur Italien. C, 137. 
Techi , Chanteur Italien. C , 303. 
Technon , Muficien Grec. C , ïi6. 
Tedefchi , Compofiteur Italien. C , 138. 
Tedcfchi, Chanteur Italien. C, 31*. 
Tedefchi, Cantatrice Italienne. C,327. 
Téléphone, Muficien Grec. C , 11 5. 
Telefias , Muficien Grec. C , né. 
Telefde, Poète Grec. C, 34. 
V- Telefilla , Muficienne Greque. C , né. 
Tele/le, Muficien Grec. Ibid. 
Tettls t Muficien Grec. Ibid, 



N Ê R A L E.1 

Tempérament. Ce que c'eft en mufiqoek 

B.4J. 

Tempefti , Chanteur Italien. C, 310. 
Tenducci , Chanteur Italien. C, 318. 
Tenore ou Taille. Etendue de cette voix. 

B, 16. 

Terence , Poète comique Latin. C, 68. 
Terentianus ( Mourus ) , Poé'te Latin. C , 

69. 
Terpandre , Muficien Grec. C , 116. 
Terpandre. Quelles font les trois cordes 

qu'il a ajoutées à la lyre. B , 19. 
Terpnus, Muficien Grec. C, 117. 
Terpus , Muficien de Rome. C , 1 3 r. 
Terradellas ou Terradiglas , Compofiteuir 

Italien. C, 138. 
Tefi , Cantatrice Italienne. C , 31e. 
Tefiœ , forte d'applaudifiement. A , 104. 
Tejli, Cantatrice Italienne. C, 312. 
Tetaman\t , Auteur Italien fur la mufique. 

C, 369. 

Tetracordes. Divifion des Ions chez les 

anciens. Nom de chacun de ces fons. B , 

\6. 
Tevo , Auteur Italien fur la mufique. C t 

I69. 
Teyber, Cantatrice Italienne. C, 31$. 
Thaletas , Muficien Grec. C , 118. 
Thargelia ( Jeux ). Leur origine. A , gr r 
Théâtre. Origine de ce mot. A , 1 1 , i. 
Thémijlocle regardé comme un homme 

qui avait reçu une mauvaife éducation T 

pour avoir refufé de jouer de la lyse 

dans un feftin. A , xiv. 
Théobalde, Compofiteur Français. C,486. 
Théocrite , Poète Grec. C, 34. 
Théodore, Auteur Grec fur la mufique. 

C, ifi. 
Théodore , Muficien Grec. C . 118. 
Théognis , Poète Grec. C, 3 y. 
Théon , Auteur Grec fur la mufique. C, 

if*. 



DES MA 

Théophile , Auteur Grec fur la mufique. 

C, iT3- 

Théophile, Poé'te Français. D,40i. 
" 1 héophrajle , Muficien Grec. C, 118. 
V Théorhe, efpece de luth à deux manches. 
A, 304. 

Thejpis , premier Poète dramatique. C , 

3Î- 

Thejpis, Muficien Grec. C, 118. 
Thevencrd , célèbre Chanteur. C, 537. 
Thibaut , d'Amiens , Chanfonnier ancien. 

fi , 212. 
' Thibaut IV , Comte de Champagne , 

Chanfonnier du treizième fiecle. Ibid. 
'• Thoinot Arbeau , Auteur Français fur la 

mufique. C, 689. 
Thomas, Poète Français. D , 401. 
Thonier , Muficien. C , 538. 
Thoph. Voyez Tympanon Hébreu. 
Thybergeau ( Mad. ) Poète Français. D , 

40 f. 
Thymele, Muficienne Greque. C, m. 
Tibaldi , Chanteur Icalien. C , 316. 
Tibulle ( Aulus Albius ), Poète Lat. C, 69. 
Tierce majeure. De quelle proportion elle 

efi le produit. B , 8. 
Tierce mineure. Sa formation. B , 7. 
Tigellius , Muficien de Rome. C , 131. 
Tignonville , Poëte du quinzième fiecle. B , 

391. 
Tigrini , Auteur Italien fur la mufique. C , 

370. 
Timocre'on , Poëte & Muficien Grec. C , 

36. 
Timœus , Muficien Grec. C, 119. 
Timothée , Auteur Grec fur la mufique. 

C, if3- 
Timothée, Muficien Grec. C, 1:9. 
Autre Timothée. Ibid. in. 
Timpanon Hébreu nommé Thoph ou Rab. 

A, 239. 
Tincîor , Auteur La:, fur la mufiq. C, 370. 



T I E R E S. 



n 



Uni, Cantatrice Italienne. C, 313. 
Timoré ou Tincïorif , Compofiteur Italien." 

C , 238. 
Tirabofco , Poète lyrique Italien. C , 296, 
Tiielou^e, Organifte. C, ^37. 
Titius ( Caius ) , Poëte Latin. C , 70. 
Todi , célèbre Cantatrice Italienne. C, 330* 
Todini , Muficien. C , 538. 
Tomajî , Compofiteur Italien. C, 138. 
Tonfoli , Chanteur Italien. C, 31p. 
Tontong, inftrument des Nègres. A, irjr,' 
Torebe , Poëte Grec. C, 36. 
Torelli ( Gafparo ) , Poète Muficien. C n 

Tori , Poëte lyrique Italien. C , 296. 
Tornioli , Compofiteur Italien. C, 239. 
Torpus y Maître de mufique de Néron, A , 

46. 
Torre, Poëte lyrique Italien. C, 296. 
Torri , Cantatrice Italienne. C, 313, 
Torfy ( le fieur de ) , Poète du quinzième 

fiecle. B , 393. 
Tortona , Compofiteur Italien. C , 239. 
Tofchi , Chanteur Italien. C, 318. 
Tofi , Auteur Italien fur la mufique. C , 

370. 
Tous , Poëte lyrique Italien. C, 196. 
Tour ( la ) , Poëte Français. D , 406. 
Touraille ( la) , Poëte Fiançais. D , 406, 
Tornebout , inftrument à vent. A, 27?. 
Tourneur ( le ) , Muficien. C , j 38. 
To\i , Compofiteur Italien. C , 139. 
Toifii , Compofiteur Italien. C , 139. 
To\\i, Cantatrice Italienne. C , 32?. 
Tragique ( Nome ). A , 35. 
Trajetta , fameux Compofiteur Italien. C , 

139. 
Tranquillini , Cantatrice Italienne. C , 

313. 
Trecchiy Poëte lyrique Italient C, xp6t 
Tremoille ( de la ) , Poëte Français. D t 

413. 

g* 



lij 



TABLE GÉNÉRALE 



Tremouille ( Jean- Jacques Bâtard de la ) , Trompette moderne. Sa defcription. Son V 



Poète du quinzième fîecle. B , 393. 
Trejfan , Poète Français. D, 413. 
Trial, Compofîieur Français. C , 486. 
Triangle , infiniment Chaldéen , confervé 

jufqu'à nos jours. A, 16. 
Triangle, inftrument de fer, de percuf- 

fion. A , 289. 
Triangle àfonnettes. A, 13p. 
Tribout , Chanteur. C , 538. 
Tricarico , Compoliteur Italien. C , 140. 
Tricco. Voyez Montcinari. 
Trich Varlach , inftrument Napolitain. A , 

285. 
Tricorde , infiniment à corde des anciens. 

A, 247. 



diapafon. A , 276. 

Trompette rompue. A , 278. 

Trompette droite rompue. Ibid. 

Trompette de canne. Ibid. 

Trompette de courge. Ibid. 

Trompette marine. Sa defcription. 279 

Trompette Verfane. Ibid. 

Trompette de la Floride. Ibid. 

Tronfarelli , Poète lyrique Italien. C, 297. 

Trovar , Auteur Italien fur la mufique, C , 
370. 

Troubadours , efpece de Muficiens. Leur 
origine. A , 1 rr. 

Trouvères , efpece de Muficiens. Leur ori- 
gine. Ibid. 



V 



V 



Trie ( Jean de ) , Chanfonnier du treizième Troyens ( Jeux ). Leur origine. A , 95. 



fîecle. B, 230. 
Trigon , inftrument apporté en Italie par 

les Arcadiens. A, 40. 
Trigone , inftrument à corde des anciens. 

A , 247. 
Tritneles , Nome Grec pour les flûtes. B , 

127. 
Trimere ( Norr.e ). Voyez; Tripartite. B , 

126. 
Triolet. Efpece de chanfon. Son origine. 

B, 148 , note. 
Tripartite , nom d'un Nome Grec. B , 

126. 
Triftan VHermite , Poète Français. D, 425. 
Trifian de Leonois , roman du treizième 

fîecle. B, 139. 
Trivulli , Chanteur Italien. C , 315;.. 
Tromboni, & en Allemand PbJaunen,\aC- 

trument à vent de cuivre. Il y en a de cinq 

fortes. A , 275. 
Trompette des Hébreux. A , 231, 
Trompette des Grecs & des Romains. A , 

2.32. 
Sur les différentes formes des trompettes des 

anciens. Voyez 231 , & fuiv* 



Turanius , Poète Latin. C", 70. 
Turcotti , Cantatrice Italienne. C, 327. 
Turini , Compofîteur Italien. C, 241. 
Turlurette, efpece de guittare. A , 305'. 
Turque ( mufîque ). Origine de la mufïque V 

chez les Perfans & les Turcs. A, 162. 
Morceaux de mufîque Orientale. Ibid. & -J 

fuiv. 
Turques ( chanfons ). A , 428 , & fuiv. 
Turque ( danfe ). A, 385'. 
Tymbales, inftrument de percufîîon. A, 

289. 
Tymbales Turques. Ibid. 
Tymbales Perfanes. 290* 
Tyrte'e , MuGcien Grec. C, izr. 
Tyrte'e , Joueur de flûte, fut fait Général 
des Lacédémoniens à la bataille contre 
les MefTéniens. A , xv. 
T\et\dim. A , 239. 

V. 

Z7cELLifri , Compofîteur italien. C , 24K 
Ulloa , Auteur Latin fur la mufique. G , 
32.Ï- 



DES MAT 

Ufeda , Cantatrice Italienne. C, 317. 
UJJleux ( d' ) , Poète Français. D , 4fi. 
Vachon , Compofiteur Français. C, 488. 
Vadé , Poète Fiançais. D , 4x6. 
Vague y Auteur Français fur la mufique. 

C, 690. 
Vaillant , Poète du quinzième fîecle. B , 

Valemini , Poète lyrique Italien. C, 197. 
Valemini , deux Compofiteurs Italiens de 

ce nom. C, 241. 
Valere- Maxime , Ecrivain Latin fur la 

mufique. C , 160. 
Valerius ( Flaccus ) , Poète Latin. C , 

70. 
Valguis , Poète Latin. îbid. 
Valgulio y Auteur Italien fur la mufique. 

C, 370. 
Vallet , Muficien. C, 539. 
V allier y Poète lyrique. D, 431. 
Valliere ( de la ) , Poète Français. D , 43 3. 
Valliferius , Auteur Latin fur la mufique. 

C, 370. 
Vandermonde , Ecrivain Français fur la 

mufique. C , 690.. 
Van-Hecke , Auteur Français fur la mufiq. 
• C , 700. 
Van Malder , Compofiteur Français. C , 

488. 
Vannœus , Auteur Latin fur la mufique. 

C, 370. 
Vanno\i , Cantatrice Italienne. C, 321. 
Varano , Poète lyrique Italien. C , 157. 
Varifchino , Compofiteur Italien. C, 141. 
Varius , Poète Latin. C , 70. 
Varotari , Poète lyrique Italien. C, 298. 
Varron ( Marcus Te rendus ) , Poète Latin. 

C , 71. 
Vajfeur ( le ), Chanteur. C , 539. 
Vatan, Poète Français. D, 435. 
Veau ( Guillaume ) , Chanfonnier ancien, 
B, zjo. 



I E R E S. liij 

Vecchi , Compofiteur Italien. C, 141. 
Vecchi ( Orphée ) , Poète Muficien, C r 

253. 
Vecchi , Poète lyrique Italien. C, 198. 
Vendôme , Poète Français. D , 438. 
Veni , fancle Spiriius ( profe ) , eft , d ce 

qu'on croit, du Pape Innocent III. A, 

10 S. 
Venofa , Compofiteur Italien. C, 141. 
Vento , Compofiteur Italien, C , 241. 
Venturini , Chanteur Italien. C, 3ilr 
Vergier, Poëte Français. D, 438. 
Viàli. Poète lyrique Italien. C , 298.. 
Vianova , Chanteur Italien. C/307. 
Vicentini , Auteur Italien fur la mufique, 

C, 370. 
Vico , Cantatrice Italienne. C, 315'. 
Vielle , inftrument à cordes & à roue. A ,, 

305. 
Vieuxmaifons ( Maître Pierre-Gilles de ) ,. 

Chanfonnier du treizième fiecle. B, 23a, 
Vignati , Compofiteur Italien. C , 241. 
Vigne ( la ) , Poëte Fiançais. D , 440. 
Vignola, Compofiteur Italien. C, 141. 
Vilains , d'Arraz , Chanfonnier du- treize 

fiecle. B , 130. 
Villebrefme ( Maître Bertault ) , Poète du 

quinzième fiecle. B , 394. 
Vilkdieu ( Mad. de ), Poëte Français. D, 

440. 
Villehardoin , Auteur du treizième fiecle.. 

B, 139. 
Villeneuve , Compofiteur Français. C , 

488. 
Villeneuve ( Guillaume de la ) , Chanfonn.- 

du treizième fiecle. B, 130. 
Villifianchi , Poète lyrique Italien, C , 

198. 
Villon , Poëte du quinzième fîecle. Anec-^ 

dote fur fa vie. 6,395. 
Vinacefe , Compofiteur Italien. C, 24a, 
Vinarelli , Chanteur Italien. C , 302. 



bz 






îîv 



TABLE GÉNÉRALE 



Pincent, Compofiteur Français. C, 488. 
Vincent BelCaver , Poète & Muficien. C, 

Vinci , Compofiteur Italien. C , 141. 
Viniers ( Gilles le ) , Chanfonnier du treiz. 

fieclc. B , 230. 
Viniers ( Maître Guillaume le ) , parent du 

précédent, dans le même tems. B, iji. 
Viniers ( Jacques le ) , autre frère des pré- 

cédens, & Chanfonn. du même tems. Ibid. 
Viola , Compofiteur Italien. C , 143. 
Viole , inftrumenc peu connu de nos 

jours. A, 306. 
Viola (alto ) ou quinte, inirrument plus 

gros qu'un violon , & monté à la quinte. 

A, 308. 
On l'appelloit autrefois Violette. A , 

30p. 
Viole. La viole de nos jours eft la cithare 

des anciens. A , 16. 
Viole ( pardeffus de ) , efpece de violon. 

A, 308. 
Viole d 'amour , inirrument plus petit que 

la viole. A, 307. 
Violon. Recherches fur fon origine. Sa 

gamme. Son doigter. A , 3 ç 6 , & fuiv. 
Violon d'amour , violon ordinaire auquel 

on ajoutait quatre cordes de laiton. A, 308. 
Violoncelle , inftrument qui a fuccédé à la 

viole. A , 30p. 
Dimenfions du violoncelle. Pofition de la 

main fur l'inftrument. A , 310 , & fuiv. 
Virelay , efpece de chanfon. Son origine 

B , 148 , note. 
Virgile , Prince des Poètes Latins. C , 72. 
Vifconti , Chanteur Italien. C , 307. 
Vifconti , Cantatrice Italienne. 0,318. 
Vife'e , Muficien. C , 539. 
Vifmes ( de ) , Ecrivain Franc, fur la mufiq. 

C , 701. 
Vitali , Compofiteur Italien. C , 243, 
Vitali , Chanteur Italien. C , 307. 



Vitruve , traite de la mufique dans fort 

Traité d'Architefture. A , 41. 
Vitruve, Ecrivain Latin fur la mufique, 

C , 160. 
Vivaldi, Compofiteur Italien. C, 143. 
Viviani , Compofiteur Italien. C , 244. 
Voifenon , Poète Français. D,44i. 
Voiture , Poète Français. D , 444. 
Volcatius ( Sedegitus ) , Poète Latin. C , 

74- 
Voltaire , Poète Français. D , 447. 
Vofmeni , deux Muficiens de ce nom. C , 

Vojfms , Auteur Latin fur la mufique. C , 

371. 
Votifs ( Jeux ). Leur origine. A , $6. 
Voys ( Hugues le ) , Poète du quinzième 

fiecle. B, 7,96. 
ZVallis , Auteur Latin fur la mufique. C , 

371. 
ZVatelet , Poète Français. D , 473. 
ZVendelftein , Auteur Latin fur la mufiq. 

C, 371. 

X. 

Xanthus , Auteur Grec fur la mufique, 

C, 153. 
Xenoclès , Poète Grec. C , 3 6. 
Xenocrate, Auteur Grec fur la muGque* 

C, 153. 
Xenocrate , Muficien Grec. C , 1 14. 
Xenocrite , Poète Grec. C , 3 6. 
Xenocrite , Muficien Grec. C , 114. 
Xenodame , Muficien Grec. Ibid. 
Xenophane , Poète Grec. C, 36. 
Xenophante , Muficien Grec. C , 1 24. 
Xenophile, Auteur Grec fur la mufique. C, 

Xenophile , Muficien Grec. C , 124. 
Xilorgano , inftrument à corde antique. A 
i40. 






DES MA 

Ximenês , Poëte Français. D, 454, 
Xuius , Muficien Grec. C, 114, 



Yssandon , Ecrivain Franc, fur la mufîq. 

C , 701. 
Yver ■, Poète Français. D, 4J4. 

Z. 

Zabern , Auteur Lat. fur Iamulîq. 0,371. 
Z 'amperini , Cantatrice Italienne. C, 330. 
Zanella, Poète lyrique Italien. C , zp8. 
Zanettini , Compofîteur Italien. C , 144. 
Zaniboi.i, Poëte lyrique Italien. C, 198. 
Zanichelïïy Chanteur Italien. C, 303. 



T I E R E S. Iv 

Zannoni , Chanteur Italien. C , 30?. 
Zapata , Auteur Italien fur la mufîque. C , 

372. 
Zaren, Muficien Grec. C , n 4 . 
Zarlino , Auteur Italien fur la mufique. C 

371 , & fuiv. 
Zarlino , Compofîteur Italien. C , 144. 
Zetus, Muficien Grec. C, 124. 
Zevgos , efpece de fldte chez les Grecs. A , 

^^$>. Voyez Monaulos. 
Ziani, Compofîteur Italien. C, 244. 
Autre Z'uini. C , ztf. 
Zil , infiniment des Turcs , femblable i 

nos cymbales. A, 190. 
Zucchi, Poète lyrique Italien. C, i 99 . 
Zucconi, Auteur Italien fur la mufîque. 

C, 374. 



TA BLE du Supplément au Chapitre IV du Tome III. 



J*£ AROtJ ( Pierre ), Ecriv. Irai, fur la muf. Calwitz ( Seth ) , Ecrivain Latin fur 1 8 

D , 463. mufîque. D , 464. 

rfgnefi ( Marie-Thérèfe ) , CompofitrJce Cantiques. En quoi différent des hymnes. 

Italienne. D , 4^7. B , 114. 

Agricola ( Martin ) , Ecrivain Latin fur la Carijfimi ( Jacques ) , Compofîteur Italien 

mufique. D , 463. D , 4551. 

jintoniotti ( George ) , Compofîteur Italien Cecchini ( Ange) , Compofît. Irai. D a6 

& Ecrivain fur la mufîque. D , 457. Chanfon. Son origine. Son ancienneté B 

jtrdore ( le Prince d' ), Compofiteur Italien. 113, 114,4. 

D » 4f ». Chevalier ( Maître Pierre ) , Poète du quinz, 

S. fiecle.B,3y 5 . 

Cochleus ( Jean ) , Ecrivain Latin fur la mu- 

Bardes tirent leur origine de B ardus, Roi fîque. D , 465. 

des Gaulois. A , iof. Coclicus (Adrien Petit) , Ecrivain Latin 

JSertoni ( Ferdinand) , Compofîteur Italien. fur la mufîque. D , 466. 

D » 1 ? 8 - Contre-point. D'où ce mot tire fon origine. 

Bona ( Valerio), Ecrivain Italien fur la B, 2j. 

mvïfique^D , 464. Chromaiiquts ( Sons ). Ce que c'efi. B , 1 j. 



lvj TABLE DES 

F. 

Faber ( Henri ) , Ecrivain Latin fur la mu- 
fique. D , 466. 

H. 

Hamsoys ( Jean), Ecrivain Latin fur la 

mufique. D, 466. 
Herbjl ( Jean-André ) , Ecrivain Latin fur la 

mufique. D , 467. 
Jioffman ( Eucharius ) , Ecrivain Latin fur 

la mufique. D , 467. 

K. 

Kuknau (Jean), Ecrivain Latin fur la 
mufique. D ,467, 

L. 

Listznius ( Nicolas ) , Ecrivain Latin fur 
la mufique. D , 467. 
M. 

Marcello ( Benedetto ) , Compofiteur Ita- 
lien , & Ecriv. Irai, fur la mufique. D, 468 

31arotta ( Erafme ) , Compof. Irai. D, 460. 

JUelone ( Annibal ) , Ecriv. Italien fur la mu- 
fique. D , 469. 

Jf/arula ( le Chevalier Tarquin ) , Compof. 
Italien. D , 460. 

JWonteverdi ( Claude ) , Compofiteur Irai. 
D, 461. 

N. 

Naselli ( Don Diego ) , Compofit, Italien. 
D, 461. 

0. 

Ottusi ( Octave ) , Ecrivain fur la mufiq. 
D , \69. 

P. 

Patricio ( François ) , Ecrivain Ital. fur la 
mufique. D , 470. 

Pefenti (Martin ) , Compof. Ital. D, 461. 

Prcetorius ( Michel ) , Ecriv. Lat. fur la 
mufique. D , 470, . 



MATIERES. 
R. 

Raselivs ( André ) , Ecriv. Lat. fur la mu- 
fique. D , 470. 

Rei/ch ( Grégoire ) , Ecrivain Latin fur a 
mufique. D , 470. 

Rhaw ( George ) , Ecrivain Latin fur la 
mufique. D , 470. 

S. 

Santarelli ( le Chevalier) , Ecriv. Italien 

fur la mufique. D , 47 1. 
Scacchi ( Marc ) , Ecriv. Latin fur la muf. 

D,47L 
Sebaftïanus ( Clauàius ) , Ecriv. Lat. fur la 

mufique. D , 471. 
Seront (Barbara), Compofitricc Ital. D, 

461. 



Terradellas ( Dominique ) , Compofiteur 
Italien. D, 461. 

F. 

Garenne ( Alarius) , Ecrivain Latin- fut 

la mufique. D , 471. 
Viadana ( Louis ), Compof. Ital. D, 461, 
Viantinï ( Don Nicolas ) , Ecrivain Italien 

fur la mufique. D . 472.' . 
Voffms , Ecriv. Lat. fur la muf D , 471. 
^ercmeifter ( André ) , Ecriv. Lat. fur la 

mufique. D , 473. 
Jf'dphlingfider ( Ambroife ) , Ecriv. Latin 

fur la mufique. D , 473. 
JT~olt\ ( Jean ) , Ecrivain Latin fur la muf. 

D , 473» 

Z. 

Zaccoki ( Louis ) , Ecrivain Italien fur la 
mufique. D , 473. 



Fin de la Table des Madères. 



PAR TIES SEPAREES 



DES CHANSONS 



BASSE 



.lHeare/tû 



'*SF« 



.v 




Bassf, 



gg^^ 



/ ' velu -BkmJj au (MrptfsvgwÇcw cûjvj si -t/s/tf, Fer -4e. < ai 

, 1 , ""i a 1 # — " # — *- 



m 



m§ 



mou -Je aite /'ai - nie • tant , lia-' belle Blondi. 



m% 



3^ 



I 



DHsrt 



•'''V'^r '^^,'/^ / ( ,ru ^' / '/'''' J '{'7 i7! (l^' / ^ J - ''t Tnonde, aue /'ai -me tant 



feBf^H 



#♦ 



£ 



Ou- ne 



SE 



S 



»=»= 



c/wse ai bien arana de -y*ir ', c'est un doiux 

— *» J I Or I ■ p I « J"" 



^ 



/*77 - t 'V/ - i'^Z/t'* 



tJ r^-lir, . </' 



Π



A 



i=ii 



chose 



-*^ 



^^ 



r/r and de -d'à; d, 



cn&te ai n qrartd. de 



il orbe - t / ti^t> e ni r\ » 

T I T T I i s 



- sir, t 



m^E 



'ail un de a ce lai - </ 



T i I Ti i 



vans - - - - -/<l->/ 'în 



pi^gë 



w; c'est un dûtnv lai -ser va us 



tel - - la- 



^S 



S=fc 



T t i r 



* • a j I " 



^^ 



oi par fer - tune eetiren se -7-iés, eenâ fois pour une 



I 



*£=*: 



• » » 



^ 



r=r 



SE 



A' vausren-dreis païen -tiers, si par 1er -tu Jie cen 



f-fl ë t g CJIF 6 I C 



F=F* 



* 



œ 



- reniée -ries,centfoisnaiir une, cent foispour une le nensr\ 



^ — f-M-^ j 



^^ 



Av; - fiers, le vans ren -drais raie// - he7\ 



- drais va/ 
^ndanls &§ftF- 



K°2 ■ 



4 j * 



fc-» 



S» 



S 



S 



Plus ne stitsee aue j ai e le, ef plus ziesintrois jainaindefr 



S=fc 



§HÉ 



i 



m 



»F fP 



¥=* 



T 



I 



mon veau Printe/ns et nien Ji'-te ont/aille saittraida féne - /re,. 



^PP ^ 



£ 



; Ç agE fe 



^-e 



• ^neni; tu -as eA 



m 



T T i C g T i IJÉjÉÉÉJ t i 



Tztr^, je tat\*\ 3 r-vi *rur 6eu*f l&r J3ieitce , 



1 



MLT 



ali • si je vouvois deuec /ris naître , Commente teser vi razs mieux* 



BA&S3E 



± 



N . u- iPiieu/ie et tendre th-mel/é n ai/na/dqu enfantins e' âa&r, 



îp r g y g FttS\ 



m 



£=f=^ 



ivoit mis dans sa: cer-velle que Riedin Ricdon Ricdui Ricdon 



m 



m£ 



je m 'av - relle^u-dui Rie — don R i'edin Rtcaon Ji.it: 



Ji/i R tcdorvjem 'âp^peR& l point ne vien - droit nomt^ne zrie/i- 




niTtis sera voicr' nici Li ùelle , car, car , ciir , car un tel nom , 



— ICj 1 1 1 ï. M * — i 1 1 T—i =t -^ > — -*■ #_ 

tel nojii ne se retient paJ, im tel nom ne se re -fient 



i 



B l F LJ 



1 



vour, un tel nom ne se re- tient v 



X? 4 & 



^^ 



J J r i r • g ri 



Corise a heau m'être s'e'-vere,ie 7-este-rai ton -/durs 



Igg r ^ r ifTf T i ri r t c g r i p- 1 r g 

^^ >. . — .1. ./ L '_L Z3 ' — 7/ t ' l '■_ jw.* ' 



dans sàncfiàr -mant li - en . e//e est pour mon a - mbur in diffè 



3 



an r m r ii r r l 



• » 



o=s 



- rente et frère, mais du moins eue n 'ai/?ie rien . Jhasquede 
/«Ai* ./?/ - voua: elle fiât l'entre - /ztw, /'aime nueutc ~ëïi souf-^ 

M — • . * i m - ■ » i ! ig ■ i . c i sa & * 



■ ■ /rs7" tfiv /7 - queurs èter - ne/ — Zv* <w<? ^ soupi - rer pour tes 



6el - les qui flattent de leur tendre ç/ioùc Cinq ou dir a - 




moru? à là ,/dis ■ , 



qui flot -fait de leur 



e/ioir Cinq ou ifitc a - mans à la ife 7 ' 1 ' > 



,/./« 



il i/tO 



y'.'j 



-P- 5 -* 



Bassk 



:Q: 



fi l amour ne /i - v/ait att.v thèmes a-ve/i - lu - rea 



W J i-^tH 



9—T- 



ÈM 



les /t - de-lar a - man<r et tes amans par -jnt-r&f, si eere-Jc 



m^ 



ï 



m. 



zt=zm 



î 



-o — » 



-/// -b/e vain - aiieitr <£&. - voit re-eo/nre/i ser /a ee/is-faneea' irn ca?ur f 



£ 



Ej& _= 



# • 



sm 



h — i- 



IE 



tans mille doux inatstrsje l'asseyais ma vie^/e passerais ma 



?£# 



■ TF^M ^ 



9 — • 



*ù *—0- 



f — P- 



vi -e- Jlais e/ie's lui /a pi - fie 'pour fou -/ours enJor-nri -e , 



^s^m 



m 



m 



+ 



fàtf.rtl'i/ ne me veuli>.'tnlaue-rir ni me /aisse/' moti-rir- /a pi- 



ï 



Ë 



- lie pow/oii -/oursen aoy-mu\/ait au 'il ne me l'eut peint au 



^H 



É 



1 



E^ 



* . * 



o Ijef 



z^ / 



ru' ni me lais - ser meti - ru; m m 



e lato' - sey 



/neu - /■//• 



sldagrio rK 

J\r?ff. ^ 



fr 



Sf 



*=* 



¥=f 



^-T^f 



Puis aue ,/e vous je n'ai autre vui'a-ae,/emenvaisre/iJre Èfer- 



f-N 



à 







y 



f- 



-mite en un de - sert , l 3 ettr rrt'e/fh'eii si un attire veusserLni autiuifati 



•eusserçtui auaui ta 



^m 



s 



met en votre Jtennetir soif sa - ae . te m'en vais ren -t/re 

L' I t-' 



Jlernnte en un ae - sert, lier - mile en un ae - se/'t ■ 



AJieu, amour t ameu aentil Corsage , 

j'iaieu, ces si veaux' i/etuv , 

Je n ai va*' eu iù voue' ip'ana avantaae . 

Un /noms aunanf aura neuf ef/e /mena: . ( vis j 



An dan a/le — t.L- -m 



'/ 



V=t 



1* 



Bassk, 

m 



Mm ^~Tr 



OuanJje revisceaue j'ai font ai-me'peu s'en fol 



g£fe£ 



=1 



^^ 



'-* f f— *-~ # ~ - f ~T 



lut aue mon feu ral/u-me ne fit l amena' dans mon a-mere-naiâ? , 



* &i I I J I M^4 | tt|ft ^ÉS